La Maraîchine Normande

19 juillet 2017

SAINT-PIERRE-DE-MAILLÉ (86) - LA GUITTIÈRE - BERNARD-DONATIEN DE LA TOUSCHE - PIERRE DESCHAMPS

GUITTIERE Z

BERNARD-DONATIEN DE LA TOUSCHE, Seigneur de la Guittière, naquit le 1er mars 1742, fut lieutenant porte-drapeau au régiment Royal-infanterie. Retiré du service avant 1789, il émigra, servit d'abord comme volontaire dans la 1ère compagnie du Poitou-infanterie à l'armée des Princes ; passé à l'armée de Condé, il fut fait prisonnier à l'affaire de Constance ; conduit à Nancy et condamné à mort, il allait périr lorsque le général russe Souwarow fit savoir au général républicain qu'il userait de représailles s'il était mis à mort. Un échange eut lieu, et Bernard-Donatien se retira en Russie. Présenté à Louis XVIII à Varsovie, ce prince dit en lui donnant la croix de St-Louis : "Qu'il saurait toujours gré au général russe de lui avoir conservé un bon et fidèle sujet". Il est mort à la Guittière le 22 août 1826.

 

Bernard-Donatien de la Tousche décès z


Il avait épousé, en décembre 1774, Marie-Henriette Alabonne de Malicornay, fille de N. capitaine d'infanterie, et de N. Duris, dont :
1° N., mort enfant ;
2° Hortense, qui, emprisonnée avec sa mère, périt avec elle dans les cachots de la Terreur ;
3° Eugène-Amédée, qui suit :


EUGÈNE-AMÉDÉE DE LA TOUSCHE naquit le 7 décembre 1780 ; resté seul à la mort de sa mère (âgé de 11 ans), il ne dut la conservation d'une partie de la terre de la Guittière qu'à la probité de Pierre Deschamps, serviteur de son père, qui acheta à vil prix de la nation le château de son maître et s'empressa de le remettre au fils.

Quand son père partit en exil et se réfugia en Russie, où il se fit professeur de français pour recueillir les ressources nécessaires à son existence, il avait confié le soin de ses intérêts à l'un de ces honnêtes métayers, jadis si nombreux dans nos campagnes et pour lesquels la conscience n'était pas seulement un mot. Il se nommait Pierre Deschamps. C'était en 1793 et les assignats avaient déjà subi une dépréciation considérable. Celui de 100 francs ne valait plus que 58 francs. Au jour indiqué pour la vente publique de tous les biens de son maître, Pierre Deschamps se présenta au district de Montmorillon avec le ferme propos d'être l'acquéreur. En effet, il devient adjudicataire au prix d'estimation, environ 15.000 francs ...

Pierre Deschamps raconte ce qu'il a fait. "Rendez-moi la somme que j'ai déboursée et vous reprendrez le manoir de vos ancêtres". Non seulement la famille n'a pas oublié ce trait magnifique de dévouement et de désintéressement, mais elle a voulu le monumenter par une inscription simple et très apparente dans le vaste hall du rez-de-chaussée de son château.

Eugène-Amédée ayant acquis en 1819 la certitude que son père vivait encore en Russie et ne pouvait, vu son grand âge, essayer seul un aussi long voyage, n'hésita pas à l'entreprendre et fut assez heureux pour le ramener dans sa patrie après 29 ans d'absence.

Eugène-Amédée de la Tousche décès z

Il mourut le 29 juillet 1848, laissant de Céleste-Désirée Montois, fille de Jean, conseiller au présidial de Poitiers, et de Louise Venault, qu'il avait épousée le 16 mai 1809 :

1° Donatien, né le 19 novembre 1810 ;
2° N., mort enfant ;
3° Charles, né le 19 janvier 1824, marié le 16 décembre 1850 à N. de St-Brisson, fille d'Alphonse et de Clémence de la Chesnaye, dont Olivier, né le 10 février 1852 ...

♣♣♣

Cette famille, de très-ancienne origine, a été maintenue dans sa noblesse les 23 août 1624, 7 juin 1634 et 24 septembre 1667.

Elle a formé plusieurs branches, connues sous les noms la Tousche d'Avrigny, des Meurs, de la Ravardière, de Marigny, de la Massardière, de Poussac, de Chillac, de Gressat, de Rochefort, de Montagrier et de la Guittière.

La famille de la Tousche porte d'or au lion de sable, armé, couronné et Iampassé de gueules. Pour devise : Deo juvante

Histoire de Montmorillon - Léopold Liège - 1916
Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l'ancien Poitou - Tome 2 - Henri Filleau - 1840-1854
Armorial général de la Touraine - tome 19 - par J.-X. Carré de Busserolle - 1866-1867

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LE PERRIER (85) - 1816 - EXHUMATION DU CORPS DE M. LOUIS DU VERGIER, MARQUIS DE LA ROCHEJAQUELEIN

Le Perrier

 

PROCÈS-VERBAL DE L'EXHUMATION DU CORPS DE MONSIEUR LOUIS DU VERGIER MARQUIS DE LA ROCHEJAQUELEIN.


Aujourd'hui huit février mil huit cent seize pardevant nous maire et officier de l'état civil de la commune du Perrier, canton de Saint-Jean-de-Monts, arrondissement des Sables, département de la Vendée, est comparu

Monsieur le Chevalier Jacques-Étienne de Clabat, agissant au nom et comme fondé des pouvoirs de Dame Victoire de Donnissan, veuve de Monsieur le marquis Louis du Vergier de la Rochejaquelein, maréchal des camps et armées du Roi, Chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint-Louis, Chevalier de Malte, Chevalier du Brassard de Bordeaux, Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Grenadiers à cheval de la Maison du Roi et Général en Chef de la Grande Armée Royale de la Vendée, né le 30 novembre 1777, tué le quatre juin mil huit cent quinze au Combat des Mathes, commune de Saint-Hilaire-de-Riez, et enterré dans le cimetière de cette ditte commune du Perrier, le 7 du même mois, demeurant la ditte Dame de Donnissan de La Rochejaquelein à Citran, commune de Avensan, canton de Castelnau, de Médoc, arrondissement de Bordeaux, département de la Gironde ;

Lequel dit sieur de Clabat nous a exhibé les permissions qu'il a obtenues de l'autorité civil et ecclésiastique pour l'exhumation du corps de Monsieur le marquis de La Rochejaquelein et sa translation dans le tombeau de ses ancêtres à Saint-Aubin-de-Baubigné, canton de Châtillon-sur-Sèvre, arrondissement de Bressuire, département des Deux-Sèvres, et nous a requis de vouloir bien assister à l'exhumation du corps et à l'enlèvement qui allait en être fait afin de constater les faits et d'en dresser procès-verbal.

Sur quoi nous maire susdit defférant au réquisitoire cy-dessus, nous sommes transportés avec Monsieur le Chevalier de Clabat, dans le cimetière de cette commune où étant arrivé sur les huit heures du matin, nous avons trouvé Monsieur Lambert, desservant de la paroisse du Perrier, Monsieur Robert de Chataigner, Chef de la Division des Marais de l'Ouest et Commandant les Côtes de la Vendée, Monsieur le Comte d'Anglars, Colonel vendéen, de Monsieur Delaunay, officier vendéen, Aimé de La Roche-Saint-André, officier vendéen, Capitaine dans la Légion de la Vendée, Monsieur Cathelineau, officier vendéen, fils du Général du nom, le sieur Jacques Goulard, le sieur Gautier, Monsieur Fortin, major de la Division des Marais de l'Ouest, et une foule de soldats de la ditte Division, et Monsieur Jacques Laidin, Capitaine de la paroisse de Saint-Jean-de-Monts, et grand nombre d'habitants des communes environnantes

En présence desquels ouverture a été faite de la fosse ou le corps de Monsieur le marquis de La Rochejaquelein a été déposé le sept juin mil huit cent quinze, ce qui nous a été attesté par monsieur le desservant, le secrétaire de la mairie, le sacristain, Monsieur le Chevalier de Clabat et tous les assistants qui s'étaient trouvés à l'enterrement. Le cercueil qui s'était trouvé renfermé dans cette fosse et contenant les Restes du défunt susdit a été retiré de la ditte fosse, remis dans un autre cercueil en bois recouvert en fer blanc qui a été bien scellé et soudé et le tout a été déposé dans un cercueil en tôle qui a également été parfaitement fermé. Ensuite le corps ainsi renfermé a été remis à la disposition de Monsieur le Chevalier de Clabat, au nom qu'il agit, pour être transférer à sa diligence suivant le voeu de la famille de l'illustre défunt.

De tout quoi, nous, maire susdit, avont dressé le présent procès-verbal, en présence de Messieurs Lambert, desservant, du secrétaire de la mairie, le sacristain et le Chevalier de Clabat et de plusieurs autres cy-dessus dénommés, lesquels ont assisté à l'enterrement du défunt le sept juin mil huit cent quinze, et nous ont attesté que l'acte de décès dressé alors contenait diverses erreurs de noms et que ceux établis au présent procès-verbal étaient véritablement les noms, prénoms, qualité et demeures qui auraient dû être inséré au dit acte du sept juin mil huit cent quinze.
La présente déclaration reçu pour valoir ce que de raison.

Fait et rédigé les jours, mois et an que dessus.

Signatures :

Louis de La Rochejaquelein signatures

AD85 - Registres d'état-civil du Perrier - 1812/1819 - vues 175-176-177

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16 juillet 2017

LES PONTS-DE-CÉ (49) - NOYADE DE DOUZE OU TREIZE JEUNES FILLES DE MOINS DE SEIZE ANS

LES PONTS-DE-CÉ
NOYADE DE DOUZE OU TREIZE JEUNES FILLES


Après une course en Vendée, la garde nationale ramena au château douze ou treize jeunes filles, destinées à être immolées le lendemain.

Leur jeunesse et leur innocence déterminèrent quelques citoyens courageux (ils risquaient en effet leurs têtes) à intervenir en leur faveur ; ils s'appelaient MM. Levesque, Cheneau et Louis Godard. Ils se rendirent au château, demandant la vie et la liberté pour ces jeunes filles qui, n'ayant pas seize ans, ne pouvaient être considérées comme rebelles. Leur démarche n'eut aucun succès.

A l'aube du jour, sur l'ordre d'un notable de la paroisse, elles furent précipitées dans la Boire Salée, au pied des deux tourelles.

 

Ponts-de-Cé Boire Salée

 

L'eau était trop basse pour les submerger, elles s'efforcèrent d'échapper à la mort et adressèrent à la compassion de leurs bourreaux des appels déchirants ; tout le voisinage terrifié et silencieux entendit leurs cris lamentables.

Pour étouffer ces voix et pour hâter leur forfait, ces scélérats les repoussèrent sans pitié et les assommèrent à coups de rames.

Récits de Mmes Levesque, Cheneau, et d'un vieux matelot du Jupiter-Tonnant, à Trafalgar, qui avait vu et entendu les victimes, et s'appelait Desmazières.

Histoire des Ponts-de-Cé - par l'abbé A. Bretaudeau - 1904

 

Ponts-de-Cé la Boire Salée

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SAINTE-COLOMBE (72) - LA PROVIDENCE - FRANÇOISE JAMIN, FONDATRICE DE L'INSTITUT DES FILLES DU SACRÉ-COEUR DE MARIE

 

Françoise Jamin 001 zz z


Née à Sainte-Colombe, le 1er mars 1773, Françoise Jamin, appartenait à une famille aisée de tanneurs qui fournit de nombreux prêtres et religieuses au XVIIème siècle et s'établit dans la "Boeufferie" dans la première moitié du XVIIIème, "à deux pas de la demeure des Carmes qui mire ses murailles vieillies dans les eaux limpides du Loir ; à deux pas encore d'un autre bras du Loir, aux eaux bourbeuses et remplies d'herbes hautes". Son père, Marie-Joseph, avait épousé en 1770, la fille d'un riche notaire du Lude.

 

Jamin Françoise baptême z


La petite Françoise vint au monde dans les plus mauvaises conditions. Son corps chétif ne pesant qu'une livre et demie dut être réchauffé dans un bassin d'eau-de-vie tiède, mais, écrit Montzey, "Celui qui la destinait à opérer et à préparer tant de bien fortifia sa santé".

Sainte-Colombe la Beufferie 001z

Son enfance abonde en traits édifiants. Après quelques années de pieuse éducation au couvent de la Visitation, une de ses tantes l'appela près d'elle à Tours en vue de lui donner le goût des distractions mondaines. Ce fut en vain. Françoise préféra rentrer à Sainte-Colombe et se mettre à la disposition de M. Chapeau, prieur-curé de la paroisse, qui, en 1791, fut au nombre des ecclésiastiques angevins arrêtés et "expira dans le port de Nantes après deux mois d'une agonie ininterrompue". Le martyr de ce prêtre octogénaire qu'elle affectionnait tout particulièrement affirma sa vocation. Elle se fit initier aux rudiments de l'art médical par le chirurgien Boucher que, pendant sept années, elle rencontra journellement au chevet des malades.

Françoise Jamin 001 zZZ

Cette période de son existence correspond aux plus terribles années de la tourmente révolutionnaire et nous ne pourrions citer tous les actes de dévouement et de courage qu'elle accomplit dans le district de La Flèche, malgré sa complexion délicate et souvent au péril de sa vie : secours clandestins à des Vendéens traqués, ingénieux stratagèmes pour soustraire aux recherches les prêtres réfractaires (il y en eut jusqu'à treize à la table de Madame Jamin, dont la demeure fut souvent l'objet des perquisitions de la police républicaine). "Rien ne l'arrêtait, ni les poursuites, ni les rigueurs de l'hiver : le pauvre, le malade, le blessé la trouvait toujours auprès de lui au moment où tout l'abandonnait" (Montzey). "La maison de Mlle Jamin était le siège de la paroisse" (abbé Muset).

Le 7 décembre 1793, lorsque les Vendéens, stoppés par la destruction du pont des Carmes, durent livrer un combat opiniâtre aux Républicains dans la Beufferie, Françoise et les siens gagnèrent en bateau des lieux plus sûrs. Mais la future fondatrice rentra la première au logis. Elle y trouva - ce qui indique l'importance des bâtiments - un général, son état-major et près de quatre cents hommes. Cette jeune fille de vingt ans sut tenir tête aux insurgés et multiplia les actes de vaillance, s'adonnant tellement aux blessé qu'elle "laissa voir à découvert la noblesse de ses sentiments et de sa charité".

Quand le 18 brumaire vit luire l'aurore de la paix civile, Françoise Jamin se trouva plus résolue que jamais à consacrer le reste de ses jours aux déshérités. Elle se constitua novice aux Incurables de Baugé. Rappelée au bout de deux années près de sa mère infirme dont elle était le seul soutien, elle revint une nouvelle fois à la Beufferie, résignée, sans toutefois renoncer à ses desseins.

Ceux-ci commencèrent à prendre forme en 1802, Pierre de la Roche, l'ancien curé de Mézeray, qui avait subi dix années de déportation en Espagne, prit possession de la cure de Saint-Thomas ...

Ayant tout d'abord uni leurs efforts pour le rétablissement des Hospitalières, entre Françoise Jamin et l'abbé de la Roche se créèrent des liens spirituels qui durèrent autant que la vie du vénérable prêtre, mort en odeur de sainteté dans sa quatre-vingt-dixième année en 1832. Sur ses conseils, la Mère Jamin "établit les premières assises de son oeuvre de miséricorde".

Assises aux débuts bien modestes : accueil dans sa maison de la Beufferie - son père était mort en 1794 - de femmes âgées ou infirmes, visites à des filles perverties qu'elle accueille dans une salle située au fond de sa cour, soins à domicile à des indigents et à des contagieux, ensevelissement des morts. Puis, encouragée par les autorités locales et soutenue par quelques bienfaiteurs, elle organise en 1806 des salles d'asile dans sa demeure agrandie, fait bâtir en 1807, à la place de la buanderie, une chapelle bénite en 1809 par M. de la Roche pour remplacer l'oratoire de son logis devenu trop étroit, et recrute des auxiliaires.

La Flèche Providence cours St-Joseph z

Jusqu'à sa mort, Françoise Jamin ne cessera jamais d'acheter et de construire. Les archives de la Providence mentionnent en 1834 et 1836 l'acquisition de maisons qui seront démolies pour édifier le grand bâtiment situé entre la rue et la cour Saint-Joseph. En 1838 furent réunis plusieurs immeubles faisant suite à celui de la fondatrice, entre la rue et la cour du sacré-Coeur. Dans le même temps on achetait des maisons sur le Bourdigal et des jardins "complétant l'enclos du côté du pont de la Boierie" et on construisait un vaste bâtiment de servitudes.

Nous savons peu de choses sur les premières collaboratrices de la Mère Jamin, car les archives sont rares et beaucoup de recrues semblent avoir été découragées par les difficultés et la pauvreté de la communauté ...

"Notre association, écrira-t-elle, n'appartient et ne tient à aucune autre : les membres qui la composent ont pris le nom de Soeurs du Coeur de Marie ; et ma maison où nous exerçons ces fonctions a été nommée par le public : la Providence".

Mais avant de voir son oeuvre reconnue comme Congrégation hospitalière et enseignante (depuis 1905 elle n'est plus qu'hospitalière, les 155 élèves des classes ouvrant place du Bourdigal ayant été transférées à Guéroncin), que d'épreuves la Révérende Mère allait avoir à traverser !

La Flèche la Providence z

Le premier Règlement du nouvel Institut, établi provisoirement par le Père de la Roche, avait été approuvé par les municipalités de La Flèche et de Sainte-Colombe, l'évêque et le ministre des Cultes en 1810. Les difficultés ne faisaient cependant que commencer. Faute d'argent, l'oeuvre de Françoise Jamin sera même un moment suspendue ... Les 85 personnes occupant la maison à cette époque, une dizaine réglaient pension ! Les factures étaient souvent payées par la "Bonne Mère" qui dissipait son patrimoine. "La calomnie, les créanciers lui firent boire le calice jusqu'à la lie" (Montzey). De 1812 à 1818, elle dut défendre sa fondation au prix de renoncements et de privations de toutes natures auxquels vinrent s'ajouter la défection de plusieurs compagnes et une révolte intérieure qui l'obligea pour un temps à s'éloigner de Sainte-Colombe.

Les adversaires conjurées, ce sera seulement en 1828, c'est-à-dire vingt-deux ans après les premières démarches - la prudence, cette vertu cardinale, a toujours guidé l'autorité ecclésiastique - qu'une ordonnance du Mans permettra à treize religieuses du nouvel Institut d'émettre des voeux au cours d'une cérémonie solennelle présidée le 16 octobre par M. de la Roche à l'église Saint-Thomas en raison de l'exiguïté de la chapelle de la communauté.

Après tant d'années de tourments, d'amertumes et de sacrifices où elle se vit plus d'une fois sur le point d'abandonner son oeuvre mais ne céda jamais, la R. Mère Jamin s'éteignit le 17 novembre 1840, à l'âge de 67 ans, ayant épuisé au service des pauvres les ressources de sa charité et de sa santé.

Jamin Françoise décès z

Son humilité n'aurait pu lui permettre d'imaginer que 600 religieuses, 12 supérieures allaient lui succéder, ses bâtiments s'agrandir encore et faire reculer les murs de la clôture, deux maisons-soeurs se fonder à Vendôme (1846) et à Mayenne (1865).

Deux beaux portraits à l'huile, exécutés après sa mort, sont conservés pieusement par les soeurs de la Providence, l'un dans leur salle commune, l'autre, copie du premier, dans leur réfectoire.

Françoise Jamin a été inhumée dans la chapelle de sa communauté (1). Aux yeux des Fléchois, celle-ci n'a jamais cessé ... de justifier son nom de "Providence" ...

La Flèche - chapelle sanctuaire z

(1) Un musée, qui retrace la vie de Françoise Jamin, fondatrice de l'Institut des filles du Saint-cœur de Marie au 19e siècle, est situé dans une partie de la maison de retraite de la Providence et permet au visiteur de découvrir aussi, une charmante chapelle.

Extrait : La Flèche extra-muros - Pierre Schilte - 1981

AD72 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Sainte-Colombe

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DIORS - CHÂTEAUROUX (36) - JACQUES-RENÉ BREUZARD, CURÉ INSERMENTÉ ( ? - 1793)

BREUZARD RENÉ-JACQUES

DIORS 36 Z


Curé de Diors (depuis 1778), insermenté, il avait dû quitter son poste. Après avoir été obligé d'abandonner sa paroisse, Breuzard, vint d'abord à Azay-le-Féron, où là encore il refusa le serment ; puis s'était retiré à Déols.

Breuzard signature z

Atteint d'une hernie, il demanda le 2 octobre 1792, à être dispensé de la déportation. On l'astreignit alors à se rendre à la maison commune des ci-devant religieuses. Il refusa d'obtempérer à cet ordre et vint se cacher à Déols.

Déols église z

Des brigands avinés l'y découvrirent et s'emparèrent de sa personne. Tout le long du chemin qui conduit de Déols à la Maison des "ci-devant Religieuses de Châteauroux", il fut maltraité horriblement, blessé à coups de mouchoirs remplis de pierres, piqué avec un compas de charpentier, jeté à terre, piétiné dans la boue, puis lancé en l'air et retombant lourdement.

On l'enferma plus mort que vif avec les autres prisonniers. Un mandat d'amener et de déporter avait été, en effet, lancé contre lui, le 19 septembre 1792.

Au 16 janvier 1793, il toucha un faible secours, mais il mourut deux jours après, le 18 janvier 1793, à l'âge de 55 ans (à la maison de réclusion de Châteauroux).

Breuzard décès Châteauroux


Bulletin de la Société académique du Centre - 9e année - n° 4 - Octobre-Décembre 1903

AD36 - Registres d'état-civil de Châteauroux

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12 juillet 2017

LES PONTS-DE-CÉ (49) - 1793 - JUGEMENTS DE LA COMMISSION MILITAIRE

La Commission militaire, à peine arrivée aux Ponts-de-Cé, s'employa à sa féroce et horrible besogne. Dès le lundi 11 frimaire an II (1er décembre 1793), disent les pièces déposées au greffe de la Cour d'Angers, ou le mardi 12, selon la municipalité Pont-de-Céiaise, elle rendit cinq jugements.

 

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PREMIER ET DEUXIÈME JUGEMENTS

Le premier condamnait à la guillotine quatre prêtres, et le second, cinq Vendéens qui furent exécutés de suitte (sic), plus deux autres dont l'exécution fut retardée. Cet odieux instrument fut dressé sur la place du Château, ou de la Communauté, dite alors "de la Liberté".

Suppléant à l'impitoyable sécheresse des documents officiels, la tradition nous a conservé sur le supplice et la sépulture de ces neuf victimes les détails suivants :

Pendant le jugement ou en attendant leur exécution, deux de ces ecclésiastiques paraissaient si exténués de privations et si grelottants de froid que le citoyen Lemonnier dont la porte s'ouvrait en face de la guillotine en fut ému de compassion et leur offrit un peu de vin pour réchauffer leurs membres et soutenir leurs forces défaillantes. Ce trait d'humanité excita la fureur des bourreaux : ils menacèrent Lemonnier de le guillotiner avec ces calotins en termes si violents qu'il dut au plus vite rentrer dans sa maison (récit de son petit-fils). Les corps des neuf victimes furent ensevelis à l'extrémité de cette partie de l'enclos de la Communauté qui avance sur la place ...

Voici leurs noms, dont la liste authentique est déposée au Greffe d'Angers :

CLAUDE MÉNARD, âgé de 56 ans, prêtre non assermenté, ci-devant curé de Bourneseaux, district de Poitiers ;

RENÉ-PIERRE BELLIER, âgé de 36 ans, prêtre non assermenté et vicaire de la commune du Pin-en-Mauges, district de Saint-Florent ;

PIERRE PICHERIT, âgé de 43 ans, prêtre non assermenté, de la commune de Chanzeaux, district de Vihiers ;

ANTOINE-JACQUES PINEL, âgé de 43 ans, prêtre non assermenté, du district de Nantes ;

NICOLAS LAMARRE, marchand de drogues, à Beaulieu ;

PIERRE-MARC JOURDAN, ci-devant noble ;

LOUIS BURGEVIN, laboureur à Vauchrétien ;

ANDRÉ ROCHEPAULT, jardinier à Rablay ;

JACQUES VIELLE, dit Laporte, administrateur du district de Segré.


TROISIÈME JUGEMENT

Libération et détention provisoire d'enfants - Le 3e jugement, rendu par la Commission en ce jour fameux rendait à la liberté 45 enfants des deux sexes, de 9 à 17 ans : mais, "pour les sauver des flots de la guerre" (procès-verbal de la municipalité), ils devaient être détenus jusqu'à la paix. La Commission les emmena à Saumur sans que je sache ce qu'ils sont ensuite devenus.


QUATRIÈME ET CINQUIÈME JUGEMENTS

Premières fusillades - Le 4e et le 5e rendus, d'après le procès-verbal de la municipalité, dans la nuit du 12 au 13 frimaire (2 à 3 décembre), inaugurèrent le régime des Fusillades.

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Le 4e y condamna 75 militaires, déserteurs vrais ou faux, qui furent fusillés au point du jour sur les rochers d'Érigné et dont trois s'échappèrent.

 

Hte Perche

 

Le 5e [12 frimaire] comprenait 124 suspects que l'on fusilla [le lendemain] en présence de la Commission sur la commune de Saint-Melaine, près la route de Brissac, village de Haute-Perche, dit la municipalité, ou sur le territoire de la commune de Juigné-sur-Loire, dit la Revue d'Anjou, ce qui est tout un, vu la proximité des lieux. - On montre encore, au-dessous et au-dessus de Haute-Perche, les lieux où s'exécuta le carnage. Le plus haut comprend l'extrémité d'un petit bois, la largeur d'un chemin récent et un champ autrefois contigu à ce bois, et le tout s'appelle le champ des morts [ou la pièce des morts]. Celui d'en dessous, plus proche de la route de Juigné, est formé par une dépression marquée de terrain, dans laquelle il y a deux ans (1899), on a encore, en labourant, ramené au jour des ossements humains.

La Commission militaire resta aux Ponts-de-Cé jusqu'au 13 frimaire (3 décembre) (proc-verb. de la municipalité), et se rendit à Doué où le 16 (6 décembre), elle reprit ses fonctions.

 

PIÈCE JUSTIFICATIVE :

Rapport de la Municipalité de Saint-Aubin des Ponts-de-Cé à la Société des Défenseurs des Droits de l'Homme à Angers.

"Aujourdhüy Trente Vendémiaire Lan trois de la République française Une et indivisible.

Le Conseil Général (à cause de l'union des deux communes de Saint-Aubin et de Saint-Maurille) de la Commune du Pont-Libre (Aliasse pont de Cez) District d'Angers département de Maine-et-Loire assemblée aux lieu ordinaire de ses séances à l'effet de répondre à l'invitation faite par une circulaire de la Société des Deffenseurs des droits de l'homme séante à Angers du 14 Vendémiaire et à nous parvenu le 17 Vendémiaire tendante à donner des renseignements sur les fusillades et noyades et autres seines d'horreur dont notre territoire a esté le théâtre.

En conséquence, chaque membre du Conseil susdit a observé n'avoir été témoint oculaire de ces seines d'horreurs mais qu'il allait déclarer en homme probe, ce qu'il seavait d'y relatif dont suit le résumé :

Le 10 frimaire dernier (30 novembre 1793), la Commission militaire d'Angers est arrivée aux Pont-Libre et avait à sa suite environ 1500 personnes des deux sextes y compris les enfants. Le 12 dudit elle s'est occupée à juger onze hommes dont neuf ont été exécuté de suitte. Ledit jour, elle s'occupa de mettre en liberté 50 enfants des deux sexte de lage depuis douze ans jusqu'à 17 que cependant elle emmena le tout à Saumur pour les sauver des flots de la guerre dans la nuit la susdite Commission soccupa de choisir parmy les prisonniers environ 75, les dits déserteurs de la légion Germanique et autres corps qui furent fusillés sur les rochers d'Érigné au point du jour et dont trois se sauvèrent.

Dans la même nuit elle s'occupa pareillement de faire choix de 120 prisonniers de différentes communes, qui furent fusillés sur les huit heures du matin sur la commune de St-Melaine près la route de Brissac, village d'Haute-Perche pour lors le 13 du dit la Commission partit le matin avec tous les prisonniers se rendant à Douèé.

D'après laffaire du Mans suitte du siège d'Angers quantité de brigand s'étant rendu à Angers il en fut conduit par différent détachement un nombre d'environ 1500 lesquels étaient escortés par des troupes et conduits sur la Prée Ste-Gemme et sur le champ fusillée et jettée à leau sans que nous ayons scue par quels ordres ils estaient envoyés en outre observons qu'il fut dépouillée environ une trentaine de ses brigand par différent soldat qui nous sont inconnus.

De plus une trentaine d'autres a plusieurs fois qui ont esté s'abrée fusillée et jettée à leau nuitamment sans que nous ayons eus connaissance par quel ordre ont les faisait périr scachant seullement que le Général Moulin Deffunt commandait en chef la Place du Pont-Libre séance tenante les jours mois et ans que de l'autre part.

RONTARD, municipal ; GATINE, m.p.l. ; POICTEVIN, agent ; BREYER, secrétaire.

Le premier Brumaire avons écrit à la Société des Droits de l'homme et avons joint dans la lettre extrait de la Délibération cy-dessus. Les jours mois et ans que dessus.

GATINE, m.p.l. ; POICTEVIN, agent ; RONTARD, municipal ; BREYER, secrétaire."

 

Histoire des Ponts-de-Cé - par l'abbé A. Bretaudeau - 1930

La justice révolutionnaire à Paris et dans les départements, août 1792-prairial an III - Ch. Berriat Saint-Prix - 1870

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SOLDATS DES DEUX-SÈVRES AUX ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE - NIORT (79) - CHARLES ROUGET-LAFOSSE (père - fils et petit-fils)

SOLDATS DES DEUX-SÈVRES AUX ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE


Le département des Deux-Sèvres eut à fournir, pour l'année 1791, un contingent de 574 hommes de troupe.

Au lieu d'un bataillon de 600 hommes, les commissaires du gouvernement reçurent, en 1792, l'inscription de 12.000 jeunes gens, ce qui montre le degré de l'enthousiasme révolutionnaire. Beaucoup de ces volontaires avaient exagéré leur âge pour pouvoir partir. On dut les renvoyer dans leurs foyers, "pour ne pas tarir, dans la nation, les sources de la richesse et de l'abondance".

Le premier bataillon des Deux-Sèvres se forma à Niort, et il fut passé en revue par Dumouriez, sur la place de la Brèche. Le général adressa aux jeunes soldats d'éloquentes paroles guerrières. L'élection des officiers du bataillon eut lieu ce même jour.

Jemmapes z


CHARLES ROUGET-LAFOSSE (*) fut nommé commandant du premier bataillon des Deux-Sèvres.

En 1792, ce bataillon combattit à Jemmapes. Charles Rouget-Lafosse, son commandant, y fut tué. Un autre Rouget portait le drapeau du bataillon sur ce champ de bataille. C'était un cousin du célèbre Rouget de l'Isle, l'auteur du "Chant de guerre pour l'armée du Rhin, La Marseillaise".

C'est le bataillon des Deux-Sèvres qui prit, le premier, possession des hauteurs du Bois-Bossu. On compta, après ce combat, quarante survivants.

Le 5 avril 1793, alors que le général Dumouriez passa à l'ennemi, la légion des Deux-Sèvres, tira sur son chef.

Les évènements avaient soulevé les énergies et le patriotisme de tous. "Aux armes, citoyens ! aux armes !" s'écriaient les envoyés du gouvernement dans le département des Deux-Sèvres, Xavier Audouin et Loyseau-Grand-Maison. "Ne soyez effrayés de rien ! Vos forces croîtront en proportion de vos dangers ! Le courage supplée à tout ! Confiance et surveillance !"

Les administrateurs du département lancèrent une proclamation : "La Nation, disaient-ils, en se levant tout entière, prouvera à l'univers qu'elle veut être libre. Aux armes, habitants des campagnes, levez-vous ! montrez-vous ! La victoire est à nous ! La liberté et la paix seront votre partage !"

Le rassemblement des citoyens se fit aux chefs-lieux des districts. Les bannières portaient l'inscription : "Le peuple français debout contre les tyrans !"

Il fallut fabriquer des souliers, de la poudre, mobiliser les richesses, réquisitionner le salpêtre des caves.

 

Voici quelques faits d'armes concernant des soldats des Deux-Sèvres, sous la Révolution :

LE FÉRON THÉOPHILE, lieutenant au 4e Bataillon des Fédérés, aussi distingué par ses talents militaires et sa valeur guerrière que par sa moralité et ses vertus, fut tué, le 12 septembre 1793, dans une sortie faite de la place de Bouchain, en chargeant l'ennemi et animant ses camarades par son exemple.

POINOT ANDRÉ, fusilier, 7e Compagnie du 1er Bataillon des Deux-Sèvres, tué au mois de juillet 1793 ; l'ennemi ayant fait sauter la mine sous les murs de Valenciennes, le brave Poinot vole à la brèche avec ses camarades pour opposer son corps à l'irruption des assiégeants qui s'y portaient en foule ; mais il est emporté par un boulet de canon.

BROTTIER JEAN, fusilier à la 1ère Compagnie du 1er Bataillon des Deux-Sèvres, tué le 7 mai 1793. Placé en sentinelle perdue, cet intrépide soldat soutint, seul, pendant quelque temps, contre une patrouille de douze Autrichiens, tira trois coups de fusil sur eux et périt, victime de son dévouement héroïque.

BONNET JEAN, fusilier au Bataillon de Parthenay, tué le 7 mai 1793. L'ennemi se présentait en force et chargeait. Ce jeune homme s'écrie à ses camarades qui se débandaient : "Amis, rallions-nous et marchons en avant." Son ardeur passe dans le coeur de ses frères d'armes ; ils font face à l'ennemi fondent sur lui. Mais le brave Bonnet est frappé mortellement d'un coup de feu.

LACOUR PIERRE-ANTOINE, sergent au 8e Bataillon des Deux-Sèvres, tué au mois de mars 1793. Républicain prononcé, il ne voulut point racheter sa vie par un trait de lâcheté. Étant tombé au pouvoir des insurgés, à Argenton-le-Peuple, il préféra être coupé en morceaux plutôt que d'exprimer un voeu contraire à ses sentiments.

Tout un passé - G.-J. Picard - 1938

 


 

(*) CHARLES ROUGET-LAFOSSE, fils de François Rouget, maire de Niort en 1728 et 1744, naquit à Niort, paroisse Saint-André, le 18 décembre 1738. Il fit ses études au collège de Niort, tenu par les Oratoriens. 

Rouget-Lafosse baptême z

Il n'avait que vingt ans lorsqu'il débuta dans la carrière militaire. Dès la première année de son service, il se trouva, en 1758, à la bataille de Crevelt, où son chapeau fut emporté par un boulet de canon, qui tua derrière lui un de ses camarades, grenadier au régiment de Touraine.

Moins heureux l'année suivante à Minden, il reçut plusieurs blessures.

En 1760, à Closter-Camp, où la mort de d'Assas fut le signal de la victoire, Lafosse se signala par plusieurs actes de valeur, mais il arrosa de son propre sang les lauriers de cette glorieuse journée. Il reçut deux coups de sabre, l'un sur le sommet de la tête et une partie du front, l'autre passant sur le nez et s'étendant sur les deux joues. Ses exploits lui valurent le grade de capitaine. Louis XVI le nomma chevalier de Saint-Louis.

 

Rouget-Lafosse signature z

 

Lafosse était dans ses foyers, lorsque la révolution française éclata. Dumouriez, dans son séjour à Niort, se lia d'une manière particulière avec Lafosse ; il en fit son ami. Ce fut par l'influence de ce général qu'il fut chargé, conjointement avec Bouchet de Marigny, d'organiser le 1er bataillon des Deux-Sèvres. Ce bataillon choisit Lafosse pour son chef. Celui-ci honora ce poste d'honneur. Jemmapes fut le dernier théâtre de ses exploits.

Pâturages - Belgique - église St-Michel 3 z

Il fut inhumé, par les soins de son parent Rouget, à la porte de l'église, dans le village de Pâturages (Colfontaine - Belgique) . Il était âgé de cinquante-quatre ans.

 

Histoire de la ville de Niort - Louis H. Briquet - 1832


 

NIORT 1835

La famille Rouget-Lafosse est une des plus anciennes familles municipales de Niort ; elle a fourni plusieurs maires à la ville et pendant plus de deux cents ans ses membres ont occupé des fonctions importantes dans la magistrature.

Rouget-Lafosse fils naissance 1778 z

Par exception, M. Charles Rouget-Lafosse avait suivi une carrière militaire ... (voir ci-dessus). Son fils, Charles, né à Niort, paroisse Saint-André, le 4 février 1778, resta dans la vie civile et fut pendant de longues années membre du Conseil d'arrondissement de Melle et du Conseil général des Deux-Sèvres.

♣♣♣

ROUGET-LAFOSSE Portrait

Son petit-fils, CHARLES ROUGET-LAFOSSE, naquit à Niort le 20 septembre 1806.

Rouger-Lafosse petit-fils baptême z

Il fit ses études à Montmorillon, chez les Jésuites, et son droit à Paris, de 1825 à 1828. Fidèle aux traditions de sa famille, il se destinait à la magistrature et était déjà présenté pour une place de juge-auditeur, lorsque survint la Révolution de 1830.

Ses sentiments légitimistes, antipathiques au régime nouveau, le tinrent à l'écart de la vie publique pendant la monarchie de Juillet.

Le 24 août 1842, il épousa Marie Barré de Chabant, fille du colonel Barré de Chabant, lequel, pendant les guerres de l'Empire, avait épousé à Venise Élisabeth Moro-Malipiero, descendante du doge Cristoforo-Moro.

Lorsqu'il fut question, après la Révolution de février, de nommer une Assemblée constituante, les royalistes offrirent la candidature à la députation à Charles Rouget-Lafosse ; pour des raisons personnelles, il déclina cet honneur. Mais en 1849, pour l'élection de l'Assemblée législative, la même offre lui ayant été faite, il accepta.

M. Rouget-Lafosse fut porté sur la liste des royalistes, sur celle des chefs ouvriers de la ville de Niort, et sur celle de la Revue de l'Ouest. Il fut élu député le 15 mai par 19.611 voix.

A l'Assemblée, Rouget-Lafosse, légitimiste de coeur et de conviction, suivit toujours en politique la direction de l'illustre orateur qui personnifiait alors le parti, nous avons nommé Berryer.

Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Rouget-Lafosse fut au nombre des députés courageux qui se réunirent à la mairie du 10e arrondissement et là répondirent au coup de force du Président par un décret de déchéance. Cet acte fut voté et signé par les représentants présents à cette mémorable séance, puis, du balcon de la mairie, il fut promulgué par la grande voix de Berryer qui en jeta plusieurs exemplaires à la foule. Mais, quelques heures après, la mairie fut cernée par un bataillon de chasseurs à pied et par le 64e régiment de ligne. Les représentants, au nombre de 221, furent faits prisonniers et dirigés sur le quartier de cavalerie du quai d'Orsay ; dans la nuit, ils furent transportés en voitures cellulaires au Mont-Valérien, à Mazas et à Vincennes.

Charles Rouget-Lafosse fut envoyé à Vincennes, et il y resta trois jours prisonnier. Tel fut le drame politique qui mit un terme à son mandat de député.

A dater de ce moment et en présence de la restauration du régime impérial, Rouget-Lafosse, fidèle à des convictions que rien ne put ébranler renonça à la vie politique.

Dans sa retraite volontaire, en dehors de l'affection de tous ceux qui l'approchaient, il jouissait de l'estime et de la considération qu'amis et adversaires accordent toujours à ceux qui n'ont jamais connu les défaillances.

Une des filles de M. Rouget-Lafosse a épousé M. de Laubarière.

Il est décédé à Niort, le 6 avril 1893, à l'âge de 86 ans.

Rouget-Lafosse petit-fils décès z

Archives politiques du Département des Deux-Sèvres - Tome 2 - par Émile Monnet - 1889
AD79 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Niort.

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10 juillet 2017

AUCH (32) - JEAN-JACQUES DOUILHÉ DE LÉCHAUX DIT JEAN-JACQUES COUSSO (1763-1823)

Le premier de la famille Douilhé dont on trouve trace à Auch fut Jean Douilhé, originaire de Mortain, en Normandie.

Il était sculpteur, fort habile dans son art et en très grande réputation dans toute la Gascogne. A partir de 1643, il exécuta de nombreux travaux pour diverses églises du diocèse d'Auch et même de la Vallée d'Aure et des Landes ... Jean Douilhé, qui mourut vers 1681, avait été marié deux fois : de son second mariage avec demoiselle de Cousso il avait eu deux fils et quatre filles. Lorsque nous aurons dit qu'il avait un caractère intraitable, violent, querelleur, facilement irritable et qu'il était comme tous les Normands, très processif, nous aurons dit tout ce que nous savons de lui comme homme privé. Joseph, l'aîné de ses fils, épousa demoiselle Marguerite de Calmeilh, acquit avec elle en 1682 la terre de Léchaux dans la juridiction de Coignax, et fut le père de Jean, qui acheta à Auch une charge de trésorier de France conférant la noblesse et de Joseph qui habitait Masonville.

Jean Douilhé de Léchaux épousa Françoise-Catherine d'Escoubés de Monlaur, apparentée aux familles les plus distinguées du pays ; de cette union vinrent deux enfants : Agnès, mariée à Messire François-Basile de Baric, seigneur de Lucvielle et conseiller au présidial d'Auch, et Jean-Jacques : c'est de lui dont il va être question.

J


JEAN-JACQUES DOUILHÉ DE LÉCHAUX, plus connu sous le nom de Cousso (1), naquit à Auch, paroisse Saint-Orens, le 7 octobre 1763. Il reçut par les soins de ses parents une excellente éducation dont témoignent dans ses écrits ses judicieuses réminiscences classiques, ses nombreuses citations et sa connaissance approfondie des auteurs anciens.

Il fut successivement trésorier de France à Auch, membre du Club des Jacobins de Paris, officier au 10e régiment de Chasseurs à cheval, aide-de-camp des généraux Luckner, Custine et Beauharnais, adjudant-général, ensuite prisonnier d'État et officier de réforme, enfin Colonel d'État-major.

Après avoir été élevé dans la maison paternelle par un prêtre, l'abbé Arqué, il entra dans le pensionnat dépendant du collège d'Auch. Il s'y distingua dans le cours de ses études à un tel point qu'il remporta les premiers prix dans toutes les classes : c'est du moins lui qui le dit. Il venait de terminer sa rhétorique lorsqu'il perdit son père qui mourut le 21 novembre 1779, à l'âge de 85 ans ...

Auch 3 z

En sus de la charge de trésorier de France, il avait recueilli dans son héritage une belle maison à haut et bas étage sise rue du Pouy à Auch, "consistant en plusieurs appartements, boutiques, cour d'entrée, terrasse, cour de ménagerie, jardin, écuries pour 9 chevaux, greniers à foin, etc" ; la métairie de Léchaux acquise par son grand-père et le domaine de Jordanis " de deux labourages de deux paires chacun, bâtiments nécessaires pour l'exploitation, logement pour le maître, cours, jardins, orangerie, pièce d'eau, colombier, bois, prairies, champ fruitier, vignes, situé à un quart de lieue d'Auch, entre deux grandes routes et arrosé par la petite rivière de l'Arçon" ...

A partir de ce moment l'existence du jeune trésorier de France dut être très dissipée et fertile en folies de toute sorte ; et ce qui nous le donne à penser, c'est le récit qu'il a laissé d'une de ses escapades :

"Ne pouvant, dit-il, effacer de son esprit le goût qu'il avait pour l'état militaire, il partit un jour sans prévenir sa parenté et se rendit à Rochefort où était M. de Mousquères, un de ses amis, officier dans le régiment du Maréchal de Turenne. M. de Mousquères aimant le jeu et les femmes lui fit partager ses goûts. En peu de jours, il dépensa tout l'argent qu'il avait porté à son départ d'Auch, bien résolu qu'il était à servir dans le régiment du Maréchal de Turenne. Mais n'ayant que 17 ans, étant sans expérience, n'ayant plus d'argent, ne voulant ni écrire à sa mère pour lui faire part de sa détermination, ni lui demander de l'argent, M. de Mousquères lui fit prêter 240 livres par un de ses camarades et il le détermina à s'en retourner à Auch, ce qu'il fit avec grand regret."

Il est dommage que Cousso n'ait pas jugé à propos de nous laisser le récit de l'accueil que dut lui faire sa famille au retour de cette belle équipée : à coup sûr, la réception dut être chaude. Cependant, il sut donner des gages de son repentir et rassurer sa mère et ses oncles pour l'avenir car nous le voyons "pour plaire à sa parenté" continuer à exercer sa charge de trésorier de France à Auch ...

Il est à présumer que la jeunesse de Cousso empêcha ses concitoyens de lui confier des fonctions électives qu'au reste il ambitionna en vain toute sa vie. Ce lui fut une déconvenue : "aussi, nous dit-il, voyant sa charge supprimée par suite d'une révolution qui semblait vouloir régénérer le gouvernement pour contribuer au bonheur de la nation", il résolut de se rendre à Paris.

Qu'allait-il y faire ? Si l'on s'en rapporte à son dire, la liquidation de sa charge l'y appelait uniquement, mais si l'on considère qu'aussitôt après son arrivée dans la capitale, on le trouve membre influent du club des Jacobins, plongé jusqu'au cou dans les manifestations révolutionnaires, en intime liaison avec les députés les plus en vue des partis avancés : Beauharnais, Mirabeau, Target, Rabaut-Saint-Etienne, Merlin, d'autres encore moins en évidence mais tout aussi turbulents ...

La fortune de Cousso s'était évaporée toute entière et dans un temps très court, en fumée d'assignats, de ces assignats dont Dupont de Nemours disait qu'il fallait en traîner un balot pour payer une paire de souliers ! ...

Il hésita quelque temps à tenter fortune en Angleterre, il se décide brusquement à embrasser l'état militaire, et, entraîné par l'enthousiasme du moment, à se dévouer, comme il le dit, à la défense des frontières menacées.

"Dès que M. Cousso, nous dit-il, eut vu la mauvaise composition de l'Assemblée nationale qui avait succédé à l'Assemblée Constituante, il prévit les malheurs qui allaient affliger son pays et dans l'espoir d'acquérir des connaissances militaires, la guerre s'étant allumée entre la France et l'Autriche, il se détermina à prendre du service dans l'armée. En conséquence, il écrivit d'abord à M. le général Luckner, à Strasbourg, pour le prier de lui procurer du service. Ayant reçu une réponse très obligeante de ce général, il se détermina à se rendre auprès de lui. A peine arrivé à Strasbourg, il fut visiter M. le général Luckner qui l'accueillit avec bonté et l'engagea à lui présenter un Mémoire pour obtenir une sous-lieutenance dans un régiment de troupes légères à cheval ; ce qu'il fit. M. le général ayant reçu le Mémoire de M. Cousso l'adressa au ministre de la Guerre. En attendant la réponse du ministre, M. Cousso entra le 1er janvier 1792 comme volontaire dans le 3e bataillon du Jura cantonné à Bicheveylez. Fixé désormais dans la carrière militaire et témoins oculaire des plus grands évènements, il instruisait son ami Ladrix de tout ce qui se passoit de remarquable. Sa correspondance à ce sujet étoit très étendue : il lui confiait ses pensées les plus secrètes et lui fesait part dans ses lettres de toutes les réflexions que les circonstances lui inspiroient."

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Le 24 mars 1792, il écrit de Strasbourg : "... Je viens de réfuter le Rapport que M. Vaublanc a fait à l'Assemblée nationale sur les Récompenses Militaires et sur les Triomphes à décerner aux Généraux victorieux". Le titre de cette réfutation en est un peu long mais formellement explicite, mais comme il présente l'avantage d'offrir une idée, une sorte d'analyse et d'éclairer suffisamment les intentions de l'auteur, le voici en son entier : Réfutation du Rapport de M. Vienot Vaublanc, fait à l'Assemblée Nationale le 28 janvier 1792, un matin, au nom du Comité d'Instruction publique, sur les récompenses et les triomphes à décerner aux militaires et aux généraux victorieux, et sur le caractère à inspirer à la Nation régénérée, par M. J.-J. Coussod Léchaux, Électeur du Département du Gers, membre de la Société des Amis de la Constitution séante aux Jacobins à Paris, et Officier de Cavalerie. Le contenu de la brochure tient la promesse de ce titre.

C'est une production très curieuse, passablement diffuse et comme il convient imbue toute entière de la pure doctrine Jacobine. Cousso prend, bien entendu, le contre-pied de toutes les idées de Vaublanc sur la matière. Il se perd en disgressions originales : sur l'éducation à faire au peuple, sur les fêtes populaires. Il admet l'octroi de quelques récompenses, mais recommande qu'elles ne soient pas toutes réservées aux militaires : "Pour conserver, dit-il, les droits sacrés que nous avons conquis, établissons des récompenses, mais qu'elles soient communes à tous les citoyens qui auront bien mérité de la patrie". Entre temps et sans doute pour distraire le lecteur, il brosse assez vivement le récit du triomphe de César après la prise du Tiques (sic). Il dénombre son cortège, estime ses prises qui sont, dit-il, de l'ordre de 66.000 talens qu'il évalue, on ne sait trop pourquoi, si ce n'est que le change en assignats en eut paru exhorbitant, à la somme de 12.650.000 liv. sterling. Il serait trop long de suivre Cousso dans toutes ses élucubrations.

Notons cependant cette idée qui en fait un précurseur en matière de législation militaire : il veut changer la formation des conseils de discipline "où le soldat n'est nullement représenté". Il blâme aussi "l'usage servile de faire présenter par les sentinelles les armes aux officiers" et il en donne la raison, c'est que "ces prétendus honneurs fatiguent et le soldat et l'officier" et que "l'on doit s'empresser de proscrire tout ce qui porte un caractère de servitude". Après un pompeux éloge de Robespierre et de ceux qui, comme lui, n'ont jamais dévié, il en revient à une idée qui lui est chère "Multiplions, multiplions surtout les sociétés patriotiques ; qu'il s'y établisse un foyer de lumière dont les rayons s'étendront à tout l'univers ; c'est là que les citoyens apprendront à connoître leurs droits et leurs devoirs". Il termine par une quantité de conseils aux Français ; n'en retenons qu'un, bon à méditer en tout temps et à suivre en tout pays : "Citoyens, surveillez sans cesse vos administrateurs, et faites leur rendre exactement leurs comptes".

Cousso servit, par ses brochures, la cause Jacobine et dut négliger ses obligations militaires, n'ayant pour ainsi dire pas quitté Strasbourg jusqu'aux premiers jours de l'année 1792. C'est à cette époque qu'il fut nommé sous-lieutenant de cavalerie et placé au 10e régiment de Chasseurs à cheval.

Les hostilités ayant été engagées sur le Rhin, le général en Chef Custine ayant marché sur la ville de Spire où il fit environ 3.000 prisonniers, Cousso fut chargé de l'escorte de 1.000 d'entre eux qu'il conduisit jusqu'à Auxerre. A son retour et le 3e escadron ayant été dirigé sur Mayence sous les ordres de M. le capitaine Zellern, M. Cousso partit avec cet escadron pour aller joindre l'armée commandée par M. le général Custine.

[- Aide-de-camp du général Beauharnais, commandant en chef l'armée du Rhin, en 1792.]

LUCON

Dépendant de l'armée de Mayence, Jean-Jacques Douilhé de Léchaux , intègre l'armée de l'Ouest en germinal an II et est envoyé avec un détachement à Luçon, où commandait le général de brigade Guillaume, durant le mois de floréal de la même année.

Nommé membre du conseil de guerre existant alors dans cette ville assiégée, il réfléchit aux solutions pouvant permettre de mettre fin à la guerre de Vendée.

Voyant avec peine le système d'extermination adopté dans la Vendée, il proposa au conseil de guerre de publier une Proclamation pour obvier aux désordres affligeans qu'entraînait ce système de guerre adopté dans cette armée ne tenait nullement à un système régulier d'ensemble, et comme chaque général dirigeait et exécutait partiellement des opérations selon son gré, sans recevoir des ordres du général en chef, il résulta de ce système de grands inconvénients auxquels un Plan d'ensemble d'opérations à exécuter pour toutes les troupes qui composaient l'armée de la Vendée.

La Proclamation et le Plan présentés par M. Cousso furent agréés par le conseil de guerre de Luçon qui fit imprimer et afficher la Proclamation et qui arrête que le Plan serait adressé au général en chef à Nantes. M. Cousso fit imprimer un ouvrage intitulé Notices sur la guerre de la Vendée, dans lequel est inséré ce Plan, qui sans doute eut mis fin à la guerre de la Vendée, s'il eut été adopté. Ce travail fit tant d'honneur à M. Cousso que M. l'adjudant-général Valentin et M. le général Beaupuy chef de l'E.M.G. de l'armée lui écrivirent pour l'engager à accepter les fonctions d'adjoint à l'E.M., mais il refusa ces propositions afin d'être fidèle au système que les circonstances l'avaient déterminé à adopter.

Certificat de l'adjudant-général Valentin reçu plus tard par Cousso :

"Au Q.G. de Vicensa, I brumaire an V (22 octobre 1796)
L'adjudant-général Valentin, chef de l'E.M. de la 5e division, certifie que pendant le tems qu'il a été emloyé à l'armée de l'Ouest, il y a connu le citoyen J.J. Cousso, alors lieutenant au 10e R. de ch. à ch. et que depuis son arrivée au cantonnement de Luçon jusqu'à son départ, il a non seulement tenu la conduite la plus digne sous tous les rapports, soit par son intelligence, soit par sa bravoure dans les actions militaires ; mais qu'encore ayant été nommé membre du Conseil de guerre en considération de ses talens et de son patriotisme, qu'il y a non seulement présenté des plans et des mesures efficaces pour terminer la guerre de la Vendée, mais qu'encore il a manifesté dans toutes les occasions la sagesse la plus éclairée en déployant toutes les vertus qui lui ont concilié l'estime de ses frères d'armes et des généraux ; qu'enfin, je rends hommage au mérite distingué du cit. Cousso en lui délivrant le présent certificat qui n'est que l'expression de la vérité. Valentin."

 

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Le rang d'ancienneté ayant dévolu à M. Cousso le grade de capitaine dans le 6e escadron du 10e Régiment de C. à ch., vu qu'une nouvelle formation avait porté les régiments de cavalerie légère à 6 escadrons. Il prit le 16 frimaire an III (6 décembre 1794) le commandement de la 12e Cie, vacant par la mort du cit. Péant.

A ce point du récit, il nous faut l'interrompre un moment pour nous occuper d'une juridiction avec laquelle Cousso eut maille à partir à deux reprises. Nous voulons parler des Tribunaux Militaires organisés par la Convention à l'exemple de ceux qui suivaient les légions romaines. Ces Tribunaux Militaires composés de juges civils et militaires, connaissaient de tous les crimes et délits commis aux armées, les réprimaient sans délais, sans recours : leurs jugements sommaires étaient, non sans raison, fort redoutés.

Nous ne savons pas précisément ce qui était reproché à Cousso lorsqu'il comparut pour la première fois devant cette redoutable magistrature, mais nous savons du moins que ce fut lorsqu'il siégeait depuis quelque temps déjà au conseil de guerre de Luçon, puisque le 9 thermidor de l'an II (27 juillet 1794), les membres composant ce conseil, le général Guillaume, Ceyras, commandant de la place. P. Zeler, chef d'escadron, lui exprimaient le désir, à la fin d'un certificat élogieux "qu'un prompt jugement le ramenât dans leur sein" et que "ses frères d'armes, lui écrivirent aussi une lettre honorable, après qu'il eut triomphé de son infâme dénonciateur" ...

Quant à la seconde affaire qui amena Cousso devant le tribunal militaire, elle est trop curieuse et retrace avec trop de vérité l'état d'insubordination qui régnait en ce temps-là dans les armées pour que nous la passions complètement sous silence. Voici donc le jugement qui la résume :

"Liberté, Égalité, Justice. Armée de l'Ouest Police Militaire.
Le 11 floréal, 3e année républicaine (30 avril 1795), moi, J.-P. Delaunay, officier de police et de sûreté de la 2e Division de l'Ouest étant présentement à Fontenay-le-Peuple, département de la Vendée, sur la dénonciation qui a été faite par le citoyen Zeler, chef de brigade du 10e R. Ch. à ch., le 23 germinal dernier, contre le citoyen J.-J. Cousso, âgé de trente ans, natif d'Auch (Gers), capitaine de la 12e cie du même corps, prévenu d'avoir, ce même jour-là, dit au citoyen Zeler, son chef, qu'il était un lâche, un Jean-foutre, et de lui avoir proposé de se battre avec lui, au sabre ou au pistolet, j'ai interrogé ledit Cousso, hier, sur tous ces faits, et ayant ensuite convoqué, suivant la loi du 3 pluviôse an 2, concernant l'organisation des Tribunaux militaires, le juré d'accusation, mes deux assistants et moi, après avoir vu et mûrement examiné la dénonciation dont il s'agit et toutes les pièces y relatives : Considérant qu'à la vérité, il est prouvé que le citoyen Cousso a dit au citoyen Zeler, son chef, qu'il était un Jean-foutre, et qu'il lui a proposé un duel ; mais qu'il paroît constant aussi qu'il avoit été vivement provoqué par le citoyen Zeler, en différentes circonstances, et particulièrement, lorsqu'à l'époque en question, et avant que le citoyen Cousso lui eut tenu aucun mauvais propos, il lui dit qu'il avait été de tous les partis, excepté de celui du bien ; considérant aussi que cette proposition de duel, qui paraît avoir eu lieu dans ces premiers mouvements de vivacité que l'homme sensible peut difficilement vaincre, quand il se voit offensé, n'a point été faite publiquement, et qu'elle n'a eu aucune suite fâcheuse, nous décidons, à l'unanimité, qu'il n'y a point lieu à accusation contre ledit Cousso, pour raison des faits dont il s'agit, et, qu'en conséquence, il sera remis sur-le-champ en liberté.
J.-J. Chevreux, capt, au 7e R. de Ch. à ch. ; A. Gaudin, marchand, de cette commune et Delaunay, officier de P. M."

- Employé aux armées des Alpes et d'Italie, a eu un cheval tué sous lui d'un boulet de canon, en chargeant sur une pièce d'artillerie autrichienne, à la bataille de Tarvis, à l'armée d'Italie, en l'an V, dans la division du général Masséna.

- Blessé d'un coup de sabre au coude gauche par un hussard autrichien du régiment de Toscane, au combat de Clagenfurt, après avoir chargé et dispersé une division de hussards autrichiens du régiment de Toscane.

- Nommé chef de bataillon d'infanterie en l'an VI, à cause de sa blessure, étant privé de l'usage du bras gauche et ne pouvant continuer son service dans les troupes à cheval.

- Aide de camp du général Masséna, commandant en chef l'armée du Rhin, en l'an VII (1800).

- Adjudant-général, en l'an VI (1800), et a servi en cette qualité, la même année, à l'armée du Rhin.

- Passé à l'armée d'Italie, en l'an VIII (1801), où il a fait les campagnes de l'an VIII (1801), et de l'an IX (1802).

- Passé en l'an X (1803), dans la division de Ligurie, comme chef d'état-major.

- Réformé en l'an X (1803).

"Le sieur de Cousso était colonel et en activité de service, en qualité de chef d'état-major, à l'époque du 19 mars 1815. Il a donné sa démission de ce grade, le 4 avril suivant, pour se rendre auprès de S.A.R. Mgr. le duc d'Angoulême, à l'armée du midi de la France.
En 1817, il a sollicité sa réintégration dans son ancien titre et sa mise en activité de service, ou sa promotion au grade de maréchal de camp. Cette double demande ayant été rejetée par le ministre de la guerre, le colonel de Cousso a cru pouvoir déférer cette décision à la censure du conseil-d'état "... Mais la requête présentée fut rejetée.

Observations_relatives_au_despotisme_militaire_[

JEAN-JACQUES DOUILHÉ DE LÉCHAUX mourut à Paris (?), le 26 novembre 1823. Il portait le titre de colonel d'état-major.

La famille Douilhé s'éteignit sans doute dans la personne de ce soldat de la Révolution ...

 

(1) Avant la Révolution, il porta le nom de Douilhé de Léchaux qui est le sien, sans conteste. Tous les actes de son dossier militaire sont établis sous le nom de Cousso qui demeura le sien. Il obtint même, le 16 juin 1811, par jugement du tribunal civil d'Auch, une rectification de son état-civil l'autorisant à reprendre le nom de Cousso, qui d'après ses dires aurait été celui de ses ancêtres. Il est surprenant que le tribunal n'ait pas jugé à propos de remonter dans son enquête jusqu'à Jean Douilhé, le sculpteur ... Quoiqu'il en soit, J.-J. Cousso tenait tellement à ce que ce jugement en rectification de son état-civil fut connu qu'il le fit éditer à deux reprises différentes, d'abord à Auch ... et à Toulouse ... et qu'il l'envoya à tous ses correspondants.


Répertoire de la nouvelle législation civile, commerciale et administrative - par M. le baron Favard de Langlade - volume 2 - 1823.

Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers, 1913 - 1931 - 1932 et 1933. 

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LA FLÈCHE - VERRON (72) - BENJAMIN BOURDAIS, PRÊTRE (1745 - 1795)

 

Verron église z

 

Le dernier prêtre de Verron, avant la Révolution, est Maître Benjamin Bourdais, affecté à la paroisse en 1788.

 

Bourdais curé de Verron z


Ce ministre avait prêté serment, mais n'était ni un "intrus", ni un intrigant.

[Il fut élu officier public du conseil général de la commune de Verron, le 20 du mois de ventôse an II (10 mars 1794).

[Le dernier acte signé de sa main est du 30 germinal an second. Il est de suite remplacé par un nommé Bernard, "secrétaire, faisant fonction d'officier public provisoirement. L'abbé Bourdais réapparaît en tant que témoin pour la déclaration d'une naissance, le 14 pluviôse an III (2 février 1795). ]

Ayant imprudemment couché dans sa cure au lieu de chercher comme chaque soir asile à La Flèche, un petit Chouan, "jeune étourdi", le fusilla "malgré l'opposition de son chef, Valence, qui était un enfant de Verron". (Montzey). 

La Flèche extra-muros - Pierre Schilte - 1981

 ♣♣♣

Le 20 pluviôse an III (8 février 1795), Benjamin Bourdais, "ci-devant curé de Verron ... a été tué près de sa porte par les Chouans".

Verron Bourdais décès z

 

AD72 - Registres d'état-civil de Verron

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LA FLÈCHE (72) - LA CROIX DES VENDÉENS - 1793

 

LA FLÈCHE v z


La Révolution a laissé là de tragiques souvenirs. Le 30 novembre 1793, emmenée par Henri de La Rochejaquelein, l'Armée Catholique et Royale, venant de Granville où elle a subi une cruelle défaite, arrive à La Flèche déçue et démoralisée. Elle se dirige vers Angers pour tenter de rentrer en Vendée. "Au mirage de la mer en a succédé un autre, celui de la Loire, plus obsédant et plus tyrannique encore".

Réduite à dix ou douze mille combattants, mais traînant après elle plus de quinze mille vieillards, femmes et enfants exténués par les privations et le froid, cette vaillante cohue va se reposer à La Flèche le 1er décembre. Elle y entre sans coup férir, mais s'y livre hélas ! à de nombreux méfaits (elle incendie entre autres les registres de l'état-civil de Verron).

La "horde valeureuse" ne rencontra alors aucune résistance : la Garde nationale, qui avait pris part en mars aux opérations de Saint-Lambert, préféra éviter une vengeance possible en se dispersant dans les environs ; la municipalité trouva également prudent de gagner Thorée après avoir expédié à la Convention les "instruments du fanatisme" pillés dans les églises.

vendeen 1796 ZZ

A l'arrivée des Vendéens, les Fléchois abandonnés à eux-mêmes en furent quittes pour une compréhensible mais courte panique. Ils ne tardèrent pas à se rendre compte que les insurgés, dépeints comme des bandits sanguinaires, n'étaient plus que de malheureux paysans vaincus, faméliques, exténués par les fatigues et le froid, aux pieds "dévorés par les abcès", qui, malgré les objurgations de leurs chefs, ne demandaient qu'à rentrer chez eux passer l'hiver. Assurément ces affamés dévalisèrent boulangeries, boucheries et autres magasins de comestibles, se firent servir à table par les habitants et pillèrent les armoires et les celliers. A cela rien que d'assez naturel, sembla-t-il, du moment qu'ils n'exerçaient pas de violences sur les personnes ...

Le lendemain, quand les Vendéens, chargés de butin prirent à six heures du matin la direction d'Angers, plusieurs centaines d'éclopés et de malades durent être abandonnés. Alors eurent lieu d'horribles massacres, jusque dans l'église Saint-Thomas où quelques malheureux furent exterminés par les chasseurs mayençais à la grande joie des "patriotes". Les incursions des Vendéens et des Chouans dans le pays fléchois, tantôt héroïques, tantôt inconsidérées, toujours fratricides, eurent, il faut le reconnaître, le plus souvent pour résultat des larmes et des souffrances ...

En souvenir des deux passages des restes de la fière Armée Catholique et Royale fut réédifiée en 1967, au carrefour de l'avenue Rhin-et-Danube et de la route de Malabry, une croix de pierre de Rairie portant l'inscription "Croix des Vendéens - 1793" et un "coeur sanglant" en céramique exécuté par G. Pasquier.

VERRON CROIX DES VENDEENS z

Ce monument élevé vers 1820 était tombé en ruine. Le Comité du Souvenir Vendéen le restaura, acheta à E.D.F. les quelques mètres carrés de terrain qui l'entourent, puis scella sur son piédestal des plaques gravées "à la mémoire des Vendéens, environ 400 hommes, femmes, enfants, morts à La Flèche en décembre 1793", ainsi que des "prêtres baptisés à La Flèche, martyrs de la Révolution : MM. les Abbés J. de Langellerie, René et Jean Lego, P. de l'Angevinière, R. Darondeau, H. Hautreux, L. Marguerit, L. Mondot".

Le 22 février 1968 furent enterrés sans cérémonie au pied de la croix sept crânes ainsi que de nombreux ossements découverts par des terrassiers dans une tranchée ouverte le long du mur du cimetière, ce qui confirme le récit du chirurgien Boucher rapportant que 300 ou 400 Vendéens avaient été enfouis dans une fosse commune en cet endroit.

Extrait : La Flèche extra-muros - Pierre Schilte - 1981

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