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La Maraîchine Normande
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31 mars 2026

BANYULS-SUR-MER (66) - 1793 - UN MONUMENT PATRIOTIQUE

 

 

UN MONUMENT PATRIOTIQUE

 

A l'extrême frontière des Pyrénées, sur les confins de l'Espagne, à Banyuls-sur-Mer, petit port de pêche, on a inaugurer solennellement, le dimanche 12 août 1894, un monument destiné à rappeler un des plus brillants faits d'armes des guerres de la Révolution : la défense du col de Banyuls, le 15 décembre 1793, par d'intrépides marins qui sauvèrent ce jour-là, au milieu de la débâcle générale, l'honneur du drapeau français.

 


Rappelons brièvement les faits :

 

 

Le général Antonio Ricardos y Carrillo de Albornoz (1724 - 1794)
 

 


Le général Ricardos, commandant en chef de l'armée d'invasion espagnole, et son meilleur lieutenant, le général Curten, pour forcer à la reddition les places françaises de Port-Vendres et de Collioure, projetèrent de s'emparer de la crête de la montagne des Albères qui domine ces deux ports, et particulièrement du col de Banyuls.


Les postes les plus importants de la crête des Albères étaient occupés par deux détachements français très nombreux, commandés par le général Delattre.


L'armée ennemie attaqua à la fois toutes nos positions le 15 décembre 1793. Enflammées par leur général, Curten, les troupes espagnoles s'emparèrent successivement de la plupart de nos positions mollement défendues par les soldats français, à qui le général Delattre fut le premier à donner le signal de la retraite vers Port-Vendres.


Dans cette honteuse déroute, ce furent des paysans, de simples pêcheurs, qui sauvèrent l'honneur de nos armes.

 


Le poste important du col de Banyuls qui, quelques jours avant, s'était un instant laissé surprendre, avait été confié depuis, et sur leur demande, comme le plus périlleux, aux habitants de Banyuls-sur-Mer, intrépides montagnards dont le courage éprouvé par le danger de la pêche et de la contrebande avait suffi jusque-là, pour garder cette partie de la frontière.


Le torrent des fuyards se précipitait des crêtes dans le fond de la vallée. Seuls, immobiles, au moment de la débâcle, sans autre assistance que celle de leurs femmes et de leurs enfants qui portaient les cartouches et chargeaient les armes, ces braves gens osent résister à une armée triomphante qui vient de toutes parts s'amonceler autour du rocher qu'ils défendent.


A mesure que croît le nombre de leurs adversaires, leur énergie redouble. Ces courageux marins voient leurs rangs décimés par le feu de l'ennemi, mais leur ardeur ne faiblit pas.


Ils continuent à lutter, impassibles, indomptables. Le général espagnol, irrité de cette résistance opiniâtre, les somme de se rendre.

 


Le maire de Banyuls s'avance alors, ceint de son écharpe tricolore, la figure couverte du sang provenant de deux graves blessures à la tête, et, se tournant vers le général Curten, il lui crie d'une voix forte :


- Les républicains ne se rendent jamais, ils savent mourir.


Et, reprenant sa place au milieu des siens, il ordonne stoïquement à cette troupe de héros de recommencer le feu.


Enfin, les Banyulencques lâchent prise, mais c'est pour se ruer en désespérés sur les Espagnols qui descendaient dans leur village, dont le général Delattre leur ouvrit les portes.


Les Espagnols eurent la faiblesse de se venger de l'héroïsme des enfants sur quelques vieillards qui avaient refusé d'abandonner leurs toits et dont plusieurs furent égorgés, pendant que les autres étaient envoyés chargés de chaînes dans les prisons de Figueras.


Les débris de cette glorieuse troupe ne voulurent pas rentrer dans leurs foyers souillés par la présence de l'ennemi ; ils se répandirent dans l'armée, où ils devinrent de précieux guides jusqu'à l'époque, qui approchait, où il leur fut donné de se venger et de recevoir la récompense d'un dévouement qui nous transporte aux plus beaux jours des temps antiques.

 

Général Jacques-Cristophe Coquille dit Dugommier (1738 - 1794)

 

Six mois après, en effet, le 27 mai 1794, le général Dugommier, commandant en chef l'armée des Pyrénées-Orientales, ayant obligé le général espagnol Navarro à capituler et à rendre les places de Collioure et de Port-Vendres, fit inscrire dans l'article 3 de la capitulation une clause contraignant les Espagnols à déposer leurs armes sur la place publique de Banyuls-sur-Mer, afin de rendre un éclatant hommage à l'indomptable énergie, au patriotisme inébranlable de ceux qui, le 15 décembre 1793, avaient su tenir tête aux envahisseurs, malgré la défection des soldats réguliers.


Conformément à cette clause, les sept mille soldats de Navarro remirent leurs armes sur la place de Banyuls, en présence de toute la population, des représentants du peuple, de Dugommier et de son état-major.


Quelques jours après (le 3 juin 1794), la Convention nationale, après avoir entendu, au milieu du plus vif enthousiasme, le rapport du Comité de salut public sur l'héroïque défense du col de Banyuls, vota, par acclamations, le décret suivant :


Article premier. - Les citoyens de Banyuls-sur-Mer ont bien mérité de la patrie.
Art. 2. - Il sera élevé, à Banyuls, un obélisque de granit, sur lequel sera gravée l'inscription suivante :
"Ici sept mille soldats posèrent les armes devant les républicains et rendirent à la valeur ce qu'ils tenaient de la trahison."


Ce décret fut transmis en ces termes aux habitants de Banyuls par le général Victor, qui devint plus tard maréchal et duc de Bellune :


"Que je te félicite, heureuse contrée de Banyuls ! tu as bien mérité de la patrie ; aussi la Convention nationale, en reconnaissant ton mérite, consacre à jamais tes vertus. Le citoyen, en voyant cet obélisque, souvenir glorieux de la valeur républicaine, se rappellera aussi que c'est à cet endroit que les bras de ses enfants nouvellement armés ont repoussé les ennemis de la liberté et de l'égalité."

 


Il a fallu attendre plus de cent ans pour que cet obélisque soit érigé. En 1870 et en 1880, le ministre de l'intérieur refusa de laisser ouvrir une souscription, sous prétexte qu'il ne fallait pas froisser les Espagnols. Or, en Espagne, on a élevé une statue au général Ricardos, le chef de l'armée qui envahit la France en 1793.


Cette année, sur la réclamation de la municipalité de Banyuls-sur-Mer, le gouvernement s'est montré plus tolérant.


Mais, comme l'Espagne, par l'organe de son consul à Perpignan et de son ambassadeur à Paris, a protesté contre l'érection de l'obélisque, l'autorisation n'a été accordée qu'à la condition qu'on ne graverait pas sur le monument l'inscription qui figure dans l'article 2 du décret de la Convention cité plus haut.

 


 

La municipalité de Banyuls, pour en finir, a accepté de supprimer l'inscription. Une souscription a été aussitôt ouverte, qui a produit en quelques jours de brillants résultats. Les ministre de l'intérieur et des beaux-arts ont accordé des subventions.


Ainsi que nous le disons plus haut, le monument a été inauguré en présence du préfet, des sénateurs, des députés, des officiers des corps de troupes des Pyrénées-Orientales, qui sont venus rendre un tardif, mais juste hommage, à la valeureuse conduite des héros de 1793.

 

 


L'Impartial de l'Est. Littéraire illustré du 19 août 1897

 

 

Pour des informations plus complètes sur l'identité du maire de l'époque à Banyuls-sur-Mer, voir ICI

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