La Maraîchine Normande

25 septembre 2017

NIORT (79) - 11 JUILLET 1793 - NICOLAS BRASSEUX-DUBIGNON, CONDAMNÉ A MORT

Niort vue

 

Lettre du citoyen Prosper Sijas, adjoint à la 4e division du département de la guerre, par laquelle il transmet à la Convention copie d'un jugement qui condamne à mort Nicolas Brasseux-Dubignon, convaincu d'avoir servi dans l'armée des émigrés ; ces pièces sont ainsi conçues (1) :

L'adjoint à la 4e division du département de
la guerre, au citoyen Président de la Convention nationale.

« Paris, le 31 juillet 1793, l'an II de la République.

« Je vous envoie, citoyen, la copie d'un jugement adressée au ministre par le citoyen Bonavita, général de brigade. Vous y verrez que le nommé Nicolas Brasseux-Dubignon, convaincu d'avoir servi dans l'armée des émigrés, a été condamné à mort et exécuté le 11 de ce mois à Niort.

« Signé : Prosper Sijas. »

Jugement.

« Aujourd'hui onze juillet mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an second de la République française, en la salle de l'auditoire du tribunal criminel du département des Deux-Sèvres,

les citoyens Joseph Bonavita, général de brigade, président de la commission ; Dominique Aubertin, chef du 11e bataillon de la formation d'Orléans ; Nicolas Saulnier, lieutenant de gendarmerie nationale, 6e division du département de la Charente-Inférieure ; Joseph-Pierre Lapierre, adjudant-major du 9e bataillon de la formation d'Orléans, et Alexandre Muray, chasseur du 13e régiment, composait la commission militaire nommée par l'état-major de l'armée des côtes de La Rochelle séant actuellement en la ville de Niort, suivant l'article 1er de la loi du 9 octobre 1792.

Étant chacun à nos places, et ayant avec nous le citoyen Louis-Jullien Bonneau, greffier du tribunal civil de cette ville de Niort, qui a été par nous commis à cet effet, et duquel nous avons pris le serment au cas requis.

Nicolas Brasseux-Dubignon, détenu en la maison de justice et y conduit en vertu de l'arrêté du comité de sûreté générale du département des Deux-Sèvres, en date du 2 mai dernier, a été extrait de ladite maison de justice et conduit à la barre, libre et sans fers ; s'étant assis, le président lui a fait subir un interrogatoire, dont il a été tenu note, conformément à l'article 4 du décret du 19 mars dernier.

Nous lui avons exhibé le congé à lui donné à Flavelo, le 28 novembre 1792, signé le marquis de la Suze, commandant l'armée des soi-disant princes, et autres émigrés, qu'il a parfaitement reconnu.

En conséquence, la commission, considérant que ledit Nicolas Brasseux-Dubignon s'est émigré de la République française, qu'il est prouvé, tant par ledit congé et autres pièces de conviction trouvées sur lui lors de son arrestation, que les deux billets d'entrée et de sortie d'hôpitaux sous des noms supposés, et vu aussi l'interrogatoire qu'il a subi le 2 mai dernier par devant les administrateurs du département des Deux-Sèvres, district et municipalité de Niort, lesquelles pièces jointes au procès, et dont il lui a été fait lecture par devant nous ; en conséquence, il résulte de tous ces faits que ledit Nicolas Brasseux-Dubignon a contrevenu à l'article 74 section XII des décrets de la Convention nationale du 28 mars dernier, concernant les émigrés.


La commission, après s'être retirée dans la chambre du conseil pour délibérer tant sur les pièces résultant du procès, que sur le nouvel interrogatoire qu'elle a fait subir à l'accusé, et rentrée dans l'auditoire, et chacun de ses membres ayant repris sa place, ils ont donné leur avis, en commençant par le plus jeune, le président ayant recueilli les opinions ;

La commission, à l'unanimité, déclare Nicolas Brasseux-Dubignon convaincu de s'être émigré et d'avoir porté les armes contre la République française, depuis la fin du mois d'avril 1792 jusque vers la fin du mois de novembre suivant, et pour réparation de quoi la commission, conformément à l'article 74 de la loi ci-dessus relatée, condamne ledit Nicolas Brasseux-Dubignon à la peine de mort, et sera le présent jugement exécuté dans les vingt-quatre heures, conformément à l'article 1er de la loi du 9 octobre 1792, et de suite a été renvoyé dans la maison de justice, après avoir entendu la lecture du présent jugement.

Fait, clos et arrêté les jour, mois et an que dessus.
Signé à la minute : Muray ; Saulnier ; La-pierre ; Aubertin ; Bonavita, président ; Bonneau, greffier commis. »

« Je soussigné, greffier commis par les citoyens composant la commission militaire établie au présent jugement, certifie que ledit Nicolas Brasseux-Dubignon, condamné y dénommé, a été aujourd'hui livré entre les mains de Augustin Acellin, exécuteur des jugements criminels du département des Deux-Sèvres, qui a mis de suite le jugement à exécution. En fin de quoi j'en ai délivré le présent certificat pour valoir et servir ce que de raison.

« A Niort, le 12 juillet 1793, l'an II de la . République française.
« Signé : Bonneau, greffier commis. »
(La Convention décrète l'insertion au Bulletin.)

(1) Archives nationales, carton C 265, dossier 607. —-Ces pièces ne sont mentionnées ni au procès-verbal, ni au Bulletin de la Convention, mais on y lit en marge : « Insertion au Bulletin, Liv. 10e, le 3 août... » et d'autre part le Journal de la Montagne (séance du 3 août 1793,. page 411, 1™ colonne) y fait allusion.

 

Archives numériques de la Révolution française - Archives parlementaires - Tome 70 : du 30 juillet au 9 août 1793 - p. 148-149. 

Posté par Shenandoah Davis à 12:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


BASTIA (2B) - GIUSEPPE BONAVITA, GÉNÉRAL DE BRIGADE (1743 - 1801)

Bonavita z


BONAVITA Joseph, général, né le 19 août 1743 à Bastia, d'une ancienne famille de cette ville, servit d'abord dans le Royal-Italien, puis dans le Royal-Corse.

Il était sous-aide major en 1770 dans le régiment Buttafoco. Il obtint l'année suivante, les épaulettes de lieutenant des grenadiers, fut nommé en 1772, aide-major du régiment Provincial-Corse avec le rang de capitaine, puis major (1775). Il fut du nombre des Corses marquants de cette époque qui se rallièrent franchement au gouvernement français, auquel il rendit dans cette circonstance, des services importants.

Il prit part à la campagne de Minorque (1756-1762) et s'y fit remarquer.

Réformé avec le corps en 1791, il dut aux solides qualités militaires qui le distinguaient d'être placé peu de temps après à la tête du 42ème régiment d'infanterie de ligne.

Il passa ensuite colonel du 24ème. Promu général de brigade en mai 1793, il fit partie de l'armée des côtes de La Rochelle et commanda une subdivision aux îles de Noirmoutier, de Ré et d'Oléron.

Le général en chef Biron ayant été suspecté d'entretenir des rapports avec les anglais qui avaient bloqué la Rochelle, il fut lui-même arrêté avec son supérieur ; mais il n'eut pas de peine à se justifier et reprit ses fonctions. 

Après sa réforme, le général Bonavita se retira à Bastia au sein de sa famille. Il mourut le 15 mars 1801 (24 ventôse an IX) dans cette ville et fut inhumé dans la nef principale de l'église Sainte-Marie. Il était l'époux de Luisa Prévot.

Bonavita décès z


Dictionnaire d'histoire et de géographie de la Corse - Premier volume, 1er fascicule - par M. D. de Buttafoco - 1887

Posté par Shenandoah Davis à 12:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

NIORT (79) - AUGUSTIN-JOSEPH ASSELIN, "EXÉCUTEUR DES SENTENCES CRIMINELLES" (1761 - 1813)

[Niort_Ancien_Hôtel_de_Ville

Fils d'Augustin Asselin, Exécuteur des sentences criminelles, et d'Élisabeth Benoît, Augustin-Joseph est né à Niort, paroisse Saint-André, le 6 août 1761, et baptisé le lendemain.

Asselin baptême z

[Le premier acte ne concerne pas notre personnage mais il est utile puisqu'il est daté]


Il s'est marié avec Marie-Anne Verdier (fille de François et de Jeanne Baitineau ; née à Saint-Sauvant - Vienne - le 14 janvier 1774) , le 17 brumaire an V (7 novembre 1796), puis avec Marie-Anne-Magdelaine Verdier (fille de François et de Magdelaine Robert ; née à Poitiers le 13 septembre 1766 - veuve de Pierre Dupui) le 9 messidor an X (28 juin 1802). (Augustin-Joseph ne sait pas signer).

Le père de ses deux épouses (demi-soeurs), François Verdier, était aussi "restaurateur de corps humains", à Poitiers.

De 1781 à 1813, Augustin-Joseph remplace son père Augustin.

Il est le dernier bourreau à utiliser la pendaison, remplacée par la guillotine en 1792.

"Du mois de novembre 1793 au mois de mai 1794, c'est-à-dire dans l'espace de 7 mois, 106 exécutions capitales d'insurgés vendéens ont eu lieu à Niort, sur la place de la Brèche. Le 3 mars 1794 est une date terrible pour cette ville ; ce jour-là, 66 têtes tombent sur l'échafaud ; 23 de ces exécutions sont faites sans jugement !

Le tribunal criminel de Niort, dans sa session tenue de novembre 1791 à mai 1794, prononça 83 sentences de mort.

Le conseil général de la commune, craignant que la quantité de sang répandu sous la guillotine n'engendrât des miasmes pestilentiels, décida que trois ouvriers seraient chargés de faire sous l'échafaud un trou de cinq pieds de profondeur, de deux pieds de circonférence, dans lequel serait reversé tout le sang répandu. Un baquet devait être suspendu près du plancher pour recevoir le sang qui jaillirait sur l'échafaud, et porté au lieu des sépultures par les tombereaux destinés à recevoir les cadavres. Les inhumations étaient pratiquées à Bouillounouse." 

Augustin-Joseph Asselin, "Exécuteur des sentences criminelles", décède, à Niort, le 1er septembre 1813, à l'âge de 51 ans.

ASSELIN décès z

 

AD79 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Niort

Histoire de la ville de Niort - par L. Favre - 1880

Posté par Shenandoah Davis à 11:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

24 septembre 2017

FONTENAY-LE-COMTE (85) - 1793 - LETTRE DE CAVOLEAU POUR EMPÊCHER LE MASSACRE DES PRISONNIERS VENDÉENS

LETTRE DE CAVOLEAU


Aux Commissaires de la Convention, les engageant à se rendre immédiatement à Fontenay pour empêcher le massacre des prisonniers Vendéens. (22 mars 1793).


Fontenay-le-Peuple, le 22 mars 1793

Le Président du Directoire du département de la Vendée,
Aux Commissaires de la Convention à Niort

Citoyens Commissaires,

Un crime atroce se prépare. Une grande partie des troupes qui sont à Fontenay, vient de réclamer à grands cris la tête des prisonniers qui ont été arrêtés à Saint-Hermand, sur le soupçon d'avoir été complices des brigands. Quelques-uns de ces hommes peuvent être coupables mais il est probable qu'un grand nombre est innocent. Nous avons fait retentir le cri de la loi ; notre voix n'a pu se faire entendre. Tout ce que nous avons pu obtenir, c'est de suspendre l'exécution jusqu'à demain. Nous ferons tous nos efforts pour empêcher que ce crime ne soit commis ; nous verserons, s'il le faut, tout notre sang pour empêcher la loi d'être violée ; mais notre espoir est bien faible, ou plutôt nous sommes sûrs de ne point réussir. Citoyens, vous seuls pouvez arrêter l'effet d'une menace, qui nous fait frissonner. Le caractère sacré, dont vous êtes revêtus, inspirera peut-être le respect des lois à ceux qui sont prêts à leur porter une atteinte funeste. Ne perdez pas un instant, car il ne serait plus temps, si la journée de demain s'écoulait sans vous voir ici.

CAVOLEAU

CAVOLEAU SIGNATURE


(Original - Archives de la Préfecture de la Vendée)

AD85 - Archives historiques de la ville de Fontenay-le-Comte (ensemble de pièces réunies par Benjamin Fillon - E Dépôt 92 1 II 7

Posté par Shenandoah Davis à 16:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

22 septembre 2017

CANDÉ (49) - LA SAULAIE - 1793 - PRISONNIERS FUSILLÉS A LA SAULAIE - LE CHAMP DES MARTYRS

CANDÉ
PRISONNIERS FUSILLÉS A LA SAULAIE


En 1793, vingt jeunes gens de Candé et des environs, parmi lesquels se trouvait M. Laumailler (frère de celui qui a été maire de Candé, Louis-Bernard Laumailler - et non pas Loumaillon comme indiqué sur Wikipédia - époux de Françoise Tessier), furent fusillés.

 

Candé moulin de la Saulaie z

 

Ils étaient dans les chouans, et on leur avait promis la vie sauve s'ils se rendaient, moyennant seulement une quinzaine de jours de prison ... Un général passant par hasard à Candé, avec trois ou quatre cents hommes, demanda au geôlier s'il y avait des prisonniers. Sur sa réponse affirmative, le lendemain ou le surlendemain, il les fit conduire, sans autre forme de procès, au moulin de la Saulaie, et les fit fusiller. Tous tombèrent ; mais un qui était blessé légèrement se sauva par l'allée de la Saulaie et fut se cacher dans un champ de choux, tout près de l'Aubriais.

Poursuivi vivement par des cavaliers, il allait s'échapper, quand un paysan, interrogé s'il n'avait pas vu le fuyard, indiqua sa retraite. Cette dénonciation, qui valut la mort du prisonnier, ne resta point impunie ; car, dès la nuit suivante, le dénonciateur fut tué par les chouans.

Acte inique, qui a transformé ces jeunes gens en martyrs ; aussi le champ où furent jetés leurs cadavres, dans une carrière abandonnée, recomblée depuis, porte-t-il le nom de Champ des Martyrs.

Quelques jours après, il fut tué, à Candé, un autre jeune homme, qui fut transporté au même endroit.

La demoiselle Marie Laumailler, désirant faire rapporter son oncle à Candé, fit creuser dans cette carrière par des maçons, qui retrouvèrent le dernier enterré. Pierre Beduneau fils trouva dans l'épaule de ce cadavre la balle qu'il avait reçue ; l'eau les gagnant, ils abandonnèrent leurs recherches.

Extrait : Candé ancien et moderne par Perron-Gelineau - 1886

------------

Hélas ce texte ne nous donne aucune date précise ni ne situe exactement l'endroit où furent inhumés ces jeunes gens, et les registres sont malheureusement muets.

Néanmoins, on sait que le 21 octobre 1793, à Candé, environ 30 blessés vendéens, laissés dans les hôpitaux, sont massacrés par les républicains, lorsque ces derniers reprennent la ville.  On peut imaginer que la fusillade de ces jeunes prisonniers pouvait avoir un lien avec ce triste évènement et que peut-être ce fut une vengeance de plus ... Mais la question reste posée.

Aucun document ne permet de situer ce "Champ des Martyrs". Cependant, il existe à Candé une "Allée du Champ Rouge", ce nom pourrait peut-être rappeler le lieu de leurs sépultures.

 

21389410_10214241753063518_359717351_o

Posté par Shenandoah Davis à 11:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


SAINT-MESMIN (85) - BRÉTIGNOLLES (79) - 1843 - CHASSE AUX LOUVETEAUX - GÉNÉRAL DE LA ROCHEJAQUELEIN

loup traces gravure zz

Le 6 septembre 1843 - Rendez-vous près le bourg de Saint-Mesmin (Vendée) dans des bois appartenant à M. Roboam. Laisser-courre par Naulet, piqueur de M. de la Débutrie, d'une portée de trois louveteaux dont deux, lancés successivement, ont été étranglés au bout de vingt minutes de chasse, par les chiens réunis de MM. O'Riordan, de Fontaine et de la Débuterie.

Trois semaines plus tard, le dernier louveteau de cette portée a été lancé par les chiens du général [Auguste] de la Rochejaquelein, par le plus pur des hasards, et pris, au bout d'une heure de chasse vigoureuse, dans les bois de Brétignoles, près sa terre de la Durbelière.

Extrait : Journal des chasseurs - octobre 1843

21 septembre 2017

LAVAL (53) SOULAINES-SUR-AUBANCE - ANGERS (49) - PIERRE-JÉRÔME CHATIZEL, CURÉ DE SOULAINES (1733 - 1817)

 

soulaines z

 


L'ABBÉ CHATIZEL DE LA NÉRONIÈRE, curé de Soulaines

Chatizel baptême z



Né à Laval le 29 septembre 1733 et baptisé le lendemain, Pierre-Jérôme Chatizel était fils d'un notaire royal. Ses études terminées au séminaire Saint-Sulpice à Paris, il se fit recevoir docteur en théologie de l'Université d'Angers et devint principal du collège de Laval, puis curé de Soulaines, en Anjou, où il resta jusqu'en 1807. Il mourut à Angers (1er arrondissement), le 22 septembre 1817, à l'âge de 83 ans et 11 mois.

Chatizel signature z

Caractère ardent et tout d'une pièce, sa vie ne fut qu'une longue lutte.

Tout jeune prêtre il dut combattre les chanoines de Saint-Tugal, malheureusement atteints de jansénisme. Devenu curé, il publie un Traité du pouvoir des Évêques de France sur les empêchements de mariages, où il revendique pour les curés tous les droits que les évêques se réservaient en cette matière. On remarque dans cet ouvrage cette phrase bien significative : "On peut méconnaître l'autorité des évêques dans tous les cas où les évêques croient pouvoir avec succès méconnaître celle du pape, et dans les diocèses où ces évêques dispensent de tout ce qui est réservé à Rome, les curés peuvent bien dispenser de tout ce qui est réservé aux évêques".

En maintes circonstances, dans la suite, l'abbé Chatizel de la Néronière s'affirme le champion hardi et téméraire du droit des curés contre le haut clergé et les bénéficiers. C'est un batailleur, nous dirions volontiers un journaliste, qui ne s'inquiète nullement des colères qu'il soulève.

En 1789, il est élu le premier des députés ecclésiastiques de sa province aux États-Généraux et il réussit à écarter de la députation tout membre du haut clergé angevin.

Arrivé à Paris, il ne se laisse pas entraîner par les utopistes et se montre défenseur habile des droits de l'Église. Il refuse tout serment schismatique. De retour dans sa paroisse, il publie divers écrits pour maintenir les fidèles dans le droit chemin et sa verve railleuse s'exerce contre le clergé constitutionnel.

Forcé de fuir, après un court séjour à Laval, il se réfugie à Bruxelles, puis en Allemagne et en Angleterre. Dans ces divers exils, il ne reste pas oisif et se montre toujours le fidèle défenseur de l'Église fermement attaché à tous les enseignements du Souverain-Pontife.

Lors du concordat, il revint dans sa paroisse où sa mémoire est demeurée en bénédiction.

Chatizel décès z


B.H.
Revue historique et archéologique du Maine - 1900 (par M.E. Quéruau-Lamerie. Laval, E. Lelièvre, 1899, in-8°, de 54 pages).

Posté par Shenandoah Davis à 17:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

19 septembre 2017

THOUARCÉ (49) - UNE BROCHURE CONTRE PIERRE-LOUIS-ÉTIENNE COURONNÉ, L'INTRUS DE THOUARCÉ (1791)

 

Thouarcé église z

PIERRE GODARD, curé de Thouarcé, refusa le serment à la constitution civile du clergé. En conséquence, le 22 mai 1791, les électeurs du district de Vihiers nommèrent à sa place PIERRE-LOUIS-ÉTIENNE COURONNÉ, gardien des Cordeliers de Saumur, qui prit possession immédiatement.

Au mois de juin 1791, on répandit dans la paroisse une petite plaquette, sans lieu ni date ni nom d'auteur, intitulée :

"Catéchisme sur le schisme à l'usage de M. l'abbé de Périgord, adressé et appliqué au R.P. Couronné, religieux cordelier, défroqué et intrus, à Thouarcé, par la grâce de la Constitution."

Voici le texte de cette brochure, qui pourrait bien être l'oeuvre de M. Chatizel, curé insermenté de Soulaines, ancien membre de l'Assemblée Constituante :

Les apologistes de la religion ont remarqué, comme un miracle de la Providence, que les plus mortels ennemis de la religion chrétienne, les Juifs, soient les plus fidèles dépositaires des oracles qui en prouvent la divinité et viennent offrir eux-mêmes les preuves qui les condamnent. Je ferai la même observation sur le respect hypocrite qu'affectent pour le Saint-Siège ceux mêmes qui se révoltent contre ses décisions. C'est une preuve bien irréfragable de l'autorité du Pape que ceux mêmes qui, par leurs nouvelles doctrines, se séparent de la chaire de Saint-Pierre ou qui sont retranchés du corps de l'Église par les anathèmes de son chef, soient forcés de rendre hommage au grand principe de la nécessité de la communion avec le pape, en protestant qu'ils ne veulent pas rompre l'unité. Telle a été de tout temps la conduite des hérétiques et schismatiques, depuis Arius jusqu'au Révérend Père Couronné. Tous ont protesté, comme lui, qu'ils étaient inviolablement attachés à l'Église de Rome, qu'ils ne s'en sépareraient jamais ; qu'en vain elle les retrancherait de son sein, qu'ils s'en rapprocheraient toujours, du moins par leurs voeux ; et ce n'est que longtemps après qu'ils ont vu toute union impossible, qu'ils ont déclaré qu'elle était inutile, et qu'ils ont commencé à paraître mépriser ce qu'ils ont affecté de respecter. Telle fut la conduite d'Arius, de Pélage, Donat, Luther, Calvin, etc. Le Révérend Père n'est que le singe de leur hypocrisie, comme de leur révolte contre le Saint-Siège.

C'est une chose curieuse que d'entendre le Père Couronné soutenir sérieusement qu'il ne sera pas schismatique parce qu'il voudrait bien ne pas l'être, et qu'il restera toujours dans la communion du pape. Quoi ! quand le pape l'aura solennellement interdit, anathématisé, frappé des foudres de l'excommunication, solennellement dénoncé à l'Église universelle comme un membre gangrené, retranché du corps des fidèles, il sera encore dans sa communion ! La communion ne suppose-t-elle donc pas une union réciproque ? Suffit-il que vous affectiez de reconnaître le pape ? Ne faut-il pas aussi qu'il vous reconnaisse ? Le schisme n'est qu'une décision ; or, la division existe, dès qu'une des parties se sépare de l'autre. Peut-être direz-vous que c'est le pape qui est schismatique, puisque c'est lui qui vous sépare. En ce cas, il vous reste à le déclarer excommunié, ce qui serait fort curieux. Je vous préviens cependant qu'il vous faudra, sous le même anathème, envelopper toute l'Église unie de communion avec lui, et soutenir que la véritable Église a disparu de la surface de la terre et qu'elle ne se trouve plus que dans la secte des pasteurs constitutionnels de France. Peut-être n'oserez-vous pas faire cette démarche hardie, qui serait trop risible.

Peut-être la conscience très délicate du Père Couronné se tranquillise sur ce qu'il professe, dit-il, la même foi que le Souverain Pontife ; mais, outre que le Souverain Pontife dit le contraire et déclare que cette constitution civile du clergé, principal article de foi reconnu par le Révérend Père, n'est qu'un amas et une source de plusieurs hérésies (Bref du 13 avril 1791) ; de plus, croire que l'unité de foi suffit pour celle de communion, c'est une erreur grossière. Pour en guérir le Révérend Père intrus, je vais lui citer un docteur qui n'est pas, il est vrai, comme lui, un Père de la nouvelle Église gallicane ; un docteur qui peut-être fera rire un homme qui ne connaît d'autre théologie que celle de Rousseau et de Voltaire, mais qui est révéré dans toute Église : c'est saint Thomas, qui dit qu'on appelle schismatiques, ceux qui ne veulent pas se soumettre au Souverain Pontife ou communiquer avec les membres qui lui sont soumis. Membres qui lui sont soumis : voici une réflexion qui doit troubler la tranquillité du Révérend et lui faire craindre qu'il ne soit schismatique, même après qu'il aura dit tranquillement : Je ne veux pas être schismatique.

Il est clair que nous et vous, nous sommes en état de schisme. Nous fuyons vos temples, nous abhorrons vos offices ; nous vous nommons schismatiques, vous nous appelez non conformistes. La division est consommée, le schisme est total entre nous. Or, cependant nous sommes unis et en communion avec le pape et l'Église universelle ; ils nous reconnaissent comme nous les reconnaissons. Vous, au contraire, le pape vous renie, vous repousse, vous foudroie, malgré les efforts hypocrites que vous faites pour vous accrocher au vaisseau de l'Église, hors de laquelle il n'y a point de salut. Vous êtes donc schismatiques, puisque vous ne communiquez pas avec nous, qui communiquons avec le Saint-Siège ; car l'Église ne fait qu'un corps ou une assemblée, dont les membres doivent être unis et soumis au chef visible de l'Église, qui est le pape. Cela est-il dans l'ancien Catéchisme, mon Révérend Père ? Lisez-le, je vous en conjure.

Si le Révérend Père Couronné, lorsqu'il était au couvent, eût lu les Mémoires du Clergé, il eût su qu'en réponse à une Adresse présentée à l'Assemblée de 1715, dont les auteurs disaient aussi : Quand Rome voudrait-il se séparer de nous, nous ne nous séparerons pas d'elle ; il n'y aura pas de schisme tandis que la séparation sera de son côté et non du nôtre ; jamais nous ne pouvons devenir schismatiques malgré nous ; il eût su, dis-je, que le clergé répondit : Sifflement trompeur du serpent ! n'est-ce donc pas se séparer du Saint-Siège que de se révolter contre ses plus solennelles décisions ? Ainsi Luther protesta qu'il demeurait attaché à l'Église romaine, pendant qu'il combattait la foi.

Si le Père Couronné eût étudié les Pères de l'Église, il eût su que jamais ils n'ont eu d'autre marque pour reconnaître ceux qu'ils devaient admettre à leur communion, que le jugement du Saint-Siège. Rome vous reconnaît-elle ? Nous vous reconnaissons. Rome vous a-t-elle rejetés ? Nous vous rejetons. Aussi les Pères du concile de Constantinople (tenu en 536) disaient : Nous recevons à notre communion tous ceux avec lesquels le Saint-Siège communique, et nous condamnons ceux qu'il condamne.

Mon Révérend Père, voilà votre arrêt de condamnation. Voyez si vous pourrez être en communion avec l'Église après votre excommunication, quoique vous disiez très tranquillement : Je ne veux pas être schismatique.

Je n'ai plus qu'un mot à vous dire, mon Révérend ; c'est au sujet de vos voeux. J'ai lu dans le Bref du pape (10 mars 1791) que Luther, qui fut infidèle à ses voeux, était un apostat et un déserteur de son ordre. Le Saint-Père rapporte ces paroles du prophète, tirées du psaume 75 : Engagez-vous par des voeux avec le Seigneur votre Dieu, et gardez-vous ensuite d'y être infidèle. Le chef de l'Église ajoute : Si vous avez fait un voeu à Dieu, ne tardez pas à l'accomplir ; une promesse vaine et sans effet est un crime à ses yeux. Soyez donc fidèle à tenir tout ce que vous avez promis (Ecclés., V, 1). Que dois-je donc penser de vous, mon Révérend Père ? Vous avez fait voeu de pauvreté. La pauvreté religieuse se perd dans la propriété, et vous avez fait des acquisitions. Vous avez fait voeu d'obéissance. Cependant, vous avez déserté votre couvent, quitté le froc, et vous menez une vie indépendante. Vous avez fait voeu de chasteté ... Ah ! mon Père ! ... C'est ainsi qu'au mépris des lois de Dieu et de l'Église, vous avez violé vos voeux solennels de religion. Croyez-moi, mon Révérend, reprenez votre robe et tous les attributs d'un bon religieux. A la vérité, l'habit ne fait pas le moine, mais un bon moine ne quitte point son habit. Retournez donc dans votre cloître et pleurez-y le reste de vos jours votre double et scandaleuse apostasie.

Je vous autorise à faire part de ces vérités à l'intrus de Faveraye, ce prêtre sacrilège, le misérable abbé La Haye, déjà si avancé dans la voie de perdition ! Répétez-lui sans cesse qu'il est excommunié comme vous ; qu'il est sans pouvoir et en horreur à l'Église ; qu'il n'est point le pasteur légitime ; que tous les actes de juridiction qu'il prétendra exercer, sont frappés de nullité ; en un mot, dites-lui que je lui adresse les mêmes expressions qu'à vous : méditez-les de concert. Puissent-elles vous décider tous les deux au gré de la véritable Église catholique, apostolique et romaine, et vous faire rentrer dans le bon chemin !

J'aurais bien voulu étendre plus loin ces réflexions, pour opérer la conversion du Père gardien et seconder l'envie qu'il a de n'être point schismatique. Mais je lui offre gratuitement toutes les instructions dont elle a besoin.


L'intrus de Thouarcé ne démissionna que le 5 février 1794.


L'Anjou historique - juillet 1924

Posté par Shenandoah Davis à 17:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

ANGERS (49) - M. ANTOINE-AUGUSTE BÉGUYER DE CHAMBOUREAU, PRÉSIDENT DE CHAMBRE A LA COUR IMPÉRIALE (1750 - 1811)

M. ANTOINE-AUGUSTE BEGUYER DE CHAMBOUREAU

ANGERS 1794


Le 18 novembre 1811, M. Antoine-Auguste Beguyer de Chamboureau, président de chambre à la Cour Impériale d'Angers, est mort, rue des Petits-Murs (1er arrondissement), à l'âge de 61 ans.

Fils de Maître Jean-Robert Béguyer, avocat au Présidial d'Angers, et de Anne-Marie Poitevin de Lisle, Antoine-Auguste est né paroisse Saint-Maurille, à Angers, le 11 août 1750 et baptisé le lendemain.

Béguyer baptême z

Il s'était marié à l'Île d'Yeu avec Catherine Micheau [qui figure dans la liste des colons propriétaires à Saint-Domingue], fille de André Micheau, bourgeois, décédé le 30 juillet 1783, paroisse St-Sauveur à l'Île d'Yeu, et de ... ?,  le 7 septembre 1778 (pas de registres).


C'était un des membres les plus distingués de la magistrature.

Reçu avocat le 7 avril 1772, conseiller au Présidial d'Angers en novembre 1776, il sut honorer ces deux fonctions. Il avait ce dernier titre lorsque la Révolution éclata.

Froissé par elle dans sa fortune, il l'a traversée en se défendant de l'exagération de tous les partis et a toujours conservé l'estime de ses concitoyens.

Dévoué à son état, il lui resta fidèle à cette époque orageuse, et les changements multipliés que subissait l'ordre judiciaire, ne le détournèrent point de la carrière qu'il avait embrassée.

Juge au tribunal civil d'Angers, par arrêté du 29 avril 1800, il fut compris au nombre des membres destinés à composer le tribunal d'appel établi dans la même ville.

Président de son canton, il assista en cette qualité au couronnement de l'Empereur, et dans l'organisation judiciaire de 1811, il fut nommé un des présidents de la Cour impériale. C'est au moment qu'il venait de recevoir cette noble récompense de ses travaux, qu'une maladie cruelle et rapide l'a enlevé à une épouse désolée, à une famille et à des amis inconsolables.

Ses obsèques ont eu lieu le 20 novembre 1811, dans l'église de Notre-Dame.

Sa compagnie et tous les tribunaux y ont assisté en corps. Le drap mortuaire était porté par quatre conseillers de sa chambre.

L'Anjou historique - janvier 1920

AD49 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Angers

Béguyer décès z

Il était l'un des juges présents lors du procès de Noël Pinot ; Il était requis "que le sieur Pinot soit blâmé à la barre de l'audience publique et banni pour cinq années du département ... privé de son traitement, et déchu de ses droits de citoyen actif et déclaré incapable de remplir aucune fonction publique ..." ; "Mais le tribunal, moins avancé ou plus indulgent que le Commissaire du roi, réduisit la peine proposé : il condamna Noël Pinot "à être admonesté à l'audience de la barre publique et à se tenir éloigné, pendant deux ans, à la distance de huit lieues, de la paroisse du Louroux." Cette condamnation contraria Choudieu ..." (Bienheureux Noël Pinot, curé du Louroux-Béconnais, martyr sous la Terreur - 1926)

Posté par Shenandoah Davis à 17:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

18 septembre 2017

ST-LAURENT-SUR-SÈVRE (85) SAINT-SULPICE (53) - L'ODYSSÉE D'UN PRÊTRE AVEUGLE ET DE SON GUIDE - LE PÈRE JAVELEAU ET JOSEPH BITON

SAINT-LAURENT-SUR-SÈVRE
L'ODYSSÉE D'UN PRÊTRE AVEUGLE ET DE SON GUIDE

St-Laurent sur Sèvre z


Au nombre des missionnaires, disciples du Bienheureux Montfort, qui résidaient à Saint-Laurent-sur-Sèvre lors de l'insurrection vendéenne, se trouvait un vénérable vieillard, le Père Javeleau, octogénaire et aveugle. Son infirmité ne l'empêchait pourtant point de célébrer journellement la messe, grâce à l'assistance d'un servant dévoué, René-Joseph Biton, fils du sacristain de la paroisse.

Né en 1781, le jeune Biton n'était encore qu'un enfant ; mais sa piété et son intelligence lui avaient mérité, de la part de l'évêque du diocèse, l'autorisation de remplir certaines fonctions régulièrement réservées aux diacres, afin de lui permettre d'assister à l'autel le prêtre aveugle. Il servait en même temps de guide au vieillard et tous deux, celui-ci par sa sainteté, celui-là par son dévouement, faisaient l'édification des habitants de Saint-Laurent.

Lorsque les Vendéens, après la désastreuse bataille de Cholet, prirent le parti de chercher un refuge au-delà de la Loire, le Père Javeleau suivit la Grande Armée ; son fidèle servant de messe ne voulut point l'abandonner et passa le fleuve à ses côtés. Il ne le quitta pas un seul instant pendant toute la campagne.

C'était un touchant spectacle que celui de cet enfant de douze ans, guidant les pas d'un vieillard aveugle, au milieu de la foule des fugitifs qui se bousculaient à la suite de l'armée ; et tout le monde admirait avec quel dévouement le petit René-Joseph se tirait de son rôle difficile, avec quelle sûreté de coup d'oeil il évitait à l'infirme les heurts de la bousculade pendant la marche, avec quelle adresse débrouillarde, il lui trouvait un gîte à chaque halte.

Cela dura ainsi pendant près de deux mois jusqu'à la bataille du Mans. Au cours de la lamentable déroute qui s'ensuivit, le Père Javeleau et son guide, n'ayant pu rallier le gros de l'armée, se virent à errer çà et là dans la campagne.

Se cachant le jour et ne marchant guère que la nuit, pour éviter les patrouilles qui battaient le pays à la recherche des "brigands", ils s'en allaient de village en village, en se confiant à la Providence qui, à plusieurs reprises, les préserva miraculeusement de la mort.

Parfois ils avaient la chance de rencontrer de braves gens qui les prenaient en compassion et leur donnaient un morceau de pain ; mais ordinairement, hélas ! ils se heurtaient à des misérables qui, de peur de se compromettre, les chassaient sans pitié, et souvent, il leur arriva de rester tout un jour sans manger !

Un soir qu'ils venaient de se risquer sur la grand'route, un peu avant le coucher du soleil, ils entendirent tout à coup derrière eux le galop de plusieurs chevaux et René-Joseph, en se retournant, aperçut quatre hussards qui arrivaient à fond de train.

- Père, s'écria-t-il, ce sont des Bleus !

- Sauve-toi, lui dit le vieillard ; gagne bien vite le bois dont nous venons de sortir, et abandonne-moi à mon malheureux sort.

- Non ! répliqua le généreux enfant ; j'ai promis au Bon Dieu de ne jamais vous quitter, et je veux tenir ma promesse ...

Et, serrant la main du Père, il attendit bravement les hussards.

Arrivés à quelques mètres de distance, ceux-ci mirent pied à terre.

- Qui êtes-vous, brigands ? cria celui qui paraissait être le chef.

- Nous ne sommes point des brigands, répondit René-Joseph ; c'est un pauvre vieillard aveugle que je ramène chez lui, et vous voyez bien que nous ne pouvons faire de mal à personne.

La réponse eût pu passer comme argent comptant, car le Père Javeleau était déguisé en paysan et rien, dans leur costume, ne dénonçait l'origine des deux fugitifs. Mais le vieux missionnaire était un saint de l'école de Montfort, et il avait horreur du plus petit mensonge :

- Non, messieurs, s'écria-t-il, je suis un prêtre vendéen. Vous pouvez me tuer si vous le voulez, mais j'aime mieux mourir que mentir. J'ai quatre-vingts ans passés, et le martyre ne me fait pas peur. Je vous demande seulement d'épargner cet enfant qui me sert de guide.

Les quatre hussards étaient moins féroces que la plupart de leurs camarades : l'admirable résignation du prêtre aveugle les émut, comme aussi l'intrépidité de son petit conducteur, et ils passèrent leur chemin en disant : "Tâchez que d'autres ne vous rencontrent pas !"

Et aussitôt, à genoux sur la terre couverte de neige, le Père Javeleau et René-Joseph, après avoir remercié Dieu de sa miraculeuse protection, récitèrent un Pater et un Ave "pour les bons Bleus" qui venaient de manquer à leur consigne ...

Cette aventure devait être la dernière de la vie errante de nos deux héros. Le lendemain, leur bonne étoile les conduisit à la porte d'une pieuse chrétienne qui les recueillit et les cacha chez elle, en la paroisse de Saint-Sulpice, non loin de Château-Gontier. Ce fut là que, peu après, mourut tranquillement le vieux Père Javeleau, entre les bras de son fidèle petit conducteur.

Quant à celui-ci, il demeura chez sa protectrice jusqu'à la fin de la tourmente révolutionnaire. Lors de la pacification définitive, il retourna à Saint-Laurent, où il succéda à son père comme sacristain. Il s'y maria et devint père d'une nombreuse famille, sur laquelle le Bon Dieu se complut en bénédictions bien méritées.

La souche des Biton fleurit toujours dans la "Ville sainte" de la Vendée ; ses rejetons y sont toujours fidèles aux principes du vaillant petit Brigand de 93 et René-Joseph revit, là-bas, en la personne d'un certain Joseph de ma connaissance auquel je dédie, en terminant, cet authentique et édifiant épisode de la Grand'Guerre.

La Vendée historique - 20 janvier 1908 - p. 42 à 46

♣♣♣

Le Père Jacques Javeleau, "pauvre aveugle de naissance, de Baugé en Anjou", est décédé à Saint-Sulpice (53) le 4ème jour complémentaire de l'an V (20 septembre 1797). Il était âgé de 85 ans.

 

Javeleau Jacques décès z

 

♣♣♣

 

Fils de Joseph-Mathurin Biton (décédé le 2ème jour complémentaire de l'an XIII) et de Jeanne Ayraud, Joseph-Jean (et non pas Joseph-René) est né à Saint-Laurent-sur-Sèvre, le 26 janvier 1781.

BITON ST LAURENT SUR SEVRE BAPTEME z

 

Joseph-Jean Biton, tisserant, âgé de 23 ans, s'est marié le 29 prairial an XII (18 juin 1804) avec Marie-Jeanne Chauvière, âgée de 24 ans, née à St-Laurent-sur-Sèvre, le 24 février 1780, fille d'Aignan Chauvière, maçon et de Marie-Geneviève Girard, sans profession.

Mariage Biton

mariage Biton suite

 

 

Naissances :
- Marie-Joseph, née le 4 floréal an XIII (24 avril 1805) - enfant de sexe "masculaint"
- Marie-Hyacinthe, née le 17 juillet 1807
- Prosper-Augustin, né le 23 janvier 1810
- Louis-Alexis, né le 16 juillet 1813
- Augustin, né le 20 novembre 1817
- Benjamin-Joachim, né le 14 juillet 1820.

AD85 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

AD53 - Registres d'état-civil de Saint-Sulpice.

Posté par Shenandoah Davis à 22:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :