La Maraîchine Normande

20 février 2018

1793 - 1794 - QUELQUES LETTRES DE SOLDATS RÉPUBLICAINS EN VENDÉE

1793-1794
QUELQUES LETTRES DE SOLDATS RÉPUBLICAINS EN VENDÉE

Bleus 3z


Le 27 mai 1793, LEROY, sergent au 4e bataillon des canonniers du Loiret, écrit, de Marans (Charente-Inférieure), à sa femme, cuisinière, place du Nartray à Orléans :

"Nous sommes arrivés le 24 (mai) à Fontenay-le-Peuple (Vendée), sur les neuf heures du soir, bien fatigués de la route. Le lendemain, à onze heures, on bat la générale ; nous laissons notre soupe trempée sur la table et nous volons au combat comme des lions. Nous attaquons les brigands (Vendéens), à midi, avec un front qui n'a pas d'exemple, quoique n'étant qu'environ quatre à cinq mille hommes, et eux étaient au nombre de vingt à trente mille. Le combat a duré trois heures. Nous leur avons tué plus de trois mille hommes avec le canon ; mais la cavalerie, qui était à l'aile gauche, s'est enfuie, et nous avons été obligés, restant seuls et quasi bloqués par les brigands, de chercher nos jambes pour nous sauver. Il ne fallait pas avoir les gouttes. Nous nous sommes sauvés à Marans, d'où je t'écris, mais nous n'y serons pas longtemps. Ils nous ont pris tout notre butin, mais pour cela je ne renonce pas à la guerre, parce qu'il faut que je ratrappe mon sac ou davantage. Je ne crains plus la mort, car après un but semblable on ne peut pas mourir. A la pièce de canon où j'étais, deux de mes camarades sont tombés et je repris leur poste aux deux fois. S'ils nous avaient pris, nous aurions été coupés, car c'est nous qui avons fait leur mal. Nous leur avons tiré plus de cent coups de canon à mitraille à moins de cent pas ; et si la cavalerie nous eût secondés, quoique bien inférieurs en nombre, nous aurions remporté une victoire complète. Ils m'ont arraché une de mes épaulettes, qui a coûté cher à celui qui me l'a ôtée, car d'un coup de sabre je lui ai fendu la tête en deux. Nous avons tué cinq à six de leurs chefs, quoique nous retirant en désordre. Le bataillon d'Orléans était à la tête. Je ne te dirai pas le monde que nous avons perdu, car il n'y a que la déroute qui est l'auteur de notre mal. Je n'ai point reçu de tes lettres, je suis bien persuadé que ce n'est point de ta faute. Console-toi, ma chère et tendre amie, et moi je vais combattre pour me consoler et tâcher de ravoir mon butin. Fais bien des compliments à mon oncle et à ma tante, ainsi qu'à tous nos amis, à qui je souhaite une bonne santé. Je me porte bien, Dieu merci. Je souhaite de tout mon coeur que tu sois de même. Le canon m'a rendu un peu sourd, mais ce ne sera rien ; il vaudrait mieux être sourd qu'aveugle. Je finis avec toutes les tendresses possibles.
Ton fidèle époux."


Le 18 juin 1793, LOUIS LAROUSSE mande, de Niort, à son père, qui demeurait à Orléans :


"J'ai reçu votre lettre en date du 15 juin, ce qui m'a fait un sensible plaisir d'apprendre de vos nouvelles, ainsi que de mon oncle Gagneux et autres. Nous sommes toujours à Niort bien tranquilles, et nous attendons de jour en jour des nouvelles pour en sortir. Au sujet des nouvelles de la Vendée, je ne vous en marque pas, parce vous les savez mieux que nous. Sitôt la présente reçue, je vous prie de me marquer des nouvelles de ceux qui sont tondus (par les Vendéens) s'il faut qu'ils repartent absolument. Je vais vous dire comment les choses se sont passées à l'assaut que nous avons eu à Fontenay. - Nous sommes arrivés en cette ville le 24 mai, qui était un vendredi. Le samedi, 25 mai, à midi, la générale a battu. Nous sommes partis pour faire face à l'ennemi. C'est notre bataillon qui a commencé le feu. Nous nous sommes battus pendant une heure et demie. Nous ne pouvions pas résister, parce que l'ennemi était aux environs de vingt-cinq mille hommes, tandis que nous étions environ six mille. L'ennemi nous a repoussés plus de trois lieues, j'ai perdu mon sac et tous les effets qui étaient dedans ; je n'ai sauvé que ce que j'avais sur moi. A Niort, on nous donne quelques chemises pour nous changer ; j'en avais bien besoin. - Rien autre chose de nouveau. Je suis toujours en bonne santé. Bien des compliments de ma part à toute la famille. Vous ferez bien des compliments aux citoyens Lemesle de la part du citoyen Gallinand, capitaine dans la 6e compagnie. - Adieu, je vais me promener avec ma maîtresse. Portez-vous bien."


Le 10 septembre 1793, AIGNAN DELARUE, sergent au 7e bataillon, formation d'Orléans, écrit, de La Rochelle, à son frère, commis, rue Baunier, à Orléans :


"Je ne puis vous écrire ces mots sans verser des larmes sur la trahison que nous n'avons malheureusement que trop éprouvée le 5 septembre à six heures du soir, entre Chantonnay et Saint-Vincent. L'ennemi nous a surpris de toutes parts sans que personne ne nous ait prévenu. Aussitôt que nous avons entendu tirer ses avant-postes, on a fait battre la générale. Nous sommes partis sur le champ, mais il n'était plus temps. L'ennemi nous chargeait de toutes parts. A peine les canonniers ont-ils eu le temps de mettre leurs chevaux à leurs pièces. Quel terrible spectacle pour de braves républicains de se voir cernés de toutes parts, sans pouvoir battre en retraite que dans le pays de ces brigands, sans pouvoir sauver aucun équipage ! L'armée a tout perdu, caisse, voitures, tentes, bidons, marmites, enfin tout le nécessaire qu'il faut dans une armée. Toute l'armée est en déroute. Nous ne pouvons savoir combien il nous manque de monde. Chacun s'est sauvé par où il a pu. Pour moi, je me suis trouvé dans la déroute tout seul ; mais, grâce à Dieu, je n'ai pas perdu la tête. Après avoir perdu mon butin, il me restait un assignat de dix livres. Après avoir marché toute la nuit sans savoir où j'allais, j'ai trouvé un brigand. Déterminé à la mort, je me suis approché de lui, un pistolet d'une main et mon sabre de l'autre : Il faut que tu me vendes tes habits. Il me dit qu'il le voulait bien. Aussitôt il se déshabilla, et j'ai mis ses vêtements sur moi. J'ai fais un petit paquet de mes habits et de mon casque dans un vieux morceau de toile. Je lui dis : Tiens ! voilà dix livres que je te donne, et mets-moi dans le chemin de la Roche, où est le camp des Sables. Il me dit : Mon ami, le voilà, et que Dieu vous conserve ! J'ai trouvé mon chemin sans parler à personne. Avant d'arriver à La Roche, j'ai remis mes habits. Voilà comment je me suis sauvé des mains des brigands. Jamais Dieu n'abandonne les braves guerriers. Quatre chevaux m'ont passé sur le corps et je crache le sang. J'ai pris un billet d'hôpital, où je suis maintenant. Voilà le moment de m'envoyer des secours ; j'ai tout perdu, et je n'ai pas un sou. Je suis dans la dernière des misères."


Le 29 janvier 1794, GUÉRIN, canonnier au 8e régiment d'artillerie, en détachement aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire), écrivait, de cette ville, à la veuve Guérin, sa mère, rue du Colombier, à Orléans :


"Je prends la liberté de vous écrire pour m'informer de l'état de votre santé. A l'égard de la mienne, elle est assez bonne, Dieu merci. Je vous prie de m'excuser si j'ai été si longtemps à vous écrire, mais la guerre de la Vendée en est le sujet. Depuis dix mois, nous sommes presque toujours en marche après les brigands. Jamais je n'ai été un mois stable dans aucun endroit. C'est pourquoi, j'ai différé si longtemps. Avant le commencement de cette guerre, j'espérais toujours obtenir un congé de semestre pour aller vous voir, mais je n'ai pu venir à bout de mes désirs. Mais aujourd'hui voici les brigands presque détruits, je me vois aux Ponts-de-Cé pour y passer mon quartier d'hiver, sans pouvoir néanmoins obtenir la permission d'aller vous voir. C'est ce qui me chagrine le plus, mais que faire ? Il faut obéir, un soldat n'est pas son maître. - Je me suis trouvé à l'attaque d'Angers (3 et 4 décembre 1793) ; nous nous y sommes battus contre les brigands pendant trente-deux heures ; nous en avons tué considérablement, et nous les avons forcés à se retirer d'une telle sorte qu'ils ont perdu autant de monde qu'à l'attaque. Il y en avait qui n'avaient pas mangé depuis trois jours et n'attendaient que la prise d'Angers pour se restaurer ; mais ils ont mangé la poussière. Ils croyaient tellement y entrer, que les vieillards qui ne pouvaient presque pas marcher, ont suivi l'armée. Vous pouvez vous imaginer que ces derniers n'ont pas échappé à nos coups. On estimait l'armée à plus de cent mille hommes, mais depuis ce temps ils sont bien diminués. On en guillotine tous les jours à Angers cinq à six depuis l'attaque, et ce ne sont que des chefs, car pour les simples brigands on les fusille ; et en voici, tant pour la part d'Angers et des Ponts-de-Cé, au moins douze mille ; on dit quinze mille à Nantes et autant à Saumur. Ainsi, en y allant de ce train, on espère qu'avant un mois il n'en restera plus que le souvenir, et c'est facile à croire, car il y a environ soixante mille hommes qui marchent sur quinze colonnes pour purger le reste et brûler leurs tavernes, qui ne pourraient servir qu'à faire des refuges à voleur, car il y en aura toujours quelques-uns qui échapperont, mais ils seront obligés de crever de faim. Nous avons beaucoup de canonniers de tués de notre régiment, mais, Dieu merci, je n'ai rien attrapé. Nous avons eu beaucoup de misère, nous avons été trois mois couchés à la belle étoile et nous sommes encore maintenant couchés sur la paille. Cependant on nous fait espérer qu'avant quinze jours on nous logera chez le bourgeois. J'espère bien après ce temps, car voici près de cinq mois que je n'ai pas couché trois jours de suite dans un lit. Aussi je suis bien défait par la misère. La paye n'est pas assez forte. Dans ce pays, on paie tout hors de prix. A peine on peut avoir des légumes pour mettre dans le veau. C'est pourquoi, ma chère maman, s'il était possible que vous puissiez m'envoyer quelqu'argent, vous me rendriez grand service. Vous voyez que c'est la grande nécessité qui seule me force à vous faire cette demande, car depuis que je suis soldat je ne vous ai pas beaucoup importunée pour ce sujet. - Je finis en vous embrassant de tout mon coeur et vous prie de m'envoyer de vos nouvelles, le plus tôt possible et me recommande à vos bontés. Je vous prie de faire bien mes compliments à mes deux frères, à qui je souhaite une bonne santé, ainsi qu'à tous les voisins. - Vive la République et les bons républicains ! - Votre très humble et très obéissant serviteur."


Le 10 mars 1794, JEAN DAGNIAUD, de la compagnie franche de Saint-Jean-d'Angély, dite de Clerjeaud, en détachement à Luçon, écrit, de cette ville, à sa mère, domiciliée à Angély-Boutonne (Charente-Inférieure) :


"Je vous écris celle-ci pour vous donner de mes nouvelles. Grâce à l'Être suprême, je me porte bien. Je n'ai pu vous écrire plus tôt, parce que nous avons toujours été dans le Bocage. J'ai été au feu deux fois, à Saint-Fulgent et aux Quatre-Chemins. Dieu merci, je n'ai point eu de mal, mais j'ai eu le malheur de perdre mon sac, pour mieux dire tout mon butin. Je suis presque nu, vu que nous sommes ici en détachement en attendant notre capitaine, qui est à 3 lieues des Sables. Je vous prie de faire mes compliments à tous mes parents et amis. - Le 2 mars, on a mis le feu dans Chantonnay. Le peu de patriotes qu'il y avait se sont réfugiés à Luçon. On ne veut pas les laisser de vingt lieues à la ronde de ce coquin de pays de brigandage (arrêté du 20 février 1794). - Je finis en vous embrassant de tout coeur."


Le 11 avril 1794, FRANÇOIS BEAUCHESNE écrit, de Noyers (Martigné-Briand, département de Maine-et-Loire), à son père, sabotier, au bas de l'Académie, à la Basse-Chaîne, à Angers :


"Depuis que je suis au détachement, je n'ai eu que du contentement. J'ai été deux jours à Doué et ensuite à Thouarcé. J'étais chez un citoyen d'Angers, qui s'appelle Boileau, où j'avais tout ce que je voulais. Les brigands ont passé le Layon en un village qu'on appelle Mâchelles. Toute la troupe s'est mise en marche pour leur faire repasser la rivière ; et eux avaient déjà repassé. Ils sont venus attaquer à Thouarcé la garde que nous y avions laissée. Au village des Noyers, les brigands ont pris quatre particuliers de l'endroit ; ils les ont menés sur le pont ; ils les ont fusillés tous quatre et les ont jetés dans l'eau. On a fait partir notre détachement pour les Noyers, village qui est de ce côté-ci du Layon. De l'autre côté est Mâchelles. Il n'y a que la rivière entre les deux et nous. Nous gardons le pont et nous sommes dans le château du citoyen La Besnardière. Dans ce village nous sommes on ne peut plus heureux. Tous les habitants nous chérissent comme leurs enfants, et ils sont bien charmés d'avoir notre détachement pour les garder. Nous ne leur faisons pas de tort du tout. Aussi nous ne manquons de rien. Je ne suis pas mal couché. Nous ne buvons que de bon vin, point d'eau ; du beurre, des oeufs, enfin de tout en abondance. Je vous embrasse de tout mon coeur."


Nouvelle lettre du même, le 25 mai 1794 :


"Vous me marquez que les brigands sont venus cinq mille à Nueil, proche Doué. Cela est très faux, car il n'y a que quelques brigands égaillés de côté et d'autre dans les fermes de ce côté-là. Quand nous faisons des sorties le jour, nous n'en voyons pas un ; mais nous les prenons la nuit tout endormis. Il y a aujourd'hui huit jours, nous avons été à Gonnord ; nous en avons tué cinq et amené onze, tant femmes qu'enfants, et nous amenons leurs boeufs, leurs vaches et leurs moutons. Bien mes compliments à mon parrain et à ma marraine."


A la fin de juillet ou au début d'août 1794, DUPAIN, du 14e régiment de chasseurs à cheval, en détachement à Thouars (Deux-Sèvres), écrit à sa mère domiciliée à Saint-Jean-d'Angély :


"Le lendemain de ma dernière lettre, nous sommes partis pour aller moissonner. Nous partîmes environ cent hommes tant cavalerie qu'infanterie, avec un bataillon de moissonneurs. On nous plaça au-delà du village pour protéger ceux qui moissonnaient par derrière. Mais au moment où nous y pensions le moins, les brigands nous surprirent et nous forcèrent de battre en retraite. Je fus surpris seul et je manquai d'être pris, mais heureusement je me suis sauvé. Il n'y avait que moi et Delastre, de Saint-Jean-d'Angély. Il manqua d'être pris aussi, parce que son cheval s'abattit sous lui. Le lendemain nous y retournâmes en force, mais nous ne les trouvâmes point. Nous leur reprîmes les boeufs et les voitures qu'ils nous avaient pris la veille, et en tuâmes environ 20 qui étaient à moissonner. Le surlendemain, nous y retournâmes pour attaquer. Nous y allâmes 200 hommes de cavalerie et 1500 d'infanterie. Nous les surprîmes à notre tour dans leur retraite, où nous leur donnâmes la déroute : nous en avons tué 300. Pendant que nous les amusions par devant, une autre colonne les prit par derrière et en fit une boucherie. Nous ne perdîmes pas un seul homme, ni tué ni blessé. Nous leur prîmes environ 300 paires de boeufs et 3000 moutons ; j'en eus 3, que je vendis. Je vous jure qu'il y avait de quoi monter un troupeau."


F. UZUREAU
Annales historiques de la révolution française - Tome douzième - Juillet-Décembre 1917

Posté par Shenandoah Davis à 17:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


ANGERS (49) - RÉCEPTION D'UNE PIERRE DE LA BASTILLE A ANGERS

RÉCEPTION D'UNE PIERRE DE LA BASTILLE A ANGERS

PALLOY 4 z


Le 2 novembre 1790, le sieur Palloy, entrepreneur de la démolition de la Bastille, grenadier-volontaire de la 1ère division de la garde nationale parisienne, écrivait aux administrateurs du département de Maine-et-Loire :

"Messieurs,

Aussitôt que la nation sentit que la tyrannie, exercée sous le nom du meilleur des rois, la forçait à prendre les armes pour assurer les intérêts du trône et les siens propres, que la cupidité des traîtres cherchait à ébranler, ce fut pour moi le signal d'offrir mes services à la patrie, d'après la conduite régulière et courageuse de MM. les électeurs qui tenaient la séance à l'Hôtel de Ville. Éveillé par la crainte des menées sourdes des personnes qui par leurs places étaient à portée de nous perdre, j'ai personnellement à la tête d'un grand nombre de mes ouvriers marché sur les traces de ces électeurs : je me suis porté à la Bastille, le jour même qu'on se proposait de l'emporter et qui en effet fut forcée de se rendre au patriotisme des braves citoyens et des gardes françaises, le 14 juillet 1789.

Il ne m'a pas suffi d'avoir aidé à renverser les murs de cette forteresse ; il fallait perpétuer l'horreur de son souvenir.

D'une Bastille, j'en ai fait 83, dont j'ai fait hommage à chacun des départements, afin que ses ruines s'étendent, pour ainsi dire, sur toute la France, et rappellent à jamais aux citoyens vertueux l'atrocité de nos despotes.

Des pierres mêmes de ces cachots affreux, j'ai reconstruit l'image de ce tombeau des vivants ; et les dalles sur lesquelles ont péri tant de victimes, je les consacre à porter l'empreinte du roi, l'auguste soutien de notre Constitution.

Il en sera porté au delà des mers jusque dans nos colonies.

On se propose d'élever avec ces mêmes pierres une pyramide à la mémoire de nos frères d'armes, morts au département de la Meurthe.

Daignez, Messieurs, agréer, outre le modèle de Bastille, le nouvel hommage des objets détaillés ci-dessous :

1° Un plateau fait des mêmes débris, sur lequel le modèle sera posé.

2° Une dalle provenant des cachots, portant l'empreinte du roi.

3° Un plan de cette forteresse et ses accessoires.

4° Une description exacte de la Bastille avec des certificats y annexés.

5° Un tableau représentant le tombeau sous lequel reposent les victimes trouvées mortes dans les cachots, et les procès-verbaux qui y sont relatifs.

6° Le tableau d'un projet de pyramide pour être placé à Nancy.

7° Les hommages rendus à l'Assemblée Nationale, son bouquet donné le 14 juillet.

8° Le bouquet du roi pour le jour de sa fête.

9° Trois volumes de procès-verbaux de nos électeurs faits pendant ces jours désastreux, présentés par eux à l'Assemblée Nationale et au roi.

10° Un tableau représentant le roi couronné, MM. Bailly et de la Fayette nommés par acclamation du peuple, et moi-même plaçant le portrait de M. Bailly encourageant le peuple à considérer les colonnes de la liberté et les ruines de la Bastille, qu'on aperçoit dans le lointain.

11° L'Histoire de la Bastille par le digne M. Duffault.

12° La vie de l'infortuné M. de la Tude.

Lesquels objets formeront trois caisses peintes en bleu, qui vous seront déposées au premier jour. Lesdites caisses seront plombées pour éviter toutes visites et ouvertures quelconques, et conduite par les voitures de MM. Hemery et Le Fèvre, qui vous les rendront franches de port. Je vous prie de mettre au dos de la lettre de voiture qui vous sera présentée, le reçu en forme. J'aurais été doublement flatté de vous aller voir et de vous faire moi-même cette offrande, mais ce bien sensible plaisir pour moi n'est que différé. Recevez, je vous prie, mes voeux, que la personne qui me représentera, se chargera de vous faire agréer, et qui arrivera près de vous le 27 novembre, pour faire l'ouverture des caisses.

J'ose croire, Messieurs, que ce nouvel hommage ne sera pas moins accueilli que celui du modèle de Bastille ; l'un nous représente l'anéantissement d'un monument que le despotisme avait consacré à la tyrannie, l'autre peut servir avec les leçons que les jeunes citoyens puiseront dans vos vertus, dans votre patriotisme, à leur rappeler le souvenir des Bastilles que nous avons renversées, et à les maintenir dans le respect dû à notre Constitution.

En saisissant cette occasion, Messieurs, de vous exprimer mon attachement inviolable, je vous supplie de bien vouloir être l'organe de mes sentiments envers MM. nos frères d'armes composant les districts et cantons de votre département, de qui j'ai reçu les marques les plus sincères de leur haute estime et de leur amitié fraternelle lors de la Fédération, les assurer que mon extrême sensibilité et ma reconnaissance égaleront les sentiments respectueux qu'ils m'ont tous inspirés, et leur faire mes excuses si je ne leur fais pas l'envoi de quelques vestiges. Je m'en acquitte en vous les adressant, comme étant le principal corps des dépôts du département. Cependant j'annonce à mes frères d'armes qui composent chaque district, que je leur fais l'envoi d'une pierre des cachots, dans laquelle sera encadré le plan de la Bastille et qu'ils recevront incessamment, pour être déposée dans la salle de conseil, afin que les municipalités des cantons aient la jouissance de voir l'image de notre liberté. Je vous préviens, Messieurs, que je leur ai mandé de se rendre à votre assemblée pour assister à la réception, s'il leur est possible, et prendre communication des objets dont j'ai l'honneur de vous faire hommage. Cette marque d'intimité de votre part les flattera infiniment ; ils la regarderont comme une récompense de leur patriotisme.

Vos lumières, votre justice, vos travaux patriotiques vous ont mérité, Messieurs, les places qu'on ne pouvait plus justement vous offrir, et font mieux vos éloges que tout ce que je pourrais vous dire. Je me borne à vous supplier de trouver ici l'assurance de l'admiration et du respect avec lesquels,
J'ai l'honneur d'être, etc."


Les caisses arrivèrent à Angers le 11 novembre, et la cérémonie de la réception du modèle de la Bastille eut lieu le 27 du même mois, dans la salle électorale (ancienne église abbatiale de Saint-Aubin).


Voici le procès-verbal de la fête, rédigé par le conseil général du département de Maine-et-Loire :

"Le Conseil d'administration, assemblé extraordinairement en la salle destinée à ses séances, présidé par M. Blondé, président, et où assistaient MM. les administrateurs, en présence de M. le procureur général syndic, s'est rendu en la salle électorale du département, lieu indiqué aux compagnies invitées, pour être présents à l'ouverture des caisses contenant le modèle de la Bastille et différentes pièces patriotiques, que le sieur Palloy, architecte à Paris, et entrepreneur de la démolition de la Bastille, avait annoncées par sa lettre du 2 de ce mois, et qui sont arrivées le 11 suivant.

MM. les commissaires nommés à la levée de la séance d'hier matin, ont reçu et fait placer MM. les administrateurs du district, MM. les officiers de la municipalité, MM. les juges du tribunal de district, et MM. de la garde nationale, ayant à leur tête la musique militaire.

Lorsque ces différentes compagnies ont eu pris séance, à la droite et à la gauche du Conseil général du département, il a été donné des ordres de laisser les portes libres, et alors un grand nombre de citoyens sont entrés et se sont placés sur les gradins des extrémités de la salle.

M. le président et M. le procureur général syndic ont successivement pris la parole.

Ces deux discours ont eu les plus grands applaudissements, et pendant que la musique militaire se faisait entendre, il a été procédé à l'ouverture des trois caisses, en présence des compagnies et de tous les spectateurs.
Dans la première, peinte en bleu, s'est trouvé le modèle de la Bastille, sain et entier, qui a été déposé sur une table, à la vue de toute l'assemblée.

Dans la seconde, se sont trouvés le plateau en bois peint destiné à déposer le modèle de la Bastille, et une dalle de pierre tirée des cachots, sur laquelle est gravée l'empreinte du roi et quelques inscriptions.

Dans la troisième, étaient enfermés : 1° un plan de la forteresse de la Bastille et ses accessoires, un boulet, une cuirasse et une calotte de fer ; 2° une description exacte de la Bastille, avec des certificats y annexés ; 3° un tableau représentant le tombeau sous lequel reposent les victimes trouvées mortes dans les cachots, et les procès-verbaux qui y sont relatifs ; 4° le tableau d'un projet de pyramide pour être placé à Nancy ; 5° les hommages rendus à l'Assemblée Nationale et son bouquet donné le 14 juillet ; 6° le bouquet du roi pour le jour de sa fête ; 7° trois volumes des procès-verbaux des électeurs de Paris, faits pendant les jours désastreux et présentés par eux à l'Assemblée Nationale et au roi ; 8° un tableau représentant le roi couronné ; 9° l'Histoire de la Bastille par M. Dussault, avec la Vie de M. de la Tude.

Toutes ces pièces ayant été successivement exposées à la vue des citoyens, tous, par des acclamations réitérées, soutenues par des fanfares, ont témoigné la plus grande satisfaction.

M. le maire et plusieurs citoyens ont fait différentes pétitions et observations relatives aux circonstances et tendantes à ordonner une fête patriotique, pour manifester leur joie sur cet agréable évènement.

M. le président, en répondant à toutes les pétitions, a assuré que le département prendrait en la plus grande considération tout ce qui pourrait tendre à l'avantage et à la satisfaction des citoyens de la ville et de tous les administrés de ce département.

M. le président a levé la séance de la salle électorale, et après que le concours des citoyens a eu joui du spectacle et de l'examen des objets qu'on venait d'exposer à sa vue, ils ont été transportés dans la salle du département, pour y être déposés avec la bannière."

 

Angers z

 

Il nous reste à donner les discours prononcés en cette circonstance et annoncés par le procès-verbal.

Voici comment s'exprima M. Blondé, président du département :

"Messieurs,

Il est sans cesse présent à votre esprit ce jour à jamais mémorable, où se préparaient les grands évènements qui font la destinée des nations, où l'on voyait encore au matin cette redoutable forteresse, affreux séjour des malheureuses victimes dont les gémissements retentissent encore dans le fond de nos coeurs ... ce jour dont le midi fut si glorieux, par la conquête de cet invincible boulevard, monument de vengeance et de cruauté ... ce jour enfin dont le soir fut si beau, où l'on vit paraître la liberté s'approcher du trône, d'une main le soutenir, étendre l'autre sur l'empire français. Fixons-la, Messieurs, cette précieuse liberté, par une entière soumission, l'obéissance la plus absolue aux lois, et le plus profond respect à toutes les autorités légitimes ; croyons que la plus légère licence est un outrage qui la fait fuir.

Pour fixer les regards des siècles à venir sur cette heureuse époque de notre bonheur, M. Palloy, chargé de faire disparaître cet antique édifice, a tiré de ces tristes décombres diverses pièces sur lesquelles ont été imprimés le portrait du roi et le sceau de la patrie, qui rendent si précieux le don et l'hommage qu'on en fait au département.

Ce sont des motifs si chers à des coeurs patriotiques qui nous ont portés à donner à cette cérémonie l'éclat et la dignité que mérite un si grand objet.

Nous vous avons invités à cette auguste assemblée, généreux citoyens, placés dans les différents corps administratifs par la confiance à laquelle vous répondez si dignement, par le plus entier dévouement à la chose publique, en vous oubliant vous-mêmes.

Et vous, arbitres de nos fortunes, que votre présence nous est chère ! Qu'on aime à voir ceux sur lesquels reposent avec une sécurité fondée sur le plus heureux choix, l'ordre, la conservation des propriétés et la sûreté de nos personnes ! ... Braves citoyens guerriers, vous donnez un grand éclat à cette fête, en y répandant les rayons de la gloire dont vous vous êtes couverts dans la belle et courageuse défense de vos foyers. Vous aussi, citoyens de tous les états, chers à la patrie, que son amour pour elle a conduits parmi nous, réunissez vos voix aux nôtres pour célébrer le patriotisme des Français, l'amour et la fidélité pour leur roi."

Le procureur général syndic, Pierre-Marie Delaunay, prononça le discours suivant :

"Messieurs,

Il n'existe donc plus ce monument des fureurs du despotisme, cet antre odieux où la puissance des grands précipitait les victimes malheureuses de la haine et de l'intrigue.

Le génie tutélaire des Français a dit : "Que ce repaire affreux des vengeances humaines ne soit plus ! et la Bastille s'est écroulée.

Des citoyens patriotes se sont avancés au travers de mille morts. Bientôt le talisman fatal qui tenait la liberté des Français enchaînée, est tombé sous les coups des Vainqueurs de la Bastille.

Cette orgueilleuse forteresse n'est plus qu'un monceau de ruines. Son nom serait déjà ignoré, si le 14 juillet n'était un jour mémorable pour nous et consacré à jamais dans les fastes de notre histoire. Un Français vertueux a cru que les bannières de la liberté devaient planer sur ses décombres. Des artistes ont saisi son idée avec la rapidité de l'éclair. Quatre-vingt-trois Bastilles retracent aujourd'hui le souvenir de celle qui était l'ouvrage des ministres despotes.

Vous avez devant vous, Messieurs, le modèle du tombeau des bons citoyens persécutés. Qu'il vous rappelle sans cesse ce qu'était l'homme sous l'ancien régime et ce que vous devez aux mânes de vos frères qui se sont sacrifiés pour vous rendre libres.

Fixez vos regards sur ces dalles, seuls témoins des plaintes de l'innocence opprimée et des gémissements du désespoir. Elles seraient à vos yeux des objets d'horreur, si elles n'étaient purifiées par l'empreinte d'un monarque, votre père et votre ami.

Que votre réunion dans cet auguste sanctuaire, consacré à l'élection de vos administrateurs et de vos juges, annonce aux mauvais citoyens quelle est notre force. Montrez-leur ces monuments de la Bastille, destinés à graver le civisme dans tous les coeurs. Ils pâliront à leur aspect et ils frémiront de leur rage impuissante.

Vos bras sont armés, citoyens soldats, pour la défense de la Constitution. Vos frères ont péri sous les murs de Nancy pour la maintenir. Jurez sur ces monuments de périr à votre tour, plutôt que d'y laisser porter la moindre atteinte.

Dépositaires de votre Bannière, nous le serons de ces gages sacrés du patriotisme, et pour cet effet, je requiers qu'ils soient déposés au département."

Telle fut la dernière fête patriotique de l'année 1790 en Maine-et-Loire. Aussi bien ce même jour, 27 novembre 1790, l'Assemblée Nationale votait le fameux décret obligeant tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics à jurer la constitution civile du clergé. A partir du jour où le roi sanctionna ce décret (26 décembre 1790), l'union cessa d'exister dans les esprits comme dans les coeurs.


F. UZUREAU
Annales historiques de la révolution française - Tome treizième - Janvier-Décembre 1918

Posté par Shenandoah Davis à 17:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

15 février 2018

AIZENAY - LES SABLES-D'OLONNE (85) - JEAN ARNAUD, PARLEMENTAIRE POUR LE GÉNÉRAL JOLY

AIZENAY - JEAN ARNAUD

combattant vendéen z


Parmi les principaux instigateurs de l'insurrection locale, les documents officiels de l'époque signalent François Arnaud, taillandier au bourg. Il était accompagné de son fils Jean, ouvrier taillandier comme lui.

JEAN ARNAUD n'avait que dix-huit ans, mais il était brave, entreprenant, dégourdi. Il fut tout de suite remarqué par Joly, sous les ordres duquel s'étaient rangés les insurgés d'Aizenay. Comme il savait monter à cheval, il fit naturellement partie du noyau de cavaliers qui servaient d'estafettes au général.

La tradition rapporte que les deux Arnaud, père et fils, faisaient également l'admiration de l'armée : l'un, par sa force musculaire ; l'autre, par son adresse et son agilité. C'est ainsi que dans la matinée du 24 mars, dimanche des Rameaux, alors que les bandes de Joly, concentrées à la Mothe-Achard, se disposaient à marcher contre la ville des Sables, l'ordre ayant été donné de charger du vin sur une charrette, Arnaud père fit le chargement à lui tout seul, en enlevant les barriques à bout de bras. Quant au fils, ce même jour, pour manifester sa joie à l'idée d'aller frotter les Patauds, il donna à l'état-major, réuni sur la place, une représentation d'exercices acrobatiques qui eurent le plus grand succès. Il commença par faire le "chêne fourchu" sur le dos de son cheval ; puis, sautant à terre et plaçant les deux mains sur la croupe, il s'élança d'un bond et, les jambes écartées par dessus l'animal sans même lui toucher les oreilles, alla pirouetter en avant juste aux pieds du général émerveillé ...

Ce devait être, hélas ! le dernier tour d'agilité du jeune volontaire ...

JOLY général z

Désigné par Joly pour aller porter une sommation aux autorités des Sables, Jean Arnaud, précédant l'armée en marche, arriva devant la ville sur les trois heures de l'après-midi. Il y trouva une partie de la garnison rangée en bataille, s'annonça comme parlementaire et fut conduit auprès du conventionnel Gaudin, auquel il remit la sommation dont il était porteur. Au mépris de tous les droits de la guerre, l'envoyé de Joly fut arrêté et traîné devant le conseil du district, qui, après avoir pris connaissance de la sommation et interrogé le jeune Vendéen, formula sa décision dans un procès-verbal dont voici un extrait :

"Le Conseil, après avoir pris lecture de cette pièce et avoir fait subir un interrogatoire sur cahier séparé audit parlementaire,
Les procureurs syndics entendus,
A arrêté et arrête que ledit parlementaire sera traduit à la maison de détention, avec les fers aux pieds, pour être livré aux mains de la justice ..."


Du fond de sa prison, l'infortuné jeune homme, si joyeux et si alerte quelques heures auparavant, put entendre, la rage dans le coeur, le bruit de la bataille qui s'engagea aussitôt et qui, grâce à l'artillerie des assiégés, se termina par la retraite des assiégeants.

Jean Arnaud, toujours "les fers aux pieds", dut attendre plusieurs jours avant d'être livré "aux mains de la justice". A cette époque, la barbarie républicaine n'était pas tout-à-fait déchaînée : ce n'est que plus tard qu'on devait avoir recours aux exécutions sommaires, bientôt suivies des fusillades et des noyades en masse. Pour le moment, on semblait encore tenir aux formes. Or, les formes exigeaient l'intervention d'une Commission militaire, qui ne put être constituée, aux Sables, qu'à la date du 1er avril.

D'un autre côté, les autorités sablaises avaient à coeur de dramatiser le plus possible les premières exécutions : une seule victime ne leur suffisait pas comme lever de rideau, et elles attendaient que leurs racoleurs eussent rabattu assez de gibier pour donner au public le spectacle d'un hallali corsé.

Instituée le 1er avril, la Commission militaire entra le jour même en fonction et sans discontinuer, du 1er au 5, il y eut une fournée quotidienne de victimes. JEAN ARNAUD fit partie de la fournée du 5, en compagnie de trois autres prisonniers : Louis Robin, 25 ans, tisserand, de Nieul-le-Dolent ; Jean Mollé, 27 ans, farinier, de Legé ; Jacques Chanson, 25 ans, tourneur, de la même paroisse.

Aux termes du décret du 19 mars, toute condamnation à mort, prononcée par une Commission militaire, devait être exécutée dans les vingt-quatre heures ; mais le même décret portait que la victime devait être livrée "à l'exécuteur des jugements criminels", c'est-à-dire guillotinée. Or, comme la ville des Sables, lorsque la Commission entra en fonction, n'avait point encore de guillotine, et que celle réquisitionnée à Fontenay arriva seulement le 4 avril, les premiers condamnés avaient eu quelque répit : de sorte que le 5, après la condamnation de Jean Arnaud et de ses trois compagnons, il y avait douze victimes qui attendaient le bon plaisir du bourreau, la machine n'ayant été montée que dans la soirée de ce même jour.

Désormais, les prescriptions de la loi pouvaient être observées sans délai : le lendemain, 6, les douze condamnés attachés deux à deux, furent traînés sur la dune et successivement guillotinés, face à la mer, après avoir été donnés en spectacle à la population.

Ainsi mourut, à dix-huit ans, le brave petit gâs d'Aizenay qui avait servi de courrier à Joly, et que ni son caractère de parlementaire, ni son jeune âge, n'avaient pu sauver des "mains de la justice" (?) républicaine ! ...


"Après l'exécution, pendant une heure, les cadavres sanglants gisaient exposés aux regards de la foule ..." (Docteur Petiteau - Chroniques sablaises)

La Vendée historique - janvier 1909 - n° 1 - Nouvelle série

Fleur-De-Lis on Samsung Experience 9.0

 

Fils de Louis (et non pas François) Arnaud, maréchal taillandier et de Françoise Rafin, Jean est né à Aizenay, le 4 novembre 1772.

Arnaud Jean 1792 z

En réalité, Jean Arnaud fut mis à mort le 6 avril 1793 et il n'avait pas seulement 3 compagnons d'infortune, mais 11 ! Il était âgé de 20 ans.

- René Favreau, sellier, 29 ans, natif de Fontenay demeurant à Talmont ;
- André Thomazeau, fermier, 31 ans, natif de Longeville et y demeurant ;
- Pierre Thozeau, 23 ans, laboureur, natif de la Génétouze et y demeurant ;
- François Quaireau, 44 ans, natif de St-Georges-de-Pointindoux ;
- André Chevrier dit Poiteauzeau, de St-Hilaire-de-Rié et y demeurant, marchand volailler ;
- Pierre Jeaunet, natif de Rié et y demeurant, 23 ans ;
- Pierre Daniel, natif de St-Jean-de-Monts et y demeurant, 23 ans ;
- Jean Tarreau, âgé de 28 ans, tisserand, demeurant à St-Jean-de-Monts.

 

arnaud et autres z

 

AD85 - Registres paroissiaux d'Aizenay - Registres d'état-civil des Sables-d'Olonne

 

Posté par Shenandoah Davis à 11:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

13 février 2018

BRAZZAVILLE (CONGO) - 1903-1905 - FERNAND-LÉOPOLD GAUD ET GEORGES TOQUÉ, LES BOURREAUX DES NOIRS

MOEURS RÉPUBLICAINES


Le 14 juillet 1903, dans une résidence voisine de Brazzaville, plusieurs fonctionnaires républicains étaient réunis pour célébrer la Fête nationale.

Comme ce jour-là nous rappelle les assassinats commis lors de la prise de la Bastille, les bons républicains estimèrent que le meilleur moyen de fêter le 14 juillet était d'assassiner, comme les grands ancêtres de 89.

Après un bon repas, on s'empara d'un jeune nègre afin d'expérimenter sur lui l'effet de la dynamite. Le jeune homme fut emporté dans une cour intérieur et ficelé en un tour de main. On lui fixa "en guise de canule" une cartouche de dynamite et on alluma la mèche. Le nègre hurla. Une détonation retentit. Les débris sanglants du malheureux, ses membres, ses intestins furent projetés de tous côtés.

Il paraît que c'est ça la fraternité républicaine.

Le même jour, un nommé Gaud (surnommé Niama Gounda, bête féroce), administrateur colonial et excellent républicain, fait extraire de la prison et amené devant lui un malheureux nègre.

- Tu es libre, dit-il, échappe-toi.

Le nègre s'enfuyait immédiatement de toute la vitesse de ses jambes. Il n'avait pas fait vingt pas que, par un inconcevable raffinement de cruauté, Gaud l'abattait d'une balle, que saluaient les rires enthousiastes de ses amis : Toqué, Roche, etc.

Ce M. Gaud, s'amuse là-bas à faire bouillir des crânes humains, et son grand plaisir est de faire avaler ce bouillon par les amis et parents de celui dont le crâne est dans la marmite.

Un jour qu'il se livrait à la préparation de son pot-au-feu, il avisa un boy et lui offrit un bol de bouillon. Écoeuré, le petit nègre s'enfuyait à toutes jambes. Gaud le rattrapait et, après l'avoir terrassé, le maintenait les mains ligotées, en appuyant les deux genoux sur sa poitrine ; puis, à l'aide d'une cuillère, lui versait dans la bouche le breuvage nauséabond. Le boy fut à ce point impressionné qu'il en mourut quelques jours après.

Ce n'est pas tout :

Le sieur Toqué, voulant éprouver si une seule balle de son fusil perfectionné peut transpercer à la fois quatre poitrine, fait placer quatre nègres en file indienne, et tire. Les quatre malheureux tombent morts.

Une autre fois, il veut se rendre compte s'il sait convenablement manier le sabre. Il se fait amener des nègres et frappe, tranche des têtes jusqu'à ce que, de fatigue, son bras retombe.

Toqué, étant un jour d'humeur galante, sollicita les faveur de la femme d'un tirailleur sénégalais. Cette dernière, voulant rester fidèle à son tirailleur, repoussa la demande de Toqué. Pour la punir, l'administrateur républicain la fit cuire à petit feu dans un four.

Au reste, les fonctionnaires républicains qui opèrent dans nos colonies continuent les traditions du Régime.

AD85 - Journal La Vendée - Mercredi 8 mars 1905 - 4 Num 435/25 - 1905 : n° 1-151 + suppl. au n° 19, 111

GAUD photo z


Toqué (originaire de Lorient) et Gaud furent condamnés, le 26 août 1905 à cinq ans de réclusion ; ce qui provoqua l'indignation des milieux européens du Congo. Mais la cour introduisit elle-même une demande de réduction de peine et les deux condamnés furent bientôt libérés.

Toqué portrait z

Après sa libération, Toqué publia un livre : Les massacres du Congo (1907), dans lequel il faisait le procès du système et mettait directement en cause l'administration. Un de ses supérieurs M. de Roll lui aurait dit : "Rappelez-vous ceci : qu'il n'est pas défendu de tuer des nègres, mais bien de le dire, d'être pris ou de laisser des traces : et qu'il vaut mieux tuer vingt nègres, que d'en égratigner un. Les morts ne parlent plus, tandis que l'homme égratigné deviendrait en France un martyr". Nous n'avons pu trouver ce livre dans aucune bibliothèque (quelques extraits figurent dans le n° spécial du Crapouillot en date de janvier 1936 : Expéditions coloniales. Leurs dessous, leurs atrocités". (Journal La Pensée - septembre 1960)

Toqué photo z

TOQUÉ A RENNES

Toqué a passé sa jeunesse à Rennes où il fréquenta diverses écoles. Intelligent, il avait dès son adolescence de mauvais sentiments qui devaient lui valoir plus tard de fâcheux rapports avec la Justice.

Entré dans l'administration coloniale, il se plaisait à réduire au rang d'esclaves les nègres confiés à sa protection et c'est ainsi que le 14 juillet, il s'offrit la distraction de faire sauter à la dynamite un de ces malheureux. Traduit en 1904, devant la cour d'assises de Saint-Louis, il déclarait avec un cynisme révoltant que "c'était pour célébrer la fête nationale".

Toqué fut condamné et resta trois ans en prison.

Libéré en 1909, on ne le revit guère à Lorient où habitait alors sa famille et il exerça diverses professions qui le ramenaient normalement à l'exploitation d'affaires plus ou moins délictueuses

Les époux Toqué habitaient Laon avant la mobilisation ; ils y restent à l'arrivée des Allemands et, de suite, sympathisent avec l'envahisseur.

Il se promène en ville avec des officiers allemands, leur offre le thé, les admet dans son intimité.

Bientôt il est agréé comme interprète au quartier général de la 7e armée allemande.

Un jour, Toqué se brouille avec ses nouveaux amis et est expédié à Fourmies (Nord) où, grâce à quelques petits services, il ne tarde pas à entrer dans les bonnes grâces du chef de la "kommandantur" de cette ville.

En juillet 1916, il devient un des collaborateurs de la Gazette des Ardennes et s'associe à la campagne de démoralisation des populations envahies.

Alice Runtz, femme de Toqué (qu'il avait épousée en 1909), partagea la vie aventureuse de son mari et, par ses dénonciations, fit emprisonner plusieurs de ses compatriotes.

A l'instruction, Toqué a prétendu qu'il n'avait été le complice des Allemands que pour éviter à sa femme d'être internée en Allemagne. (L'Ouest-Éclair - 18 juin 1919)

Il fut condamné à mort par le 4e Conseil de guerre français, le 25 juillet 1919 et fusillé.

 

Photos : L'illustration - mars 1905

Posté par Shenandoah Davis à 17:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

13 FÉVRIER 1820 - ASSASSINAT DE CHARLES-FERDINAND D'ARTOIS, DUC DE BERRY

RELATION DE L'ASSASSINAT DE S.A.R. Mgr le duc de Berry

Duc de Berry z


Le Dimanche 13 Février 1820, Mgr le duc de Berry, n'ayant aucun pressentiment que ce jour dût être le dernier de sa vie, récapitulait, en déjeunant avec son auguste épouse, les plaisirs que leur procurerait le Carnaval. Tout-à-coup, interrompant ces réflexions, il dit : "C'est fort bien ; mais, pendant que les riches s'amusent, il faut que les pauvres vivent". Et de suite, il envoie un billet de mille francs au bureau de charité.

A onze heures, il se rendit au château des Tuileries, où, suivant sa coutume, il reçut, avant la messe, les personnes qui voulaient lui offrir leurs hommages. Pendant cette réception, il aperçut un des principaux chefs de l'armée (Grouchi), qui, par suite du retour de Buonaparte, avait été exilé par l'ordonnance du 24 juillet 1815. Sans attendre que le tour de la présentation du général fût arrivé, Mgr le duc de Berry s'avança vers lui ; il lui adressa des paroles si bienveillantes, que des larmes d'attendrissement roulèrent dans les yeux du maréchal.

On donnoit, par extraordinaire, ce jour-là, à l'Opéra, un spectacle composé du Rossignol, des Noces de Gamache et du Carnaval de Venise. Le prince et la princesse s'y rendirent à huit heures du soir. Pendant la représentation, il alla voir dans sa loge Mgr. le duc d'Orléans, qui se trouvait aussi au spectacle ; il lui parla de ses projets de chasse pour le lendemain ; il caressa ses enfants, et joua avec eux. Quelques minutes avant la fin du dernier ballet, Mme la duchesse se trouvant un peu fatiguée, témoigna le désir de se retirer ; et comme son auguste époux voulait, ce soir-là, assister au spectacle jusqu'à la fin, la prince le pria de ne point l'accompagner à sa voiture, et de rester dans sa loge. Mais il n'eut point égard à sa prière : il lui donna le bras, par un double motif, celui surtout de veiller lui-même sur le précieux dépôt que renfermait son sein. Funeste résolution ! car, s'il n'avait pas, ce soir, rempli le devoir qu'il s'était imposé envers la France, il aurait encore vécu.

Il sortit donc de sa loge avec la princesse. Il était accompagné de MM. le Clermont, de Choiseul-Beaupré et de Ménard, ses aides-de-camp. La voiture s'approcha le plus près qu'il fut possible du bâtiment de l'Opéra ; un espace de six à huit pieds seulement le séparait de la porte, près de laquelle était un factionnaire de la garde royale. Quand la princesse fut dans la voiture, le prince, avec sa courtoisie ordinaire, donna la main à Mme la comtesse de Bethesy, pour y monter à son tour. Aussitôt un valet-de-pied ferma la portière. Ce prince alors dit à son auguste épouse : "Adieu, Caroline, nous nous reverrons bientôt."

ASSASSINAT DUC DE BERRY z

Ensuite il se retourna pour rentrer à l'Opéra. Ce fut dans ce fatal moment qu'un individu, l'exécrable Louvel, qui s'était tenu à une certaine distance, et comme tapi dans un coin pour ne point attirer sur lui les regards, s'élança sur le prince qui lui tournait le dos, et avec la rapidité de l'éclair, appuyant fortement une main sur son épaule, lui enfonce, de l'autre, au-dessus du sein droit, entre la cinquième et la sixième côte, un instrument aigu à deux tranchants, de la longueur de sept pouces environ, attaché à une poignée de bois grossièrement travaillée, et s'enfuit. Le coup fut porté avec tant de force que l'instrument pénétra cinq pouces dans le corps du prince, alla traverser l'oreillette du coeur, et fit une légère blessure au diaphragme.

Assassinat_de_S_A_R_[

Le prince crut d'abord n'avoir reçu qu'un coup de poing ; mais apercevant le manche du poignard resté dans son corps, et retirant en même temps le fer meurtrier, il s'écria : "Je suis assassiné !" A ce cri, la duchesse veut s'élancer hors de la voiture, mais elle est retenue un moment par Mme de Bethesy ; puis, se précipitant de nouveau avant que le marche-pied de la voiture fût entièrement fermé, elle fut dans une seconde auprès de son mari, et voulut le soutenir chancelant de ses faibles bras. Le sang coulant abondamment de la blessure, la princesse s'en vit inondée.

ASSASSINAT 3z

On porte à l'instant le prince dans la salle de l'administration de l'Opéra. On le place d'abord sur un fauteuil, puis sur un lit de sangles dressé à la hâte, appartenant à l'établissement. On court chercher des secours ; quelques hommes de l'art, qui habitent le voisinage, sont bientôt auprès du prince : ils lui donnent les premiers soins. Pendant ce temps, on était allé chercher les docteurs Dupuytren, Dubois et Roux, à leur domicile qui était fort éloigné.

Pendant qu'on transportait le prince, déjà rempli de l'idée de la mort, et poussé par un sentiment religieux, il dit ces paroles : "Je suis mort ... Un prêtre ... Viens ma pauvre femme, que je meure dans tes bras". Et puis, portant sa pensée sur son assassin, il se hâta de dire : "Je pardonne à mon assassin, quel qu'il soit". Paroles immortelles, qui viendront toujours confondre les impies incapables de juger des vertus chrétiennes !

Pendant qu'on le déshabillait, il demanda qu'on fit venir sa fille et Mgr l'évêque d'Amyclée. Il fut saigné sans succès aux deux bras et aux deux pieds ; c'est pourquoi on débrida sa blessure, pour donner passage au sang qui pouvait le suffoquer, et le docteur Bougon la suça. Le prince, le repoussant doucement, lui dit : "Que faites-vous ? ma blessure est peut-être empoisonnée". Oh ! qui pourrait raconter ce qui, dans ce moment, se passa dans l'âme de l'infortunée princesse ? Qui pourrait exprimer la terreur et les autres sentiments dont elle fut saisie ? Qui pourrrait dire d'où lui vint le courage qui l'empêcha alors d'expirer sur le corps sanglant de son époux ?

Dès que Mgr le duc de Berry fut étendu sur son lit de douleur, il se vit aussitôt entouré d'un grand nombre de personnes parmi lesquelles on distinguait M. le duc de Reggio, M. le général Belliard, M. le duc de Richelieu, M. de Châteaubriand, etc., etc. Son Altesse leur parla avec une touchante affection, en leur annonçant sa fin prochaine. Les médecins ayant remarqué que le pouls avait pris de la force : "Tant pis, dit le prince, j'aurai plus longtemps à souffrir". Il éprouvait en effet des douleurs aiguës. Bientôt on lui apporta, pour satisfaire à sa demande, Mademoiselle, qu'on plaça sur son lit de douleur, et qu'il embrassa avec tendresse, en lui disant : "Chère enfant, puisses-tu être plus heureuse que ton père !" Le prince s'entretint ensuite tout bas avec son auguste frère.

duc de Berry 5 z

Pendant que' ceci se passait, on était allé avertir Monsieur, qui vint seul avec l'évêque d'Amyclée. On conçoit aisément tout ce que cette scène eut de déchirant. Quelques minutes après, arrivèrent aussi Madame et Mgr le duc d'Angoulême. Mgr le duc et la duchesse d'Orléans, qui étaient au spectacle, s'empressèrent, au premier instant, de se rendre auprès du duc de Berry. Ils furent bientôt suivis de Mgr le duc de Bourbon. Monsieur, Mgr le duc et Mme la duchesse d'Angoulême s'étaient réunis à la malheureuse duchesse de Berry, qui, malgré son désespoir et son extrême abattement, prodiguait à son infortuné époux des soins au-dessus de ses forces. La tendre affection qui unissait tous les membres de cette auguste famille, et qui se manifestait alors dans toute sa force, faisait de cette réunion le spectacle le plus déchirant.

Au milieu de cette scène de désolation, qui devait aggraver infiniment la situation de S.A.R. et précipiter l'instant fatal, ce prince conservait un air calme et solennel, parlant de sa mort comme d'un décret de la Providence, qu'il fallait respecter. "Non, dit-il, je ne crains pas la mort ; je ne crains que pour mon salut".

Cependant les plus habiles praticiens avaient, par les secours de l'art, apporté d'abord quelque adoucissement aux douleurs ; on avait extrait de l'intérieur de la poitrine plusieurs verres de sang qui y était épanché : la plaie extérieure débridée laissait un libre passage à l'écoulement du sang ; mais tout fut inutile. Le mal était au-dessus de toutes les ressources ; et le prince lui-même en était si convaincu qu'il répéta plusieurs fois au docteur Dupuytren : "Je suis bien touché de vos soins ; mais ils ne sauraient prolonger mon existence : ma blessure est mortelle."

Dans cette persuasion, le duc de Berry, comme un digne fils de S. Louis, tourna toutes ses pensées vers la religion. Après avoir écouté les paroles du ministre de Dieu, il confessa à haute voix, en présence de sa famille et de tous les assistants, les fautes dont il se reconnaissait coupable. Il fit cette confession avec autant de simplicité que de résignation, et il demanda pardon à Dieu de ses offenses, et aux hommes, du scandale qu'il avait pu leur donner. M. le curé de St-Roch, qui survint (c'était un peu avant trois heures du matin), lui administra les sacrements de l'Église.

1820 assassinat du Duc de Berry z

Le duc de Berry, malgré ses souffrances inexprimables, qui semblaient devoir absorber toutes les facultés de son âme, et ses forces physiques étant presque déjà épuisées, s'occupait néanmoins de toutes les personnes qui lui étaient chères ; il recommanda à son épouse, à son père et à son frère désolés, plusieurs personnes qu'il leur désigna. Apercevant le comte de Nantouillet, qui depuis trente ans ne l'avait pas quitté : "Venez, lui dit-il, mon vieil ami, je veux vous embrasser avant de mourir". Puis il communiqua à Mme la duchesse de Berry ses plus secrètes pensées ; et après lui avoir renouvelé l'assurance d'un attachement dont ils s'étaient donné mutuellement tant de preuves, il la conjura de modérer son désespoir et de se conserver pour l'enfant qu'elle portait dans son sein. Quelquefois des douleurs atroces venaient interrompre l'expression de ses sentiments, et alors on le voyait donner des preuves d'une foi ardente : "O mon Dieu ! disait-il, daignez agréer mes souffrances en expiation de mes péchés !" Dans cet état, une pensée, digne sans doute de la plus belle âme, l'occupait sans cesse : ce n'était point assez pour lui d'avoir proclamé qu'il pardonnait à son assassin ; il voulut encore en emporter avec lui la certitude. A chaque instant il demandait à voir le Roi ; car c'était de lui qu'il voulait obtenir cette conviction : toute autre promesse ne le tranquillisait point.

Le Roi, qu'on avait cru ne devoir avertir que lorsqu'il ne resterait plus aucune lueur d'espérance, arriva sur les cinq heures et demie. S.-M. trouva Monsieur, Madame, Mgr le duc d'Angoulême à genoux au pied du lit de la victime, auprès de laquelle ils avaient passé toute cette nuit horrible, dans les prières et dans les larmes, demandant au Ciel d'adoucir les maux du prince, et formant pour sa conservation des voeux qui ne peuvent plus être exaucés, lesquelles prières furent vingt fois interrompues par les paroles du prince, qui ne cessait de demander la grâce de son assassin.

Déjà les symptômes étaient devenus plus graves ; la difficulté de respirer était au comble. Cependant la vue du Monarque sembla redonner quelques forces au duc de Berry, et ce prince employa ces derniers moments à solliciter de nouveau, en faveur de Louvel, la remise de la condamnation capitale. "Sire, disait-il d'une voix déjà expirante, grâce, grâce pour l'homme qui m'a frappé !" (c'est toujours ainsi qu'il eut la générosité de le nommer). Le Roi, dont l'âme était percée de douleur, hésitant à lui répondre : "Ah ! Sire, reprit-il, grâce au moins pour la vie ! ne me refusez pas la dernière faveur que je vous demande. C'est peut-être quelqu'un que j'ai offensé sans le vouloir".

"Mon fils, dit alors le Roi avec la plus vive émotion, vous survivrez, j'espère, à ce cruel évènement ; nous en reparlerons : la chose est importante, et vaut la peine d'être examinée de près". Il parut alors plus calme, et recommanda de nouveau à S.M. les personnes qui lui étaient attachés.

ASSASSINAT 4z

Les médecins qui voyaient de minute en minute approcher le moment fatal, pressaient avec les plus vives instances S.M. de s'épargner la vue du tableau douloureux qui se préparait : "Je ne crains pas le spectacle de la mort, répondit le Roi ; J'ai un dernier soin à rendre à mon fils." Ce fut dans ce moment que Madame la duchesse d'Angoulême, se précipitant à genoux, adressa ces paroles immortelles à l'auguste victime sur le point de rendre le dernier soupir : "Mon père vous attend ; dites-lui de prier pour la France et pour nous". Dans cet instant, le prince, après avoir proféré ces paroles : "O ma patrie ! malheureuse France !" puis : "Faut-il que je meure de la main d'un Français !" expira avec le même calme sur la figure, qu'il avait conservé pendant ses souffrances, et sans faire aucun mouvement. Peu d'instants auparavant, en avait entraîné, malgré elle, la malheureuse duchesse de Berry.

Aussitôt qu'il eut rendu le dernier soupir, les esprits furent frappés d'une nouvelle scène produite par un de ces sentiments au-dessus de l'humanité, qui, dans cette circonstance, animaient tous les membres de la famille royale. Les sanglots redoublèrent, les gémissements retentirent avec tant de force, qu'ils franchirent l'enceinte de la salle, et annoncèrent au peuple assemblé en foule sous les fenêtres, qu'il avait un ami, un bienfaiteur de moins, que le duc de Berry n'était plus.

ROI fermant les yeux du duc de Berry

Le Roi cependant, surmontant la douleur dont il était accablé, se leva, et malgré les instances qu'on fit pour la retenir, s'approchant du lit funèbre, appuyé sur le bras du docteur Dupuytren, il dit : "J'ai un dernier soin à rendre à mon fils" ; et de sa main auguste, il lui ferma les yeux. Un instant après, l'infortunée princesse, s'échappant des mains qui la retenaient, vint se précipiter sur le corps inanimé de cet époux qu'elle avait tant chéri, et lui fit, en le couvrant de baisers et de larmes, des adieux qu'un coeur comme le sien pouvait seul exprimer. Ce ne fut qu'avec une espèce de violence, sur un signe du Roi, qu'on parvint à l'en arracher. Quelques instants avant que le Roi eut donné ordre d'entraîner la duchesse de Berry, comme son époux, sentant approcher sa fin, lui témoignait le repentir de quelques erreurs passagères et des chagrins qu'elles avaient pu lui occasionner : "Je le savais bien, s'écria-t-elle en fondant en larmes, que cette belle âme était faite pour le ciel. Alors le prince lui dit, d'une voix déjà éteinte ; "Pour mourir heureux, il faut que je meure dans tes bras, chère Caroline".

Madame la duchesse de Berry, en quittant le Roi, lui dit avec l'accent du désespoir : "Sire, je demande à V.M. de me retirer auprès de mon père ; je ne pourrai jamais habiter la contrée où je perds mon mari par un crime aussi atroce". Rentrée dans son appartement, la princesse coupa ses cheveux de sa propre main ; et sur les représentations qu'on se permit alors de lui faire : "Non, dit-elle, je n'ai plus besoin de cette parure que mon pauvre Charles aimait tant".

Une autre scène, non moins touchante, se passa aux Tuileries le jour de la mort de S.A.R. le duc de Berry. Mgr. le duc de Bourbon, père du duc d'Enghien, vint apporter quelques paroles de consolation à Monsieur, dont l'âme était déchirée de douleur. Plusieurs personnes conjurèrent en vain S.A.S. de retarder une entrevue si triste : "Non, répondit le prince, puisque je vis encore, je dois profiter des jours que la Providence m'a laissés, pour aider mon cousin à supporter un malheur que j'ai moi-même éprouvé." Lorsqu'on ouvrit les portes de l'appartement de Monsieur, Mgr. le duc de Bourbon ne put résister aux sentiments qui l'oppressaient ; ses forces l'abandonnèrent, et ces deux pères infortunés restèrent longtemps enlacés dans les bras l'un de l'autre.

LOUVEL z

Revenons à l'exécrable Louvel. Ici la scène change ; c'est un autre visage à voir : ce sont d'autres sentiments à éprouver.

Après avoir consommé son forfait, ce monstre chercha à s'évader : déjà il était parvenu, dans sa fuite rapide, à tourner la rue Richelieu ; mais aux cris des témoins de son crime, Jean Paulmier, garçon limonadier du café Hardy, accourut, et le voyant s'enfuir précipitamment, près de l'arcade Colbert, il lui barra le chemin en lui tendant le bras, et le retint étroitement serré. Aussitôt Dubiez, chasseur au deuxième régiment de la garde nationale, arrive, frappe le meurtrier, le renverse, et avec l'aide de Paulmier, le remet à la gendarmerie du théâtre qui arriva peu d'instants après. Ce brave chasseur était en sentinelle au spectacle. Malheureusement, le prince se trouvait entre lui et l'assassin, ce qui ne lui permit pas d'apercevoir aucun des mouvements de ce monstre. Mais après le coup fatal, il s'élança avec une telle impétuosité, qu'il renversa le duc qui était sur son passage, pour arriver à l'assassin, qu'il poursuivit jusqu'au lieu où Paulmier l'avait déjà saisi.

Ce scélérat, traîné au corps-de-garde sous le vestibule de la Salle, fut fouillé des pieds à la tête, et l'on trouva sur lui un autre instrument nommé tire-point, tranchant et aigu, dont il n'eut pas le temps ou la présence d'esprit de se servir. On trouva aussi sur lui la gaine du poignard avec lequel il avait égorgé sa victime. Après quoi, il subit en ces termes, un premier interrogatoire, par M. le comte de Clermont :

Monstre ! Qui a pu te porter à commettre un pareil attentat ? - J'ai voulu délivrer la France de ses plus cruels ennemis. - Par qui as-tu été payé pour te rendre coupable d'un tel crime ? - (L'assassin, avec beaucoup d'arrogance), je n'ai été payé par personne.

A peine conduit dans cette pièce, on entendit le bruit d'une porte d'un corridor assez éloigné (voisine de celle où était étendue sa victime), qui fut fermée avec force ; l'assassin s'en aperçut : ce bruit sourd et prolongé, causa en lui une espèce de tressaillement, et excita sur sa figure naturellement froide et immobile, une impression de joie, plutôt que de surprise : "Je crois, s'écria-t-il brusquement, que j'entends le canon !"

Pour expliquer le sens qu'il attachait à ces paroles, peut-être ne faut-il que les rapprocher de ce qui lui échappa peu de temps après. On voulait lui persuader qu'il avait manqué son coup : "Ah ! répondit-il, je suis bien tranquille, il mourra avant moi ; et si vous voulez que je meure, faites-moi exécuter dans les vingt-quatre heures ; car vous ne savez pas ce qui peut arriver". On lui demanda s'il était Français : "Ah ! ne voyez-vous pas, reprit-il, à ma figure, que je suis un bon Français ?"

On a vu, ci-dessus, ce qu'il avait répondu aux interpellations extrajudiciaires de M. le comte de Clermont. Voici ses réponses dans le second interrogatoire qui eut lieu dans les formes légales : il n'est que le développement de la confirmation du premier. Ce fut M. le comte Decazes qui l'interrogea le premier, puis M. le comte Anglès, enfin M. le Procureur-général, en présence de M. le baron Pasquier et de M. le comte Siméon.

D. Qui vous a porté au crime que vous venez de commettre ?
R. Mes opinions, mes sentiments.
D. Quelles sont ces opinions, ces sentiments ?
R. Mes opinions sont que les Bourbons sont des tyrans, et les plus cruels ennemis de la France.
D. Pourquoi, dans cette supposition, vous êtes-vous attaqué de préférence à Mgr le duc de Berry ?
R. Parce que c'est le prince le plus jeune de la famille royale, et celui qui semble destiné à permétuer cette race ennemie de la France.
D. Avez-vous quelque repentir de votre action ?
R. Aucun.
D. Avez-vous quelque instigateur ; quelque complice ?
R. Aucun.

Tel est le sommaire de cet interrogatoire : il démontre jusqu'à l'évidence que l'assassin n'avait aucune raison de vengeance personnelle, et qu'il n'a agi que par une impulsion semblable à celle que porta Ravaillac à assassiner Henri IV, et Damiens Louis XV, c'est-à-dire, sous l'inspiration d'un esprit de parti porté jusqu'au délire et à l'exaltation la plus furieuse. O prince infortuné ! vous pensiez bien à tort que ce forfait abominable était l'ouvrage de quelqu'un "que vous aviez offensé sans le savoir !"

Voici le précis d'un autre interrogatoire que Louvel subit en présence du corps de sa victime, fait par M. le comte Anglès, magistrat interrogateur ; M. Jacquinot de Pampelune, procureur du roi ; MM. Bourgeois, Mars et plusieurs autres membres du parquet.

D. Reconnaissez-vous le prince que vous avez assassiné ?
R. Je le reconnais.
D. Je vous sommes encore une fois de révéler le nom de vos complices ?
R. Je n'en ai point.
D. Si la justice des hommes ne peut vous engager à dire la vérité, songez à la justice de Dieu !
R. Dieu n'est qu'un mot ; il n'est jamais venu sur la terre.
D. Qui vous a porté à commettre une action si criminelle ?
R. J'aurais voulu me retenir que je n'aurais pas pu.
D. Quel a été le motif ?
R. Cela servira de leçon aux grands de mon pays.
D. Persistez-vous à dire que personne ne vous a inspiré l'idée de ce crime ?
R. Oui. Mais, au reste, la justice est là, qu'elle fasse son devoir, et qu'elle découvre ceux qu'elle présume être mes complices.

Louvel, ce monstre exécrable dont la main a tranché une vie si chère aux Français, a été transféré à la Conciergerie : il est gardé à vue par deux gendarmes, dans un local voisin de celui où l'on retient ordinairement les criminels condamnés à mort. Il est parfaitement tranquille dans sa prison ; il ne cherche point à lier conversation avec ses gardiens. Dans les premiers moments, il refusait tous aliments ; mais il a consenti enfin à prendre quelque nourriture, c'est-à-dire la ration ordinaire des prisonniers. On a pris et on a dû prendre la sage précaution de lui mettre la "camisole", sorte de vêtement qui, en gênant l'usage des bras, ne lui permet pas d'attenter à sa vie. Il est dans le même local où un faux-monnayeur, nommé Philippe, était parvenu à s'étrangler, au moyen d'une pelote de ficelle qu'il avait cachée dans sa bouche.

Le lendemain 14 de cette nuit affreuse qui prêta ses voiles sombres pour couvrir le plus effroyable assassinat, le corps du prince fut porté, à sept heures du matin, une heure après son décès, au Louvre, comme autrefois celui de Henri IV, après l'attentat de la rue de la Féronnerie. Il fut déposé dans l'une des pièces de l'appartement de M. le marquis d'Autichamp, gouverneur du palais. Dès cet instant, les gardes-du-corps de Monsieur prirent le service intérieur de cet appartement, et la circulation en fut interdite. On prépara, dans les pièces donnant sur la rivière en face du pont des Arts, une Chapelle ardente, où le corps est resté exposé jusqu'au 22, jour où il a été transporté à Saint-Denis.

POMPES FUNEBRES

Le 22 février, en vertu des ordres du Roi, le corps de Mgr. le duc de Berry a été transféré à Saint-Denis. Le convoi est sorti du Louvre, à neuf heures et demie, et s'est dirigé par les quais, dans la rue Saint-Denis. Les habitants des rues par lesquelles devait passer le cortège, avaient payé leur tribu à la douleur publique, en couvrant leurs maisons de tapisseries blanches, avec des emblèmes de deuil. Une haie de gardes nationaux et de soldats des légions, contenait la foule qui se pressait auprès du char funèbre. La musique des corps, les tambours voilés et les cloches mêlaient leurs sons lugubres, et concouraient à augmenter l'affliction générale.

Les légions, l'arme sous le bras, marchant en silence, précédaient le convoi ; le commandant de la place était à la tête d'un escadron de dragons des chasses ; venait ensuite le commandant du département, suivi de plusieurs compagnies d'invalides, de détachements de hussards, de lanciers et de chasseurs de la garde royale, et de quatre compagnies d'artillerie.

Les quatre" escadrons de la garde nationale à cheval et six légions marchaient ensuite. On voyait le drapeau noir flotter dans leurs rangs. Le corps des pompiers, suivi de plus de douze cents officiers de tous grades et de toutes armes, précédait douze cents pauvres vieillards, et deux cents pauvres femmes, portant une torche allumée, et couverts d'un drap funèbre ; on pouvait lire sur leur physionomie, qu'ils avaient perdu leur bienfaiteur.

Deux cents ecclésiastiques du chapitre, et des paroisses de la capitale, marchaient devant le corps, en chantant l'office des morts.

Un grand nombre de voitures de deuil, étaient occupées par la maison du prince ; les chevaux étaient richement caparaçonnés en noir ; quatre maréchaux, dans une voiture, portaient les honneurs et enseignes du prince.

Venaient ensuite les Hérauts-d'armes de France.

M. l'évêque d'Amiens, premier aumônier de Son Altesse Royale, Mme la duchesse de Berry, ayant à ses côtés MM. les curés de Saint-Germain-l'Auxerrois, de l'Assomption et de Saint-Roch, précédaient le magnifique corbillard, tendu en velours noir, avec broderie et franges d'argent, et surmonté d'une couronne ducale, supportée par quatre génies célestes portant des flambeaux renversés.

Le cheval de bataille du prince, couvert d'un long crêpe noir, était conduit à la suite du char funèbre : il était immédiatement suivi d'un escadron des gardes-du-corps de Monsieur.

Des corps nombreux de la garde nationale et de la garde royale fermaient le cortège.

On a remarqué les corporations des forts de la halle et des charbonniers, marchand avec un grand recueillement.

Des Français de tous les rangs et de tous les âges s'étaient mêlés aux personnes appelées à cette imposante et triste cérémonie. Les draperies funèbres de la ville de Saint-Denis et du Portail annonçaient au loin quel en était l'objet. Elles étaient parsemées du chiffre du prince et des armes de France.

La nef, le choeur et le sanctuaire de l'église royale étaient tendus de noir. On voyait aussi les chiffres du prince et les écussons de France.

Au milieu du choeur était un catafalque à trois degrés : c'était un piédestal supportant un tombeau antique, au-dessus duquel règne un obélisque. Le tout était recouvert du manteau du prince, de drap d'or et voilé d'un long crêpe : l'ensemble du monument était surmonté d'un pavillon suspendu à la voûte.

Son Altesse Royale Monseigneur le duc d'Orléans, comme premier prince de sang, dirigeait le deuil, au nom de Sa Majesté. Il était assisté de M. le duc de Duras, premier gentilhomme.

Le corps arriva à trois heures à la principale porte de la basilique. Le chapitre et le clergé l'attendaient : M. l'abbé Grandchamp, doyen du chapitre, adressa à Son Altesse Royale et à l'assistance le discours suivant :

"MONSEIGNEUR, comment exprimer la douleur profonde qui nous accable ? A peine sortis de cette basilique, où l'élite de la France s'était réunie pour expier le crime des régicides, paraît tout à coup un monstre qui, par l'attentat horrible commis sur l'auguste personne de très-haut, très-excellent prince, Mgr. le duc de Berry, fils de France, vient ensanglanter les marches du trône des Bourbons, et plonger la France et l'Europe entière dans le plus grand deuil.
L'auteur de ce crime aurait-il plongé le poignard dans le sein du meilleur des princes, si son âme n'avait été nourrie des principes monstrueux de l'athéisme, qui ne cesse de blasphémer le Dieu qu'il redoute ? Arrête donc ta rage, perfide philosophie.
Que le temps ne me permet-il de parler des qualités de ce malheureux prince, l'espérance du trône et de la patrie, père tendre, sujet fidèle et plein de charité pour les malheureux ! Pour peindre la bonté de son âme, l'éloquence n'est pas nécessaire. Il suffit de rappeler la déchirante agonie de six heures : quel amour pour son pays, quelle magnanimité dans le pardon de son infâme meurtrier ! Son sang coule et il demande grâce !!! ...
O vous qui assistez à cette lugubre cérémonie, venez unir vos prières aux nôtres, afin d'obtenir du Dieu de miséricorde, du Dieu de saint Louis, qu'il daigne ne pas séparer dans le ciel ceux que la même tombe va réunir."

Immédiatement après ce discours, on a chanté le De profundis, pendant que douze gardes-du-corps de Monsieur transféraient le corps, et qu'on plaçait le cercueil dans le tombeau pratiqué dans le catafalque. MM. le maréchal duc de Conégliano, le maréchal marquis de Viomenil, le lieutenant-général comte de Bethesy, et le lieutenant-général comte Dupont, portaient les coins du drap mortuaire.

Cinq hérauts-d'armes environnaient le tombeau : le convoi était composé d'un très-grand nombre de personnes décorées des premiers ordres de l'État, parmi lesquelles on remarquait MM. les maréchaux duc de Tarente, de Reggio, de Trévise ; MM. Doudeauville, le comte de Sèze, le marquis de Marboi et une foule de lieutenants-généraux, de maréchaux-de-camp et d'officiers supérieurs. On remarquait aussi les maires de la capitale, le sous-préfet et les autorités du lieu.

Le respectable évêque d'Amiens, et les autres chapelains des princes et de la princesse étaient auprès du tombeau. Le recueillement le plus profond et le plus religieux a régné pendant toute la cérémonie, et n'était interrompu que par les accents de la douleur et les sanglots des personnes qui formaient le deuil ; de vieux guerriers versaient des larmes en abondance.

M. de Foucault, chanoine de Saint-Denis, a célébré une messe basse, pendant laquelle on a chanté les psaumes d'usage. Les douze porte-drapeaux des légions de la garde nationale parisienne ont orné chacun d'un drapeau funèbre le tombeau provisoire où a été placé, dans la chapelle ardente, le corps du prince. Après la cérémonie, qui a duré quatre heures, Mgr. le duc d'Orléans, après s'être prosterné devant l'autel, a salué l'assistance et s'est retiré. Les troupes de la garnison bordaient la haie sur toute la route, depuis la chapelle jusqu'à Saint-Denis, et dans la ville, depuis le pont jusqu'à la basilique.

Desbiez, garde royal, et Paulmier ont reçu des témoignages bien flatteurs de bienveillance de Mme la duchesse de Berry, en reconnaissance du service qu'ils ont rendu à la France, en arrêtant Louvel. Desbiez a reçu une montre d'or d'une valeur considérable, mais dont le plus grand prix est "le chiffre de Charles Ferdinand", duc de Berry, gravé sur cette montre par ordre de la donatrice, et Paulmier, mille francs. Cette récompense lui a été envoyée au nom de S.A.R., par Mme la duchesse de Reggio.

Le Roi a accordé une pension à ces deux braves Français, et des récompenses à quelques employés supérieurs de l'Opéra, et à d'autres personnes qui ont eu le bonheur de donner des soins à Mgr. le duc de Berry, à ses derniers moments.

S.A.R. Monsieur, ayant envoyé à M. Dupuytren ses hnonoraires pour les soins qu'il a donnés à Mgr. le duc de Berry, dans la nuit du 13, M. Dupuytren a répondu avec un noble désintéressement. Monsieur lui a fait remettre une boîte d'or enrichie de brillants et ornée de son portrait, en le priant d'accepter la boîte pour le portrait.

Le Roi a accordé, sur la proposition de S.E. le ministre de la guerre, la décoration de la légion d'honneur au garde royal Desbiez.

Une souscription a été ouverte aussi en faveur de ces deux hommes courageux, Desbiez et Paulmier.

M. de Puymaurin, directeur du cabinet des médailles, membre de la chambre des députés, toujours prêt à servir la monarchie et à honorer les princes, a fait graver une médaille qui représente Mgr. le duc de Berry et porte au revers ces mots :

PUGIONE
PERCUSSUS PERIIT
14 FEVRUARIO 1820.
GALLIA, SPEM SUAM ;
CONJUX, AMANTEM ;
MILITES, DUCEM ;
PAUPERES, PATREM
PERDIRERE.

 

Extraits : Histoire de S.A.R. Mgr le duc de Berry ... par Jean Lions - 1820

ARME DU CRIME Z

Posté par Shenandoah Davis à 17:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


11 février 2018

RIVIÈRE (62) - 1842 - JEAN-FRANÇOIS TASSEAUX, GARÇON MEUNIER, ACCUSÉ DE VOL

ARRAS z

Jean François Tasseaux, garçon meunier à Rivière (62), est accusé de vol en 1842.  Il présente sa défense d'une manière plutôt comique :

 

meunier z

 

TRIBUNAL CORRECTIONNEL D'ARRAS
Audience du 21 octobre 1842.
Présidence de M. Top.


C'EST LA FAUTE A MON CHEVAL


Oh ! quand vous m'aurez entendu, vous ne voudrez plus me noircir du fait qui m'est imputé. Remarquez en passant que je ne me sers pas du mot vol ; c'est à dessein ; car il n'y a pas de vol dans mon cas : vous allez voir, ayez la complaisance de saisir le fil de mon discours.

Je menais une voiture, à cette voiture était attelé un cheval, cheval têtu comme un âne et qui m'a joué plusieurs tours de son métier, allez. Mais, au jour d'aujourd'hui, c'est le pire de tous.

Je montais la rue de l'Abbaye, et mon cheval faisait semblant de tirer la langue ; il avait son caprice, vous allez voir : v'là qu'il s'arrête tout court comme s'il fût cloué à la terre. Pan ! j'ly flanque un coup de fouet, deux coups de fouet, trois coups de fouet bien sanglés ... Bernicle ! il ne bouge pas plus qu'un mur, et je bisquais, je bisquais, fallait voir comme je bisquais : à la fin, il me pousse une idée, une bonne idée.

Je compte mes sacs de farine, il y en avait 23 ; or, vous saurez, Messieurs, que le susdit cheval n'en traîne jamais que 21 : c'est sa charge habituelle, et il vous enlève ça comme une plume. Qu'est-ce que je fais, je l'allège de deux sacs, et mon cadet démarre bel et bien ; puis, quand il s'agit de retourner, afin d'aller reprendre les sacs, bon soir, plus personne, le maudit animal ne voulut jamais tourner bride.

A présent, on s'en vient me dire que j'ai voulu m'approprier ces deux sacs, comme si déjà j'avais fait parler de moi ; ça ne prendra pas. Garçon meunier de mon état, j'ai jamais détourné un grain de blé à mon profit, et j'irai pas commencer par escamoter deux sacs de farine appartenant au séminaire.

Vous me direz qu'il fallait restituer les sacs à leur adresse, le même jour, à la minute, et ne pas les mettre en dépôt quelque part sous votre nom. Excellent ! si j'y avais songé, mais la réflexion m'est venue trop tard ; quand déjà j'avais menti au commissaire de police et je ne sais pas pourquoi on me punirait pour un mensonge bien innocent du reste, et dont j'aurai l'absolution quand je voudrais. C'est pardi bien la faute à mon cheval !

Ainsi parle Jean-François Tasseaux, et il déploie ses certificats signés du maire de la commune de Rivière ; lesquels certificats, comme le fait remarquer son défenseur, Me Boutry, sont conçus en termes infiniment honorables et diffèrent essentiellement de ces attestations arrachées à la complaisance des fonctionnaires municipaux.

Tasseaux subira deux mois de prison.

 

Gazette judiciaire : journal des cours et tribunaux - novembre 1842

Posté par Shenandoah Davis à 11:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

10 février 2018

SAINT-DOMINGUE - MONTBARROIS (45) - LOUIS-JEAN PELLERIN DE LA BUXIÈRE (1731 - 1796)

Pèlerin portrait 4 z

Les Pèlerin étaient de robe et originaires de la région de Neuvy-sur-Loire et de Beaulieu-sur-Loire.

Denis-Jacques Pèlerin alla chercher fortune aux îles. Dès 1729, il était pourvu à Saint-Domingue d'une charge de conseiller au Conseil supérieur du Petit Goave et marié à Marie-Thérèse Rousseau de Fontenelle dont il eut, notamment, Louis-Jean, troisième du nom, dit, plus tard, Pèlerin de La Buxière. [né le 13 février 1731, paroisse de Torbeck, et baptisé le 18 juin de la même année]

Pèlerin baptême z

Un malheureux procès, qui dura plus de 30 ans, devait faire perdre aux Pèlerin toute leur fortune coloniale.

Ruiné, Pèlerin de La Buxière, qui était médecin, vint vivre à la Javelière à Montbarrois, qu'il ne quitta plus, et où il devait mourir.

JAVELIERE z

En 1789, il fut l'un des six élus du Tiers État à l'Assemblée Constituante pour le département du Loiret. Cet avènement fit scandale. Pèlerin de La Bruxière appartenait en effet à la noblesse gâtinaise, qu'il trahissait de la sorte, en quelque manière. En effet, tous les autres membres de la famille Pèlerin figuraient, parallèlement, parmi les électeurs des délégués de la noblesse aux États Généraux. Pèlerin, c'était un peu le Mirabeau du Loiret.

Pèlerin portrait 3z

Dès 1792, déçu, amer, il se retira dans ses terres. Et c'est là, à la Javellière, qu'il mourut le 12 germinal an IV (12 avril 1796).

Le domaine de la Javelière fut ensuite la propriété de Denis-Louis-Jacques-Joseph Pèlerin, dit Pèlerin l'aîné, mort à Boiscommun en 1818, et de sa fille, Geneviève Pèlerin, décédée à la Javelière en 1864.

Il passa ensuite entre les mains d'un conseiller aux cours d'appel d'Orléans et de Paris. Casati de Casatis, mort en 1917 ...

 

Pèlerin décès z

Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais - avril 1967

ANOM - Registres de Saint-Domingue

AD45 - Registres d'état-civil de Montbarrois

 

Posté par Shenandoah Davis à 20:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

08 février 2018

MOUILLERON-EN-PAREDS (85) - UN MOUILLERONNAIS AVENTURIER, PIERRE-HENRY LIONNET (1773 - 1829)

 

Mouilleron z


Fils de Pierre-Henry Lionnet et de Marie-Marguerite-Bénigne Collonnier (décédée le 5 ventôse an V), il naît à Mouilleron le 27 juillet 1773 (l'année 1773 n'existe pas dans les registres). Il exerce la profession de "maître chirurgien", conformément à la tradition familiale depuis cinq générations.

En 1793, il est enrôlé dans un régiment de hussards et participe sans doute à la défense de La Châtaigneraie, attaquée à maintes reprises par l'armée vendéenne. Il déserte et combat quelque temps, semble-t-il, dans les rangs de l'armée vendéenne. Mais, sitôt la proclamation de l'amnistie, il réintègre son régiment d'origine.

Plus tard, il exerce ses talents de chirurgien au service de la Marine ; il participe, à ce titre, à plusieurs batailles navales dans l'océan Indien et plus précisément à la seule victoire navale, commémorée par Napoléon sur l'Arc de Triomphe.

Il passe la seconde moitié de sa vie dans l'Île Maurice. Ses descendants émigrent en Australie ; les liens matrimoniaux que les Lionnet établissent avec les divers groupes ethniques du pays expliqueraient en partie l'influence de la culture française en Australie. C'est du moins la thèse que soutient un descendant contemporain des Lionnet, dans un volume paru en 1986.

On y signale, entre autres, la forte personnalité de Félix Lionnet, petit-fils de Pierre-Henry, qui vécut à La Châtaigneraie (1832-1896) et s'illustra dans l'art de la peinture ...

Félix photo z

Photo : Ouest-France

 

Un lointain descendant de Pierre-Henry Lionnet, Loyd Reeds, est reconnu comme l'un des peintres contemporains les plus célèbres de l'Australie. La postérité de Henri Lionnet s'illustra également dans le commerce maritime ; cinq Lionnet ont été commandants de bateaux importants qui sillonnaient l'océan Indien et assuraient les liens commerciaux entre Madagascar et l'Australie.


(Un étonnant village Mouilleron-en-Pareds - Roger Bousseau - 1993)

Pour davantage d'informations sur Henry Lionnet, voir ICI


 

PIERRE-HENRY LIONNET, marchand, se marie, une première fois,  le 28 pluviôse an V (16 février 1797) à Mouilleron-en-Pareds, avec Marie-Jeanne-Aimée Laroche, de la paroisse de Montournais, fille de Jean et de Marie Turpaut (1772-1804) dont : Félix Lionnet (9 frimaire an VI, 29 novembre 1797-1842).

Marie-Jeanne-Aimée Laroche décède à Mouilleron, le 15 août 1804. 

Remarié à Port-Louis, Isle de France, le 15 novembre 1810, avec Angélique-Marie Planche, fille de Jacques Planche et d'Angélique Crosnier (1787-1859), dont :

- Angélique-Nancy-Elisa - 1812-1835
- Jacques-Louis, 1814
- Aristide, 1817-1862
- Ghéophile, 1819-1881
- Félix-Frédéric, 1820-1880
- Henry, 1823-1824
- Irma-Caroline, 1823-1887
- Albert, 1825

PIERRE-HENRY LIONNET est décédé à Port-Louis, Île Maurice, le 12 novembre 1829, à l'âge de 56 ans.

 

Posté par Shenandoah Davis à 20:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

03 février 2018

LA COCHÈRE - LE MERLERAULT (61) - CHARLES-ALEXANDRE-HILAIRE GUYON DE QUIGNY, LIEUTENANT-COLONEL

La Cochère église z

CHARLES-ALEXANDRE-HILAIRE GUYON DE QUIGNY, écuyer, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel du 10e Bataillon de chasseurs à pied (Gévaudan), depuis le 6 novembre 1791, naquit et fut baptisé à la Cochère, le 29 mai 1742. Il était fils de Charles, écuyer, seigneur de Quigny, et de Marie-Louise Le Roy.

Charles-Alexandre-Hilaire Guyon de Quigny baptême z

Le 20 novembre 1793, la maison qu'il possédait au Merlerault fut louée par la Municipalité et le Comité de surveillance révolutionnaire de cette commune. Ils y tinrent leurs séances jusqu'au 19 février 1795.

M. de Quigny avait obtenu, le 28 septembre 1792, un certificat de résidence dans la ville de Douai, mais il fut déclaré suspect en 1794, et comme tel écroué à la maison d'arrêt de Rouen, ainsi que le montre le certificat suivant qu'il remit lui-même, le 28 octobre 1794, à la mairie de Merlerault :

"Le gardien de la maison d'arrêt du district de Rouen certifie que Charles-Alexandre-Hilaire Guyon, dit Quigny, a été détenu dans ladite maison d'arrêt depuis le 7 floréal an 2 (26 avril 1794) jusqu'au 5 du présent mois (26 octobre 1794), date à laquelle, il a été remis en liberté par le Comité révolutionnaire du district de Rouen."

M. de Quigny est mort à Argentan, le 6 février 1814.

Charles-Alexandre-Hilaire Guyon de Quigny décès z

 

Famille Guyon de Quigny :
D'argent, au cep de vigne pampré et terrassé de sinople, fruité de gueules, soutenu d'un échalas de sable.

 

Guyon de Quigny armes z

 

Il avait épousé, au Merlerault, le 23 octobre 1775, Demoiselle Charlotte-Barbe-Jacqueline de Launay, née à la Tillière, le 6 février 1756, fille de Jacques-Henri, sieur de la Tillière, et de Demoiselle Marie-Anne du Hays. Mme de Quigny mourut à la Tillière, en Mahéru (61), le 2 novembre 1849.

De ce mariage étaient venus :

Charles-François Guyon de Quigny, écuyer, né au Merlerault, le 4 novembre 1777, élevé à l'école militaire de Beaumont, officier de Dragons, chevalier de la Légion d'honneur, mort à la Tillière, le 17 septembre 1827. Il avait épousé, par contrat du 4 février 1817, Mélanie-Geneviève Moynet, née à Sées vers 1786, fille de François, écuyer, sieur de Vaujarry, et de Marie-Françoise d'Estienne d'Angès. De ce mariage, étaient venus : 1° Charles-Louis-François Guyon de Quigny, écuyer, né à la Tillière, le 26 juin 1818 ; 2° Louis-Charles, écuyer, né aussi à la Tillière, le 2 août 1819, mort sans alliance à Moulins-la-Marche, le 3 janvier 1858 ;

Charles Guyon de Quigny, écuyer, né au Merlerault, le 2 août 1778, mort le même jour.

Charles-Alexandre Guyon de Quigny, qui suit ;

Charles-Hippolyte-Hyacinthe Guyon de Quigny, écuyer, né le 23 novembre 1781, officier au corps royal de la gendarmerie, chevalier de la Légion d'honneur, marié par contrat du 10 septembre 1816, à Henriette-Françoise-Élisabeth Moynet, née vers 1784, morte à Argentan, le 23 février 1844. Dont : 1° et 2° N... et N... Guyon de Quigny, deux garçons morts en naissant ; 3° Ernestine-Charlotte-Julienne Guyon de Quigny, née le 28 octobre 1819 à Domfront, paroisse de Saint-Front, mariée en 1838 à Raymond-Louis Férault, marquis de Falendres, né à Falaise, le 2 avril 1792, fils de Charles-Alexandre, seigneur de Beaulieu, Falendres, Mahéru, etc., capitaine au régiment de Beauvoisis, chevalier de Saint-Louis, etc., et de Marie-Angélique-Hippolyte de Séran ; dont : 1° Henri-Raymond-Marie-Hilaire Férault de Falendres, né le 15 mai 1842, marié à Marie-Maximilienne-Charlotte du Hays, dont : Alphonse-Henri-Raymond, né le 6 août 1869 ; 2° Françoise-Caroline-Marie-Louise Férault de Falendres, née le 11 juin 1841, mariée à M. le baron du Cos de la Hitte.

CHARLES-ALEXANDRE GUYON DE QUIGNY, écuyer, né à Merlerault, le 1er février 1780, mort subitement en son château de Cochet, en Mahéru, le 16 août 1844, avait épousé en premières noces, par contrat du 14 février 1814, Louise-Renée-Anne Le Cousturier de Sainte-James, morte sans enfants le 19 octobre 1819 ; et en secondes noces, par contrat passé à Saint-Charles-de-Prely, près Vire, le 19 janvier 1824, Marie-Caroline du Châtel, née le 19 janvier 1798, morte le 15 décembre 1846, fille aînée de Charles-François, écuyer, sieur de la Varrinière, ancien officier aux chasseurs de Gévaudan, d'Amable-Victoire Noëlle du Rocher.

Sont issus de ce dernier mariage :

1° Charles-Léon Guyon de Quigny, né à Ferrière, le 22 novembre 1827, marié à Mlle de la Porte ;
2° Hippolyte-Charles Guyon de Quigny, né à Ferrière, le 6 novembre 1829, marié à Mlle Ernestine Appert ;
3° Marie-Caroline-Françoise Guyon de Quigny, née à Ferrière, le 23 mars 1831, mariée à M. Amédée de la Houssaie.

 

Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne - Tome XV - Premier bulletin - 1896

AD61 - Registres paroissiaux de La Cochère - Registres d'état-civil d'Argentan.

 

Posté par Shenandoah Davis à 16:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

POITIERS (86) - ANTOINE-CLAIRE, COMTE THIBAUDEAU, CONVENTIONNEL (1765 - 1854)

 

 

Thibaudeau baptême z


ANTOINE-CLAIRE, COMTE THIBAUDEAU, né le 23 mars 1765 à Poitiers (paroisse Saint-Michel), y fut reçu avocat à l'âge de 24 ans. Lorsque son père, peu de temps après, fut député par le tiers-état de sa province aux états-généraux, il l'accompagna à Versailles, et y commença son éducation politique. Témoin des premiers évènements de la révolution et des travaux de l'assemblée nationale, il embrassa les nouveaux principes avec tout l'enthousiasme d'une jeunesse ardente. Il retourna à Poitiers après les funestes journées des 5 et 6 octobre, et y devint, avec quelques amis de son âge, le fondateur d'une société patriotique. Dès qu'il eût atteint l'âge de 25 ans fixé pour exercer les droits politiques, ses concitoyens le portèrent aux fonctions municipales, et il fut successivement élu, substitut du procureur de la commune, procureur-syndic du département de la Vienne, et en 1792, député par le même département à la convention nationale. Il y siégea d'abord parmi les républicains les plus exaltés, mais ne voulut jamais faire partie de la société des Jacobins, ni même paraître dans ce club désorganisateur. Cette résolution, à laquelle il resta fidèle, le rendit suspect aux chefs du parti, qui, pour le malheur de la France, devint bientôt dominant dans la convention nationale, et dont Thibaudeau serait devenu une des victimes sans la journée du 9 thermidor.

thibaudeau portrait z

Dans le procès de Louis XVI, il avait voté avec la majorité ; mais sa conduite pendant la mission que la convention nationale lui confia, le 10 mars 1793, dans les départements de la Vienne, Mayenne et Loire, Indre-et-Loire, les Deux-Sèvres et près de l'armée des côtes de La Rochelle, n'était nullement conforme aux voeux sanguinaires de plusieurs de ses collègues, personne n'eut à reprocher à Thibaudeau d'avoir porté atteinte à sa fortune ou à sa liberté ; aussi dès que les journées du 31 mai, 2 et 3 juin, eurent assuré le triomphe de cette faction, il fut rappelé par un décret.

Les nouveaux proconsuls envoyés dans le département de la Vienne firent d'abord jeter dans les cachots de Poitiers, son père, son beau-père, tous ses parents et ceux de sa femme. Vainement chercha-t-il plusieurs fois, à la tribune, à obtenir justice des attentats qui se commettaient dans son département, et à justifier ses parents et ses amis, sa voix fut étouffée par les clameurs ; on refusa de l'écouter davantage.

Renvoyé au comité de surveillance, il y fut de même repoussé, et on lui donnait assez clairement à entendre qu'il serait bien heureux s'il pouvait se soustraire lui-même à l'échafaud.

La chute de Robespierre le sauva, et dès les premiers jours qui suivirent le 9 thermidor, Thibaudeau eut la satisfaction de faire ouvrir dans le département de la Vienne, les portes des prisons qui renfermaient sa famille entière, et un grand nombre de citoyens recommandables que les terroristes y avaient fait incarcérer.

Depuis cette époque jusqu'au 18 fructidor an V, c'est-à-dire pendant trois ans, il parut souvent à la tribune, tantôt avec des discours écrits, tantôt improvisant, et obtint par ses talents oratoires, ainsi que par l'énergie avec laquelle il s'opposa aux mesures violentes des factions, une grande influence dans l'assemblée.

Le 21 vendémiaire an III (13 octobre 1794), il fit comprendre Thomas Payne dans le décret qui rappelait dans le sein de la convention les députés proscrits à la suite du 31 mai 1793, et qui avaient été mis en arrestation le 3 octobre suivant, sur la motion d'Amar.

Le 27 pluviôse (15 janvier 1795), il provoqua la révision des lois ultra-révolutionnaires, comme seul moyen de ramener la paix. Élu président de la convention le 16 ventôse an III (6 mars 1795), il continua à prendre la parole dans toutes les discussions importantes ; présenta des rapports sur un grand nombre d'objets d'administration, sur la marine, sur l'éducation publique ; demanda la suppression de l'odieuse loi du maximum, et celle des commissions exécutives.

Le 12 germinal (1er avril 1795), il montra le plus grand courage, repoussa avec fermeté les pétitionnaires turbulents des faubourgs, qui exigeaient la mise en activité de l'inexécutable constitution de 1793 ; se prononça contre les principes désorganisateurs que ce projet de loi renfermait ; attaqua avec vigueur les débris encore si puissants de la faction de la Montagne, qui voulait rétablir le règne de la terreur ; désigna à la France entière cette faction comme une minorité sans cesse conspirante ; fit rapporter le décret qui ordonnait la publication de la liste des personnes arrêtées, et réclama la restitution des biens confisqués sur les parents des condamnés.

Nommé le 14 germinal membre du comité de sûreté générale, et un des sept membres chargés de présenter les lois organiques de la constitution, il proposa, peu de temps après, de supprimer le comité de sûreté générale, et de confier le pouvoir exécutif à un seul comité composé de 24 membres.

Lors de la révolte du 1er prairial (20 mai 1795), il montra le même courage, fit charger le commandant de la force armée de repousser les factieux des faubourgs, qui demandèrent à grands cris la constitution de 1793, et qui bientôt s'emparèrent momentanément de la salle de la convention où ils égorgèrent le député Ferraud. Il provoqua ensuite le décret d'accusation contre ceux des conventionnels qui avaient fomenté ces désordres ; demanda qu'on se bornât à la déportation déjà ordonnée à l'égard de Collot-d'Herbois, Billaud-Varennes et Barrère ; se réunit à son collège Lesage d'Eure-et-Loire, pour demander qu'on ne fit juger par une commission militaire que les délits de la compétence militaire et que les députés Romme, Duquesnoi, Bourbotte, Goujon, Duroi et Soubrani, fussent traduits devant le tribunal criminel du département de la Seine.

A l'approche des troubles du 13 vendémiaire (5 octobre 1795), Thibaudeau se prononça contre les sections insurgées de Paris, avec la même énergie qu'il avait déployée contre les terroristes et autres ennemis de l'ordre. Lorsque M. Lacretelle le jeune vint à la barre de la convention demander avec menace, au nom de la section des Champs-Élysées, qu'on renvoyât toutes les troupes de Paris, Thibaudeau fit improuver cette caricature de la fameuse adresse de Mirabeau à Versailles en 1789. "Lorsque les décemvirs, répondit-il à l'orateur de la députation, vous présentèrent la constitution de 1793, qu'ils établirent la terreur et les échafauds, vous courbâtes la tête sous la plus détestable tyrannie, et aujourd'hui que la convention a établi le règne des lois, vous attaquez les amis et les défenseurs de la liberté publique, vous voudriez décimer la convention". M. Lacretelle, plus malheureux encore, dans l'emploi qu'il fit depuis des forces sectionnaires que comme orateur à la barre, vit cependant son exemple suivi par plusieurs rédacteurs d'adresses. Dupont, médiocre acteur du Théâtre-Français et orateur de la section de ce nom, vint aussi présenter une adresse ; mais après la lecture d'un préambule virulent d'insultes, Thibaudeau, qui occupait alors le fauteuil du président, interrompit l'orateur pour consulter l'assemblée sur la continuation de la lecture, et elle refusa d'en entendre la suite. Il déclara ensuite qu'à toutes les députations menaçantes, le président ne devait répondre que ce peu de mots : "Nous respecterons le voeu du peuple, et nous vous y ferons obéir".

A la suite de ces déplorables journées, il fit décréter qu'une cérémonie funèbre serait annuellement célébrée en mémoire des 21 députés assassinés sur l'échafaud le 31 octobre 1793, et de tous les amis de la liberté égorgés pour la même cause.

Élu membre du comité de salut public, Thibaudeau attaqua avec violence, dans plusieurs discours, Tallien, Fréron et autres membres du parti thermidorien, qu'il accusait du projet de s'emparer du pouvoir, et de menées subversives de la constitution, qui venait d'être décrétée en l'an III, et à la rédaction de laquelle il avait eu une grande part. Le résultat des élections pour les nouveaux conseils législatifs qui succédèrent à la convention, ayant été publié, il se trouva que Thibaudeau avait été élu par trente-deux départements. Il opta pour le sien, celui de la Vienne, et prit place au conseil des cinq-cents. Déjà en hostilité ouverte avec le parti thermidorien, et en horreur aux restes du parti de la Montagne, Thibaudeau se fit de nouveaux ennemis dans le conseil, en s'opposant avec force à toutes les mesures proposées par le directoire, quand il croyait ces mesures contraires aux libertés publiques. Il combattit le projet de la création d'un ministère de police générale, déclarant que ce nouveau pouvoir était inutile et dangereux ; il combattit de même avec persévérance l'application de la loi dite du 3 brumaire, qui excluait des conseils et de toutes fonctions publiques les parents d'émigrés. C'était bien assez, disait-il, que la terreur eût eu ses suspects ; il ne voulait point que le régime constitutionnel eût aussi les siens, ni qu'il y eût des îlotes dans la république.

Thibaudeau fut élu président le 2 ventôse an IV (21 février 1796). Dans la séance du 21 prairial (9 juin), succédant à la tribune à Tallien, qui dénonçait les excès commis par les royalistes, la nouvelle réaction qui ensanglantait les départements et menaçait tous les patriotes, Thibaudeau rappela à son tour les excès des terroristes, et prétendit que les restes de ce parti menaçaient aussi la France de nouveaux dangers. La conspiration de Babeuf venait d'être découverte, et l'attaque du camp de Grenelle avait eu lieu peu de temps après. "Et moi aussi, s'écria Thibaudeau, je vous parlerai de réaction ; celle que je désignerai est non moins dangereuse, elle est aussi de notoriété publique ; c'est celle de la faction détestable, du sein de laquelle sont sortis les conjurés que l'on vient de saisir avec les preuves matérielles, écrites et signées, de leur exécrable projet ; c'est celle de la faction du 2 septembre ; c'est celle de la faction qui a fait le 31 mai, qui a proscrit et décimé la représentation nationale, qui a asservi la France et dressé à Robespierre un trône élevé sur les cadavres des meilleurs citoyens". Il termina son discours par ces mots : "Non, j'en atteste les maux soufferts et les victimes regrettées ; non, la terreur ne règnera plus sur les Français ; non, les bastilles ne s'ouvriront plus pour l'innocence ; non, les têtes ne rouleront plus sur les échafauds (un mouvement unanime éclate à ces mots dans le conseil, et de toutes parts ce cri : Non ! non, jamais ! se fit entendre) ; il n'est pas un Français qui ne courût aux armes si le signal du combat était donné, car enfin après les exemples éclatants d'audace et de scélératesse dont ils ont été les témoins, et dont un si grand nombre furent les victimes, il vaut mieux périr en combattant dans les dissensions civiles, que de tendre lâchement la tête à ses bourreaux. (Oui ! oui ! s'écrie une foule de membres). Ce fut à peu près le dernier triomphe que Thibaudeau remporta à la tribune des cinq-cents.

Il proposa depuis d'annuler les élections de Marseille, comme faites par la force et ordonnées par le directoire, et fit plusieurs sorties violentes contre la loi du 3 brumaire, notamment dans la séance du 30 vendémiaire (15 mars 1797). Il s'opposa à ce qu'on obligeât les électeurs à prêter serment de haine à la royauté, et son opinion lui attira alors les violents murmures des tribunes et de la majorité de l'assemblée.

Toujours de plus en plus en hostilité avec le directoire, il provoqua la destitution des commissaires de la trésorerie et la mise en accusation du ministre des finances, relativement aux opérations de la compagnie Dijon, favorisée par eux ; demanda la prompte organisation de la garde nationale comme seul moyen de s'opposer aux triumvirs directoriaux, et sollicita enfin des mesures de sûreté publique.

Il fut hautement accusé dès-lors de royalisme par les partisans du directoire, et désigné comme un des membres les plus dangereux de la faction dite de Clichy.

Nommé, le 2 fructidor an V (19 août), membre de la commission des inspecteurs avec Pichegru, il fut aussi porté un des premiers par le directoire sur la liste de déportation lors de la révolution du 18 du même mois. Il trouva cependant des amis qui agirent en sa faveur. M. Boulay de la Meurthe, avec lequel il n'avait jamais eu de relations intimes, se joignit à eux, et obtint enfin qu'on rayât son nom du nombre de ceux des proscrits ; mais il ne fut point réélu, et sortit du conseil en mai 1798 ; il reprit alors ses fonctions d'avocat, et se distingua au barreau de Paris.

Après la révolution du 18 brumaire, le premier consul, qui estimait le caractère et les talents de Thibaudeau, l'appela au conseil-d'état. Il fut chargé de défendre devant le corps-législatif, le 20 mars 1801, le projet de loi sur la procédure criminelle, et, quelque temps après, de présenter à ce corps le tableau des opérations du gouvernement. Après avoir, pendant quelques années, siégé dans le conseil, Thibaudeau fut nommé préfet du département de la Gironde, et se fit aimer à Bordeaux par son administration sage et équitable.

En 1808, il eut le titre de comte de l'empire.

La restauration le priva de toutes fonctions ; mais au retour de l'île d'Elbe, en 1814, il reprit son rang de conseiller-d'état, et fut nommé commissaire extraordinaire dans le département de la Côte-d'Or.

De retour à Paris, il fut nommé, par Napoléon, membre de la chambre des pairs.

Après le second retour du roi, Thibaudeau fut compris dans l'ordonnance du 26 juillet 1815, et forcé de s'expatrier.

Après avoir longtemps parcouru, avec son fils, la Suisse et l'Allemagne, et avoir éprouvé de quelques gouvernements des persécutions diverses, après avoir même subi plusieurs arrestations, ils obtinrent la permission du cabinet autrichien de fixer leur séjour à Prague.

Après ces différents séjours à Prague, Vienne, Bruxelles, le comte Thibaudeau arriva enfin à Paris le 5 août 1830 après quinze ans d'exil.

Son fils, Adolphe, a fait publier les mémoires de son père, 2 vol. in-8° ; ouvrage plein d'intérêt, composé pendant l'exil, mais qui ne retrace que le tableau des évènements depuis 1792 jusqu'en 1800.

On doit encore au comte Thibaudeau les ouvrages suivants :

1° Histoire du terrorisme dans le département de la Vienne, 1 vol. in-8°, 1795 ;

2° Recueil des actes héroïques et civiques des républicains français ;

et un grand nombre de discours et de rapports aux différentes assemblées législatives.

THIBAUDEAU AC z

Lorsqu'il écrivit cette biographie, Thibaudeau était à Maisons-Lafitte où, depuis quelques années, il passait ses étés dans une modeste habitation entourée de jardins où il se livrait avec passion à l'horticulture. Pendant les hivers, il venait à Paris. Là, toutes ses journées se passaient dans sa chambre à coucher qui était en même temps son cabinet de travail, et à quelque moment qu'on vînt le voir, on le trouvait occupé à lire et à travailler. De fidèles amis, sa famille venaient l'aider à passer ses soirées, faire son piquet, et jusqu'aux derniers moments de sa vie, par son esprit caustique, ses réparties vives, sa logique implacable, il était l'âme de ces modestes réunions.

En 1852, lors du rétablissement de l'Empire, il fut nommé sénateur et grand officier de la Légion d'honneur. Il allait très-régulièrement aux séances du Sénat, mais sa santé ne lui permit pas de prendre une part active à ses travaux.

Pendant les premiers mois de l'hiver si rude de 1854, Thibaudeau souffrit presque constamment des attaques de la seule maladie qui l'ait jamais atteint, de la goutte ; dans les premiers jours de mars, les symptômes devinrent alarmants, et le 8, dans la matinée, il expirait dans les bras des siens, à la veille d'accomplir sa 90e année, en pleine connaissance, affirmant les croyances de toute sa vie.

THIBAUDEAU décès z

Quelques heures après, son fils recevait de l'Empereur la lettre suivante :

"Palais des Tuileries, 9 mars 1854.
Monsieur, vous savez que le mérite, le caractère, les honorables services et le dévouement de votre père à l'empereur Napoléon Ier, m'ont toujours inspiré une estime particulière. C'est vous dire combien je suis touché du malheur qui vous frappe. Croyez donc à mes regrets sincères et à mes sentiments.
NAPOLÉON."

"M. Adolphe Thibaudeau."

Biographie_Mémoires_[avant_ma_nomination_[

Biographie_Mémoires_[avant_ma_nomination_[

A.C. THIBAUDEAU - MÉMOIRES 1765-1792 - Paris - 1875

Biographie nouvelle des contemporains ... - volume 19 - 1827.

AD86 - Registres paroissiaux de Poitiers.

Posté par Shenandoah Davis à 15:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :