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La Maraîchine Normande
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21 février 2016

LUÇON (85) - 1793 - PAUL NADAUD, VOLONTAIRE A LA COMPAGNIE DE GRENADIERS DU BATAILLON "LE VENGEUR"

 

BLEU 5

Paul Nadaud, de Vacheresse en Touzac (16), était volontaire à la Compagnie de Grenadiers du bataillon "Le Vengeur", armée de Vendée, en garnison à Luçon.

C'était un garçon intelligent, animé de sentiments nobles et délicats, et d'un ardent patriotisme : il termine habituellement ses lettres par cette formule : "Je suis votre très humble et très obéissant fils", souhaite à tous "bénédiction de Dieu", et rend maintes fois hommage à la valeur de l'adversaire.

Adoptant le langage de l'époque, il désigne sous le nom de "brigands" les insurgés vendéens qu'il avait devant lui. Mais l'histoire impartiale dira que ces prétendus brigands furent en réalité de rudes soldats, qu'un homme qui s'y connaissait, Napoléon, appelait "les Géants de la Vendée" ; et surtout des héros chrétiens, qui ne prirent tout d'abord les armes que pour défendre leur religion proscrite par l'impiété révolutionnaire. "De l'entreprise vendéenne, une seule chose demeure désormais, une seule, mais que nulle puissance ne pourra ni effacer ni amoindrir, à savoir : l'honneur du nom divin confessé dans l'un des plus sublimes holocaustes qui furent jamais." (Pierre de la Gorce : "Histoire religieuse de la Révolution française" t. III)

La guerre de Vendée devait être, de part et d'autres acharnée et terrible.

Pour les soldats de la République, que les Vendéens appelaient "les Bleus" à cause de la couleur de leur uniforme, elle le fut à tel point que Paul Nadaud écrit, le 17 mai 1793, au lendemain de la bataille de Fontenay : "Nous sommes au tail pour nous battre tous les jours" (expression locale qui veut dire ici "sur le point de ..." ou "à pied d'oeuvre") ; - le 27 juillet : "Les troupes qui sont sur les frontières sont plus tranquilles que nous" ; - le 30 octobre : "Nous avons perdut beaucoup de monde depuis trois mois, car de neuf cent hommes que nous étions dans notre bataillon, nous ne sommes plus que cent cinquante. Depuis la Saint Jean nous couchons toujour à la belle étoille".

Aux dangers de la guerre, vinrent s'ajouter de bonne heure les maladies. "Nous sommes, écrit Paul Nadaud de Luçon le 25 juin, dans un pays mal sein où il se trouve le quart de nos camarades malades, même le sitoyen Vandesticq et Butet sont à l'hôpital à la Rochelle".

L'ordinaire du soldat laissait aussi à désirer. "Nous n'avons que dix sous par jour et le pain et la viande" (19 juillet). Jean Duclou, caporal à la même compagnie ajoutant un mot à la lettre de son camarade, dit de son côté : "Nous sommes bien aises pour le pain et la viande, mais pour le vin nous nant buvont point".

Malgré tout, le moral de Paul Nadaud ne semble avoir jamais connu de défaillance. Il n'en fut pas de même d'un de ses voisins, jeune homme au coeur tendre dont il parlera bientôt.

Partis de Niort, le 11 mai 1793, lui et ses camarades étaient à Fontenay le 16. C'est là qu'ils reçurent le baptême du feu. Écoutons-le nous faire le récit de cette bataille, qui fut la première de Fontenay, une seconde bataille ayant eu lieu 8 jours après, le 24 mai, où les Vendéens devaient prendre leur revanche.

"Lannemy y a arrivez à mydy. Ils nous ont assiégez au proche de la ville. Notre général et nous nous y sommes rangé en bataille. Le combat a duré quatre heures si tellemant que les boullets de canon et les balles y tombaient sur nous comme de la graille. Ils étoient quinze mille hommes et ils avaient quarante pièce de canons, nous étions que sept mille nous navions que quinze pièce de canons. Et néanmoins nous les avons battut. Nous leur avons pris trante et une pièce de canons. Nous avons pris une pièce de canons quil fondoient toute leur espérance sur elle. Il la nommaient Marie-Jeanne. Il a resté de lannemy plus de deux cent sur place, pour nous nous en avons perdut aux environs de une douzaine. Nous leur ont pris plus de vingt charrette et chariot toute leur balle et leur boullet, générallemant toute leur artillerie, nous ont pris de la farine de la viande du pain du vin, nous les avons poursuit plus de deux lieux dans les bois". (Lettre du 17 mai 1793)

Revenant sur cette bataille dans une lettre du 25 juin, Paul Nadaud augmente considérablement le nombre des Vendéens qui y furent tués. "Nous les avons pas tous chassé, car les canons et les fusils en ont tué plus de huit cent". Et en parlant d'un de ses camarades de Touzac : "Le fils de T...., de chez Souchet, dit-il, eut tant de peur qu'il s'enfuit à la Rochelle et s'est retiré chez luy. Et loccasion quil avoit pour se retirer sest que il voulloit aller voir la servante du sitoyen Combret votre curé car lorsquil étoit avec moy il ma fait faire trois lettres pour luy envoyer. Et luy promettoit toujours quil yrait lépouser. Il a mieux aimé se retirer auprès delle que servir la patrie car il a vu quil navait pas tant de danger."

Nos volontaires étaient alors en garnison à Luçon ; et, de là, faisaient de fréquentes sorties contre l'ennemi. C'est ce que Paul Nadaud appelle "aller à la découverte". Néanmoins, ils durent alors connaître quelques jours de répit, l'armée vendéenne faisant porter son effort sur Saumur, puis à Nantes.

Mais à la fin de juillet, la lutte recommença, plus chaude, dans le sud. Voici la lettre qu'écrit Paul Nadaud le 27 juillet : "Mon cher père vous ne douté pas que dans ce moment cy nous avons beaucoup de peinne et de traverse car nous sommes dans un pays quil y a beaucoup de brigand. Je vous diray que le vingt quatre de juillet à dix heures du soir nous avons party de Lusson et avons été à Saint-Hermine à trois lieux de Lusson an croyance de nous battre contre les brigand. Nous ne les avons pas trouvé, sependant toujours animé dun nouvaux courage nous nous sommes mis en état de les poursuivre. Nous avons party de Saint-Hermine à huit heure du soir et avons marché toute la nuit. Nous avons trouvé un pont qui étoit coupé et gardé par les brigand et leur canons braqué dans des retranchemant, et eux étoient caché dans dautre retranchemant bien proche de nous. Nous nous sommes mis en bataille et à la pointe du jour le feux a commansé. Nous avons u un feux de canons qui a duré quatre heure sans que lannemy ne reculla dun pas. Enfin nous avons avansé avec les fusils, ils ont encore soutenut le feu pendant plus de deux heure. Les pièce de canons tant d'une part que d'autre tiraient à mitraille il nont point party pour cela. Enfin nous avons avansé la bayonnette au reins. En ce tamp-là ils nont pu nous résister, il ont pris la fuite. Nous les avons poursuit fort loin. Nous leur avons pris à Chantonnay plusieurs chevaux et mule boeuf vaches et je puis vous assurer que les troupe qui sont sur les frontières sont plus tranquille que nous car à présent nous allons nous battre tous les jours contre les brigand car nous sommes résolut de vaincre ou de mourir. Je puis vous assurer encore que la compagnie des grenadiers passera pour des grenadiers car pendant demy heure nous étions seuls à nous battre contre les brigand dont vous pouvez croire que nous avons entendut siflé beaucoup de balle. Jay oublié de vous dire que nous leur avons pris deux canons, fait beaucoup de prisonnier. Je ne sauray vous dire le nombre de morts et sy se navait été de leur retranchement nous les aurions tous tué car nous étions d'un courage extraordinaire". Ce fut la bataille de Pontcharrault (25 juillet 1793).

Plus encore que les soldats de Luçon, la Convention était résolue à en finir avec les Vendéens. Aux armées qui opéraient dans l'Ouest, elle envoya en août, un important renfort, celui des Mayençais. Et ce fut alors l'encerclement de la Vendée qui commença. Traqués de toutes parts, les Vendéens donnèrent encore de rudes coups de boutoir. Ils eurent en particulier avec la division de Luçon, fin septembre, une rencontre qui tourna à leur avantage, et où Paul Nadaud l'échappa belle. "Il me prirent, dit-il dans sa lettre du 30 octobre, mon chapeaud, habits fusil sabre abresac. Je me suis sauvez tout nud de leurs mains."

Mais ces avantages étaient comme les dernières lueurs que jette un feu avant de s'éteindre. Bientôt les Vendéens allaient être chassés de leur pays, contraints de passer la Loire et de commencer, à travers la Normandie et la Bretagne, une lamentable marche errante qui devait se terminer par le désastre de Savenay.

Sur leurs talons s'élancent nos volontaires ; et voici la lettre que Paul Nadaud croit pouvoir écrire dès le 30 octobre :

"Mon cher père, je vous apprand que Dieu mercy la guerre de la Vandée est finye, quoique sepandant les brigand ne sont pas encore tous détruit. En huit jours de tamp nous avons pris toute leur ville savoir : le chataud de La Forest, Bressuire, Châtillon, Chollet, Mortagne, Baupraux, Saint Florant. Enfin dans la Vandez pandant quarante lieux au carrez le pays est tout brullez jusque sur le bord de la Loire. Quand les brigand ont été contre la rivière de la Loire nous les avons poursuit sy vivement quil se sont précipitez dans lau et dans les bataud. Il en a noyez plus de deux mille et ont laissez derrière eux plus de trante canons et caissons.

Ensuite il ont etez dans la Bretagne. Et nous aussy nous avons passez par Nantes et ensuitte dans Langeous nous les avons poursuit jusque contre la normandie. Les normand se sont elevez contre eux qui leur ont couppez une forte rivière de manière que les brigand ne pouvaient plus allez ny en arre ny en avant, quand il se sont vut perdut il nous ont surpris lorsque nous avons etez les attaquez et ne nous ont pas donnez le tamp de nous mettre en bataille. Il se sont jettez sur nous comme des lions furieux. Nous avons etez forcez a recullez. Nous avons battut en retraite pendant quinze lieux".

Cette lettre est la dernière qui nous reste de Paul Nadaud, et c'est à la fin de cette lettre qu'il nous apprend que l'effectif de son bataillon "Le Vengeur" est réduit de 900 à 150 hommes. ...


Extrait : Lignières Sonneville et St-Palais-des-Combes par M. l'abbé M. Guérin, curé de Touzac - 1925

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