BONNEVAL VUE Z

Anne-Claude de Tarragon, né à Bonneval, paroisse Notre-Dame le 28 novembre 1754, officier noble de l'ancienne armée, appartenant à une nombreuse famille fixée depuis fort longtemps dans le pays dunois, fut traduit devant le Tribunal révolutionnaire de Paris le 29 frimaire an II (19 décembre 1793).

TARRAGON BAPTEME 1754 Z

Capitaine-Commandant au Régiment d'Infanterie d'Armagnac, il recevait une pension de 600 l. en considération de ses services distingués aux différentes expéditions des Antilles, où il a été employé en qualité d'Aide-Major-général, & de la blessure cruelle qu'il a reçue dans un combat naval, à bord du vaisseau du Roi, le Jason.

Il avait été arrêté le 28 avril précédent, à Metz, où son régiment, le 6e d'infanterie, était en garnison. Les officiers de ces régiments de l'Est étaient extrêmement divisés ; la situation des ex-nobles, suspectés par les autres, tenus à l'écart, non sans raison souvent, y était insoutenable.

De Tarragon fut trouvé porteur de plusieurs brouillons de lettres fort compromettants. Ils laissaient voir qu'il avait probablement sollicité un emploi du marquis de Bouillé, et cherché du service dans l'armée des princes. Il n'avait pu émigrer à temps. Il était d'ailleurs sans ressources pécuniaires et sans forces physiques, traînant la jambe d'une grave blessure reçue pendant la guerre de l'Indépendance aux États-Unis, où il avait accompagné La Fayette, dans sa croisade pour la Liberté.

Dans ses projets de lettres à son frère, émigré, à Bouillé et à La Fayette, se trouvent des phrases comme celle-ci : "Paris fait horreur, les deux partis sont aussi lâches l'un que l'autre".

C'était suffisant à cette époque pour mériter l'échafaud.

Mais il y avait mieux. A côté des brouillons de lettres, sollicitant du service, "malgré ma répugnance extrême, disait-il, à m'armer contre mon pays", on trouva un autre projet parlant de "l'insultant silence" qu'avait gardé Monsieur, frère du roi, depuis la réception d'une première demande, puis un brouillon de lettre de remerciement au marquis de Bouillé, ce qui prouvait que les lettres avaient bien été envoyées, étaient parvenues à destination et avaient fini par être suivies d'effet.

GenWeb La Fayette - de Tarragon ZZ

Renvoyé le 19 juin 1793 devant le tribunal criminel de la Moselle par les Représentants du peuple en mission dans ce département, transféré le 5 juillet de la prison militaire dans la maison de justice du tribunal, l'officier fut enfin dirigé sur Paris, où, après une assez longue attente à la Conciergerie, il fut traduit devant le tribunal présidé alors par Dumas. Le procès fut bref ; aucun témoin n'était nécessaire.

Le lendemain 20 décembre, le malheureux fut exécuté.

Suspect à cause de sa noblesse, rejeté par cette méfiance du côté des princes, auxquels il paraît avoir été attaché bien plus par tradition que par sympathie, Claude de Tarragon fut victime de l'esprit de caste, des sentiments loyalistes qui étaient ceux de sa classe. Il se disait ami de la Révolution, incliné vers les idées nouvelles, mais révolté par la violence des partis et abhorrant la Constitution de 1793.

 

Bulletin de la Société Dunoise - Tome XIII (1913 - 1915) - 1926

AD28 - Registres paroissiaux de Bonneval

Portrait : Généanet