A SAINT-SULPICE-LE-VERDON ...

C'est par un soir d'hiver, à Saint-Sulpice-le-Verdon, deux femmes de la Caillaudière filent à leur foyer. Elles ne parlent pas, mais elles songent. Elles songent à tous ceux des leurs que les Bleus ont tué ; à ces deux hommes du village, leurs voisins, brûlés vifs par les brutes de Cordelier ; à cette autre voisine de 20 ans, Marie Mérieau, déshonorée, puis assassinée par les soudards ; à leur curé, pris à la Bernardière, attaché sur son lit et saigné au couteau "comme un porc", son sang recueilli dans un vase de nuit ! Vision hideuse ! digne de l'enfer !
Soudain, elles tressaillent, on a frappé :
- Qui est là ?
- C'est un pauvre malheureux, ouvrez !
Elles tirent le verrou. Elles étouffent un cri de terreur ; c'est un Bleu qui entre. Un Bleu, il est vrai, à l'aspect minable, et dont le regard implore plus qu'il ne menace.
- Je suis égaré, gémit l'homme ; je ne peux plus marcher. Je meurs de faim et de soif. Par pitié, donnez-moi à boire !
Les femmes se remettent un peu. Elles font asseoir le soldat. Elles sortent pour aller au puits. Un court colloque. Elles rentrent. L'une d'elles tend au Bleu un pichet d'eau fraîche. L'assoiffé boit évidemment. Derrière lui, l'autre femme dénoue son tablier et l'enroule comme une corde. Quand le Bleu, en vidant le pichet, lève le menton et découvre sa gorge. Marie Pineau lui jette prestement le tablier autour du cou. Un cri enroué ! Les femmes tirent ! tirent ! Et bientôt, le Bleu étranglé, s'abat comme une masse à leurs pieds !
Faut-il s'étonner si des vengeances terribles parfois s'exercent ! Longtemps, les Vendéens ont pardonné ; qu'on se rappelle d'Elbée à Chemillé ; le "Pater des Vendéens", et Bonchamps à Saint-Florent. Mais vraiment, à la fin, ils en ont trop vu, trop souffert ! Et parfois, ils se sont vengés !
Abbé BILLAUD
Bulletin Paroissial - Saint-Jean-de-Monts 1948
