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La Maraîchine Normande
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15 février 2026

ALLASSAC - BRIVE-LA-GAILLARDE (19) - MORT DU PROCUREUR DE BRIVE, M. DESAILLEUX, EN 1790

 

 

 

Le 10 novembre 1790, se produisit à Brive un événement qui eut dans tout le pays un retentissement considérable.


Lisons le Moniteur, à la date du 18 novembre 1790, sous la rubrique de Brive :


"Un événement étrange alarme les bons citoyens de Brive. M. Desailleux, ancien procureur de la commune, nouvellement élu juge par ses concitoyens, a disparu tout-à-coup. Il sortait du club, il venait d'y être nommé président. Un de ses amis l'a accompagné jusqu'à un endroit assez près de sa demeure. Depuis que cet ami l'a quitté on n'a plus entendu parler de M. Desailleux. Toute la ville a été en mouvement, toute la garde nationale sur pied. Il paraît que cet honnête citoyen a été enlevé : on est sûr qu'il n'avait pas d'ennemi personnel ; mais le patriotisme de M. Desailleux était connu : Malheur aux mauvais citoyens à qui cette vertu semblerait un crime irrésistible ! ..."


Un soir, à huit heures, le bruit courut dans la ville de Brive que Desailleux avait disparu. Cette nouvelle mit la ville en émoi : Le tambour battit le rappel, la garde nationale veilla pendant la nuit, des sentinelles interceptaient la circulation, la municipalité resta en permanence, on exécuta des fouilles dans les maisons, on arrêta des gens suspects, on interrogea, on écrivit au Comité des recherches, et aux municipalités du département : toutes les recherches étaient sans résultat.


Le 26 novembre, deuxième lettre de Brive au Moniteur :


"Ce n'est pas, sans doute, sans quelque motif particulier qu'on a fait circuler dans la ville et dans les environs, - écrit le correspondant de Brive, - que M. Desailleux avait pu attenter à ses jours. Cette fable ridicule manque son but par son absurdité. Un homme dont l'âme était aussi calme que son esprit était modéré, heureux au sein de sa famille et de ses affaires domestiques, chéri, respecté de tous ses concitoyens ; qui, une heure avant sa disparition, venait de s'entretenir d'affaires publiques, dans une société d'Amis de la Constitution, ne perd pas un instant sa raison, ses principes, le souvenir de sa vie entière ..."


Le soupçon insinué dans la première lettre commence à se formuler plus nettement dans la feuille officielle, et aussitôt le correspondant du Moniteur fait intervenir deux femmes de la rue Solitaire, qui, à 7 h 1/2, ont entendu des cris, le bruit d'une lutte, le retentissement de coups frappés comme sur un homme qu'on assomme, la chute d'un corps ...


Cette fable, colportée à Brive, avait trouvé des incrédules : Eh quoi ! disait-on avec raison, une pareille scène aurait pu se passer à une heure où tout est silence dans la ville, sans être entendue par d'autres personnes que deux femmes ? - Et le cadavre ..., que serait-il devenu ?


A ces objections, le Comité de la Constitution répliquait : 


"Les aristocrates l'ont tué ou l'ont enlevé ..." Et à ce sujet ils faisaient un tableau d'enlèvement avec concours de cavaliers : ils présentaient Desailleux enchaîné expiant dans les horreurs d'un cachot ses vertus et son patriotisme ; les soldats de Navarre et M. de Lamaze étaient désignés comme les geôliers et les bourreaux : c'est à Allassac, à l'ombre des sabres de Royal-Navarre, que M. Lamaze accomplissait cette oeuvre de vengeance et d'iniquité.


Certaines personnes, frappées de l'inutilité des recherches et connaissant intimement Desailleux, rappelèrent les bizarreries de son caractère, et exprimèrent l'opinion d'un suicide ; on parla vaguement de la rivière : cette opinion prit, en peu de temps, de la consistance et fut accréditée par les journaux du temps.


Aussi le correspondant du Moniteur s'était-il hâté de répondre :


"Ce n'est pas sans quelque motif particulier qu'on a fait circuler que M. Desailleux avait pu attenter à ses jours ..." et il ajoutait : "Quelques feuilles périodiques ont faussement publié qu'on avait trouvé le corps de M. Desailleux dans la rivière : les recherches ont été infructueuses : - puissent les informations conduite à la source de la vérité !"


Le 27, lendemain du jour où le Moniteur insérait cette lettre, le correspondant de Brive écrivait de nouveau :


"Les soupçons qui s'étaient élevés sur la mort ridicule de M. Desailleux se sont malheureusement confirmés : - Son cadavre a été trouvé le 27 novembre, dans la rivière, à un quart de lieue au-dessous de la ville [Lieudit le Moulin de la Bouvie]. Il était revêtu des mêmes habits que le jour où il parut pour la première fois au milieu de ses compatriotes. Il avait ses boucles d'argent, sa montre arrêtée sur 7 h 28 minutes, et quelques petites pièces de monnaie dans sa poche. Le rapport du chirurgien prouve qu'il a été étranglé et qu'il avait reçu plusieurs coups sur le front. Nos concitoyens de Brive ont cru devoir un hommage particulier à la mémoire de ce compatriote respectable. Ils ont conservé son coeur pour être déposé à l'Hôtel-de-Ville, avec une inscription simple et vraie qui leur rappellera un caractère qui leur était cher, des vertus qui leur ont été utiles ; et à leurs enfants, des exemples de grandeur d'âme et de patriotisme à imiter. Un citoyen ayant offert d'élever un monument à ses frais, toute l'assemblée s'écria : "Tant d'honneur n'appartient pas à un seul citoyen mais à tous !" Les membres du département et du district de Brive ont pris le deuil pendant huit jours."


Il est regrettable que le correspondant ait omis sur cet événement des détails intéressants : Les mémoires de l'époque font mention d'un discours prononcé à cette occasion par M. Brival, dans l'église des Feuillants. M. Brival voulait porter sur ses épaules le corps de M. Desailleux et le montrer au peuple : "Il rappelait Marc-Aurèle et César."


"Les comparaisons," dit l'auteur que nous consultons, "produisaient toujours grand effet : les auditeurs acceptaient le citoyen César comme un bon sans-culotte."


La lettre du Moniteur indique clairement que les soupçons allaient bon train. On proclamait que Desailleux avait été "assassiné et noyé" ... Les aristocrates n'étaient pas épargnés.


Qu'il nous soit permis d'aller au-delà du temps et de clore cet événement par l'extrait d'une lettre de M. Pierre Chignac, M. Pierre Chignac était frère de M. Desailleux. Il écrivait à ses concitoyens, vers la fin de 1793 :


"Le citoyen Lajugie, dans un écrit intitulé : Maison de réclusion de Brive, p. 46, a répété que mon frère avait été assassiné par l'aristocratie : il a été l'écho de ceux qui ont avancé cette imposture. En effet, les auteurs de cette calomnie dominaient alors la commune de Brive ; ils réglaient tout et disposaient des autorités constituées et de la force armée : ceux, au contraire, que pour rendre odieux on appelait aristocrates osaient à peine respirer.


Mon frère disparut de 7 à 8 heures du soir : il avait chez lui du monde à souper. Ne le voyant pas venir, on le chercha ; et ne le trouvant pas, l'alarme fut bientôt répandue dans toute la ville, parce que mon frère était aimé du peuple et méritait de l'être. On fit des recherches aussi vigoureuses que le voulurent les chefs qui dominaient dans la ville : On ne découvrit rien ; mais au bout de quinze jours, ou environ, lorsque j'eus fait imprimer et publier une circulaire, par laquelle je promettais cent louis d'or à quiconque m'indiquerait le lieu où mon frère était, on trouva son cadavre dans la rivière de Corrèze ... Quels ont été les auteurs de ce crime abominable ? Ceux-là sans doute qui y avaient quelqu'intérêt. Mais les prétendus aristocrates de Brive n'avaient aucun intérêt d'enlever mon frère et de l'assassiner. Mon frère avait été chargé par les meneurs de Brive de solliciter à l'Assemblée constituante une amnistie pour ceux qui en 1790 avaient été pris en attroupement, pillant et dévastant ; et je crois que dans un mouvement d'enthousiasme, il n'avait pas senti quelles pouvaient être les suites de cette demande si elle eût été accueillie, dans les premiers moments où le peuple des campagnes était égaré. Mais au fond, mon frère était reconnu pour être juste, et on n'avait pas à craindre qu'il portât le peuple au brigandage. D'ailleurs, mon frère avait un collègue dans la demande d'amnistie qui ne jouissait pas d'une aussi bonne réputation que lui, et il n'a pas été assassiné. Ceux que la voix publique désignait comme les moteurs et les instigateurs des attroupements et dévastations qui eurent lieu en 1790, les auteurs de la lettre calomnieuse insérée dans le supplément du n° 155 des Annales patriotiques de Mercier, qui furent cause de toutes les dissentions qui eurent lieu alors, ni l'auteur de l'invitation patriotique qui prêchait la guerre civile et en annonçait la nécessité, n'ont pas non plus été assassinés. Il n'est donc ni vrai ni vraisemblable que les prétendus aristocrates de Brive aient assassiné mon frère ... Le temps viendra où ce mystère d'iniquité pourra être découvert. Le peuple de Brive ouvrira les yeux sur ceux qui abusaient de sa confiance en 1790 et se sont érigés en tyrans sous Robespierre. Après avoir réfléchi sur les manoeuvres de ces monstres, il donnera lui-même des renseignements qui faciliteront la preuve de l'attentat affreux commis sur la personne de mon frère ..."


S'il était du droit d'un frère d'accuser, nous ne nous reconnaissons que le devoir de défendre. Complétant l'instruction à l'aide de nos renseignements particuliers, nous dirons que la Faculté de Montpellier, consultée, repoussa toute idée d'assassinat et constata que M. Desailleux était mort noyé [Une version, fort accréditée à Brive, attribua la mort de Desailleux à un accident occasionné par l'ivresse.]


Accident, ou suicide ; il n'y avait pas de doute en dehors de cette alternative, et il n'en existait même pas dans l'esprit de ceux qui spéculaient sur cette mort.


Mais, on conçoit tout le parti qu'il était possible de tirer de cet événement, dans les feuilles publiques, au club, en égarant l'esprit crédule des populations, en montrant Marc-Aurèle et César, Brival et Desailleux, en criant bien haut : "Les aristocrates ont tué Desailleux."

 

Extrait : Victor de Seilhac / La Revue du Limousin / 25 janvier 1862

 

 

 

La victime de cette histoire s'appelait en réalité Jérôme Chiniac des Ailleux. Il était fils de Pierre Chiniac de la Bastide, bourgeois, et de Marie Rivière. Né à Allassac, le 12 janvier 1748, il avait été baptisé le lendemain.

 


La fratrie :


- Mathieu, à Allassac, le 16 septembre 1739 ; écrivain, historien, membre de l'académie des belles lettres de Montauban ; magistrat ; marié le 22 septembre 1792 à Paris avec Anne Roussillon ; décédé à Paris, le 5 messidor an X (24 juin 1802), à l'âge de 62 ans ;


- Pierre, à Allassac, le 4 mai 1741 ; juriste ; avocat au parlement de Paris ; lieutenant-général civil en la sénéchaussée d'Uzerche ; nommé en 1796 président du Tribunal criminel de la Seine ; marié le 2 brumaire an II (22 novembre 1793) à Agen, avec Marie Grippière de Monroc ; décédé à Clermont-Dessous (47), le 29 décembre 1811, à l'âge de 70 ans ;


- Jean, à Allassac, le 24 octobre 1742 ; écrivain ; décédé le 23 octobre 1769 ;


- Marie-Marguerite, à Allassac, le 14 mars 1744, baptisée le lendemain ; mariée le 2 août 1780 à Allassac, avec Charles de Bruchard ; décédée le 4 octobre 1804 à Mansac ;

- Jean, à Allassac, le 30 août 1746 ;

- Étienne, à Allassac, le 27 novembre 1748 ;

- Mathieu, à Allassac, le 20 septembre 1750 ;

- Martial, à Allassac, le 4 mars 1752 ; lieutenant grenadier à Saint-Domingue ; prévôt maréchaussée à Fort Dauphin ; décédé à Ségur-le-Château, le 30 novembre 1795.

 

 


 

Jérôme avait épousé à Lubersac, le 27 janvier 1778, Marie-Anne Lascoulx, née à Ségur-le-Château, le 25 février 1752 ; décédée au même lieu, le 26 août 1821.


De cette union sont nés 7 enfants :


- Pierre, né à Ségur (?) le 4 mars 1779 ; décédé à Allassac, le 16 août 1789 ;


- Pierre-Mathieu, né à Ségur, le 20 mai 1780 ; marié le 26 frimaire an XIII (17 décembre 1804) à Rosiers de Juillac, avec Thérèse Chassagnac de Guimond ; percepteur ; décédé à Ségur, le 4 novembre 1860 ;


- Étienne, né à Ségur, le 6 novembre 1783, baptisé le 8 ;


- Jean-Guillaume-Martial, né à Allassac, le 7 novembre 1784 ; 


- Martial, né vers 1784 ; décédé à Allassac le 24 septembre 1789 ;


- Marie, née à Ségur, le 13 mars 1786 ; décédée à Allassac, le 12 juillet 1789 ;


- Pierre, né à Allassac le 13 août 1789 ; décédé à Allassac le 24 septembre 1789.
 

 

AD19 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Allassac

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