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La Maraîchine Normande
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25 août 2016

PEILLAC (56) - LA LEGENDE DU PLESSIS

LA LÉGENDE DU PLESSIS
Récit du pays gallo

Peillac Le Plessis


Lorsqu'après avoir traversé Peillac le voyageur a suivi pendant quelque temps le chemin redonnais longeant les marais de l'Arz, il aperçoit à plusieurs centaines de mètres sur sa gauche, nichés dans un délicieux cadre de verdure, les restes d'un vieux manoir ...

Ces ruines sont celles du Plessis-Peillac. Assise sur le penchant d'une ravissante colline, entourée de futaies superbes, l'antique demeure domine toute la vallée de l'Arz, les hauteurs de Caloën en Saint-Jacut et, des fenêtres du premier étage, l'oeil du visiteur peut apercevoir Redon enveloppé dans la brume.

Pour pénétrer dans le château, il faut traverser une petite cour défendue par de hautes murailles maintenant en ruines ; de cette cour on passe dans une seconde enceinte plus spacieuse et semblablement défendue, au fond de laquelle se dresse le manoir seigneurial : un grand corps de logis Louis XIII flanqué d'un pavillon carré de même style.

C'est dans la grande salle du pavillon, jadis salon d'honneur, que j'ai entendu conter la triste légende de la "Fiancée du Plessis".

 

Le Plessis

 

Avant la Révolution, Yvonne du Plessis et son vieux père le marquis Jean habitaient leur manoir, retirés du monde depuis la mort de la marquise.

Les visites des voisins venaient seules adoucir leur solitude et leur chagrin.

Un de ces voisins, le jeune chevalier de Caloën, devint passionnément amoureux d'Yvonne et lorsque le gentilhomme venait prendre place à la veillée sous le manteau de la vaste cheminée, le rouet d'Yvonne s'arrêtait plus souvent, ses beaux yeux prenaient un éclat inaccoutumé et ses joues devenaient plus roses.

Un jour ils furent fiancés ! Que de brillants projets formés ! Que de promenades enivrantes à l'ombre des grands arbres et des charmilles, sous l'oeil vigilant mais attendri du vieux marquis. Hélas ! beaux rêves envolez-vous et faites place aux larmes !

On est en 1790, les premières bandes d'incendiaires ont paru dans le pays. Chaque nuit les nobles se réunissent dans quelque manoir pour tenir conseil.

C'est le tour de Plessis de recevoir les gentilshommes.

Le soir venu, ils sont là tous, discutant autour de la grande table.

Le beau Caloën est présent, prenant part aux discussions.

Tout à coup la fusillade éclate au dehors ... Ce sont les bleus !

Aussitôt tous sortent précipitamment ; en un instant ils disparaissent dans les profondeurs du bois, car lutter est inutile : les bleus sont en grand nombre.

Cependant Caloën seul est resté en arrière ; il veut dire un dernier adieu à sa fiancée.

Au moment où il saute en selle, un coup de feu le jette blessé à bas de son cheval.

Il est aussitôt entouré et garotté et tandis qu'on l'entraîne il jette ces paroles à la pauvre Yvonne en pleurs !
"Adieu ! belle fiancée ! adieu ! Je reviendrai vous chercher ici quand Dieu le jugera ..."

Depuis cette nuit à jamais fatale, où Caloën fut pris, bien des jours se sont écoulés et nul n'a plus entendu parler du beau cavalier.

Yvonne la fiancée semble ne plus avoir sa raison, ses beaux yeux aux reflets de velours ont perdu leur éclat, ses joues jadis si roses sont creusées et ternies par les larmes !!

La pauvre enfant passe ses tristes journées entre son rouet et son père.

Le vieux marquis, brisé lui aussi par la douleur, a compris qu'il était inutile de consoler sa fille et tous deux, d'un pas lent mais sûr, s'acheminent vers la tombe désirée !

Quand venait l'heure où son fiancé disparut, la pâle jeune fille errait tristement dans les grands bois demandant aux paysans attardés et pris de pitié : "Passants, où est Caloën ? N'avez-vous pas vu mon beau cavalier ?" ... Et seul le cri d'un oiseau réveillé par ces plaintes, seule la brise nocturne bruissant dans les ramures, répondaient aux larmes de la jeune fille.

Enfin, un soir où plus désolée encore, la pauvre Yvonne redisait sa douleur aux voûtes des charmilles, le galop furieux d'un cheval fait résonner la futaie ... "C'est toi, Caloën, je te reconnais !!!" ... Un cri strident répond à cet appel ... Au même instant le chevalier est là devant Yvonne.

Ses yeux brillent d'un éclat étrange, sa figure est pâle, pâle ; d'une horrible blessure qui lui déchire la poitrine, s'échappent son sang et sa vie.

"Viens, dit-il, enlaçant sa fiancée de ses bras déjà glacés, viens ! Dieu le juge ainsi" ...

Le lendemain, des bonnes gens se rendant au travail du matin trouvèrent étendus sur l'herbe verte des charmilles les corps enlacés et froids des deux fiancés. Elle, la main crispée sur la blessure du jeune homme semblait encore vouloir, malgré la mort, arrêter la vie déjà partie.

Le vieux marquis appuyé contre un gros chêne moussu, les yeux hagards et voilés par les larmes, la taille courbée sous la douleur contemplait le sinistre spectacle ...

Quand les bonnes gens repassèrent, un troisième corps gisait à côté des premiers.

On les enterra à l'endroit où se croisent les charmilles et l'on peut voir aujourd'hui, enfouies sous les primevères et les fougères, les tombes du marquis, d'Yvonne et de son fiancé.

Passant ! lorsque tu apercevras les ruines du vieux castel et les hautes cimes des grands arbres qui l'entourent, rappelle-toi la légende du Plessis et ne t'attarde pas le soir après la veillée sous la sombre ramure. Car, à l'heure où le hibou pousse son lugubre cri, tu entendras la folle chevauchée de Caloën, les gémissements et les plaintes d'Yvonne la fiancée, et tu verras se glisser sans bruit à travers la feuillée des formes blanches sur lesquelles se reflètent les pâles rayons de la lune argentée.


Octobre 1901.
Vicomte Léonce de Gibon.
Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan - Année 1900

Non loin du Manoir du Plessis se trouve la Chapelle Saint-Julien  ou chapelle des Landes (XVIIIème siècle). Cette chapelle a servi de lieu de rassemblement des chouans durant la Révolution.

 

Chapelle Saint-Julien Peillac

 

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