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La Maraîchine Normande
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7 juin 2026

RADEPONT 27 - ABBAYE DE FONTAINE-GUÉRARD

 

 

 

Le prieuré de Fontaine-Guérard fut fondé vers 1198, par Robert comte de Leycester, sur les conseils de Gaultier, archevêque de Rouen. Les religieuses furent d'abord sous la conduite de prieures, dont une seule, Denise, est connue ; elles embrassèrent la règle de Citeaux, et une bulle du pape Innocent III confirma tous leurs privilèges.

 

 

Philippe-Auguste et Louis VIII furent des bienfaiteurs de Fontaine-Guérard, saint Louis rétablit complètement cette maison en en faisant construire les bâtiments et l'érigea en abbaye en lui accordant, en 1225, le droit de faire transporter par terre et par eau, franc de tous droits, tout ce qui lui serait nécessaire. Guillaume de Poissy, seigneur de Radepont, lui offre, en 1263, quatre acres de ses prairies, bornées par les terres du couvent et par l'Andelle. En 1293, Alice de Moret donne à la communauté 16 livres de rente et en 1300, Ides de Meulan, veuve de Jehan d'Harcourt tué à la bataille de Courtrai, augmente les revenus de l'abbaye, générosité qui, à sa mort, en 1324, lui valut d'être inhumée au milieu du choeur de l'église.

 

 


 

 

En 1399, Fontaine-Guérard fut le théâtre d'un événement tragique. Guillaume de Léon, seigneur de Haqueville, qui avait épousé la soeur du seigneur et baron de Ferrières, la fit assassiner par ses gens. 

 

 

Marie de Ferrières était remarquable autant par sa douceur que par sa beauté, mais en dépit de ses vertus, elle avait cruellement à souffrir des violences de son mari, lequel était un rude homme de guerre, brutal et jaloux. Un soir, il la chassa indignement de son château et l'obligea à se réfugier à l'abbaye. Mais cela ne suffit point à assouvir sa haine, et il conçut le projet de la faire assassiner. Les Archives de la Seine-Inférieure possèdent un document authentique, où le sombre drame qui se déroula est longuement raconté.

 


Guillaume de Léon soudoya son valet de chambre, Jean Nérel, et quelques malfaiteurs qui, une nuit, armés jusqu'aux dents, munis d'échelles de cordes et d'une lanterne, escaladèrent les murs de l'église, forcèrent une fenêtre et firent irruption dans le cloître. Marie de Ferrières s'enfuit, mais les assassins la trouvèrent sous un banc. "Prevel, varlet de chevaux du sire de Hacqueville, la tira par les tresses et par les cheveux et la traîna hors dessous le dit banc ; et après, la prit par dessous le menton et lui mit le genou sur la poitrine, et lui coupa la gorge. Et avec ce, lui et aucuns des autres qui étaient avec lui, lui donnèrent plusieurs coups de dague en la poitrine et au coeur ; et encore de ce non contents, lui donnèrent d'une épée par le fondement, et tant qu'ils la meurdrirent illec très mauviennement."

 


Le chapelain du couvent, voulant la secourir, fut grièvement blessé par les misérables, qui purent se sauver. Mais découverts peu de temps après, ils furent torturés et mis à mort. Quant à Guillaume de Léon, il se constitua prisonnier et passa quelques années dans les cachots du Châtelet.

 


Sa victime fut inhumée d'abord dans une chapelle de l'abbaye. Plus tard, ses restes furent transportés dans une tour du château de Radepont. (Autour de Rouen par Müller Louis).


 


 

Lorsque la Normandie subit le joug de l'Angleterre, le monastère n'eut pas à souffrir de l'invasion, car Henri V qui, d'un côté dépouillait les seigneurs normands, confirmait de l'autre, par accommodement avec sa conscience, la possession de leurs propriétés aux églises et monastères qui lui en faisaient la demande ; c'est ce qui se produisit pour Fontaine-Guérard.


 

L'abbesse la plus connue fut Isabeau de Maromme qui mourut en 1541 après avoir gouverné pendant quarante-six ans le monastère. Elle fut inhumée dans le choeur de l'église, auprès de la sépulture d'Ides de Meulan.

 

 


 

A la Révolution, l'abbaye fut séquestrée comme propriété nationale, les tombes furent ouvertes et fouillées ; seuls, les restes de la dernière abbesse, demoiselle de Radepont, échappèrent à la profanation et furent transportés par les soins de sa famille dans les caveaux de l'église paroissiale de la commune ; les objets d'art, tableaux, archives furent inventoriés et envoyés à Évreux. Plus tard, au moment de la vente des biens nationaux, Fontaine-Guérard fut achetée par Guéroult, l'architecte de l'ancien théâtre de Rouen et des hôtels de la rue de Crosne, et lorsque le baron Jacques Levavasseur en fit à son tour l'acquisition en 1822, il trouva le domaine dans un état de délabrement complet et même privé de moyens de communications. Son premier soin fut donc de rétablir à ses frais et dans plusieurs directions des chemins qui devaient faciliter l'accès de sa propriété. Une forêt d'aulnes croissait dans un vaste marais où s'étendent maintenant de larges prairies coupées de ruisseaux. Cette forêt marécageuse occasionnait chaque année des fièvres qui faisaient un grand ravage dans l'abbaye et les villages voisins. Guéroult avait bien fait abattre quelques arbres, mais M. Levavasseur assainit le pays faisant faire sur toute l'étendue des terrains malsains d'importants travaux de drainage qui firent disparaître les fièvres du pays.

 

 


 

A Fontaine-Guérard se rattache le souvenir des "deux amants", car on a prétendu que leurs corps avaient été déposés dans un seul tombeau placé lui-même dans l'église. Rien n'est moins certain, car on n'est même pas d'accord sur sa légende : pour les uns, les deux amants auraient été Raoul de Bonnemare et Mathilde, fille du seigneur de Cantelou ; pour d'autres, ce seraient Calixte, fille d'un seigneur de Pont-Saint-Pierre, contemporain de Charlemagne et un jeune serf du nom d'Edmond. Toujours d'après la légende, le prieuré des Deux-Amants devait sa fondation aux remords d'un père qui avait eu la barbarie de soumettre le mariage de sa fille à l'exécution d'un fait impossible à accomplir. Deux raisons assez faibles militent cependant en faveur de la légende. D'abord, le nom même du prieuré et de la côte escarpée sur lequel il s'élevait ; ensuite le sceau de la maison qui représentait la tête d'une jeune fille et celle d'un jeune homme. En tout cas, si le tombeau existait, il a été détruit avec les autres à la Révolution et les cendres jetées au vent ; on se demande alors par quel prodige elles ont pu se trouver dans l'urne déposée dans l'église d'Amfreville-sous-les-Monts. On prétend, il est vrai, que cette urne est en bois plein ; le mystère subsiste donc.

 

 

La côte des Deux Amants - Amfrevillle-sous-les-Monts
 

 

Pour revenir à Fontaine-Guérard, disons que l'architecte Guéroult avait créé une filature de coton pour utiliser la force des eaux de l'Andelle et que l'abbaye eut à en souffrir, car les dalles du cloître et les pierres tombales servirent aux fondations et au pavage de la filature. Bientôt vinrent s'ajouter une manufacture de draps et même un moulin à blé ; le petit hameau de Fontaine-Guérard, si calme et presque désert peu d'années avant, s'anima et, dans ses usines, le coton, la laine et le froment se transformèrent diversement.

 


Après Guéroult, M. Levavasseur fit exécuter des travaux et des améliorations de toutes sortes à ses établissements qui devinrent rapidement d'une grande prospérité. Malheureusement, peu après la mort de M. Levavasseur, survenue en 1842, les filatures furent détruites par un incendie et M. Charles Levavasseur qui en était devenu propriétaire profita de cet accident pour reculer les nouveaux bâtiments de façon à permettre d'apercevoir l'Abbaye de plus loin et la dégager complètement.

 


En cette année 1906, le baron Arthur Levavasseur fait restaurer l'église de Fontaine-Guérard et dégager la base des colonnettes de la salle capitulaire enterrée par suite de l'exhaussement du sol.

R.M.


Bulletin de l'Association provinciale des architectes français - Dix-septième année - n° 6 - 15 décembre 1906.

 

 



C'est à Radepont, devant l'avenue du château de Coquetot, que le girondin Roland, ne voulant pas survivre à sa femme, se poignarda le 16 novembre 1793.
 

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Commentaires
T
Bonjour<br /> <br /> Vous avez du courage pour un tel travail<br /> <br /> Felicitations<br /> <br /> Cordialement
Répondre
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