La Maraîchine Normande

23 février 2017

LE MANS (72) - 1793 - TÉMOIGNAGE DE S.B. LOMBARD

 

LE MANS BATAILLE ZZZ


... Rien ne peut résister à cette dernière attaque. Tout ce qui n'est point égorgé se sauve sur la route de Laval, abandonnant aux vainqueurs l'artillerie presqu'entière, les bagages, les femmes, les enfans et les blessés.

A l'instant même, l'armée républicaine, réunie au faubourg de Pontlieue fait son entrée au Mans au pas de charge.

La ville dont les rues sont encombrées de cadavres, de monceaux d'armes, de voitures brisées, de chevaux étouffés, de canons, de caissons, de bagages, présente l'affreux spectacle d'une ville emportée d'assaut et livrée à la rage d'une soldatesque altérée de sang : les femmes cachées dans les maisons, en sont arrachées et traînées sur la place publique pour y être massacrées.

Devant les demeures mêmes des Commissaires conventionnels, on égorge une multitude de victimes. Les femmes sont entassées et foudroyées par des feux des pelotons, ces infortunées se serrent pour éviter la mort : les premiers rangs reçoivent les coups mortels, les autres sont poursuivies et atteintes, et écharpées. Les rues, les maisons, la place publique, tout est couvert de morts, les vainqueurs semblent ne pouvoir se rassasier de sang.

Marceau qui gémit de l'épouvantable abus de la victoire ne peut y mettre un terme qu'en faisant battre la générale. Le soldat, livré au pillage, écoute avec peine, le rappel à ses drapeaux. Les chevaux, les voitures, les ornemens d'église, tout ce que possédèrent les vaincus ne put assouvir leur insatiable cupidité.

M. d'Autichamp, tombé blessé dans le combat, ne dut la vie qu'à l'hospitalité la plus généreuse.

Westermann à la tête des grenadiers d'avant-garde poursuivit avec acharnement les fuyards sans s'arrêter au Mans. Malades, blessés, tout ce qui n'avait pu suivre la masse fut égorgé sans distinction de sexe.

La déroute ne s'arrêta qu'à la Chartreuse du Parc (à St-Denis d'Orques) et pendant l'espace de quatorze lieues, il ne se trouvait pas une toise de terrain qui ne fut couverte de cadavres ...

LE MANS CRÂNE

 

Mémoire - S.B. Lombard, capitaine d'état-major, aide de camp du général commandant le département de la Sarthe - AD85 - SHD 1 M 494

 

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BAROCHE-GONDOUIN - CHÂTEAU-GONTIER (53) - JEAN HÉROUX, CURÉ DE PRÉAUX (1748-1799)

 

Heroux jean baptême zzz

Jean Héroux était curé de Préaux depuis le mois de mai 1787. ll était né à la Baroche-Gondouin, en 1748, (baptisé le 6 février), avait fait de fortes études à Angers et y avait pris ses degrés en théologie. Aussitôt après avoir reçu le sacerdoce, il remplit les fonctions de vicaire à la Chapelle-au-Riboul, puis à Conlie, à Saint-Mars-la-Bruyère, à Torcé et en 1778 à Montenay. Il fut successivement proposé pour les cures de Ponthouin et de la Conception-en-Passais mais il ne fut jamais pourvu canoniquement de ces deux bénéfices. Il mérita constamment l'estime de ses supérieurs, qui le considéraient, selon leurs propres expressions, comme « un prêtre pieux, aimant le travail et fort zélé. » Il ne mérita pas moins le respect et l'affection des populations auprès desquelles il remplit le saint ministère.

Héroux signature zzz

 

La considération que sa science et sa vertu lui avaient conquise en peu de temps dans le pays le désignaient à la haine des révolutionnaires de la contrée ; il dut se retirer à Laval après avoir refusé le serment, ainsi que son vicaire ; et ils furent déportés à l'île de Jersey. Il passa de là en Espagne, et il reçut un accueil très favorable de la part du vénérable évêque de Placentia en Estramadure, don Joseph Gonzalès Laso. Ce pieux et savant prélat logea le curé de Préaux dans son propre palais, où il avait également recueilli l'archevêque d'Auch, Louis-Apollinaire de la Tour-du-Pin-Montauban. Malgré ces avantages Jean Héroux ne perdait point de vue ses paroissiens ; jour et nuit il était occupé du danger que couraient leurs âmes, principalement sous le rapport de la foi.

Peu de temps après la première pacification, en avril 1795, il quitta Placentia et il arriva dans le diocèse du Mans vers le mois de juillet ou d'août de la même année. Il brûlait du désir de rentrer dans sa paroisse ; mais l'approche lui en était interdite par le voisinage de Ballée, dont l'exaltation démagogique était redoutée dans tous ces parages.

Jean Héroux prit un moyen terme : il parcourut les campagnes les plus rapprochées, et surtout il se tint dans la ville de Sablé, où ses paroissiens venaient le trouver les jours de foire et il ne paraît sur les registres paroissiaux que le 2 août 1787.

Son diplôme de maître ès-arts de l'Université d'Angers est du 4 janvier 1771. Ce fut son frère plus que lui qui exerça le saint ministère près de Sablé. M. Jean Heroux bientôt alla aux environs de Château-Gontier, surtout à Mesnil.

Durant les mois d'octobre et de novembre, il réconcilia un nombre considérable de pécheurs. Infatigable dans son zèle, il visita tous les hameaux dans un rayon fort étendu. La nuit comme le jour il allait de village en village, de cabane en cabane ; il n'attendait pas que l’on vînt réclamer son ministère : il volait au-devant des âmes égarées : et Dieu bénissait ses travaux par des fruits innombrables. Il continua ce pénible et consolant apostolat sans rencontres fâcheuses jusqu'à la fin du carême de 1796.

Le retour des fêtes pascales lui donnait une ardeur nouvelle pour ses fonctions ; et il préparait un grand nombre de fidèles à remplir leurs devoirs, lorsqu'il tomba entre les mains d'un détachement de la garde nationale de Château-Gontier. Il fut conduit en cette ville et renfermé en prison. Château-Gontier n'avait qu'un tribunal civil et un juge de paix. (M. Jean Héroux était petit, il avait surtout les jambes très courtes et semblait toujours courir. Son jeune frère lui disait de modérer cette sorte de précipitation, car il se ferait soupçonner, ayant toujours l'air de vouloir fuir).

On le fit comparaître devant l'un des juges et subir un interrogatoire, pour décider si l'on devait le traduire au tribunal criminel du département de la Mayenne, siégeant à Laval.

Le magistrat lui demanda s'il avait prêté le serment prescrit par la loi ; il lui déclara que sa conscience le lui avait interdit. « Que faisais-tu dans ce pays ? » lui dit le juge. - « Depuis ma rentrée en France, répliqua le saint confesseur, j'enseignais le catéchisme à la jeunesse, et je réconciliais les pécheurs avec Dieu. » - « Tu as donc émigré ? » - « Non ; j'ai été déporté en vertu de la loi du 26 août 1792. » - « Pourquoi es-tu rentré ? » - « Je m'y suis cru obligé en conscience, pour remplir mes devoirs de ministre de Jésus-Christ. » - « Que prétendais-tu ? » - « Prêcher la paix, l'union et la concorde, les commandements de Dieu et de l’Église. »

Ces réponses furent traitées d'insolentes et de séditieuses ; et on lui appliqua l'épithète alors plus banale que jamais de fanatique. Il fut décidé qu'il devait être traité comme émigré rentré, et renvoyé à Laval pour être jugé par le tribunal criminel.

Le lendemain, J. Héroux partit pour Laval, suivi d'un jeune homme de dix-sept ans, qui s'était attaché à lui par vénération pour sa vertu, et qui ne voulut jamais consentir à le quitter. Ils allaient à pied, le curé de Préaux ayant les menottes aux mains comme un criminel. (Quand il se vit reconnu il dit au jeune homme qui l'accompagnait de s'enfuir. Mais celui-ci refusa disant qu'il l'accompagnerait jusqu'à la mort. Alors M. Héroux se tourna vers ceux qui le poursuivaient et leur dit avec la dignité d'un prêtre et d'un martyr : « Je suis le curé catholique de Préaux").

Arrivés à une demi-lieue de la ville de Château-Gontier, l'escorte fit une halte, déclara aux deux serviteurs de Dieu que leur heure suprême était sonnée, et les fusilla sur-le-champ.

Les deux cadavres étaient restés sur le chemin ; le lendemain un laboureur du voisinage les chargea sur sa charrette, et les conduisit dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu de Château-Gontier, où ils furent jetés dans la fosse commune.

AD53 - Abbé AngotMonographie paroissiale : Saint-Martin de Préaux, diocèse de Laval, suivie des Mémoires du colonel Lebaillif : 1792-1822. Mamers,  G. Fleury et A. Dangin, 1884

 


 

 

Château-Gontier Hôtel-Dieu Saint-Julien zzz

 

Dans les registres d'état-civil de Château-Gontier, de l'an VII, on trouve l'acte suivant qui nous renseigne un peu plus sur l'identité du jeune homme et sur la date approximative du double assassinat :

 

Aujourd'hui sixième jour du mois de floréal, l'an sept (25 avril 1799) de la République française une et indivisible, à dix heures du matin, par devant moi, Jean-Jacques Thoreau, agent municipal de la commune de Château-Gontier, chef-lieu de canton, département de la Mayenne, chargé de dresser les actes de naissance, mariage et décès des citoyens,

est comparu le citoyen Georges Le Vayer, juge de paix de la section intra-muros du canton de Château-Gontier ; lequel assisté des citoyens Louis-Jacques Davière, propriétaire, âgé de 31 ans, et Jean Bourjugé, berger (?), âgé de 42 ans, tous deux demeurant en cette commune,

lequel a déclaré à moi Jean-Jacques Thoreau, qu'ayant été instruit que deux cadavres étaient exposés sur la grande route de Château-Gontier à Laval, il s'était transporté sur le lieu et y avait rédigé le procès-verbal dont la teneur suit :

Extrait d'un procès-verbal dressé par le juge de paix de la section intra-muros du canton de Château-Gontier, département de la Mayenne.

Aujourd'hui, vingt sept ventôse, l'an sept de la République française une et indivisible, (17 mars 1799)

Nous, Georges Le Vayer, juge de paix, officier de police judiciaire de la section intra-muros du canton de Château-Gontier, département de la Mayenne, exerçant pour empêchement de notre collège du canton de Laval, détenu pour cause de maladie, avons fait la reconnaissance et la levée de deux cadavres trouvés morts dans la route tendant de cette commune à celle de Laval, à la distance d'environ deux kilomètres de cette commune, et examen fait desdits deux cadavres, ils ont été reconnus pour ceux d'un prêtre réfractaire ... Jean Héroux, et l'autre un nommé Perrault, ex-chouan, prévenu de faire partie des brigands maintenant existants dans ce pays, lesquels ont été tués sur le rapport du commandant de la force armée du même jour, lorsque l'on les transferoit de cette commune, en celle de Laval, pour être déposés dans la maison de justice, lesquels deux cadavres ont été inhumés à l'hospice civil de cette commune, en vertu de notre ordonnance.

Le procès-verbal est signé, Davière aîné, Jean Bourjugé, Bessin, Le Vayer, juge de paix et Berot, greffier.
Pour extrait conforme, signé G. Le Vayer, jdp, Bérot, greffier.

D'après la lecture de ce procès-verbal que Louis-Jacques Davière et Jean Bourjugé ont déclaré être conforme à la vérité, j'ai rédigé le présent acte, que Georges Le Vayer, juge de paix, Louis-Jacques Davière et Jean Bourjugé ont signé avec moi ...

Fait et arrêté, les jour, mois et an ci-dessus.

Héroux décès signatures

 

AD53 - Registres d'état-civil de l'an VII - p. 69

 

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21 février 2017

1793 - ORDRE DES CHEFS DE L'ARMÉE CATHOLIQUE EN MARCHE SUR FONTENAY ...

ORDRE DES CHEFS DE L'ARMÉE CATHOLIQUE, EN MARCHE SUR FONTENAY, POUR FAIRE PROCÉDER A L'INSPECTION DES DIVERS CORPS QUI LA COMPOSENT, ET DISTRIBUER DES VIVRES POUR DEUX JOURS

(15 mai 1793)

NOUS, Commandants des armées catholiques royalistes, Ordonnons à tous les officiers généraux, colonels et capitaines des dites armées de réunir, ce soir, à trois heures, leurs corps respectifs, de faire l'appel, visiter les armes et munitions et distribuer des vivres pour deux jours. Ceux qui sont sous le commandement de Monsieur Stofflet se réuniront à la Boursière (hameau de la commune d'Antigny) ; ceux qui sont sous celui de Monsieur de Marigny, au Châtenais (commune de la Châtaigneraie) ; ceux de Monsieur de Bonchamps, au Pré-Bailly ; ceux de Monsieur de Lescure, dans la prée Moreau. Monsieur de Beauvollier réunira l'artillerie dans la prée du Château, et la fera ensuite ranger sous la halle.

L'inspection passée, ces Messieurs viendront rendre compte au Conseil, où sera décidé ensuite l'ordre de marche pour demain.

Fait en Conseil à la Châtaigneraie, ce 15 mai 1793, l'an 1er du règne de Louis XVII.

 

SIGNATURE GENERAUX VENDEENS zzz

 

la Boursière Antigny zzz

Antigny la Boursière carte

Le Chatenay

le Chatenay carte

La Châtaigneraie - le pré bailly

La Châtaigneraie - moulin Moreau


AD85 - Extrait de la collection Benjamin Fillon - E DEPOT 92 1 II 7

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AMIENS (80) MAULÉON (79) - LES FRÈRES DOUAY AU COMBAT DE CHÂTILLON-SUR-SÈVRE - 1793


LA DESTRUCTION DE CHÂTILLON-SUR-SÈVRE
Le 11 octobre 1793
et ses conséquences sur une famille républicaine d'Amiens : Les DOUAY.

En 1789, à Amiens, vivait un couple de petits bourgeois, tapissier et marchand d'étoffe. Noël Douay et Anne Corbillon s'étaient mariés en 1760 et eurent dix enfants : sept filles et trois garçons. L'aîné, PIERRE-NOËL, avait 21 ans en 1782 à la mort de sa mère. CHARLES-LOUIS, le second fils, en avait 10 et Adrien, le dernier, n'avait que 7 ans.

Le père très occupé par son commerce, ce fut donc Pierre-Noël qui prit en charge les garçons, ce qui entraîna un lien très fort entre l'aîné et le cadet, Charles-Louis.

Le 1er mai 1787, le roi signe avec l'Angleterre un traité de libre-échange sur les tissus. Brutalement, la France qui fabriquait toujours manuellement des pièces de haute qualité se trouve submergée par les tissus d'Outre-Manche de basse qualité, mais fabriqués mécaniquement, à bas prix. En 1789 : 40.000 Amiénois, soit la quasi-totalité de la ville est réduite au chômage.

Le magasin DOUAY ne fait plus vivre la famille ... c'est la misère ... Alors, en septembre 1790, Pierre-Noël Douay quitte son épouse et son fils de sept mois et s'engage avec son jeune frère, Charles-Louis. L'aîné à 29 ans, le cadet n'en a que 18 !

Affectés au 8e bataillon des volontaires de la Somme, ils sont envoyés à l'armée du Rhin puis en Vendée, dès le soulèvement de celle-ci.

Pierre-Noël est une figure charismatique. Il avait obtenu plusieurs voix aux élections municipales d'Amiens du 27 janvier 1790. Très vite, il sera élu lieutenant puis capitaine. Le 11 octobre 1793, à Châtillon, il commande en second son bataillon. Son jeune frère y est lieutenant, ils sont inséparables ... Jusqu'à cette nuit-là ...

Châtillon-sur-Sèvre 11 oct 1793

Toutes les recherches sur les circonstances de la mort de Pierre-Noël Douay sont à ce jour restées vaines.

Cette mort marqua pour la vie son jeune frère qui n'aura de cesse de le venger. Avant Châtillon, le jeune Charles-Louis avait obtenu une citation le 9 juin 1793 : "A l'affaire de Saumur, ce 9 juin, le lieutenant Douay excita sa compagnie à sauter le parapet d'une redoute dans laquelle elle était cernée avec un nombre d'à peu près 400 hommes qui y resta et fut fait prisonnier. Le lieutenant Douay parvint à conduire sa compagnie par des chemins sûrs, quoiqu'au milieu de l'ennemi."

DOUAY CERTIFICAT D'INDIGENCE ZZZ

 

A partir du 11 octobre 1793, à peine remis de ses blessures, Charles-Louis Douay recherche le combat à outrance. Le 10 prairial an II (24 mai 1794), le capitaine Douay reçoit la citation suivante : "Étant à la découverte de l'ennemi avec un détachement au débouché d'un bois, il fut pris par quatre hommes, se défendit avec eux, en tua un, blessa le second mortellement, les autres se sauvèrent."

 

DOUAY Charles-Louis

 

Dix jours après, (le 20 prairial), il était à nouveau blessé de deux coups de sabre dans la forêt de Princé, près de Port-Saint-Père. Il le sera encore le "1er brumaire an II (1er novembre 1794) de deux coups de feu, l'un à la jambe droite qui a fracturé le tibia, l'autre à la jambe gauche". Il ne peut plus marcher, trois mois de convalescence et il repart. Nouvelle citation "au débouché d'un bois, il fut pris par un peloton de 12 hommes. Ayant pris les devants de sa compagnie, il ne voulut pas se rendre en criant : "A moi grenadiers !" Il tua à coups de sabre deux hommes, en blessa deux autres et le reste s'enfuit.

Il faudra attendre le 23 floréal an II (12 mai 1794) pour que le capitaine major Douay signe l'acte de ses compagnons morts le 11 octobre 1793 à Châtillon. On chercherait en vain celui de son frère aîné ... plus que jamais vivant à ses yeux, a-t-il "omis" de le signer ?

La Vendée devait encore le revoir ... fait prisonnier à Schlestadt en 1815, il s'en échappe et rejoint le général Lallemand à Niort ... pour assister à la reddition du soulèvement vendéen durant les Cent Jours ... Après les campagnes du Rhin, d'Italie, d'Espagne et de Russie, Charles-Louis Douay n'avait rien oublié ... son coeur était resté à Châtillon, près de son frère ...

Les conséquences sur sa carrière :

La nuit de Châtillon et la mort de son frère le poursuivront dans toute sa carrière. Avec la disparition de son aîné, il avait perdu son ami, son protecteur, un peu de sa mère aussi ... mais surtout son modèle, sa référence. On n'est pas digne d'égaler son modèle. Le dépasser, n'est-ce pas un peu le tuer une seconde fois ?

Capitaine adjudant major à 20 ans ! Tout est permis. Son commandant tué sous les murs de Granville, Lévrier, commandant en second, prend la place. Charles-Louis est proposé comme commandant en second : la place de son frère ! Il refuse et démissionne de l'armée.

Il y reviendra dix-huit mois plus tard et n'aura de cesse, dès lors, de rester capitaine adjudant-major. Il refusera chaque proposition d'avancement. En 1807, Murat lui-même insiste. Rien n'y fait. Il objecte qu'un autre capitaine de son régiment est plus ancien que lui dans le grade et doit être nommé à sa place ...

En 1813, enfin, à bout d'argument, il sera contraint d'accepter le grade supérieur ... commandant comme son frère ... et le 27 mai 1816, commandant-major.

Le 10 mai 1818, Charles-Louis Douay est proposé au grade de Lieutenant-colonel en des termes et avec des appuis si flatteurs que sa nomination n'est plus qu'une question de jours.

Refuser est impossible. Trahir la mémoire de son frère l'est tout autant. Alors pour s'en sortir, le commandant Douay provoquera un esclandre avec le colonel marquis de Crillon.

L'explication entre les deux hommes, à partir d'une peccadille que Douay monte en épingle, sera orageuse. Il le quittera sur cette phrase énigmatique qui en dit long sur son itinéraire personnel et son drame intérieur : "Je vous quitte, car à quoi servent toutes ces raisons si ce n'est à rouvrir la plaie de mon coeur qui ne peut de sitôt être cicatrisée ; je préférerais, Monsieur le Colonel, dix coups d'épée dans le corps plutôt que d'être soupçonné de lâcheté."

Oui, pour Charles-Louis Douay, la vie s'était arrêtée à Châtillon en cette nuit du 11 octobre 1793. Il avait 20 ans. A 44 ans, ses sentiments restaient les mêmes.

DOUAY fut dès lors muté à Paris dans un régiment de vétérans avec le grade de "capitaine-commandant" ! Appellation unique, à sa mesure ... Mis à la retraite en 1834, il continuera à servir bénévolement jusqu'à sa mort en 1856 ! Toujours au même grade !

DOUAY Charles-Louis décès zzz

Les conséquences sur sa vie privée :

Après Granville, Douay démissionne comme on l'a vu et rentre à Amiens. Rien ne va plus pour lui. Il est désoeuvré, provoque une rixe, blesse deux personnes et se cache pendant un an.

Gracié, il s'engage alors à l'armée d'Italie. Au printemps 1803, à Vérone, il épousera Alix d'Autane, fille du marquis Jean-Charles d'Autane. Ce n'est pas le moins piquant puisque son beau-frère, colonel, s'illustra dans les rangs des émigrés. Son oncle par alliance, César-René de Bardonenche fut lieutenant général et conseiller des armées du tsar en 1812. Un autre oncle par alliance n'était autre que le général Victor de Latour-Maubourg qui devait devenir ministre de la guerre, etc. ...

Mariée à ce "diable d'homme", Alix d'Autane ne fut pas heureuse mais aima son mari et l'accompagna partout avec une touchante abnégation. C'est elle qui plaida en sa faveur auprès de sa famille : d'abord après les Cent Jours pour le réintégrer dans l'armée, puis pour solliciter son élévation aux grades de commandant-major puis de lieutenant-colonel. Encore elle qui lui fit obtenir la croix de Saint-Louis ... malgré lui ... et qui plaida en sa faveur après l'altercation qu'il eut avec le marquis de Crillon. Mais épuisée, elle devait mourir le 19 juillet 1826 à 44 ans.

Elle laissa cinq enfants : Caroline, l'aînée née en 1804 à Brescia, Abel né en 1809 à Draguignan, au hasard d'une garnison dans cette ville, Paul né en 1811 à Sienne, Marie-Adélaïde en 1813 à Sienne également et enfin Félix en 1816 à Paris.

Les conséquences sur l'éducation des enfants :

De l'union de ce père tourmenté, républicain dans l'âme, issu d'obscurs sayeteurs d'Amiens, avec une mère issue d'une lignée qui avait participé aux croisades et donné à l'église nombre de chevaliers de Malte devait découler une génération d'exception.

En effet, s'interdisant de dépasser le grade de capitaine, Charles-Louis Douay devait "se réaliser" enfin dans ses fils. Toute sa vie, dès 1818 y sera consacrée. A sa mort, en 1856, Abel l'aîné était général de brigade, Paul et Félix étaient colonels.

S'il avait pu vivre quelques années de plus, voilà ce que le "capitaine-commandant" Douay aurait pu voir :

- Abel, l'aîné, général de division devait trouver une mort glorieuse le 4 août 1870 à Wissembourg. Ce jour-là, le Prince héritier de Prusse, Guillaume, devenait l'artisan d'une Allemagne unifiée.

- Paul, le second, tentant par fait d'armes, d'accéder aux étoiles de général de brigade, devait mourir prématurément comme colonel à la bataille de Solférino (24 juin 1859)

- Félix, le cadet, devait s'illustrer à Sedan (2 septembre 1870) comme général commandant le VIIème corps d'armée. En 1879, il était nommé "inspecteur général des corps d'armée". Dans l'entre-deux guerres (1871-1914), le Maréchalat n'ayant été décerné à aucun militaire, Félix Douay fut, avec le duc d'Aumale et le général Deligny, l'un des trois généraux qui reçurent cette dignité. Par delà la tombe, le "capitaine-commandant Charles-Louis Douay" venait d'accéder dans son dernier fils, à l'échelon de l'armée le plus élevé.

Tout était alors joué, Félix Douay décédait un mois après sa nomination.

Extrait de l'article rédigé par M. Heurtault dans les Carnets du Pays Mauléonnais - numéro 6 - 1995

Pour en savoir davantage sur les Douay, voyez le livre "Les Douay et leurs alliances au service des premier et second empires" - par Abel Douay et Gérard Hertault, publié en 1996 .

LES DOUAY


 

DOUAY LOUIS-CHARLES-BARTHÉLÉMI, né le 25 août 1772 à Amiens, fils de Noël, marchand tapissier et de Marie-Anne Corbillon.

Incorporé au régiment de Barrois (devenu 91e régiment d'Infanterie), 29 novembre 1790 ; - caporal, 31 mars 1791 ; - fourrier, 15 avril 1792 ; - libéré, 31 août 1792 ; - volontaire au 8e Bataillon de Volontaires de la Somme, 15 mars 1793 ; - sous-lieutenant, 1er mai 1793 ; - (incorporé dans la 30e demi-brigade légère) lieutenant, 5 mai 1793 ; - adjudant-major, 29 avril 1794 ; - démissionnaire, 13 février 1797 ; - rentré au service comme adjudant-major capitaine au Ier bataillon auxiliaire de la Somme, 2 août 1799 ; - incorporé à la Ire demi-brigade légère d'infanterie de ligne, 5 février 1800 ; - passe dans le recrutement, employé en Italie, 1er septembre 1807 ; - chef de bataillon au 101e régiment d'infanterie, 28 janvier 1813 ; - licencié, 1er février 1816 ; - major de la légion des Basses-Alpes, 27 mars 1816 ; - passé comme capitaine commandant à la 9e compagnie des sous-officiers sédentaires à Bicêtre, 27 mai 1819 ; - passé à la 1re compagnie à Paris, 1er janvier 1824 ; - retraité, ordonnance du 23 juillet 1834.

CAMPAGNES :

- 1792, aux Alpes-Maritimes ;
- de 1793 à 1797, aux armées de l'Ouest ;
- du 2 août 1799 au 21 mai 1801, et du 23 septembre 1805 au 1er septembre 1807, armée d'Italie ;
- de 1815, armée du Rhin (bloqué dans Schlestadt).

BLESSURES :

- coup de feu à la jambe droite à Châtillon, le 11 octobre 1793 ;
- deux coups de sabre, dont un à la tête et l'autre au bras gauche dans la forêt de Princé, près le Port-Saint-Père, le 8 juin 1794.

DÉCORATIONS :

- membre de la Légion d'honneur, 1er novembre 1804 ;
- officier le 12 octobre 1813 ;
- chevalier de Saint-Louis, le 7 octobre 1814.

ACTION D'ÉCLAT :

Le 29 mai 1794, étant à la découverte de l'ennemi, il fut pris par un peloton de 12 hommes au débouché d'un bois, ayant pris les devants de sa compagnie ; il ne voulut pas se rendre, et en criant : "A moi, grenadiers !" il tua à coups de sabre deux hommes, en blessa deux autres, et le reste s'enfuit.

Extrait : Provincia - Société de statistique d'Histoire et d'Archéologie de Marseille et de Provence - Tome VI - Année 1926 - 3e et 4e trimestres.

DOUAY états de services

 

Archives nationales - Base Léonore

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17 février 2017

L'AVANT-GUERRE DE 1793 VUE D'AMÉRIQUE - UNE ENQUÊTE DE CHARLES TILLY SUR LE BAS-ANJOU

L'AVANT-GUERRE DE 1793 VUE D'AMÉRIQUE
(Une enquête sur le Bas-Anjou)*

CHOUANS 4

Ceux qui déplorent que la guerre de Vendée se prolonge encore chez les historiens français accueilleront avec intérêt le travail de M. Tilly, dont la nationalité américaine leur paraîtra un garant d'objectivité. Sa qualité de sociologue ne mérite pas moins de retenir l'attention, s'il est vrai que la projection d'un éclairage nouveau sur le problème ancien y révèle souvent des aspects méconnus, même de ceux à qui le matériel documentaire utilisé est familier.

M. Tilly a très judicieusement choisi les limites géographiques de son sujet. Non content de décrire la société des Mauges en 1789, puis d'y analyser les causes de la rébellion, il a élargi le champ de son enquête à tout le Bas-Anjou, et procédé ainsi à d'instructives comparaisons entre le pays insurrectionnel, objet principal de ses recherches, et les régions situées à l'est du Layon, Val et Saumurois, que des conditions économiques et sociologiques différentes rendirent plus accueillantes à l'ordre nouveau.

M. Tilly s'attache d'abord à souligner le contraste économique entre les deux secteurs : d'une part les Mauges, bocagères, difficilement pénétrables, sous-administrées, fermées aux choses du dehors en dépit d'une "manufacture" qui approvisionnait en tissus de pacotille le commerce négrier nantais, fidèles à une agriculture de substance archaïque et routinière ; d'autre part les riantes plaines du Val et du Saumurois, que les sollicitations spécialisées destinées à la vente - vin, céréales, plantes textiles - et où la vie de relations avait agrandi les horizons intellectuels.

Le contraste social n'était pas moins frappant. Que la noblesse eût gardé en 1789, à l'ouest du Layon, une autorité intacte, on le comprendra aisément si l'on sait qu'elle y possédait 60 % du sol, que la plupart des paysans étaient ses locataires, et qu'elle résidait habituellement sur ses domaines, entretenant par sa présence bienveillante mais vigilante les sentiments de dépendance des "métayers" et des "bordiers" pour des maîtres qui étaient à la fois leurs bailleurs et leurs seigneurs. Certes, si les liens juridiques avaient consacré d'intolérables rapports économiques, la jacquerie auraient pu couver sous une apparente docilité. Tel n'était pas le cas, selon M. Tilly, chez les paysans des Mauges, dont les charges totales semblent avoir été fort supportables, et qui jouissaient d'une sécurité de tenure dont témoignent les actes notariaux. De nombreux indices permettent par ailleurs de croire qu'il n'existait en 1789 aucune tension grave entre la métairie et le château.

Plus remarquable encore que celle du noble était la situation du curé, par l'indépendance dont il jouissait à l'égard de la hiérarchie ecclésiastique, par les revenus substantiels qu'il tirait de ses rentes et de ses dîmes, surtout par le rôle éminent que la foi intense des habitants, et la confiance qu'ils avaient dans leur pasteur, lui permettaient de jouer dans la paroisse, dont il était le chef, non seulement spirituel, mais temporel.

On n'échappe pas à l'impression, en lisant M. Tilly, que cette petite société rurale avait acquis, en partie du fait de la carence de l'administration royale (les Mauges n'eurent que tardivement deux subdélégués, l'un à Cholet, l'autre à Maulévrier) une large mesure d'autonomie sous l'autorité conjointe de ses nobles et surtout de ses curés.
On comprend que, dans ce climat ecclésiastique et féodal, la bourgeoisie ait prospéré difficilement. A vrai dire elle ne jouait le rôle d'élite que dans les villes et quelques bourgs, mais l'influence qu'elle exerçait et la considération dont elle jouissait ne dépassait guère les limites des agglomérations. Dans le plat pays, son désir d'acquérir des terres et d'accéder aux postes administratifs se heurtait à un bloc conservateur d'une rare solidité, qu'aucune fissure ne menaçait d'une désagrégation prochaine, et dont aucun des éléments constituants ne semblait disposé à prêter aux ambitions du Tiers, à défaut d'une complicité active, au moins le soutien de sa passivité. Qu'on souffrît, dans les Mauges comme ailleurs, des abus de l'Ancien Régime, de la milice, de la gabelle, c'est chose certaine ; mais aucun malaise n'y laissait présager un bouleversement d'ordre social.

La situation était toute différente à l'est du Layon : noblesse moins bien dotée en terres et généralement absentéiste ; grands monastères, comme Fontevrault, plus riches de revenus que de zèle et de vertus ; bas clergé souvent réduit à la portion congrue par les abbés et les chanoines décimateurs ; nombreux paysans propriétaires, notamment vignerons, d'humeur indépendante ; prolétariat rural avide de terre ; bourgeoisie influente qui avait commencé à prendre la place des élites traditionnelles ; tout cela composait un tableau beaucoup plus semblable à ce qu'on observait dans le reste du royaume que dans la partie occidentale du Bas-Anjou.

Comment, dans les Mauges, ces groupes humains juxtaposés, mais étrangers, bourgeois frustrés d'une part, paysans et élites traditionnelles d'autre part, se constituèrent en partis opposés dans les années qui suivirent la réunion des États-Généraux, et comment leur opposition se transforma, à l'échelle nationale, en conflit inexpiable entre le bloc conservateur et la Révolution, tels sont les problèmes auxquels M. Tilly a cherché des réponses dans la seconde partie de son travail.

Quelques faits semblent bien établis. La législation de la Constituante, qui n'eut pas d'incidences économiques considérables sur le "complexe rural" des Mauges, le secoua brutalement dans ses traditions religieuses et administratives en faisant de ses pasteurs, naguère chefs de droit divin, indépendants et respectés, des fonctionnaires subalternes, élus et salariés. A cette déchéance, il leur eût fallu comme ailleurs se résigner, s'ils n'avaient pu compter sur l'appui de la population rurale. Mais celle-ci, qui avait bien accueilli la révolution politique et l'abolition des droits féodaux, n'admit pas qu'on portât atteinte, en même temps qu'à sa conscience, aux limites et aux libertés anciennes de ses paroisses, et qu'on avilit des prêtres revêtus à ses yeux d'un caractère sacré.

L'obligation faite aux curés de prêter serment à la Constitution, le refus de la majeure partie d'entre eux et leur remplacement par des jureurs, achevèrent de cristalliser l'opposition et de partager la population en deux partis : Aristocrates, favorables aux réfractaires, Patriotes, qui défendirent les assermentés.

S'il est vrai que les Patriotes, c'est-à-dire essentiellement les bourgeois, réussirent à éliminer des assemblées électorales leurs adversaires, qui répugnaient à prêter le serment civique et à s'inscrire sur les registres de la Garde Nationale, s'ils se rendirent maître des assemblées locales, jamais pouvoir légal ne fut plus dépourvu d'autorité : désertion des églises desservies par les "intrus", rassemblements nocturnes et pèlerinages que les gardes nationales aux abois avaient peine à disperser, appels répétés des municipalités à l'administration départementale, tout indique que la minorité des Patriotes n'avait pas les moyens d'imposer la loi républicaine à une population qui s'était mise moralement en état de sécession.

On sait quelle étincelle mit le feu aux poudres : la loi de conscription doublement odieuse aux paysans, parce qu'elle leur rappelait la milice, et qu'elle comportait de nombreuses exemptions dont bénéficiaient notamment les administrateurs et gardes nationaux bourgeois. Au milieu de mars 1793, les Mauges étaient en état d'insurrection.

Deux chiffres calculés avec précision par M. Tilly, suffiront à faire comprendre pourquoi la situation fut toute différente dans le Val et le Saumurois : la proportion des jureurs y fut de 53 % c'est-à-dire sensiblement égale à la moyenne française, alors que dans les Mauges, elle ne dépassa pas 8 % ...

André Barré

charlestilly

* Charles Tilly : Les origines sociales de la rébellion en 1793 dans le Bas-Anjou - The Social Background of the Rebellion of 1793 in Southern Anjou, unpublished doctoral dissertation, Harvard University, 1958. 

M. Charles Tilly fut professeur de sociologie à l'Université du Delaware à Newark (New-Jersey). [1929-2008]

 


La Revue du Bas-Poitou - 71e année - n° 4 - Juillet-Août 1960

 

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14 février 2017

FONTAINES (85) - L'ÉGLISE - LE PRIEURÉ - LES CHAPELLES

FONTAINES (85)

 

Fontaines église 3

 

L'ÉGLISE

L'église de Fontaines est l'un de ces anciens monuments que l'archéologue aime à rencontrer et dont le nombre a malheureusement bien diminué.

On y remarque les idées et la manière de faire des Moines de Maillezais.

La façade, quoique plus simple, présente une grande similitude avec celle de l'église Saint-Nicolas dans la paroisse de ces religieux ; en bas, ce sont les trois baies romanes dont l'une, plus large et plus haute, au milieu, donne accès dans l'église, tandis que les deux autres en forme d'arcatures ne sont là que pour l'ornementation. Les arcs portent diverses décorations au milieu.

Fontaines église

Dans la façade de l'église, au-dessus du portail d'entrée, surplombent un cordon sans modillons, une fenêtre assez large et élevée semble avoir été diminuée par le bas. Elle n'a aucune ornementation, ainsi que chacune des arcatures à deux divisions qui s'élèvent de chaque côté sur le même plan. Cette façade se termine par un fronton très simple sur le sommet duquel on aperçoit une minuscule croix en pierre. Aux deux angles, des contreforts carrés maintiennent solidement cette partie de l'édifice. Les murs ont tous été construits en pierres d'échantillon, qui subsistent dans toutes les parties remontant à la construction primitive vers le XIème siècle.
Le clocher bénédictin s'élève au nord sur l'und des côtés du transept ; l'architecture en est très sommaire ; c'est la forme carrée, avec de doubles contreforts aux angles ; il est terminé par une corniche avec des modillons ; chaque mur est percé de deux fenêtres longues et étroites qui laissent passer le vent et le son de la cloche.

L'église est à une seule nef et représente une croix latine avec une abside carrée. Les voûtes primitives qui étaient en pierres n'existent plus ; elles furent sans doute renversées pendant les guerres de religion et, au cours du XVIIIème siècle, une adjudication eut lieu pour installer un plafond en planches. Cette adjudication se fît le 28 juillet 1748 devant la grande porte de l'église, à l'issue de la grand-messe chantée par Messire Nicolas Braud, et en présence des notaires J. Péraudeau et D. Roquet, de Messire Paul Chapelle, seigneur de Fontaines, de Jean Poupeau, procureur des biens temporels de l'église, et d'un certain nombre de notables habitants de la paroisse. D'après le procès-verbal, le travail mis en adjudication consistait à faire "lambrisser et tiller l'église depuis la voûte du choeur jusqu'à la grande porte". Ce fut un nommé Hilaire Normand qui obtint le travail pour la somme de 795 livres.

Au siècles suivant, en 1860, des voûtes en briques remplacèrent ce qui pouvait exister du plafond en planches. Ces voûtes divisées par des arcs en ogives forment ce que l'on appelle des voûtes d'arête. Primitivement, sans doute, ceux qui construisirent l'église durent donner la forme en berceau qu'on remarque ailleurs dans des voûtes de cette époque.

Les arcs-doubleaux qui partagent les voûtes reposent de chaque côté sur trois colonnes réunies ; les chapiteaux de ces colonnes portent des sculptures dont voici la description : sur les deux groupes de colonnes les plus rapprochées du fond de l'église, on voit des dessins d'animaux, à droite, des dragons affronts avec têtes d'hommes couronnées sur le chapiteau de devant ; des serpents ailés affrontés et un feuillage imaginaire sur les chapiteaux latéraux. A gauche, sur le chapiteau de devant, un agneau vainqueur surmonté de la croix et escorté d'un lion et d'un loup ailés ; sur les chapiteaux latéraux des animaux affrontés et des feuillages. Ces différentes sculptures, dit-on, seraient modernes.

Les autres colonnes de la nef ont des chapiteaux ornés de feuillages, volutes ou trèfles grossièrement sculptés.

Le choeur est spacieux et s'élève un peu au-dessus du niveau de la nef, le fond est carré et dans le mur est percée une fenêtre dont le style a été transformé au cours des siècles en y plaçant deux meneaux à ogives surmontés de trois quatre-feuilles. Dans le choeur, les voûtes ont la forme primitive, elles sont en berceau avec un relèvement légèrement ogival ; il n'y a qu'un seul arc-doubleau reposant de chaque côté sur une console ornée d'une tête à peine sculptée.

Sur les murs latéraux du choeur, on voit un certain nombre d'arcatures, deux grandes, deux moyennes et six petites. Ces dernières sont plus profondes, deux d'entre elles servent de piscines ; deux autres paraissent avoir servi à un usage oublié aujourd'hui ; enfin, les deux dernières ressemblent à des sièges en pierre.

Le grand autel est en marbre blanc avec deux anges adorateurs ; le plan en a été donné par M. de Rochebrune, un artiste de Fontenay. Dans le transept se trouvent deux petits autels qui sont également en marbre blanc et qui sont ornés chacun d'une grande statue ; à l'autel du côté de l'Évangile, on voit la statue de la Sainte Vierge, et de l'autre côté, la statue de Saint Joseph.

Le clocher est élevé sur le bras droit du transept. Trois cloches appellent les fidèles aux saints offices et annoncent les joies et les deuils de la paroisse.


LES CIMETIÈRES

Durant les trois siècles, qui ont précédé la Révolution, on enterrait les morts en trois endroits. Les notables étaient inhumés dans l'église ; cet usage d'inhumer dans l'église montre la foi des fidèles d'alors qui avaient tant de confiance dans la vertu du sacrifice de la messe qu'ils voulaient que leurs dépouilles fussent mises le plus près possible de l'autel. Cependant, vu l'espace restreint de l'église, cet usage tout louable qu'il était, finit par engendrer des abus et, vers le milieu du XVIIIème siècle, on l'interdit.

En dehors de l'église, il y avait deux cimetières ; l'un d'eux était au nord de l'église, l'autre qui a disparu se trouvait, croyons-nous, au midi. Ces deux cimetières servaient pour inhumer deux catégories différentes de personnes ; dans l'un, les personnes originaires de la paroisse et, dans l'autre, les étrangers qui décédaient sur le territoire de Fontaines. Autrefois, une porte permettait d'entrer directement de l'église dans le cimetière.

Fontaines Cassini


PRIEURÉ ET CHAPELLES

Un prieuré se trouvait au village de Bourgneuf et dépendait de Maillezais. C'est l'Abbé de l'Abbaye de Maillezais qui nommait le prieur de Bourgneuf.

Deux chapelles sont aussi mentionnées dans l'histoire religieuse de Fontaines ; la Chapelle de Richier et la Chapelle de Bourgneuf. La première a porté le nom de Chapelle de la Richerie vers la fin du XVIIIème siècle. [Elle fut fondée par François Richier en l'église de Fontaines*] La Chapelle de Bourgneuf était, croit-on, distincte du Prieuré.

 

Fontaines chapelle des sept chemins

 

Tout près de la gare actuelle aurait existé une chapelle dont le souvenir est beaucoup mieux conservé et qui nous semble avoir été distincte de celles mentionnées plus haut. On l'appelait : Notre-Dame des Sept-Chemins, sans doute parce que sept chemins aboutissaient et aboutissent encore aujourd'hui en ce lieu. On croit que cette chapelle a été fondée par des marins échappés au naufrage. On venait de loin prier la Sainte Vierge en ce lieu ce qui fait que Fontaines aurait été un lieu de pélerinage en l'honneur de Notre-Dame.

Fontaines chapelle des 7 chemins montage


AD85 - Bulletin paroissial de Fontaines - 1956

* Pouillé de l'évêché de Luçon - Eugène Aillery - 1860 - p. 152

 

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12 février 2017

TARBES (65) - 1799 - L'AFFAIRE MATRAS

TARBES
1799
L'AFFAIRE MATRAS

tarbeszzz

 

Marie Matras vient d'expier sur l'échafaud, le 26 du mois de nivôse an VII (15 janvier 1799), la juste punition due à ses forfaits.

Marie Matras vint de son village, innocente et belle, habiter la ville de Tarbes. Elle fut servante dans un couvent de religieuses ; mais bientôt après, séduite par les charmes trompeurs du vice, elle abandonna cette retraite austère, et se perdit dans le tourbillon du monde. Comparez Marie Matras, villageoise simple et ingénue, à Marie Matras, fille de ville, corrompue ; jadis elle était aimable et sensible, et par la suite le libertinage en fit un monstre.

Sexe intéressant autant que fragile, n'oublie jamais que tu ne pourras apporter assez de précautions pour conserver ton innocence, et réserver tes grâces pour l'amant vertueux que tu choisiras pour ton époux, et que le premier pas qui te conduit à l'avilissement et à l'oubli de tes devoirs, t'entraîne irrésistiblement à tous les crimes.

Marie Matras à peine à son quatrième lustre, trop généralement connue dans la commune de Tarbes, instruite que le citoyen Lacave, plâtrier, célibataire, âgé de quarante ans, d'un esprit très-borné, jouissait d'une honnête fortune, jeta sur lui son dévolu. Elle employa toutes les ressources de sa beauté et de son art perfide pour l'attirer dans ses filets. Il la connaît à peine, que déjà elle a su lui extorquer deux obligations, l'une de 12.000 et l'autre de 5.000 francs. Le malheureux Lacave n'est que trop tôt instruit qu'il a comblé de biens une femme qui s'en rend chaque jour indigne par sa conduite. Il trouve le moyen de reprendre ses deux obligations, et c'est ce qui lui a causé la mort.

En effet, Marie Matras voyant échapper de ses mains l'objet unique qui l'avait rendue complaisante, forme l'horrible projet de s'en ressaisir à quelques prix que ce soit. Elle offre de l'argent et ses faveurs à deux garçons cordonniers s'ils veulent l'aider dans l'assassinat qu'elle a depuis long-temps médité. (Plusieurs témoins ont déposé qu'elle leur avait fait de pareilles propositions). La consommation de ce crime affreux est acceptée à la lueur d'un écu de six francs.

Le 17 pluviôse prairial de l'an IV (5 juin 1796), entre onze heures et midi, elle entre dans la chambre de Lacave, auquel elle avait eu l'infernale politique de ne témoigner aucun ressentiment sur la reprise qu'il avait faite de ses deux obligations ; elle lui offre un mouchoir de soie qu'elle vient d'acheter, le fait asseoir, et veut, dit-elle, le mettre elle-même à son cou. A peine Lacave est-il assis, qu'il est frappé par derrière, par Pierre Bégarie, l'un desdits cordonniers, à la figure et au cou, de deux coups de tranchet qui laissent une ouverture de quatre pouces de profondeur chacun. Les assassins, après avoir consommé leur crime, se lavent tranquillement les mains dans un chaudron d'eau à côté du cadavre, l'étendent au milieu de la chambre, et le couvrent de son manteau.

Ce ne fut que le lendemain que le sang de ce malheureux, après avoir inondé la chambre, perça le plafond et découvrit le crime.

LACAVE DECES zzz

Traduits au tribunal criminel, Marie Matras et Pierre Bégarie furent condamnés, le 18 thermidor de l'an IV (5 août 1796), à la peine de mort. Ce jugement fut confirmé par le tribunal de cassation devant lequel ils se pourvurent en appel.

Bégarie subit son jugement le 14 frimaire an V (4 décembre 1796) [acte de décès inexistant, indiqué dans les tables comme étant le n° 26 en date du 13 frimaire an V] ; mais la Matras, qui ne manquait pas de conseils officieux, se déclara enceinte ; des officiers de santé, des sages-femmes l'affirmèrent ; un sursis de trois mois à l'exécution du jugement fut accordé, et le soir même de la notification de ce jugement, la Matras enceinte eut cependant la force de rompre les fers qu'elle avait aux pieds, aux mains, aux bras et autour du cou, et par lesquels elle était attachée à un anneau de fer planté dans le mur ; elle fit plus, elle trouva un mur de quatre pieds d'épaisseur, à la hauteur de quinze pieds de la rue ; elle eut même l'art magique de passer et descendre par ce trou, par lequel, au rapport des gens de l'art, un enfant de trois ans n'eût pu passer.

Le concierge, traduit devant les tribunaux, est absous.

Marie Matras passe en Espagne. La punition terrible à laquelle elle vient d'échapper, n'est pas encore suffisante pour réfréner son incontinence et pour la rappeler à la vertu. Elle se plonge, de plus en plus, dans le torrent du libertinage ; elle est le sujet d'une rixe entre deux jeunes gens qui se donnent mutuellement la mort dans un duel. La police la fait arrêter, et allait instruire son procès, lorsqu'elle apprend que cette femme abominable est déjà condamnée, en France, à la peine de mort. Elle est renvoyée devant ses premiers juges, où, enfin, elle trouve le terme à tant de scélératesse.

Tant il est vrai que le crime ne reste jamais impuni, et que tôt ou tard, il est atteint par le glaive vengeur des lois.

(La Vedette des Landes)

Marie Matras Tarbes décès

 

AD86 - Journal de Poitiers et du département de la Vienne - 3 février 1799 (15 pluviôse an VII) - 28 février 1799 (10 ventôse an VII)

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10 février 2017

SAUMUR - VARRAINS (49) - FRANÇOIS BONTEMPS DIT BAYARD, GÉNÉRAL DE BRIGADE

FRANÇOIS BONTEMPS

 

Bontemps François

 

Saumur, au milieu du XVIIIe siècle, est une petite ville comme tant d'autres en France. Assise entre la Loire et le coteau, elle regarde couler le fleuve entre ses rives bordées d'osiers et de saules ... Elle porte des bateaux qui s'en vont lentement à la mer avec les récoltes de blé de toute la vallée. Le coteau est couvert de vignes, vertes au printemps, dorées et rouges à l'automne. Les habitants travaillent, chantent et parlent volontiers en regardant les horizons bleus et gris où frémissent les peupliers de la vallée. Plus loin, ce sont les coteaux de Vernantes aux sapinières plus sombre, les landes de bruyère et d'ajonc, les bois touffus de Fontevrault, au confluent de la Vienne et de la Loire.

Saumur Fenet

Sur la levée de la Loire, Notre-Dame des Ardilliers, adossée au coteau, près d'une place ombragée de grands arbres. Entre Notre-Dame et Saumur, le faubourg de Fenet, appuyé au coteau, abrite une population laborieuse : patenôtriers, bosquetiers, fondeurs, qui vit des importants pèlerinages ; les maisons de tuffeau regardent la Loire. Les siècles, les générations passent sans grands évènements.

BONTEMPS baptême N

C'est là que naquit François Bontemps le 1er juin 1753 (paroisse Notre-Dame de Nantilly). Ses parents, de moyenne bourgeoisie, sont maîtres fondeurs, marchands, maîtres "bosquetiers", ce qui veut dire qu'ils dirigeaient une petite industrie pour la fabrica&tion de toutes sortes d'objets en cuivre ou en bronze : grands chaudrons, bassinoires ornées, chandeliers argentés. Ils occupaient plusieurs ouvriers, on disait "des garçons" à l'époque. Ils étaient en relations d'affaires et d'amitié avec les moines de Fontevrault. C'étaient des gens religieux ; Anthoine Bontemps, marquillier de sa paroisse et président de la Fabrique, et Renée Gauchas, pensaient devoir à Dieu, un de leurs fils et être honorés de ce choix qui, de plus, donnait à la famille des avantages sociaux et matériels. Si rien dans les goûts de François et dans ses moyens intellectuels ne s'y opposait, on le dirigeait vers l'Église. François était intelligent, bien doué. Il avait beaucoup de charité pour les pauvres. Il était vif et emporté, mais revenait vite. Il avait une conception d'esprit prompte et rapide, une imagination brillante, une mémoire heureuse, beaucoup de vigueur et une volonté ferme.

Il fit trois ans de bonnes études au collège de Doué, puis ses humanités chez les Oratoriens de Saumur.

En 1770, il entre au séminaire d'Angers pour y faire sa philosophie. Il reçoit la tonsure et revêt la soutane. Mais il hésite, et se sent attiré par une vie plus active. Le métier des armes lui semblait une plus agréable vocation. Il a un peu peur du cloître et des "éternels engagements". Il est déchiré entre ces deux vocations, la crainte de déplaire à ses parents, de se tromper. "C'est Dieu, disait-il, qui fit naître les hommes dans les différentes conditions, qui les appelle par là-même à occuper tel ou tel poste. Je ne crois pas qu'il me veuille dans la cléricature plutôt que dans un camp. Du reste, le camp, comme l'Église, a besoin de zélés défenseurs".

Il pria, consulta, et, avec l'assentiment de son directeur, il s'engagea à dix-neuf ans, le 1er avril 1772, au régiment du Roi-Infanterie, sans donner avis à ses parents. Il a changé la soutane contre l'habit blanc doublé de bleu, revers et collet bleu bordés de laine aurore avec neuf brandebourgs de chaque côté. Veste et culotte blanche, boutons d'or avec une fleur de lys, chapeau tricorne avec une bordure aurore. "Une belle figure, dit Édouard, les formes d'un Hercule, d'une taille de cinq pieds six pouces, de beaux yeux bruns brillants et vifs, la fraîcheur de la jeunesse lui faisaient espérer un brillant avenir".

Besançon et Nancy sont ses garnisons. Il est nommé caporal à seize mois de service ; un an après, le 1er octobre 1774, il est sergent et porte le galon d'or à l'habit et au chapeau. Quelques années à Caen, sur la côte, pendant la guerre d'Amérique.

Le moraliste Vauvenargues avait servi peu avant à Roi-Infanterie ; il écrivait : "Parce qu'on est gentilhomme on fait la guerre, quoiqu'on n'ait ni patience, ni santé, ni activité, ni amour des détails, qualités essentielles dans un tel métier". Quelque temps après, il quitte l'armée, après avoir écrit au ministre de la Guerre : "J'ai passé toute ma jeunesse loin des distractions du monde. Je suis pénétré, Monseigneur, qu'une confiance que j'avais fondée sur l'amour de mon devoir se trouve entièrement déçue. Je sers depuis huit ans en France et en Bohême dans les emplois subalternes sans promesse et sans espérance." Et le capitaine de Vauvenargues meurt, à trente-deux ans, des suites de la congélation de ses jambes lors de la campagne de Bohême.

Bontemps, qui n'est pas gentilhomme, possède santé, patience, activité, amour des détails. Il y fut formé à Roi-Infanterie. Nous ne sortons pas de notre sujet, car cela explique, avec sa bravoure, son succès à la tête des volontaires de l'Eure et sa belle carrière.

Pourtant, comme Vauvenargues, Bontemps ne voit pas d'issue, du moins celle qu'il souhaitait à sa carrière militaire et plutôt que de rester indéfiniment "dans les emplois subalternes", il demande son congé qu'il obtient le 4 mari 1784.

Il revient à Saumur. Sa mère est morte, en 1782, sans qu'il l'ait revue. Il doit en avoir quelque remords.

Tout ce que son père lui dira, il se l'est dit en route : "Tu vois où t'ont mené tes désirs de gloire. Tu rentres à trente et un ans avec, en poche, un congé de sergent-fourrier. Nous avions fait de grands sacrifices pour tes études, et maintenant que vas-tu faire ?"

Quelque emploi de basoche, les affaires de son père, tout cela lui paraît terne.

L'homme aux deux vocations retrouve la première. Nous ne savons quelle vie il a mené au service, mais son esprit est resté droit, son coeur net, sa foi vive et, la grâce de Dieu aidant, il arrive à se dire : "Pourquoi pas le cloître ? C'est une autre armée avec sa discipline, sa vie en commun, son austérité ; on y mène d'autres combats et il y faut du courage". Cette route qui mène au ciel permet une ambition légitime, un accroissement moral et social. Ses premières études l'y préparent ; sa mère le souhaitait. C'est une solution normale et raisonnable qu'il va prendre librement.

Dans son style apprêté, Édouard nous raconte son arrivée au couvent. Il se présenta à Mme d'Antin, qui avait pris le voile le 1er juin 1753, jour de la naissance de Bontemps, et lui dit d'un air "à la fois modeste et martial" : "Madame, je viens vous offrir mes services et me ranger sous les bannières de votre institut, puissé-je mériter d'en porter les livrées".

Mme d'Antin le releva avec bonté et le fit conduire à l'Habit où il commença son noviciat.

Une lettre de lui, de 1784, à son frère, nous éclaire sur ce qu'il pense et nous montre qu'il n'y eut ni vocation forcée, ni vocation intéressée : "Je t'écris pour te donner une idée de la position dont je jouis dans mon nouvel état. L'étiquette du mot "cloître" a quelque chose, par elle-même, qui répugne à la jeunesse ; moi-même, pendant longtemps, en ai été affecté, mais combien aujourd'hui ne suis-je pas revenu sur ce compte, combien, dis-je, n'y trouvé-je pas de ressources. Si je puis juger de l'avenir par le présent, tout m'y rappelant, je dois être heureux. Je veux être désormais un nouveau moi-même, et puisqu'il est vrai que le ciel me fasse la grâce de m'appeler à lui, il n'est rien que je ne veuille faire pour le mériter."

Cinq ans se passent dans le travail et l'étude. Plusieurs lettres nous disent ses difficultés et ses succès. Bontemps a maintenant trente-cinq ans, depuis quatre ans il est au cloître. Il nous plaît de l'imaginer menant une vie sage et réglée, d'étude et de méditation, entre ces murs célèbres où sont les tombeaux des rois d'Angleterre, et où il est venu chercher le calme. On ne trouve pas chez lui de mystiques élans, ni de vaines récriminations ; point de chimères, point de rêves ambitieux. Dans ses lettres, nulle allusion "aux idées nouvelles". Non, il a fixé son but ; il est permis à l'Angevin, qui a vécu aux paysages où vivait alors Bontemps, de s'attendrir de vive sympathie pour ce coeur raisonnable, qui mène au mieux l'affaire de son salut, mais qui ressent vivement les entraves à ses affaires présentes. Un saint eut remercié Dieu des contretemps. Nous aimons Bontemps de n'être pas si parfait et de réagir comme à sa place nous aurions fait. Il vit à Fontevrault, riche abbaye ; il vit entre le coteau chargé de belles vignes et la vallée où poussent les blés épais et les foins odorants. Il y a des bois ; il y a la Loire. Il est impossible, dans ce pays aux paysages si humanisés, de monter tout entier au ciel. On y élèvera son âme, on y tournera son effort, mais on y a la nostalgie d'une belle terre, et on partage son coeur.

Bontemps, angevin, sait que toute peine mérite salaire, et dans ces dernières années d'un monde qui va finir, ce qu'il déplore, c'est que son ordination soit retardée et qu'on le frustre du fruit de ses travaux. Et pourquoi ? Pour l'Assemblée du clergé de 1788, prélude à la réunion des États généraux, pour les préparatifs de la révolution de 1789, toutes choses auxquelles, dans son esprit pratique, il ne pensait guère, non plus que beaucoup de ses contemporains.

C'est en 1789 que François Bontemps fut ordonné prêtre. Il est à Saumur, le 18 août 1789, pour la sépulture de son père, Anthoine Bontemps, mort à soixante et onze ans.

Il y a quelque ironie du sort à voir son but atteint, au prix de grands efforts, au moment où tout est remis en question. Il eut un ensemble de chances et de malchances. Ses affaires ne vont pas comme il l'a souhaité, mais il passe à côté des grands malheurs. Tout s'arrange. L'abbesse avait désigné le P. Bontemps pour un poste de confiance "qu'on donnait aux hommes d'âge et d'expérience". Il fut nommé deuxième confesseur des religieuses du prieuré de Collinances, dans le diocèse de Meaux. Il fait ses adieux à sa famille, achète un cheval et se met en route au début de 1790. Tout est bien compromis déjà. Le 1er novembre 1789, l'Assemblée déclare biens nationaux les biens d'Église. Le 13 février 1790, l'Assemblée ne reconnaît plus les voeux monastiques. Mais nous avons une lettre du R.P. Bontemps du 4 mars 1790, à son frère, de son nouveau poste.

Il raconte son voyage par Blois, Orléans, Paris, où il n'a pas voulu séjourner à cause des circonstances. "Enfin, dit-il, je me suis déterminé, quoiqu'il m'en ait beaucoup coûté, à partir pour joindre mon aimable désert. Celui-ci est borné par deux montagnes, au milieu desquelles a été bâtie une grande maison et cinq ou six baraques environnées de bois, d'étangs et de forêts. Voilà, dit-il, l'idée de nos brillants palais ! Quel que soit ce portrait, ne va pas croire que je m'y trouve mal. Il n'en est rien, à portée de voir, quand il me plaît, des dames toutes plus aimables les unes que les autres ; je sais me dédommager de la bizarrerie de la nature et trouver, près d'elles, les remèdes les plus flatteurs et plus certains contre l'ennui. Depuis mon arrivée, j'ai vu indifféremment toutes ces dames, sans m'attacher à aucune particulièrement. J'ai cru, pour me concilier tous les esprits, que c'était là la marche que je devais suivre. En effet, je m'aperçois que je suis singulièrement bien vu de toutes. Puissent les révolutions des temps ne rien changer à mes petites affaires et tout ira bien. Puissé-je habiter longtemps mon aimable désert et ne pas éprouver la disgrâce de me voir forcé de l'abandonner. Comme seigneurs, nous avons le droit de chasse, et celui de la pêche également. Que nous reste-t-il maintenant à désirer ?" Il invite son frère à aller le voir et l'attend le 2 may."


François Bontemps jouit de biens qui déjà ne lui appartiennent plus. Est-il mal renseigné ? Espère-t-il que, malgré tout, tout cela s'arrangera ? On en est encore à la période de l'enthousiasme. C'est le moment du "bout de chemin" avec la révolution. Pour la fête de la Fédération, 14 juillet 1790, le duc de Noailles se fait faire une brouette d'acajou pour aller travailler lui-même aux terrassements du Champ-de-Mars. Les prêtres bénissent les arbres de la liberté, et c'est le clergé qui, en s'unissant au tiers état, déclanche la révolution.

Le 19 septembre 1790, Bezin, membre du district de Crépy-en-Valois, se rend à Collinances pour recevoir les déclarations des religieuses. La plupart déclarèrent "vouloir rester dans leur ordre tant que la communauté subsisterait. Et le dit jour est comparu le R.P. Bontemps, lequel nous a déclaré être dans l'intention de rester dans son ordre tant que ladite communauté subsisterait ; autrement il se réserve de profiter des décrets et d'aller vivre dans sa famille".

Vers ce temps-là, il reçut des nouvelles de Fontevrault. Le 14 juillet 1790, les agents de la force publique y firent inventaire, fermèrent l'abbaye, et Rosalie Labrou fut constituée gardienne des sceaux.

En même temps, Bontemps avait reçu des nouvelles de Saumur. Ses frères l'avertissaient de l'état d'esprit d'intolérance religieuse et de persécution qui animait le district de Saumur. Il se décide "à fixer son domicile à Villers-Cotterets, district de Soissons, sa maison professe étant supprimée. Fin janvier 1791, le Révérend Père Bontemps part comme aumônier des volontaires de l'Eure, formés en camp de Meaux. L'histoire de son duel est connue. Il tue un officier qui l'avait insulté.

[Insulté grossièrement par un officier, il lui dit : "Le prêtre vous pardonne, mais le citoyen vous demande raison de l'insulte". On se rend sur le pré : l'officier quitte son habit, l'aumônier sa soutane ; le fer se croise, et, après quelques passes, l'agresseur tombe mort aux pieds de l'offensé. L'abbé, avec le plus grand sang-froid, se remit en garde et dit aux officiers qui étaient venus assister au combat : "Vous allez sans doute, Messieurs, venger la mort de votre camarade ; je vous attends". Tous lui tendent la main.]

Il est nommé lieutenant au bataillon de l'Eure. Il instruit et discipline ses rudes volontaires, fait campagne avec eux à l'armée du Rhin. On a raconté l'histoire du coup de main, sous Landau, où, avec cent grenadiers choisis par lui, et dans des circonstances difficiles, il fait prisonnière une forte grand garde autrichienne sans un coup de feu, sans un bruit, affaire qui lui valut le surnom de "Bayard". A la suite de ce coup d'éclat, il est nommé premier lieutenant-colonel du 11ème Bataillon des Vosges le 1er avril 1793.

Le Bataillon Bontemps va faire durement campagne à l'armée du Rhin, puis à l'armée du Nord. En octobre 1793, il prend part, sous Jourdan, à la bataille de Landrecy. La belle conduite du bataillon et de son commandant, lors de l'incendie du village de Saint-Hubert, en Belgique, est portée, le 12 janvier 1794, à la connaissance de la Convention qui applaudit. En mars 1795 sont constituées les demi-brigades. Bontemps est nommé colonel de la 175ème demi-brigade. Il monte la garde au Rhin sous les ordres de Jourdan et de Kléber en liaison avec Bernadotte. La 175ème demi-brigade devient la 67ème demi-brigade. A sa tête, Bontemps prend part au combat de Bamberg, le 4 avril 1796, de Sarchenie le 7 août, de Salzbach le 17 août, d'Amberg le 20 août, à la bataille de Wurtzbourg le 3 septembre, au combat de Giessen le 16 septembre.

Il y a de nombreux documents : citations à l'Ordre, lettre de Kléber félicitant les braves de la 67ème demi-brigade, lettre du général de division félicitant le colonel Bontemps.

En 1798, le 1er bataillon de la 67ème demi-brigade a beaucoup souffert. En novembre, il a 2.050 hommes ; en janvier suivant, 1.490 ; en février, 686 hommes seulement. L'armée de Mayence est devenue l'armée du Danube. Le 20 mars 1799, combat d'Ostrach ; Bontemps est blessé en menant la charge. Le 25 mars 1799, bataille très dure de Stockack, contre un ennemi très supérieur en nombre. Le colonel Bontemps est nommé général de brigade sur le champ de bataille par le général Jourdan, commandant en chef. Bontemps est le brigadier du général Soult, à l'armée d'Helvétie, sous Masséna. Il prend une part importante à la bataille de Zurich contre les Austro-Russes. Le 3 mai 1800, Bontemps combat glorieusement à la bataille d'Engen, plus connue sous le nom de Stockack (deuxième bataille du même nom) qui, en fixant l'ennemi, permit à Bonaparte ses succès en Italie ; bataille très dure, dont le poids pesa pour la plus grande part sur la brigade Bontemps qui eut de lourdes pertes. Le général Bontemps fut blessé en menant la charge. Le 13 mai 1801, bataille de Maestrich ; Bontemps rétablit la situation en enlevant à la baïonnette les hauteurs de Mulhausen ; il fut grièvement blessé. C'est la fin de la période active du général Bontemps.

On s'est demandé pourquoi Bontemps avait quitté le service en pleine ascension ? Les uns ont dit que son amitié pour Moreau l'avait fait disgracier par Napoléon. Sur documents, c'est inexact. La demande de Bernadotte au ministre de l'avoir à l'armée de Vendée, où comptait des parents et des amis chez les Vendéens, lui fit probablement décider davantage une retraite que sa santé et son caractère demandaient. Mal remis de ses blessures, il revint à Saumur chez ses frères et soeurs. Il ne sait s'il pourra reprendre du service. Il goûte un repos bien mérité, retrouve avec joie le pays de son enfance quitté depuis dix ans. Non sans mélancolie il entend le récit du pillage et de la destruction de Fontevrault, de la fuite, en habit de paysanne, de la dernière abbesse, Mme d'Antin. On lui raconte la prise de Saumur par les Vendéens, les combats meurtriers, la fuite de Berthier sur la route de Tours ; puis le retour des républicains, l'échafaud en permanence sur la place de la Bilange, les excès et les crimes de la Terreur. Ce guerrier, qui n'était pas un sanguinaire, dut être heureux du retour d'une période plus calme.

Non sans peine, après plusieurs années de démarches administratives, à la suite de l'intervention de son camarade Berthier et par décision de l'empereur, il obtient une retraite de 2.300 francs.

C'est alors, le 30 germinal an XIII, en 1804, que le général Bontemps achète une maison de maître du XVIIIème siècle, un clos, un potager, des vignes sur la commune de Chaintres. Il y a des caves, une courdoire, un pressoir ; cela avait été la maison de campagne des Oratoriens, les anciens maîtres de François Bontemps.

Cette maison était située non loin de Fontevrault dont on apercevait, à quelques kilomètres, les bois touffus. Elle est encore telle qu'à l'époque. On l'appelle aujourd'hui le château de l'Oratoire.

Nous nous plaisons à voir vivre là, dans le pays de son enfance et de son âge mûr, le général dans le calme d'une vie champêtre. Il y reçoit des amis et des parents : l'ancien moine Besnard ; les dames de Saint-Sauveur, anciennes religieuses de Fontevrault, fixées dans le pays ; le sénateur du Maine-et-Loire, Lemercier, avec qui il est lié ; on détruit, en 1804, la magnifique église du couvent de Saint-Florent pour installer la Sénatorerie. Il est un notable de Saumur. Il n'est pas riche ; il est revenu pauvre de l'armée Moreau ; à l'armée du Rhin on n'emplissait pas ses poches comme à l'armée d'Italie, mais Bontemps est de goûts modestes et se trouve, avec sa retraite, assez riche pour vivre bourgeoisement et aider largement les malheureux.

A la création de la Légion d'honneur, il a été nommé membre de la Légion le 20 frimaire, an XII (1803). L'année suivante il est élevé à la dignité de commandant de la Légion d'honneur.

Le 10 août 1806, le grand chancelier écrit à son cher confrère, le général Bontemps, pour l'informer que sa majesté impériale et royale a décidé qu'il ferait partie du collège électoral de Maine-et-Loire en qualité de commandant de la Légion d'honneur.

Tous ces documents, que nous n'avons pas le temps de citer en entier, nous donnent l'idée de la rapidité des évènements ; en quelques années, on passe du "citoyen ministre" à son Excellence, puis à son Altesse Sérénissime le Prince Archichancelier, à Mgr Berthier, Maréchal de l'empire. Mais c'est toujours le même personnage.

En 1807, le général Bontemps achète un charmant hôtel particulier sur le quai de la Loire, non loin de sa maison natale. Porche d'entrée servant de remise, cour, salle à manger, salon, des chambres en haut, le tout orné de tapisseries, trumeaux avec leurs attiques, un poële à dessus de marbre dans le salon, écuries et caves en voûte

L'hôtel, de style Empire, neuf alors, est toujours en bon état (49, place Alain-Targé).

Bontemps y retrouve les paysages de son enfance : la Loire chargée de bateaux de blé et de vin, les rives bleues de saules et d'osiers, et les merveilleux couchers de soleil sur le fleuve. Il a un cheval à l'écurie, un petit personnel dévoué qui, à cette époque de chômage, était facile à trouver.

Il conduit ses promenades à Fontevrault, par la vallée ou le coteau, va à sa maison de Chaintres voir ses jardins et ses vignes, recevoir des ams, à Saint-Florent, voir son ami, le sénateur Lemercier. Vêtu d'une grande redingote, bleue ou marron, éclairée de la grosse rosette rouge de la Légion d'honneur, coiffé du chapeau évasé, il est dans Saumur l'objet de la considération générale. Niveleau, le modèle du père Grandet, le salue au passage, et s'étonne qu'un tel homme ne pense pas à gagner de l'argent.

Il vivait de plus en plus dans la retraite. Il s'était mis en règle avec l'Église par l'entremise de Mgr Montault des Iles, son camarade de collège, alors évêque d'Angers, qui fut le grand pacificateur en des situations difficiles. Le concordat n'avait pas autorisé la réouverture des cloîtres. Personne n'était obligé d'y rentrer. Bontemps, du reste, resta fidèle à son voeu de célibat et ne se maria pas. C'est un côté remarquable de cette vie, qu'on n'y voit pas passer la moindre silhouette de femme. Bon frère, bon oncle, bon parent, son ami Besnard dit : "Dans l'ancienne chapelle de Chaintres transformée en salon, était une belle peinture de la Vierge provenant de Fontevrault" ; ceci explique peut-être cela."

En 1808, il dit à une de ses nièces : "Je ne désire plus rien, j'ai servi ma patrie, je retourne servir Dieu".

Le moine et le soldat avaient tous deux gardé leur place.

Après le passage de l'empereur à Saumur, en 1808, Bontemps, à qui il avait donné une tabatière d'argent avec une couronne de baron, reçut le titre de baron d'Abaumont, titre qu'il ne fit pas enregistrer et ne porta jamais.

Bontemps voyait au Moniteur les défections de Moreau, de Bernadotte, la mort de Desaix et de bien d'autres, la promotion des maréchaux, ses camarades. Desaix, Gouvion Saint-Cyr, Soult, Ney, Baraguay d'Illiers, Hoche, Marceau avaient été ses chefs, ses égaux ou ses inférieurs. Il préférait sa retraite de sage ; il était pourtant de la classe des plus grands ; il y ajoutait des vertus. Il était, comme le vin de son clos de Champigny, peu connu, mais égal en qualité aux grands vins de Bordeaux et de Bourgogne qui proviennent du même plant. Il convient de le mettre à son rang. Ce n'est pas un grand homme de petite ville, c'est un grand homme tout court. Sa santé, altérée par les épreuves morales et des blessures physiques, s'aggrava. C'est l'année où Grandet vendit si bien son vin qu'il mourut chez lui, à Saumur, le 29 octobre 1811, à cinquante-neuf ans, pleuré de ses parents, regretté de ses concitoyens, béni par les pauvres.

Il était mort avant les tristesses du déclin de l'Empire et l'invasion, qui eut tant fait souffrir son coeur de patriote. Le conseil de fabrique de Varrains, dans sa délibération du 5 avril 1812, décide :

"Le conseil ayant connu les grands services que le général Bontemps a rendus à l'État par les hautes qualités qui l'ont toujours distingués dans le service militaire et par son humanité envers les pauvres, donne un terrain d'un mètre pour y faire élever un mausolée qui sera respecté et conservé de tous temps à moins que survienne une force majeure pour le détruire."

 

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Il eut de magnifiques funérailles et reçut les honneurs militaires et ecclésiastiques. Il avait demandé qu'on le mit à découvert pour recevoir le feu des salves funèbres, et, lors de la translation du corps dans le nouveau cimetière, la trace des balles et ses os brisés attestaient que son dernier voeu avait été rempli.

 

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"Mon général, dans le petit cimetière de Varrains, sous la petite pyramide où sont mises en croix votre épée de Roi-Infanterie et celle de général de la République, dans le calme d'un doux paysage angevin, dormez en paix".

 

Bontemps décès

 

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JEAN CELLÉRIER
Extrait : Société des Lettres, Sciences & Arts du Saumurois - 54ème année - n° 112 - Février 1963

 

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NIORT (79) - 16 FÉVRIER 1792 - LA TRAGIQUE INAUGURATION DU BUSTE DE MIRABEAU

Niort vue

NIORT, 16 février 1792

Vendredi étoit le jour fixé pour l'installation du buste de Mirabeau.

Ce jour, qui devoit en être un de fête & d'allégresse, n'a été qu'un jour de deuil & de consternation.

Deux machinistes étrangers avoient offert à la société des amis de la constitution, de terminer la fête par un feu d'artifice qu'ils promettoient de faire à leurs frais. Cette proposition généreuse avoit été acceptée avec reconnoissance. Dès ce moment, ils passèrent les jours & les nuits au travail.

Vendredi, à une heure & demie du matin, il se fit, dans une des salles de la société, où se préparoient les artifices, une explosion subite & violente.

Quelques personnes qui travailloient dans un appartement voisin de celui des artificiers, (ils n'étoient séparés que par une cloison), s'apercevant du danger, se précipitent par la porte & les fenêtres. Des cris aigus se font entendre dans la salle qui renfermoit les artificiers.

On tente d'y pénétrer ; on réussit avec peine à entr'ouvrir la porte ; on sauve un malheureux. La porte se referme par la chute d'une cloison.

Cependant la générale & le tocsin se font entendre. Tandis que les soldats du cinquante-unième régiment & un grand nombre de citoyens se préparent à voler au lieu du danger, le citoyen Faucher, serrurier, un de ceux qui s'étoient échappés par une fenêtre, pénètre dans l'appartement qu'il venoit de quitter & en arrache deux infortunés qui y étoient entrés depuis la chute de la cloison.

Les secours arrivent de tous côtés, on franchit tous les obstacles, on pénètre dans la chambre où déjà l'incendie faisoit des progrès ; on parvient enfin à retirer, des débris & des flammes, les trois autres malheureux qui y étoient restés. L'un d'eux étoit déjà mort. Les cinq autres sont morts le même jour ou le lendemain, après avoir souffert des douleurs inexprimables. Quand on les avoit saisis, ils étoient parfaitement nuds, & leur peau les abandonnoit ...

Cet événement a jeté la désolation & l'effroi dans l'âme de tous les citoyens. De stériles regrets ont paru insuffisans pour réparer un tel désastre.

La société s'est vivement intéressée au sort des familles qui comptoient des victimes, la municipalité & tous les citoyens s'empressent de concourir à cet acte de bienfaisance.

Un seul de ces malheureux laisse une femme & un enfant. La société leur a rendu les derniers devoirs, & a arrosé leurs cendres de ses larmes.

On ne peut rendre trop de justice au courage qu'a montré dans cette occasion le citoyen Faucher, au zèle & à l'activité du cinquante-unième régiment & de beaucoup d'autres citoyens qui ont donné des preuves d'intrépidité, d'humanité & de sensibilité. (Journal des deux Sèvres).

AD86 - Journal du département de la Vienne - 2 février 1792 - 27 février 1792

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09 février 2017

LA CHAPELLE-ST-LAURENT (79) - 1793 - RENÉ-ALEXIS JOUYNEAU DES LOGES - PROCURATION POUR UN BAPTÊME - L'ABBÉ BASCHER

La Chapelle-Saint-Laurent La Garde

Le 18 février 1793, en prévision de la naissance prochaine de l'enfant de sa nièce, René-Alexis Jouyneau des Loges, de Poitiers, adresse, en tant que parrain, une procuration précisant son choix des prénoms : 

Je soussigné, René-Alexis Jouyneau des Loges, Électeur de l'administration du département de la Vienne, demeurant en la ville de Poitiers, Section de Notre-Dame, adresse toute invitation et donne tout pouvoir nécessaire et spécial à Louis Fleury Mancel, Sergent de Saint-Laurent, à l'effet de présenter, comme je le ferois moy même si j'étois sur le lieu, devant l'officier public et à l'église catholique de la paroisse de la Chapelle-Saint-Laurent, District de Bressuire, Département des Deux-Sèvres, de concert avec la personne qui sera choisie pour être marraine, et dès l'instant de sa naissance, l'enfant dont la citoyenne Bon, femme Bascher, ma nièce, paroît être sur le point d'accoucher ; de faire à cette occasion et en mon nom, comme parrein, tous actes nécessaires pour faire, conformément à la loy du 20 septembre dernier, constater l'état civil dudit enfant, auquel, si c'est un garçon, je souhaite qu'il soit donné les prénoms de RENÉ-PATRIOTE, et si c'est une fille, ceux de JOSÉPHINE-PATRIOTE ; autant que le tout sera agréable à ladite marraine.

Fait à Poitiers le dix-huit février mil sept cent quatre vingt treize, l'an second de la République française ...

R.A. JOUYNEAU DES LOGES.


"J'accepte la procuration si desus
Mancel Sergent".

 

Jouyneau des Loges procuration

Le 21 mars 1793, Jean-Baptiste-Marie-Honoré Bascher, bordier au village de la Garde, assisté de ses témoins, déclare que son épouse, "Marie-Agathe Bon, est accouchée, ce jour, d'un enfant femelle, auquel il a donné les prénoms de Aimée-Joséphine-Patriote". Il signe l'acte : "Bascher Cytoyen".

Comme on peut le voir dans l'acte de naissance de l'enfant, le prénom de "Patriote" a bien failli être oublié. 

 "Le requérant, le citoyen Jean-Baptiste-Marie-Honoré Bascher, père de l'enfant,  fait mention au présent acte que ledit enfant a été baptisé ce jour d'huy par les cérémonies de la Sainte Église Catholique, Apostolique & Romaine."

Jouyneau des Loges naissance Bascher

 

AD79 - Registres d'état-civil de La Chapelle-Saint-Laurent


LES ENFANTS de Me Pierre-Jean-François Bascher, notaire royal, (décédé à La Chapelle-Saint-Laurent le 8 août 1785), et de Marie-Marguerite Jouinneau (ou Jouyneau) :

- Michel-Pierre-Alexis, le 18 juillet 1756, décédé le 3 août 1759

- Marie-Prudence, le 21 août 1757
- Marie-Suzanne-Julie, le 5 octobre 1758, décédée le 24 décembre 1760
- Marie-Aimée- Magdelaine, le 4 décembre 1759 (marraine d'Aimée-Joséphine-Patriote)
- Marie-Louise-Modeste, le 24 mars 1761
- Marie-Françoise-Victoire, le 23 janvier 1763
- Marie-Marguerite-Élisabeth, le 18 janvier 1765
- Pierre-Jean-Alexis, le 18 janvier 1766
- Jean-Baptiste-Marie-Honoré, le 5 février 1768 - époux de Marie-Agathe Bon.
- Marie-Marthe-Monique, le 1er août 1769
- Marie-Félicité, le 21 août 1770
- Marie, le 6 avril 1772
- Jacques-François-Louis-...(illisible), le 1er décembre 1776.

Jean-Baptiste-Marie-Honoré épouse, à Bouin, le 18 octobre 1790, Marie-Agathe, fille mineure de Jean Bon, officier municipal, et de dame Marie-Louise Germon, de la paroisse de Bouin, baptisée au même lieu, le 23 février 1769.

De leur union est né Jean-Baptiste-Marie, le 29 août 1791 et baptisé le lendemain à Neuvy. A cette époque, ils demeurent aux Volanchères à Bouin.

Puis, ils quittent Bouin pour s'installer à La Chapelle-Saint-Laurent, au village de la Garde, lieu de naissance d'Aimée-Joséphine-Patriote.

 


 

Bon (Jean) Germon : Sa fille Agate qui est veuve en 1795. 

Veuve de Jean-Baptiste Bascher, fille de Jean, demeure à Sanxay, reçoit amortissement de rente sur la Verdonnière d’Azeay et une maison près des Bancs de Parthenay par François Bonnin, 2/3/1795. Procurartion. {95, IMG_0611, 0614} Veuve de Jean Baptiste Bacher, réfugiée à Sanxay, amortit une rente auprès de Jacques Poynot, 28/4/1795. {100, IMG_5372} Fille de Jean, amortit une rente à Jean Ardouin, 21/4/1795. {100, IMG_5404}

http://gatine-parthenay.pagesperso-orange.fr/personnes/b/bon.html


L'ABBÉ PIERRE-JEAN-ALEXIS BASCHER 

Né à La Chapelle-Saint-Laurent, le 18 janvier 1766, Pierre-Jean-Alexis Bascher fut étudiant en théologie à l'Université de Poitiers. Il fut curé de Maisontiers, en remplacement d'Alexis-Éléonor-François Déneschaud (*), puis, en 1793, officier public de cette même commune. Le dernier acte signé de sa main est daté du 25 nivôse an II - 14 janvier 1794 (acte de mariage).

 

bascher pierre jean alexis Maisontiers signature

bascher PJA officier public


Dans la revue La Vendée Historique de 1906, est rapportée une lettre de Louise Fontaine, datée de Niort, le 23 janvier 1906, et qui concerne l'abbé Pierre-Jean-Alexis Bascher :

"Mon arrière grand-oncle, l'abbé Pierre Bascher, curé réfractaire de Maisontiers, fut tué en mars 1793, à La Chapelle-Saint-Laurent où habitait sa famille. On lui coupa d'abord les poignets, puis on le massacra sous les yeux de sa belle-soeur, qui vit de même massacrer son mari ; on pilla ensuite leur maison et on y mit le feu.

Ma bisaïeule, avec son petit garçon, âgé de deux ans, et suivie d'une servante, se sauva dans les bois et ce fut là qu'elle mit au monde, le 21 mars 1793, une petite fille qui, transportée par je ne sais qui au village voisin, y fut affublée du nom de Patriote. Elle mourut (j'ai failli écrire "elle en mourut") trois jours après, et je ne sais par quel miracle ma bisaïeule échappa à la mort et aux Bleus.

Elle se remaria avec son plus jeune beau-frère, Louis Bascher (Jacques-François-Louis), et de cette union naquit ma grand-mère Fontaine, qui m'a souvent raconté ce terrible épisode de la vie de sa mère ..."

(La Vendée Historique 3 juin 1906)


 

S'il y eut massacre de l'abbé et de son frère, il n'a pas pu avoir lieu en mars 1793 puisque Pierre Bascher signe encore les registres de Maisontiers jusqu'en janvier 1794. D'autre part, c'est le père de l'enfant lui-même qui déclare la naissance de sa fille (Aimée-Joséphine-Patriote), en précisant qu'elle est née "en sa maison, le 21 mars 1793".

 


 

 (*) Alexis-Eléonor-François Deneschaud, curé de Maisontiers en 1789 ; puis aurait été curé intrus de Bressuire (?).

Dénécheau signe son dernier acte le 11 décembre 1790 ; pas de registres pour l'année 1791. 1792 commence avec la signature de Bascher.

Le 6 frimaire [an II] (26 novembre 1793), l'ex-Oratorien Guérin, procureur fiscal syndic, écrivait de sa main au club et à l'administration de Saint-Maixent :

"Républicains, frères et amis,
Je m'empresse de vous annoncer que Frigard, curé de Niort ; Hubert, curé de Granzais ; Cortial, curé d'Augé ; Lachapelle, prêtre qu'on appelait habitué ; Charraudeau, curé de Beauvoir ; Viollet, curé de Chef-Boutonne ; Arnauldet, curé de Sainte-Soline ; Dénéchaut, curé de Bressuire ; Morna, curé de Cerizay, et Gougeard, principal du collège de Thouars, ont abjuré leur erreur, en renonçant à la prêtrise. Ce ne sont plus les oints du Seigneur, mais de bons citoyens, de vrais républicains qui sont devenus utiles à leur patrie, en cherchant à éclairer ceux à qui, jusqu'ici, ils n'avaient prêché que des mensonges ou des niaiseries.
Je vous annonce aussi que le triomphe de la philosophie sur la superstition est entièrement opéré dans le chef-lieu de ce département. Plus de cloches, plus de saints, plus d'images, plus d'autels, plus de culte public. La Société populaire de Niort, en vous envoyant le procès-verbal de cet heureux évènement, fera passer dans votre âme tous les sentiments dont étaient animés les sociétaires, les militaires et les citoyens qui ont pris part à la fête.
Témoins des fureurs et des excès du fanatisme, vous ne tarderez pas sans doute à briser vos chaînes religieuses, à proscrire de votre territoire ce culte qui cause tous nos maux et ceux de la France entière.
Saut, union et fraternité.
P.-F. GUÉRIN"

Dans l'extrait de l'état du clergé du diocèse de Poitiers, pendant la révolution, dressé en 1800, on trouve le nom de l'abbé Déneschaud ; il est dit de lui : Déneschaud, c. lég., jur. sch., int. à Bressuire, marié à Saint-Maixent.

Son mariage :

Le 7 ventôse an II (25 février 1794), à sept heures du soir, Alexis-Éléonor-François Déneschaud se marie à Saint-Maixent ; il est âgé de 43 ans, natif de la Rochelle ..., demeurant actuellement à Niort depuis qu'il est sorty des ferts des brigands et cy-devant à Bressuire, fils légitime de defunts le citoyen Augustin Déneschaud, marchand droguiste et épicier, et de la citoyenne Marie-Anne Poupelin, domiciliés lors de leurs décès audit lieu de la Rochelle  ;

avec Élizabeth Chesneau, économe de l'hôpital de la commune de Saint-Maixant-sur-Sèvre, y demeurant depuis plusieurs années, âgée de 33 ans, fille légitime de feu le citoyen Louis-Olivier Chesneau, chirurgien et de la citoyenne Marie-Micheau ... cette dernière demeurant au bourg de Neufville, district de Poitiers, département de la Vienne.

L'église et la révolution à Niort - Vicomte de Lastic-Saint-Jal - 1870

AD79 - Registres d'état-civil de Saint-Maixent-sur-Sèvre

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