La Maraîchine Normande

19 août 2017

TERVES (79) - 1906 - LES INVENTAIRES

TERVES - LES INVENTAIRES

Terves église z

 


A Terves, l'inventaire se fit en deux temps. Nous en empruntons le récit à quelques coupures de journaux de l'époque, conservés aux archives diocésaines de Poitiers.

Le 10 février 1906, eut lieu la première visite de l'agent du fisc. Les fidèles, venus nombreux de toutes parts, se rassemblent sur la place et les portes de l'église sont fermées. Lorsque l'estafette envoyée par le pasteur sur la route de Bressuire eut annoncé l'arrivée du fonctionnaire, des sifflets et des cris désapprobateurs fusent de toutes parts ; l'agent est blême de peur. M. l'abbé Barbier, dont l'autorité est incontestée dans la paroisse, obtient, d'un signe, le silence et lit son énergique protestation qui se termine par ces mots : "Maintenant, Monsieur, accomplissez, si vous le voulez votre écoeurante besogne".

Les gens protestent à nouveau, à grands cris : "Pas d'inventaire !" et on l'invite à se retirer. L'agent part sous les huées.

Aussitôt après, la foule rentre à l'église. Le curé monte en chaire ; on chante des cantiques, puis le pasteur s'adresse à ses paroissiens : "l'agent du fisc est parti, mais il reviendra avec la force armée. Voulez-vous fermer les portes de l'église et les laisser enfoncer ?
- Oui, nous le voulons !
- C'est bien, mes amis."

Et le chroniqueur ajoute : j'ai assisté aux cérémonies de Lourdes, à ces professions de foi de la foule sur l'esplanade ; je dois dire qu'elles me paraissaient moins touchantes que cette réponse énergique et sublime de ces fidèles de Terves, prêts à marcher au martyre, à la mort, c'est-à-dire à la gloire !

Le 1er mars, cent gendarmes et cent hommes de troupe du 77e régiment d'infanterie de Cholet reviennent. L'église est comble, et comme convenu, les portes sont fermées tandis que des femmes, des enfants et quelques hommes, groupés en bas de la place, près de l'atelier de menuiserie Grolleau, faisaient le tintamarre, avec des ustensiles de cuisine, pour effrayer les chevaux des soldats qui n'en peuvent ...

Bientôt les portes furent enfoncées par l'armée, et les gendarmes pénètrent dans le sanctuaire ; la force reste à la Loi ! Oui, mais, si cette fois ils n'ont trouvé que des gens chantant des cantiques, quand il voudront fermer les églises, ils rencontreront des hommes armés de fusils (Témoignage d'un témoin oculaire).

Beaucoup se souviennent encore de l'encadrement noir apposé sur l'une des portes principales de l'église, en signe de deuil. Il fut enlevé pendant la deuxième guerre mondiale.


(Extrait : Terves - Huit siècles d'histoire - chanoine H. Verger - 1971)

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VENDEUVRE-DU-POITOU (86) - LE CHÂTEAU DE BONNIVET

 

BONNIVET_CHATEAU

  

LA MERVEILLEUSE ET TRAGIQUE HISTOIRE DU CHÂTEAU DE BONNIVET EN POITOU


Guillaume II Gouffier z

Le château de Bonnivet en Poitou fut construit par Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet, grand amiral de France, favori de François Ier, frère cadet d'Arthus Gouffier, grand maître de France, qui a commencé la construction du château d'Oiron.

Jean Bouchet nous dit "que le château de Bonnivet était l'un des plus somptueux du royaume de France" et Brantôme "qu'il était le plus superbe édifice qui soit en France s'il était achevé selon son dessein."

Bonnivet est à 16 kilomètres au nord de Poitiers et à 2 kilomètres à l'est de Vendeuvre.

L'amiral était seigneur de Bonnivet ; le connétable de Bourgogne était duc de Châtellerault ; les deux terres se touchaient ; en construisant ce château fastueux et splendide, il eut pour but d'exaspérer son puissant voisin, qui lui avait fait sentir le mépris dans lequel il le tenait, et qu'il savait détesté par le roi et sa mère.


1° - GOUFFIER (1513-1622)

La construction du château commence en 1513, au moment où le goût français, après une lente évolution, abandonne la formule gothique pour se fixer dans une forme nouvelle. La façade de Bonnivet est d'une ordonnance générale rigoureusement régulière, contrastant avec les allures du gothique, pleines de liberté et de fantaisies. Il est ainsi un précurseur, et exerce une influence réelle en donnant un exemple qui sera suivi. - A l'intérieur, la décoration du château, et celle de l'escalier principal en particulier, était d'une richesse inouïe, sur laquelle nous renseignent les nombreux fragments que l'on peut admirer au musée de la ville de Poitiers, au musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest, à Cluny et au Louvre. - Sa façade principale avait 100 m de long, 30 m de hauteur, 3 étages de croisées surmontées de hautes lucarnes. Thibaudeau, qui l'a vu avant 1787, nous rapporte dans ses mémoires qu'il avait 365 fenêtres. On comprend qu'il ait séduit l'imagination puissante de Rabelais ; aussi, le prit-il comme modèle dans sa fameuse description de l'abbaye de Thélème.

La construction fut interrompue par la mort de l'amiral, en 1525. Ne voulant pas survivre au désastre de Pavie, dont il était un des principaux auteurs, il leva la visière de son casque, se jeta dans la mêlée et se fit tuer.

Ses descendants se désintéressent du château qu'il leur laissa inachevé. Ils passent d'ailleurs la plus grande partie de leur vie sur tous les champs de bataille, tous vaillants, braves, chevaleresques.

Enfin, son arrière-petit-fils, Henri-Marc, échange en 1622 la terre et le château de Bonnivet à Aymé de Rochechouart contre la chastellenie de Fougerolles près de Remiremont et d'autres domaines en Bourgogne.


2° - ROCHECHOUART-MESGRIGNY (1622-1712)


En 1644, Aymé de Rochechouart donne le marquisat de Bonnivet en dote à sa petite-fille, Éléonore, à l'occasion de son mariage avec Jacques de Mesgrigny. Ce sont eux qui de 1649 à 1672 vont restaurer, orner, et achever le château. Il dut être alors une splendide et princière demeure. La tradition veut que ce soit ce cadre que Perrault ait choisi pour y placer son conte du chat botté. Le château de l'Ogre, que grâce à sa ruse, il donne à son maître, serait Bonnivet ; les vastes propriétés qu'il lui fait attribuer par les faucheurs et les moissonneurs seraient celles des Mesgrigny ; enfin, le nom de Carabas qu'il choisit pour son maître, ne serait autre que celui d'une branche des Gouffiers, les Gouffiers-Caravas.


3° DE CHASTEIGNER (1712-1792)


En 1712, leur petite-fille, Éléonore, épouse Eutrope Alexis de Chasteigner. C'est elle, qui, par ce mariage, apporte Bonnivet dans la famille des Chasteigners, qui vont en être les derniers possesseurs.

Éléonore de Chasteigner survécut à son mari, à ses enfants, à son gendre, et mourut en 1784, âgée de 97 ans, 8 mois et quelques jours, ne laissant après elle que 6 de ses petits-enfants.

Dans les partages de sa succession, Bonnivet échoit à Charles-Louis de Chasteigner, le plus jeune. A ce moment, il a 37 ans ; il n'est pas encore marié : sa part d'héritage est estimée sur les actes à un million environ. Incapable de restaurer le château, et même de l'entretenir, il le vend à un nommé Curieux à condition de le démolir.

En 1792, Charles-Louis émigre. En 1795, ses biens sont vendus comme biens d'émigré. Curieux se fait adjuger aux enchères "l'emplacement du château de Bonnivet".

La démolition avança lentement. Au début, elle est purement utilitaire. On profite de cette merveilleuse carrière de pierres toutes taillées, et de ces bois d'ouvrage secs et équarris pour construire et réparer à bon marché. Ce n'est que plus tard que quelques hommes de goût sauvèrent de la destruction les fragments qui se trouvent aujourd'hui dans nos musées. L'abbé Gibault, conservateur de la bibliothèque de Poitiers, fut un des premiers. Jusqu'à sa retraite en 1830, il donne au musée de la ville la presque totalité des sculptures qui font de ce musée le plus riche en fragments venant de Bonnivet.

Peu à peu d'ailleurs, le goût s'affine, se répand. La Société des Antiquaires de l'Ouest, fondée en 1834, y aide et y contribue. Quelques-uns de ses membres vont sauver les sculptures éparses, et achètent dans les démolitions du château, non plus des matériaux à bâtir, mais des fragments de sculptures sur pierres ou sur bois pour le bonheur délicat de les admirer chaque jour, ou pour les offrir aux musées de la Société, où l'on peut encore les étudier et les admirer.

Enfin quelques fragments quittent notre province pour aller enrichir les grands musées de Paris : Cluny en achète 35 fragments en 1903, le Louvre, 3 en 1906.

Aujourd'hui, il n'existe plus rien de Bonnivet ; quelques soubassements de murs percés et recouverts de ronces et d'épines. A peine peut-on découvrir l'emplacement de ce château qui a été un des plus fastueux de la France.


Lieutenant-Colonel Chevallier-Rufigny
La Grand'goule : les lettres, les arts, la tradition, les sites : revue poitevine ... - janvier 1930


 

Gouffier de Bonnivet z

BONNIVET-GOUFFIER, GUILLAUME, (seigneur de), amiral de France, fils de Guillaume Gouffier de Boissy et de Philippine de Montmorency, fut, dit Brantôme, en bonne réputation aux armées et aux guerres, au delà les monts où il fit son apprentissage ; et pour ce, le roi (François Ier) le prit en grande amitié, étant d'ailleurs de fort gentil et subtil esprit et très-habile, fort bien disant, fort beau et agréable, comme j'ai vu par son portrait".

Le jeune Bonnivet se signala surtout au siège de Gêne, en 1507, et à la journée des Eperons, en 1513. Après le bataille de Marignan, François Ier l'envoya en ambassade en Angleterre, pour corrompre Volsey, ministre de Henri VIII, et pour décider ce monarque à se déclarer en faveur de la France.

L'année suivante, Bonnivet parcourut toutes les cours d'Allemagne pour faire élire François Ier empereur.

Peut-être se serait-il assuré de tous les suffrages, s'il avait su distribuer l'argent avec prudence, au lieu de le prodiguer avec un éclat indiscret ; il gagna quelques électeurs et flatta longtemps François Ier de l'espoir du succès ; mais, à la nouvelle de la proclamation de Charles-Quint, il sortit du château qui lui servait d'asile aux environs de Francfort, et s'enfuit plein de honte à Coblentz. Toutefois, il n'en fut pas moins bien accueilli à la cour ; et à la mort de son frère Boissy, grand maître de la maison de France, il le remplaça dans la faveur du roi ; mais il ne succéda ni à ses vertus ni à ses prudence.

Il fut l'esclave de la duchesse d'Angoulême, mère de François Ier, et le flatteur de son maître ; soumis à tous les caprices de cette princesse altière, il obtint par son crédit, en 1521, le commandement de l'armée de Guienne, destinée à réparer les fautes et les malheurs de Lesparre dans la guerre d'Espagne. Bonnivet s'empara d'abord de quelques châteaux situés dans les montagnes de la Navarre, menaça ensuite Pampelune, et, par une marche habile, tourna tout à coup vers Fontarabie ; il passa la rivière d'Andaye à la vue de l'armée espagnole, enleva le château de Bohobie, et se rendie maître de Fontarabie, regardée alors comme une des principales clefs de l'Espagne. Au milieu de ces hostilités, des conférences s'ouvrirent pour la paix avec Charles-Quint ; mais le présomptueux Bonnivet, enivré de ses succès, ne fut pas d'avis de restituer Fontarabie, qu'il regardait comme un trophée de sa gloire, et il primit même au roi de faire suivre la prise de cette ville par la conquête de St-Sébastien. François Ier garda Fontarabie, et les hostilités recommencèrent. Mézerai accuse le seul Bonnivet d'avoir fait rejeter la paix. "C'est ainsi, dit-il, qu'un ministre visionnaire et ambitieux jeta son roi et sa patrie dans une infinie de calamités".

Bonnivet revint à la cour, et ne songea plus qu'à jouir de sa faveur ; de tous les amis de François Ier, il fut le seul auquel on donna le titre de favori. Il nourrit et servit la haine de la duchesse d'Angoulême contre le connétable de Bourbon, dont il s'était attiré le mépris. La cour allant au château de Bonnivet, en Poitou, dont l'amiral portait le nom, et où il étalait le plus grand faste, le roi y conduisit Bourbon malgré lui, et, arrivé à Bonnivet, il lui demanda ce qu'il pensait de ce château magnifique : "Je n'y connais qu'un défaut, répondit le connétable ; la cage me paraît trop grande pour l'oiseau. - C'est apparemment la jalousie, dit le roi, qui vous fait parler ainsi. - Moi, jaloux ! répondit Bourbon ; puis-je l'être d'un homme dont les ancêtres tenaient à honneur d'être écuyers de ma maison ?" En effet, la maison de Gouffier était originaire du Bourbonnais.

Devenu dès lors l'ennemi le plus actif du connétable, Bonnivet contribua aussi à la défection de ce grand homme. La duchesse d'Angoulême n'eut pas de peine à persuader au roi que Bonnivet réussirait mieux que Lautrec en Italie. Il eut le commandement de l'armée française, et pénétra, en 1523, dans le Milanais. La plupart des historiens soutiennent qu'il fit une faute inexcusable en ne marchant pas droit à Milan ; il se contenta d'en faire le blocus, dans l'espoir de l'affamer ; mais l'armée impériale vint entreprendre de l'affamer lui-même dans son camp. Bonnivet se retira au delà du Tésin, et, par ses mauvaises dispositions, il fit battre à Rebec le fameux Bayart, qui lui dit : "Vous m'en ferez raison en temps et lieu, maintenant le service du roi exige d'autres soins". Bonnivet ne répondit pas à ce défi, et ne crut pas devoir irriter Bayart, l'oracle de l'armée. Pressé par le marquis de Pescaire, il confia même la retraite à Bayart, qui sauva l'armée à Romagnono, et se fit tuer. L'évacuation du Milanais fut entière. Les historiens voient une nouvelle preuve du crédit excessif de la duchesse d'Angoulême dans l'accueil que le roi fit à Bonnivet au retour de cette campagne malheureuse.

Lorsqu'en 1524, François Ier entreprit en personne la conquête du Milanais, ce fut encore par le conseil de Bonnivet qu'il résolut de faire le siège de Pavie. Bonnivet s'indigna de l'idée d'une retraite, proposée par les généraux les plus expérimentés, et, voulant épargner au roi la honte d'une fuite, il fit dans le conseil, pour déterminer la bataille, une harangue que Brantôme nous a conservée : il eut le malheur de persuader le roi. Voyant ensuite les déplorables effets du conseil qu'il avait donné, et l'inutilité de ses efforts pour arracher son maître aux périls qui l'environnent, il lève la visière de son casque, et, jetant un triste regard sur le champ de bataille, il s'écrie : "Non, je ne puis survivre à un pareil désastre", et court se précipiter au milieu des bataillons ennemis, le 21 février 1525. Le connétable de Bourbon, voyant les restes sanglants de son ennemi, s'écria, en détournant les yeux : "Ah ! malheureux ! tu es cause de la perte de la France et de la mienne !"

 

Gouffier de Bonnivet mort z

 

Ce favori, dont le nom ne présente plus aujourd'hui que l'idée d'un courtisan gâté par la faveur, n'était pas sans mérite ; il avait au moins un grand courage, un caractère ferme et décidé ; il était spirituel et galant ; jamais homme ne fut si téméraire dans ses galanteries. Brantôme assure que la comtesse de Châteaubriant était infidèle au roi en faveur de Bonnivet, et que le roi l'ayant surpris un jour chez elle, il n'eut que le temps de se cacher. Bonnivet aimait la duchesse d'Alençon, soeur du roi, qui, connaissant cette inclination, ne s'en offensait point ; mais ce favori, ne pouvant toucher le coeur de la princesse, s'introduisit pendant la nuit par une trappe dans sa chambre ; la duchesse se défendit avec tant de courage, et fut secourue si à propos par sa dame d'honneur, que Bonnivet se vit contraint de se retirer honteusement. Elle raconte elle-même cette aventure dans l'Heptaméron (4e nouvelle), sous des noms supposés ; mais Dreux du Radier démontre la fausseté de cette anecdote dans un de ses ouvrages manuscrits.


Biographie universelle, ancienne et moderne ... Ernest Desplaces - Louis-Gabriel Michaud - 1834

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18 août 2017

CHAMPDENIERS (79) - CHÂTEAU-RENAULT (37) - 1931 - LES AVENTURES D'UNE PELLE D'ÉCURIE ...

CHAMPDENIERS
1931


Un lecteur d'un département voisin nous a conté la bonne histoire que voici :

gendarme à cheval z


Champdeniers, qui a une curieuse église du XIe siècle et des foires où l'Espagne vient choisir ses mules, a également jusqu'à ces derniers temps une brigade à cheval.

Mais un ministre sans idéal en a fait une brigade à pied. Et c'est pourquoi, alors qu'ils croyaient honnêtement avoir effacé tous les signes extérieurs qui distinguent un gendarme à cheval d'un gendarme à pied, les gendarmes de Champdeniers se trouvèrent démontés à la vue d'une vieille pelle d'écurie, reste suprême de leur ancien état de cavaliers. Ils s'en ouvrirent au colonel de la 9e légion, qui prescrivit de déposer l'outil à Niort, d'où il devrait être expédié en Indre-et-Loire, à la brigade de Château-Renault, qui, elle, est encore à cheval. C'était bien. Mais aucun crédit n'avait été prévu au budget de l'armée pour cette opération. Pourtant il fallait obtempérer.

La nécessité est mère de l'invention ... Le capitaine de gendarmerie de Niort prit la pelle, la mit, entre deux gendarmes, dans l'auto de la compagnie, et la transporta à Lusignan, où elle passa entre les mains du capitaine de Poitiers, lequel, en automobile aussi, se dépêcha de l'aller confier au lieutenant de Châtellerault ; celui-ci, à motocyclette, l'emporta rapidement à Ste-Maure ; le capitaine de Tours, au volant, y attendait la vieille pelle, il la reçut dans les formes qui convenaient, puis fila, pressé d'en faire la remise officielle à la brigade à cheval de Châteaurenault, qui gravement se déclara heureuse d'une telle aubaine.


Ce n'était pas plus difficile que cela, mais il fallait le trouver.
R. J.

La Grand'goule : les lettres, les arts, la tradition, les sites : revue poitevine ... - avril 1931

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17 août 2017

NOINTEL (60) - CHÂTEAUBRIANT (44) - MARC-ANTOINE COMMAIRE, GÉNÉRAL DE DIVISION (1753 - 1794)

 

NOINTEL CHATEAU Z

 

Fils d'Antoine Commaire (ou Comère), palfrenier de Monsieur le Marquis de Nointel, et de Marie-Madeleine Lejeune, MARC-ANTOINE COMMAIRE est né le 4 janvier 1753 et a été baptisé le 6 à Nointel (Oise).

 

Commaire général baptême z

 

Soldat au régiment de Perche-Infanterie en 1774, adjudant d'un bataillon de Volontaires parisiens en 1792, devient général de brigade de l'armée des Côtes de La Rochelle en juillet 1793 et général de division en septembre. Commandant de la place de Saumur en janvier 1794, il a sous ses ordres Carpantier, qui garde l'avant-poste de Doué à la fin février. (Extrait : Les 12 Colonnes infernales de Turreau - par Pierre-Marie Gaborit et Nicolas Delahaye - 1995)

 

Commaire signature z

 

Il épouse, à Nointel, le 5 novembre 1782, Marie-Jeanne Taverne, fille mineure de Louis Taverne, maçon, et de Marie-Jeanne Lejeune. Son père est dit cabaretier.

 

signature à son mariage z

 

- Un frère, Louis, "ancien soldat", est décédé à l'âge d'environ 30 ans, le 3 mars 1784, à Nointel. Marc-Antoine est présent à la sépulture.

- Un fils, Marc-Hyacinthe-Emmanuel, né à Nointel, le 8 juillet 1787, baptisé le 11 ; le père est "commis" à Paris. Cet enfant est décédé, à Nointel, le vendredi 21 juillet 1789 (le père étant toujours à Paris)

Antoine Commère (père), cabaretier, âgé de 70 ans, est décédé le 26 septembre 1787 ; son fils Antoine-Alexandre (un autre frère du général, semble-t-il) était présent à la sépulture.

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Agissements signalés du général Commaire :

Plainte à la Convention.
"Après le général Grignon, nous espérions, citoyens, que nos cantons ne seraient plus couverts de sang et incendiés. - Nous avons, de nos propres mains, tué tous les brigands qui étaient dans nos parages ; mais Grignon avait donné l'incivique exemple du massacre des patriotes ; on l'avait vu, par passe-temps et pour essayer le tranchant de son sabre, couper en deux des enfants à la mamelle : il appelait cela "une distraction patriotique". - COMMAIRE (général de l'Armée infernale) a été plus loin ; il en a fait une loi. - Nous le voyons chaque jour prendre les premiers enfants venus, fils de républicain ou de brigand, peu lui importe ; il les saisit par une jambe et les "fend par moitié, comme un boucher fend un mouton". - "Les soldats en font autant". - Si les autorités veulent réclamer, on les menace d'être fusillées ; et nous vous écrivons ceci afin que tous ces malheurs finissent.
Les officiers municipaux d'Aizenay, de Palluau et de La Roche-sur-Yon".
(La Peste rouge, ou les Saturnales révolutionnaires - Henri Leroy de Kéraniou - 1851)

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Derniers ordres reçus par le général Commaire :

Du 24 Février 1794
Ordre et instruction du chef de l'état-major Robert au général Commaire. (Nantes)
"Le général de division Commaire se rendra à Châteaubriand où il établira son quartier-général.
Il commandera toutes les troupes réparties sur les différens points de la surface du pays qui fait partie du commandement de l'armée de l'Ouest à la rive droite de la Loire, à partir de la route de Nantes à Rennes jusqu'au Mans, de l'ouest à l'est ; et de la rive droite de la Loire à Alençon, du midi au nord.
Il fera désarmer toutes les communes sur lesquelles les brigands se sont répandus, en se conformant aux arrêtés du comité de salut public et des représentans du peuple près cette armée.
Le général Commaire emploiera toutes les troupes réparties dans son commandement pour opérer ce désarmement qui devra se faire le plus promptement possible et avec soin.
L'adjudant-général Savary sera employé à la division du général Commaire." (Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République ... - volume 30 - par Jean-Julien Savary)

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Courrier signalant le décès du général Commaire : 

Du 11 mars 1794
L'adjudant-général Savary, au général Robert. (Châteaubriand)
"Le général Commaire n'existe plus ; il est mort hier soir à onze heures. Sa maladie a été si prompte, il est tombé dans un affaissement si subit, qu'il a presque toujours eu du délire. Il ne m'a rien dit de particulier, soit relativement à sa mission, soit pour ses propres affaires ..." (Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République ... - volume 30 - par Jean-Julien Savary)

 

Châteaubriant maison décès 11 rue Pélican z

Le général divisionnaire Marc-Antoine Commaire est décédé à onze heures du soir, le 20 ventôse an II (10 mars 1794), en la maison du citoyen Hamel (*), rue de la Poterne à Châteaubriant, sur la déclaration de son premier aide-de-camp, Charles Marteau, 35 ans, garçon, natif de Douai, département du Nord, et de Charles-Joseph Le Vasseur (?), adjoint à son état-major, 50 ans, natif d'Amiens, département de la Somme.

COMMAIRE GENERAL DECES z

 

La tradition rapporte que cet obscur soldat, usé déjà par ses débauches, fut trouvé mort dans son lit, après une nuit d'orgie sacrilège, où les vases et ornements sacrés avaient été profanés ! Il fut enterré sur la place publique, au pied de la Montagne. Sa mémoire est restée dans l'esprit de tous un objet de répulsion.

l'Histoire de Châteaubriant par Charles Goudé / Amaury de la Pinsonnais : - http://pinsonnais.free.fr/chateaubriant/?id=p2_s1_c6_2

 

(*) Le citoyen Hamel, ou plutôt Du Hamel, habitait, à cette époque, l'hôtel de la Bothelière, rue de la Poterne, aujourd'hui rue du Pélican.

12 février 1790, "quant au peuple, l’exercice des libertés déjà acquises lui avait ouvert un appétit démesuré pour des libertés plus grandes encore. Il suffisait de quelques citoyens pour provoquer une assemblée de la commune". Commente l’abbé Goudé en relatant l’assemblée du 12 février 1790 où il fut décidé que "tout citoyen de quelque âge et condition qu’il fût, à l’exception des ci-devant privilégiés qu’on abandonne à leurs remords, montât la garde - que tout bon citoyen fût admis aux assemblées municipales, sans pourtant y avoir voix délibérative - et que les ci-devant privilégiés qui voudraient revenir à Châteaubriant prêtent le serment civique devant la commune assemblée".  C'est ainsi que Duhamel de la Bothelière et d’autres, furent admis au serment patriotique. http://www.chateaubriant.org/44-les-evenements-a-chateaubriant

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VARS-SUR-ROSEIX (19) - BUSSIÈRE-BOFFY (87) - HUGUES DUROY, VICOMTE DE CHAUMAREIX, COMMANDANT DE LA MÉDUSE

LA VIE DRAMATIQUE DE M. DE CHAUMAREIX

En 1816, l'opinion publique fut profondément passionnée par la perte de la frégate La Méduse et les récits impressionnants des tortures endurées par les victimes et les survivants de ce sinistre maritime.

Après le jugement de l'auteur responsable du naufrage (1817), le silence se fit peu à peu sur ce drame et l'émotion était à peu près calmée quand, au Salon de 1819, fut exposée la Scène de Naufrage du jeune peintre Géricault. Sous ce titre, imposé par la censure préalable, le peintre représentait les passagers d'un radeau en perdition faisant des signaux à un navire qu'ils aperçoivent à l'horizon. La critique, en général, blâma le choix d'un tel sujet. Nul n'ignorait que Géricault s'était inspiré des rapports et des récits faits par les survivants du radeau de La Méduse. Le tableau n'eut aucun succès auprès du public ; il fut même écarté des propositions d'achat pour le Musée du Luxembourg. Il fut plus tard, exposé à Londres avec plus de succès, mais n'y trouva point d'acquéreur. En 1824, Géricault venait de mourir, des spéculateurs voulaient acheter "le Radeau de la Méduse" pour le "dépecer" : un ami du peintre réussit à le leur racheter, au moyen d'une enchère dont il fut remboursé par le Directeur des Musées royaux.

Méduse 4 z

La perte de La Méduse serait depuis longtemps oubliée comme tant d'autres sinistres de même nature, si le premier chef-d'oeuvre de la peinture romantique n'en conservait le souvenir.

La vie même de l'infortuné commandant du navire n'est connue que par de courtes notices biographiques ...

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Il était originaire de Vars (Corrèze), petit bourg très pittoresquement situé sur une des collines aux pentes raides qui soutiennent le plateau calcaire d'Ayen et bordent, à l'Ouest la riante vallée du Roseix, petit affluent de la Loyre d'Objat ...

Une maison, construite au début du XVIIIème siècle, remplaça le château devenu inhabitable ; elle est la plus belle du village avec son corps central assez étroit et ses deux pavillons latéraux, aux toits élancés, et son jardin qui la sépare de la route.

C'est là qu'habita la vieille famille limousine de Chaumareys anoblie sous Louis XIII.

Chaumaneix z

Et c'est là que naquit le 20 décembre 1763, Hugues Duroy de Chaumareix et qu'il passa ses premières années. Il fut envoyé au collège et devint officier de la Marine royale, vers 1783, au moment où la guerre d'Amérique développait dans la jeunesse française le goût des voyages aventureux.

Il servit jusqu'à la Révolution. En 1790, il émigra comme la plupart des officiers de marine et passa en Angleterre. On le retrouva à Quiberon, dans le corps des émigrés capturé par le Général Hoche.

Il fut le premier à donner une relation de cette affaire de Quiberon, dans une plaquette qui fut imprimée à Londres, dès 1795, et que nous connaissons grâce à une étude de M. de Saint-Germain : M. de Chaumareix à Quiberon. Il marqua ainsi lui-même la première étape de sa vie.

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On sait que le corps d'émigrés débarqué, le 27 juin 1795, sur la presqu'île de Quiberon, se proposait de rejoindre les royalistes bretons insurgés. Ce corps était dans une situation très critique et venait de perdre le fort Penthièvre, enlevé par les républicains, quand, le 21 juillet, une nouvelle attaque du Général Hoche l'obligea à capituler.

M. de Chaumareix faisait parti d'un des premiers régiments mis à terre et qui portait le nom du chef d'escadre Comte d'Hector. Les officiers de ce corps appartenaient tous à la marine royale.

Les prisonniers furent conduits à Auray. Sur 575 officiers, 150 furent dirigés sur Vannes, le 31 juillet, et enfermés dans l'église du Séminaire, jusqu'au 3 août, en attendant leur comparution devant la Commission militaire, Chaumareix était de ce nombre. C'est dans l'église qu'il reconnut un de ses condisciples qui était parmi les "bleus". Celui-ci le renseigna sur le sort qui l'attendait :

"Nous combinâmes les réponses que je ferais lorsque je paraîtrais à être interrogé le premier et que je prendrais le nom de ... (vraisemblablement le nom de Duroy) sous lequel je n'étais pas connu, mais qui permettrait de me faire reconnaître de ma famille si le sursis m'était accordé".

Interrogé, Chaumareix déclare qu'il n'a point émigré, qu'il est sorti de France "avec la Révolution", mais n'a point porté les armes contre la République, n'étant point employé militairement dans le rassemblement de Quiberon.

Je suis sorti de France, en 1789, dit-il, pour aller faire un recouvrement de fonds au nom de la Maison de ..., dont les biens étaient à Saint-Domingue. Je m'embarquais à Nantes au mois de mai. J'entrai chez un négociant appelé Everevenden, j'y restai longtemps. Cet homme qui m'a tenu lieu de père, ayant éprouvé une banqueroute, fut obligé d'aller en Écosse ... Je n'ai pas voulu rentrer en France sous le régime de Robespierre. Me trouvant à Londres, sans ressources, le quartier-maître du régiment français m'offrit de tenir ses comptes, je m'attachai à lui. Lorsque nous sommes partis, j'ai cru qu'on allait à Jersey : je me suis trouvé à Quiberon et je me disposais à rentrer en Angleterre au moment où le fort a été pris."

"Soyez tranquille, on vous rendra justice" lui avait dit le Président avec douceur : son conte fut admis et Chaumareix obtint le "sursis". La justice républicaine avait été singulièrement clémente pour lui, car 28 émigrés sur 40 furent condamnés à mort ce jour-là.

Chaumareix fut enfermé dans la tour de Vannes. Le 30 Août, grâce à la complicité des soldats de garde, il réussit à s'évader. Il se cacha dans la ville pendant 17 jours et, le 20 septembre, il parvint à rejoindre la flotte anglaise qui croisait toujours au large et le ramena en Angleterre. C'est alors qu'il publia à Londres le relation dont nous avons extrait les renseignements qui précèdent.

♣♣♣

 

banc d'arguin zz


Les traités de Paris (1814-15) avaient rendu à la France ses possessions de la côte occidentale d'Afrique : la colonie du Sénégal dont les Anglais s'étaient emparés en 1758. Les évènements avaient retardé la prise de possession de ce territoire par le gouvernement français. Au printemps de 1816, une expédition fut organisée pour transporter au Sénégal les administrations civile et militaire qui devaient en assurer l'occupation, avec un bataillon de trois compagnies de 100 hommes.

 

Méduse 5 z

Quatre navires furent désignés pour cette expédition : La Méduse, frégate armée en flûte avec 14 canons, et la gabarre La Loire, armée de même, du port de Rochefort ; le brick Argus, du port de Brest et la corvette Écho, du port de Lorient.

Le commandement de cette flotille de transport fut confié au capitaine de frégate Duroy de Chaumareix qui était resté éloigné du service à la mer pendant vingt-cinq ans ...

Chaumareix dirigea les préparatifs, rassemblé les vaisseaux en rade de l'Île d'Aix et, le 17 juin, à 8 heures du matin, donna le signal du départ à sa flotille.

Les navires marchaient à des vitesses différentes et, dès le premier jour, la Méduse fit route sans que son commandant parut se préoccuper de rester en liaison avec les autres navires. Le 23 juin, un mousse, tombé à la mer, fut abandonné sans que les efforts nécessaires à son sauvetage fussent ordonnés. Le 26, les autres navires avaient disparu de l'horizon ; la Méduse voguait seule, passait à 30 milles trop à l'Ouest de Madère, sans s'y arrêter pour attendre les autres vaisseaux.

Le 28, on repère les Salvages et le Pic de Ténériffe. L'Écho rejoint la Méduse dans la baie de Santa-Cruz, mais on est sans nouvelle de l'Argus et de la Loire.

Après Ténériffe, en raison des tempêtes fréquentes, il eût été prudent de gouverner à l'Ouest, pour ne pas être rejeté vers la terre. Au contraire, on se rapproche de la côte qui est bientôt en vue. Ceux qui connaissent les parages ne cachent pas leur inquiétude ; ils redoutent l'échouement. Le commandant ne semble pas voir le péril : la sonde n'accuse-t-elle pas un fonds de 90 brasses ? Pourtant, les fêtes préparées pour le passage de la ligne du tropique parviennent à peine à faire oublier le danger que présente le voisinage de la côte et des brisants du Cap Barbas.

Le 2 juillet, avant l'aube, l'officier de quart de la Méduse aperçoit des signaux : c'est l'Écho qui s'est rapproché et indique à la Méduse qu'il navigue à l'Ouest pour doubler le Cap d'Arguin. Au jour, on voit encore la corvette, mais sa manoeuvre n'est pas comprise ; le commandant de la Méduse, ignorant les signaux perçus dans la nuit, continue sa route périlleuse. Et le même jour, vers trois heures de l'après-midi, par temps très calme, à peine à 18 lieues de la côte du Sénégal, la Méduse s'échoue sur les rochers du banc d'Arguin.

M. de Chaumareix rassure les passagers, prend des mesures pour tenter de dégager la frégate. Mais ces mesures se révèlent inefficaces ; le sort du navire paraît compromis et on songe à l'évacuer. Le colonel Schmalz, commandant supérieur de la colonie, émet l'idée de gagner la côte à l'aide des canots du bord et d'un radeau. Le commandant adopte l'idée de son passager et décide la construction du radeau (après-midi du 3).

Avec les moyens du bord, le radeau est établi le 4. Il a 20 mètres de long sur 7 de large.

Une nouvelle tentative pour sauver la frégate reste infructueuse. Dans la nuit, le navire est horriblement secoué. Les passagers s'affolent ; les soldats commencent à s'ameuter et sont difficilement calmés. Le commandant s'énerve. Une voie d'eau s'est ouverte, les pompes sont insuffisantes. Le 5, le commandant fléchit et donne l'ordre d'évacuer la Méduse.

Méduse z

Six embarcations mises à la mer sont envahies précipitamment par les passagers et l'équipage. Le radeau, surchargé d'hommes et de vivres, s'enfonce. Une soixantaine d'hommes, ivres et surexcités par le danger, restent sur la frégate, insultent et menacent le Commandant qui semble hésiter à abandonner la Méduse. De Chaumareix s'y décide pourtant et, saluant d'un geste large, monte à bord du canot-major, sous les huées des marins qui ont refusé de quitter le navire. Les amarres sont larguées. Les embarcations s'éloignent à sept heures du matin, le 5 juillet 1816.

Nous ne retracerons pas les péripéties lamentables de la tragique odyssée de ces embarcations. Il faut cependant rappeler que les canots, après avoir assuré pendant quelques temps la remorque du radeau surchargé, abandonnèrent l'esquif à ses propres moyens. - volontairement, dirent les uns ; par suite de la rupture des amarres, dira le commandant.

Quand les autres navires atteignirent Saint-Louis du Sénégal, leur surprise fut grande de n'y pas trouver la Méduse. Les canots n'accostèrent que le 9 juillet, après cinq jours de très pénible navigation.

Le radeau ne paraissant pas, l'Argus partit à sa recherche. Quand, au bout de huit jours, il le rencontra, il ne restait plus que 15 passagers, tous dans un état effrayant de misère et de souffrances.

 

Méduse radeau dessin zz

 

Il faut bien reconnaître que les mesures prises à terre par M. de Chaumareix pour secourir les naufragés, réduisirent au minimum les pertes de ces malheureux. Pourtant quand le drapeau de la France fut hissé à Saint-Louis, le 25 janvier 1817, à midi, il n'y avait autour de lui que 18 soldats valides ; c'était tout ce qui restait des 300 hommes du Commandant Poincignon !

Des membres de l'expédition, rescapés de cette tragique aventure, rentrèrent bientôt en France et firent, des souffrances qu'ils avaient endurées, des récits dont la presse et l'opposition gouvernementale s'emparèrent. Par ordre du Roi en date du 7 janvier 1817, le Commandant de la Méduse, responsable du désastre, fut traduit devant le Conseil de guerre maritime.

Convoqué par le Contre-Amiral de Mourville, major général commandant par intérim, le Conseil de guerre, composé des membres suivant :

Contre-Amiral Anne de la Tullaye, Président ;
Capitaines de vaisseau : E.M.J. Bonsmy ; E. Halgan ; L. Tourneur ; Baron J.J. de Rotours ; C.J.V. de Clairon Morville ; A. Piret ; Comte de Blosseville ; J.B. de la Salle d'Harader ; Rapporteur, Procureur du Roi : A.J. Le Carlier d'Herlye ; Greffier : F. Belenfant,

se réunit le 3 mars 1817, à 10 heures, dans la grande chambre du vaisseau amiral, en rade de Rochefort, pour juger M. Hugues Duroy de Chaumareys, capitaine de frégate, ci-devant commandant de la Méduse, échouée le 2 juillet 1816, vers 3 heures après-midi, sur le Banc d'Arguin, côte occidentale d'Afrique, et entièrement perdue, le 5 suivant, vers 5 heures du matin.

Deux chefs d'accusation étaient relevés contre le Commandant de Chaumareix : Perte du navire par impéritie et abandon du navire avant l'évacuation complète du personnel.

Les débats furent très longs. Ils mirent en fâcheuse lumière les nombreuses fautes commises par le Commandant, tant au cours du voyage de la flotille qu'au moment de l'échouage du navire - fautes en raison desquelles le Procureur du Roi demanda que le coupable fut cassé de son grade, déclaré incapable et condamné à cinq ans de prison.

Le Capitaine de frégate Cuvelier et l'avocat Ménard, défenseurs de l'accusé, firent ressortir les antécédents de M. de Chaumareix, sa fidélité et son dévouement à la cause royale pendant l'émigration, sa conduite irréprochable après son débarquement au Sénégal.

L'arrêt fut rendu à 11 heures du soir. De Chaumareix était reconnu coupable, à l'unanimité, de l'échouage et de la perte de la Méduse et, en conséquence, rayé de la liste des officiers de marine avec défense de servir. Pour avoir abandonné son navire et le radeau, il était condamné à 3 ans de prison, par 5 voix sur 8.

Après la lecture du verdict, l'amiral fit comparaître le condamné dans sa cabine et lui enleva les insignes des décorations qu'il portait : la croix de chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur.

La justice royale s'était montrée moins crédule et moins clémente que la justice républicaine dont M. de Chaumareix avait jadis subi l'épreuve à Vannes.

Au fort de Ham, prison d'État où un modeste maçon du nom de Badinguet devait un jour trouver une célébrité inattendue, Chaumareix purgea sa peine sans se rendre compte de la bénignité relative de sa condamnation.

Cette juste condamnation, si elle donna satisfaction à l'aposition politique et aux marins, consterna les royalistes anciens émigrés. Dans une relation de l'affaire de Quiberon, publiée en 1824, l'un d'eux, M. d'Autrechaux, écrivait, au sujet de Chaumareix "qui depuis a été si malheureux ... Il a dû regretter de n'avoir pas demandé à subir sa peine dans la tour de Vannes, où il aurait du moins trouvé des amis ..."

Des amis, M. de Chaumareix en retrouva quand il eut payé sa dette à la société. C'est pour effacer jusqu'au souvenir de la perte de la frégate qu'ils essayèrent d'acquérir le Radeau de la Méduse de Géricault, dans l'intention de "dépecer" ce chef-d'oeuvre. Et même ces amis obtinrent, plus tard, de la Royauté, que leur protégé fût admis dans l'administration des finances. L'ancien Commandant de la Méduse exerça peut-être, en effet, les fonctions de percepteur pendant quelques années.

Cette nomination à une fonction publique, constituait une sorte de réhabilitation pour le condamné de 1817. M. de Saint-Germain y voit la preuve que la conduite du commandant de La Méduse n'avait pas "été réellement indigne et criminelle". Mais le verdict du Conseil de guerre maritime vient à l'encontre de cette appréciation. Il semble plus juste de penser que le Roi a voulu donner un témoignage de reconnaissance à l'un de ses partisans qui avait risqué sa vie et sa fortune pour la cause de la Royauté ; peut-être fournir à ce royaliste dévoué le moyen de vivre. Certes, le sort de M. de Chaumareix était digne de la pitié royale, mais pour que cette pitié l'emportât sur l'affligeant souvenir de La Méduse, il fut sans doute nécessaire que s'exerçassent les puissantes interventions des ultra-royalistes.

Réhabilité aux yeux de ses amis, M. de Chaumareix ne le fut jamais à ses propres yeux. Son nom évoquait dans tout le pays un drame qu'il ne pouvait oublier. Et, retiré dans la demeure familiale de sa mère, au milieu des paysans et des artisans d'un petit bourg de la Haute-Vienne, où il aurait voulu vivre paisiblement, où il pouvait rendre de multiples services par ses connaissances et ses relations, il eut à supporter les pénibles conséquences de l'animadversion de ses concitoyens.

"A chacune de ses sorties, il était hué par les paysans, et les enfants le suivaient en lui lançant des pierres. Aussi, bientôt, se confina-t-il dans son château sans jamais en sortir".

château de Lachenaud Haute-Vienne z

Son château de Lachenaud, avec ses dépendances : le jardin au jet d'eau entouré d'un bassin, le parc avec sa pièce d'eau et ses allées bordées de grands arbres et serpentant autour des pelouses, eût permis au vieillard de s'isoler et de fuir les insultes et les gamineries méchantes. Mais il était veuf et la santé de son fils Charles lui causait des soucis (Son fils, Charles, refusa de se marier pour que le nom s'éteigne avec lui et se fit sauter la cervelle dans ledit château) ... M. de Chaumareix vivait un présent inquiétant. Il vivait surtout dans le passé. Et ce passé l'accablait.

Il n'avait pas su réussir dans une mission très simple dont Louis XVIII l'avait jugé le plus digne, au moment où la Marine royale recouvrait la liberté des mers. Il avait perdu sans gloire cette belle frégate La Méduse qu'il commandait : cette frégate qu'un autre commandant voulait héroïquement sacrifier, en 1815, pour que l'Empereur put échapper à la flotte anglaise.

Sans doute, il avait subi les déshonorantes conséquences de son incapacité, mais le chrétien qu'il était ne pouvait se croire libéré envers les victimes de ses fautes. Les imprécations des malheureux qu'il avait laissés sur la Méduse, celles des mourants du radeau et du désert, retentissaient toujours à ses oreilles. Les images épouvantables du désastre se reformaient sans cesse sous ses yeux : il ne pouvait chasser de sa vue l'effrayant spectacle des infortunés, abandonnés, abîmés dans les flots ou n'atteignant la terre des Maures que pour y mourir dans des souffrances indicibles.

Cet homme, harcelé par le remords, "couchait sur des sarments de vigne pour expier ses fautes" (Recueilli par M. le Capitaine Vacher). Il traîna pendant vingt-cinq ans le boulet sinistre du naufrage de La Méduse n'en fut délivré que par la mort, le 23 novembre 1841.

Chaumareix décès z

Dans les annales maritimes et dans son pays natal, Hugues Duroy de Chaumareix n'a laissé d'autre souvenir que celui d'une incapacité professionnelle notoire et d'une impéritie tristement exemplaire.

Dans le pays où il mourut, la tradition s'est conservée du mépris sous lequel le commandant de La Méduse termina sa vie dramatique.


J. BREILLOUT
Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze - 1933

♣♣♣

Il avait épousé, en Allemagne, Sophie-Élisabeth, baronne de Dahsunkamps, aliàs d'Azinkampf, fille du général de ce nom. Elle décéda au château de Lachenaud, à l'âge de soixante-dix ans, le 30 juin 1837. L'année suivante, en août 1838 (le 1er), il perdit son fils Louis.

Trois ans après la mort de Hugues, son fils, Charles, décéda (par suicide) également au château de Lachenaud, à l'âge de 43 ans, le 15 juin 1844 et la femme de celui-ci, Euphémie-Louise du Garreau, le 15 octobre suivant. Les quatre enfants qu'ils ont laissés, trois filles et un fils, ont ensuite quitté le pays et le château de Lachenaud fut vendu judiciairement. (Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin - 1935) [- Un autre drame fut à déplorer : l'accident mortel de son petit-fils, un enfant de dix ans, tombé du perron élevé donnant accès au vestibule.] (Extrait - Le radeau de la Méduse par Michel Bourdet-Fléville - Revue "Le miroir de l'Histoire" - Bibliothèque numérique du Limousin)


 

UN GRAND PROCÈS MARITIME
par Jean Douyau


Il s'agit ici du procès en Conseil de Guerre Maritime que subit, le 24 février 1817, Hugues Duroys, vicomte de Chaumareys, capitaine de frégate ci-devant commandant la Méduse, échouée, le 2 juillet 1816, sur le banc d'Arguin (côte occidentale d'Afrique), crevée et entièrement perdue le 5 suivant. Cet officier avait également à répondre sur les faits qui avaient précédé, accompagné et suivi la perte de ladite frégate.

Le tribunal siégeait dans la grand'chambre du vaisseau-amiral, à Rochefort, un ponton amarré à quai, sur la Charente. Le roi Louis XVIII avait chargé, par ordonnance du 7 janvier précédent, le contre-amiral Bidé de Mourville de convoquer ce Conseil.

Ils étaient dix en grand uniforme. Au centre, le président, contre-amiral de La Tullaye ; puis les capitaines de vaisseau Bonamy, Halgan, Tourneur, des Rotours, de Cairon-Merville, Poret, de Blosseville et de la Salle d'Harader. Le rapporteur et procureur du Roi était M. le Carlier d'Herlye.

Ce procès venait à la suite d'un scandale auquel la presse parisienne, puis la londonienne et enfin celle du monde entier avaient donné des proportions impressionnantes. L'honneur de la Marine française y était engagé et les faits qu'il avait à juger défiaient le sens, faisaient douter de l'homme.

L'accusé, de belle taille, portant ses cinquante et un ans avec prestance, paraissait assez peu accablé par le remords et levait un menton lourd de dignité satisfaite. Il n'était visiblement pas de ceux que le scrupule habite et un irréductible orgueil de caste le soutenait. Fautes professionnelles, vies sacrifiées, honneur du pavillon compromis : tout cela lui semblait devoir le céder à son ancienneté nobiliaire, à ses vingt-cinq ans d'émigration et à la solidarité de ses pairs. Il se savait l'enjeu d'une lutte entre deux mondes maritimes : les marins de la Révolution et de l'Empire, d'une part, et, de l'autre, ceux qu'on appelait "les rentrants". Du prodigieux scandale suscité par sa lamentable aventure il comptait bien ne point faire les frais.

Et les débats de s'engager, ressuscitant un désastre où la nature tropicale alluma des fureur sans nom, où les âmes abdiquèrent, où le gorille primitif se déchaîna.

Le célèbre tableau de Géricault résumait nos connaissances sur le drame de la Méduse. Nous nous en tenions à peu près tous au radeau et à ses scènes de cannibalisme. M. Armand Praviel a jugé avec raison que l'heure était venue de nous révéler l'affaire dans toute son ampleur.

Le capitaine Duroys de Chaumareys avait été mis à la tête d'une expédition qui devait aller réoccuper nos possessions du Sénégal à nous rétrocédées par les Anglais. Elle comprenait quatre navires et portait un bataillon destiné à l'occupation du territoire, plus tout un état-major militaire et civil. La Méduse, sous les ordres du capitaine de Chaumareys, touchait, le 2 juillet, à 3 heures de l'après-midi, le banc d'Arguin et s'échouait. Après de vains efforts pour la redresser, la décision était prise de la quitter. On mettait cent quarante-sept soldats sur un vaste radeau et les chaloupes du bord chargées du reste des passagers les remorquaient vers la terre. Ici se plaçait une abdication collective de l'honneur : les câbles étaient mystérieusement coupés et les bataillonnaires abandonnés sur leur radeau à la dérive ... Allégées, les chaloupes abordaient à la côte et leurs occupants, par groupes successifs, prisonniers des Maures, n'atteindraient Saint-Louis qu'au prix d'indicibles souffrances ... Quant aux soldats, le navire de secours ne les trouverait, deux semaines après leur abandon, qu'au nombre de quinze !

PRAVIEL zz

M. Armand Praviel a su traiter ce sujet terrible avec la froideur et la sobriété d'un juge. Il a voulu et su faire nu, direct, judiciaire. Il nous clarifie les archives de Rochefort et du Sénégal, nous ordonne les mémoires des survivants. Pas une once de littérature, pas un atome de romanesque. Il a senti que des faits de cette tragique ampleur se suffisaient à eux-mêmes. Il nous les évoque, à travers les débats du Conseil de Guerre du 24 février 1817 : au son des formules de procès-verbal, la lointaine tragédie tropicale se précise, effroyable ...

Les débats sont longs.

Le procureur du Roi, l'accusé et ses deux défenseurs, M. Cuvelier, capitaine de frégate, et Me Mesnard, avocat à Rochefort, engagèrent un duel d'une rigueur et d'une âpreté faciles à comprendre.

Hugues Duroys, vicomte de Chaumareys, fut condamné, par cinq voix contre trois, à être rayé de la liste des officiers de la Marine ; ceci sanctionnait l'échouage et la perte de la frégate. Le tribunal lui infligeait en outre, par le même nombre de voix, trois ans de prison militaire, en punition de l'abandon du radeau. Il devait encore supporter les frais de la procédure et ceux de l'impression du jugement.

A l'issue de l'audience, en présence de M. le Carlier d'Herlye, l'amiral de La Tullaye lui arracha sa croix de la Légion d'honneur et sa croix de Saint-Louis.

Justice était faite. Mais quelle faible sanction aux monstrueuses horreurs suscitées, dans la fournaise africaine, par l'impéritie et la légèreté d'un officier de Cour !


Extrait : La France judiciaire - 20 décembre 1931


 

Après avoir été condamné pour son indigne conduite lors du naufrage de la Méduse ..., M. de Chaumareys ne craignit pas d'adresser au roi une requête pour le supplier d'annuler la partie du jugement qui le déclarait indigne de porter les ordres de Saint-Louis et de la Légion d'honneur. Dans ce placet, conservé aux archives de la marine, il s'exprime dans les termes suivants : "Mes titres pour obtenir cette justice sont mes services et combats sous les ordres immédiats des amiraux Guichen, La Motte Piquet et d'Orvilliers, mon oncle." (Dossier La Chaumareys. Archives de la Marine).

(La Marine de guerre ... par M. Gougeard - 1877)

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16 août 2017

TERVES (79) - LÉGENDE OU HISTOIRE VRAIE ? ... L'HISTOIRE DU SEIGNEUR QUI TUA UN CURÉ ...

TERVES
LÉGENDE OU HISTOIRE VRAIE ? ...

Terves église z


Une très vieille tradition orale, assez généralement répandue dans la paroisse, rapporte qu'un Seigneur de Terves aurait tué le curé, un dimanche à l'autel, sous prétexte que ce pasteur, à son avis trop ponctuel, s'était permis de commencer la messe paroissiale avant que le Seigneur ne soit arrivé et n'ait pris place, lui-même, dans l'église.

La tradition ajoute que le Seigneur meurtrier fut déféré en justice, jugé et condamné par ordre du roi à être expulsé du pays, son château rasé, détruit de fond en comble, et l'emplacement déclaré "maudit" fut, en signe de malédiction, recouvert de sel.

Cette tradition ne donne aucune date de ce prétendu meurtre sacrilège ; par ailleurs, nos recherches à la Bibliothèque Nationale ou aux archives départementales et diocésaines de Poitiers, Niort et la Rochelle sont restées vaines.

Il semble, d'autre part, que la même tradition orale subsiste chez les descendants de la famille de Terves ; nous l'avons entendu de l'un d'eux sans avoir pu obtenir plus de précision. Par ailleurs, un prêtre originaire de la paroisse s'est vu lui-même interpellé très courtoisement, en 1922, par une certaine dame "de Terves" dont le mari a été attaché d'ambassade à Saint-Pétersbourg, en ces termes : "ne craignez pas, M. l'abbé, dans la famille, on ne tue plus les prêtres ! ...

Une autre pièce, écrite celle-là, à verser au dossier de cette affaire (peut-être pèse-t-elle du poids le plus lourd en faveur de la véracité du fait) nous paraît être la description que l'historiographe Auber donne de l'ancienne église de Terves : "à l'un des petits autels se trouve un tableau qui rappelle une expiation imposée à l'un des Seigneurs du lieu, dont le curé était devenu la victime, pendant les guerres de religion".

Or, ce tableau est demeuré suspendu dans le couloir du presbytère jusqu'aux environs de 1950 ; les couleurs étaient usées, mais on distinguait parfaitement un prêtre, revêtu de la chasuble, à l'autel. Comment ce tableau est-il passé de l'église à la cure ? là encore, nous n'avons aucun document et le champ reste ouvert à toutes hypothèses ; mais il n'est pas téméraire de penser que ce transfert eut lieu au moment de la démolition de la vieille église en 1871. Trouvant difficilement sa place ensuite dans la nouvelle, qui s'élèvera quelques années plus tard, il aurait été transporté et conservé au presbytère.

Cependant, le point d'interrogation demeure entier.

Comment imaginer, en effet, que ce meurtre et le châtiment qui en a résulté n'aient laissé aucune trace dans les actes officiels et les jugements de la Baronnie de Bressuire ou la Sénéchaussée de Poitiers, alors que pour la même époque, le nom des "de Terves" y revient si souvent, à l'occasion de règlements de comptes de bien moindre importance ?

Encore une énigme qui ne sera pas, de si tôt éclaircie.


Extrait : Terves - Huit siècles d'histoire - chanoine H. Verger - 1971

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TERVES (79) - LA RÉPARATION DE LA FLÈCHE ... LA DESCENTE DU COQ ...

TERVES
LA RÉPARATION DE LA FLÈCHE

Terves église z


La réparation de la flèche, au lendemain de la guerre 1914-1918, fut l'occasion d'en descendre le coq et lui faire visiter, une à une, toutes les familles de la paroisse, pour lesquelles il avait été depuis près de quarante ans, le seul élément de météo.


Les visites terminées et copieusement arrosées, notre bon vieux coq, enveloppé d'une somptueuse gerbe de fleurs, fut à nouveau hissé sur son piédestal rajeuni. Des semaines durant, comme les Galiléens au jour de l'Ascension, les Tervais jetaient un regard d'admiration, presque de tendresse, vers celui qui n'avait pas daigné leur faire entendre sa voix et que pourtant ils avaient caressé avec amour, lors de sa visite impromptue.


Mais voici qu'une inquiétude se dessine : le coq, depuis sa "remontée" demeure figé dans une immobilité glaciale. Qu'avons-nous fait, grand Dieu, pour que pareille chose nous arrive ? Simplement, bonnes gens, la gerbe se désagrégeant, quelques brindilles sont tombées dans la gaine d'accueil et ont bloqué le pauvre malheureux dans une position fixe qui dura plusieurs mois, au grand dam des cultivateurs qui ne savaient plus d'où venait le vent ...


Extrait : Terves - Huit siècles d'histoire - chanoine H. Verger - 1971

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13 août 2017

ROCHECHOUART (87) - 1794 - DÉTENUS POUR DES MURMURES ...

ROCHECHOUART

ROCHECHOUART CH z


Au mois de décembre 1794, quelque tapage populaire eût lieu à Rochechouart, à l'occasion de la cherté des grains et de la rareté du pain. Peut-être même le tapage ne fût-il que de simples murmures, si l'on en croit la pièce officielle qui relate l'incident. Les généreux habitants du château, les prêtres pieux et charitables n'étaient plus là pour secourir la misère du pauvre peuple.

Six personnes furent arrêtées et envoyées dans les prisons de Limoges, deux hommes et quatre femmes : les citoyens Auzary et Rivet, les citoyennes Morfet, Auzary, la veuve Gervais et la fille Félonne.

Il ne paraît pas que ces six détenus aient comparu devant un tribunal : ils furent emprisonnés sans jugement, malgré l'abolition des lettres de cachet.

Mais, la municipalité de Rochechouart n'était pas très méchante ; elle avait été sévère au premier moment, parce qu'elle avait eu peur. Lorsque la peur fût passée, elle demanda l'élargissement des prisonniers, le 20 pluviôse an III (février 1795). L'accusateur public près le tribunal criminel du département de la Haute-Vienne, appuya la demande de la Municipalité, disant que, "d'après la vue des pièces, les prévenus n'ont causé aucun trouble alarmant, et se sont bornés à murmurer de la cherté des grains et de la rareté du pain".

Deux mois d'incarcération pour de simples murmures, cela semble beaucoup, mais, sous ce premier essai de République, que de murmures ont coûté plus cher encore : M. de Lavergne, le châtelain du Puy de Cussac, paya les siens de sa tête.

Le représentant du peuple Clédel rendit la liberté à ces six malheureux, par un arrêté daté de Guéret :

"Considérant, disait-il, que ces murmures et ces plaintes n'ont vu aucun effet funeste, qu'une détention de plus de deux mois doit avoir servi de peine suffisante pour l'expiation de la faute commise par les détenus, et que cette leçon devra servir d'exemple à tous ceux qui voudront les imiter ;

Considérant qu'au nombre des détenus se trouvent des mères de famille en bas âge, sans expérience et indigentes, voulant user d'indulgence envers des individus que n'ont eu qu'un moment d'erreur,

Arrête que les détenus seront mis en liberté.

A Guéret, le 3 ventôse an III." (21 février 1795)"

Extrait : La Petite Vendée dans la Région de Rochechouart ... par E. Rayet - 1929

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TERVES (79) - JACQUES MARTINEAU, SOLDAT VENDÉEN

JACQUES MARTINEAU

MARTINEAU JACQUES TERVES Z

 

Né de Jacques, de la paroisse de Courlay, cultivateur, fils de défunt François Martineau et de Marie Bironneau (décédée à Boismé, le 16 brumaire, an IX - 7 novembre 1800),

et de Françoise Bourreau, fille de Pierre Bourreau, bordier, et de Marie Robert,

mariés à la Chapelle-Saint-Laurent, le 7 juin 1774.

 

 

marrineau mariage acte

 

 

Jacques Martineau était simple soldat en 1794.

"Il a assisté à six batailles dans l'une desquelles son père a été tué (bataille de la Châtaigneraie). Dans cette seule année, les républicains lui enlevèrent tous ses effets et bestiaux qui étaient ses seules ressources ..."

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 19 juillet 1802 - Mariage à Boismé

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Jacques Martineau "de Boismé", 25 ans, se marie le 19 juillet 1802 (30 messidor an X) [ou le 16 juin 1801 ainsi déclaré dans les reconstitutions d'actes de Bressuire], à Boismé, avec Marie-Louise Babinot, de Chanteloup, fille de René Babinot et de Jeanne Marilleau, 29 ans (9 juin 1771- 22 mars1833), dont :

- Jacques-Pierre, né à Boismé, le 25 brumaire an XI (16 novembre 1802) [ou le 15 novembre 1802 ainsi déclaré dans les reconstitutions d'actes de Bressuire] ;

- Louise-Prudence, née à Terves en 1806 - décédée en 1894 ;

- Marie, née à Terves le 12 août 1808 ;

- Jacques, né à Terves le 17 octobre 1811 ;

- Louis-Jacques,  né à Terves le 13 novembre 1814 ; décédé à Terves, à l'âge de 79 ans, en son domicile de la Martinière, le 11 janvier 1893. Il était veuf de Désirée-Aimée Ménard. Il fut maire de Terves :  de 1867 à 1871 et de 1876 à 1878.

 

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Martineau de Beaurepaire de Terves prétendait ressembler à Henri IV ; il fut blessé par un soldat républicain, un soir que Henri de la Rochejaquelein était venu le voir dans sa ferme de Beaurepaire. Le général qui se savait surveillé par les bleus, l'avait prié de l'accompagner jusqu'au château de Clisson, et c'est en passant un échalier que Martineau reçut un coup de fusil, destiné au général. Ce brave homme était d'ailleurs accusé d'avoir plusieurs fois conduit ou fait conduire, de nuit, des royalistes en cachette. (Extrait : Terves - Huit siècles d'histoire - chanoine H. Verger - 1971)

 

"Dans l'année 1815, ne pouvant prendre les armes à cause de ses infirmités, il fit partir quatre de ses domestiques, dont un desquels était son frère, tué à la bataille des Échaubrognes ..." [Martineau Pierre, célibataire - mort le 17 mai (AD85 - SHD XU 33-23)]

Le 22 avril 1817, Jacques Martineau, métayer à Terves, est proposé pour recevoir une lettre de remerciement en récompense de ses services et de son dévouement, en qualité de soldat de la division de Bressuire, du 4ème corps de l'Armée Royale de l'Ouest. (AD85 - SHD XU 16-48)

En 1824, Jacques Thomas Gonnord, capitaine de la 1ère Division de la commune de Chanteloup, Jacques Caduc, capitaine de la 2e division, déclarent à son sujet :

"A toujours eu la conduite d'un honnête homme et d'un véritable Vendéen ..."

"Aussitôt le serment des prêtres, il a reçu et caché chez lui des prêtres proscrits ..."

"Il a reçu et caché quelque temps après deux nobles qu'il ne connaissait pas, mais un desquels était M. de Beaucorps et l'autre M. du Fay, désigné sous le nom de M. Georges ..."

"M. Paulin, régisseur du château de Clisson, a aussi eu chez lui un asile assuré ..."

"Dans la même année 1794, surpris par un détachement de républicains du camp de Chiché, il fut pris et ramené en prison à Niort, où il resta jusqu'à l'amnistie ..."

En 1832, Louis de La Rochejaquelein, répondant à l'appel de la duchesse de Berry, parcourut le pays habillé en paysan. Mais écoutons la marquise de La Rochejaquelein, sa mère : "Le 28 juin, Louis voulut aller aux Brandes, chez Gatard, garde des bois Rocard, près de Clisson. Craignant de ne pas trouver son chemin, il alla prier Martineau, fermier de Beaurepaire, dans la commune de Terves, de lui donner un guide. Ce fermier fit lever un de ses domestiques, nommé Racaud. Un peu avant 11 heures du soir, une patrouille de 60 soldats, peut-être avertie par un traitre, se présenta chez Gatard et plaça des sentinelles autour de la maison. Un quart d'heure plus tard, Louis et Racaud [L.P.] arrivèrent par un petit chemin bordé de haies. Deux sentinelles étaient au milieu. L'une d'elles visa sur Racaud, l'atteignant au ventre, l'autre blessa Louis d'un coup de baïonnette à la cuisse. Les soldats portèrent le corps à la maison. On approcha la lumière et la femme du garde s'écria : "Ce n'est pas Mr Louis". (MICHEL HAY -Extrait : Boismé et son église - 2014)

Père de cinq enfants en 1824, métayer à Beaurepaire de Terves, il y est mort le 6 septembre 1841, veuf de Louise Babinot. Deux de ses fils, Pierre (époux de Rosalie Verger) et Louis, métayers à Beaurepaire, sont témoins sur l'état-civil.

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L'Album Vendéen de Louise de La Rochejaquelein - Clisson 1826

AD79 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Courlay, de Boismé, de Chanteloup, Bressuire ...

AD85 - Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes)


 

A PROPOS DE SA NAISSANCE :

J'adresse ici tous mes remerciements à M. Christophe G. qui a eu la grande gentillesse de me transmettre un document officiel (voir ci-dessous), établi par "le second suppléant du juge de paix de la ville et canton de Bressuire, M. Pierre-François Ducroq, en date du 11 août 1824"  ; document qui certifie que Jacques Martineau est né à Chanteloup en l'année 1776. (AD79 - R/69)

La question de sa naissance pourrait être ainsi résolue, seulement d'autres détails me laissent à penser que cette déclaration n'est pas exacte. J'ignore pour quelles raisons Jacques Martineau ne déclare pas la vérité sur sa naissance, mais peut-être n'en savait-il pas davantage lui-même ...

 

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Revenons sur l'historique de sa famille :

1) En 1774, l'acte de mariage de ses parents nous indique que Jacques Martineau père est de Courlay, et sa mère, Françoise Bourreau, de La Chapelle-Saint-Laurent.

Dans les registres de Courlay, on ne trouve aucun acte de naissance concernant notre personnage, ni même d'un frère ou d'une soeur. Par contre, on y trouve, à la date du 30 avril 1776, l'acte d'inhumation de Jacques Martineau, fils de Jacques Martineau, âgé de sept jours.

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et un autre acte d'inhumation de Marie-Jeanne Martineau, fille de Jacques Martineau, âgée de deux jours, daté du 17 avril 1777, précisant qu'elle avait été baptisée à Chanteloup.

 

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Ainsi donc, ces deux enfants étant nés en 1776 et 1777, Jacques Martineau ne peut être né durant ces deux années. A noter que malheureusement, l'année 1778 est manquante dans les registres de Courlay ... Malgré cela, si notre personnage était né à Courlay, j'y aurais trouvé les deux enfants cités plus haut et d'autres frères et soeurs ... Mais rien, pas de traces !

2) Dans les registres de La Chapelle-Saint-Laurent, aucun acte n'est relatif à la famille de Jacques Martineau (père).

3) Dans les registres de Chanteloup, plusieurs familles Martineau sont citées ... mais pas celle de Jacques ! - Jacques Martineau (père) est parrain de Françoise-Radegonde Billeau, baptisée le 31 juillet 1777 à Chanteloup.

3) Jacques Martineau, notre personnage, décède à Terves le 6 septembre 1841, à l'âge de 63 ans ; ainsi, il serait né en 1778.

4) L'acte de son mariage, daté de 1802,  indique qu'il est "de Boismé", que son épouse est de Chanteloup, et qu'il est âgé de 25 ans - ce qui indiquerait qu'il serait né en 1777 - mais en avril 1777, sa soeur, Marie-Jeanne, est née et est décédée deux jours après, ce qui nous reporterait évidemment, au plus tôt, en janvier 1778.

5) Pas de registres de Boismé avant 1789.

Pour conclure et à la lumière de toutes ces petites informations, je serais tentée de dire que Jacques Martineau est né à Boismé en 1778.

(Bien entendu, cet article pourra être corrigé ou complété à tout moment).

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11 août 2017

ROCHECHOUART (87) - 1795-1796 - LE CITOYEN ALPINIEN-BERTRAND BOURDEAU ET LA CLOCHE RÉCALCITRANTE ...

ROCHECHOUART
1795 - 1796


Après la disparition des plus grands scélérats : Robespierre, Saint-Just, Danton, alors que les braves et paisibles citoyens avaient peut-être espéré voir des jours moins troublés, la Municipalité eut la fantaisie de prendre un arrêté pour interdire les sonneries de l'église.

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Voici donc ces bons bourgeois de Rochechouart partant en guerre contre les cloches. Que leur ont fait ces pauvres cloches qui ont sonné jadis de joyeux carillons à leurs baptêmes et à leurs mariages ? Leur son trouble-t-il leur sommeil ? Évoque-t-il dans leurs consciences inquiètes les remords de l'apostasie ? Leur semble-t-il une prière importune criant vers le Dieu de leurs pères qu'ils ont oublié ?

Cet arrêté municipal et les troubles qu'il provoqua, nous permettent-ils de penser que, peut-être, le culte catholique n'avait guère été interrompu à Rochechouart ? Le curé jureur, Brandy du Peyrat, aurait-il continué, pendant la Terreur l'exercice de son ministère schismatique, dont les paroissiens se seraient contentés, faute de mieux ? Ou bien, une tentative de restauration du culte avait-elle eu lieu après le IX thermidor et la Municipalité voulut-elle entraver cette restauration ?

Quoiqu'il en soit, malgré l'arrêté municipal, les cloches continuaient à sonner au matin du 8 frimaire an IV (29 novembre 1795). Elles venaient d'inviter les fidèles à la récitation de l'Angelus, lorsque l'agent municipal, le citoyen Alpinien-Bertrand Bourdeau, levé de bonne heure, résolut de réprimer tant d'audace.

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A 6 h 30 du matin, escorté du brigadier Sicamois, des gendarmes Duval, Gibard, Pinier et Chantron, ce vaillant Alpinien-Bertrand Bourdeau se rend à l'église encore déserte à cette heure matinale, il grimpe au clocher avec sa brigade de gendarmes, enlève le battant de la cloche, et, ne le pouvant emporter, il le dépose au second étage. Puis, après ce bel exploit qui l'aurait certainement fait rire, si sa cervelle n'avait été hantée par quelque obsession jacobine. Alpinien-Bertrand Bourdeau rentra gravement chez lui, convaincu qu'il revenait chargé de lauriers.

Le trait de ce bourgeois grimpant au faîte d'un clocher pour détacher le battant d'une cloche, peint bien le dérangement cérébral des hommes de cette époque si étrangement suggestionné par la Révolution. Cet agent municipal était pourtant un homme de beaucoup d'esprit ; il ne sut pas rire de son équipée ; il crut au contraire avoir fait un geste digne de mémoire.

Mais à peine maître Alpinien-Bertrand Bourdeau a-t-il repris sa place au coin du feu, contant sans doute au logis sa rapide et heureuse campagne, demi-heure après son retour, dit un récit du temps, voici que la cloche recommence à sonner pour annoncer la messe du matin. Alpinien-Bertrand Bourdeau n'en croit pas tout d'abord ses oreilles ; il écoute étonné. S'il avait eu un esprit faible, il aurait rêvé de quelque sorcellerie, ou de quelque insurrection macabre des morts couchés sous les dalles de l'église, se dressant tout à coup, mécontents de la solitude où les laissait l'extravagante irreligion de leurs fils dévoyés ; mais l'Agent municipal n'avait pas l'esprit faible. Son parti est pris. Aussitôt, il court à la gendarmerie pour fortifier son courage et, escorté du Lieutenant à la tête de tous ses pandores, sans oublier l'illustre brigadier Sicamois, il se précipite vers le temple, comme on disait alors en style huguenot.

Déjà la foule a envahi l'église. Trente ouvriers ou paysans sont dans le clocher et sonnent avec entrain. Alpinien-Bertrand Bourdeau y monte bravement, suivi ou précédé de ses gendarmes et reconnaît parmi les plus ardents Pierre Lafont fils, demeurant à Rochechouart, et Pierre du Colombier, du village de Crameau. Il les somme de se retirer au nom de la loi. On lui obéit. Mais pendant qu'il s'attarde dans le clocher, une foule nombreuse accourt, brandissant des bâtons, menaçant de donner l'assaut et vociférant, dit un procès-verbal, "les propos les plus outrageants contre la République et les autorités". Où l'on voit quel respect et quelle tendresse le peuple professait pour ce régime d'oppression et de sang que les bourgeois avaient imposé à la France de Clovis et de Saint-Louis ...

La multitude irritée apporte des échelles, les dresse contre le clocher et monte à l'assaut pour déloger le représentant de la municipalité. Pierre Lachaize, dit treize couteaux, habitant de Rochechouart, monte le premier. Les gendarmes se rangent devant l'échelle, mettent le sabre au clair pour recevoir les assaillants. Mais Lachaize, qui est sans armes, prend peur ; il hésite devant les sabres nus prêts à le frapper, il recule et redescend précédé des camarades qui se sentent impuissants contre les hommes du brigadier Sicamois ; tous redescendent en proférant, dit le rapport, "les injures les plus atroces".

Alors Alpinien-Bertrand Bourdeau, du haut du clocher, la tête encadrée dans l'étroite fenêtre, tente de haranguer la foule qui crie en bas ; il l'invite à se retirer. Mais les clameurs redoublent, les huées et les menaces étouffent sa voix. Dans l'église, les chaises sont brisées ; dans la rue les pierres sont arrachées et lancées contre les gendarmes ; le Lieutenant est atteint au bras.

Cependant le citoyen Pierre-Jacques-Simon Larazide, président de l'administration municipale, est accouru au secours de son ami. Il parvient à pénétrer dans l'église, monte dans la chaire et essaie de parler ; une huée formidable l'interrompt ; quelques pierres l'atteignent ; il est forcé de se retirer ; des cris de colère contre la République l'accompagnent. "En sortant, écrivit-il dans son rapport, j'ai eu le regret d'entendre huer contre la République". Quelle douleur !

Cependant la situation, en se prolongeant, pouvait devenir critique ; le peuple, un moment déconcerté par les sabres des gendarmes, pouvait reprendre courage, et Alpinien-Bertrand Bourdeau, bloqué dans le clocher, subir des violences fâcheuses. Mais tout à coup le tambour bat la générale dans les rues de Rochechouart ; la garde nationale prend les armes et marche vers l'église, au secours des assiégés. Quelques individus, plus surexcités, s'avancent au devant d'elle en proférant des injures et des menaces : "Mes bougres, dit Ferrand de Crameau, vous le paierez ; demain nous reviendrons avec des fourches et des faux, et nous verrons". Jean de Roumagnac, du village de Roumagnac, crie au gardes nationaux : "Vous autres feriez mieux de vous retirer, vous faites là quelque chose qui pourrait mener du mal". La Garde nationale tient ferme ; on saisit Lafont et Roumagnac, qui sont immédiatement emmenés.

Alors Bourdeau recommence sa harangue et la foule, se voyant sans armes devant les fusils de la Garde nationale, quitte le terrain de la lutte ; chacun s'en va méditer en son logis sur les charmes de la République une et indivisible.

A la suite de cette échauffourée, des mandats d'arrêt furent remis au brigadier Sicamois, à la date des 9, 10, 11, 21 et 26 frimaire, par J.-B. Descubes, faisant fonction de juge de paix et d'officier de police judiciaire, contre :

Jean Lévêque, dit Régani, maçon à Babodus ;
Jean de Roumagnac, cultivateur à Roumagnac, commune de Biennac ;
Pierre Chaput, cultivateur à la Lande, commune de Biennac ;
Pierre Ferrand, cultivateur à Crameau ;
André Babiole, garçon mailler à La Maillerie ;
Pierre Lachèze, tisserand à Rochechouart ;
Pierre Lafont fils, cultivateur à Rochechouart ;
Annet Rivet, cultivateur aux Vignes, commune de Rochechouart ;
Thomas Bérard, charpentier à Rochechouart.

Aussitôt, le Directeur du jury de l'arrondissement de Rochechouart ouvrit une instruction contre ces neuf malheureux. Cette instruction dura longtemps. Malgré le temps qui y avait été employé, elle fut trouvée irrégulière et le Tribunal criminel de Limoges l'annula pour vices de formes. Ce Tribunal déclara notamment que, d'après la loi, dans une affaire de cette nature, les accusés devaient être déférés à un jury spécial. En conséquence, après avoir annulé la procédure faite à Rochechouart, elle renvoya les accusés devant le Jury d'accusation de l'arrondissement de Limoges et les accusés furent mis en liberté provisoire, en donnant caution. "Fait à Limoges, le 22 ventôse, an IV de la République Française une et indivisible, en l'audience du Tribunal où étaient présents les citoyens Dumas, président ; Lenoir, Péconnet, Desroches, Labesse, Estier, accusateur public ; Roulhac, commissaire du pouvoir exécutif".

Enfin, après une nouvelle instruction, les neuf accusés comparurent devant le Jury de Limoges qui prononça leur acquittement, déclarant : "Qu'à la vérité il a été opposé des violences et voyes de fait à l'exécution d'une loi après que les dépositaires de l'autorité ont eu réclamé l'obéissance à la loi. Mais André Babiole, Pierre Lafont, etc., ne sont point convaincus en être les auteurs".

Le Tribunal ordonna la mise en liberté immédiate des neuf prévenus, le 13 floréal an IV (mai 1796). Mais que d'ennuis, que d'alarmes et de frais leur coûtait leur fidélité à la religion de leurs pères.

Si nous applaudissons volontiers cette décision judiciaire, il ne nous est pas très facile de la comprendre. Leur acquittement, la liberté sous caution dont ils jouirent pendant une partie de ces six mois, nous feraient volontiers penser que les bourgeois de Rochechouart voulurent être bienveillants pour eux et plaidèrent leur cause auprès des Juges de Limoges. Ceux-ci, en vérité, y mirent une bien grande bonne volonté pour ne pas "trouver convaincus" des gens pris en flagrant délit. Ce considérant peut paraître bien extraordinaire.

Extrait : La Petite Vendée dans la Région de Rochechouart ... par E. Rayet - 1929

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