La Maraîchine Normande

15 décembre 2017

SAINT-DENIS-LA-CHEVASSE (85) - 1795 - COMMENT ON SE MARIAIT A L'ARMÉE DE CHARETTE ... - CHARLES LEYMARIE DIT PÉRIGORD

 

Belleville quartier général z

 

COMMENT ON SE MARIAIT A L'ARMÉE DE CHARETTE.


Ce mariage concerne CHARLES LEYMARIE, DIT PÉRIGORD, maréchal-ferrant de l'armée Catholique et Royale, et MARIE BAZIN. En voici l'acte, trouvé dans le Registre clandestin de la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse :

"L'an 1795, et le 27 janvier, après la publication d'un ban du futur mariage entre CHARLES LEYMARIE, vulgairement appelé PÉRIGORD, maréchal-ferrant de l'armée catholique et royale de Monsieur le général CHARETTE, fils majeur, âgé d'environ trente-deux ans et dix mois, de Léonard Leymarie, serrurier, et de Guillemette Rosier, originaire de la paroisse de Saint-Étienne d'Excideuil, au diocèse de Périgueux, ci-devant domicilié à Machecoul, diocèse de Nantes, et actuellement au quartier général de Belleville, de ce diocèse, d'une part,

et MARIE BAZIN, fille majeur du défunt Charles Bazin, maréchal taillandier, et de feue Marie Boisseleau, de cette paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse, faite au prône de cette paroisse, le 25 de ce mois, et dans la chapelle du Recrédi en Saligné, le 18 de ce mois, où a été célébré la sainte messe de l'armée, sans qu'il se soit trouvé aucun empêchement ou opposition, comme il appert du certificat de M. Gogué en date du 18 de ce mois, signé Gogué, prêtre, les susdites parties ayant obtenu dispense des deux autres bans et des interstices requis entre les fiançailles et la célébration du mariage, ainsi que le consentement de M. LE GÉNÉRAL CHARETTE en date du 16 de ce mois, signé le chevalier Charette,

je, prêtre soussigné, ai fiancé les susdites parties et leur ai donné la bénédiction nuptiale, présents et consentant : Pierre Michenaud et Pierre Petit, de Machecoul, les amis de l'époux, Charles, René, Pierre et Louis Bazin, frères de l'épouse, Jeanne Bazin et Jean Morilleau son époux, soeur et beau-frère de l'épouse, et de plusieurs autres parents et amis dont les uns ont signé, et dont les autres ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis.

MADY, curé.
Charles Bazin, Louis Bazin.
Charles Leymarie, René Bouliau, Pierre Micheneau, Pierre Petit, Charles Barré ... etc ..."

Leymarie mariage signatures z

 

Fleur-De-Lis on Twitter

 

CHARLES LEYMARIE était né paroisse Saint-Sulpice-d'Exideuil (Dordogne), le 28 mars 1762. Son père, Léonard, était "maître serrurier". La famille était domiciliée au bourg de Saint-Sulpice.

Leymarie baptême z

MARIE-JEANNE BAZIN, son épouse, était née à Saint-Denis-la-Chevasse, le 6 mai 1766 et baptisée le même jour. Son frère, Louis, maréchal taillandier, âgé de 24 ans, s'est marié, le 31 mai 1796, avec Louise Foucaud, âgée de 22 ans, originaire de la paroisse de Saint-Christophe-du-Ligneron, fille de Pierre Foucaud, maréchal taillandier, et de Jeanne Danniau.

Leymarie Bazin Marie-Jeanne z

 

Ils se sont donc mariés à Saint-Denis-la-Chevasse, le 27 janvier 1795 (8 pluviôse an III). Nous ignorons malheureusement ce qu'ils sont devenus ...

 AD85 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Saint-Denis-la-Chevasse

 

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SALIGNY (85) - LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME DES RECRÉDYS ; FAMEUSE DÉVOTION

Recrédit z

Sur le territoire de Saligny, à une petite distance de Belleville, se trouve l'ancienne gentilhommière du Recrédy.

Il y avait là autrefois une chapelle ainsi mentionnée dans le Pouillé du dix-huitième siècle : "Chapelle de Notre-Dame des Recrédys ; fameuse dévotion."

Dans le langage courant, elle était plus connue sous le nom de chapelle de Notre-Dame de la Bonne-Rencontre.

La tradition populaire lui attribue la même origine qu'à la chapelle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles qui est celle-ci :

Une riche et pieuse dame des environs avait, paraît-il, perdu son fils unique, enlevé par une troupe de bohémiens. Non contente de faire fouiller tout le pays par ses gens, la pauvre mère, après avoir invoqué la protection de Marie, s'était mise elle-même à la recherche de son enfant. Elle venait de dépasser le bourg du Poiré, lorsque l'un de ses envoyés, accourut en toute hâte, lui apprit que le cher petit avait été retrouvé du côté de Montaigu, et qu'il arrivait escorté de plusieurs serviteurs fidèles. Grande fut la joie de la bonne dame qui, se jetant aussitôt à genoux, promit à la Sainte Vierge de lui élever une chapelle à l'endroit même où elle avait appris la "bonne nouvelle". Telle serait, d'après la tradition, l'origine de la chapelle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles.

Après avoir reçu, en sortant du Poiré, "la bonne nouvelle" que lui apportait l'un des messagers envoyés à la recherche de son fils, l'heureuse mère poursuivit sa route et vola au-devant du cher égaré. Elle le rencontra précisément au Recrédy, où, en souvenir de cette "bonne rencontre", elle fit élever une second sanctuaire dédié à la Mère des mères.

La chapelle de Notre-Dame des Recrédys ou de la Bonne-Nouvelle acquit une popularité au moins égale à celle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles ; ainsi que le constate le Pouillé du dix-huitième siècle, elle provoqua une "fameuse dévotion" dont témoigne, en outre, un document officiel daté de l'année 1845 et que M. l'abbé Huet, curé-doyen de Maillezais, a eu la bonne fortune de découvrir aux archives de Saligny. Il s'agit d'une lettre adressée au Préfet de la Vendée, par plusieurs conseillers municipaux de Saligny, à l'occasion de difficultés avec la commune de Belleville :

"Après mûr examen, écrivent les signataires (dont plusieurs habitent le pays "depuis plus de soixante ans"), le conseil de Saligny a reconnu et établi en fait, à l'unanimité, qu'avant 1793 il existait au Recrédy, commune de Saligny, une chapelle consacrée, dont la sainte avait, dit-on, la vertu d'opérer des cures et des guérisons merveilleuses. "

Cette chapelle, en partie détruite en 1794, tombait en ruines en 1815, époque à laquelle elle fut vendue à M. de Tinguy, gendre de M. de Buor, maire de Saligny ...

Après la pacification de la Vendée, en 1796, et les années suivantes, l'assemblée avait encore un but religieux ; elle suivait M. Audureau, curé de Saligny, officiant au Recrédy pour la guérison des infirmes qui faisaient le pèlerinage à la chapelle de Notre-Dame.

En 1802, après un acte de vandalisme de la part des habitants de Belleville, qui sont allés durant la nuit piller la chapelle et en enlever les ornements, les vieillards, qui avaient conservé l'antique foi de leurs pères, venaient à Saligny pour prier, et les jeunes, qui abusent de tout, y venaient pour danser ..."

L'érudit abbé Huet, auquel j'emprunte ce document nous apprend encore que la chapelle de Notre-Dame de la Bonne-Rencontre avait une certaine importance, "car, d'après la tradition des anciens, on y voyait trois "passées" (nefs) et il y avait trois cloches ..."

Chaque année, le 15 août, ce sanctuaire était le but d'un pèlerinage solennel qui, peu à peu, dégénéra en assemblée profane, à mesure que le monument tombait en ruines.

Élevées en même temps par les soins d'une pieuse mère reconnaissante, les deux chapelles de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles et de Notre-Dame de la Bonne-Rencontre furent démolies à peu près à la même époque, après avoir figuré, l'une et l'autre, parmi les sanctuaires les plus populaires de cette partie du Bocage vendéen.

La Vendée Historique : 20 juin 1908.

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14 décembre 2017

ARGENTAN (61) - FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE, PRÉSIDENT DU TRIBUNAL CRIMINEL DE L'ORNE (1735 - 1804)

FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE, le trop célèbre président du tribunal criminel de l'Orne, naquit à Argentan le 12 septembre 1735, et fut baptisé le 14, dans l'église Saint-Germain de cette ville.

 

provost françois joseph baptême z

 

Son père, François Provost, originaire de la paroisse de Sarceaux, y avait été baptisé le 12 octobre 1702. Il ne tarda point à venir se fixer à Argentan, en qualité d'apothicaire. Quoique cette position fut considérée dans cette ville, à en juger par les familles estimables qui l'y ont depuis longtemps exercée, elle ne suffit pas à son ambition, et, le 28 avril 1747, il obtint du roi la commission d'un office municipal, auquel paraissaient attachées quelques prérogatives.

A peine devenu "contrôleur des routes" de la ville, tel était le titre conféré par cet office, François Provost se prétendit exempt du tarif imposé, à leur entrée, à toutes les marchandises. Une longue contestation s'engagea, à ce sujet, entre lui et le sieur Charles Barbot, adjudicataire des droits du tarif, mais, le 12 février 1749, le sieur Provost fut débouté de ses prétentions.

François Provost avait épousé Marie-Louise Leroy. Il en eut plusieurs enfants ...

L'un de ces enfants fut JEAN-FRANÇOIS-ALEXANDRE PROVOST LA PERRELLE, qui épousa : 1° à une date ignorée, Marie-Luce Aubert2° le 1er frimaire an XII, Marie-Anne-Françoise de la Celle, née à Argentan le 19 janvier 1744, de François de la Celle et de Louise Hardi. Cette seconde femme de Jean La Perrelle était, elle-même, veuve, en premières noces, de Nicolas-Robert-Friquet ; en secondes noces, de François-Vincent Denis ; et en troisièmes, de Louis-Nicolas Lambert de Banvou.

Un autre enfant de François Provost et de Louise Leroy ne partagea point les sentiments révolutionnaire de ses frères. Marie Provost était entrée, quelques temps avant la révolution, dans l'abbaye de Sainte-Claire, où elle fit profession sous le nom de soeur Sainte-Claire. Pendant la tourmente, elle s'efforça d'employer le crédit de son frère pour atténuer la persécution dont les saintes filles éprouvèrent les effets. Demeurée, après la dispersion, attachée de coeur à ses chères compagnes, elle partagea leur retraite, et, lors du passage à Argentan de l'empereur et de l'impératrice, le 31 mai 1811, ce fut elle qui fut chargée de leur remettre un précieux souvenir de l'abbaye. "C'était un livre d'heures qui avait appartenu à la bienheureuse Marguerite de Lorraine, parente de la maison d'Autriche. Chaque page de ce superbe manuscrit sur velin, format in-8°, était encadrée d'arabesques et ornée de charmantes miniatures. Madame Provost avait recouvert ce beau volume de velours rouge, en y joignant la généalogie de la sainte duchesse d'Alençon. L'empereur trouva ce livre si intéressant qu'il le parcourut avec l'impératrice pendant tout le trajet d'Argentan à Alençon.

tribunal criminel

Parlons maintenant du fameux président du tribunal criminel de l'Orne :

Lorsqu'éclata la révolution, FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE exerçait à Argentan la profession d'avocat, avec une certaine notoriété, mais sans grand succès. Imbu des idées nouvelles, il s'en fit bientôt l'ardent apôtre, et c'est par lui que fut fondé dans cette ville le club des "amis de la Constitution".

Quelques mois après, nommé procureur-syndic de la commune, il se signala dans ces nouvelles fonctions par son acharnement contre les ecclésiastiques insermentés. L'Assemblée constituante venait d'établir dans chaque département un tribunal criminel, composé d'un président, d'un accusateur public, d'un greffier, nommés à l'Élection, d'un commissaire nommé par le chef du pouvoir exécutif, et de trois juges, pris, à tour de rôle, dans les tribunaux des différents districts. Le tribunal devait prononcer d'après la déclaration du jury, mais on s'en passait le plus souvent, et le rôle du président était prépondérant. L'élection de ce dernier eut lieu le 25 septembre 1791, et PROVOST LA PERRELLE, signalé par sa fougue révolutionnaire dans sa ville natale, fut nommé président du tribunal criminel séant à Alençon. La journée du 10 août, l'effervescence de la Montagne, la mort du roi, furent pour lui autant d'occasions de manifester son enthousiasme croissant.

Sa part fut grande dans les nombreuses exécutions qui ensanglantèrent la ville d'Alençon pendant ces jours néfastes. Argentan figure, à elle seule, dans ce lugubre contingent pour cinq victimes, compromises dans l'affaire Barbot-Terceville [voici les noms de ces cinqs malheureuses victimes : Jean Marais, domestique du sieur des Granges ; 2° Philippe Lacroix, domestique du citoyen de Sentilly (M. du Moulin), émigré ; 3° Antoine-Louis Aupoix, ci-devant employé dans la régie des Aydes ; 4° Basile Lasne, domestique du citoyen de Briouse (comte d'Orglandes) ; 5° Renoust des Orgeries, le père].

Cependant des jours moins sinistres allaient luire pour la pauvre France, affolée de terreur : la main des bourreaux commençait à se lasser, et le 9 thermidor vint enlever à nos pères leur horrible cauchemar.

Dégoûté sans doute lui-même de son odieuse connivence, PROVOST LA PERRELLE salua la mort de Robespierre comme une délivrance. Il parut avoir dépouillé le vieil homme, et l'on cite de lui quelques traits de modération qui lui valurent une sorte de réhabilitation dans l'opinion publique.

Aussi, lorsque le 20 germinal an VI, supplanté par Piarron-Mondésir dans ses fonctions de président, il revint se fixer au milieu de ses compatriotes, il ne semble pas avoir été en butte aux sentiments de répulsion qu'il méritait peut-être encore.

Six ans après, le 9 frimaire an XII (1er décembre 1803), parvenu à l'âge de 68 ans, il songea à se remarier. Chose singulière, mais non sans exemple ! Ses deux femmes appartenaient par leur naissance à la noblesse, contre laquelle il avait si cruellement sévi.

La première, en effet, qu'il avait épousée à la Roche-de-Nonant le 7 mai 1766, était Marie-Anne de Brossard, fille de François de Brossard, écuyer, sieur de Frévent, et de Michelle-Angélique Le Mière de Rombisson (elle mourut à Argentan, âgée de 61 ans, le 11 brumaire an X).

La seconde fut Marie-Barthélémy de Saint-Ouën d'Ernemont, veuve de Charles de Loulay, âgée de 76 ans, née à Rouen, de Barthélémy de Saint-Ouen d'Ernemont et de Marie-Gabrielle de Boniface.

Les témoins choisis par lui n'indiquent point qu'il fût honni du monde où il était entré. C'étaient, outre son frère, remarié lui aussi huit jours auparavant, Gratien du Moulin de la Fontenelle, chef de brigade, ami de l'épouse, François de Brossard, lieutenant de gendarmerie, son beau-frère, et Pierre des Hayes de Chiffretot.

Moins de quatre mois après, le 26 mars 1804 (5 germinal an XII), FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE mourait à Argentan. Son acte de décès lui donne la qualification d'homme de loi.

PROVOST DECES z

Une fille, née de son premier mariage avec Mademoiselle de Brossard, Michelle-Angélique Provost, épousa le sieur Jean Riaux-Boulay et mourut à Argentan, âgée de 73 ans, le 21 juin 1847 (Jean Riaux-Boulay, son mari, mourut lui-même en cette ville, chez son fils, rue du Croissant, le 6 mai 1850).

Une autre fille des mêmes, Antoinette-Marie-Josèphe-Adélaïde Provost La Perrelle, née à Argentan le 8 mai 1767, y mourut le 21 janvier 1842, veuve de M. Sennegon.

- La vie de nos pères en Basse-Normandie par M. Victor des Diguères - 1879

- AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Argentan

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SAVENNIÈRES (49)- CINQ-MARS-LA-PILE (37) - FLORIMOND-BENJAMIN MAC=CURTAIN DE KAINLIS, MAJOR GÉNÉRAL DE L'ARMÉE D'ANJOU

MAC=CURTAIN DE KAINLIS, Écartelé: aux 1 et 4, d'azur, à trois bandes d'or; aux 2 et 3, d'or, à un cerf passant de gueules, acc. en chef d'un croissant du même.

 

Mallow Castle 3 Z

 

La famille Mac=Curtain était originaire du comté de Cork, en Irlande, où elle possédait un domaine de Kainlis.

Corneille Mac=Curtain, né vers 1724 à Mallow, en Irlande, vint vers 1750 se fixer en Bretagne, et fut contrôleur aux magasins des Salorges de Nantes. (époux de Jeanne-Marguerite-Victoire Leteillier).

 

baptême

 


Son fils, FLORIMOND-BENJAMIN MAC=CURTAIN DE KAINLIS, né le 29 juillet 1764 à Savennières, en Anjou (et baptisé le lendemain). Il avait été incarcéré pendant la Terreur. A sa sortie de prison, lors de la première pacification, le représentant Ruelle, afin de bien montrer son esprit de conciliation, le choisit pour son secrétaire. Il était commissaire des guerres, quand il fut élu député de la Loire-Inférieure au conseil des Cinq-Cents, le 28 germinal an V (17 avril 1797). Condamné à la déportation au 18 fructidor, il put gagner l'Angleterre.

Rentré en 1799, il se jeta dans l'insurrection royaliste et devint, sous le nom de Kainlis, major général de la haute Bretagne et du bas-Anjou. C'est lui qui, à Pouancé, était plus particulièrement chargé de la correspondance avec les autorités républicaines. Ses opinions constitutionnelles, ses efforts pour arriver à la pacification le rendirent suspect aux plus impatients de ses camarades, notamment à Mercier et à Georges. Mais Mme de la Rochejaquelein (Mémoires) atteste qu'il était "bon royaliste", et il rendit à toutes les époques de grands services aux familles du parti.

Mis en surveillance sous le Consulat, il fut en 1812, réintégré comme commissaire des guerres à Tours et conserva ses fonctions après le retour de Louis XVIII.

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Il reçut le titre personnel de baron par ordonnance royale du 28 mai 1825 et fut autorisé, par nouvelle ordonnance du 21 avril 1830, à fonder un majorat au même titre transmissible à un de ses gendres.

Nommé sous-intendant militaire le 4 octobre 1820, il fut mis à la retraite le 7 juin 1837.

 

Château de la Roche-Musset Cinq-Mars-la-Pile z

Photos de M. Xavier Paquereau, que je remercie vivement.

Kainlis avait vécu à Langeais, à Tours, puis il acquit en 1809 le château de la Roche (aujourd'hui Roche-Musset) à Cinq-Mars-la-Pile où il finit ses jours le 15 juillet 1836. Il était chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis (21 août 1816), Chevalier de l'Ordre Royal de la Légion-d'honneur, le 1er novembre 1814 puis officier, le 23 mai 1825.

 

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De son mariage avec Marie-Anne Aubin de L'Estang (décédée à Tours le 9 avril 1816) étaient née deux filles :

- Cornélie-Victoire, née à Langeais, le 7 juillet 1793 ;  mariée à Tours, le 9 janvier 1817 avec François-Michel Lefebvre de Montifray, né à Tours, le 5 pluviôse an V (24 janvier 1797), décédé au château de Panchien, à Luynes, le 6 octobre 1853. N'ayant pas eu d'enfant, un inventaire complet du domaine fut réalisé un an plus tard, à la demande de sa soeur, son unique héritière, qui agissait donc comme propriétaire des lieux. Un expert représente Amédée de Cassin, tuteur de sa belle-soeur, usufruitière des lieux, celle-ci ayant été interdite par jugement du tribunal civil de Tours, en 1833. Cornélie-Victoire Mac=Curtain résida alors, depuis le décès de son mari, au château de Pioland à Dangé en Poitou, chez son tuteur. Elle est décédée à Baugé (49), le 1er avril 1861, chez Madame Guérin-Dugrandlaunay, rue Saint-Nicolas, où elle demeurait. 

 

PANCHIEN 86 Z

 

- Marie-Sidonie née à Langeais, le 20 brumaire an XIII (11 novembre 1804) - décédée le 10 janvier 1870 en son château de Piolant (86) - mariée à Tours, avec Auguste-Raoul de Cassin de Kainlis, le 7 octobre 1823 ; dont : 1° Alfred-Marie Cassin de Kainlis, né en 1824, capitaine d'état-major, mort le 4 août 1853 ; 2° René-Gustave Cassin de Kainlis, né en 1827, marié le 7 juillet 1853 à Berthe de Lassus-Bisous ; 3° Louis-Oscar Cassin de Kainlis, né en 1833, marié le 18 juin 1861 à Pauline du Temple de Chevrigny.

Marie-Sidonie McCurtain de Kainlis était en possession d'une belle dot, Raoul d'une fortune confortable. Ils firent, en 1824, l'acquisition du château de Piolant à Dangé, et en 1830 le beau-père de Raoul put transmettre à son gendre son titre de baron de Kainlis. Installé à Piolant, joli château à tourelles, Raoul devint maire de Dangé avec l'avènement de la monarchie de Juillet, mais  résigna ses fonctions dès octobre. Le 30 mars 1833, il déclare la naissance de son troisième fils (Louis-Oscar). Le 11 janvier 1836, Amédée Cassin déclare, la veille, à Piolant, le décès de son frère Raoul (donc décédé le 10). 

Sidonie épousa en secondes noces, le 24 septembre 1844, son beau-frère, Amédée, baron de Cassin, chevalier de la Légion-d'honneur, propriétaire et maire de Dangé. 

Piolant à Dangé 86 z

 Château de Piolant - Dangé-Saint-Romain (86) - http://www.chateau-piolant.com/

 

Balzac est venu au château de Piolant, près Châtellerault "vers le 13 décembre 1831, voir un ami de collège".*

Une lettre informant Zulma Carraud de cette petite expédition est éclairée par une autre, où il annonce à Mme Hanska que pendant une absence de M. de Margonne, il quittera Saché "pour un autre château, chez son ami de collège, un certain Amédée Cassin, ... qui a fini par épouser sa belle-soeur, car il avait pris le soin de faire les enfants de son frère mort fou, et qui était déjà fou au collège".

L'aîné des trois fils Cassin, Alphonse, né en 1795, était Vendômois depuis la rentrée d'octobre 1805 ; Raoul, le second, dix ans en 1807, entrera au collège la même année que Balzac, en octobre ; Amédée, son contemporain, né en mars 1899, rejoindra les autres en 1809 ... Raoul, entré à dix ans et demi, quitta le collège à quinze ans et demi sans avoir dépassé la cinquième ! Les appréciations des professeurs de Vendôme n'ont en général pas grande signification ; mais on retiendra qu'en 1811, la colonne "dispositions" porte la mention "santé très faible" : santé physique, intellectuelle, ou les deux ?

Tandis que ses deux frères devaient entrer à Saint-Cyr, Raoul resta à Tours près de sa mère, retenu par son état de santé. En 1816, la recommandation de son beau-père lui permet d'entrer dans l'armée comme garde du corps du futur Charles X ; sa santé le fait souvent dispenser de service. Atteint, selon le chirurgien-major, d'une hépatite chronique, mais surtout victime "d'une frêle organisation", il est, en août 1823, mis en disponibilité sans solde, regagne Tours, mais aussitôt se marie avec Sidonie ! 

Amédée devait épouser sa belle-soeur en 1844 à Dangé, huit ans après la mort de son frère ; elle avait quarante ans. Amédée épousait la terre avec la femme, en assurait la gestion et renforçait l'autorité maternelle sur les trois garçons.

 

Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle - Tome huitième - 1909 - par Chaix d'Est-Ange.

Mémoires du général d'Andigné - Volume 1 - 1900

Dictionnaire des parlementaires français - 1891

Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 2007 - T53 - p. 157

Mémoires de la Société des sciences et lettres Loir et Cher - 1993 - Tome 48*

Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 2007 - T. 53) - page 156

AD49 - Registres paroissiaux de Savennières

AD37 - Registres d'état-civil de Cinq-Mars-la-Pile et de Luynes

AD86 - Registres d'état-civil de Dangé-Saint-Romain

Archives Nationales - Base Léonore

 

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12 décembre 2017

CONTIGNÉ - ANGERS (49) - FRANÇOIS-AUGUSTIN BRICHET, DÉPUTÉ DE MAINE-ET-LOIRE

FRANÇOIS-AUGUSTIN BRICHET
DÉPUTÉ DE MAINE-ET-LOIRE (1764 - 1842)

Contigné z

M. Brichet, ancien notaire, ancien député, conseil général de Maine-et-Loire, conseiller municipal d'Angers et membre de l'administration des hospices de cette ville, mourut à Angers (2ème arrondissement) le 1er février 1842.

Voici la notice que lui consacra le Journal de Maine-et-Loire.

Brichet baptême z

François-Augustin Brichet naquit, le 28 août 1764, à Contigné, où son père exerçait les fonctions de notaire. Il fut placé, avec trois de ses frères, au collège de Châteaugontier ; là se manifestèrent ses heureuses qualités et son goût pour l'étude. Il y obtint de brillants succès, et en sortit avec la croix du cours de rhétorique, seule décoration qu'il ait jamais reçue et qu'il a conservée avec amour ; c'était le fruit d'un travail consciencieux, et la récompense donnée au véritable mérite. En 1782, son père l'envoya suivre les cours de mathématiques et d'arpentage à Paris, d'où il le rappela pour le faire son collaborateur, l'aîné de ses enfants s'étant destiné à l'administration de la marine.

Une éducation aussi bien dirigée dans une nature virile et une organisation généreuse, signala le jeune praticien à l'estime du pays, et bientôt il reçut de ses concitoyens le premier mandat qui constituait l'indépendance de chaque commune érigée en municipalité par la loi du 14 décembre 1789 ; il fut élu maire aux suffrages des habitants de Contigné. En même temps, son père lui avait transmis sa charge de notaire. Il fut mis à l'épreuve dès les premiers jours de la Révolution : assailli dans sa maison par les insurgés, qui voulaient s'emparer des archives de la mairie, il soutint seul, les armes à la main, leurs instances menaçantes, et se replia de suite sur Châteauneuf-sur-Sarthe, dont il préserva les administrateurs du district contre pareille irruption. Il devint ensuite un de leurs collègues.

La loi du 26 février 1790 ayant créé les administrations départementales, il fut appelé aux fonctions d'administrateur de celui de Maine-et-Loire. C'est là que se déploya son immense activité, toujours féconde parce que l'ordre la dirigeait. Il fut chargé de l'organisation des bataillons de volontaires, et on sait comment ils se créèrent tout d'un jet, animés de cette vie civique et militaire qui porta les drapeaux de 1790 par delà nos frontières.

Mais déjà les opinions nées des passions et des systèmes avaient divisé les Français. A l'Assemblée Constituante et à l'Assemblée Législative avait succédé la Convention, corps politique, pouvoir exécutif et judiciaire tout à la fois, gouvernant par ses propres membres lancés avec colère sur tous les points du territoire, qu'on livrait ainsi aux décrets révolutionnaires et à la discrétion de ses redoutables émules. Le Maine-et-Loire était alors dévolu à Choudieu, Bourbotte et Richard.

Le directoire de ce département avait osé exprimer des regrets à la retraite du ministère Rolland, donner de la publicité aux protestations des quatre députés du département à la Convention contre les évènements du 31 mai, dire au peuple dans une proclamation imprimée le 24 juillet 1792 : "Citoyens, reconnaissez les révolutionnaires par métier, ces éternels agitateurs dont la plupart sont aveugles de bonne foi, et quelques-uns incroyablement corrompus, ces hommes qui vantaient, il y a quelques mois, la Constitution française comme le chef-d'oeuvre de l'esprit humain et comme devant servir de code à l'univers, et qui n'en parlent plus maintenant que comme d'une imparfaite ébauche qui pourra fournir quelques principes au nouveau gouvernement qu'on propose, c'est-à-dire je ne sais quelle république, digne à peine de mépris et de pitié, si elle ne soulevait pas contre ses inventeurs la haine et l'indignation de tous les gens de bien."

- On savait que deux députés du Calvados étaient venus à Laval et à Châteaugontier faire des propositions de fédéralisme aux membres du directoire de Maine-et-Loire, propositions qui toutefois n'avaient point été agréées. - Enfin les administrateurs du directoire étaient un obstacle à l'absolutisme des volontés révolutionnaires des représentants, qui entendaient surtout avec impatience les protestations de Brichet contre l'arrestation de son ami Brevet de Beaujour, dont tout le crime était la résistance à leurs excès. Ils prirent, le 6 octobre 1793, à Saumur, un arrêté dont voici l'article premier : "Les citoyens Dieusie, président, Brichet, Bardet, Lavigne, Papin, Mamert-Coullion, Coulonnier, membres du département, sont destitués."

Le plus laborieux de ces administrateurs, M. Brichet, resta officieusement à l'oeuvre pour mettre les nouveaux au courant des affaires ; mais il n'en fut pas moins enfermé au château d'Angers dès le 16 octobre, puis le 20 mis en route pour la tour d'Amboise avec 25 suspects, à pied, attachés deux à deux par le bras, passant au milieu des soldats indisciplinés que Paris envoyait dans nos contrées, et qui, en les voyant, criaient : "A la guillotine !" Renfermé dans cette tour d'où l'on ne sortait alors que pour aller à l'échafaud, M. Brichet eut le bon esprit de ne pas demander sa mise en jugement et le bonheur d'y être oublié jusqu'au 9 thermidor. Il en sortit alors avec plusieurs Angevins d'opinions bien opposées aux siennes, mais qui, gagnés par la sûreté de son caractère, la sérénité de son âme et la bonté de son coeur, sont devenus depuis ses clients les plus sincèrement attachés. Il rapporta dans son modeste bagage des traductions de l'italien, des méthodes pour apprendre cette langue, des copies de poèmes qui avaient sinon charmé, au moins adouci sa captivité.

Rentré dans ses foyers, M. Brichet épousa, le 1er nivôse an III (21 décembre 1794), Mlle Marie-Marguerite-Joséphine Coustard, de Chanzeaux, aussi dévouée à son mari qu'elle fut excellente mère.

La Constitution du 5 fructidor avait créé le Corps législatif, composé du conseil des Anciens et du conseil des Cinq-Cents. Ses concitoyens nommèrent M. Brichet député à cette dernière assemblée, où il siégea de l'an VI à l'an VIII. Ses travaux dans les bureaux et comme rapporteur en firent un des membres les plus utiles. Nous touchons à une époque délicate de sa vie politique ; mais une conscience si pure peut soutenir l'examen de tous ses actes, M. Brichet fut le rapporteur de la loi des otages. M. Brichet resta au Conseil des Cinq-Cents jusqu'au 18 brumaire an VIII, qu'il subit avec le déchirement de coeur d'un bon citoyen qui croyait voir dans l'organisation et la volonté du pouvoir dont il était membre, le moyen de réaliser pour la patrie l'ordre à l'intérieur, la gloire et la paix au dehors, objet de toutes ses pensées et de tous ses efforts. Cependant le pouvoir Consulaire qui, par instinct, préludait déjà aux mesures absolues de l'Empire, mit hors de toutes fonctions publiques les députés qui avaient osé résister à ce coup d'État.

M. Brichet se souvint qu'il avait été heureux pendant qu'il était notaire, et il demanda encore son bonheur à cette belle et honorable profession, dont alors l'immense avenir n'était cependant pas senti. Nommé à ces fonctions au commencement de l'an VIII, par les soins de son fidèle ami Leterne-Saulnier, que le bon génie du pays avait toujours maintenu aux fonctions publiques après la destitution du directoire, il subit pendant quelque temps l'influence des circonstances ; deux actes seulement marquent son ministère pendant six mois de cette année. Mais l'on vit bientôt ce que peut la probité unie aux lumières et au travail. Son étude devint une des plus importantes. Les clients de toutes les opinions venaient y chercher cette connaissance, cette consciencieuse appréciation des lois anciennes, transitoires ou nouvelles, ce style clair et précis, dégagé des formules surannées, qui disait à chacun ses droits d'une manière intelligible et affranchie des attaques de la chicane. M. Brichet, avec la modeste annonce de "notaire public" restée inscrite au-dessus de sa porte jusqu'en 1825, traversa le Consulat, l'Empire et la Restauration, et transmit à son fils un cabinet, riche patrimoine d'honneur et source de fortune. Il reçut de ses collègues le titre de notaire honoraire.

Mais il ne voulut pas rester inutile à ses concitoyens, ou courir avec la foule après de plus grandes richesses que celles qu'il avait acquises ; il voulut, pour ainsi dire, en payer l'intérêt au public par son dévouement dans les fonctions gratuites de membre du conseil municipal où il siégeait depuis 1815, et d'administrateur des hospices qu'il exerçait depuis 1827.

Il fut du nombre des conseillers municipaux qui, en voyant se retirer les pouvoirs de la Restauration devant la révolution de Juillet, pensèrent qu'ils devaient rester fidèles au pays défendant ses lois. M. Brichet, dans ces journées et au milieu de ces nuits orageuses, répondit à tous les appels et apporta la prudence de ses conseils au milieu de l'agitation des passions généreuses, mais trop ardentes, qui pouvaient troubler la cité. Il put être du Conseil général, le 24 novembre 1833.

Dans tous ces conseils, avec quel plaisir et quel respect ne voyait-on pas cette tête blanchie par les années, cette figure pleine de franchise et de bonté ; avec quelle confiance n'entendait-on pas cette voix qui avait toujours dit la vérité au milieu des périls de toutes les époques !

M. Brichet s'était surtout voué sans réserve à l'administration des hospices ; rien ne pouvait l'en distraire, pas même la maladie ; et dans ses derniers jours, il était entièrement appliqué à la fondation des nouveaux édifices qui doivent apporter une si grande amélioration dans ces établissements.

Le 31 janvier 1842, il avait réuni à sa table ses collègues dans cette administration, avec plusieurs de ses amis, qui le félicitaient sur sa santé et sa force morale. Ils lui annonçaient encore de longs jours. Il les quitta plein de confiance dans ces promesses de l'amitié. - Un jour était à peine écoulé, et la Providence lui envoyait ce sommeil paisible auquel succéda la mort sans douleur et inaperçue pour lui ; mais si douloureuse pour ses enfants, pour ses amis et pour tous ceux dont il soulageait les souffrances.

Brichet décès z

 

L'Anjou historique - septembre 1912 - p. 153 à 158

AD49 - Registres paroissiaux de Contigné et d'état-civil d'Angers

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PARTHENAY (79) - LA LÉGENDE DE L'ORME RÂTEAU

LA LÉGENDE DE L'ORME RÂTEAU

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L'orme Râteau est un orme magnifique qui existait déjà, dit-on, grand et fort, au temps de Charles VII. Comme un orme qu'il est, il n'a pas de loin une grande apparence, et son branchage affecte assez la forme d'un râteau, dont il porte le nom. Mais ce n'est là qu'une coïncidence fortuite avec la légende traditionnelle qui l'a baptisé. De près, il devient imposant par sa longue tige élancée, sillonnée de la foudre et plantée comme un monument à un vaste carrefour de chemins communaux. A côté est une croix de bois plantée sur un piédestal de pierre, qui est le dernier vestige de quatre statues fort anciennes disparues depuis la révolution de 93.

Voici donc la légende de l'orme Râteau :

Un "monsieur" s'y promène la nuit ; il en fait incessamment le tour. On le voit là depuis que le monde est monde. Qu'est-il ? Nul ne le sait. Il est vêtu de noir, et il a vingt pieds de haut. C'est un "monsieur", car il "suit les modes" ; on l'a vu au siècle dernier, en habit noir complet, culotte courte, souliers à boucles, l'épée au côté ; sous le Directoire, on l'a vu en oreilles de chien et en large cravate. Aujourd'hui, il s'habille comme vous et moi, mais il porte toujours son grand râteau sur l'épaule et gare aux jambes des gens ou des bêtes qui passent dans son ombre. Du reste, pas méchant homme, et ne se faisant connaître qu'à ceux qui ont le "secret".

Si vous n'y croyez pas, allez-y voir !

L'Écho de Parthenay - 45e année - Bureaux : rue du Petit-Maure, 3, à Parthenay - 15 janvier 1882

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10 décembre 2017

LA LANDE-DE-LOUGÉ (61) - FAMILLE DE LA HAYE DE LA LANDE - 1796 - LE SÉQUESTRÉ DE LA LANDE

Un souvenir lugubre s'attache à la famille De La Haye de La Lande, victimes des guerres de la chouannerie dans notre contrée.

La Lande-de-Lougé cimetière Z


La famille se composait alors du père, de la mère, et d'un fils qui avait servi dans les gardes du roi. Un autre fils avait subitement disparu depuis une dizaine d'années. Le bruit courait dans la contrée que, victime de la haine implacable de sa mère, il languissait dans une espèce de cachot, à peine éclairé par une étroite fenêtre, où il ne pouvait respirer que les exhalaisons délétères d'un étang qui baignait les murs de sa prison.

Quelques paysans familiers du logis avaient confidentiellement raconté que, chaque soir, la dame de La Lande passait, par un guichet pratiqué dans la porte, la cruche d'eau et le pain grossier qui soutenaient l'existence du pauvre captif ; d'autres prétendaient avoir entrevu sa figure pâle et hâve, à travers les barreaux du soupirail ; d'autres encore l'avaient entendu gémir pendant les froides nuits d'hiver, car il couchait presque nu sur les dalles de son cachot et n'avait, pour appuyer sa tête, qu'une grosse pierre, qui lui servait de siège habituellement ; mais on ne se confiait ces détails qu'à voix basse et en secret, car le caractère impérieux, méchant et vindicatif de la dame, non-seulement tyrannisait la vie de son faible mari, mais encore inspirait une sorte de terreur aux habitants du voisinage.

Vers cette époque, des bandes de chouans vinrent se recruter parmi les mécontents de la Basse-Normandie ; elles parcouraient l'arrondissement sans que les colonnes mobiles lancées à leur poursuite, parvinssent à les rencontrer. Cependant l'arrestation de plusieurs royalistes, cachés dans le Houlme, prouva que les malveillants avaient épié le lieu de leur refuge pour les dénoncer. Les chouans s'inquiétèrent ; à tort ou à raison, leurs soupçons se portèrent sur le jeune de La Lande, dont on savait les fréquents voyages à Argentan, et les relations avec les autorités républicaines. Des menaces indirectes l'avertirent en vain de se tenir sur ses gardes ; l'imprudent, conseillé par l'orgueil de sa mère, affecta même de mépriser les avis officieux qu'il reçut de divers côtés.

Pendant une brumeuse soirée, la famille était réunie autour du foyer ; une violente secousse renverse tout-à-coup la porte d'entrée et livre passage à une troupe nombreuse d'hommes armés et masqués.

La mère a compris le danger sérieux qui menace le seul être sur lequel elle a, depuis longtemps, concentré son affection ; aussi rapide que la pensée, elle prend sur la cheminée une paire de pistolets, qu'elle cache dans ses poches, et s'avance intrépidement au-devant de ces hommes pour attirer leur attention, et donner à son fils le temps de s'évader par une porte secrète. Mais le rôle que chaque chouan devait jouer dans cette tragédie avait été convenu d'avance. Les uns entraînent M. de La Lande et le conduisent loin de sa maison, sans lui faire aucun mal ; les autres s'emparent de sa femme, dont ils maîtrisent à peine le courroux, tandis que les plus alertes se sont élancés à la suite du fugitif qu'ils saisissent, amènent, les bras liés, devant une espèce de tribunal militaire, composé des chefs de la bande. Une voix sévère interroge le jeune homme sur la nature de ses rapports avec les bleus. Il se trouble et balbutie quelques paroles incohérentes ; on le condamne à être fusillé. Sa mère a résolu de ne pas lui survivre : elle a suivi avec une sombre attention les détails de cette scène ; elle sait que les hommes commandés pour l'exécution sont déjà rangés dans la cour, et, au moment où le patient passe auprès d'elle en lui adressant un dernier adieu, elle écarte ses gardiens par une brusque secousse, saisit ses pistolets, fait feu sur les meurtriers de son fils, qui vient de rouler à ses pieds, atteint de plusieurs balles, et tombe elle-même expirante auprès de lui, percée de coups de sabre et de baïonnette.

Le commandant de la troupe proscrite n'avait pas daigné assister au supplice qu'il avait ordonné, car ses manières distinguées trahissaient les habitudes d'une haute position sociale, peu en harmonie avec les férocités de la guerre civile ; mais à peine l'explosion fatale eut-elle retenti dans l'espace, qu'il fit signe à un vieux paysan de le conduire au cachot qui renfermait une autre victime.

Les chouans furent émus de pitié à l'aspect du misérable qu'ils y trouvèrent ; les récits populaires n'avaient point exagéré la vérité. L'enfant avait grandi, malgré les longues douleurs de la captivité, et c'était alors un homme à la barbe inculte, couvert de haillons infects, dont le regard effaré interrogeait avec défiance ces visiteurs inconnus. Il se rassura bientôt et consentit à suivre ses libérateurs. On rapporte qu'en passant auprès du corps sanglant de son indigne mère, il frissonna et détourna la tête avec un sentiment d'effroi. On le confia aux soins d'une excellente femme, sa parente, chez laquelle son père avait été conduit, et, à sa vue, le malheureux témoigna par un naïf et doux sourire qu'il avait conservé une vague souvenance d'une impuissante tendresse. "Cet homme que nous avons connu, ajoute l'auteur anonyme de cette relation, parvint à un âge assez avancé ; mais son visage, toujours empreint d'une teinte de mélancolie, rappelait les souffrances imméritées qu'il endura dans sa jeunesse".

Le lendemain de sa délivrance, les soldats d'une colonne mobile rendirent les derniers devoirs aux deux cadavres abandonnés sur le lieu du supplice ; ils enquêtèrent vainement auprès des habitants de la commune de ce que les chouans étaient devenus ; nul ne pouvait ou ne voulait leur en indiquer les traces.

En parcourant les anciens registres de la paroisse de La Lande de Lougé, on rencontre fréquemment le nom des La Haye (ou de La Haye), depuis 1680 jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. On l'y voit successivement alliée aux du Bois, aux du Mesnil, aux du Bois-Mothé, de Piffaut, de Vigneral, de Varin.

L'ancien garde du corps, qui périt si misérablement, se nommait Auguste-Bernard ; son acte de décès, dressé le 25 germinal an IV, le dit âgé de 37 ans. Quand au pauvre séquestré, nous ne pouvons fournir aucune indication sur sa naissance ou sur l'époque de sa mort. Nous inclinons à penser qu'il était né d'un mariage antérieur, ce qui atténuerait, sans l'effacer, l'odieux de la séquestration.

La vie de nos pères en Basse-Normandie par M. Victor des Diguères - 1879


 

LA LANDE CADAS

Nous avons retrouvé, dans les registres d'état-civil de la Lande-de-Lougé, les actes de décès de Mme de La Haye et de son fils, rédigés par Marin Mary, officier public, en date du 14 avril 1796 :

Aujourd'hui vingt-cinq germinal quatrième année de la République française (14 avril 1796), après midy, par devant moy, Marin Mary, officier public pour la commune de La Lande, élu pour recueillir les actes destinés à constater les naissances et mariages et décès des citoyens, sont comparus à la maison commune,
Louis Chambron, charpentier, âgé de 45 ans et Guillaume Aubé âgé de quarante-six ans, tous les deux domiciliés dans cette commune, nous, à moy, m'ont déclaré que F... (illisible) Lejor (?), capitaine commandant de la campagnie de Rasne et commandant de la force armée du dit canton, été assisté des cy-dessus dénommés, autorise les officiers municipaux de la commune de La Lande faire la levée du corps d'AUGUSTE-BERNARD DE LA HAYE, âgé trente-sept ans environ, fils de François de la Haye et de ... (illisible) Élisabeth Migneral, sont légitimes époux, est mort d'aujourd'huy, à deux heures du matin à la sortie de la cours de son domicile ; d'après cette déclaration, je me suis assuré sur-le-champ [du décès] et ayant rédigé le procès-verbal et d'après [ce] que Louis Chambron et Guillaume Aubé ont déclaré être conforme à la vérité, j'en ai dressé le présent acte, que les deux témoins ont signé avec moy les jours, mois et an cy-dessus.
MARIN MARY, officier public
LOUIS CHAMBRON
GUILLAUME AUBÉ.

Aujourd'huy vingt-cinq germinal quatrième année de la République française (14 avril 1796), après midy, par devant moy, Marin Mary, officier public de la commune de La Lande, élu pour recueillir les actes destinés à constater les naissances, mariages et décès des citoyens, est comparu F... (illisible) Lejor, capitaine commandant de la compagnie franche de Rasne et commandant de la force armée du dit canton, autorise les officiers municipaux de la commune de La Lande de faire la levée du corps de ÉLISABETH VIGNERAL, lequel assisté de Louis Chambron, charpentier, âgé de quarante-cinq ans et Guillaume Aubé, âgé de quarante-six ans, les deux domiciliés dans cette commune qu'ayant été instruit de la ci-dessus dénommée est mort à la sortie de la cours, âgée de 70 ans et je me suis assuré sur-le-champ et transporté sur le lieu et ayant rédigé le procès-verbal dont la teneur est dessus et je me suis assuré du décès de la ditte Élisabeth Migneral en légitime mariage de François La Haye et j'en ai dressé le présent acte que les deux témoins ont signé avec moy
Fait les jours, mois et an cy-dessus.
MARIN MARY, officier public
LOUIS CHAMBRON
GUILLAUME AUBÉ.


AD61 - Registres d'état-civil de La Lande-de-Lougé (1793 - an X) - 3NUMECEC217/3E2_217_1 - vues 57 à 59

La Haye Auguste décès z

Migneral Elisabeth z

Marin Mary off pub signature z


 

LA LANDE LOGIS Z

 

On trouve un récit un peu plus détaillé de cette histoire dans l'ouvrage de M. L. de la Sicotière, "Louis de Frotté et les insurrections normandes, 1793-1832"  (Tome 1er - 1889), où l'on apprend que les chouans sont venus à trois reprises au logis des De La Haye de La Lande, que l'identité du pauvre sequestré est dévoilée, et que, malgré l'acte inconsidéré pour la défense de son fils aîné, Mme de La Haye n'a tué aucun des chouans.

C'était un singulier assemblage que cette famille de La Hay de La Lande, cachée et comme ensevelie dans son petit manoir de la Lande, que des bâtiments ruraux et des eaux dormantes avec un pont-levis enceignaient de tous côtés et que dominaient de hautes futaies. Elle se composait du père, de la mère et de deux fils.

Le père, un peu philosophe, un peu libéral, un peu médecin (et c'est probablement au renom de ses guérisons qu'il dut la vie), taquin à ses heures, car il avait vécu en procès perpétuels avec son curé, tolérant à l'occasion, car il lui avait laissé exercer ses fonctions sacerdotales longtemps après son refus de serment, ne remplissait dans sa maison que le rôle.

Sa femme (Josèphe-Elisabeth de Vigneral) avait le premier. Âgée de soixante-dix ans, mais verte encore, d'un caractère hardi et impétueux, "haulte à la main", comme ces autres Normandes dont parle Gabriel du Moulin, elle était plus redoutée qu'aimée dans le pays ; elle y passait pour quelque peu sorcière et meneuse de loups. L'abbé Grandière, de la Lande-de-Lougé, son filleul l'avait avertie des mauvais desseins que les chouans avaient sur sa maison, en l'engageant à la quitter momentanément. "Que deviendrait mon bestial ?" avait-elle répondu. Deux pillages et leurs terribles menaces n'avaient pas eu plus d'effet ; elle était restée.

Le fils aîné, Auguste-Bernard, âgé de trente-sept ans, avait été garde du corps de Louis XVI. Il cherchait à se ménager entre les deux partis, suspect d'espionnage aux yeux de certains chouans en raison de sa familiarité avec les autorités républicaines. On a parlé vaguement d'affaires d'argent, désagréables, qu'il aurait eues pendant qu'il était au service, ou de dépôts à lui confiés par des chouans ou dans leur intérêt, et qu'il n'aurait pas restitués. Rien ne justifie ces soupçons.

Son frère, Emmanuel-Ferdinand, plus jeune de huit ans, avait à peu près disparu depuis une dizaine d'années. "Le bruit avait couru dans la contrée que, victime de la haine implacable de sa mère, il languissait dans une espèce de cachot à peine éclairé par une étroite fenêtre, où il ne pouvait respirer que les exhalaisons délétères d'un étang qui baignait les murs de sa prison. [En réalité, ce prétendu cachot n'était qu'un cabinet d'écurie, ayant parfois servi de cellier, éclairé par une fenêtre grillée sur les douves, dépendant des bâtiments d'exploitation et depuis de la cuisine du château de la Lande.] Quelques paysans, familiers du logis, avaient confidentiellement raconté que, chaque soir, la dame de La Haye passait par un guichet pratiqué dans la porte, la cruche d'eau et le pain grossier qui soutenaient l'existence du pauvre chétif ; certains prétendaient avoir entrevu sa figure pâle et hâve à travers les barreaux du soupirail ; d'autres l'avaient entendu gémir pendant les froides nuits d'hiver, car il couchait presque nu sur les dalles de son cachot, et n'avait pour appuyer sa tête qu'une grosse pierre qui lui servait de siège habituellement".

Ces récits, fort exagérés sans nul doute, excitaient la pitié en sa faveur, l'indignation et la haine contre sa mère. Emmanuel-Ferdinand avait toujours eu l'esprit très-borné. L'infirmité morale de son fils blessessait-elle l'orgueil de cette femme ? Certaines maladies ne l'avaient-elle pas aggravée ? N'avait-il pas eu des accès de fureur nécessitant des précautions particulières ? Nous ne saurions le dire.

Le 30 décembre, les chouans étaient au nombre de dix-huit, tous armés. Ils s'étaient introduits dans l'enceinte intérieure, en escaladant les murs du jardin à l'aide des espaliers. Le chef avait la figure voilée d'un crêpe. "Qui êtes-vous ? - Royalistes - Que voulez-vous ? - Vingt-cinq mille livres en or que vous cachez. - Vous vous trompez. - Où est votre fils aîné ? - Absent. - Tant mieux pour lui, car de sa peau nous aurions fait des fourreaux de pistolets. - Ayez pitié de nous. - Nous te tuerions comme un chien dans la cour, si tu n'étais pas aussi bon médecin que tu l'es." Les bandits s'étaient retirés, emportant 278 francs en argent et du linge.

A leur seconde visite, faite en plein jour, soixante ou quatre-vingts s'étaient détachés d'une bande de trois cents qui se reposait à Lougé, commune voisine. Deux chefs étaient à leur tête. De La Haye avait été emmené au Tertre, petit logis très-voisin de celui de la Lande, mais moins exposé à une surprise. On lui avait demandé dix mille livres, et sur ses représentations, on s'était rabattu à deux mille quatre cents, qu'il avait en effet, fait payer par son fermier. On lui avait en outre pris trois cents francs en numéraite et trois chevaux.

Au milieu milieu de la nuit du 14 au 15 avril, les brigands reparaissent ; ils sont une quinzaine et armés. La porte extérieure est forcée ; les habitants du manoir n'opposent aucune résistance. Le fils aîné, qui couchait dans une petite chambre séparée du corps de logis et attenant à cette porte, essaye de se sauver à moitié vêtu ; il est bientôt arrêté.

Étrange préoccupation d'humanité en un pareil moment ! Les chouans envoient chercher madame de La Haye du Tertre, et veulent exiger d'elle la promesse de se charger du jeune fils. Elle s'en défend : c'est aux plus proches parents qu'incombe ce devoir. On insiste, on la menace de brûler sa maison : elle cède et signe la promesse demandée.

Pendant ce temps, les chouans se faisaient servir à boire et à manger ; ils mettaient à sac les armoires et quelques-uns remplaçaient immédiatement leurs vieilles chemises par des chemises blanches. Ils se disaient, cette fois, républicains et soldats d'une compagnie franche.

On a prétendu qu'une sorte de tribunal aurait été constitué, séance tenante, pour interroger le fils aîné sur les griefs qu'avaient contre lui les chouans et le juger ; qu'il avait été condamné à mort, et qu'au moment où on allait le fusiller, sa mère, qui avait trouvé moyen de cacher dans ses poches une paire de pistolets, se serait précipitée sur les exécuteurs et en aurait abattu deux de ses deux coups. Elle serait immédiatement tombée elle-même sous les sabres et baïonnettes ; son fils aurait été immolé à côté d'elle, de la même manière. Il est probable qu'il n'y eut point de simulacre de jugement. Les chouans emmenèrent leur prisonnier hors de l'enceinte de la cour, dans le grand chemin de Rânes, pour le mettre à mort. Sa mère éperdue se précipita à leur poursuite et fit feu sur eux, mais sans tuer personne [on a rédigé des actes de décès sur le lieu, et il n'y en a pas d'autres que ceux de madame de La Haye et de son fils]. Elle et son fils furent immédiatement massacrés.

Deux cent quarante livres en argent, une hache et trois chevaux furent le fruit de cette campagne.

On ne fit aucun mal à de La Haye père ; le jeune captif, dont on connaissait bien la prison, fut remis en liberté avec des témoignages de sympathie et de pitié.


Cette famille était donc composée de Charles-François-Jean-Louis de La Haye, de Josèphe-Élisabeth de Vigneral, son épouse, et d'Auguste-Bernard-Joseph, leur fils.

Avant ce mariage avec François De La Haye, Élisabeth de Vigneral, fille de François-Bernard de Vigneral, chevalier seigneur et patron honoraire de la paroisse de Ri, Pierrefite et autres lieux et de Louise-Marguerite de Droulin, née à Ri vers 1726, avait épousé, en cette même paroisse de Ri, le 25 juin 1750, Jacques IV de Robillard, chevalier et seigneur honoraire de Saint-Ouen, dont elle a eu un fils, "Bernard-Jacques-Louis-Joseph, écuyer, seigneur de Saint-Ouen-le-Brisoult", décédé le 22 novembre 1754, à l'âge d'environ 3 ans (inhumé dans la nef de l'église).

 

Mort d'un de Robillard

 

Veuve de Jacques de Robillard, dont le décès est survenu le 5 mai 1752, à Habloville,  à l'âge d'environ 77 ans, elle se remarie, le 21 juillet 1755 à Saint-Ouen-le-Brisoult, avec Charles-François-Jean-Louis De La Haye de La Lande, seigneur et patron honoraire de la paroisse de La Lande-de-Lougé. De ce mariage, sont nés :

Auguste-Bernard-Joseph, né le 5 juillet 1757, à Saint-Ouen-le-Brisoult, baptisé le lendemain

- Emmanuel-Ferdinand, né le 11 avril 1767, à La Lande-de-Lougé, baptisé le lendemain. 


Emmanuel-Ferdinand serait décédé  en 1830, recueilli, après la mort de son père (1814), par des parents qui le soignaient et qui administraient sa fortune, qu'il était incapable de gouverner lui-même. Il était d'un commerce doux et facile ; le souvenir de la terrible nuit et la vue du cadavre de sa mère lui avaient laissé une impression ineffaçable de tristesse et d'effroi.

 

Emmanuel-Ferdinand baptême z


Le propriétaire du logis du Tertre était, à cette époque, Jacques de la Haye, écuyer, seigneur du tertre, époux de Marie-Françoise-Charlotte de Pissault.

Après les De La Haye, le logis de La Lande a appartenu à Michel Le Vavasseur, fils de Louis-Baptiste et de Magdeleine Sermegoy, né à Argentan le 31 octobre 1778. Il était inspecteur de l'enregistrement et des Domaines, et est décédé en ce logis, le 20 novembre 1854. Il était l'époux de Célestine Renault.

 

AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Ri - Argentan - La Lande-de-Lougé

 

LA GENEVRAYE (61) - MARIE-LOUIS-ACHILLE PERIER, COMTE DE LA GENEVRAYE, DIT NEZ-DE-CUIR (1787 - 1853)

 

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MARIE-LOUIS-ACHILLE PERIER, COMTE DE LA GENEVRAYE, Conseiller général de l'Orne, chevalier de la Légion d'honneur, né le 7 août 1787, à la Genevraye, arrondissement d'Argentan, fils de François-Charles-Guillaume Perier, seigneur de la Genevraye, capitaine au Régiment du Colonel-Général des dragons, chevalier de Saint-Louis, et de Marie-Madeleine-Marguerite de Guéroud de Freuville, est mort, en son château de La Genevraye, le 30 juillet 1853.

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Le 8 mai 1813, le comte de la Genevraye entra comme simple cavalier au premier régiment des gardes d'honneur ; il y fut nommé maréchal des logis le 15 mai 1813, maréchal des logis chef le 4 août 1813, lieutenant en second le 16 octobre 1813 et chevalier de la Légion d'honneur à la bataille de Montmirail, le 9 février 1814, nomination ratifiée par décret impérial du 19 du même mois.

 

Montmirail 1814 z

 

Il prit part à la campagne de 1814 en qualité d'adjudant-major des gardes d'honneur et reçut de graves blessures lors d'une brillante charge de son régiment à la bataille de Reims (13 mars) ainsi que nous le voyons dans un certificat délivré par Navier, médecin et chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Reims. Voici en effet l'énumération des blessures constatées par ces praticiens sur le comte de Genevraye, qui avait été laissé pour mort sur le champ de bataille :

1° Un coup de sabre qui a détaché la joue droite et l'a rabattue sur le menton ;

2° Un coup de sabre qui a enlevé une portion du sourcil droit ;

3° Un coup de sabre qui a totalement emporté le nez, à partir de quelques lignes de sa racine ;

4° un coup de lance sur le sourcil gauche ;

5° Deux coups de lance, l'un à la lèvre supérieure, l'autre dans le flanc gauche ;

6° Un coup de sabre qui a divisé en Y le doit médius de la main gauche dans le tiers inférieur de sa longueur ;

7° Un coup de pistolet, reçu à bout portant, et dont la balle pénétrant un peu au-dessus de l'angle supérieur de l'occipital, a glissé entre les os et le cuir chevelu, pour sortir vers la partie moyenne de la suture sagittale.

A sa sortie de l'hôpital, le 17 août 1814, "il ne lui restait d'autre infirmité que l'absence du nez et l'éraillement de l'oeil droit, les léguments ayant dû se rapprocher en convergeant de toute la circonférence vers le centre de la plaie sur l'angle externe du coroual".

Le comte de la Genevraye ne put prendre possession de l'emploi de lieutenant en premier qui lui avait été conféré par décret du 2 avril 1814, car ses blessures "l'avaient défiguré de telle manière qu'il ne pouvait plus que traîner une existence aussi pénible qu'affreuse".

Cependant, de retour à la Genevraye, il fut nommé maire de sa commune en 1815, conseiller d'arrondissement le 15 août 1821 et conseiller général en 1828. En 1817, retiré comme propriétaire à Argentan, il résidait rue Saint-Martin.

PERIER SIGNATURE z

Destitué en 1830, à la chute de Charles X, on lui confia de nouveau en 1842 le mandat de conseiller général, qu'il remplit jusqu'au moment de son décès.

M. le comte de la Genevraye fut président de la Société des courses d'Argentan et de Nonant et président-fondateur de l'Ecole de dressage de Sées (1850).

 

Perrier décès

 

De Clarisse-Victoire-Adélaïde de LA HAYE, décédée à Argentan le 16 janvier 1823, fille de René-Jacques, écuyer, seigneur du Tertre, et de Jeanne-Henriette Verdier de Lorme, il laisse un fils unique, Victor-Louis-Achille Perier, comte de la Genevraye, dernier du nom, né à Caen, le 2 juillet 1819, membre du Conseil général de l'Orne, a épousé à Babodanges, le 8 avril 1856, Alice-Victorine Debuiis d'Ollebecked, née à Ranchicourt (Pas-de-Calais), le 25 mars 1834, fille de Victor-Edouard-Marie, demeurant en son château de Rabodanges, et de feue Adélaïde-Clémence Aronio de Fontenelle.

Clarisse Delahaye z

Le comte de la Genevraye est mort en son château dudit lieu le 18 mai 1892 et la comtesse, sa femme, le 12 juillet 1899.

De ce mariage était issue une fille unique : Marie-Alice Périer de la Genevraye, née à Paris le 17 mai 1860, qui épousa le 17 juin 1885 à Paris Maurice-Georges De Gasté, né à Lisieux le 16 juin 1859, fils de Paul-Joseph-Céleste de Gasté et de Mathie-Clarisse Dusaussay de Mély. Elle est décédée à Paris le 12 janvier 1899 laissant un fils unique : Hubert-Marie-Joseph de Gasté, né à Paris le 28 mars 1887.

Genevraye haras z

Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne - 1904 - T23

Archives Nationales - Base Léonore

AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil de La Genevraye


 

Un jugement de la Cour Royale de Caen, du 27 août 1828, nous rapporte les détails de la relation entre Marie-Louis-Achille Perier et Clarisse-Victoire-Adélaïde De La Haye, mère de son enfant :

 

COUR ROYALE DE CAEN (Première Chambre)
Présidence de M. le baron Delhorme, premier président
Audience du 27 août (1828)
(Correspondance particulière)

SÉDUCTION - ENFANT NATUREL.

Une affaire occupait aujourd'hui l'audience de la première chambre de la cour royale. A l'intérêt qu'inspire cette romanesque affaire, se joignait une question grave sur l'étendue et les effets de la puissance paternelle quant aux enfants naturels, aussi le barreau et la salle d'audience étaient-ils encombrés depuis le marin.
Voici les faits tels que les expose l'avocat de la dame veuve Delahaye.

CLARISSE DELAHAYE, née d'une famille recommandable, habitait Argentan avec la dame veuve Delahaye, sa belle-mère et une jeune soeur. Elle eut occasion de connaître le sieur PERIER DE LA GENEVRAYE, membre de la Légion-d'Honneur, et bientôt une cour assidue fut la suite de cette rencontre.

Le sieur Perier aspirait à la main de la jeune Clarisse, et rien ne semblait devoir mettre obstacle à ses projets ; ses visites furent agréées par madame veuve Delahaye. Le sieur Perier en profita pour se rendre maître du coeur de Clarisse, et bientôt l'infortunée n'eut plus rien à refuser à l'homme qu'elle croyait devoir incessamment son époux.

CLARISSE DELAHAYE ne tarda pas à connaître toute l'étendue de son malheur, elle sentit qu'elle allait être mère, son état l'effraya, elle pressa le sieur de la Genevraye d'accomplir sa promesse, de lui conserver l'honneur avec la vie, et toujours de nouveaux délais venaient ajouter à ses nombreux chagrins, elle les déposa dans le sein de sa mère, et chercha à puiser les forces dont elle avait besoin.

Cependant le sieur PERIER affectait toujours le plus tendre attachement, et ses lettres brûlantes d'amour distillaient le plus mortel poison dans le sein de la malheureuse CLARISSE ; c'est ainsi qu'il lui écrivait.

"Impatient de recevoir de tes nouvelles, ma bonne Clarisse, à sept heures du matin j'étais à la poste, demandant mes lettres. Avec quel plaisir j'ai reconnu ton écriture, et avec quelle avidité j'ai parcouru celle que tu m'adressais ? Bien que j'aie éprouvé de la peine de te voir continuellement tracassée par ta mère, et pour moi encore, je n'ai pu m'empêcher de respirer un instant de bonheur, en apprenant que malgré tout, mon bon ange, ma tendre Clarisse m'aimait encore, et voulait bien me l'écrire, dans le moment surtout où l'on veut te faire renoncer à ton malheureux, mais fidèle et sincère ami. Que j'en ai éprouvé de bien ! En dépit de tous nos persécuteurs, je le dis comme je le pense, j'étais au comble de la joie ; mais hélas ! ce moment a été bien court, et il a bientôt fait place aux sentiments les plus tristes. Comment ne les éprouverais-je pas ? Ma Clarisse malheureuse, et malheureuse pour moi. Oh ! qu'il est vrai que j'en éprouve de la peine, et que si mon pauvre coeur pouvait t'être mis à découvert, combien tu serais fâchée de t'y voir avec tes malheureux chagrins et ta douleur. Ne sommes-nous donc réunis que pour nous faire éprouver des désagréments réciproquement ! Mais il est trop tard maintenant pour moi, il m'est impossible de faire un pas rétrograde ; et tant que ma chère Clarisse me dira : Je t'aime, rien au monde ne pourra m'en séparer ; voilà, mon bon ange, et ma profession de foi et l'état de mon coeur tout ensemble. Juge maintenant si l'homme que l'on te peint comme faux, et ne voulant que s'amuser, trace ici son portrait.

Mais mon bon ange, une chose qui m'occupe exclusivement et à laquelle je ne cesse de penser, mon attachement sincère pour toi sera-t-il suffisant pour consoler ma Clarisse de tout ce qu'elle éprouve pour moi ? Le pas est délicat, ma chère amie ; il ne peut y avoir de soulagement à tes peines, que dans le cas où ton attachement pour moi serait au même degré que celui que j'éprouve pour toi ; agis avec prudence, et ne prends pas un parti que tu serais dans le cas de désapprouver trois mois après. Je te l'ai dit dans ma dernière lettre, ma chère petite, s'il ne faut qu'une victime sur nous deux, ne balance pas à me désigner, et ton Achille saura toujours souffrir sans se plaindre lorsque ce sera pour son amie. Dans tous les cas, promets-le moi, Clarisse, quelque parti que tu prennes, agis froidement ; ne fais part de tes projets que lorsque tu le croiras indispensable, et attends pour te confirmer dans une résolution quelconque, que je me sois rendu près de toi ; oui, bien franchement, j'ai la persuasion que tu m'aimes bien, tu sauras prendre une détermination qui accorde ta réputation, tes intérêts et tes affections, et qu'en dépit de tout ce qu'il y a de jaloux de mon bonheur, je pourrai encore répéter à Clarisse, que près d'elle, et sans témoins, je suis le plus heureux des hommes. Ma Clarisse, chère amie, consentirais-tu à ne plus voir un homme qui ne pense et ne respire que pour toi ? Ah ! s'il en était ainsi, aie le courage de me l'écrire, et si tu ne me connais pas encore, tu sauras ce que vaut ton malheureux Achille : écris-moi, ma bonne Clarisse, deux mots seulement s'il en était ainsi ; mais non, je m'abuse, tu n'en aurais pas le courage, et je suis peut-être destiné à mourir de douleur en recevant de toi un adieu éternel ! Tu ne seras pas si cruelle, n'est-ce pas, chère amie ; j'espère encore à ton amitié pour moi, et rêve par moment le bonheur suprême dans tes bras.

Adieu tout ce que j'aime, ma vie, toutes mes affections comme toute ma consolation ; partage un peu le bonheur que j'éprouve à t'assurer que la mort seule pourra me séparer de ma Clarisse ; compte sur ton Achille, ma bonne mère, il t'aime et t'embrasse, il est à toi pour la vie et veut vivre et mourir pour sa Clarisse.

Adieu, ma Clarisse, aime moi un peu, je le mérite, réfléchis à cette lettre et à mes dernières ; ne désespère pas, montre un peu de caractère, nous nous tirerons de là. Je t'embrasse encore, et t'aime toujours."


Jusque-là le sieur PERIER rejetait sur sa mère le retard qu'il apportait à l'accomplissement des plus saintes promesses. Elle seule, en refusant son consentement à ce mariage, s'opposait à sa félicité, et la crédule Clarisse n'osait accuser son coeur. Cependant il semble un peu plus tard vouloir la préparer au coup qu'il destine à sa victime, et c'est alors qu'il lui écrit :

"Enfin, je n'y puis plus tenir, ma bonne Clarisse. Quelle nuit j'ai passée ! Et avec quelle impatience j'attendais le jour pour t'écrire ! Il n'y a plus à remettre, tout doit finir ; j'attends avec anxiété l'arrêt que tu vas prononcer pour ou contre moi ; explique-toi franchement, mon bon ange, ne m'épargne pas, dis-moi ce que tu penses, et que nos dernières relations ; si elles doivent finir aujourd'hui, ressemblent au moins, par la douceur, au commencement de notre correspondance ; quelque peine qu'il m'en coûte, je vais le premier t'en donner l'exemple. Tu connais, ma tendre amie, toute la répugnance que j'ai pour le mariage, sans t'en relater les raisons, elle devient de plus en plus invincible ; après un pareil aveu, je le sens, tu va consentir à tout et peut-être toi-même, vas-tu me dire : Ne revenez plus ici. Ah ! ma chère petite, si vous en aviez le courage, écrivez-le moi, et évitez-moi une scène et une séparation que je n'ai plus la force de supporter".

Clarisse fut étonnée, mais bientôt des protestations nouvelles vinrent rassurer son coeur, la confiance est si douce pour celui qui aime ! ... Le sieur de la Genevraye connaissait si bien tout son empire sur le coeur de celle qu'il avait su séduire ! ... Bientôt pourtant le désespoir s'empara de cette malheureuse fille, et elle le menaça d'aller s'enfermer dans un cloître pour le restant de ses jours.

"Agis avec prudence, caractère et sang-froid, ma pauvre amie ; lui écrivit-il alors, il n'y a rien de perdu encore, et surtout loin de toi l'idée de terminer ta vie dans un cloître ; faite pour le monde, tu dois y figurer d'une manière charmante et charmer les personnes qui auront le bonheur de t'y intéresser ; c'est ma manière de voir, et si j'ai quelque influence sur ta détermination, j'insiste pour que ce ne soit pas à ce vilain projet que tu donnes la préférence. Le difficile est de savoir comment faire ; le dirai-je, ma chère petite, si je connaissais bien l'état de ton coeur, il me serait aisé de te donner un conseil ; à tout hasard je te dirai seulement qu'à ta place, si ta mère persistait à te rendre la vie dure, je ne balancerais pas à prendre une chambre à Argentan même, etc., etc.

Alors les yeux se dessillèrent, les projets du sieur PERIER se montrèrent à nu à la dame veuve Delahaye qui lui répondit : "Que c'était à ses côtés qu'il devait prendre Clarisse malgré l'état où il l'avait mise".

Et cette volonté servait encore les projets du sieur de la Genevraye, puisqu'il mettait pour condition au mariage, que Clarisse, avant tout, quitterait sa mère ; mais on ne tarda pas à connaître tout à fait le sieur de la Genevraye ; car, mettant de côté toute dissimulation, aux promesses les plus tendres succédèrent les scènes les plus cruelles, les calomnies les plus perfides, s'il n'épousait pas, disait-il, c'est que l'enfant n'était pas de lui ; rien ne lui parut plus sacré ; par des mauvais traitements il chercha à forcer Clarisse à ce hideux aveu, et la mère même de cette infortunée devint l'objet de ces sarcasmes.

Comme la grossesse avançait, madame Delahaye conduisit sa fille au Mans et la mit en pension sans vouloir la quitter, car elle craignait tout de son désespoir. C'est alors que M. DE LA GENEVRAYE s'érigea tout-à-fait en maître, et exigea que les couches se fissent à Caen. Clarisse, dans sa douloureuse résignation, voulait donner un père à son enfant. Elle obéit. Ce fut le 2 juillet 1819 qu'elle mit au monde un fils qui fut présenté à l'état-civil sous les noms de Louis-Victor-Achille. Le 30 du même mois cet enfant fut authentiquement reconnu par le sieur PERIER et la demoiselle Delahaye, et de ce jour cessèrent leurs rapports, le sieur PERIER ne voulut jamais revoir ni la demoiselle Clarisse ni son malheureux enfant, il exigea même qu'ils s'éloignassent d'Argentan, refusant jusque-là de rien faire pour son enfant.

La demoiselle Delahaye y consentit et, accompagnée de sa mère, elle se retira avec son fils dans un vieux château qui leur appartient dans la forêt des Ardennes, et expia, par trois années de souffrances et de privations, l'erreur d'un moment, sans que jamais le sieur de la Genevraye s'inquiétât de son sort, bornant leurs relations à celles indispensables à l'obtention d'une pension pour l'enfant.

Aussi la demoiselle Clarisse vit-elle sa santé s'altérer chaque jour davantage. Bientôt une maladie grave ne lui laissa aucun doute sur sa fin prochaine, et, dans sa sollicitude pour son fils, elle écrivit à la mère du sieur de la Genevraye.

Nous croyons devoir rapporter textuellement une lettre que la Cour et l'auditoire n'ont pu entendre sans la plus vive émotion :

"Madame,

Je vous écris dans un état de santé dont les médecins désespèrent de me retirer, et qui s'aggrave chaque jour, pour vous recommander un être qui m'est bien cher, mon malheureux enfant. L'idée qu'il va passer dans les mains d'un père qui ne le connaît pas, qui n'a pour lui aucun attachement, puisqu'il ne s'en est jamais occupé, et qu'il ne s'est pas même informé de lui auprès de M. Berrier-Fontaine, lorsqu'il va toucher sa pension ; l'idée de penser qu'il l'enverra dans des pays éloignés, comme il me l'a dit, me fait frémir et avance mes jours. Vous êtes mère, Madame, c'est donc à vous que je m'adresse, pour vous demander qu'on laisse mon fils à maman et à ma soeur, jusqu'à ce qu'il soit en âge d'être mis en pension. Cet enfant est très-sensible : sa séparation des gens qui l'ont élevé en le caressant, le rendrait très-malheureux, puisque dans un âge aussi tendre, l'idée de me perdre le fait fondre en larmes.

Votre fils peut aujourd'hui, madame, se réjouir de m'avoir conduite au tombeau, en m'abreuvant de chagrins. M'avoir déshonorée et m'avoir si cruellement abandonnée en me calomniant ! Tant de peines ont été au-dessus de mes forces, et, je puis, madame, vous dire aujourd'hui, n'ayant plus rien à espérer et voyant mon tombeau ouvert sous mes pieds, que votre fils vous a trompée, lorsqu'il vous a dit qu'il ne m'avait jamais promis de m'épouser. Qu'il ose vous dire, en lisant cette lettre, que j'en impose ! Oui, madame, je vous le jure, qu'ayant cessé tout commerce avec lui, puisque j'avais été à confesse et étais revenue à Dieu de tout mon coeur, il a eu la perfidie de me jurer à mes pieds, plus de dix fois, que si je voulais consentir à ses désirs, il m'épouserait aussitôt après son retour de Paris, en me disant : "Que voulez-vous faire ? Préférez-vous rester dans cette position ? J'ai besoin de ce nouveau sacrifice et de cette nouvelle preuve de votre attachement, dans un moment où nous sommes tous mal ensemble.

Qu'auriez-vous fait, Madame ? Peut-être eussiez-vous eu plus de force ; mais l'idée de donner un père à mon enfant, de ne pas faire tort à ma jeune soeur, de voir terminer tous mes malheurs et les chagrins que je donnais à ma famille, me fit commettre encore cette nouvelle faute. Je n'ai jamais parlé de cette particularité qu'à M. le curé, espérant que la conduite que je tiens depuis mon malheur, aurait fait ouvrir les yeux à votre fils sur mon compte. Je ne suis pas tout ce qu'il a voulu dire ; je ne mérite pas les scènes affreuses qu'il m'a faites ; je ne mérite pas d'être traitée comme la plus vile créature. Je ne me suis jamais plainte, Madame, espérant que ma douceur et mon silence le feraient revenir à ses devoirs et aux promesses qu'il m'a tant de fois faites.

Je meurs sans remords, avec l'estime et la considération de toute ma paroisse, espérant avoir bien expié ma faute, en sacrifiant mon existence à mon malheureux enfant, m'éloignant de ceux qui me portaient intérêt, et qui pouvaient me rendre justice.

Votre fils est jeune ; se porte bien, est occupé ailleurs ; voilà ce qui a fait et ce qui fait encore mon malheur. Il a préféré le brillant du monde à une femme qui, je vous le dis en mourant, l'a aimé par-dessus tout, lui a tout sacrifié, son honneur, sa réputation. Je lui aurais donné ma vie s'il l'avait exigée. Oui, Madame, la conduite légère que j'ai tenue, la manière dont je me suis compromise, les démarches déplacées que j'ai faites, tout a été exigé en tyran ; et j'étais loin de penser que ce n'était qu'un calcul pour me perdre dans l'esprit du public, pour dire après cela que l'on ne pouvait épouser une femme qui s'était compromise de cette manière.

Hélas ! Madame, quelle perfidie ! Il est une autre vie ; je suis heureuse de penser que si j'ai commis une aussi grande faute, j'ai au moins fait tout mon possible pour l'expier, en abandonnant le monde, et en sacrifiant ma triste existence à mon enfant. J'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour me rendre ma tranquillité et oublier toutes mes peines ; mais, Madame, cela m'a été impossible ; votre fils était trop près de moi ; son indifférence pour son malheureux enfant et pour moi m'ont fait trop de mal ; mille rapports avec cela, qu'il est inutile de joindre à cette lettre, la vie gaie et heureuse qu'il mène, tandis que moi, loin de mes amis, de mes connaissances et des gens qui m'ont vu élever, je languis dans le fond d'une forêt comme une criminelle ; je n'ai cependant trompé personne ; tout, Madame, a mis le comble à mon malheur ; il faut succomber !

Je vous recommande de toute mon âme mon fils : voyez-le, accordez-lui votre amitié, votre tendresse. Je vous demande en grâce de le laisser à maman et à ma soeur, qui le chérissent autant que moi, et je mourrai calme et tranquille.

Je dois aussi, Madame, justifier à vos yeux ma malheureuse mère qui ne m'a jamais abandonnée, et vous dire que M. votre fils sait bien que tous les propos qu'il a tenus sur son compte ne sont pas vrais, et qu'elle n'est pas, comme il l'a dit, la cause qu'il ne m'a pas épousée. Maman a été témoin, pendant huit mois, des scènes affreuses qu'il me faisait tous les jours, en me disant que mon devoir était de m'épouser, et qu'il ne le faisait pas, parce que l'enfant n'était pas de lui. Il m'a fait souffrir tous les tourments possibles afin de m'arracher cet aveu, jusqu'à me dire que c'était le seul moyen pour que nous ne nous séparions jamais. J'ai des lettres à l'appui de ce que j'avance.

Il ne s'est fâché avec maman parce qu'elle lui a reproché qu'il était horrible, après m'avoir déshonorée, de me calomnier et de me maltraiter. Je rends cette justice à maman, qu'elle n'a jamais su la conduite que je tenais avec votre fils ; qu'elle l'a renvoyé trois fois de chez elle, voyant qu'il ne terminait rien et qu'il lui disait toujours qu'il fallait tout attendre du temps, et, lorsque je fus grosse, je le dis à maman ; elle se jeta dans les bras de votre fils, en pleurant, en lui disant : qu'allons-nous devenir ? Il lui dit d'être tranquille, qu'il était un homme d'honneur ; que s'il y avait un malheur, il était là pour le réparer. Hélas ! madame, que j'ai été heureuse de trouver une aussi bonne mère. Votre fils, par ses mauvais traitements, m'avait mise tellement au désespoir, que, sans les soins de cette bonne mère, je voulais me détruire moi et mon enfant. Votre fils sait bien qu'il m'a gardée toute une nuit dans des convulsions affreuses.

Je meurs en recommandant à ma famille de ne pas venger ma mort. Je meurs en vous demandant pardon, Madame, des peines et des chagrins que je vous ai donnés, et du scandale que ma conduite a occasionné. Je meurs en vous priant de penser qu'il a été un temps où vous aviez pour moi de l'amitié ; que vous-même aviez désiré ce mariage. Rendez-là moi cette amitié en la personne de mon fils. Je ne me fais qu'un reproche, c'est de n'avoir pas été me jeter dans vos bras lors de mon malheur : vous auriez peut-être compati à ma position, vous auriez peut-être sauvé mon honneur. Mais votre fils m'en a toujours empêchée, en me disant de s'en rapporter à lui ; qu'il aimait mieux que vous l'apprissiez par un autre que moi. Hélas ! Madame, je sais tout ce qu'il a dit à cette époque ! Dieu et moi seule savons ce qu'il m'a fait souffrir, et cependant je meurs en lui pardonnant tout ce qu'il m'a fait.

Mais puis-je oublier la position où il laisse mon fils ? Dieu veuille que sa naissance ne soit pas pour lui le sujet de bien des peines ! Puisse cette confession, Madame, vous faire ouvrir les yeux et rendre à ma mémoire la justice qu'elle mérite ! Veuillez recevoir mes derniers adieux et croire à l'assurance de la parfaite considération que je vous ai vouée."


Cette lettre ne changea rien aux dispositions du sieur de la Genevraye et de la dame sa mère ; Clarisse ne reçut aucune réponse, aucune consolation ne vint adoucir ses douleurs. L'approche de sa mort ne pouvait plus laisser de doute ; elle fit un testament authentique ainsi conçu :

"Dans l'évènement où je viendrais à décédé pendant la minorité de Victor-Louis-Achille Perier de la Genevraye, et que son père naturel fût alors lui-même décédé, mon intention est que mon fils ait pour tuteur M. Jean-Louis Berrier-Fontaine, avocat à Argentan, que je nomme et choisis audit cas, le priant de ne pas me refuser, et d'accepter cette commission, à l'effet de gouverner la personne et les biens de mon fils.

Je prie aussi le tuteur par moi choisi, de laisser à madame Blanche-Victoire Verdier de l'Horme, veuve de M. Jacques Delahaye, ma belle-mère, le soin de mon fils jusqu'à l'âge où il pourra être mis en pension, et de lui conserver ses soins jusqu'à sa majorité.

Et dans le cas où lors de mon décès, M. Perier de la Genevraye serait existant, je désire que, comme la loi l'investit de la tutelle légale de son fils, ce dernier ait pour subrogé-tuteur M. Berrier-Fontaine, avocat, que je choisis à cet effet.

Je prie M. Perier de la Genevraye, père de mon fils, de ne pas s'opposer à l'exécution de mes volontés à cet égard, de consentir dans tous les cas aux soins de mon fils sus-déférés à ma belle-mère et à ma soeur, et à l'entière exécution du présent.

Je prie également M. de la Genevraye de continuer ses bontés à notre fils commun.

Telles sont mes dernières volontés."


Ce fut à Argentan, chez sa belle-mère, le 16 janvier 1823 que CLARISSE DELAHAYE rendit le dernier soupir, et ses cendres étaient à peine refroidies que le SIEUR DE LA GENEVRAYE se rendit chez un notaire et lui donna procuration à l'effet de réclamer son fils naturel de toute personne qui peut l'avoir en garde, ou voudrait le conserver, en cas de refus L'Y CONTRAINDRE, etc., et à peine était-on de retour de l'inhumation qu'un prêtre se présente chez la dame veuve Delahaye, et vient au nom de la mère du sieur de la Genevraye réclamer l'enfant de la malheureuse Clarisse, qu'il veut emmener le lendemain pour le conduire à Versailles où, dit-il, sa pension était retenue.


La dame veuve Delahaye résistât, et une transaction fut signée le 27 avril. Les parties avaient promis de l'exécuter sur l'honneur, et bientôt un procès porté au tribunal d'Argentan, apprit que cette promesse, comme beaucoup d'autres, n'avait rien eu de sacré.


Le 15 décembre 1827, le tribunal rendit un jugement ainsi conçu :

"Considérant que la transaction du 2 avril 1823, dont l'exécution est demandée, est un de ces pactes de familles, dont l'honneur qui en formait la garantie eût dû assurer l'exécution ;

Considérant que quoique l'honneur et les convenances prescrivissent au sieur de la Genevraye d'exécuter ce pacte, il ne s'en suit pas que le tribunal doivent l'y condamner, sans examiner quelle est la légalité de l'acte ;

Considérant que, cet acte ayant pour objet de répartir et diviser la puissance paternelle que la loi et la nature accordent au père sur son enfant, est illégal et contraire au texte de l'art. 1388 du Code civil ;

Considérant que le sieur de la Genevraye étant investi de la puissance paternelle sur son fils, n'a pu valablement aliéner cette puissance, et que, si par des considérations qu'il n'aurait pas dû oublier, il avait fait participer les bienfaitrices de son enfant, à cette autorité, il n'en résulte pas contre lui un lien légal dont la justice puisse ordonner l'exécution.

Considérant, en effet, qu'il n'y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent faire l'objet de conventions (art. 1183 du Code civil), et qu'à l'exception des pays où l'esclavage est admis, un père n'a jamais pu transmettre et aliéner son autorité sur son fils mineur ; or, qu'une telle convention étant illicite et nulle, aux termes de l'art. 1183 dudit Code, il devient inutile et sans objet de déclarer les signatures apposées sur la transaction ci-dessus datée reconnues, puisqu'elles ne pourraient être exécutoires ;

Par ces motifs,

Le tribunal vérifiant le défaut prononcé le 22 novembre dernier, déclare la transaction du 2 avril 1823 nulle et de nul effet, en conséquence en délie le sieur de la Genevraye".

Les dame veuve Delahaye, demoiselle Delahaye et M. Berrier-Fontaine, subrogé-tuteur, interjetèrent appel.

L'avocat abordant le point de droit soutient que, quant aux enfants naturels, la puissance paternelle diffère essentiellement de celle dont est investi le père dans le cas de mariage ; que le père naturel n'a pas exclusivement la garde des enfants mineurs ; qu'il appartient aux tribunaux d'apprécier les motifs qui peuvent leur mériter ou leur ôter cette garde ; que dans la cause, les circonstances démontrent assez le peu d'intérêt du sieur de la Genevraye pour son fils naturel. Il soutient que la transaction du 2 avril 1823 doit être exécutée ; que tous les arguments des premiers juges sur la puissance paternelle, ne peuvent s'appliquer aux cas où il s'agit d'enfants naturels ; que le père et la mère n'étant liés par aucun lien civil, de leur vivant, l'un ne peut, à l'exclusion de l'autre, invoquer la loi pour avoir la tutelle de l'enfant commun.

Le défenseur du sieur PERIER DE LA GENEVRAYE s'étonne, en commençant sa plaidoirie, qu'alors qu'il ne s'agit comme dans la cause que de la discussion d'un point de droit, on se soit livré à des digressions étrangères à cette discussion, et qu'on ait livré à la publicité des faits tout à fait controuvés, et voulut jeter une défaveur publique sur le sieur de la Genevraye en donnant à cette affaire une couleur romantique et mensongère. Il nie que jamais M. PERIER ait promis le mariage à la demoiselle Delahaye ; il soutient enfin que jamais le sieur de la Genevraye n'a violé la transaction, et déclare s'en rapporter à la justice sur la validité de cette transaction.

LA COUR,

"Attendu que la loi n'investit pas les père et mère naturels d'une puissance aussi étendue sur leurs enfants que les père et mère légitimes ; qu'ainsi tout est abandonné à l'arbitrage du juge. Que dans l'espèce la transaction du 2 avril 1823 paraissant avoir été faite dans l'intérêt de l'enfant, dont le père d'ailleurs est constitué le premier juge, devrait être validée. Que le motif du législateur en abandonnant l'état des enfants naturels à la sagesse des juges, peut être puisé dans cette considération, que les parents, dans ce cas, n'inspirent pas toujours une confiance pleine et entière pour les soins à donner aux victimes de leurs erreurs, parce que leur conduite n'est jamais louable, et que leurs moeurs sont toujours reprochables et sujettes au blâme ; que dans l'espèce, les intéressés avaient adopté le parti qui paraissait le plus avantageux, et que rien ne s'opposait à sa sanction ;

Infirme le jugement du tribunal d'Argentan, et considérant que l'enfant ne pourrait rester à Argentan, théâtre des dissensions dont il a été l'objet ; qu'il est prudent de le placer dans un collège qui présente des garanties, ordonne qu'après les vacances, il sera mis au collège d'Alençon, où pourront le visiter la dame Delahaye et le subrogé tuteur ; condamne le sieur de la Genevraye à payer le prix de la pension et les frais d'entretien du jeune Périer, et le condamne aux dépens".

 

Annales du commerce : journal de jurisprudence ... Lundi 8 septembre 1828 - Deuxième année - n° 238

 

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08 décembre 2017

LA ROCHELLE (17) ANDRÉSY (78) - SIMON-CAMILLE DUFRESSE, GÉNÉRAL DE BRIGADE (1762 - 1833)

SIMON-CAMILLE DUFRESSE, GÉNÉRAL DE BRIGADE, COMMANDANT LE DÉPARTEMENT DES DEUX-SÈVRES.

DUFRESSE PORTRAIT Z


Cet officier général, né à La Rochelle, paroisse Saint-Sauveur, le 2 mars 1762 d'une famille de négociants, a eu une jeunesse fort orageuse.

 

dUFRESSE BAPTEME z

 

Destiné d'abord au commerce de la traite des nègres, et ayant fait, pour s'instruire dans cette partie, plusieurs voyages en Afrique et à Saint-Domingue ; on le vit bientôt après jouer la tragédie sur le théâtre Montansier en 1788.

La révolution éclata et il s'y jeta avec tout l'emportement de ses passions. Aide de camp du général Morton-Chabrilland, à l'arrivée de Dumouriez, il ne tarda point à obtenir le grade de général de brigade ; il eut le commandement d'une armée révolutionnaire et fut mis hors la loi par la Convention, après la chute de Robespierre, et même traduit au tribunal révolutionnaire. Remis en activité en l'an IV, il fit les campagnes d'Italie, sous les ordres de l'Empereur. Ayant ensuite fait partie de la première expédition de Naples, il partagea la disgrâce du général Championnet.

Enfin, en 1799, lors des derniers mouvements de la guerre de Vendée, il eut le commandement du département des Deux-Sèvres qu'il a conservé presque sans autre interruption que celle de trois ans, qu'il a passé à l'armée d'Espagne, avec le commandement de Valladolid. Il avait éprouvé dans le département des Deux-Sèvres des circonstances difficiles et il s'y était parfaitement conduit. Les services qu'il avait rendus au département furent appréciés. Il en avait rendu de particuliers à beaucoup de familles, étant naturellement disposé à l'obligeance. Il eut donc de l'influence et l'expérience de la révolution lui avait appris à manier les esprits, en même temps qu'à éviter les excès. 

Dufresse signature z

Étant un des plus anciens généraux de brigade, il ambitionnait le grade de général de division ; on le crut affligé de n'avoir encore obtenu aucun titre, et l'on sait qu'il désirait vivement l'ordre de la Couronne de fer, auquel ses campagnes d'Italie semblaient lui donner quelques droits.

Il n'eut point d'enfants, mais s'était chargé de l'éducation de deux neveux orphelins, fils d'un capitaine, son beau-frère. On ne lui connut point de fortune, mais on lui supposait des capitaux, et les renseignements qu'il prenait sur divers biens à vendre paraissaient confirmer cette opinion. Au reste, on ne pensait pas que ces fonds excèdaient deux cent mille francs. Il avait gagné cet argent dans sa première expédition de Naples et dans ses campagnes d'Espagne.


Simon Camille, baron Dufresse, Maréchal de camp, chevalier de Saint-Louis, Commandeur de la Légion d'honneur (1804), est décédé le 27 février 1833 à Andrésy (78) à l'âge de 70 ans.  Il était l'époux de Aimée-Célestine-Josèphe Carnin.

DUFRESSE DECES z

 

État de mes services :
J'ai fait les campagnes de 1792 en Champagne et dans la Belgique, je fus blessé à la bataille de Jemmape et à celle de Nerwinde.
J'ai fait la campagne de l'an 1er et 2e toujours à l'armée du Nord.
Les campagnes des années 4e et 5e à l'armée d'Italie et me suis trouvé à toutes les affaires qui ont immortalisé le passage du Tyrol.
Les campagnes de Rome et de Naples en l'an 6e et 7e, je commandais la première division de l'armée à la prise de Naples et me suis trouvé à la tête des grenadiers à la belle affaire de Terni.
Les années 8 et 9, j'ai fait partie de l'armée de l'ouest où j'ai eu le bonheur de coopérer à l'heureuse pacification de ces départements et depuis ce tems, je fais partie de la 12e division et je commande le département des Deux-Sèvres.
DUFRESSE.

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Bulletin de la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres - 1932

AD17 - Registres paroissiaux de La Rochelle

AD78 - Registres d'état-civil d'Andrésy

 

 

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SAINT-MAURICE-LA-FOUGEREUSE (79) - 1833 - DÉNONCIATION ET RÈGLEMENT DE COMPTE ...

SAINT-MAURICE-LA-FOUGEREUSE

 

St-Maurice cassini z

 

Le 2 juin 1833 à l'Arceau, près des moulins de la Fougereuse,


Le meunier, Auguste Grémillon, dévoué au parti royaliste recevait chez lui les conscrits réfractaires. Il fut dénoncé par son garçon farinier à l'adjoint, puis au maire de Saint-Maurice qui s'honorèrent en refusant de recevoir cette délation ; les gendarmes d'Argenton furent alors prévenus, mais les réfractaires avertis à temps prirent la fuite et jurèrent de se venger.

Jeannoy des Aubiers et plusieurs autres vinrent se poster dans le chemin qui conduit aux moulins, ils rencontrent leur délateur et lui reprochent vivement sa trahison. Jeannoy lui ordonne de se mettre à genoux et de recommander son âme à Dieu, et sur son ordre, René Froger fut passé par les armes ; il était 4 heures du matin.

Ce fut le dernier coup de fusil des discordes civiles qui avaient ensanglanté le pays pendant de trop longues années.

 

Saint-Maurice-la-Fougereuse et son prieuré millénaire, Monographie paroissiale - par l'abbé G. Michaud - 1900.

 


 

 

Froger René baptême z

Fils de René Froger et de Marie-Anne Baranger, René Froger, "journalier gagiste meunier"  était natif de Saint-Maurice (du 23 décembre 1785) et demeurait au bourg. A l'âge de 37 ans, Il avait épousé à Saint-Maurice, le 14 novembre 1822, Marie-Jeanne Guittetâgée de 31 ans, fille de feu Jean-Pierre Guittet, vivant journalier, et de Belly Jeanne, journalière.

De leur union étaient nés René, né le 9 janvier 1825 ; Angélique-Marie, née le 10 août 1826 ; René-Jean-Marie, né le 12 mai 1828 ; Marie-Eulalie, née le 18 août 1831.

RENÉ FROGER est décédé le 3 juin 1833 "sur les quatre heures disuit du matin", à l'âge de 47 ans.

 

Froger René z

 

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