La Maraîchine Normande

23 septembre 2016

LE GIVRE (85) - LA BRUNIÈRE / LE PÂTIS DES BELLES FILLES

LE GIVRE
CHÂTEAU DE LA BRUNIÈRE

LA BRUNIÈRE 3

Là où se dresse aujourd'hui l'élégant château de la Brunière, au Givre, s'élevait autrefois une sorte de donjon carré, flanqué de tours d'angles, s'apparentant à celui de Chambrette, en partie détruit, et qui, comme la tour d'Angles, devait servir au maintien d'une petite garnison. Ces constructions avaient fonction de sentinelles pour la surveillance du pays toujours menacé par les invasions. Les vieilles chartes désignent ce lieu du nom de "Fief Arondeau".

Au XVIème siècle, son propriétaire, René Bodin, gentilhomme de la Cour, calviniste convaincu, revint en Poitou pour se joindre aux troupes d'Henri IV, lui offrant même l'hospitalité de sa demeure.

Tout devait être austère, dans cette tour aux murs épais, percés seulement d'étroites ouvertures. Aussi, lors d'une paix relative, Bodin entreprit de se faire édifier un logis plus confortable, plus aéré surtout.

De cette époque, nous gardons les grandes lignes. Le corps principal du logement, soudé aux tours primitives, le double escalier partant de l'entrée, laquelle fut dotée d'un arc en plein cintre, encadrée de colonnes cannelées. Un entablement à frise apporte un peu de fantaisie à la façade, rompu par un oculus, on peut voir à côté la date gravée de cette restauration : 15 May 1590.

La tour Sud est assez curieuse, avec ses bretèches et son imposante cheminée en forme d'urne dont ne connaît aucune réplique dans le pays. L'intérieur présente une très belle cheminée de salon d'un grand intérêt, avec les armes des Bodin et de Bessay.

 

La Brunière porte d'entrée

 

La porte d'entrée principale, qui s'ouvre sur la cour et à laquelle on accède par un perron à double escalier, a seul conservé quelque intérêt architectural. C'est une porte à plein cintre, accostée de deux colonnes cannelées d'ordre dorique qui supportent un entablement. Dans la frise, on voit sculptés en relief : un monogramme, la date du 15 MAY 1590 (1) et enfin un écusson dont le premier parti renferme six besants et le deuxième quatre chabots.

Le monogramme est celui des Bodin de la Rollandière, et la date - sans doute celle de la pose de la première pierre du château - semble indiquer qu'il fut construit par ce même René Bodin, seigneur de la Rollandière, de la Brunière et de Lavau-Richer, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, auquel Catherine de Parthenay, lors de la mort de M. de Rohan-Soubise, son mari, écrivait la belle lettre que nous transcrivons et qui donne la mesure de l'estime et de la considération dont le seigneur du Givre jouissait dans l'esprit du défunt, de son épouse et de tout le parti protestant :

"Monsieur, je sais que vous avez tant affectionné Monsieur mon mari, comme vous le lui avez témoigné de son vivant et à moi aussi, que je me promets que vous m'accorderez volontiers la requête que je vous fais, de vouloir honorer sa mémoire en accompagnant son corps, lequel je désire transporter de La Rochelle en ce lieu de Bleing, où il avait eslu sépulture ; c'est le dernier office qu'on peut rendre à ceux qu'on a aimez, dont je prie bon nombre de mes amis, qui, je crois, ne m'en refuseront pas. Je vous en supplie bien affectionément en particulier, et pour cet effet, de vouloir prendre la peine de vous rendre le 13 d'octobre prochain à Fontenay, là où mon fils de Soubise se trouvera pour y recueillir et recevoir ceux qui lui feront ce bien de l'y vouloir accompagner, soit en tout le voyage ou en une partie d'iceluy, suivant ce que le Sr des Cours vous fera plus particulièrement entendre, qui me gardera de vous en écrire davantage, sinon pour vous assurer que je vous aurai obligation de cet office, comme étant l'occasion du monde en laquelle mes amis me peuvent plus témoigner leur bonne volonté, et qu'en tous endroits où j'aurai moyen de les recognaître, et vous servir en récompense, vous m'y trouverez aussi disposée, comme l'effet dont je vous requiers le mérite, vous suppliant en faire état, et me tenir pour votre bien affectionnée amie à vous servir.

De Bleing, ce 16 septembre 1599.
Signé : CATHERINE DE PARTHENAY."

L'écusson, sculpté au siècle suivant, doit être celui de Charles Bodin, petit-fils du précédent, qui épousa, en effet, en seconde noces, Marthe Chabot, veuve d'Isaac de la Lande de Machecoul, et fille de Christophe, écuyer, sieur du Chaigneau, et de Claude de Gourdeau.

En 1621, la Brunière a été pillée par les troupes royales, luttant contre la garnison huguenote qui y était entretenue, commandée par un certain Fatas, lequel multipliait les exactions auprès des populations ne partageant pas ses idées.

Les Bodin paraissent avoir possédé La Brunière jusqu'à la fin du XVIIème siècle.

A la Révolution, elle appartenait à la famille de Mauras qui émigra. Charette y établit une petite garnison commandée par Delaunay (25 septembre 1794).

Plus tard, les aléas de la lutte y amenèrent Travot qui répara les fortifications, ce qui lui permit de repousser l'attaque de Mme de Bulkeley : "Le Vendredi 3 octobre 1794, à la tête d'une troupe de cavaliers recrutés dans la division de La Roche-sur-Yon, Madame Bulkeley attaque la garnison de deux cent vingt quatre Bleus qui tiennent le château. Elle est repoussée vivement. Elle dirige une seconde tentative plus puissante. Mais le "poste ayant été fortifié et le château crénelé", elle échoue à nouveau. Et elle est obligée de se replier vers sa propriété de la Brossardière, en Saint-André-d'Ornay". Malheureusement les troupes républicaines qui occupèrent la Brunière, en 1794, saccagèrent l'intérieur et en brûlèrent le mobilier.  

La Brunière fut achetée nationalement par un sieur Porchier-Thibaudière (maire) qui la revendit à la famille Pineau. Ce sont ces derniers qui en tentèrent la restauration ; mais cette restauration, comme hélas ! la plupart de celles exécutées à cette époque, fut faite parcimonieusement et sans goût. Un exemple : les toitures étaient autrefois surmontées de cheminées monumentales en briques qui devaient être d'un grand effet. On les supprima pour les remplacer par de minces tuyaux en pierre calcaire, sous prétexte qu'elles chargeaient trop les murs. Deux seulement ont été épargnées, pour faire sans doute regretter les autres : l'une, sur la tour du nord, la seconde sur celle du sud. Cette dernière porte à sa base l'inscription suivante formée de briques en saillie :

La Brunière inscription


qu'il faut lire, ce nous semble : Jean Elouin, nom probable de leur constructeur.

En 1853, la terre de la Brunière fut achetée à la famille Pineau par M. Louis-Adolphe de Goué, fils de Louis et de Victoire du Tressay. Il mourut au Givre, le 27 avril 1881, à l'âge de 69 ans, laissant de son mariage avec Mlle Charlotte-Lydye Avice de Mougon, décédée en 1880, deux enfants : M. Alain de Goué, grand chasseur devant l'Éternel, et Mlle Mathilde-Louise-Lydie de Goué (née à Saint-Juire-Champgillon, le 1er avril 1846), qui a épousé, le 25 janvier 1869, M. Augustin-Eugène Letard de la Bouralière (16.08.1838-1908) qui, suite à un accord de famille, fut en possession du curieux et hospitalier manoir.


'1) Cette même date est également gravée à gauche de la porte d'entrée, sur une pierre qui forme cadran solaire.

Sources :

- Constant Gauducheau - Revue : La Fin de la Rabinaïe - n° 59 - Juin 1990

- Paysages et monuments du poitou - photographiés par Jules Robuchon - Tome XII - 1888-1894

- Itinéraires de la Vendée Militaire - P. Doré Graslin - Journal de la Guerre des Géants 1793-1801 - 1979


 LE PÂTIS DES BELLES FILLES

La Brunière Le Givre

Pendant la Révolution, un engagement entre Blancs et Bleus eut lieu au Givre.

LE PÂTIS DES BELLES FILLES, qui borde la route des Sables-d'Olonne, non loin du Pont-Rouge, doit son nom au massacre qui y fut fait en 1793, par les troupes républicaines, de sept jeunes filles du bourg.

Aux Archives Départementales de la Vendée, cote 3P1125, un registre intitulé "Tableau indicatif des Propriétaires, des Propriétés foncières et de leur Contenances", daté de 1811, indique que la parcelle 80, "Section C du Bourg", dite "le champ belle fille", appartenait à Jacques Chevallereau, "homme de loi", demeurant à Luçon.

 

La Brunière Pâtis des belles filles

La Brunière Pâtis des belles filles 3

 

La Brunière le Pâtis 3

Paysages et monuments du poitou - photographiés par Jules Robuchon - Tome XII - 1888-1894

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LES SABLES-D'OLONNE (85) - MOUVEMENTS DES TROUPES AUX SABLES EN L'AN III

MOUVEMENTS DES TROUPES AUX SABLES EN L'AN III

les sables d'olonne


On lit dans une correspondance sablaise républicaine relativement aux fortifications de la Ville :

LIBERTÉ, ÉGALITÉ
Sables-d'Olonne, le 5 fructidor, l'an IIIe de la République une et indivisible. (22 août 1795)
Biroché à son ami Laisné, officier de santé de 1ère classe, à Perpignan.

Je t'ai laissé mon ami, dans l'incertitude d'une attaque, et il fallait s'en tirer :

Pas de plus de Charette que dans la main. Ce seigneur de haut parage s'est borné depuis cette époque à faire enlever quelques grains dans nos environs, et à faire attaquer les Moutiers-sur-le-Lais où ses brigandeaux ont été passablement rossés. Cependant on ne cesse de nous fortifier, et de nouveaux projets en ce genre vont, assure-t-on, être mis en exécution.

Parmi ceux-ci, se trouve la démolition de la maison qu'occupait feu Prvis l'Amoulangeur, près de la porte de Talmond ; où une demie-lune doit-être construite et hérissée de canons à gros calibres. On parle aussi d'une nouvelle redoute du côté des moulins, de chemins couverts, de lignes de feu, etc. Mais de soldats ! vas-tu me dire ?

Ah ! c'est là ce qui ne se multiplie pas vivement. Notre garnison, depuis ma dernière, a été une variation continuelle ; Grouchy arrive deux jours après que je t'eus acrit, avec 70 chevaux, et 280 hommes d'infanterie ; Cassel reprend ses anciens postes ; un bataillon file à Pierre-Levée : et nous voilà solides ! Trois jours après, Grouchy part pour Luçon et emmène tout ce qui était venu avec lui. Cassel part le lendemain pour les Moutiers ou le Givre, et nous restons encore en partie à découverts ! Portion d'une demi brigade rentre dans la place ; quelques postes en avant sont établis ; Enfin hier un bataillon prend les postes de Pierre-Levée et du Château. Des détachements sont à Vertou et aux environs. Le 9e de Paris file de Talmont à St-Gilles ; Un bataillon arrive à Talmond ; et le 1er bataillon du 110e régiment rentre dans la place, et doit en faire le service pendant quelques jours, ensuite il prendra la route de la Rochelle pour s'embrigader, d'où arrivera la demi brigade, assure-t-on ; où le 1er bataillon d'élite est amalgamé.

Tout ce concours de troupes annonce des mouvements que nous désirons plus que personne, car nous ne craignons pas le sieur Charette, et la majeure partie de nos pièces étant servie par nos marins qui sont revenus en assez bonne quantité, je crois qu'il pourra voir les Sables, mais non y faire la police. On m'assura hier que l'avis était arrivé de tenir vingt-cinq mille rations prêtes à Luçon pour les troupes qui y arrivent incessamment. Si cela se réalise, gare à la bombe ! messieurs de la Vendée intérieure. Voilà en raccourci les faits qui ont lieu depuis la lettre que je t'ai écrite relativement au terrestre.

Passons à l'Océan ! Cet animal (bigre) n'a pas présenté le moindre objet depuis que je t'ai écrit. Depuis plus de huit jours il n'a été signalé que des fatras ; pas un corsaire ennemi, pas une frégate, pas un aviso ; rien, absolument rien ; et nous avons cru pendant quelques jours que M. de Guideport et toute sa séquelle nous aient abandonnés. Mais je ne donne pas aussi vite la dedans que nous l'avions présumé. Les derniers avis reçus annoncent qu'il croise depuis la pointe de Groix jusqu'à l'entrée de la rivière de Nantes, et que la baie de Quiberon et des environs de Belle-Île sont encore couverts de leurs bâtiments de guerre et de transports, Guideport n'est pas un couillon, il croit nous donner le change, et nous faire croire qu'il vent tenter une belle descente sur les côtes de Bretagne : les papiers anglais même nous le présentent comme certain ; mais nous n'en croyons rien ; ils se rappellent la correction et ne tomberont pas deux fois dans le même trous, voilà ce qui paraît plus vrai.

Ils rassembleront toutes leurs forces dans la baie de Quiberon, disposeront tout pour la descente, et choisissant un temps favorable, ils fondront sur les côtes de Mont, ou de notre District où ils ont déjà réussi à effectuer des débarquements de munitions et de quelques hommes ; Reste à savoir actuellement s'ils réussiront, et si les troupes républicaines qu'on annonce marcher à grandes journées, ne seront pas arrivées à temps pour leur couper le sifflet.

D'honneur, je voudrais qu'ils choisiraient la Parée au devant de la ville pour cette belle opération ; comme nos nouveaux mortiers, nos obusiers, nos gros canons, etc., etc., etc., en feraient je crois, une belle déconfiture. Mais ils sont trop adroits pour choisir cette plage. Je t'ai dit : nos nouveaux mortiers : Il faut que tu saches qu'il vient d'en être placé deux sur les batteries des moulins. On les a éprouvés, et on fait de manière à connaître les effets qu'ils pourraient produire soit derrière les dunes, sur les dunes, entre les dunes, ou placés sur le mur, ou sur la parée ; et on s'est convaincu que dans tous les cas ils devraient exercer de furieux effets sur les colonnes envahissantes.

AD85 - L'Étoile de la Vendée - n° 531 - Jeudi 3 décembre 1891

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LES SABLES-D'OLONNE (85) - JEAN-JACQUES GOURDIN, VICAIRE

Les Sables-d'Olonne

Venu de la Normandie, ce prêtre était incorporé au diocèse de Luçon ; vicaire à Avrillé en 1785, puis vicaire aux Sables en 1791.

GOURDIN signature

Ferme dans la foi, comme le clergé de cette ville, après avoir refusé d'accepter la Constitution civile, il continua son ministère, non pas aux Sables où l'intrus Gérard occupait l'église et le presbytère, mais dans la paroisse du Château-d'Olonne et à la chapelle de Saint-Jean d'Orbestier.

Accusé pour ce fait, en août 1791, devant le District du département, et pour avoir suscité des troubles au Château-d'Olonne, parce que les fidèles accouraient à sa messe, on demande contre lui des poursuites.

L'affaire traîne en longueur, quand de nouveau en juin 1792, M. Gourdin est signalé comme "agitateur".

On décide son arrestation et celle de son curé M. Boitel. On veut le transférer au chef-lieu du département.

Il se résout à fuir en exil. Le 22 juin 1792, son embarquement a lieu avec M. Giraudeau, curé de l'Île d'Olonne, le P. Mauclerc gardien du couvent des Cordeliers d'Olonne, Micheau vicaire et Daniel vicaire de St-Hilaire-de-Talmont.

Après quatre jours et quatre nuits d'une pénible traversée, les exilés furent reçus avec empressement à St-Sébastien par l'évêque de Dax et celui de Blois.

Ils partirent ensuite pour Vittoria, où arrivés à pied et par une chaleur à laquelle ils n'étaient pas habitués, ils en furent singulièrement incommodés.

Le plus accablé de tous fut l'abbé Gourdin, qui ne put même se rendre au couvent des Franciscains. Cette fatigue extrême enleva promptement au malade ses forces. Le vicaire des Sables ne devait plus revoir la Vendée et décéda en Espagne en 1797.

A. BARAUD, prêtre
AD85 - L'Étoile de Vendée - n° 2213 - Jeudi 9 janvier 1908

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21 septembre 2016

LES LANDES-GÉNUSSON (85) - LE DERNIER SEIGNEUR DE CHAMBRETTE

LES LANDES-GÉNUSSON
LE DERNIER SEIGNEUR DE CHAMBRETTE

Chambrette cadas


CHAMBRETTE était autrefois un hôtel noble fortifié, entre Tiffauges et les Landes-Génusson, duquel dépendaient avant la Révolution de 1789, plusieurs seigneuries environnantes, dont la mouvance féodale fut abolie lorsque disparut la féodalité, à la fin du XVIIIème siècle.

Au cours d'une longue visite faite en 1986, le propriétaire, M. Bernard Hurtaud, nous montra les restes ruinés des différents bâtiments victimes des incendies de 1793-1794.

A l'entrée à gauche, une tour tronquée avec les restes d'un porche aujourd'hui disparu. Le bâtiment de droite conservait encore un grand porche en plein cintre flanqué d'une petite porte piétonnière. Un peu plus loin à gauche, un vieux logis du XVIIème siècle, avec de grandes cheminées de granit. La chapelle est voûtée et au bout une autre tour tronquée.

Puis, un peu plus loin, à droite, les restes d'un pavillon carré avec tourelle d'escalier et échauguettes aux angles, qui figure intact sur les cartes postales du début du siècle, mais détruit par le propriétaire aux environs de la guerre de 1914.

 

Les Landes-Génusson Chambrette vue

Ce fut là que passa les dernières années de sa vie mouvementée, de marin et de combattant Vendéen, CHARLES-HENRY DE LA ROCHE SAINT-ANDRÉ.

de la Roche Saint-André Charles-Henry naissance

Il était né à Montaigu (paroisse Saint-Jean-Baptiste) le 11 mars 1765, de Charles de la Roche-Saint-André et de sa troisième femme Henriette-Marguerite Goulard du Retail. Il passa ses premières années à Montaigu, mais n'avait que deux ans lorsque sa mère mourut à la naissance de son frère Victor-Alexandre et quelques mois plus tard son père se remaria pour la quatrième fois.

Les deux jeunes garçons furent alors confiés à leur soeur aînée, Henriette-Félicité qui avait épousé Gabriel Robineau, seigneur de la Barillière, aux portes de Montaigu, où il passèrent leur jeunesse.

Mais très jeune Charles-Henry, suivant les traces de ses illustres parents, les de la Roche-Saint-André et les du Chaffault, se sentit attiré par la course en mer, et fut admis dès l'âge de 10 ans en 1775, aux Gardes de la Marine comme aspirant.

Reçu Garde de la Marine le 3 avril 1779, il fut affecté sur un gros vaisseau de quatre-vingt canons, "le Duc de Bourgogne", commandé par le chef d'escadre Charles d'Arzac de Ternay. Et le 2 mai 1780, l'escadre composée de huit vaisseaux de ligne et de quelques frégates, escortait trente six vaisseaux de transport.

Charles-Henry n'avait que quinze ans, mais il faisait déjà partie de l'Etat-Major du Chef d'Escadre.

Le 11 juillet 1780, le convoi arrivait devant Newport dans le Rhode-Island, après quelques accrochages avec des vaisseaux Anglais. Au cours de ce séjour en Amérique, Charles-Henry participa à la Guerre d'Indépendance de l'Amérique, qui aboutit à la capitulation Anglaise et à la signature de la paix de janvier 1783, reconnaissant l'Indépendance des nouveaux États-Unis Américains. Il regagna la France à moins de vingt ans en 1784.

Puis ce furent de nouvelles campagnes, et en 1786, il était lieutenant de vaisseau.

Au printemps de 1790, il épousait dans la chapelle de Meslay, (La Guyonnière) Constance-Augustine du Chaffault, petite-fille du célèbre amiral du Chaffault, le vainqueur d'Ouessant.

Vint la Révolution, comme beaucoup d'officiers de marine, son grade le rendant suspect, Charles-Henry de la Roche-Saint-André, rejoignit l'Armée des Princes, début 1792. Et après l'échec de cette Armée, il partit en Angleterre aider le Comte d'Hector, de Saint-Georges-de-Montaigu, à préparer le débarquement de Quiberon, auquel il participa sous le commandement du Chef d'Escadre Paris de Soulange, de Saint-Hilaire-de-Loulay.

de la Roche-Saint-André Victor-Alexandre naissance

Blessé d'une balle à l'épaule droite, le 16 juillet 1795, pendant que son frère Victor-Alexandre, né à Montaigu le 28 janvier 1767, eut une jambe emportée et fut sauvagement massacré sur le champ de bataille, Charles-Henry réussit à rejoindre une barque. Recueilli par deux courageuses jeunes filles, il parvint près du général Chouan de Puisaye, et passa avec Rochecotte dans l'Armée Royale du Maine où il resta jusqu'en juillet 1798, et rejoignit le général Vendéen Constant de Suzannet.

Avec lui, il participa aux dernières années de la Guerre de Vendée. Nommé commandant de la Division de Montaigu, ville qu'il assiégea sans succès dans les premiers jours de novembre 1799, et après l'échec, quoique blessé à une jambe, il réussit à faire replier sa troupe sur Beaurepaire.

Il participa à la signature de la paix de Pouancé le 24 novembre 1799, paraînée par le Traité de Montfaucon-sur-Moine, le 18 janvier.

Sa femme étant morte, sa fille Pauline mariée à Charles de Suyrot, Henry-Charles de la Roche-Saint-André lui donna en dot la terre de la Gastière en Chambretaud, et se retira à Chambrette, dans le gros pavillon carré, sommé d'échauguettes, incendié par les colonnes infernales et restauré par lui, aujourd'hui en ruines.

C'est là qu'il acheva sa vie le 20 juin 1836, âgé de 71 ans. Il fut inhumé en bordure de la route de la Bruffière, dans le cimetière des Landes-Génusson, et sur son tombeau de granit, on peut lire "Brave guerrier, Chrétien fidèle, qu'il repose en pais".

Peu avant sa mort, il avait légué à l'abbé Robin, curé de la paroisse, son pied à terre au Bourg, qui en 1846 devint l'école des Soeurs. Ce fut une belle figure Montacutaine et Landaise.

de la Roche-Saint-André Charles-Henry décès

JEAN LAGNIAU
Revue : La Fin de la Rabinaïe - n° 91 - mai 1993

AD85 - Registres paroissiaux de Montaigu et Registres d'état-civil des Landes-Génusson

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AMPLEPUIS (69) - FRANÇOIS CORTEY, PRÉBENDIER-CHAPELAIN DU CHÂTEAU D'AMPLEPUIS (1730 - 1793)

 

Cortay François Amplepuis naissance

 

FRANÇOIS CORTEY, né et baptisé à Amplepuis, le 7 novembre 1730, était prébendier-chapelain du château d'Amplepuis. Il aidait de tout son coeur les prêtres de sa paroisse dans les travaux du ministère. Plus que sexagénaire, il n'était pas atteint par la loi de déportation portée contre les prêtres qui refusaient le serment. Il trouva un asile à Ronno un asile dans lequel il espérait vivre inconnu.

 

Ronno

 

Signalé à Ronno, il est arrêté dans la maison d'un propriétaire, Jacques Perrier, où il se cachait.

Nous avons le procès-verbal de son arrestation, du 28 brumaire, an II, c'est-à-dire 18 novembre 1793.

Les gens armés entrent dans une chambre ; ils remarquent un lit garni de draps, où il leur semble que quelqu'un a dû coucher la nuit précédente ; ils le défont et y voient un livre couvert en carton, intitulé livre de comptes pour servir à M. l'abbé Cortey, un autre livre : "Traité des devoirs de la vie de l'homme chrétien", une chemise d'homme marquée C." Ces différents effets, disent-ils, ont fait présumé audit détachement, que le prêtre Cortey n'était pas loin. Les recherches ont été continuées.

Dans la boutique, on a trouvé un trou pratiqué dans la muraille d'environ un pied et demi en carré, devant lequel trou il y avait une planche et un monceau de truffes (pommes de terre). Ces objets ont été ôtés, et on s'est introduit dans ce trou. On est arrivé dans un souterrain d'environ six pieds carrés. Là, on a trouvé le dit prêtre Cortey caché. Il a été de suite arrêté.

On a encore trouvé dans ladite cachette un panier rempli de plusieurs effets. Le dit panier a été attaché avec une corde et porté à la commune d'Amplepuis où ledit abbé Cortey a été conduit.

Le bureau municipal assemblé a procédé, dans la maison commune, à la vérification de ce que contenait ledit panier. Il s'y trouvait une soutane, une nappe, une croix, un calice, deux burettes, une boîte avec des hosties ..." Bref, ce panier était la pauvre chapelle portative avec laquelle le prêtre se transportait où l'appelait son ministère.

On avait trouvé, de plus, sur lui, une lettre d'une de ses parentes lui indiquant qu'on le recherchait activement, et l'abjurant de se bien cacher ; un "Registre des baptêmes et mariages que j'ai faits pendant l'année mil sept cent quatre-vingt-treize" ; une lettre de pouvoirs du 4 juin 1793, signée "Les préposés au gouvernement du diocèse" ; un communiqué imprimé de quatre petites pages des "préposés au gouvernement du diocèse à MM. les prêtres, aux religieuses, et à tous les fidèles de ce diocèse", daté du 8 février 1793, qui fut être répandu partout et qui concernait les pouvoirs des prêtres et la ligne de conduite des religieuses et des fidèles.

On fit signer à l'abbé Cortey le procès-verbal de son arrestation ; on y joignit ces diverses pièces qui constituèrent son dossier.


Nous l'avons encore tel qu'il fut devant ses juges ; et je l'ai feuilleté l'autre jour aux Archives du Rhône, avec l'émotion que l'on devine, en pensant que c'est là-dessus qu'il fut condamné, comme "prêtre réfractaire", le 28 décembre 1793 (8 nivôse an II), et guillotiné le même jour.

Extrait : La Semaine Religieuse du Diocèse de Lyon - 1er juin 1894 (A1, T2, Vol 2) - 30 janvier 1925 (A32, T1, N9)

 

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LES SABLES-D'OLONNE (85) - JEAN-EMMANUEL MERCIER, SCULPTEUR (1743 - 1821)


JEAN EMMANUEL MERCIER

les sables d'olonne


Au commencement du règne de Louis XVI, il existait aux Sables un artiste d'un grand mérite, fils d'un simple cloutier qui n'avait pu lui donner d'instruction spéciale.

 

VAN LOO

Dépourvu des conseils et de la direction que les élèves ne trouvent que dans l'atelier des maîtres, il avait cédé à cette voix impérieuse dont la nature éclaire quelquefois les intelligences privilégiées. A force de travail et d'inspiration, il finit par se suffire à lui-même, quitta les Sables, devint un des disciples distingués de Van Loo, partit de France, et admis comme élève à l'école de Rome, il passa plusieurs années dans la ville éternelle mûrissant son talent au contact et dans la contemplation des oeuvres divines des grands maîtres de l'art.

Ensuite il revint, et conservant ses goûts simples et libres d'ambition, il retrouva avec bonheur le modeste intérieur de sa jeunesse. Ne pouvant prétendre en cette obscure retraite aux commandes et aux protections dont un théâtre plus élevé eût pu seul le favoriser, il se maria, et concentra son existence dans les douces et paisibles joies de la famille. Mais comme il fallait un essor à son activité inspirée, il n'écouta que son dévouement et un désintéressement hélas ! bien rare aujourd'hui. Il entreprit de transformer l'église de son endroit. A partir de ce moment, il n'eut plus d'autre pensée ; il s'adonna tout entier à ce long travail, et y consacra ses jours et ses veilles avec une patience et une abnégation qui ne se démentirent jamais ; car il voulut tout faire par lui-même et n'accepta la collaboration de personne. Aussi, révéla-t-il des talents multiples ; et ses compatriotes étonnés admirèrent en lui le sculpteur consommé aussi bien que le peintre et le doreur habile.

 

Les Sables - Notre Dame de Bon Port

 

Cela se passait en 1784 ; Or, au mois d'août de cette année, l'Intendant général du Poitou, le comte de Blossac vint faire aux Sables une de ces inspections qu'il renouvelait tous les trois ans. Il désira visiter Jean Emmanuel Mercier. A sa vue, il fut saisi d'estime pour cet homme, et ne pouvant consentir à ce que ses précieuses occupations fussent interrompues, sans nécessité par des distractions banales, il lui adressa immédiatement l'ordonnance suivante : en lui enjoignant de la notifier au Maire chargé d'en assurer l'exécution :

"Paul Esprit de la Bourdonnaye, chevalier, comte de Blossac, marquis du Tymeur, conseiller du Roy en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, Intendant de justice, police et finances en la généralité de Poitiers.
Nous avons exempté par des considérations particulières et notamment pour conserver à la ville un artiste rempli de talent le sieur Jean Emmanuel Mercier, sculpteur, peintre et doreur de la ville des Sables, de la patrouille de la dite ville, à la charge par lui de notifier la présente décharge aux sieurs Maire et Echevins de la dite ville.
Fait aux Sables, le 29 août 1784,
Signé : BLOSSAC.
Pour copie conforme à l'original,
Signé : ROUILLÉ."

 

Mercier Jean-Emmanuel naissance

 

Jean Emmanuel Mercier était né aux Sables (paroisse Notre-Dame) le 3 septembre 1743 de Hilaire, cloutier, et de Catherine Bourget son épouse, desquels il fut le vingt-unième enfant. Il se maria aux Sables le 28 janvier 1777 à Marie-Françoise Blay dont il eut plusieurs enfants qui parvinrent à une vieillesse très avancée. Il mourut le 12 octobre 1821, à l'âge de 78 ans.

Mercier Jean-Emmanuel décès

Ses oeuvres furent : le maître autel et le baldaquin de l'église des Sables, le Christ en croix du Calvaire, et la statue en bois de la Sainte Vierge pour la chapelle de l'église vulgairement désignée sous le nom de chapelle du coin. En 1848, cette chapelle reçut de grandes réparations qui nécessitèrent l'ablation de la statue qui fut donnée à l'église de Bretignolles dans laquelle elle est précieusement conservée. La statue en pierre qui lui succéda fut placée sur l'autel de la Sainte Vierge dans la nuit du 14 au 15 août 1848.

Outre les Sables-d’Olonne, la réputation de Jean-Emmanuel Mercier s’étendit sur toute la Vendée :

- tabernacle de la cathédrale de Luçon commandé par le conseil de Fabrique en 1808

- statues polychromes de St Hilaire et St Louis dans l’église de Soullans

- statue Notre-Dame du Coin à Brétignolles

- retable de l’église St Hilaire de Talmont St Hilaire

- statue de St Pierre de l’église St Pierre de Talmont St Hilaire

- tabernacle de l’église St Pierre des Clouzeaux

- statue de St Jean-Baptiste et le maître-autel de l’église St Nicolas de la Chaize le Vicomte.

AD85 - L'Étoile de la Vendée - n° 504 - Dimanche 30 août 1891

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19 septembre 2016

GRAND-CHAMP (56) - 1795 - MM. PIERRE-FRANÇOIS CADORET ET RENÉ CAUDAL

MM. PIERRE CADORET ET RENÉ CAUDAL
PRÊTRES A GRAND-CHAMP

Grandchamp cassini

MM. Cadoret et Caudal étaient prêtres libres à Grand-Champ lorsque la Révolution éclata.

Le premier était de Grand-Champ même [fils de Mathurin, cordonnier et de Perrine Pèrès - ordonné prêtre le 17 septembre 1789] ; le second de Plouhinec. Tous les deux refusèrent le serment et restèrent dans le pays ; tous les deux furent assassinés la même année 1796 1795 ; voici ce que la tradition rapporte de leur mort.

Cadoret prêtre Grandchamp

M. Cadoret se retirait chaque soir au village de Guernéhué-des-Saints à l'est de la paroisse et un autre prêtre, du nom de Samson, en faisait autant au village voisin de Talbot ; ils disaient la messe ensemble chaque matin et pendant la journée rayonnaient dans les alentours, pour leur ministère de confesseurs et de catéchistes.

Les patriotes avertis essayèrent de les surprendre et un jour arrivèrent à Talbot ; les deux prêtres n'eurent que le temps de s'enfuir. M. Samson gagna le bourg de Locmaria et réussit à s'échapper. Moins heureux M. Cadoret fut blessé, en se sauvant, continua de courir quelques temps encore et alla s'abattre auprès du village de Bénalo, jusqu'où on le suivit à la trace de son sang ; quand on le découvrit il avait cessé de vivre. [c'était le 5 fructidor an III (22 août 1795), il avait 31 ans]

cadoret décès

 


 

M. Caudal fréquentait plutôt le sud de la paroisse et avait l'habitude de célébrer la Sainte Messe au moulin de Gouézac. Un dimanche, pendant qu'une grande foule l'entendait, un homme accourut en criant : "Voici les Bleus !".

 

Caudal ou Candal signature

 

Les assistants se dispersèrent. M. Caudal acheva le Saint-Sacrifice et, avec son répondant, grand et fort jeune homme, fils du meunier, s'esquiva à son tour. Tous deux tombèrent sous les balles ; d'abord le jeune meunier, âme héroïque qui n'avait pas voulu sauver sa vie pour rester avec le prêtre, puis plus loin le prêtre lui-même épuisé et à bout de souffle.

Les fidèles placèrent plus tard une petite croix à l'endroit où M. Caudal avait été assassiné. On la voit encore aujourd'hui tout près de la route qui conduit de Grand-Champ à Vannes.

 

Cadoret et Candahl croix

 

Extrait : Les prêtres du Morbihan, victimes de la Révolution, 1792-1802 - J. Le Falher - 1921

AD56 - Registres d'état-civil de Grandchamp

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LES SABLES-D'OLONNE (85) - DEUX LETTRES DU CITOYEN BÉNONI BARRÉ A SON FRÈRE - 1795-1796

LETTRES DU CITOYEN BÉNONI BARRÉ, LES SABLES
AU CITOYEN B. BARRÉ, NÉGOCIANT, RUE DES SINGES, AU MARAIS A PARIS

 

les sables d'olonne

 

Ce sont les reproductions de deux lettres authentiques adressées le 9 décembre 1795 et le 23 mars 1796 par le citoyen républicain Bénoni Barré, demeurant aux Sables-d'Olonne, à son frère négociant à Paris.

En dehors des griefs envers son frère et de son état de santé, Bénoni Barré nous donne l'atmosphère qui régnait dans la population à cette époque.


LES SABLES, LE 18 FRIMAIRE L'AN 4 (9 décembre 1795)

Je n'avais point chargé notre ère de te faire de reproche, mon ami, mais si son entremise m'a valu de tes nouvelles, je lui en sais bon gré et mon exactitude à te répondre te prouvera l'intérêt que je mets à la correspondance, je n'examinerai pas, moi, qui de nous doit faire les avances. Tu as un caractère que je dois respecter et duquel je te félicite, mais ce qu'il importe beaucoup dans la conversation, c'est que chacun parle à son tour, hors (sic) comme un commerce de lettre n'est qu'une conversation éloignée, j'ai pensé qu'il serait indécent que je parlasse toujours. Lorsqu'on ne me répond pas, quoique je sois un pur parleur, j'aime qu'on m'interroge parfois. Cela prouve au moins qu'on est attentif ...

Tu me demandes beaucoup de choses, je vais tâcher de te satisfaire, et pour commencer par ce qui touche tes intérêts, je te dirai qu'il est de toute impossibilité de te procurer de la sardine en baril - 1° parce que toute celle qui se pêche ici est consommée en mer, que nous n'avons point de presse et qu'aujourd'hui une sardine est aussi rare aux Sables qu'à Paris - 2° nous sommes relégués dans un coin de terre et presque bloqués de toute part. C'est au point que nous ne pouvons nous écarter un quart de lieue sans escorte et que dix citoyens chassant les jours derniers à une petite lieue autour de la ville, y ont été massacrés. La voie par mer n'est pas plus sûre, outre que dans cette saison, elle est fort scabreuse. Depuis plus de quatre ans, nos navires ne font plus la pêche à la morue et nous n'en voyons que quelques poignées que l'on nous apporte quelquefois de La Rochelle, après la vente du Préfet ou l'arrivée de quelques bâtiments neutres.

Je suis désespéré, mon ami, de ne pouvoir te procurer ces objets de nécessité, tu sais avec quel empressement je voudrais te servir, mais cette malheureuse petite place ne fait plus de commerce avec aucune autre, si on excepte le tripotage : deux femmes du commerce qui, avec deux ou trois mille écus de papier, vont à La Rochelle nous chercher du savon, du fromage et des fruits qu'elles nous revendent ici le double.

Tu veux que je te parle de moi, tant pis tu ne seras pas satisfait. J'ai un mauvais compte à te rendre, ma santé est détestable ; depuis près d'un an, je vis de privations et de remèdes. Dans ce moment-là, quatre chevaux allemands crèveraient de ce que j'avale, et je ne puis pas même réussir à obtenir une fin quelconque à mes misères. Je suis cependant assez maigre et assez décharné pour espérer qu'un petit rhume me jettera dans la phtisie (sic). Tu vois que ce chemin-là ne mène pas au mariage dont tu me parles et c'est sûrement pour le mieux. Car lorsqu'on a pour perspective, la vieillesse, les infirmités et la misère, on fait mauvais ménage, surtout avec une jeune femme. J'ai déjà 41 ans, mon ami, je n'ai pu obtenir la santé et depuis sept ans que je suis établi, quoique j'aie beaucoup travaillé, comme tu dis, à la "destruction de mon prochain", eh bien, je ne me suis pas enrichi de sa dépouille, je n'ai fait que me soutenir et le discrédit du papier m'achève.

Je t'envoie mon bilan, il est la plus exacte vérité : 3 louis en or, un en argent blanc, et 6000 d'assignats ; il m'est dû peut-être 100 louis valeur réelle que l'on m'acquitte tous les jours au pair en assignats, sous prétexte qu'il y a 5 ou 6 ans, je les prenais aussi et que j'ai fourni des mémoires alors. Il est des gens auxquels j'ai laissé mes fonds ainsi parce que je les savais gênés, et qui aujourd'hui me payent 200, dix louis avec rien ou presque rien ; hier j'en jetai une poignée au feu d'impatience devant la personne qui me les apportait.

D'ailleurs, ce pays-là est absolument ruiné. La guerre de la Vendée, ne finira que lorsqu'il ne restera plus ni fille, ni propriété à violer, plus de bestiaux à détruire et à manger, plus d'objets de dilapidation et de pillage, dont le militaire puisse s'emparer, plus de vieillards, de femmes et d'enfants à massacrer, enfin plus d'être vivant sur le sol de son territoire.

J'occupe une place qui me donne beaucoup de peine, dont l'exercice nuit beaucoup à mon rétablissement et qui m'a déjà valu deux bonnes maladies ; cela me rend, valeur réelle, un petit écu par mois et je suis obligé de me transporter 2 fois par jour à 1800 pas de mon domicile. Je suis plus heureux que beaucoup de mes collègues qui, n'ayant pas d'autres ressources, languissent misérablement et tombent de besoin.

Dis-moi si tu as quelques connaissances dans le Conseil de santé.

Adieu, le papier me laisse. Des amitiés à ton épouse, j'embrasse mon frère et ton drôle.


LES SABLES LE 3 GERMINAL AN 4 (23 mars 1796)

Quoique tu n'aimes pas la politique, je m'empresse de te donner une nouvelle qui sûrement te fera plaisir, tu ne serais français si tu l'apprenais avec indifférence.

Charette, le fameux Charette, le Boute-feu de la Guerre civile (sic), le point de réunion de tous les Brigands, Fanatiques et Royalistes de la Vendée, enfin le Charette qui, depuis si longtemps, tenait notre malheureux pays en insurrection, il est arrêté ! D'hier ; il a été pris par le Général Travot : cet officier est bien digne de cette gloire car c'est celui qui ait le mieux fait la Guerre de la Vendée. Grâce lui soit rendue, il a bien mérité de la Patrie.

Nous attendions cet illustre prisonnier, mais nous apprenons que l'État-major de la Division le fait conduire à Angers. C'est sûrement un hommage que l'on veut rendre au Général en chef, mais, à coup sûr, il eût été plus avantageux au bien public qu'il eût été jugé dans la Vendée.

Les marchandises ont repris à la Rochelle. D'après ma dernière, cette prodigieuse diminution était le produit de l'emprunt. Cependant les huiles ne valent encore que 25 S la livre et le sucre brut de 12 à 14 S.

Adieu. Bonne santé. Mes amitiés à ta femme et à Barré. Salut et amitié.

Bénoni.

Extrait : La Fin de la Rabinaïe - n° 195 - novembre 2002

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17 septembre 2016

LOCMINÉ (56) - M. JEAN-MARIE LE DASTUMER, PRÊTRE (1763-1799)

Locminé église

 

M. JEAN LE DASTUMER
PRÊTRE A LOCMINÉ

JEAN LE DASTUMER naquit à Locminé, rue de Baud, le 23 août 1763 de Mathurin Le Dastumer et de Hélène Boué.

Le Dastumer Jean acte naissance

Ordonné prêtre le 17 septembre 1789, il demeure dans sa paroisse natale, refuse le serment et se cache, pendant sept ans, avec quelques confrères aussi vaillants et fidèles qu'il était lui-même. M. Le Dastumer tint la campagne, distribuant sans relâche et les sacrements et la parole de Dieu jusqu'à la reprise de la persécution directoriale où il tomba victime de la haine.

Le Dastumer signature

Le 25 février 1799, la 5e compagnie, 2e bataillon de la 58e demi-brigade, venait de Bieuzy-les-Eaux à Locminé sous les ordres du capitaine Denoyers. Ce n'était certainement pas des modèles de discipline que ces colonnes mobiles qui rôdaient alors dans le Morbihan et la 58e en particulier semble avoir été plus débridée encore que les autres.

Quand elle eut passé Pluméliau, trois de ses fusiliers, sans aucun motif légitime, s'en écartèrent et, je ne sais trop comment, réussirent à s'emparer de M. Le Dastumer, soit dans un village du pays, soit en plein champ. Ils l'emmenèrent vers Locminé. Mais en route, ou bien parce qu'il voulut fuir, ou bien sans aucun motif avouable, ils tuèrent leur prisonnier à bout portant et le criblèrent de coups de baïonnette.

L'histoire a retenu le nom de ces trois hommes ; ils s'appelaient : Armand Pienoël, Pierre Broxol et Jacques Hébert.

Leur crime était monstrueux, ils ne paraissent pas s'en être doutés, et, quand il fut commis, avisant sur la route un voyageur qui passait, menant un cheval chargé de deux paniers en tout semblables aux paniers des boulangers forains, ils l'arrêtèrent, mirent le cadavre dans un des paniers et arrivés à Locminé le déposèrent sur la place publique. Puis ils allèrent faire leur rapport.

L'émotion fut grande dans la petite ville, d'autant plus que M. Le Dastumer était un de ses enfants. Catholiques et révolutionnaires s'indignèrent pareillement ; les derniers se plaignirent à l'administration militaire et les premiers firent à l'infortunée victime de très belles funérailles. Elles eurent lieu le 26 février au milieu d'une affluence considérable accourue de tout le pays, et, depuis ce jour, la mémoire de M. Le Dastumer reste entourée d'une auréole de sainteté et de religieux respect.

Il y a une légende qui dit que M. Le Dastumer fut arrêté au village de Kerascouet en Plumelin, qu'un second prêtre fut tué avec lui, M. Petitcorps, vicaire de Guern, et qu'un troisième, Morvan, lui aussi tomba aux mains des Bleus.

Il est possible que les trois prêtres se trouvassent réunis ; M. Morvan même fut certainement pris par la colonne mobile ; on l'emmena à Pontivy et de là il fut conduit à l'Île de Ré.

M. Petitcorps et M. Le Dastumer, dans cette hypothèse, auraient réussi à prendre la fuite. Le second serait tombé bientôt aux mains des trois traînards qui l'immolèrent. Quand à M. Petitcorps, il s'esquiva et devint en 1802 recteur de Saint-Aignan où il mourut en 1804.

On a élevé un monument à M. Le Dastumer à l'endroit où il tomba. La date du 8 mars 1799, qui y est inscrite, est manifestement fausse.

LE DASTUMER croix

Extrait : Les prêtres du Morbihan, victimes de la Révolution, 1792-1802 - J. Le Falher - 1921

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LES HERBIERS (85) - LE SACRIFICE DE LA FAMILLE JOURDAIN DE LA MARTINIÈRE

 

Jourdain armoiries

JOURDAIN, famille noble et ancienne sortie des Jourdain, Seigneurs d'Ambleville, de la province de Saintonge.

Une enquête ordonnée le 26 août 1562 par le lieutenant général de Poitou, à la requête de François Jourdain, écuyer, Sgr des Forges, prouve que tous les papiers de cette famille furent brûlés ou dispersés lors du pillage de la maison des Forges, qui eut lieu le 7 août 1562. "Ce malheur, commun avec beaucoup d'autres maisons du Poitou empêche aujourd'hui celle de Jourdain de faire connaître son ancienneté."

Cependant on la retrouve dans tous les bans et arrière-bans de la province du Poitou, notamment dans ceux des années 1533, 1491, et dans le ban de 1467 de la province de Saintonge d'où est originaire la famille de Jourdain. (Nobiliaire du diocèse et généralité de Limoges : Tome 2 - 1863)

 

LE SACRIFICE DE LA FAMILLE DE LA MARTINIÈRE

Les Herbiers - La Martinière


A l'époque de la Révolution, ce logis était habité par la famille Jourdain des Hermitans, qui habitait aussi le Logis jouxtant le donjon roman sis près de l'église St-Pierre des Herbiers, logis aujourd'hui disparu.

Léon Jourdain, (né le 20 août 1737) chevalier, seigneur des Hermitans, était en même temps châtelain de la moitié des Herbiers qu'il avait héritée de sa mère Jeanne-Hélène Bouëxon des Herbiers ; il était aussi lieutenant des vaisseaux du Roi et Chevalier de Saint-Louis.

Dès le début de la Révolution, il avait émigré pour répondre à l'appel des Princes, frères du Roi, qui, sous prétexte de délivrer Louis XVI et sa famille, avaient formé l'Armée d'Outre Rhin, avec l'aide de la noblesse française, faute très grave qui hâta la chute de la monarchie.

Au début de l'année 1795, M. Léon Jourdain des Herbiers rentra en Vendée, où il se cacha près du château de la Tremblaye entre Mortagne et Cholet. C'est là qu'un traître le livra à la Garde Nationale de Cholet, le mercredi des Cendres 1795 (18 février). Il fut fusillé sur place. Son frère cadet, qui servait dans l'Armée Vendéenne du Centre, avait péri à Savenay, au retour de la Virée de Galerne.

Pendant un de ses congés, Léon Jourdain des Herbiers avait épousé le 26 février 1770, Jeanne-Victoire Le Boeuf, des Moulinets. De ce mariage naquirent trois filles, baptisées aux Herbiers : Jeanne-Victoire, le 27 février 1772, Louise-Félicité, le 3 août 1773 et Olive-Louise le 23 juillet 1776 (*). 

Jusqu'à la fin de 1793, Mme de Jourdain et ses filles continuèrent d'habiter leur maison des Herbiers et la Martinière, donnant asile aux chefs vendéens, dont Charette, lorsque les armées vendéennes campaient aux Herbiers, et ce fut peut-être chez elles que Charette fut élu général en chef des Armées du Bas-Poitou. Et quand les troupes républicaines revenaient aux Herbiers, elles allaient se cacher par crainte de représailles, pendant de longs séjours, dans les ravins entourant la colline des Alouettes.

Mais en janvier 1794, le maire des Herbiers, le citoyen Marcateau, qui prenait ombrage de l'hospitalité qu'elles accordaient aux Vendéens les fit arrêter et les livra aux agents de Carrier.

A Nantes, elles comparurent le 7 janvier (18 nivôse an II) devant le Tribunal Révolutionnaire et condamnées "comme complices des Brigands à périr dans les eaux de la Loire". La sentence fut exécutée immédiatement.

Jeanne-Victoire, Louise-Félicité et leur mère montèrent les premières sur les sinistres pontons, et comme la plus jeune, Olive-Louise, montait sur le bateau, un jeune officier épris de ses charmes, pour la sauver, lui proposa de l'épouser. Elle parut d'abord l'écouter, mais arrivée sur le bord de la Loire et débarrassée de ses liens, elle se jette dans le fleuve en s'écriant : "Oh ! ma mère, je ne serai pas séparée de toi". Tombée sur un monceau de cadavres qui l'empêchaient de couler, elle s'écrie "Je n'ai pas assez d'eau, aidez-moi".

Les bourreaux la poussent et elle est engloutie.

Cette famille entièrement décimée par la Révolution, ne revit jamais la Martinière qui fut achetée comme Bien National, avec les métairies des Haute et Basse Martinière, de Belleville et de Boulocheau, par le citoyen Pierre Ageron, acquéreur du domaine du Landreau, qui prit le nom d'Ageron de la Martinière, et son épouse Honorée-Thérèse Martineau, puis à leur mort sans héritiers, la Martinière passa à Louis-René Guyet, propriétaire du Bignon, puis depuis en plusieurs mains, après avoir été incendiée en partie par les colonnes infernales.

JEAN LAGNIAU
Extrait : La fin de la Rabinaïe - n° 49 - Juillet-Août 1989

Jourdain des Hermitans

  

(*) Léon Jourdain, seigneur des Hermitans et Jeanne-Victoire Le Boeuf eurent, non pas trois filles, mais quatre. La dernière née se prénommait Henriette et vit le jour aux Herbiers, le 28 septembre 1779. Baptisée le lendemain, elle eut pour marraine sa soeur aînée, Jeanne-Victoire. Je n'ai hélas pas trouvé d'écrit citant Henriette. Le dépouillement des registres démontre qu'il n'y a pas eu décès dans la petite enfance. Mais la révolution est arrivée ... Qu'est-il advenu de la jeune Henriette ?

 

Jourdain Jeanne-Victoire

 

Jourdain Louise-Félicité

Jourdain Olive-Louise

Jourdain Henriette

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