La Maraîchine Normande

23 avril 2017

SAINT-AUBIN-DE-BAUBIGNÉ (79) - 1890 - LOUISE-IMOGEN GUINEY, PASSIONNÉE PAR L'HISTOIRE DE MONSIEUR HENRI

SAINT-AUBIN-DE-BAUBIGNÉ
LOUISE-IMOGEN GUINEY

GUINEY LOUISE IMOGEN

Un jour de l'année 1890, M. l'abbé Gabard vit arriver au presbytère deux dames, la mère et la fille, qui lui déclarèrent être américaines, catholiques, ajoutant qu'elles avaient un véritable culte, l'une et l'autre, pour la mémoire de Henri de la Rochejaquelein, et qu'elles étaient venues tout exprès, malgré la rigueur de la saison, pour faire un pèlerinage au tombeau du héros.

Le bon curé se mit à l'entière disposition de ces dames, les conduisit au mausolée et s'efforça de satisfaire leur curiosité en leur donnant tous les renseignements historiques sur le héros dont la réputation les avait attirées de si loin.

Deux ans plus tard, il recevait de New-York, avec une charmante lettre, un petit volume dont voici quelques indications :

MONSIEUR HENRI
by
LOUISE IMOGEN GUINEY
New-York Harpser Et Brothers
Printers et Publischers
MECCCXCII

Ce volume était l'oeuvre de la plus jeune des deux courageuses pèlerines du rude hiver 1890, miss Louise Imogen Guiney, qui, enthousiasmée par le récit des exploits de Monsieur Henri, avait tenu, une fois rentrée en Amérique, à se faire elle-même l'historienne du héros.

L'ouvrage ayant été tiré seulement à 50 exemplaires, M. l'abbé Gabard pouvait se vanter de posséder une véritable rareté bibliographique, qui ne se trouve probablement dans aucune bibliothèque de France ...

Détail curieux, qui montre jusqu'à quel point l'auteur avait tenu à respecter la couleur locale : le volume est relié en toile, mais cette toile n'est autre qu'un mouchoir rouge, acheté à Cholet même par l'originale Américaine !

La Vendée Historique - Huitième année - n° 169-70 - 5-20 janvier 1904

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19 avril 2017

CAEN (14) - 1836 - LE CANARD SAUVAGE DE CAEN

CAEN, 23 décembre 1836


Avec un vent glacial du nord, un canard sauvage, par malheur pour lui et par malheur pour certain employé de l'octroi, s'abattit, le 11 de ce mois, dans la prairie de Caen : par malheur pour lui, car il fut tué ; par malheur pour l'employé de l'octroi, car il lui aura valu deux procès, l'un civil, l'autre correctionnel.

C'était à l'heure de la passée des canards et des fraudeurs, le sieur Coldée n'avait mission de surveiller que ces derniers : mais, pensant pouvoir faire d'une pierre deux coups, il guettait en même temps la fraude et le gibier.

 

chasse au canard zz

 

Ce jour, il ne rencontra pas de délinquants, mais seulement un canard sauvage, qu'il tua et mit dans son sac. Survint un sieur Duval-Chibourd, qui prétendit que ce canard était le sien, attendu qu'il l'avait tiré le premier, - Tiré, c'est possible, mais manqué, c'est sûr ! - Je l'ai blessé ; - Moi, je l'ai tué ..., etc. - Quoiqu'il en fût, Coldée s'en alla avec le canard, et le mangea.

De là un premier procès. Citation en police correctionnelle et condamnation de Coldée de 50 fr. d'amende, avec confiscation du fusil.

Fatal canard ! chaque aiguillette aura coûté cher ! car un autre procès est pendant entre les parties, devant le juge de paix, chargé de décider si l'employé de l'octroi a légitimement mangé le canard qu'il avait illégalement tué.

Ainsi, voilà un malencontreux volatile, qui occupe trois juges de première instance et un juge de paix, qui fait prendre la parole à un procureur du roi et suer trois avocats, qui met en mouvement bon nombre d'huissiers et la plume en main à deux greffiers, et qui dérange de leurs affaires pendant plusieurs jours un employé de l'octroi et un commerçant.

C'est le cas de dire que les plus petites causes ont quelquefois de grands effets.

Le Mémorial de l'Ouest - janvier 1836

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FALLERON - LES SABLES-D'OLONNE (85) - 1794 - PERRINE-JULIENNE MULONNIÈRE, VEUVE CANTIN

PERRINE-JULIENNE MULONNIÈRE, VEUVE [GERMAIN-RAYMOND] CANTIN

Falleron carte z

MULONNIÈRE Perrine Julienne veuve CANTIN Germain Raimond, 47 ans, habitant la Chauvière à Falleron, est condamnée le 6 janvier 1794 à la détention jusqu'à plus ample information. Elle repasse devant le tribunal le 19 février 1794 qui la renvoie devant le Tribunal criminel. Elle est condamnée à la peine de mort le 24 février 1794. [AD85 - L 15-90 - vue 219 - 252 - 262]

Falleron - La Chauvière z

♣♣♣

24 février 1794 - 6 ventôse an II

Aux Sables-d'Olonne, la Commission militaire fait fusiller Perrine Mulonnière. Le jugement la condamnant est ainsi conçu :

"Attendu qu'il résulte du tout, que Perrine Mulonnière, veuve Raymond Cantin de la Chauvière, a été arrêtée ayant avec elle deux prêtres réfractaires et déguisés, et qu'elle l'était elle-même sous des habits de paysanne ; que Charette a aussi été chez elle, qu'elle a eu des conversations particulières avec lui, qu'elle a fait distribuer du blé aux journaliers à condition qu'ils iraient à l'attroupement des révoltés, qu'elle s'est répandue en propos contre-révolutionnaires, que les prêtres réfractaires disaient la messe dans sa maison, où elle leur donnait asile, qu'elle savait où les brigands avaient trois cents fusils cachés et qu'elle ne l'a pas déclaré aux patriotes, qu'enfin pendant tous les troubles elle a parcouru le pays occupé par les brigands ..."


Avoir donné asile à de pauvres prêtres proscrits, avoir parlé à Charette et s'être refusée à jouer le rôle de dénonciatrice : que de femmes vendéennes, à cette époque, ont été guillotinées fusillées ou massacrées pour des crimes de ce genre, au cri de Vive la République ! et ... au nom de l'Humanité !

 

La Vendée historique - Douzième année - n° 274 - 20 mai 1908

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17 avril 2017

POLIGNY (39) - PARIS-MONTMARTRE (75) - 1836 - MORT DU GÉNÉRAL TRAVOT

 

TRAVOT POLIGNY Z


Le baron Travot (Jean-Pierre), né le 7 janvier 1767 et baptisé le 9 à Poligny (39), est mort le 7 janvier 1836. 

Travot naissance z

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On connaît le triste évènement qui l'éloigna, il y a du monde et de l'armée.

Entré dans celle-ci, dès sa jeunesse, et comme simple soldat, il s'y éleva par sa bravoure et ses talens aux plus hauts grades.

Adjudant-général dans les premières années de la révolution, il fut nommé général de brigade en 1799, général de division en 1805, et sénateur durant les cent-jours.

La Vendée fut surtout le théâtre où il se trouva malheureusement en scène à divers époques, sous Hoche, d'abord, plus tard, avant et avec Lamarque.

Il prit aussi toutefois une part glorieuse aux guerres d'Espagne. Depuis longtemps il habitait à Montmartre la maison du docteur Blanche, retraite à laquelle l'avait prématurément condamné la perte de sa raison.

Plusieurs de ses anciens camarades et amis ont, en assistant à son convoi, rempli un dernier devoir que leur imposait le souvenir d'un citoyen aussi honorable qu'infortuné.

Dans le nombre se distinguaient les généraux Bayer, Thiébault et Piquet, les députés Chatry-Lafosse, Dinirans, Paganel et Viennet.

Nous empruntons au discours de celui-ci quelques détails qui feront mieux connaître le caractère de la vie du brave Travot.

"Il n'existait plus depuis longtemps pour ses amis, pour sa famille, pour l'armée, a dit M. Viennet, celui dont la tombe va renfermer la dépouille mortelle. L'esprit des vengeances politiques l'avait frappé à mort, à une de ces époques désastreuses qu'on voudrait effacer de nos annales. Travot avait été prédestiné par la fortune des armes pour cette guerre impie dont la Vendée était le sanglant théâtre, et il fallait avoir comme lui la religion du devoir pour se résigner à cette longue et douloureuse mission. Il sut y acquérir du moins une de ces gloires qui ne sont pas même contestées par les partis. Nous ne parlerons pas de son courage. Ses combats de chaque jour en furent des témoignages éclatants ; mais il y déploya toute la noblesse d'un beau caractère, tout ce qu'il y avait de candeur et de pureté dans son âme ; et ceux qui redoutaient son bras armé cessaient de le craindre, dès qu'ils ne paraissaient plus devant lui qu'en prisonniers. Charette vaincu ne voulut rendre son épée qu'au général Travot ...

Travot, cependant, fut une des victimes choisies par les implacables ressentiments qui se manifestèrent en 1815. On joignit la dérision à la férocité. Par un raffinement de barbarie, ses ennemis parvinrent à le dérober à la loi d'amnistie qui allait être proclamée. On se hâta de commencer un procès dont l'infamie ne tomba que sur les accusateurs et sur les juges. On osa lui faire un crime de sa clémence, parce que cette clémence, disait-on, avait fait des prosélytes à la révolution.

Heureusement pour Travot, ou plutôt pour sa famille, il se rencontra sur les marches du trône un ministre qui se souvint de son origine, qui rougit pour son roi de l'atrocité qu'on allait commettre en son nom. L'arrêt de mort fut cassé par la justice royale ; mais si la sentence n'avait frappé le vainqueur, le pacificateur de la Vendée, le compagnons des conquérants de Lisbonne, un homme dans toute l'énergie de ses facultés, dans toute la vigueur de sa pensée, la clémence ne tomba que sur un infortuné privé de sa raison, sur un objet de pitié, et l'indignation publique châtia d'autant plus ses juges, sans que la reconnaissance put s'attacher à un pardon tardif qu'on avait eu tant de peine à obtenir.

Depuis ce moment, le malheureux Travot fut condamné à finir sa vie dans l'obscurité, dans la douleur, loin des consolations d'une épouse dont les supplications et les larmes avaient triomphé de la vengeance. Mais ce bienfait n'étit pas même entré dans la mémoire d'un infortuné dont il conservait la triste existence. Il ne reconnaissait, il ne voulait revoir ni sa femme, ni sa famille. L'époux, le père, le général, le citoyen avaient péri en lui ; et le seul jour où il a été permis à l'un de ses enfants de l'approcher, il n'a plus trouvé sous ses yeux que le cercueil qui est devant vous, et que ce fils arrose de ses larmes !"

Le général Travot a laissé deux fils, l'un capitaine d'artillerie, l'autre lieutenant de cavalerie à l'école de Saumur.

Le Mémorial de l'Ouest - Dimanche 24 janvier 1836 - n° 4


 

COMMANDEUR DE LA LEGION D'HONNEUR, LE 14 JUIN 1804

Fils :
Philibert-Victor, fils de Jean-Pierre Travot, aide-major de la garde nationale de Poligny, et de demoiselle Danielle Cherin, est né et baptisé le 16 mars 1791. - Chevalier de la légion d'honneur en 1818.

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SEPTEMBRE 1882 - SÉJOUR DES DÉLÉGUÉS DU BANQUET DE CHALLANS A FROHSDORFF - "HEUREUX VENDÉENS"

HEUREUX VENDÉENS


"Heureux Vendéens !" c'est par cette exclamation que se termine un intéressant récit du voyage et du séjour des délégués du banquet, de Challans à Frohsdorff. Et, de fait, MM. de Baudry-d'Asson père et fils, Babu, Gaborit, Bossard, Cailleton, etc, peuvent se vanter d'être d'heureux gaillards. Jugez-en.

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Ils sont arrivés à Vienne le mardi 19, à cinq heures du matin. Savez-vous ce qu'ils y ont trouvé ? Une lettre de M. le comte de Blacas leur annonçant que le roi se faisait une fête de les recevoir le jour même de leur arrivée et que M. le comte René de Monti viendrait les prendre à neuf heures et demie. A l'heure dite, le jeune et sympathique secrétaire leur disait : Suivez-moi, et ils prenaient le train. La voie ferrée ne va pas jusqu'à Frohsdorff. Quatre voitures de la Maison du Roi attendaient les voyageurs à Newstadt. "Ils arrivaient vers trois heures après midi à la grille du beau domaine où les révolutions ont exilé l'auguste Chef de la Maison de France et dans la solitude duquel Henri V, les yeux sans cesse tournés vers la patrie, attend avec impatience l'heure bénie." Une impatience d'une espèce nouvelle qui patiente depuis plus d'un demi-siècle.

"Avec cette courtoisie qui fait de ce digne serviteur de l'exil l'un de nos gentilshommes les plus distingués et les plus aimés", le comte de Blacas fit savoir aux délégués que Monseigneur daignerait leur donner audience dès qu'ils se seraient un peu nettoyés. On les conduisit dans des chambres.

"Enfin, le moment si désiré est arrivé !" M. de Baudry-d'Asson père est reçu le premier ; il "est introduit dans le cabinet particulier du Roi" ; une demi-heure après, le reste de la délégation entre, mais pas dans le cabinet particulier, dans le salon de réception. Le fidèle Maraîchin, "ses compagnons de voyage, comme lui pénétrés d'une inexprimable émotion, attendent immobiles, le regard fixé sur la porte à deux vantaux, par laquelle va paraître le descendant de saint Louis, d'Henri IV et de Louis XIV. Il se passe un instant de silence solennel ; les visages pâlissent et chacun entend les battements de son coeur dans sa poitrine oppressée. La porte s'ouvre, elle donne passage au comte de Blacas qui s'efface aussitôt et dit d'une voix ferme : Le Roi !" Heureux Vendéens !

"Tête nue, le regard lumineux, le visage bienveillant, Monsieur le comte de Chambord s'avance vivement vers ses hôtes" ; il prend la main du fidèle Maraîchin, et s'écrie, et s'écrie : - "Ah ! mes amis, mes braves Vendéens, combien je suis heureux de vous voir ! Vous n'avez pas eu la patience d'attendre mon retour en France pour saluer le Roi ; je vous en exprime ici ma vive gratitude". Et c'est mérité ; car, si les délégués avaient attendu pour saluer le Roi sa rentrée en France, il y a fort à croire qu'ils ne l'auraient jamais salué.

Le comte de Chambord a reçu des mains de M. Pajot la bannière vendéenne, qui sera l'ornement de sa chapelle. Puis, passant de l'un à l'autre de ses visiteurs, il a eu pour chacun d'eux un mot des plus aimables. Il a loué M. Fradin de l'honneur qu'il eut, il y a vingt ans, de subir trente-neuf jours de prison préventive pour avoir distribué dans le Marais des médailles à l'effigie du Roi. Il a loué M. Fradin (déjà nommé) et M. Babu, ex aequo, d'être des maires révoqués. Par M. Gaborit, un vieillard de soixante-treize ans, il s'est fait raconter de vieilles histoires. Au fidèle Couthuis il a dit : Vous savez depuis longtemps mes sentiments pour vous. A M. Cailleton, il a rappelé avec émotion les souvenirs de Montfaucon. Il n'a pas négligé M. Bossard. Mais tout cela n'était que les bagatelles de la porte.

Les délégués ont dîné avec le Roi - et avec la Reine. On a dit souvent : Ah ! si la France connaissait le Roi ! On dit depuis cette inoubliable soirée : "Quel malheur que la France ne connaisse pas la Reine !" Songeons qu' "après le Roi, qui venait de recevoir de M. Babu le petit drapeau blanc que chacun portait à sa boutonnière au banquet de challans, Madame daigna accepter avec une bienveillance sans égale, de M. Fradin, les photographies de ses filles et de sa femme". Une reine qui daigne accepter des photographies ! Le jour où la France le saura, il n'y aura plus un seul républicain.

Non-seulement les délégués ont dîné, mais ils ont couché. Et le lendemain matin à sept heures, on leur a servi la messe. "Par ordre du Roi, M. Couthuis, debout au pied de l'autel, tenait la bannière de la Vendée." Pourquoi pas M. Pajot ? C'était le fidèle Maraîchin qui l'avait apportée, pourquoi est-ce le fidèle Couthuis qui l'a tenue ? Ce n'est pas juste. "L'émotion a été au comble, et jamais il ne fut si vrai de dire : Tous versaient dans le sein de Dieu des larmes avec des prières." Bientôt les larmes n'ont plus suffi, les sanglots ont éclaté. "C'est d'une voix entrecoupée par les sanglots que nos amis ont chanté le Domine salvum fac Regem".

Le Roi et la Reine n'ont pas sangloté, mais il s'en est fallu de peu que la Reine ne pleurât.

"Pouvant à peine retenir ses pleurs, la Reine jeta sur tous nos amis un regard de reconnaissance attendrie et s'éloigna." Le Roi domina son émotion : - "Messieurs, dit-il, je veux vous embrasser tous". Déjà tous tendaient une joue éperdue. Mais le Roi ajouta sagement : "Dans la personne de M. de Baudry-d'Asson." Alors, prenant dans ses bras le député vendéen, il l'embrassa à plusieurs reprises avec "la tendresse d'un père et la dignité d'un roi !" Ensuite, "il étreignit chaleureusement la main de chacun des délégués, et leur dit de sa voix vibrante : Au revoir, mes amis, à bientôt !"Le Roi avait disparu que nos excellents amis étaient encore là, pleurant et sanglotant." Heureux Vendéens ! "Il fallut que MM. de Blacas et de Monti vinssent les emmener de ce salon où ils laissaient le meilleur de leur âme et de leur coeur." Ils n'en ont rapporté en France que les tristes restes.

En disant aux délégués : "Au revoir, mes amis, à bientôt !" le comte de Chambord a voulu leur dire que c'est en France qu'il les reverra. Malheureusement, dans le comte rendu de la messe, je lis ce paragraphe : "Quels touchants et chaleureux appels montèrent suppliants de ces coeurs français vers Celui qui abaisse ou relève, quand il lui plaît, les peuples et les trônes !" C'est Dieu qui relève les trônes, soit, quand il lui plaît. Il s'ensuit qu'il ne plaît pas à Dieu de relever le trône du comte de Chambord, car voilà cinquante-deux ans qu'il le laisse les quatre fers en l'air.


Auguste Vacquerie.

Journal : le Rappel - n° 4585 - Vendredi 29 septembre 1882 - 8 vendémiaire an 91

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15 avril 2017

VARADES (44) - DÉNONCIATION CONTRE L'ABBÉ FERRÉ

VARADES, 22 PRAIRIAL AN IV (10 juin 1796)

Prêtre guerrier


Le juge de paix du canton relate une entrevue mouvementée qu'il a eue à Montrelais avec l'abbé Ferré, un prêtre réfractaire qui conteste la légitimité de la République ; il l'a laissé en liberté mais veut savoir si l'amnistie permet ce genre d'attitude.

 

COPIE DE LA DÉNONCIATION CONTRE L'ABBÉ FERET


Aujourd'hui duodi vingt-deux prairial an 4e de la République française.

Nous, Joseph Martin, juge de paix du canton de Varades, résidant à la rue du fresne, commune de Montrelais, étant à me promener dans l'isle de la Pierre Sauve, isle près Ingrandes en cette commune, sur les cinq heures de l'après-midi, j'ai vu venir par vers moi trois habitans du bourg de Montrelais qui sont Vincent Blond, René Renard & Silvain Viaud, qui m'ont dit me chercher pour me prier de me transporté si je le voulois bien chez le citoyen François Leduc, fermier de la même isle, que le Prêtre qui avoit déjà dit la messe à Montrelais, désirait me parler un instant. A celà je leur répondit que ce n'étoit point à moi qu'il devait s'adresser, mais bien au citoyen Chevalet faisant les fonctions d'agent municipal, mais que cependant, puisque je me trouvois rendu là, je le voulais bien, & aussitôt nous nous rendons tous de compagnie ; chemin faisant, nous rencontrons François Le Duc & je lui dis : "Vous avez donc la Sainteté chez vous, c'est à dire le Prêtre de Montrelais" ; il me dit ne pas le sçavoir et s'il y était il n'y avoit pas longtems car il ne faisoit que de sortir de chez lui, mais qu'il allait y voir.

En effet, nous entrons tous ensemble & entrant le premier, je dis : "Bonjour Citoyen & Citoyennes, yazant, la famille de Leduc."

A ce mot, ce prêtre me dit : Monsieur ; je ne suis point citoyen, je m'appelle l'abbé ; je lui dis : je ne vous connois point ici pour prêtre pour abbé mais pour un Étranger & pour lors un citoyen puisque vous habitez la République, & lui demandai ce qu'il désirait de moi ; il me demanda de quel droit on avoit fermé les portes de l'Église de Montrelais : je lui dit ignorer si on les avait fermées, mais que si on l'avait fait, on en avoit sûrement le droit & que pour les faire ouvrir, il pouvait avec toute sécurité aller trouver l'agent municipal, où son adjoint, et lui faire sa soumission au terme de la loi et que de ce moment, il pouvait se croire très tranquille, mais qu'une loi postérieure deffendoit de sonner les cloches, qu'il devait s'y conformer ; à cela il dit qu'il ne connoissois aucune autorité constituée que M. le général Hoche ; que tous les municipaux étoient des voleurs, qu'ils avoient volés tous les trésors des paroisses, ainsi que le vase sacré, qu'en un mot, ils étaient des voleurs.

A ce mot injurieux contre les autorités constituées, je voulus lui faire des observations, que tous n'avaient agi que d'après les loix qui étoient parties de nos différentes assemblées constituante & autres ; qu'il avoit donc tord de les traiter ainsi et qu'il se ferait arrêter : Moi, dit-il, je ne crains pas la mort, je suis près à tout souffrir pour la Religion et personne n'a aucun droit sur mon caractère et je suis libre d'après l'arrêté du général Hoche de dire la messe partout où je voudrais sans se faire aucune soumission. Je n'en dois à personne. Voyez si dans la Vendée & la Galerne, ils en ont fait (je lui dis à cela que la Vendée était encore la Vendée, et la Galerne, la Galerne), pays qu'occupaient les Chouans & que les autorités constituées n'y étoient pas encore établies, que s'en était la raison ; qu'il pouvoit y aller et alors il seroit peut-être plus tranquille, parce qu'on ne lui demanderait rien jusqu'à nouvel ordre ; mais qu'il n'en seroit pas plus tranquille parce qu'il voudroit bien s'y conformer. Oui ! qui a donc le droit de faire de telles loix ? Vous n'en ignorez pas ; nos sages Législateurs ; ah oui, vos Cinq ... ; en faisant du Directoire, qui ne se promènent qu'avec une voiture attelée de huit chevaux blancs ; ce sont là vos autorités constituées, ils sont comme les Municipaux, des voleurs.

Je lui dis quels étaient donc vos Rois, des Tirans, des sangsues du peuple ? Eh bien, il répondit, le Royaume étoit à eux, ils étoient nommés de Dieu, & vos autorités ne le sont que par la cabale, & je n'en veux reconnoître aucune que celle du Général Hoche & encore il n'a aucun droit sur mon caractère ; mais, lui expliquai-je, mais le Général Hoche n'est pas Législateur, il ne tient son autorité que du Directoire, en conséquence, il fait exécuter les loix qui lui sont remises ; l'amnistie qu'il vous a présentée vient de lui par arrêté du Directoire, donc vous devez le reconnoître, ou vous éloigner du sol de la République ; mais vous nous dittes être prêtre et vous appeller l'abbé Ferré d'Angers ; je ne peux le croire à moins que vous nous exibiez vos Lettres de Prêtrise ; à cela il dit ne devoir les montrer à personne, qu'au Général Hoche méprisant toutes les autorités constituées, et que les officiers municipaux étoient des voleur de Vases Sacrés, et que si ils voulaient, ils en remettraient bien une partie qu'ils ont caché pour leur profit ; mais que nous n'avions que faire de tant nous réjouir, que nous n'avions pas encore gagné, que la Religion seroit toujours la maîtresse. A cela il voulu citer des passages de l'Apocalypse. Je lui répondis que je n'avois nulle confiance à l'Apocalypse, qui n'étoit bon qu'à faire perdre la tête aux gens sans cervelle ; qu'en conséquence les gens éclairés n'y avoient nulle confiance, mais en l'Évangile auquel nous devions tous nous rapporter, & cette même évangile nous enseignoit l'obéissance aux loix, et qu'en conséquence il devoit s'y conformer sous n'importe quel prétexte ; mais qu'il étoit libre d'après d'exercer le culte, que sans cela il ne seroit jamais tranquille n'importe où, & que s'il restoit en cette commune, il faudroit qu'il exiba ses Titres ecclésiastiques et les ordres du Général Hoche comme ils l'autorisoient à l'exercice sans faire aucune soumission : que nous avions trop de respect et de reconnaissance pour ce brave général pour ne pas defféré à son ordre ; à cela il a persisté à traité les autorités constituées d'empocheurs & les municipalités qui notamment avoient volé les Vases Sacrés ; & en parlant à deux volontaires qui se sont trouvés là par hazard sans armes, & qui ont été témoins de la majeure partie des propos incendiaires qu'a tenu ce prétendu prestre, vers lesquels il se tourna à différentes fois, et leur dit : "Pauvres malheureux, les autorités constituées ont empoché tous les fruits (?), allez gobber les prunes. Ce n'est point à vous à qui nous en voulons, c'est à ces voleurs d'Église : lesquels volontaires ont signé avec nous ainsi que les habitans du bourg. Si je ne l'ai pas fait arrêter, c'est que j'ai voulu me consulter, vu la circonstance de l'amnistie, en crainte d'occasionner parmi les braves gens de la campagne une nouvelle guerre.

Arrêté en notre domicile les dits jour & an que dessus.

Signé sur la minute Vinvent Blond, René Renard, Silvain Guillaume, Gré, volontaire, Rémont Armand, Tambour, Maître, & Martin, juge de paix.

Ferré abbé - signature Martin juge de paix

 

P.S. Nous soussignés avons connaissance de plusieurs faits contenus au présent.

 

Ferré dénonciation

AD85 - Archives de la guerre de Vendée conservées aux Archives nationales - AN F19/1011-4.

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LES DÉPUTÉS DES DEUX-SÈVRES ET LE PROCÈS DE LOUIS XVI

LES DÉPUTÉS DES DEUX-SÈVRES ET LE PROCÈS DE LOUIS XVI

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La découverte de documents dans un placard secret des Tuileries prouve les intrigues du roi avec les pays en guerre contre la France. Son procès longtemps ajourné par les Girondins, devient indispensable. Il débute en décembre 1792 ; et le 14 janvier 1793, la Convention décide de se prononcer par appel nominal sur trois questions :

1) Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté et la nation, et d'attentat contre la sûreté générale de l'État ? A l'image de tous leurs collègues, les députés des Deux-Sèvres (sauf Duchâtel, malade) répondent par l'affirmative.

2) Y aura-t-il appel à la nation de la sentence rendue (cette question traduit une ultime tentative des Girondins pour sauver le roi) ? Comme l'ensemble de l'Assemblée, la députation des Deux-Sèvres se divise : 426 députés (parmi lesquels Auguis, Cochon et Dubreuil-Chambardel) rejettent l'appel au peuple. 278 (parmi lesquels Lecointe-Puyraveau, Lofficial et Jard-Pauvilliers) l'approuvent.

- LECOINTE-PUYRAVEAU : "Je déclare que je ne me présente point en qualité de juge, mais avec le caractère de représentant du peuple. Mardi, j'ai voté pour l'appel au peuple. Vous avez rejeté cet appel ; je respecte votre décision ; le peuple la jugera. Je représente le peuple, le peuple a été assassiné par le tyran. Je vote pour la mort du tyran".

- DUBREUIL : "Si je ne consultais que mon coeur, je ferai grâce ; mais, comme législateur, je consulte la loi ; la loi a parlé, je prononce la mort".

- COCHON : "J'ouvre la déclaration des droits, j'y lis : la loi doit être égale pour tous ; comme juge, je dois appliquer la loi ; la loi prononce la mort ; je vote pour la mort".

- LOFFICIAL : "Si j'avais à émettre un voeu comme juge, je voterais pour la mort ; mais je n'ai point ce pouvoir ; mes commettants m'ont envoyé pour faire des lois, et non pour juger. Je vote pour la détention et le bannissement".

- JARD-PANVILLIER : "Quoiqu'il soit contraire à mes principes de prononcer la peine de mort, je n'hésiterais pas à la voter si la tête du dernier conspirateur pouvait tomber avec celle de Louis. Je vote pour la détention jusqu'à la paix et le bannissement à cette époque".

- AUGUIS : "J'obéis au décret qui m'a rendu juge. Le tyran mérite la mort ; mais ne serait-il pas plus utile de le garder pendant la guerre, et de le déporter à la paix ? Je vote pour ce dernier parti". (Le Moniteur, XV 207).

A la dernière minute, sollicité par Lofficial, Duchâtel, malade, quitte son lit pour venir voter en faveur du bannissement. Son arrivée à la tribune, en robe de chambre et la tête entourée de flanelle, fait sensation. Un membre de la Montagne s'écrie : "Quel est le royaliste qui est allé chercher un spectre pour sauver le tyran" ?

Extrait : Les Pays des Deux-Sèvres, sous la direction de Jean Combes et Michel Luc - 2e édition - 1979

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09 avril 2017

NANTES (44) - JULIEN MINÉE, ÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL

NANTES

JULIEN MINÉE, évêque constitutionnel, naquit à Nantes (paroisse Saint-Saturnin), le 23 septembre 1738, où son père exerçait la chirurgie.

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Placé de bonne heure dans les écoles du clergé, et destiné à l'état ecclésiastique, il alla ensuite faire ses études au séminaire de Paris, où il reçut les ordres, et devint curé d'une des paroisses de Saint-Denis. Il occupait cette cure quand la révolution éclata.

En ayant embrassé les principes avec ardeur, il prêta le serment imposé par la constitution civile du clergé, et fut nommé curé de la nouvelle paroisse de Saint-Thomas-d'Aquin, établie dans l'église du noviciat des Dominicains, au faubourg Saint-Germain.

M. de la Laurencie (*), évêque de Nantes, s'étant refusé à prêter le serment, on procéda à son remplacement, au mois de mars 1791. On était alors aux jours du carnaval, et ce fut une chose tristement curieuse de voir les journaux de la ville confondre, dans un même alinéa, le récit des fêtes bruyantes qui le signalent, et l'annonce de l'élection épiscopale. Le 15 mars, les électeurs, réunis sous la présidence du député Coustard, qui avait mis le nom de Minée en avant, choisirent ce dernier à la majorité de 193 voix sur 294 votants, et la proclamation faire le lendemain, tint lieu au nouvel évêque de bulles pontificales. Dans un discours ampoulé, que Coustard prononça à cette occasion du haut de la chaire, il exalta le courage de Minée qui, dans une émeute, avait, au péril de ses jours, arraché à une mort certaine le maire de Saint-Denis, accusé d'accaparement. Minée ne s'était pas borné à le couvrir de son corps ; il avait recueilli chez lui la famille de ce magistrat. Comment ce courage, cette héroïque charité, faillirent-ils plus tard et firent-ils place à la déplorable pusillanimité ? ... Minée, informé de sa nomination et invité à prendre, sans délai, possession de son siège, répondit, le 18 mars, que, pour lui, le voeu du corps électoral était la voix de la Providence.

Sacré à Paris, le 10 avril 1791, il se hâta de déférer à l'invitation de Coustard et de se rendre à Nantes, où il arriva le 15 du même mois. Il reconnut sur le champ que son élection, oeuvre purement politique, était loin d'obtenir un assentiment unanime. Il ne put dissimuler les alarmes que lui inspirait la répulsion dont il se voyait l'objet, et, d'accord avec l'administration départementale, il ajourna jusqu'au 1er mai, son installation.

Enhardis par ces indices de faiblesse, les adversaires de Minée publièrent contre lui divers écrits, imprimés clandestinement au couvent des Récollets de la communauté de Sainte-Claire.

L'un des plus violents, saisi au nombre de 26 exemplaires au sortir des presses, était une Lettre de MM. les recteurs de divers cantons du diocèse de Nantes, en Bretagne, au sieur Julien Minée, curé des Trois-Patrons, à Saint-Denis, élu le 16 mars dernier, de la manière la plus scandaleuse, évêque constitutionnel et anti-canonique de la Loire-Inférieure.

Invité à repousser ces attaques, Minée publia, sous la date du jour même de son installation, une espèce de pamphlet qui parut sous ce titre : Lettre pastorale de M. l'évêque du département de la Loire-Inférieure, Nantes, in-4°, de 28 p.

Cette lettre, où Minée s'attacha particulièrement à exposer ses principes politiques, est farcie d'une foule de citations empruntées aux livres saints, avec plus d'exactitude matérielle que d'application fondée. Elle est terminée par des notes destinées, dans l'esprit de l'auteur, à prouver que, au temps de la primitive église, les évêques étaient élus directement par le peuple, et à justifier les passages du texte dirigés contre les envahissements des papes, les richesses du haut clergé, etc. Ces invectives, dans lesquelles Minée semble se complaire, contre la papauté et le clergé, le font sans cesse conclure du particulier au général, et confondre la "peccabilité" des envoyés de Dieu, considérés comme hommes, avec leur infaillibilité en tant qu'organes de la transmission des vérités révélées. Et pourtant il reconnaissait la suprématie canonique du pape, auquel il convient lui-même d'avoir écrit, le jour de sa consécration, pour l'en prévenir et entretenir avec lui, conformément à la loi religieuse, la communion et l'unité. Le factum de Minée est la meilleure preuve de la faiblesse de cet homme, qui ne sut jamais que se traîner à la remorque des partis et en subir le joug. Sa lettre pastorale, loin de calmer l'agitation, ne fit que l'accroître, et provoqua, de la part des campagnes, une sorte de déclaration de guerre contre les curés constitutionnels. Les effets en furent tels que, dans les cinq premiers mois qui suivirent l'installation de l'évêque, la garde nationale de Nantes fut obligée de marcher quinze fois pour le protéger. Minée crut qu'un acte d'autorité intimiderait les opposants ; et ce fut dans ce but qu'escorté de ses deux grands-vicaires, dont l'un, ex-moine de Vertou, avait mené, sous l'ancien régime, une vie scandaleuse, et l'autre était soupçonné de n'avoir pas compris la sainteté du confessionnal, il se présenta au couvent des Coüets, avec l'espoir de triompher facilement des religieuses qui l'habitaient. N'ayant pu réussir à s'en faire ouvrir les portes, il eut l'imprudence de rendre public le procès-verbal qu'il dressa de ce refus de le reconnaître comme évêque.

Furieux de ce désappointement, les prêtres constitutionnels et leurs partisans provoquèrent l'administration départementale à envoyer un de ses membres pour sommer les dames des Coüets de prêter serment d'obéissance à Minée. L'administrateur ne fut pas plus heureux que l'évêque. Les menaces d'un châtiment honteux ayant alors été proférées, les religieuses s'en alarmèrent et réclamèrent la protection du directoire du département, qui envoya, pour les protéger, douze hommes de troupes de ligne et vingt gardes nationaux. Cette sauvegarde, soit impuissance, soit connivence, ne fut d'aucun secours pour celles qu'elle devait défendre. Le monastère fut envahi par une nuée de harpies, guidées par des femmes appartenant aux classes les plus élevées de la société nantaise.

Ces mégères, bannissant toute pudeur, se ruèrent, avec une fureur qui tenait du délire, sur leurs malheureuses victimes, et donnant l'exemple à leurs sales acolytes, elles effectuèrent elles-mêmes les mauvais traitement annoncés. Pendant que les Fouetteuses des Coüets (c'est le nom dont furent stygmatisées les Tricoteuses nantaises) se livraient à ces excès, elles avaient de dignes émules dans d'autres femmes de Nantes, qui arrachaient, de leur pieux asile, les religieuses hospitalières de Saint-Charles, au Sanitat, mettaient leurs vêtements en lambeaux, et leur prodiguaient tous les outrages, aux cris de Vive Minée ! Quant à ce dernier, au lieu de s'interposer et d'arrêter les excès commis en son nom, il assistait paisiblement à une séance du département et ne trouvait aucune parole pour appuyer la demande que fit une députation de la partie calme des habitants, qui suppliait l'administration d'aviser à ce que la tranquillité des couvent ne fût plus troublée.

Un mois plus tard, au jour de la Fête-Dieu, dans le moment où Minée se préparait à donner la bénédiction, Dumouriez qui, depuis peu de jours, avait pris, à Nantes, le commandement de la 12e division militaire, s'élança sur les marches de l'autel, et dans une attitude théâtrale, annonça le départ du roi, et demanda aux soldats le serment de fidélité à la nation. Tous le prêtèrent d'un seul cri, et Minée, prenant part à une scène où les deux principaux acteurs n'avaient pas plus de foi l'un que l'autre, "accepta, au nom du Dieu vivant, ce serment sacré qu'il scella de l'auguste bénédiction".

Le langage de Minée, plus que ses actes, lui avait valu une sorte de popularité. Elle lui procura l'honneur d'être appelé à présider, le 25 août 1791, l'assemblée des électeurs, réunis au couvent des Jacobins pour procéder aux élections départementales. Un débat assez grave s'étant élevé et ayant continué pendant trois jours, entre les électeurs de la ville et ceux de la campagne, Minée, fidèle à son système de se ranger toujours du côté du plus fort, embrassa le parti des électeurs de la ville. Mais sa voix, dépourvue de l'autorité réservée aux hommes qui se font estimer, fut impuissante à rétablir l'ordre ; il abandonna alors la présidence, et sa désertion le fit laisser de côté pendant quelque temps ; mais, lorsque la république fut proclamée, il sentit le besoin d'expier sa faute en renchérissant encore sur la violence de son langage antérieur. Ne se rappelant son passé que pour le maudire, et peu soucieux de calmer l'exaspération populaire, il la fomenta par ses imprécations furibondes, à l'occasion d'un service funèbre célébré à la fin de septembre 1792. Son discours, digne des démagogues les plus forcenés, est une longue déclamation contre la royauté et les prêtres, qu'il représenta comme gorgés de richesses, en récompense de leurs adulations et de leur zèle à favoriser le despotisme et l'abrutissement du peuple. En caressant ainsi l'opinion dominante, Minée ressaisit un peu de faveur, et, malgré l'incompatibilité de ses fonctions avec celles de maire, quelques voix l'appelèrent, le 10 décembre 1792, à ces dernières. Le moment n'était pourtant pas encore venu où il devait obtenir des témoignages plus expressifs de la sympathie qu'avait réveillée son ardent civisme.

Une nouvelle occasion de consolider sa précaire popularité se présenta, le 3 mars 1793, jour où une cérémonie funèbre eut lieu à Nantes, en l'honneur de Lepelletier de Saint-Fargeau.

A la suite de plusieurs discours prononcés autour de l'arbre de la liberté, Minée fit entendre sa voix. "Les Égyptiens, s'écria-t-il, condamnaient les cadavres des rois ; Lepelletier a fait infiniment davantage : il a jugé à mort la royauté elle-même, et le triomphe éclatant que lui décernent, ainsi que nous, toutes les sections du peuple français, est une ratification de l'irrévocable décret qu'il a prononcé contre elle." Ces paroles excitèrent un grand enthousiasme et furent suivies des cris de Vive la république ! mort à la royauté ! Cette dernière imprécation s'adressait, par allusion, aux jeunes gens qui, refusant de se joindre à l'armée, s'étaient jetés dans la Vendée, et qu'une délibération du conseil départemental avait invités, la veille, à se rendre sous leurs drapeaux.

Tant que Minée crut au triomphe de la Gironde, il s'en montra partisan ; mais, aussitôt qu'elle eut succombé, il s'affilia au club de Vincent-la-Montagne, dont les corps administratifs de Nantes avaient, dès le 5 juin 1793, signalé la funeste influence, et il en devint un des membres les plus actifs. C'est là que le trouva Carrier lorsqu'il arriva à Nantes, au mois d'octobre 1793.

Le premier acte du féroce représentant fut de provoquer le remplacement de la municipalité et de l'administration départementale, dont Minée fut nommé président. Il ne fallut au Verrès nantais qu'un instant pour s'assurer que, si Minée n'était pas un homme d'action, il trouverait en lui, et cela lui suffisait, un auxiliaire docile, toujours prêt à le seconder, sinon du bras, du moins de la voix. Il le jugeait bien : Minée se fit un devoir scrupuleux d'appuyer, de ses paroles, les actes qui ont dévoué le nom de ce monstre à une réprobation ineffaçable. Ainsi, lorsque Carrier s'éleva, le 17 novembre 1793, au club Vincent-la-Montagne, contre les superstitions, les crimes du sacerdoce, Minée s'empressa de le remplacer à la tribune, et de répéter ce qu'il avait déjà dit dans une séance publique du département, "que la raison, la philosophie lui faisaient un devoir de briser les liens qui l'attachaient à une caste à qui la république devait tous ses malheurs ; qu'il se présentait devant ses concitoyens avec assurance, et sans craindre le reproche de les avoir infectés de mystiques rêveries, de fanatiques maximes, de préceptes cénobitiques, de stupide idolâtrie", etc., etc.

Le titre d'évêque n'était depuis longtemps, et n'avait jamais été pour lui qu'un anachronisme ; son apostasie publique mit donc un terme à sa longue hypocrisie. Peu de jours après, le club Vincent-la-Montagne, ayant osé se plaindre de ce que les chiens dévoraient les cadavres des victimes gisant dans les rues, Carrier prononça la dissolution d'une assemblée désormais trop timorée, et vint se plaindre aux trois corps administratifs réunis d'avoir été calomnié ! ...

La terreur qu'il inspirait était telle que tous se turent. Minée fit plus ; le baiser de réconciliation qu'il donna à Carrier fut le signe de son abjecte soumission.

Lors de la fête de la Raison, inaugurée par le noiement d'une centaine de prêtres réfractaires, l'ex-évêque républicain, non content d'y prêcher l'athéisme et de prêter le serment de n'avoir d'autre mère que la Patrie, d'autres dieux que l'Égalité et la Liberté, divinisa Marat, nom célèbre, auquel les généreux Sans-Culottes devaient se rallier comme à celui d'un fondateur, d'un chef, d'un patron vénérable, etc, etc. Ces paroles se prononçaient autour d'un bûcher sur lequel on brûlait les insignes du sacerdoce. Et qui avait présidé à cet holocauste ? Minée qui, pénétrant dans les caveaux funéraires de la cathédrale, avait profané ce sanctuaire en y dépouillant les restes des évêques nantais ; Minée qui, jetant lui-même l'anathème sur ces restes, objets d'une antique vénération, avait laissé déchirer jusqu'au corps de l'évêque de la Musanchère, embaumé par les mains de son père, qui lui-même avait été inhumé sous les dalles de cette église ... Mina n'osa arrêter les cannibales qui se disputèrent les morceaux du cercueil et les lambeaux du corps de son père ! ... Serait-on surpris, après cela, de la servile complaisance de Minée envers Carrier ! Une fois pourtant, mais pendant peu d'instants seulement, il eut une velléité de secouer le joug.

C'était au mois de décembre 1793. Quelques prisonniers avaient formé un projet d'évasion. Dénoncés par un détenu pour vol, qui se trouvait dans la même prison, six d'entre eux furent condamnés à la peine capitale, le 4 décembre. Pour l'exemple, nous dit, dans un de ses mémoires, Phelippes-Tronjolly, président du tribunal révolutionnaire, il fut arrêté qu'ils seraient exécutés le soir même, à la lueur des flambeaux. Le comité révolutionnaire, trouvant que le crime d'avoir cherché à recouvrer la liberté méritait un plus grand nombre de victimes, prescrivit au commandant temporaire de Nantes de se saisir immédiatement des détenus que renfermaient toutes les prisons et de les fusiller tous indistinctement et en même temps que les six autres condamnés. A la réception de cet ordre, le commandant Boivin, indigné, s'écrie qu'il n'est pas un bourreau, et il refuse de l'exécuter. Mandé au département, il fait connaître son refus aux membres de cette administration qui le serrent dans leurs bras et lui un ordre de surseoir jusqu'à ce qu'il en ait été délibéré par les corps constitués réunis. Carrier, furieux et étonné tout à la fois que son pouvoir ait été un instant méconnu, se hâte de rassembler les corps administratifs, et veut les obliger à mettre en délibération la question de la fusillade en masse. Minée, qui présidait l'assemblée, pensant qu'elle aurait persisté dans la détermination annoncée par quelques-uns de ses membres, adopta d'abord l'avis de Phelippes-Tronjolly, lequel s'opposa, et à l'exécution sans jugement, et au sursis de celle qui devait être le résultat de la condamnation prononcée. Les formes légales étaient pour Carrier une superfétation dont il voulait se débarrasser ; néanmoins, ce jour-là, il lui fallut céder, et les six condamnés furent seuls exécutés. Mais Carrier ne tarda pas à reconquérir son pouvoir, et, le lendemain, la docilité avec laquelle Minée recevait, du comité révolutionnaire, une liste de trois cents détenus destinés à périr sans jugement, témoignait du repentir de sa lueur d'opposition.

Lors du procès de Carrier, il se fit son accusateur, et prétendit que la tyrannie de ce monstre avait seule provoqué tous les crimes de Nantes.

Interrogé si la terreur était grande dans cette ville, il répondit : "Si la terreur était grande ! ... Elle l'était au point, et elle pesait si fort sur tous les fonctionnaires, qu'ils n'osaient constater sur les registres les actes de Carrier, ni les relations qu'ils avaient avec lui ... Carrier avait mis une telle terreur à Nantes, qu'aucun citoyen n'osait respirer."

Dans une seconde déposition, il déclara que ses communications avec Carrier avaient toujours été fort orageuses, et il formula contre lui, entre autres accusations, celle d'avoir fait fusiller, sans jugement, quatre-vingts cavaliers, qui s'étaient volontairement rendus, au mépris de sa promesse de ne point sévir contre eux. Puis, comme s'il eût voulu, en atténuant l'effet de ces accusations capitales, détourner les récriminations de Carrier, il ajouta "qu'il était facile de le ramener à la raison, quand il était seule".

Après la condamnation de Carrier, n'osant plus retourner à Nantes où ses turpitudes avaient soulevé tant de haines, il s'établit à Paris, et y embrassa, suivant M. Tresvaux, la modeste profession d'épicier. Il paraît qu'il ne l'exerçait plus au moment de sa mort ; car, son acte de décès, inscrit, à la date du 25 février 1808, sur les registres du 12e arrondissement, lui donne la qualification de propriétaire.

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On ignore s'il expia, par un retour sincère au catholicisme, ses déplorables erreurs.

Biographie universelle, ancienne et moderne - Volume 74 - 1843

Il se marie civilement, à 60 ans, le 11 septembre 1798 (25 fructidor an VI) avec Marthe-Félicité Martinet, 34 ans.

(*) Charles-Eutrope de la Laurencie de Cressac, originaire du diocèse de Saintes. Nommé Évêque de Nantes le 19 octobre 1783, protesta contre la constitution civile du Clergé, émigra en Angleterre, refusa sa démission à Pie VII, ne revint en France qu'à la Restauration et mourut à Paris le 13 mai 1816. (D'azur à l'aigle à deux têtes au vol abaissé d'argent. (La vie des saints de la Bretagne Armorique)

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NANTES (44) - LES FOUETTEUSES DES COUËTS

Quel Nantais n'a visité Les Couëts, charmant village proche d'un couvent fondé en 1476 par Françoise d'Amboise et devenu notre petit séminaire ? Rien de plus joli que son aspect sur un coteau dominant le Seil, modeste rivière venue de Rezé, la capitale déchue du pays de Retz.

Il semblerait que ce coin paisible ne dut, comme les peuples heureux, jamais avoir d'histoire. Les premiers évènements de la Révolution y étaient restés sans échos lorsque soudain éclata un coup de tonnerre : la Constitution civile du clergé.

Cette loi, qui prétendait soumettre à l'élection les curés et évêques au mépris de l'autorité pontificale, n'aurait - semble-t-il - jamais pu être applique si elle n'avait séduit une minorité turbulente de néo-catholiques favorables aux idées nouvelles.

Tous ces ralliés appartenaient à la bourgeoisie enrichie par la traite des nègres, qui voyait avec jalousie les hautes dignitaires ecclésiastiques pour la plupart choisis dans la noblesse.

Ils prêtaient une oreille complaisante aux lagos révolutionnaires qui leur disaient : "Regardez tous ceux qu'on vous impose pour prélats : des Chevigné, des Bruc, des Hercé, des La Laurencie ! Tous nobles ! Est-ce que vos familles ne fourniraient pas d'aussi bons chefs à l'Église ? Avec la Constitution civile du clergé, vous nommeriez vous-mêmes des évêques pris parmi vous et grâce à ce nouveau régime, vous seriez les maîtres : Dii essetis !".

Ainsi parlaient aux ralliés les tentateurs dont le plus remuant était un certain Pierre Constard de Massy, qui venait de se signaler à l'attention publique par un fameux exploit : en compagnie de son ami Mouchet, oratorien défroqué, il s'était élevé en ballon aux regards émerveillés des Nantais. La chronique prétendait que les deux aéronautes émus par leur ascension avaient laissé tomber du lest sur leurs spectateurs ébahis, incident mis en chanson :

As-tu vu, Nanette,
Constard et Mouchette ?
Ils ont ... fait dans leur ballon ;
Ah ! les deux fichus cochons !

Mais cela n'avait pas nui à la popularité de Constard, élu député à la Législative, devenu administrateur du département et président d'une "Ligue des Catholiques Ralliés", destinée à imposer la Constitution civile au clergé fidèle.

C'est à cette ligue qu'était due l'élection d'un "évêque" constitutionnel, le sieur Minée (Julien), né à Nantes le 23 septembre 1738, fils d'un médecin accoucheur, ancien curé des Trois-Patrons à St-Denis (1771), puis de Saint-Thomas-d'Aquin, à Paris (1791) ; nommé dans cette dernière paroisse en vertu de la nouvelle loi qui méconnaissait la hiérarchie ecclésiastique.

Un tel "évêque" fut accueilli, comme on pouvait s'y attendre par la population en majorité croyante de son diocèse. Un seul curé reconnut son autorité. Partout rejeté, bafoué et chansonné : "Minet, te voilà, polisson ! Où vas-tu vagabond ?", criaient les commères à son passage. En le voyant, les hommes enfonçaient leur chapeau et une dame Joubert lui tourna le ... dos ! Bref, cet évêque de Carnaval était l'objet de toutes les avanies. On s'imagine la fureur des comités révolutionnaires et des pseudo-catholiques ralliés, embrigadés par Constard. Celui-ci fulminait dans les journaux : "Nous avertissons les bigotes, y écrivait-il, que cinquante jeunes gens armés de verges bénites se préparent à leur administrer le fouet ..." Quelques grossièretés du même tonneau complétaient l'avertissement.

Pendant que Nantes était ainsi en effervescence, Les Couëts restaient calmes et silencieux. Les religieuses du couvent - bien loin de leur époque - préparaient une fête pour la béatification de Françoise d'Amboise, leur fondatrice, sous la direction de leurs supérieures, Mmes de la Rouxière et de la Ferrière.

Nantes Les Couets z

Or, un jour, une voiture s'arrête à la porte du couvent, contenant Minée et ses deux "vicaires épiscopaux", deux prêtres dévoyés, perdus de moeurs. Il prétend pénétrer dans le cloître et ainsi y affirmer son autorité. Mais l'entrée lui en est refusée sur l'ordre de Mme de la Rouxière, la prieure. Furieux Minée réclame main-forte à la Préfecture qui dépêche aux Couëts un délégué : Mourain, assisté de deux officiers municipaux. Mme de la Rouxière, reçoit le délégué, mais celui-ci lui ayant dit : "Vous refusez de voir M. Minée : c'est contraire à la loi !"

- Quelle loi m'oblige à recevoir M. Minée ? répond la prieure. Objection sans réplique car, en effet, aucune loi n'avait prévu le cas.

Mourain, déconfit, n'avait plus qu'à partir, mais cela ne faisait pas l'affaire de Constard et de ses "catholiques ralliés".

Nantes Les Couets chapelle z

 

Aussi, quelques jours après, une multitude d'énergumènes des deux sexes force les porte du couvent, envahit le jardin, pénètre dans les bâtiments ... Les religieuses s'étant barricadées dans la chapelle, le sanctuaire est violé par une troupe de visages en furie qui se ruent sur les nonnes, leur arrachent leurs robes et leur infligent une flagellation outrageante ! ...

On raconte que la "présidente" des fouetteuses s'était réservée le châtiment de la Prieure. Elle la brutalisa ignoblement et n'en obtint que cette plainte méprisante : "Oh ! Madame, on voit que vous êtes fille de négrier ..."

Mais il y a une justice immanente. Revenues à Nantes, les fouetteuses devaient subir le choc en retour de leurs exploits qui avaient provoqué dans la ville une indignation générale. Des représailles s'organisèrent et partout où une fouetteuse était signalée, elle était empoignée par des inconnues et fessée à tour de bras.

De peur de se tromper, les contre-fouetteuses s'attaquèrent à toute femme soupçonnée d'être favorable à la Révolution. Et pendant plusieurs jours, on put voir dans les rues, la moitié des Nantaises occupée à fustiger l'autre moitié.

Tout cela se termina par la chanson des "Fouetteuses fouettées". Nous n'avons pu, malheureusement, en retrouver les paroles. C'est dommage car ainsi nous aurions terminé par une note gaie l'épopée tragi-comique des "Fouetteuses des Couëts".

Fouetteuses z


Paul Ladmirault.
L'Ouest-Éclair - n° 13446 - 3 août 1933

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06 avril 2017

SAINT-MARTIN-DES-NOYERS (85) - LES MARTYRS DE LA BRENAUDERIE

 

St Martin des Noyers la Brenauderie cassini z


Le village de la Brenauderie dépend de Saint-Martin-des-Noyers. Il est situé à l'ouest du bourg, dans la direction de la forêt des Essarts.

C'est là qu'habitait, à l'époque de l'insurrection, PIERRE PUAUD, père de la vieille Vendéenne qui documenta le curé Hillairet ...

La famille Puaud était nombreuse : trois générations habitaient sous le même toit. Pierre Puaud était âgé de seize ans ; Jean, son père, en avait quarante-cinq ; le grand-père, Jean-Baptiste, était presque octogénaire.

A la Brenauderie, la tranquillité n'avait point été troublée pendant la première période de la guerre, grâce à la protection de l'armée du Centre qui, dès le début, avait tenu en échec les troupes républicaines venues du côté de Luçon et de Fontenay.

Après la dislocation de l'armée protectrice, dislocation qui coïncida avec le passage de la Loire, cette partie du pays, comme d'ailleurs le Bocage tout entier, se trouva sans défense ; mais toutes les forces dont pouvait disposer la République ayant marché à la poursuite de la Grande Armée, le calme continua à régner jusqu'à ce que celle-ci eût été définitivement écrasée à Savenay, le 24 décembre.

Au mois de janvier 1794, les colonnes infernales envahirent la contrée et ce fut alors seulement que commença pour les malheureux habitants, jusque-là épargnés, la période des incendies et des massacres. Le village de la Brenauderie devait être éprouvé entre tous.

Ce matin, il est tout à coup envahi par une colonne qui met le feu aux maisons, s'empare des gens qui n'avaient pas eu le temps de se sauver, puis, froidement, s'acharne à torturer le gibier : telle était la cynique expression dont se servaient les massacreurs pour désigner leurs victimes.

Les bourreaux commencent par le grand-père Puaud. Ici je copie textuellement le manuscrit rédigé par le curé Hillairet, sous la dictée d'Hortense Puaud, et gracieusement mis à ma disposition par son détenteur, M. le comte de Chabot :

"Au plus fort de la guerre, le village est envahi un jour par les Bleus, qui se livrent à leurs atrocités ordinaires. Ils saisissent le vieillard, lui passent une corde au cou et l'entraînent au bord d'une fosse. Pendant plus d'une heure ils lui font faire le tour de la fosse en le frappant et l'injuriant. Ils le menacent de l'y jeter s'il ne veut pas crier : Vive la République ! Mais à chaque sommation, il répond hardiment : Crève la République ! Sans cesse il faisait son signe de croix, croyant à chaque instant qu'on allait l'achever. A la fin les Bleus l'étranglent et le noient dans la fosse."

Après le vieillard, ce fut le tour de son fils JEAN, père de Pierre et grand-père d'Hortense Puaud. Le manuscrit poursuit ainsi :

"JEAN PUAUD, âgé de quarante-cinq ans, saisi par les soldats en même temps, fut invité à crier lui aussi : Vive la République ! A chaque fois qu'on lui disait : Allons ! crie donc Vive la République ! il répondait : "Y ne hucherai jamais votre République, je suis un bon chrétien !" On le menace de le sabrer : "Je le veux bien, dit-il, mais laissez-moi dire un acte de contrition et faire un signe de croix". Son corps fut haché par morceaux et jeté dans la fosse avec le cadavre de son père."

A peine Jean Puaud avait-il rendu le dernier soupir, que les massacreurs passèrent à d'autres victimes plus jeunes :

"La fille de Jean Puaud, MARIE-RENÉE, fut sabrée en même temps. La pauvre fille s'efforçait d'amortir les coups en se couvrant la tête avec son tablier : à chaque nouvelle blessure, elle faisait un signe de croix. Son frère, François, et ses deux cousins germains, JACQUES et PIERRE PUAUD, subirent le même sort."

Cela faisait six victimes d'un seul coup !

Le futur grand-père d'Hortense, Pierre Puaud, petit-fils, fils, frère et cousin germain de ces martyrs, ne se trouvait point dans le village lorsque les Bleus y firent irruption ; il arriva pendant qu'on massacrait ses parents. "A cette vue (ici encore je copie textuellement le manuscrit dicté par Hortense), il voulut fuir. Les Bleus, l'apercevant, se mettent à sa poursuite.

Arrivé en face d'un haut buisson d'épines, il va être pris, les ennemis le touchent presque. Alors le pauvre garçon fait un grand signe de croix et invoque tout haut son Bon Ange : "Mon bon ange gardien, dit-il, soyez mon aide et mon soutien !" Puis il s'élance au-dessus de ce buisson très épais et très élevé.

Il était temps : un des soldats lui tire un coup de fusil, un autre lui envoie un coup de baïonnette ; la balle manque heureusement son but, mais la baïonnette lui perce le talon. Le fugitif franchit le buisson ; les Bleus cessent la poursuite.

Pierre rejoignit l'armée de Charette, près des Essarts. Il fit ensuite avec le héros, avec La Roberie et avec Joly, toutes leurs campagnes. Partout, racontait-il, quand nous passions devant les églises brûlées et les calvaires abattus, Charette nous faisait arrêter et nous disait de saluer avec nos sabres".

PIERRE PUAUD vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans : on voit qu'il eut tout le temps de raconter à sa fille l'horrible drame dont il avait été témoin. Il était pauvre et, comme tant d'autres, hélas ! n'eut aucune part aux faveurs dont l'ingrate Restauration se montra si étrangement prodigue à l'égard de certains régicides ! Pour tout secours, lisons-nous dans la relation dictée à l'abbé Hillairet, "il reçut une somme de cent francs qui lui fut donnée un jour par M. le comte de Chabot du Parc, qui lui dit : "Quand tu auras besoin, mon brave Pierre, reviens." Pierre ne revint pas solliciter son bienfaiteur, car, dit sa fille, il n'aimait pas à se plaindre."

Jusqu'à sa mort il se ressentit de la blessure reçue le jour du massacre de la Brenauderie : "Chaque année, racontait Hortense au curé Hillairet, notre père nous faisait rogner la petite corne qui lui poussait au talon."

Notons en terminant, toujours d'après le manuscrit en possession du comte de Chabot, que le martyrologe de la Bernauderie ne se borne point aux six victimes dont j'ai ci-dessus rapporté le martyre :

"Dans le village de la Brenauderie, où dix-huit membres de la famille Puaud avaient été massacrés, un maçon, nommé JEAN BONNIN, fut martyrisé par les Bleus qui lui coupèrent le nez et les oreilles : surpris par La Roberie, ils s'enfuirent laissant en cet état le malheureux Vendéen."


La Vendée Historique - N2 - Février 1909

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