PONT-DE-L'ARCHE (27) - NOTICE
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PONT-DE-L'ARCHE (27)
Située sur la rive gauche de la Seine, la petite ville de Pont-de-l'Arche occupe un des plus beaux sites de la vallée et se présente gracieuse et pittoresque.
Ce n'est qu'au IXe siècle, alors que les Normands remontant le cours des fleuves sur leurs barques répandaient partout la terreur et la mort, que la ville de Pont-de-l'Arche prit naissance.
Charles le Chauve convoqua en 862, en son palais de Pitres, les grands de l'Empire, et dans cette assemblée mémorable fut décrétée la construction d'un pont destiné à mettre obstacle aux incursions des Normands. L'endroit choisi était celui où la marée cesse de se faire sentir. Un pont crénelé, flanqué de tours, garni de herses pour fermer les arches et défendu à chaque extrémité par deux châteaux forts, fut établi sur un enrochement assez élevé pour qu'il en résultât une chute d'eau. Mais cette digue ne put arrêter les Normands qui, portant à bras leurs légères embarcations, passèrent à côté du fort. Pour éviter pareille surprise, on construisit une longue chaussée crénelée et percée de plus de trente petits ponts, reliant le château à la colline du côté de Rouen.
L'ensemble de ces ouvrages forma une véritable forteresse d'où la ville tira peut-être son nom : Pons Arcis, Pont de la citadelle.
En 1190, eut lieu, aux portes de la ville, l'érection de l'Abbaye de Bonport, de l'ordre de Cîteaux, par Richard Coeur de Lion.
Dix ans plus tard, ce prince céda le Pont-de-l'Arche à l'Abbaye de Jumièges, à titre d'échange, et conserva seulement la forteresse.
Son successeur, Jean sans Terre, n'ayant pu défendre celle-ci contre Philippe-Auguste, voulut la faire démanteler ; il n'eut pas le temps de mettre son projet à exécution.
En 1211, Philippe-Auguste reprenait le Pont-de-l'Arche et donnait Conteville en échange à l'Abbaye de Jumièges. Les religieux conservaient le patronage et le roi le plaid de l'épée.
Au début du XIVe siècle, lors de la destruction de l'Ordre des Templiers, l'archevêque Bernard de Fargis, nonce du pape Clément V, réunit au Pont-de-l'Arche un concile, qui condamna à mort les Templiers de la contrée et décida que leurs biens seraient dévolus à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Mais c'est surtout pendant la guerre de Cent Ans que Pont-de-l'Arche joua un rôle considérable.
Édouard III, roi d'Angleterre, s'en empara en 1346 et y porta l'incendie. Les habitants réparèrent ce désastre, puis ils retombèrent, en 1359, au pouvoir de l'Angleterre, par suite du traité signé à Londres par le roi Jean captif.
Toutefois, après le traité de Brétigny (1360), Pont-de-l'Arche, redevenu français, eut l'honneur de recevoir dans ses murs Bertrand du Guesclin, qui y passa en revue son armée et en partit pour aller vaincre à Cocherel (1364).
Dans le siècle suivant, Henri V, roi d'Angleterre, s'empara de cette place importante, après un siège de trois semaines (1418). Les Anglais s'y maintinrent jusqu'en 1449. A cette date, la ville fut reprise pour le compte du roi de France, par Robert de Floques.
Depuis cette époque, nos querelles intestines, sous Louis XI et Henri IV, ramenèrent plusieurs fois la guerre dans nos contrées ; l'étranger n'y devait reparaître qu'en 1870.
Les guerres religieuses approchaient. Le gouvernement se saisit de cette ville. Les protestants de Rouen l'assiégèrent vainement en 1562. Elle entra plus tard dans le parti de la Ligue et fut la première qui se soumit à Henri IV (1589).
En reconnaissance de cette soumission, le roi accorda à la ville le droit d'enrichir ses armoiries de trois fleurs de lys d'or.
Henri IV séjourna plusieurs fois dans la ville ; en 1592, il en avait fait son quartier général pendant le siège de Rouen. Il appréciait tellement l'importance stratégique de cette position, que, en 1598, les États de Normandie le supplièrent vainement de faire démolir le château.
Pendant la Fronde, Pont-de-l'Arche, d'abord occupé, au nom de la Cour, par le duc d'Harcourt, fut donné comme place de sûreté au comte de Longueville, qui s'empressa de mettre les fortifications en état de soutenir un siège.
Ce fut la dernière lueur de l'histoire militaire de Pont-de-l'Arche.
Pont-de-l'Arche quoique occupé en 1793 par une armée révolutionnaire venue de Paris, traversa heureusement cette période agitée, grâce à la sagesse et à la modération dont firent preuve ses officiers municipaux.
Au XVIIIe siècle, la ville était le siège de plusieurs juridictions importantes : vicomté, bailliage, élection, grenier à sel, maîtrise des eaux et forêts. Elle possédait en outre une maison de ville et un bureau des aides. Elle conservait aussi son bon château de l'autre côté du pont. Il y avait gouverneur, lieutenant du roi, lieutenant de police, un maire et deux échevins.
La Révolution supprima tous ces rouages de l'ancien régime, et fit de Pont-de-l'Arche un chef-lieu de canton, dont la tranquillité n'a été troublée, depuis le commencement du XIXe siècle, que par l'invasion prussienne de 1870.
COUVENTS
Pont-de-l'Arche possédait autrefois deux couvents ; l'un de religieuses Bénédictines (Prieuré de Saint-Antoine) et l'autre de Pénitents.
PRIEURÉ DE SAINT-ANTOINE
Vulgairement désigné sous le nom d'Abbaye-sans-Toile.
Ce prieuré fut fondé en 1635 par Messire Antoine de Montenay, chevalier, baron de Garencières, Grossoeuvres et Baudemont, et Marguerite Dupré, sa femme.
Les bâtiments claustraux étaient situés rue de Jeucourt. Il ne reste guère d'autre trace de ce prieuré que le nom de rue de l'Abbaye-sans-Toile, conservé à une petite ruelle reliant la place Hyacinthe-Langlois au quai longeant la Seine. Ce surnom avait été donné au monastère par le peuple, l'austérité de la règle de Saint-Benoît prescrivant aux religieuses l'usage exclusif de la laine.
Le prieuré de Saint-Antoine fut supprimé en 1738 par Mgr de Rochechouart, évêque d'Évreux, qui en donna les biens à l'Abbaye de Saint-Nicolas de Verneuil. En 1782, son ancienne église fut acquise par la ville de Pont-de-l'Arche, qui y installa les petites écoles.
HÔTEL-DIEU, PÉNITENTS
Dès 1310, il existait à Pont-de-l'Arche un Hôtel-Dieu laïque, dirigé par des prêtres gagés, jouissant du droit de transmettre leur bénéfice.
Les pénitents n'en furent chargés qu'en 1649, sur l'initiative du Père Chérubin Cyrot appartenant aux pénitents du Tiers Ordre de Saint-François, de la Province de Saint-Yves de France, alors gardien du couvent de Vernon.
En 1652, un ancien administrateur de l'hôpital, Richard Cyrot, parent du Père Chérubin, fit don aux religieux de plusieurs maisons avec cour et jardin, sises à l'endroit occupé par la suite par l'hospice. Ce fut dans ce lieu que la Révolution vint les chercher, un siècle et demi plus tard, pour les déposséder et les chasser.
Les religieux se retirèrent à Saint-Pol (Pas-de-Calais) et leurs propriétés furent vendues comme biens nationaux.
Les mêmes immeubles, grâce aux libéralités de M. Blin, ancien maire de Pont-de-l'Arche, ont servi, en 1828, à l'établissement d'un hospice.
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PONT
Le pont commencé en 862, par les ingénieurs de Charles le Chauve, fut terminé quatre ans plus tard. Il était composé de vingt-deux arches, auxquelles deux autres furent ajoutées lors de la suppression des ponts-levis.
Au sujet de sa construction, les habitants du pays racontent diverses légendes fantastiques, entre autres celle-ci, qui se retrouve du reste autour d'un certain nombre de constructions remarquables du moyen âge. Satan, monarque des enfers, s'en serait chargé moyennant le don d'une seule âme, que l'architecte aurait su lui soustraire.
En 1296, alors que tous les ponts de la Seine croulaient renversés par l'inondation, le pont de Pont-de-l'Arche restait seul debout.
Pendant la guerre de Cent Ans, il subit de nombreuses et importantes dégradations et fut presque entièrement reconstruit au cours du XVe siècle.
Trois moulins existaient sur le pont ; constructions rustiques et délabrées, reposant sur de nombreux supports en bois, il rompaient agréablement la monotonie de sa longue file d'arches.
En 1591, un lieutenant de Henri IV et en 1814, un lieutenant de Napoléon essayèrent vainement de le faire sauter ; il devait finir moins héroïquement. Ce doyen des ponts français, d'origine neuf fois séculaire, s'écroula le 12 juillet 1856.
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Il a été remplacé par un pont en pierre de dix arches, inauguré le 17 janvier 1858.
LE CHATEAU
Le château défendant l'extrémité du pont du côté de Rouen était primitivement bâti en pierre et en bois. Il renfermait dans son enceinte une chapelle placée sous le vocable de Saint-Louis (ou de Saint-Étienne), des magasins, un pigeonnier et un donjon où se trouvait une chambre appelée "la chambre du roi".
La chapelle dépendait de la paroisse d'Igoville et le patronage appartenait au chapitre de N.-D. de Cléry.
De grandes réparations y furent faites au XIVe siècle, ainsi qu'à la chambre du roi et au colombier.
Comme le pont, le château dut être en partie reconstruit après la guerre de Cent Ans.
Le savant Anglais Coltee Ducarel, dans son "Anglo-Norman antiquities" publié en 1767, le dépeint ainsi : "Il est situé dans une petite île, à la tête du pont, et forme un carré défendu par une tour à chaque angle ; au milieu se trouve une tour plus élevée à usage de donjon."
Démoli en partie en 1782, le château de Pont-de-l'Arche subit la loi fatale du niveau, lors de la construction de l'écluse, établie dans le bras dérivé de la Seine qui lui servait de fossé. Cette écluse fut inaugurée en 1812 par l'Empereur Napoléon Ier et l'Impératrice Marie-Louise.
Guide du Touriste et de l'Archéologue au Pont-de-l'Arche - 1898