La Maraîchine Normande

24 mars 2017

SAINT-FULGENT (85) - 29 FÉVRIER 1794 - MARIE-ANNE MAINDRON, "LA FILLEULE DE SAINT LAURENT"

LA FILLEULE DE SAINT LAURENT


Parmis les anciens dont l'abbé Hillairet avait eu l'heureuse idée de mettre à contribution les souvenirs, figurait une vénérable paroissienne de la Rabatelière, Hortense Puaud. La bonne vieille était presque nonagénaire, mais encore très verte en 1893, époque à laquelle son témoignage fut recueilli par le scrupuleux enquêteur. Elle-même avait comme répondants deux témoins : Pierre Puaud, son père, et Marie Piveteau, sa mère.

Originaire du village de la Bernauderie en la paroisse de Saint-Martin-des-Noyers, Pierre Puaud était âgé de seize ans en 1793 ; après la destruction de la Grande Armée, il fit toute la guerre sous les ordres de Charette.

Marie Piveteau était à peu près du même âge que son mari ; à l'époque de l'insurrection elle habitait, en la paroisse de Saint-Fulgent, et assista à tous les événements dont cette partie du Bocage fut le théâtre jusqu'à la fin de la tourmente.

Si j'ajoute que la vieille Vendéenne, fille de deux témoins si bien placés, était une fervente catholique, incapable de proférer le moindre mensonge, et que son confident, le pieux abbé Hillairet, était lui-même un modèle de probité, c'est plus qu'il n'en faut pour m'autoriser à garantir la véracité des récits qui nous sont transmis par ce double canal.

Cela dit, écoutons, d'après les notes du bon curé de la Rabatelière, ce que racontait Hortense Puaud, et commençons par le témoignage de sa mère, Marie Piveteau.

Saint-Fulgent la Clavelière z


C'était à l'époque où les colonnes infernales, venues du Haut-Bocage, portaient le fer et la flamme à travers le Bas-Pays.

Tous les hommes valides de la contrée avaient rallié Charette, qui, faisant partout tête à l'ennemi, courait çà et là à la rencontre des massacreurs.

Au village de la Clavelière [la Basse-Clavelière], situé près du bourg de Saint-Fulgent, il ne restait plus que les femmes et les enfants, sous la garde d'un bon vieux, le Père Antoine Baudry, qui, bien qu'encore assez ingambe, avait dû renoncer à suivre les gâs.

Un jour, les bandes infernales sont tout à coup signalées du côté du village de la Bourolière en Saint-André-Goule-d'Oie, où, entre autres horreurs, elles avaient embroché tout vivant un enfant au berceau, le petit David, et martyrisé un pauvre vieillard sourd et à moitié aveugle, nommé Jean Minot.

Au cri de "voilà les Bleus !" les maisons de la Clavelière se vident en un clin d'oeil, et tout le monde court chercher un refuge dans les fourrés voisins. Seule, une jeune femme, la femme Maindron ne peut suivre les fuyards : le matin même, elle a mis au monde une petite fille ; le Père Baudry et les voisines n'ont pas eu le temps de l'aider à se sauver et les Bleus la surprennent dans son lit, où, tremblante de frayeur, elle serre entre ses bras le cher être auquel elle vient de donner le jour. [Nous sommes le 29 février 1794.]

Sans pitié à ce spectacle, qui eût attendri des sauvages, les bandits républicains saisissent la mère et l'enfant, puis les traînent au milieu du village, dont toutes les maisons sont déjà en flammes.

Là, un des chefs de ces misérables, brandissant un gril, déclare à la femme Maindron, plus morte que vive, qu'avant de la tuer elle-même, on va faire rôtir sa petite fille sous ses yeux ! ...

L'innocente victime est aussitôt attachée sur l'instrument du supplice, et déjà l'un des bourreaux apprête les tisons, quand tout à coup, à l'entrée du village, éclate une vive fusillade ...

Ce sont les gâs de Charette qui attaquent les massacreurs.

Hardis contre les femmes et les enfants, mais lâches devant la moindre poignée d'hommes résolus, les Bleus s'empressent de prendre la décampe, avant d'avoir pu accomplir l'acte de barbarie dont ils espéraient se repaître : la femme Maindron et sa fillette étaient sauvées !


La petite échappée au martyre vécut jusqu'à l'âge de 75 ans. Elle avait reçu au baptême le nom de Marie, mais, comme lui disait en plaisantant Hortense Puaud, on aurait dû l'appeler plutôt Laurence, en souvenir de saint Laurent qui, lui aussi, avait été mis sur le gril ... De fait, les compagnes de Marie Maindron ne l'appelaient ordinairement que la "filleule de saint Laurent".


La Vendée Historique - 20 décembre 1908


 

LA BASSE CLAVELIERE


- Marie-Anne Maindron, fille de Charles, laboureur, et de Marie Charieau, est née à Saint-Fulgent le 29 février 1794, baptisée le 29 avril suivant.

Elle est décédée à Saint-Fulgent, le 3 avril 1870. Elle était veuve de Joseph Bardet. Son fils, François Bardet, déclare son décès.

 

Maindron Marie-Anne St-Fulgent zzz

 

Maindron Marie-Anne St-Fulgent zz

Maindron Marie-Anne décès z

 

 


 

LA BASSE CLAVELIERE ZZZ

FRÈRES ET SOEUR :

- Jean, naît à la Basse Clavelière le 21 avril 1796.

Maindron Jean 1796 baptême z

  

Rose-Françoise-Geneviève, est née le 13 floréal an VII (2 mai 1799), baptisée le lendemain.

MAINDRON Rose-Françoise-Geneviève z

 

- François, né le 21 messidor an VIII (10 juillet 1800)

 

MAINDRON FRANÇOIS BAPTEME

 

- Charles (acte non trouvé)

 

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LA FERRIÈRE - LE BOURG-SOUS-LA-ROCHE (85) - LOUIS-ISAAC-JOSEPH BLANCHARD (1739 - 1794)

LOUIS-ISAAC-JOSEPH BLANCHARD
Curé du Bourg-sous-la-Roche

Fils de Louis-Armand Blanchard et de Marguerite-Rose Cornu, Louis-Isaac-Joseph a été baptisé le 27 octobre 1739 à La Ferrière.

 

Blanchard baptême z

 

Vicaire d'Angles en décembre 1763 ;
Vicaire de Saint-Fulgent en juin 1766 ;
Curé d'Angles de septembre 1766 à avril 1782 ;
Curé du Bourg-sous-la-Roche en avril 1782.


M. Blanchard fut nommé curé du Bourg en 1782, en remplacement de M. Malteste. Il refusa le serment constitutionnel, mais ne voulut pas abandonner sa paroisse.

BLANCHARD SIGNATURE Z

Louis-Isaac-Joseph Blanchard, curé du Bourg-sous-la-Roche, prit possession de l'abbaye des Fontenelles, paroisse de Saint-André-d'Ornay, vacante par la démission de l'abbé Quesse de Valcourt, comme fondé de procuration de Claude-François Defresne, doyen de la cathédrale de Luçon et vicaire général du diocèse dudit lieu, le 19 août 1787. (AD85 - Notaire Armand Chauveau - 3 E 49/126 - 1787 - p. 328 à 331).

Le mercredi de Pâques 1793, son vicaire, M. Jagueneau, et lui étaient encore au Bourg, tête levée, comme l'écrivait, ce jour-là, la prieure des Cerisiers (la Chaize-le-Vicomte) à la prieure des Bénédictines des Sables, en annonçant à la fin de sa lettre "qu'elle allait faire dire la messe chantée pour obtenir la paix". Le bonhomme, ajoutait-elle, parlant du curé m'a demandé de vos nouvelles. Il me disait une fois : "Faudrait qu'elle viendrait faire ses pâques ici".

le bourg sous la roche z

M. Blanchard et M. Jagueneau continuèrent à desservir le Bourg jusqu'à la fin d'août 1793. Les derniers actes de leurs mains sur les registres paroissiaux sont du 30 de ce mois, "en vertu des pouvoirs extraordinaires accordés à tous les prêtres fidèles par Mgr de Mercy, évêque de Luçon, pendant la persécution de l'Église en France".

M. Remaud, dans ses Mémoires, ajoute ces détails sur le vicaire du Petit-Bourg, M. Jagueneau, parent de M. Payraudeau, curé de Saligny, massacré aussi pendant la Révolution, et, comme lui, natif des Brouzils. M. Payraudeau et M. Jagueneau s'étaient réfugiés avec les vieilles femmes et les enfants dans la forêt de Grasla, pendant que les hommes valides combattaient sous les ordres de Charette. Bien que cette retraite passât pour très sûre, ils furent surpris un jour par les Bleus et conduits près du Poiré où on les massacra. La tradition locale rapporte que le massacre eut lieu sur la place de Saligny, dans un bas-fond où coule le ruisseau La Maugeoire, au lieu dit le Pont-Caillou. M. Blanchard échappa à ce massacre.

Lorsque Charette se fut emparé de Noirmoutier, le 30 septembre 1793, il délivra sur leur demande à dix-huit ecclésiastiques, et parmi eux M. Blanchard, des permissions pour aller dans cette île se reposer des fatigues de la guerre et pour être moins exposés aux dangers. L'abbé Remaud, dans ses Mémoires, écrit ce fait : "Le général et moi nous gémissions du parti qu'avait pris un aussi grand nombre de prêtres. Nous étions loin de regarder comme une retraite assurée une île que l'ennemi pouvait attaquer par mer et par terre avec des forces redoutables ; mais on ne pouvait pas raisonnablement refuser à des ecclésiastiques âgés, la plupart infirmes, un lieu qu'ils regardaient comme celui du repos."

Nos pressentiments ne se sont que trop réalisés. L'île de Noirmoutier fut reprise, le 1er janvier 1794, par les troupes de la République. Toute la garnison fut massacrée et on vit fusiller sur la place de Noirmoutier les dix-huit prêtres de notre diocèse qui étaient allés chercher un moment de tranquillité et qui ne trouvèrent que la mort. Sur la liste administrative des victimes envoyées à la Société Populaire des Sables figure, sous le numéro 26 : "Nous, Joseph Blanchard, curé du Bourg-sous-la-Roche". La copie est de la main de Mercier du Rocher.

L'abbé Doussin du Voyer, qui desservait le Bourg en 1795, mentionne son prédécesseur en ces termes, dans un acte de mariage : "Le pasteur de cette paroisse a été martyrisé pour la religion."

M. Blanchard n'en avait pas moins été inscrit sur la liste des émigrés de la Vendée du 1er fructidor, an II, et ses biens, situés communes de Saint-Jean-de-la-Chaize et de la Ferrière, avaient été confisqués.


Extrait : Le Clergé Vendéen, Victime de la Révolution Française - par Armand Baraud.

AD85 - Registres paroissiaux de La Ferrière et du Bourg-sous-la-Roche

AD85 - Dictionnaire des Vendéens

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19 mars 2017

MORTAGNE-SUR-SÈVRE (85) - LE MASSACRE DES GARDES NATIONAUX DE MORTAGNE - 1793

LE MASSACRE DES GARDES NATIONAUX DE MORTAGNE
13 mars 1793

MORTAGNE SUR SEVRE VUE


Les Vendéens, tout en déplorant l'exécution de Louis XVI, n'auraient peut-être pas bougé sans les entreprises contre la religion et ses ministres. L'occasion du soulèvement fut le décret du 24 février 1793, ordonnant la levée de 300.000 hommes de 18 à 40 ans. Les paysans, ne pouvant payer des remplaçants, allaient supporter la plus lourde charge. Surtout, le paysan était très attaché à son foyer : "Plutôt que de quitter ses boeufs, sa haie, son enclos, écrit Michelet, le Vendéen eut fait la guerre au roi ..."

Connue à Cholet, le 7 mars - en plein marché - la nouvelle du décret parvient bientôt à Mortagne. On apprend en même temps "avec effroi" que le tocsin sonne dans toutes les paroisses, que les campagnes sont soulevées et que les paysans obligent tous les hommes à marcher avec eux. La révolte gagne comme un feu de poudre la Vendée poitevine et les Mauges.

On rassemble la garde nationale, on coupe le pont de la Sèvre, on prend quelques mesures de défense bien illusoires, Mortagne ne pouvant s'opposer à l'insurrection.

C'est alors que l'administration du District de Montaigu, dont les paysans veulent s'emparer - surtout pour détruire les papiers intéressant la vente des biens d'Église et des émigrés - fait demander du secours à Mortagne, ainsi qu'à la gendarmerie des Herbiers.

Mortagne met en route 37 hommes, d'après Boutillier, 40 selon le Journal de Guy Guerry, dernier sénéchal de Tiffauges, qui paraît avoir joué un assez triste rôle dans cette affaire.

GARDE NATIONALE Z

La garde nationale de Mortagne est alors commandée par François de Douhet, un des rares nobles du district qui "ait embrassé", avec Esprit Baudry d'Asson et Charles Servanteau de l'Échasserie, le parti de la Révolution.

François de Douhet, Écuyer, en tournée d'inspection à Mortagne, avait rencontré et épousé, en 1772, Marie-Anne-Marguerite Portail *, veuve de René-Martin de Rangot, de la Vachonnière, qui lui avait apporté 15.000 livres de rentes. Ayant dissipé sa fortune, il alla en cherché une autre en Amérique avec l'armée de Rochambeau. Il en revint capitaine dans la légion du duc de Lauzun et chevalier de Saint-Louis "dont on ne comptait pas vingt-cinq titulaires dans tout le Bas-Poitou, lors de la convocation du dernier ban de la noblesse provinciale, en 1758 ..." Il se retira du service et fut nommé commandant de la garde nationale de Mortagne.

La petite troupe, sous les ordres de son colonel, prend donc le chemin du Longeron et parvient à Tiffauges au matin du 12 mars. Elle est subitement entourée par un grand nombre de paysans armés de piques, de bâtons et de mauvais fusils, qui arrivent par les chemins de Montaigu et la Bruffière. De Douhet crie alors aux paysans : "Messieurs, nous sommes tous Français et amis ; ne nous battons point ; mettons bas les armes et embrassons-nous !" La prestance de l'officier en impose aux paysans ; on met bas les armes et on s'embrasse ... La partie, en effet, est inégale, "la plupart des plus enragés citoyens de Tiffauges s'étant enfuis", dit Guerry, et ne pouvant prêter main forte aux gardes nationaux.

C'est alors que Louis Guérin, fils du sacristain, prend l'initiative de faire entrer toute la troupe dans Tiffauges, où les paysans "se saisissent du commandant de Mortagne et de vingt-trois des siens qu'ils mettent en prison avec deux patriotes de Tiffauges, les seuls qu'ils aient pu attraper".

Le lendemain 13 mars, toutes les paroisses du district de Montaigu étaient en insurrection. A onze heures du matin, on vit arriver, par le chemin de Tiffauges, un rassemblement nombreux, formé des habitants de la Guyonnière, La Boissière, Treize-Septiers et La Bruffière. Ils voulaient s'emparer de Montaigu. Les prisonniers mortagnais marchaient en tête, liés deux par deux.

Non loin de Melay-la-Court - maison de campagne de Louis-Charles du Chaffault, ancien "lieutenant-général des armées navales", commandeur de l'ordre de Saint-Louis - un détachement de bleus et de gendarmes sort de la ville pour tenter de disperser les paysans. Une fusillade, assez vive sans être bien meurtrière, s'engage, provoquant du trouble dans les rangs des paysans. Un des prisonniers, Baudry, dit Cadet, en profite pour couper la corde dont il était lié et s'enfuit en criant : "Sauve qui peut !" Dans leur fureur, les paysans prennent la résolution de fusiller ses compagnons d'infortune et leur ordonnent de se mettre à genoux. De Douhet les conjure de le choisir comme seule victime : "Si j'étais seul, je saurais braver la mort ; je l'ai vue de près dans les combats et je l'ai vue sans trembler ... Je mourrai sans regret si mon sang vous suffit et si je peux sauver les malheureux qui m'ont suivi ..." Il n'est pas écouté et tous périssent.

Nous avons suivi à peu près les récits de Savary et de Guy Guerry, qui fut témoin oculaire de ces évènements. Il fut même accusé par quelques patriotes de Tiffauges d' "avoir ordonné le massacre de ces premières victimes de la guerre civile". En tout cas, il les aurait laissé périr sans intervenir, quoique, les voyant passer devant son portail, "ils eussent excité sa commisération, surtout le commandant Dudolt (de Douhet)". Lui-même devait périr misérablement plus tard, surpris par une patrouille républicaine, dans une métairie de Tiffauges.

Montaigu carte zzz

Le massacre des gardes nationaux de Mortagne eut lieu dans le bas-fond situé entre la Barillère et Melay, près de la Gouraudière. Les cadavres furent ensevelis çà et là dans les sillons et surtout "dans les gueules des fossés, presque à fleur de terre."

Boutillier de Saint-André - alors âgé d'une douzaine d'années - évoquait plus tard le souvenir de cette journée tragique et des suivantes où, à Mortagne, "les femmes, les enfants de ces malheureuses victimes parcouraient les rues en demandant partout leurs parents assassinés". Mais que pouvaient les habitants d'une petite ville sans fortifications sérieuses, "entourés d'une troupe immense de révoltés" ? Un certain nombre de Mortagnais se retirèrent à Cholet qui paraissait posséder quelques possibilités de résistance ... D'autres se cachèrent dans la vallée de la Sèvre. Dans les villages, tous les hommes capables de marcher furent contraints de se rendre aux rassemblements sous peine de mort ...

En 1800, la veuve du baron de Douhet, alors âgée de 62 ans, n'avait pas encore touché la pension qu'elle avait demandée "comme veuve d'un officier mort en combattant". Le 14 pluviôse, an VIII (3 février 1800), elle chargeait son compatriote, Boutillier des Hommelles, acquéreur de la Vachonnière, d'écrire une lettre à Chapelain, alors administrateur du département de la Vendée. "Elle la mérite, cette pension, disait Boutillier, parce qu'elle est pauvre et sans espérance d'en jouir longtemps ..."

Société des Sciences, Lettres & Beaux-Arts de Cholet - 1960 - p. 67 - 70

* Marie-Anne-Marguerite PORTAIL, fille de Daniel Portail et de Marie-Anne de Langis avait épousé, en premières noces, René-Marin de Rangot, écuyer, sieur de la Guillotière, le 9 janvier 1752 à Montaigu. Devenue veuve, elle épousa François de Douhet, le 8 septembre 1772 à Anxaumont (86).

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CHOLET (49) - 1794 - MARIE BODINEAU - LES AVENTURES D'UNE CHOLETAISE

MARIE BODINEAU

LES AVENTURES D'UNE CHOLETAISE

cholet ancienne église St-Pierre


Parmi la foule de femmes éperdues qui, fuyant les terribles Mayençais, suivirent la Grande Armée au delà de la Loire, se trouvait une jeune fille de vingt ans, Marie Bodineau, originaire du Bordage en Saint-Pierre de Cholet.

Séparée des siens au cours de la désastreuse bataille du Mans, et après avoir vu périr sous ses yeux l'abbé Guitton, vicaire de sa paroisse, elle est réduite à errer çà et là, seule, sans appui et - chose triste à dire ! - repoussée par quelques fuyards égoïstes et lâches qu'elle venait de rejoindre mais qui, se voyant en trop grand nombre et ayant "peur d'être remarqués et surpris", la chassent d'un refuge où elle croyait enfin avoir trouvé un abri !

Elle reprend sa course errante et se croit de nouveau sauvée en arrivant à une sorte de grotte, où elle espère pouvoir se dissimuler. Mais la cachette est déjà occupée par un autre fuyard qui, lui aussi, se montre insensible et, "dans la crainte de se compromettre", oblige la pauvre fille à déguerpir ! ...

A peine a-t-elle fait quelques pas, qu'elle tombe au milieu d'une troupe de Bleus qui la saisissent et commencent par la dépouiller du peu d'argent qu'elle a sur elle. Puis le chef fait signe à un soldat qui, se détachant aussitôt de la troupe, entraîne la prisonnière à quelque distance.

La malheureuse comprend que sa dernière heure est arrivée, et elle se prépare à mourir. Mais, par hasard, il se trouve que le soldat chargé de l'exécution est un bon Bleu : "Sauve-toi bien vite, dit-il à la Vendéenne, et tâche de ne pas te faire prendre de nouveau !" Puis, pour faire croire à ses camarades qu'il a rempli sa triste mission, il décharge son fusil en l'air, tandis que Marie Bodineau, prenant ses jambes à son cou, s'enfuit le plus vite qu'elle peut à travers champs ...

Elle est sauvée, pour cette fois, mais que va-t-elle devenir ? ...

Après avoir marché longtemps, elle arrive, mourant de faim, à un village où elle se risque, malgré sa frayeur, à demander l'hospitalité à une vieille femme qu'elle avise sur le seuil d'une maison isolée, et qui l'accueille d'assez bonne grâce.

Mais cette femme a un mari qui rentre à la nuit tombante et qui, moins pitoyable, jure et tempête en disant qu'il n'est point disposé à se compromettre pour une brigande. De la chambre où on l'a reléguée, Marie Bodineau entend la conversation des deux époux et se met à trembler de tous ses membres lorsque le mari déclare, en guise de conclusion, que, dès le lendemain matin, il fera sa dénonciation aux autorités républicaines.

Plus morte que vive, la pauvre enfant attend que ses hôtes soient endormis : alors, tout doucement, elle ouvre la fenêtre de sa chambre pour s'enfuir. Mais une barre de fer, scellée au milieu, l'empêche tout d'abord de passer et elle n'y réussit qu'à grand'peine, et seulement après s'être allégée d'une bonne partie de ses hardes pour s'amincir suffisamment.

Une fois dehors, elle se trouve sans sabots, pieds nus, presque sans vêtements, en pleine nuit, en plein hiver, et sous une pluie battante. Jusqu'au jour elle marche droit devant elle, sans savoir où elle va ; puis, au lever de l'aurore, elle se cache pour recommencer la nuit suivante, sans oser même s'approcher d'une habitation isolée pour demander un morceau de pain ! Enfin le deuxième jour, n'y tenant plus, elle se risque à tenter la charité publique :

"Morte de faim et de froid, raconte l'abbé Deniau, elle pénètre dans un bourg et va frapper à la porte d'une maison. Un homme et sa femme, sur le déclin de l'âge, sont assis au coin de leur feu ; au coup qu'elle donne, ils répondent brusquement : "Entrez !" Ce ton de voix si rude la fait tressaillir. Elle entre néanmoins, tremblante de peur, mouillée jusqu'aux os.

"Quand elle est entrée, l'homme la regarde fixement, puis, parlant à sa femme : "Va !", lui dit-il, parlant à sa femme : "Va, lui dit-il, chercher ton grand chaudron et fais promptement bouillir de l'eau !"

La pauvre fille pense que son heure dernière est arrivée, et qu'on va la faire bouillir toute vivante. Son sang se glace dans ses veines ; mais ses transes sont bientôt passées, car l'homme lui dit que c'est pour la laver et la réchauffer. Elle en avait grand besoin.

gardienne de vaches ZZZ

Ces bonnes gens la traitent avec la plus grande bienveillance. Cependant le froid et les vives agitations qu'elle a éprouvées lui donnent la fièvre, elle garde le lit pendant quinze jours. Ses protecteurs, pour la dérober à toute poursuite, la font passer pour leur nièce. Après son rétablissement, ils l'emploient à la garde de leurs vaches, lui recommandant de ne pas trop s'exposer à la vue des passants."

Notre Vendéenne se croyait bien en sûreté chez ces braves gens, mais, hélas ! elle n'était point encore au bout de ses infortunes ! ... Reconnue comme brigande par un espion, elle est aussitôt dénoncée et, un beau matin, la maison de ses bienfaiteurs est investie par une troupe de soldats.

Heureusement pour elle, Marie Bodineau était sortie : "avertie qu'on la cherche, elle se sauve et marche longtemps à travers champs." C'est la vie errante qui recommence, avec les transes continuelles causées par la crainte de tomber entre les mains des Bleus ! ...

Toujours fuyant, "elle arrive aux environs de Fougères, dans un champ où sont cachés des Vendéens qui s'épouvantent à son approche, la prenant pour une patriote. Aperçue par le métayer du lieu, elle se résolut, sur ses invitations, à entrer dans sa demeure."

Ce métayer est républicain, mais il a bon coeur : prenant en pitié la jeune fille, il consent à la garder comme servante. Elle était donc sauvée de nouveau et, cette fois, elle ne devait tenir qu'à elle de se fixer définitivement chez son sauveur :

"Elle s'acquitta si bien de son emploi, ses manières étaient si douces, si gracieuses, qu'elle conquit en peu de temps toute la confiance de ses maîtres, que dis-je ? toute leur amitié, si bien que le fils aîné du métayer la demanda en mariage."

Quoique tentante au premier abord, car l'amoureux avait toutes les qualités promettant un mari modèle, la proposition n'en était pas moins gandilleuse :

"La pauvre fille fut fort intriguée. S'établir loin de son pays, s'unir à un Républicain, tout cela lui répugne ; et cependant ces braves gens l'ont tirée du danger, ils l'aiment cordialement, elle les aime aussi. Dans son extrême embarras, elle adresse de ferventes prières à la Sainte-Vierge pour être éclairée sur la résolution qu'elle doit prendre. Un certain jour, elle croit entendre des chants célestes, une harmonie de voix angéliques, au milieu desquelles elle distingue clairement ces mots : Reste toujours vierge. Dans l'ardeur de sa foi et de sa piété, elle fait voeu de ne jamais se marier" et, sa détermination une fois prise, pour éviter une pénible explication et de non moins pénibles adieux, elle se décide, non sans un serrement de coeur, à quitter nuitamment la maison de son amoureux.

Et la voilà de nouveau sans asile, seule, fuyant à travers un pays inconnu et obligée, encore une fois, de se cacher pour éviter les cruels rabatteurs qui, chaque jour, continuaient la chasse aux Brigands ! ...

L'infortunée proscrite s'enfonce de plus en plus dans la Bretagne, à la grâce de Dieu ! Enfin elle a la chance de trouver un refuge où, désormais, elle pourra compter sur la tranquillité :

"Après une longue course, elle arrive à un moulin où demeurent des meuniers royalistes et catholiques fervents. Ces bons Bretons la reçoivent avec empressement ; chez eux, elle est à l'aise, elle est traitée comme l'enfant de la maison. Elle ne fut point ingrate ; elle rendit à ses bienfaiteurs dévouement pour dévouement et s'occupa de leurs intérêts comme des siens propres. Elle passa dans leur maison le reste de la guerre.

A la pacification, éprise du désir irrésistible de retourner dans son pays, elle fit ses adieux à ces bons meuniers, pleurant à chaudes larmes, et leur promettant que leur souvenir lui serait toujours cher. Aussi plusieurs années après son retour à Cholet, dans l'unique but de les revoir encore, elle fit le voyage de la Bretagne à pied, séjourna chez ces braves gens pendant plusieurs mois et leur prodigua de nouveau les témoignages de la plus vive tendresse."

Fidèle à son voeu, Marie Bodineau ne voulut jamais consentir à se marier. Affiliée au Tiers-Ordre de Saint-François et dévouée aux oeuvres charitables, elle fit longtemps l'édification de la ville de Cholet où elle mourut, à l'âge de 85 ans, dans une humble maison du quartier de la Frérie.

Bodineau Marie décès zzz

L'abbé Deniau, auquel je dois d'avoir pu brosser la silhouette de cette héroïne, ajoute en note :

"Elle était l'amie de ma mère, notre proche voisine. Elle m'avait soigné dans le berceau, porté dans ses bras, sauvé d'une maladie grave, suivi enfin avec un affectueux intérêt dans mes études, dans ma carrière sacerdotale. C'était une belle et sainte âme aux prières de laquelle j'aimais à me recommander ..."

La Vendée Historique - Douzième année - n° 286 - 20 novembre 1908

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17 mars 2017

LA CHAPELLE-SAINT-LAURENT (79) - 1779 - PROJET UTILE AUX HABITANTS

AVRIL 1779
PROJET UTILE

La Chapelle-Saint-Laurent vue zzz


Les habitans de la campagne pêchent souvent par ignorance relativement aux loix qui les concernent ; & c'est un fléau dont il seroit bien essentiel de les délivrer, d'autant plus qu'obligés de confier leurs affaires à des mains étrangères, ils sont souvent dans le cas d'être doublement égarés par les loix & par leurs défenseurs.

C'est pour prévenir un tel malheur que M. Talleyrie, curé de la Chapelle St. Laurent en Poitou, propose au rédacteur des affiches de cette province un moyen bien simple d'éclairer les paysans. Ce moyen seroit d'envoyer au syndic de chaque paroisse ou du moins des paroisses les plus considérables, un exemplaire des loix qui peuvent les concerner. Ce syndic, de concert avec le curé, les liroit, les expliqueroit à la communauté, qui seroit assemblée au son de la cloche ; tous les pères de famille seroient tenus de s'y trouver, sous peine d'amende applicable aux indigens de la paroisse ; par ce moyen la connoissance des devoirs se multiplieroit, les infractions deviendroient moins communes, & l'ignorance n'entraîneroit plus les habitans & même les communautés dans des procès qui les détournent de leurs occupations & qui souvent les ruinent.

Enfin peu-à-peu chaque communauté auroit ses sages en état de présider aux délibérations publiques : les voeux de ce pasteur respectable vont être remplis en partie dans une grande province au midi du royaume, où la collection des loix municipales & économiques va être formée sous les auspices des administrateurs éclairés de cette province.

Journal encyclopédique ou universel - Volume 3 - partie 2

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16 mars 2017

POITIERS (86) - 1793 - MARIAGE D'UN ECCLÉSIASTIQUE

JOURNAL DU DÉPARTEMENT DE LA VIENNE

JEUDI 3 OCTOBRE 1793 (12 vendémiaire an II)

"Bel exemple à suivre.

POITIERS

Un beau jour vient de luire, citoyens, en nos murs ; il fera époque dans nos annales. C'est celui de la cérémonie auguste du mariage d'un ecclésiastique, qui, pour la première fois, a eu lieu dans Poitiers. Tout concourut à le rendre solennel ; toutes les autorités s'empressèrent de le venir sanctionner par leur présence, & donner au peuple une sage & utile leçon. A leur aspect le monstre terrible du préjugé se cache, la superstition & le fanatisme rendent les armes ; & la liberté, l'égalité, filles éternelles de la raison, se montrent triomphantes.

La marche s'ouvre ; le bonnet de la liberté, orné de la couronne civique, décernée au citoyen Pignonneau, précède les deux époux ; le vice-président du département donne la main à l'épouse ; & le cortège, composé des administrateurs, des magistrats du peuple, de la société entière des amis de la constitution de 1793, marche avec dignité au milieu de deux files de vétérans & d'une haie épaisse de citoyens & citoyennes bordant les rues depuis la maison des époux jusqu'à S.-Pierre.

Poitiers n'a jamais vu accourir une semblable affluence de ses habitans dans le superbe temple où le père des humains reçut le serment de ces deux dignes époux. Toutes les physionomies présentoient un air gai & satisfait ; manière d'applaudir qui n'est pas équivoque.

Le prêtre qui les maria, (marié lui-même), leur tint le langage de l'évangile & de la raison, qu'il fut concilier. Son discours, plein de cette onction sainte qui subjugue l'esprit en s'emparant du coeur, fut écouté avec intérêt de tous ceux qui furent à portée de l'entendre. Que ne l'a-t-il été de l'auditoire entier ! Les ames faibles ou abusées, s'il en restoit encore, auroient cessé de l'être.

Les voûtes du temple retentissant du son de la trompette, fut un avertissement que l'auguste cérémonie étoit finie. Le cortège se remit en marche, & presque tous les habitans de Poitiers se portèrent sur le point où il devoit passer. Ce fut une joie universelle ; les spectateurs sourioient aux deux époux, bénissoient leur hymen, & disoient en se retirant : "C'est bien fait, c'est bien fait ; il faut que les prêtres se marient ; c'est une excellente chose pour eux, & POUR NOUS AUSSI. Il n'y a que les imbécilles qui puissent y trouver à redire." Oh ! qu'un bon exemple peut produire d'heureux effets !

La société, qui avoit préparé la solennité de la cérémonie, la termina dans sa séance du soir. Les administrateurs & les magistrats du peuple s'y rendirent. Des battemens de mains annoncèrent la venue des époux ; à l'instant la couronne civique fut posée sur la tête du nouveau marié. Les épouses de deux autres ecclésiastiques avoient accompagné le couple heureux. Le mari de l'une d'elles monta à la tribune, où il prononça un discours sur la légitimité, l'utilité & la nécessité du mariage des prêtres. C'étoit le moment de donner le dernier coup de massue au célibat sacerdotal, à qui l'ambition & la cupidité de la cour de Rome avoient élevé un autel trop longtemps encensé & révéré. Le coup lui fut porté avec tant de vigueur, que l'autel & l'idole furent pulvérisés ; dans peu il n'en restera ni trace ni vestige.

L'orateur demanda l'affiliation pour les trois épouses de ces prêtres mariés. Reçues par acclamation, elles firent le serment ; le baiser fraternel leur fut donné par le président, & cette scène attendrissante fut terminée par le chant de plusieurs hymnes patriotiques. Le C. Maniguet chanta le couplet suivant, analogue à la cérémonie :

Couple uni par les plus doux noeuds
Vous venez de remplir les voeux
De tous les patriotes. (bis)
En brisant de sots préjugés,
Voulez-vous être respectés ?
Faites des sans-culottes. (bis)

AD86 - Journal du Département de la Vienne - 3 octobre 1793 - 30 octobre 1793

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APREMONT (85) - LA FUSILLADE DU 19 FÉVRIER 1794 - 102 VICTIMES

Le matin du 19 février, plus de cent habitants de la paroisse d'Apremont, dénoncés par la municipalité et surpris au lit, la nuit précédente, sont massacrés par un détachement de l'armée des Sables-d'Olonne, dans des conditions particulièrement odieuses.

 

Château d'Apremont zzz

 

Voici le récit de ce massacre, d'après le témoignage peu suspect du Sablais André Collinet, lequel rédigeait alors une sorte de journal :

"Le 29 (ventôse), au soir, le bataillon premier de Paris s'est rendu à Appremont, où il y avait 100 hommes en garnison d'un bataillon du Lot et Garonne.

Dans la nuit, ils se sont divisés par peloton, sur les avis qu'ils ont reçu de la municipalité du dit lieu, et ont couru les diverses villages de la paroisse, et surpris en leurs lits les habitants qui depuis peu s'étois retiré de l'armée des Brigands pour retourner chez eux sans doute avec de mauvais dessin (??).

Au matin le conseil ayant tenu, 83 ont été jugés digne de mort et fusillé par le dit régiment hier (1er ventôse, 19 février) entre 8 et 9 heures du matin, tant homme que femme. Les autres bataillons en font autant en les autres paroisses, en sorte que soud un mois il restera peu de Brigand en nos environs.

La fusillade d'Apremont a ôtté la vie à 75 hommes et à 27 femmes, en tout 102.

A 7 heures du matin, l'on mit sur la grande route qui conduit aux Sables, 83 brigands que femmes amarrées 2 à 2, en leur disant que l'on les conduisoit au Sables. Deux gros détachement de volontaires les escortois sur les côtés du chemin, lesquels à un signal donné firent feu à bout touchant sur eux et leurs firent mordre la poussière. Les soldats eurent ordre de enffoncer leurs bayonnètes en les corps de ceux qui montrois encore quelque signe de vie.

La municipalité du dit Apremont avet dénoncée tous ces criminels, et un tribunal militaire les avet jugé à mort.

Lorsque la troupe patriotes fut arrivée au dit bourg, elle se divisa en 9 parties ayant chacune un guide avec eux à l'aide desquels ils ont été surprendre ces coquins couché en leurs lits, ainsi que les femmes, dans le nombre desquelles il se trouvet 3 jeunes filles très jollies, et plusieurs femmes enceintes, elles ont été toutes fusillées sans réserve".


(Extrait du cahier intitulé : Remarques depuis le 11 aoust 1793 jusque au 15 avril 1794 ou 26 germinal l'an seconde de la République une et indivisible - André Collinet)

Appremont fusillade

La Vendée Historique - 20 février 1908

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BAIX (07) LA JUMELLIÈRE (49) - JEAN-JÉRÔME AURANGE, PRÊTRE (1721 - 1799)

MONSIEUR AURANGE
LA JUMELLIÈRE

BAIX

M. Jean-Jérôme Aurange, né à Baix (Ardèche) le 7 septembre 1721, avait été nommé curé de la Jumellière en 1758, à la place de M. Pierre Gruget, décédé le 29 mai de cette année.

Aurange baptême zzz

Il eut la grande joie de conduire de nombreux jeunes gens, spécialement Basile Horeau, qui devint plus tard un éducateur de grande classe, supérieur de Château-Gontier et fondateur du collège de Précigné ; le diocèse de Laval lui doit beaucoup.

Deux enfants de la paroisse, devenus prêtres, avaient su grouper, aux alentours de 1775, quelques jeunes gens pour leur commencer le latin. Parmi ces élèves, Monsieur Aurange rencontra souvent René-François Soyer, de Thouarcé, qui devint évêque de Luçon, et Clément Charruau, qui sera son successeur.

Aurange signature ZZZ

Au mois de mars 1789, M. Aurange s'était fait représenter à l'assemblée du clergé d'Anjou chargée de nommer les députés aux États généraux, par M. Cochard, curé de Saint-Pierre de Chemillé.

Les électeurs du district de Saint-Florent-le-Vieil, dit M. Gruget dans ses Mémoires, nommèrent intrus de la Jumellière, "M. Cailleau, ancien principal du collège de Baugé, qui s'était retiré à La Jumellière, sa paroisse, en place de M. Aurange, qui l'avait élevé et qu'il eut la cruauté de chasser de sa place, malgré tout ce que put lui dire de plus attendrissant sa respectable mère, qui ne cessa de lui représenter ce qu'il lui devait, ce qu'elle lui devait elle-même et toute sa famille ; mais ni les représentations de sa mère et de sa famille, ni les cheveux blancs et les infirmités du vénérable pasteur qu'il allait remplacer, ne purent l'empêcher d'accepter la place à laquelle il fut nommé."

C'est à la fin de mai 1791 que l'intrus s'installa à La Jumellière, et M. Aurange dut quitter le presbytère qu'il habitait depuis 33 ans. Il se retira au château.

Le 22 juillet, le procureur général syndic écrivait, d'Angers, aux administrateurs du district de Saint-Florent : "J'ai l'honneur de vous adresser expédition d'un arrêté, que vous voudrez bien faire parvenir de suite à la municipalité de La Jumellière, pour la mettre dans le cas de notifier à douze ecclésiastiques qui y seront dénommés, de se retirer au chef-lieu du département de Maine-et-Loire. Il est d'autres dispositions dont je ne doute point qu'elle ne suive l'exécution avec toute la célérité possible".

C'est le samedi 30 juillet que la garde nationale de Chalonnes accomplit sa besogne. Nous en connaissons tous les détails par une lettre que M. Michel Raimbault, chirurgien, maire de La Jumellière, écrivit le 7 août au directoire du district de Saint-Florent-le-Vieil : "Le 30 juillet 1791, à trois heures du matin, le sieur Henriette, commandant de la garde nationale de Chalonnes, accompagné de gardes, arrive à ma porte et me somme, de la part du département, de prendre connaissance de l'ordre du département. Après avoir lu les premières lignes de cet ordre, on me retira l'écrit en me disant que le reste ne me regardait pas, et on me pria de les accompagner chez les ecclésiastiques, qui furent arrêtés ledit jour, savoir : les sieurs Godineau, curé de La Bohalle, Godineau, curé de Gené, Blanvillain, vicaire à Notre-Dame de Chemillé, Paizot, vicaire au Bourg-d'Iré, Crosnier, ci-devant chanoine de Saint-Maurille d'Angers, et Aurange, ci-devant curé de La Jumellière, qui fut relâché sur mon certificat des infirmités dudit curé et son grand âge, aux conditions de se présenter lorsqu'on l'exigera."

L'amnistie accordée par Louis XVI, le 14 septembre 1791, donna quelque répit aux prêtres non conformistes. Mais l'église paroissiale de La Jumellière étant toujours occupée par l'intrus, M. Aurange et M. Alliot étaient obligés de faire les réunions des fidèles dans des maisons particulières ou dans des chapelles.

Le directoire du département de Maine-et-Loire était résolu de frapper un grand coup et par son célèbre arrêté du 1er février 1792, il ordonna à tous les ecclésiastiques insermentés de venir résider à Angers ... M. Aurange malade, ne put se rendre au chef-lieu. Mais il fut bientôt obligé de venir résider à Angers.

La Jumellière château de la Faultrière zzz

 

Il quitta La Jumellière le 14 avril 1792, c'est-à-dire le samedi de Pâques, et reçut l'hospitalité chez Mme de la Fautrière, dans son hôtel de la place Saint-Martin (Mme veuve Poisson de la Fautrière, née Deroye de Charost).

A cause de sa maladie, le curé de La Jumellière fut exempt de l'appel nominal qui avait lieu tous les jours à la Mairie, et c'est ce qui l'empêcha de tomber dans le piège tendu le 17 juin 1792 aux prêtres insermentés. Tous furent arrêtés ce jour-là et emprisonnés au séminaire, où ils restèrent jusqu'au 12 septembre. Ils partirent alors pour la déportation, et seuls les sexagénaires et les infirmes en furent exempts. Ces derniers continuèrent d'habiter le séminaire jusqu'au 30 novembre, jour où on les transféra à la Rossignolerie. M. Aurange fut bientôt obligé d'aller rejoindre ces confesseurs de la foi, et il passa dans leur société environ six mois.

Le 17 juin 1793, les Vendéens, maîtres d'Angers, ouvrirent les portes de leur prison à ces vénérables prêtres, et M. Aurange en profita pour revenir sans retard à La Jumellière. Il y trouva M. Clément Charruau qui évangélisait la paroisse, d'abord en cachette, ensuite dans l'église depuis le 13 mars 1793, jour de l'insurrection générale de la Vendée. A cette époque l'intrus Cailleau s'était réfugié à Angers.

Du mois de juin à octobre 1793, M. Aurange, aidé de M. Charruau, put exercer assez paisiblement son ministère, grâce aux succès remportés par l'armée catholique et royale. Mais après le passage de la Loire, les deux prêtres furent obligés de se cacher et ce n'est qu'au commencement de l'année 1795, lors de la pacification de la Jaunaye, qu'ils purent reparaître au grand jour.

On reconstruisit alors l'église paroissiale incendiée en 1794 par les colonnes infernales, et jusqu'au 18 fructidor (4 septembre 1797) le culte peut s'exercer librement dans toutes les paroisses de la Vendée Militaire. On possède encore les registres de baptêmes, mariages et sépultures des années 1795, 1796 et 1797. M. Aurange les signe comme curé, assisté de son vicaire M. Charruau.

Le coup d'État de fructidor obligea les prêtres à se cacher de nouveau. Ils durent exercer leur ministère en secret. M. Aurange mourut pendant cette nouvelle persécution, le 13 janvier 1799, comme nous l'apprend la lettre suivante adressée le 25 janvier par le citoyen Ardré, commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale du canton de Sainte-Christine, à son collège près l'administation centrale du département : "Je vous préviens qu'un appelé Aurange, prêtre réfractaire, âgé de 78 ans, infirme depuis plusieurs années, ci-devant curé de La Jumellière, est décédé dans cette commune depuis quinze jours. Aussitôt que j'en ai été informé, j'ai fait apposer le scellé sur ses meubles et effets. Je vous prie de m'instruire de ce que je dois faire à ce sujet".

M. Aurange se fit remarquer à La Jumellière par la bonté de son âme, la vivacité de son caractère et surtout son accent gascon. Sa tombe porte cette épitaphe : Ut requiescam in die tribulationis, ascendam ad populum accinctum.

(C'est M. David, second successeur de M. Aurange, qui choisit cette épitaphe en 1849. "Né loin de la Vendée, dit-il, il avait vu les généreux combats de ce peuple et s'était reposé dans la tombe quand les mauvais jours duraient encore, en sorte qu'en quittant son pays, jeune, il aurait pu dire dans un esprit prophétique l'épitaphe ci-dessus.")

Sources
L'Anjou historique - mars 1909
Société des Sciences, Lettres & Beaux-Arts de Cholet - 1957
AD07 - Registres paroissiaux de Baix

 

 

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14 mars 2017

PARIS (75) - FRANÇOIS-LOUIS PATU DESHAUTSCHAMPS, LIEUTENANT-COLONEL D'ÉTAT-MAJOR (1775-1858)

FRANÇOIS-LOUIS PATU DES HAUTS CHAMPS

Fils d'Antoine-Henry Patu des Hauts-Champs, Écuyer, Conseiller du Roi, auditeur ordinaire en sa Chambre des Comptes de Paris (depuis 1757), et de Charlotte-Aglaé Ausonne, fille de Messire Louis Ausonne, avocat au Parlement et aux Conseils du Roi et d'Élisabeth-Charlotte du Bois, François-Louis est né le 20 mars 1775 à Paris, paroisse Saint-Nicolas.

Détail des Services :

- Soldat au 10e bataillon du Calvados, faisant partie de la 14e 1/2 brigade, le 23 août 1793 ;
- Caporal fourrier en brumaire an IV
- Sergent, en frimaire an V ;
- Nommé sergent-major le 2 nivôse an VIII
- Sous-lieutenant à la 14e 1/2 brigade, par le général en chef Moreau, le 15 messidor an VIII ;
- Adjoint à l'état-major général de l'armée du Rhin, le 16 messidor an VIII
- Confirmé dans les 2 grades, le 19 thermidor an VIII
- Nommé sous-lieutenant au 13e Régiment de Cavalerie par le général en chef Moreau, le 1er ventôse an IX ;
- Confirmé le 14 prairial an IX ;
- Nommé lieutenant, le 4 nivôse an XIV
- Nommé Capitaine au 16e Régiment de Chasseurs à cheval, le 3 juin 1809 ;
- Passé Aide de Camp du général Préval, le 9 septembre 1813
- Passé dans la même qualité près le général Saunier, même date ;
- Inspecteur général de la Gendarmerie, le 7 février 1815 ;
- Admis avec le grade de Capitaine à l'état-major général de la Garde Royale, le 4 octobre 1815.

CAMPAGNES :

- 1793 - 1794 - à l'Armée du Nord ;
- 1795 à 1799 - à l'Armée d'Italie ;
- 1800 - à l'Armée du Rhin ;
- 1805 à 1807 - à la Grande Armée ;
- 1808 - à l'Armée d'Espagne
- 1809 - à l'Armée d'Allemagne
- 1812 - à l'Armée de Russie ;
- 1813 - à l'Armée d'Allemagne.
Il a eu deux chevaux tués sous lui à la bataille de la Moskowa, le 7 septembre 1812.

DÉCORATIONS :

- Nommé Chevalier de la Légion d'honneur, le 11 octobre 1812
- Nommé Chevalier de Saint-Louis, le 19 mars 1816.

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Le 8 août 1814, le capitaine François Patu Deshautschamps, aide de camp du général Préval, épousait Augustine-Marie-Henriette Blanchot, fille de François-Michel-Émilie Blanchot, de l'Ordre de Saint-Louis, commandant au Sénégal et de Marie-Josèphe de Lesseps de Beaumont, née le 20 août 1791, à Paris, et baptisée le lendemain, paroisse Saint-Médard.

De leur union naquirent deux filles.

L'aînée venue au monde, le 17 avril 1817 avait été baptisée en l'église Notre Dame de Bonne Nouvelle. Antoinette-Henriette-Laure-Marie Patu Deshautschamps épousa un officier, Claude Dejean, né le 9 janvier 1800 à Chalabre dans l'Aude. Le mariage fut béni en l'église Saint-Roch, le 23 février 1836.

La seconde des filles d'Henriette Blanchot et de François-Louis Patu Deshautschamps, Félicie-Adrienne, née à Paris le 6 février 1825 mourut célibataire à l'âge de dix-neuf ans, le 28 mai 1844.

Henriette Blanchot mourut à Paris, le 27 mai 1854 ; à son nom personnel dans son acte de décès fut ajouté celui de Verly. Son mari devait la suivre dans la tombe quatre ans plus tard.

En 1840, François-Louis Patu Deshautschamps publie, avec l'approbation du Ministre de la Guerre, un ouvrage intitulé : Dix ans de guerre intestine, ouvrage "présentant le tableau et l'examen raisonné des opérations des armées royalistes et républicaines dans les département de l'Ouest, depuis le mois de mars 1793 jusqu'au 1er août 1802".

Patu des Hauts-Champs livre

 

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Il avait été nommé Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur en octobre 1812 ; mais cela, semble-t-il, ne lui suffisait pas. Il fit une première demande en 1841, afin d'être nommé Commandeur de cet ordre, puis une seconde, en 1849.

Le 12 mai 1841
Mon Général,
Le Journal La Sentinelle de l'armée a annoncé dans son n° du 1er de ce mois que M. Chapelié, Lieutenant-Colonel au corps Royal d'État-major, venait d'être nommé Commandeur de l'Ordre Royal de la Légion d'honneur, ce qui serait une exception à la décision de Sa Majesté, qui réserve cette distinction aux Colonels et Officiers Généraux.
Il ne m'appartient pas d'examiner en vertu de quels titres M. Chapelié a obtenu la distinction qui vient de lui être accordée ; mais je doute qu'on puisse en trouver de plus recommandables que ceux que je présente à l'appui de ma demande. Trente-quatre années de service actif aux armées, dix-sept campagnes dont celle de Russie, presque tous mes grades acquis sur le champ de bataille, me donnent quelques droits à la munificence royale ; et si l'on veut bien y ajouter les sacrifices de temps et de fortune que j'ai consacrés à la publication d'un ouvrage relatif aux dix années de la guerre intestine de l'Ouest, ouvrage que le Roi a honoré de son suffrage, je suis fondé à espérer que Sa Majesté, appréciant les motifs de la requête que je prends la liberté de lui soumettre de nouveau, daignera prononcer en ma faveur une exception qui ne tirer à conséquence pour l'avenir, puisqu'il s'agit ici d'un cas tout particulier, et pour l'obtention de laquelle je me permets de réclamer de Votre bienveillance, Mon Général, la continuation de l'intérêt que vous avez bien voulu me porter.
C'est dans cette espérance que je vous prie d'agréer l'expression du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,
Mon Général,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Chevalier Deshautschamps.

La réponse ne se fit pas attendre puisqu'elle est datée du 13 mai 1841 :

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"Je m'empresse, Monsieur le Lieutenant-Coonel, de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12 du mois courant.
Par ordonnance du 19 avril 1841, M. le Lieutenant-Colonel Chapelié a été nommé Commandeur de l'Ordre Royal de la Légion d'honneur, mais hors ligne et en sa qualité de Colonel dans l'armée Belge.
Vous voyez qu'il n'y a point de similitude entre votre position et la sienne. Comme les propositions de M. le Grand Chancelier pour les grades supérieurs dans l'Ordre, se bornent généralement à celui d'officier. Je ne puis que vous engager à suivre vos démarches auprès de M. le Ministre de l'Instruction Publique, en possession déjà de votre demande, ainsi que M. le ... (?) vous l'a fait connaître. ..."

Seconde demande :

Paris le 15 septembre 1849
A M. le Lieutenant-Général Excelmans, Grand Chancelier de l'Ordre de la Légion d'honneur.
Mon Général,
J'ai l'honneur de vous exposer que dans les premiers jours du mois de mars 1841, j'adressai au Roi Louis-Philippe un placet, dans lequel je lui exprimais le désir d'être promu au grade de Commandeur de l'Ordre de la Légion d'honneur : cinquante années d'hororables services aux armées, dont seize campagnes, m'avaient paru des titres assez puissants pour motiver ma demande, et la voir couronnée de succès.

M. le Général de St-Mars, secrétaire général de l'Ordre, très bienveillant d'ailleurs à mon égard, me répondit le 19 mai, que d'après les intentions du Roi, les propositions pour le grade de Commandeur étant réservés aux Colonel et Officiers généraux, le Grand Chancelier de l'Ordre ne pouvait en présenter pour moi, qui n'étais que Lieutenant Colonel ; mais qu'attendu que je fondais aussi ma demande sur un ouvrage militaire, que je venais de publier à mes frais avec l'approbation du Ministre de la Guerre, sous le titre de : Dix années de guerre intestine (ouvrage à la confection duquel j'ai consacré trois années d'études et de recherches), il avait adressé mon placet au Ministre de l'Intérieur, près duquel j'aurais probablement plus de chance de réussite.

M. Duchâtel, auquel j'eus alors recours, me fit de belles promesses, qui ne se réalisèrent point : je me résignai, conservant néanmoins l'espérance de voir se présenter un jour des circonstances plus favorables. Elles se présentent actuellement, et j'aime à me persuader que l'infériorité de mon grade, qui me fut alors objectée, ne sera plus un obstacle au succès de ma demande, MM. le Lieutenant Colonel de la Borde, et le Commandant Mésonan, officier en retraite, venant d'obtenir cette distinction.

Plein de confiance dans l'intérêt que vous portez aux anciens militaires, qui ont partagé avec vous les fatigues et les dangers d'une carrière, où vous avez acquis une si brillante illustration, je prends la liberté, mon Général, de vous prier d'être mon appui et mon interprète auprès de Monsieur le Président de la République, pour que sa main bienveillante s'étende sur un vieux combattant d'Austerlitz, de Wagram, et de la Moskowa, qui n'a plus d'autre ambition sur le déclin d'une existence, qui fut consacrée à la défense de la patrie que d'échanger sa décoration d'Officier de l'Ordre de la Légion d'honneur contre celle de Commandeur de cet Ordre, et de bénir ses bienfaiteurs.

Daignez, Mon Général, agréer, l'hommage du profond respect,
de votre très humble et très obéissant serviteur.

Patu des Hauts-Champs signature zzz

[Il ne semble pas avoir obtenu satisfaction.]

François-Louis Patu Deshautschamps mourut à Paris, le 18 novembre 1858.

Patu Deshautschamps décès zzz


Sources :

Archives nationales - Base Leonore - LH/2068/7

Les établissements français sur la côte occidentale d'Afrique de 1758 à 1809 - Léonce Jore - Revue française d'histoire d'outre-mer / année 1964 - Volume 51.

État-civil de Paris

Journal des débats politiques et littéraires - 20 janvier 1841

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MONTREVAULT (49) - UNE FAMILLE VENDÉENNE : LES BOLTSCHOUSER

UNE FAMILLE VENDÉENNE
LES BOLTSCHOUSER DE MONTREVAULT

Croix chapelet


Trois pièces originales ont été acquises par le Musée de Cholet  en 1957 :

La première, de beaucoup la plus intéressante, est le brevet délivré à Maulévrier le 23 juin 1794 par le général en chef et les officiers généraux de l'Armée catholique et royale, octroyant à François Boltschouser, de Montrevault, la charge de secrétaire de la division de Beaupréau. Ce brevet porte les signatures autographes des généraux vendéens et particulièrement celle de Stofflet dont François Boltschouser était l'ami. Les deux autres pièces datent de la Restauration et concernent toutes les deux François-René Boltschouser, fils du précédent.

L'une est un brevet provisoire de capitaine des compagnies de Montrevault, délivré le 4 juin 1815 par le comte Charles d'Autichamp, commandant l'armée vendéenne d'Anjou, avec signatures autographes du lieutenant général et du général de Romain.

L'autre est un témoignage de satisfaction par le roi Louis XVIII, avec la griffe du roi et la signature autographe du secrétaire d'État à la guerre, le ministre de Latour-Maubourg.

Il nous a semblé utile de dire quelques mots de la famille Boltschouser, ce qui permettra de tirer de l'oubli un nom qui fut porté, malgré sa consonance, par d'authentiques Vendéens, et de mieux situer ces documents, spécialement le brevet du 23 juin 1794, dont voici le texte :

Mr Boltschouser
Secrétaire de la division
de Beaupréau
AU NOM DU ROI
Aujourd'hui 23 juin 1794, l'an 2e du règne de Louis XVII, le général en chef et officiers généraux de l'Armée Catholique et Royale dans la partie d'Anjou et du Haut-Poitou, étant à Maulévrier, prenant une entière confiance en la valeur, courage, expérience en la guerre, vigilance et bonne conduite du sieur François Boltschouser et en sa fidélité et affection au service du Roi, lui ont donné et octroyé, sous le bon plaisir du Roi et de Monsieur Régent du Royaume, la charge de secrétaire de la division de Beaupréau pour dorénavant en faire les fonctions et en jouir aux honneurs, autorités, prérogatives, droits et appointements qui y appartiennent, tels et semblables dont jouissent ceux qui sont pourvus de pareilles charges ... les dits sieurs général en chef et officiers généraux pour témoignage de leur volonté, commandé de lui expédier le présent brevet qu'ils ont signé de leur main et fait contre-signer par moi, leur secrétaire général.
Stofflet, Berrard, Chevalier de Fleuriot, De Rostaing, Gibert, secrétaire général.

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ORIGINES

Jean Boltschouser, né à Constance (Suisse) au début du XVIIIe siècle, vint en France vers 1730 pour s'engager au régiment suisse. A la fin de son congé, et s'étant fait probablement naturaliser, il fut envoyé comme capitaine de gabelle à La Boissière-Saint-Florent.

Après avoir abjuré le protestantisme à Saumur, il se maria vers 1754 avec Jeanne Arnault, originaire de Mirebeau en Poitou, de famille noble, disait-on.

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De cette union naquirent trois enfants :


1ère génération.

Jean-Alexandre B., baptisé le 30 janvier 1755 - blessé au siège de Nantes et massacré derrière l'autel du May le 29 juin 1794.

Marthe B., (baptisée le 14 mars 1758 - décédée le 20 novembre 1760), mariée à Allard, d'après un acte conservé au greffe du Tribunal de Beaupréau du 18 novembre 1788. Cette branche devait émigrer au Mans et y faire souche riche. (ces détails concernent probablement l'une des autres filles.)

Étienne B., né et baptisé le 19 octobre 1759.

4° Renée B., baptisée le 19 janvier 1762.

5° Anne B., baptisée le 22 mars 1764 ; elle a pour parrain, son frère, François.

6° Étienne-Jean B., baptisé le 16 avril 1766.

7° François-Alexandre B., né et baptisé le 21 avril 1768.

8° ... (illisible) B., née le 1er mars 1770 et baptisée le lendemain.

 

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François B., né à La Boissière-Saint-Florent entre 1757 et 1759, le 4 septembre 1756 et baptisé le lendemain. Il s'installa à Montrevault comme marchand. Greffier du sénéchal, il devint notaire et, plus tard, nommé conseiller municipal jusqu'à sa mort, survenue le 8 mai 1808.

Devenu un notable, il fut élu par le canton pour assister à la fête de la Fédération. Ami des principaux généraux vendéens et particulièrement de Stofflet, il prend une part active aux guerres de la Vendée. Capitaine de la compagnie de l'armée royale, il fut un certain temps officier secrétaire de la division de Beaupréau.

Sa mort prématurée ne permit pas à la Restauration de reconnaître ses mérites. En récompense de ces états de service, il aurait reçu sous Louis XVIII la croix de Saint-Louis et le grade de colonel. Son fils suivra fidèlement les traditions familiales ; il fut élevé par une mère admirable qui avait consacré sa vie à Dieu, au roi et à ses enfants.

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2ème génération

François B. s'était marié vers 1778 avec Renée Jannin, fille de Paul Jannin, boulanger à Gesté, dont il eut deux enfants.

François-René B., né le 3 juillet 1781 à Montrevault, baptisé le lendemain ; décédé le 10 décembre 1854.

 

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Agathe B., née en 1789 (?)

Renée B. fut arrêtée le 1er février 1794 au moment où les troupes républicaines, durement secouées par les troupes vendéennes, s'arrêtaient à Montrevault. Considérée comme femme de brigand, elle fut massacrée le 2 février 1794 à 8 h 30 du matin avec seize autres femmes du canton. Ces victimes innocentes furent considérées comme des martyres et l'on venait prier sur leurs tombes.

François-René, âgé de 12 ans, et sa petite soeur Agathe s'enfuirent vers la Loire à la recherche de parents ou d'amis qu'ils savaient pouvoir rencontrer. Ils furent pris en route par les bleus et seraient tous les deux morts dans une de ces noyades imaginées par Carrier sans une chance jugée miraculeuse à l'époque.

Ils durent leur salut à leur jeunesse. Un vieux soldat républicain ferma les yeux sur leur fuite. En se cachant, à pied, ils remontèrent vers le nord pour retrouver, au Mans, leur tante Allard qui était restée étrangère aux évènements des Mauges. Plus tard, Agathe devait se marier avec un royaliste nommé Guérif.

Ces aventures, ces massacres devaient laisser dans le coeur de François-René une haine farouche pour tout ce qui pouvait, de près ou de loin, être "républicain".

Malgré son extrême jeunesse, il participe aux derniers combats de la Vendée et fut nommé lieutenant à l'affaire des Aubiers (1799).

Nommé greffier du juge de paix par décret, il y reste, refusant plusieurs fois d'être notaire et juge de paix en 1815. Il fut conseiller municipal jusqu'en 1849.

Les rapports entre les émigrés et les authentiques combattants en 1793 et 1794, n'étaient pas toujours empreints de la plus franche cordialité. Par des paroles imprudentes, François-René B. se vit frustré de la croix de Saint-Louis que M. d'Autichamp lui avait promise. En compensation, il reçut un brevet du roi et une attestation du général d'Autichamp.

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3ème génération

En 1822, François-René B. épousa Héloïse Garnier, née à Angers en 1795, décédée à Montrevault en 1862, dont il eut deux enfants, Émile et Amélie-Françoise. Avec eux devait s'éteindre le nom des Boltschouser. A leur place, selon leurs moyens, avec courage, persévérance et honnêteté, ils avaient servi fidèlement la cause de leur foi et de leur roi.

On retrouve chez eux la rudesse volontaire des Suisses, leur rigidité morale, tempérées par l'apport féminin des épouses douces et pieuses de nos Mauges. Tout cela permit aux Boltschouser, malgré leur nom et leurs origines, de devenir très tôt d'authentiques Vendéens.


Charles Poisson.
Société des Sciences, Lettres & Beaux-Arts de Cholet et de sa Région - 1957 - p. 108-110

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