La Maraîchine Normande

27 mai 2017

LA HAYE-DESCARTES (37) - RENÉ-FRANÇOIS FRAPIN, CONDAMNÉ A MORT

RENÉ FRAPIN  1773 - 1794 

La Haye-Descartes


Fils de René Frapin, perruquier, et de Marie-Anne Gautier, René-François Frapin, vingt-et-un ans, natif de Lahaye [La Haye-Descartes, né le 20 mars 1773], garçon sellier, volontaire au 7e bataillon de Paris, avait été fait prisonnier par les Vendéens au combat de Châtillon.

FRAPIN RENÉ NAISSANCE z

Pour recouvrer sa liberté, il avait offert de travailler de son métier. Mais il ne s'en était pas tenu à cela. "A cheval, vêtu d'une veste, d'une grande culotte de coutis & d'un chapeau rond, armé d'un sabre", il avait accompagné les Brigands qui escortaient les prisonniers républicains de Beaupréau à Morveau.

Il tombait donc sans rémission sous le coup de la loi.

La Commission militaire de Tours le condamna à mort. L'exécution eu lieu le lendemain, 2 avril 1794. Une répugnante boucherie présida au châtiment, le bourreau achevant au couteau le travail de la machine lassée ou récalcitrante.

Frapin René décès Tours z

Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 1966 - T34

 

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LA POMMERAYE - SAINT-PIERRE-MONTLIMART (49) - JEAN-BAPTISTE-MARIE MARTIN DE BAUDINIÈRE, CHEF VENDÉEN

 

CHOUANS 4

 

Fils de Julien-Charles et de Jeanne-Eulalie Oger, Jean-Baptiste-Marie est né à la Pommeraye (49), [le 20 février 1769].

M. [Martin de] Baudinière a constamment suivi, comme acteur infatigable, les évènements si palpitants d'intérêt de ce noble pays. Sa vie fut toute de dévouement, et il ne manqua jamais l'occasion d'en faire preuve.

 

MARTIN DE BAUDINIERE BAPTEME z

 

Incorporé dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, il lutta pour la défense de cet infortuné monarque contre les fureurs révolutionnaires. Revenant ensuite dans la Vendée avec les généraux Henri de La Rochejaquelein et d'Autichamp, il s'identifia avec son pays. Aucun fait d'armes de l'armée vendéenne ne lui était inconnu ; aide-de-camp de Bonchamps, il était à Saint-Florent-le-Vieil, et là assistait à la mort du héros.

Depuis aide-de-camp de Stofflet, il n'a jamais quitté les armes. Sa mémoire heureuse n'avait laissé échapper aucun détail des mille combats dont il avait pris sa part.

Sa conversation était, pour ainsi dire, une histoire vivante de la Vendée, et il était digne de ce rôle d'historien, car il avait été partout et toujours brave et courageux.

Tous ses compagnons d'armes l'aiment et tous le virent avec plaisir élevé au grade de colonel et décoré de la croix de Saint-Louis.

Il y a des dévoûments qui ne s'usent jamais ; celui de M. Martin était de ce nombre.

Invariable dans ses principes, il les défendit au 10 août, en 1793, 1799 et 1815.

Sa mort ne peut passer inaperçue, car, homme de bien et homme courageux, il emporte avec lui l'estime de tous ceux qui l'ont connu.

L'Anjou Historique - mars 1913 - p. 523 - 525.

♣♣♣

 

MARTIN DE BAUDINIERE ARMES Z

 

Jean-Baptiste-Marie Martin de Baudinière, Écuyer, Colonel, Chevalier de Saint-Louis, époux de Charlotte-Louise-Renée Daniel du Mortier (demeurant à Malines, Belgique), est décédé, à Saint-Pierre-Montlimart, le 4 juillet 1852, à l'âge de 83 ans.

 

MARTIN DE BAUDINIERE DECES z

  

Marié à Saint-Julien-de-Vouvantes, avec Dame  Charlotte-Louise-Renée Daniel du Mortier, née le 14 mars 1786 à Nantes (St-Nicolas), fille de Clément-Louis-René Daniel du Mortier et de dame Charlotte Gigaud, le 27 janvier 1806, il eut deux enfants :

- Clémentine, née en 1812 et décédée en 1813 ;

- Constantin-François, né en 1815 et décédé à Drefféac (44) en 1890.

 

Martin Baudinière signature

 

Annuaire héraldique - Jules Wigniolle - 1902.

AD49 - Registres paroissiaux de La Pommeraye - Registres d'état-civil de Saint-Pierre-Montlimart

 

 

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26 mai 2017

CHICHÉ (79) - MONTGIBAUD (19) - MARIE-JEANNE RICHARD, BARONNE TEXIER-OLIVIER (1776 - 1863)

MARIE-JEANNE RICHARD

RICHARD MARIE JEANNE Z


Marie-Jeanne Richard est née le 6 juin 1776, à Chiché, près de Bressuire, dans une famille plus qu'aisée "dont la culture de la terre et le commerce du bétail étaient la profession". Mais ce n'est pas une famille de petits cultivateurs. Son père était fermier général des ducs de Richelieu pour les terres et seigneurie de Glénay (Pont-Courlay) qu'il acquerra en 1789 - et au moins propriétaire de la châtellenie de Noirterre et du fief et seigneurie des Espoix (paroisse de Luzay), ainsi que des fiefs de Bonnevent et de Donneuil (paroisse de Saint-Varent). Vers 1788, il habitera le château de Glénay.

Glénay Château - Saint-Varent z

En 1793, ayant perdu ses parents, quelques années auparavant, "elle faisait valoir, par elle-même, son domaine de Glénay, sous la tutelle de l'un de ses oncles, demeurant à Noirlieu, un nommé Richardin, dit le Brigand et connu dans la région pour un scélérat et un vrai gibier de guillotine".

Ce Richardin "la pressoit souvent de venir chez lui, la menaçant que si elle n'y venoit pas, les patriotes brûleroient sa maison, et qu'il ne feroit pas ses affaires".

Marie-Jeanne résista assez longtemps, puis céda. Dans les débuts de juillet 1793, elle se retira chez lui, à Noirlieu. Une douzaine de Rebelles, à cheval, étaient venus la chercher et avaient emporté avec eux une charge de linge et d'effets. On la vit partir au milieu d'eux, à cheval elle aussi. [Selon une notice biographique, signée Furlaud en 1849, sur M. L. Texier-Olivier, Marie-Jeanne Richard avait, "à seize ans, commis le crime d'être traînée par une tante, épouse de son tuteur, l'un des chefs de l'insurrection, à la suite de l'armée vendéenne".]

 

A partir de ce moment, elle avait suivi les troupes de l'Armée Catholique et Royale dans toutes leurs marches jusqu'à la déroute du Mans où Richardin avait été tué, et elle-même faite prisonnière. Elle avait alors été transférée à Tours pour y être traduite devant la Commission Militaire.

Le procès dura quelque peu puisqu'il connut trois audiences - les 5, 15 et 16 mars - et que l'huissier de la Commission fut délégué à Glénay afin d'enquêter sur place. Marie-Jeanne, à laquelle on manifestait plus d'égards qu'il n'est coutume, avait toujours affirmé qu'elle avait été conduite chez Richardin malgré elle, et qu'elle l'avait suivi contre son gré. Le noeud du procès se situait là : y avait-il eu ou non contrainte ?

A Glénay, Herpin (Pierre-Louis) obtint de la Municipalité un certificat extrêmement favorable, sans qu'il y fût pourtant parlé de contrainte. Sur ce dernier point - Herpin avait peut-être travaillé en ce sens - tous les témoignages entendus par la Commission Militaire furent unanimes : l'inculpée, véritable patriote, avait eu la main forcée. Furent unanimes, sauf l'un d'eux, serviteur congédié, qui manifesta quelque réticence : "Lorsque les brigands se furent répandus dans tout le pays, son oncle vint souvent chez elle, lui fit sentir qu'il étoit maître actuellement, qu'il feroit ses affaires, l'engagea encore à venir chez lui, et qu'alors il lui parut que les principes de la fille Richard avoient changé, et que ce fut alors qu'elle s'en fut, ou fut emmenée chez son oncle par dix ou douze brigands ; qu'à l'époque où elle s'en fut, les municipaux de Glénay étoient en fuite ..."

Marie-Jeanne Richard est donc acquittée solennellement et aux acclamations d'un Peuple immense. Qui a écrit ces derniers mots ? Texier-Olivier en réponse aux accusations de Sénar : "Les Brigands de la Vendée en évidence. Ce fut lui qui épousa la fille Richard, sans dédaigner le soupçon de son crime" (révélations puisées dans les cartons des Comités de Salut Public et de Sûreté générale ou Mémoires inédits de Sénar, Pris, 1824). En effet Marie-Jeanne Richard deviendra Madame Louis Texier-Olivier.

Si l'on confronte certaines dates, l'on en déduit que les Texier-Olivier se sont peu connus avant le mariage, et dans quelles conditions ! Marie-Jeanne Richard arriva dans les geôles tourangelles à la mi-décembre et les quitta le 16 mars. Louis Texier-Olivier fut arrêté le 9 février (1794) et transféré aussitôt à Paris. Lavé des accusations qui avaient été portées contre lui, il reprenait ses fonctions d'administrateur du département le 4 juin. Le même jour, à six heures de l'après-midi, Brutus Bruère puîné l'unissait à Marie-Jeanne Richard, pour le meilleur et pour le pire, en présence des quatre témoins nécessaires dont Louis-François Devaulivert et Pierre-Louis Herpin ... ces deux noms associés à celui de l'époux expliquant peut-être la clémence de la Commission Militaire.

Si les fiançailles - à supposer qu'il y en ait eu - avaient été quelque peu dramatiques, la lune de miel ne le sera pas moins. Le 24 juin, Sénar faisait arrêter Madame Texier-Olivier qui était conduite à Paris pour y être traduite devant le Tribunal Révolutionnaire ... "Oui, Sénar, j'épousai celle que depuis, dans ta soif du sang humain, tu arrachas de mes bras pour la conduire à la tuerie du 22 prairial ; que tu tins vingt jours enfermée au secret, que tu exposas sur une charrette découverte pendant huit jours, à l'ardeur dévorante du soleil, que tu fis conduire de cachots en cachots jusqu'à Paris, que tu plongeas dans l'un des mille réservoirs des buveurs de sang à qui tu présentais la coupe, et que la Révolution du 9 Thermidor a rendu à mes embrassemens, et aux voeux de tous les amis de la justice. Présente à tous ceux que tu cherches à induire en erreur par tes calomnies, tes suppositions, le jugement du 26 ventôse qui acquitte mon épouse, l'arrêté motivé du Comité de Sûreté générale, du 16 Thermidor, ils la garantissent à jamais des nouvelles attaques de ton Cannibalisme, et ma tendresse saura la venger des injures dont tu cherches à l'accabler". (La Théorie des Conspirations mise à découvert, p. 48)

Mme Texier-Olivier recouvrait donc sa liberté le 3 août 1794.

Mort, Sénar devait l'injurier encore. Dans ses Mémoires parus en 1824, on y lit ceci : "C'était dans cette société - la Société populaire - qu'allait s'étaler la fameuse Richard, femme Texier, prostituée des rebelles, vendue à la seconde Commission Militaire qui savait si bien poursuivre les républicains, protéger les rebelles et leurs complices, et trahir ses devoirs".

Ajoutons pour terminer que le ménage fit son chemin ... il fut préfet ... elle fut baronne.


Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 1966 - T34

 

♣♣♣

 

MARIE-JEANNE RICHARD VEUVE TEXIER-OLIVIER est décédée à l'Hortolary, commune de Montgibaud (19), le 18 décembre 1863, à l'âge de 87 ans.

 

Richard Marie-Jeanne décès z

 

♣♣♣

 


Louis Texier-Olivier est né à Reignac, le 3 avril 1764, de Louis-François, "receveur au château de Reignac" et de Louise-Renée Hubert. Il fut tenu sur les fonts baptismaux par Me Pierre-Louis Hubert, conseiller du Roy, notaire à Tours, son oncle maternel, et par Françoise Poullet de Roches, veuve Marc Texier-Olivier, sa grand-mère paternelle.

Son père, Louis-François, était veuf en premières noces de Marguerite-Angélique Rossignol, fille de Me Pierre Rossignol, notaire royal à Reignac, et de Marguerite de Lhommaye.

Son grand-père, Marc, sieur des Roches, ancien lieutenant d'infanterie avait pris sa retraite dans la paroisse Saint-Jacques de Reims.

A la Révolution, Louis Texier-Olivier est clerc de procureur à Paris. Il revient en Touraine en septembre 1789, s'installe à Tours et devient "défenseur officieux".

C'est au sein de la Société des Amis de la Constitution que Louis Texier-Olivier fait ses premières armes. Il en est secrétaire. Le 14 mars 1791, il fait partie de la délégation de cette société, qui est chargée de se rendre à Écueillé afin d'apporter à l'abbé Suzor, qui vient d'être élu évêque du département, les félicitations de la société.

Mais c'est en 1792 seulement qu'il prend une part active à la vie publique. Le 5 juillet, il est nommé membre du Bureau de conciliation, et le 12 septembre, il est élu administrateur du département d'Indre-et-Loire.

A partir de cette date, son activité est double ; société populaire et administration du département se partagent ses talents.

Dès son ascension, il trouve Sénar sur son chemin. Les deux hommes se livrent un duel impitoyable. Sénar faiblit un moment mais remonte sur le pavois et son associé Mogue parvient à faire arrêter Texier-Olivier, qui est transféré à Paris.

Texier-Olivier reste quatre mois en détention, se justifie, rentra à Tour, et se marie dès son arrivée.

Ne pouvant espérer l'abattre, Sénar s'en prend alors à Marie-Jeanne Richard, sa jeune épouse, qui a été acquittée quelques mois auparavant par la Commission militaire. Il la fait arrêter moins de trois semaines après le mariage. Elle sera mise au secret, traînée à Paris, enchaînée dans un chariot découvert, souffrant du supplice de l'ardent soleil d'été et enfin jetée dans une geôle où elle n'évitera la guillotine que de justesse.

Après la chute de Robespierre, Texier-Olivier poursuit une carrière heureuse. Il reste administrateur du département jusqu'au jour (22 décembre 1795) où il devient Commissaire du Pouvoir Exécutif près de l'administration du département d'Indre-et-Loire.

Élu au Conseil des Cinq Cents, le 13 avril 1798, il est choisi comme secrétaire de cette assemblée.

Il associe ensuite sa fortune à celle de Bonaparte. Le 2 mars 1800, il est préfet des Basses-Alpes ; de 1802 à 1814, préfet de la Haute-Vienne. Baron d'Empire, il devient membre de la Légion d'honneur.

Révoqué à la Première Restauration, il joue un rôle de premier plan pendant les Cent Jours.

Disparaissant de la scène politique en 1815, il meurt à l'Hortolary (Corrèze), le 23 juillet 1849, dans sa quatre-vingt-sixième année. (Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 1945)

 

 

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De leur mariage est née Louise-Virginie Texier-Olivier, née en 1795, mariée à Limoges, le 18 mars 1813, avec François-Magloire de Beaune.

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21 mai 2017

SAUMUR (49) - LES HORREURS DE LA TOUR GRENETIÈRE

LES HORREURS DE LA TOUR GRENETIÈRE

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Le simple profane ou le visiteur qui déambule à travers les rues de notre ville demeure toujours fortement impressionné par l'imposante majesté, la solitude étrange et l'aspect terrifiant de la Tour Grenetière, encastrée dans les dépendances de la Gendarmerie.

A première vue certes, on ne sait que penser de ce donjon isolé, aux proportions gigantesques dont les murs épais sont à peine percés de fenêtres, mais bien plutôt de lucarnes étroites solidement bardées de fer.

Cet ouvrage militaire faisait partie de la ligne puissante des fortifications du vieux Saumur, avec une ressemblance étrange à la Tour Cailleteau, de dimensions identiques, à proximité du Théâtre, mais dont les ruines sont aujourd'hui enchâssées dans les habitations, alors que jadis elle défendait le "port de la Billange". Soulignons que l'enceinte de la ville fut remaniée en 1498 ...

Par sa disposition et son emplacement, cette Tour, sans aucune appellation de l'époque, occupait l'angle extrême sud de la défense et gardait ainsi la route du Poitou, puis la partie sud-ouest. Elle devait jouer, dans l'histoire locale, un rôle et prendre un nom que bien des Saumurois ignorent certainement. On est encore loin de la gabelle et du grenier à sel dont je veux vous entretenir précisément.

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Le mot GRENETIÈRE provient de ce que, au commencement du XVIIe siècle, la Municipalité de Saumur utilisait la Tour pour y entasser, pendant les années d'abondance, les céréales panifiables à distribuer aux pauvres, aux heures de disette : oeuvre charitable par excellence et ainsi cette Tour, transformée en "grenier", ne pouvait être plus judicieusement appelée.

De corne d'abondance cependant la Tour allait se métamorphoser en une géhenne, un lieu d'horreurs et de souffrances et de froides gémonies où des condamnés suaient leur agonie et languissaient après la mort.

Mais avant d'entr'ouvrir les portes de ces cachots affreux où chaque dalle semble rendre de longs gémissements, voyons quelles furent, dans la suite, la destination de ce "grenier" que l'on devrait appeler la "Tour des Suppliciés".


Loin de moi toute idée de remonter aux origines des tragiques épopées des "faux-sauniers", me contentant de fixer approximativement la date à laquelle la Tour Grenetière de Saumur devait servir de refuge provisoire à ces sinistres trafiquants, condamnés aux galères.

On peut la situer vers 1694, car le document le plus ancien que j'aie trouvé, où il soit question de la Tour de Saumur, remonte au 4 février 1695 et émane d'une ordonnance de l'Intendant de Miromesnil au sujet de la nourriture et du traitement des prisonniers ; après quoi celui-ci ajoute :

"... Comme aussi enjoignons audit Pointeau (adjudicataire général des gabelles) ou ses commis, de faire incessamment convertir les fers que les condamnés en la Tour de Saumur ont aux pieds par couple, pour les attacher par le cou, ainsi qu'il est usité à la Tournelle de Paris ..."

En bref, voilà déjà un coin du voile levé sur les tortures des faux-sauniers.

Ces malheureux, pour encourir les condamnations aux galères, devaient être en état de récidive ou faire partie d'une bande de dix contrebandiers en armes. Ceux insolvables, condamnés à une amende, voyaient leurs peines transférées en années de galères.

Dans l'expectative de cette terrible sanction des prisons furent créées où, provenant de plusieurs généralités, ils attendaient dans ces cachots, le passage de la chaîne. Telle serait la destination de la Tour Grenetière : elle demeurera dans l'histoire la plus mortelle des prisons jusqu'à l'abolition de la "gabelle".

A la fin du XVIIIe siècle, en Anjou, on comptait seize "greniers à sel".

Celui de Saumur était de vente volontaire pour la ville et ses faubourgs seulement : il était d'impôt pour les autres paroisses. Chaque paroisse du ressort du grenier d'impôt était obligée de faire enlever la quantité "pour le pot et la salière" à laquelle elle avait été taxée d'après sa population. Cet impôt donnait lieu à une contrebande active réprimée avec vigueur. On comptait de 98 à 100 paroisses environ du ressort du grenier à sel de Saumur.

La contrebande était considérée comme un crime odieux ; il n'y avait aucune pitié pour les faux-sauniers prisonniers ; on les fuyait comme des pestiférés et les objets leur appartenant était eux aussi frappés d'anathème et de l'épithète infamante de "ignobles". Mêle les montures ayant porté du faux-sel, subissaient la vindicte publique ; on écartelait ces pauvres chevaux et leurs membres étaient dispersés aux quatre vents, dans les campagne, pour éviter toute infection.

Extraits des prisons, les contrebandiers étaient, la plupart du temps, dirigés en chaîne sur Marseille, afin de devenir rameurs sur les galères du roi. Mais revenons aux cachots saumurois d'où ils sortaient pour une grande part.

La Tour Grenetière, la plus haute des cinq tours principales défendant l'enceinte de la ville, est semblable d'ailleurs au fameux donjon de Coucy, construit entre 1225 et 1230. Elle a 11 mètres de diamètre minimum intérieurement et 35 mètres environ d'élévation : les murs mesurent quatre mètres d'épaisseur à la base et deux au sommet.

Elle est composée de trois étages, partagés par de solides planchers sur solives de chêne, le tout couronné d'une terrasse reposant sur une voûte. On accède à cette merveilleuse plateforme, au panorama ravissant, par un escalier, enfoui jusqu'au premier étage dans la muraille ; il se continue en ormeau massif.

Chaque étage est doté de latrines encastrées dans l'épaisseur du mur, fermées par des portes en chêne de six centimètres. Les diverses portes des pièces ou chambres sont garnies de verrous et de lourdes barres de fer ; ces deux modes de sûreté ferment à clef, ainsi que le guichet et le judas pourvu d'énormes serrures.

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Les croisées exiguës sont armées de barreaux de fer de trois centimètres de section, ce qui n'empêche pas certains d'avoir été sciés, comme on peut s'en rendre compte, preuves évidentes d'évasion.

La salle du rez-de-chaussée servait de logements au concierge et aux gardiens. Seules trois chambres hautes avaient été transformées en prison ; chacune aérée par une seule ouverture fort étroite, genre meurtrière. Dans celles-ci on voit encore sur les solives du plancher des traces de pieds de faux-sauniers enchaînés et condamnés à demeurer, au même endroit, pendant des semaines et des semaines.

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Tirons ces verrous rouillés ; la serrure énorme grince lugubrement ; la porte tourne sur ses gonds avec un bruit sourd. Reportons-nous, par exemple vers 1710, à cette époque où les faux-sauniers sont légion et où la contrebande bat son plein. Les prisons elles aussi regorgent et en particulier la Tour Grenetière.

Les salles sont presque sombres et un air de moisissure se dégage ; l'humidité pèse sur les épaules. Je ne sais quelle odeur de larmes sous les voûtes, quelle sueur des murs, coulant à larges gouttes, ne vous saisissent à la gorge. Des spectres apparaissent dans une pénombre ; ils semblent se mouvoir, s'agiter ; des bruits de fer retentissent, les chaînes bruissent sur les épais parquets.

Quelques-uns des prisonniers, libérés d'entraves aux pieds, mais attachés par le cou, semblent se pousser, se bousculer et même lutter pour tenter d'approcher des étroites ouvertures ; leurs silhouettes se détachent en clair de la muraille obscure. C'est à qui humera, aspirera l'air bienfaisant, arrivant du dehors plus frais, vivifiant à cette hauteur d'une vingtaine de mètres du sol. Les bouffées en étaient si rares cependant que l'atmosphère se renouvelait difficilement, tant la paille servant de litière était contaminée. D'ailleurs les gardiens la remplaçaient avec parcimonie, d'où une pollution constante par une vermine abondante.

Quoi d'étonnant à ce que les hôtes de la Tour Grenetière n'aient des aspects cadavériques et tombent comme des loques ; la plupart étaient squelettiques, la poitrine constamment haletante ou secouée par des spasmes, des sanglots ou des déchirements. Ils étaient malades ou atteints d'affections contagieuses, dont la plus bénigne n'était autre qu'une gale opiniâtre.

Dans les coins, quelques faux-sauniers gisaient lamentablement, portant des plaies infectées, parfois sanguinolentes, souvent purulentes ; c'étaient de fortes têtes qui, lors de leur entrée en prison, tentèrent de brûler la politesse aux gardiens ; ces derniers avaient tiré à balle sur eux ; ils traînaient leur châtiment.

Si les souffrances ne se comptaient plus dans les lugubres cachots, la mort, elle aussi, clairsemait souvent ces malheureux par trop entassés ; c'était d'ailleurs fatal à chaque recrudescence de faux-sauniers.

Lors d'une grande disette, vers 1709-1710, une contrebande active s'ensuivit et les faux-sauniers surgirent en masse : on dut alors doubler les brigades de gardes ; en conséquence la Tour ne manqua pas d'hôtes. Elle en reçut à un tel point que, le 27 avril 1709, Turgot, l'intendant de la Généralité de Tours, écrivit au Contrôleur général, à la suite de l'internement de 53 faux-sauniers, dans chacune des chambres de la Tour, de Saumur, que "la maladie se mettra dans cette prison si l'envoi de la chaîne est retardé". En effet 14 prisonniers décédèrent : l'année suivante, les trois chambres étant encore plus encombrées, 25 succombèrent.

Hélas, la famine frappait terriblement en l'année 1711 ; la contrebande grandissait au prorata de la carence de biens. Les sanctions s'abattirent sur les faux-sauniers ; les cachots saumurois regorgèrent de captifs ; on en comptait 50 à 60 par chambre. Alors ce fut déplorable ; jugez du spectacle de ces malheureux enfermés et entassés en ces milieux infects ; dans la paille pourrie grouillait une vermine néfaste : la dysenterie, la peste décimaient sans trêve ni merci.

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Quand parfois le geôlier les sortait, les uns ou les autres, sur la plate-forme, ils s'abattaient roides morts, terrassés par l'air vif.

Cependant, en ville, on eut vent des tortures infligées aux faux-sauniers ; l'opinion s'émut et l'autorité ecclésiastique en fut saisie. Alors l'abbé Le Brun, curé de Nantilly et son vicaire, l'abbé Godineau, adressèrent une plainte à Monseigneur Poncet de la Rivière, dont les points essentiels sont les suivants :

1° Ouvrir une autre fenêtre dans chaque chambre pour former un courant d'air ;
2° Ne pas entasser un si grand nombre de prisonniers dans le même local ;
3° Enjoindre au concierge de transporter les moribonds à l'Hôtel-Dieu ;
4° Donner un peu de vin aux malades ;
5° Mettre plus souvent de la paille fraîche.

L'évêque transmit ces doléances au Contrôleur Général des Finances Desmarets, en les appuyant. Les résultats de cette requête furent presque nuls. Les seuls ordres consistèrent pour le concierge de changer la paille et pour le gardien-chef d'attacher les détenus deux à deux par les pieds au lieu du cou.

Aussi pour ces malheureux, le passage de la chaîne était considéré comme une véritable délivrance et ils l'attendaient avec impatience, mais elle n'avait que deux ou trois fois par an.

A ce moment pathétique, quand l'argousin venait chercher les condamnés, on faisait sortir les plus valides, pour partir sans retard, en les marquant alors des lettres infamantes G.A.L., de façon à les reconnaître en cas de fuite ; puis on les ferrait à la chaîne.

Le sinistre cortège traversait la France : mais, sur le passage, les populations s'enfuyaient au lieu de s'apitoyer sur le sort de ces malheureux décavés, loqueteux, méconnaissables, qui souvent mouraient en route.

En 1710, il y eut une telle pléthore de galériens inoccupés qu'on en comptait 200 le 20 mai en notre ville ; on en expédia 150 dans l'île de Saint-Domingue et de ce fait 40 prisonniers furent extraits de la Tour Grenetière.

Au cours de l'année 1714, la chaîne passa quatre fois à Saumur ; quelques mois plus tôt, on eut pu libérer de nos geôles 245 faux-sauniers.

On en prélevait également un petit nombre pour servir dans l'armée ; une fois trois, une autre fois 14 pour en faire des soldats. Mais ces faux-sauniers étaient bientôt repris par leur louche métier et ils désertaient pour recommencer la contrebande et, pis encore, ils entraînaient souvent des camarades dans leurs escapades dangereuses.

Au XVIIIe siècle le faux-saunage fut d'autant plus actif que le prix du sel de gabelle augmentait considérablement ; l'attrait du bénéfice était déterminant.

Le roi Louis XV, après avis du Conseil d'État, décida le 3 juillet 1742, de créer un Tribunal d'exception à Saumur, près de la Tour Grenetière : d'où une commission avec compétence nettement délimitée. (Tels sont les termes du document officiel).

Le premier juge en fut Hériard, installé le 1er août 1743 : il avait les pleins pouvoirs, lui seul rendait les sentences, aucun recours pour en appeler de ses jugements. Aussi la prison préventive de la Tour ne fut jamais plus encombrée qu'au lendemain de cette institution de la Commission de Saumur, qui condamnait aux galères et à l'amende ou à l'amende seule.

L'installation eut pour conséquence d'incarcérer de nombreuses femmes, comme prisonnières préventives, en attendant le jugement ; on pense quelle promiscuité s'instaura alors avec les prévenus de toutes sortes. Il n'y eut, paraît-il, pas de spectacles plus choquants, plus affreux dans cette ambiance nauséabonde décrite plus haut, où les captifs vivaient ignominieusement.

Cependant, ces faux-saunières jouissaient à la Tour Grenetière de quelques faveurs ; en cas de maladie, elles étaient soignées par un médecin : ou bien alors on hâtait la sanction pour en décider sur leur sort. Si le praticien estimait que leur état n'imposait pas un transfert à l'Hôtel-Dieu, alors celles-ci étaient admises à sortir dans une petite cour pavée où elles prenaient l'air et la lumière indispensables à leur débilité.

Les peines afférentes à la conduite des faux-saunières furent : l'amende, le fouet ou le bannissement. C'était relativement bénin à côté des galères ou des années d'incarcération dont nous avons été ici le témoin. Les amendes étaient rarement soldées ; quant à être fustigées, ces femmes s'en moquaient, y étant quasiment endurcies, car les mauvais traitements ne manquaient pas à cette époque. Quant au bannissement ou à l'interdiction de séjour, elles n'en faisaient absolument aucun cas.

Le 21 mars 1790, la gabelle était enfin abolie ; le lendemain, la Tour Grenetière ouvrait toutes grandes ses portes, car il devenait désormais impossible de se livrer à ce rude gagne-pain ...

A regarder placidement l'imposante Tour Grenetière dominant l'agglomération saumuroise, qui songe encore à tant de drames, de souffrances et de morts ? Et pourtant cela exista jadis car ces immenses murs ont étouffé bien des sanglots.

En admirant la haute et massive silhouette, ayons, pour ces vieilles pierres, un peu de gratitude eu égard à la destination bienfaisante qui lui valut son nom, mais aussi beaucoup de pitié et de commisération pour ce "linceul dissimulé" de tant de vies humaines.


A. Girouard - Société des lettres, sciences et arts du Saumurois - 36e année - n° 94 - Juin 1945

 


 

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LES VENDÉENS EMPRISONNÉS A LA TOUR GRENETIÈRE

Il y eut à Saumur, pendant la Terreur, trois maisons de détention, sans compter l'église de Nantilly, qui servit à enfermer les prisonniers vendéens. C'étaient : la prison de la tour Grenetière, celle de Boisayrault et celle de Fay, deux maisons d'émigrés, aménagées dans ce but. On y incarcérait surtout des femmes.

L'ancienne prison, située sous le château, avait été évacuée au commencement de l'année 1791 et les prisonniers avaient été enfermés dans une grosse tour des remparts de la ville, voisine du Grenier à sel (delà son nom de tour Grenetière). La nouvelle prison pouvait contenir une centaine de détenus. Lorsqu'au mois de juillet 1793 la population des maisons d'arrêt augmenta subitement, elle se trouva trop petite. La ville dut louer une maison voisine de la Tour (la maison Bricet dont le propriétaire avait été tué à l'affaire de Vihiers), pour y établir un corps-de-garde. On mit aussi des prisonniers dans la petite tour (rue du Prêche), dans la chapelle, dans le préau que l'on fit couvrir, en un mot partout où il en put tenir.

Une galerie couverte reliait la prison au Tribunal établi dans l'ancien palais de la cour des Aides ; enfin la gendarmerie occupait une maison située entre la rue Paucordier et celle de la Petite-Douve.

Le citoyen Bouchard (1) était chargé du service de la prison de la Tour Il avait trois ou quatre aides. Un poste, commandé par un lieutenant, l'aidait à garder les détenus.

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Quel fut, à un moment donné, le nombre des personnes enfermées dans les trois maisons d'arrêt de Saumur ? Il est difficile de le préciser. Le premier recensement officiel est du 9 germinal an II (29 mars 1794). Il y avait, à cette date, dans la prison de la tour Grenetière, cent trente-trois hommes et cent neuf femmes ou enfants. Celle de Boisayrault contenait douze hommes et dix-neuf femmes ; celle de Fay, dix-sept femmes. Or la Commission militaire exerçait ses fonctions depuis le mois de juillet et avait déjà bien contribué à "dégorger les prisons". Le citoyen Cailleau rendant compte à la Commune d'une visite qu'il avait faite en frimaire, à la Tour, estimait à quatre cents le nombre des détenus de cette seule maison.

Le 12 thermidor, il y avait encore dans cette prison, sans compter les hommes au cachot, vingt et un brigands, quatre-vingt-sept femmes et quatre-vingt-trois militaires. Enfin en frimaire an III, c'est-à-dire cinq mois après la mort de Robespierre, le représentant du peuple Bézard fit mettre d'une seule fois en liberté soixante-seize détenus, dont cinquante-trois femmes.

Il est facile d'imaginer quel pouvait être le régime de ces maisons de détention. Tout simplement effroyable : une botte de paille de dix livres, que l'on changeait tous les quinze jours, pour se coucher ; seize onces de pain par jour et de l'eau pour se nourrir. Dans les chambres où ces malheureux couchaient entassés, ils se roulaient dans leurs ordures. Il n'y avait ni baquets, ni latrines. Ce fut seulement en frimaire, à la suite de la visite faite par Cailleau et David, que le citoyen Meignan, architecte de la ville, reçut l'ordre de faire faire vingt baquets et de faire creuser, dans la cour de la prison, deux trous couverts de madriers pour les vider. Aussi l'odeur qui régnait dans ces charniers était-elle si répugnante que le citoyen Gautier, substitut de l'Agent national, demanda à être dispensé des visites qu'il devait faire dans les prisons, ne pouvant y aller "sans avoir mal au coeur et la fièvre".

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C'est sur ce fumier que de misérables femmes accouchaient ; que des enfants de quatre ans, de deux ans, de quelques mois jouaient. Rongés de gale et de vermine, ils respiraient les miasmes mortels du typhus qui couchait sur leurs lits de paille jusqu'à quarante malades en un seul jour. Il n'était administré aucun remède à ces misérables ; ils n'avaient ni soupe ni bouillon, mais seulement du pain et de l'eau. Les officiers de santé chargés de les visiter ne pouvaient rien obtenir, et le médecin Ydrac, qui cependant n'était pas tendre et ne s'apitoyait pas facilement sur les sort des "brigandes", demandait que du moins les femmes en couche fussent transportées à l'hôpital. Il ne put l'obtenir.

Aussi la mortalité était-elle effrayante. Il y eut à la prison de la Tour jusqu'à onze décès par jour et du 3 juillet 1793 au premier janvier 1794, c'est-à-dire dans l'espace de six mois, on déclara 1.699 décès à la mairie. Les fossoyeurs ne pouvaient suffire ; on enlevait les morts dans des tombereaux et on les enterrait tout nus.

On ne peut accuser la municipalité de ce manque total d'humanité. Le Comité révolutionnaire avait été chargé, par les représentants, de la police des prisons, c'est lui le vrai coupable.

Lorsque la grande Terreur fut passée et que la Commission militaire eut été dissoute, le Conseil de la commune chercha à adoucir le sort des détenus. On donna quelques livres de viande pour faire du bouillon aux malades et on décida qu'ils seraient soignés dans l'hôpital établi dans l'ancien couvent des Ursulines. Les hommes furent placés dans la chapelle ; les femmes dans le réfectoire. Beaucoup de ces dernières nourrissaient ; par ordre de Berthelot, médecin en chef de l'hôpital, leurs enfants leur furent enlevés, le lait de ces malheureuses étant contaminé à la suite de leur séjour dans les prisons. Quant aux enfants plus âgés, le Comité de surveillance ayant reconnu "que la nation ne pouvait avoir d'animadversion pour des prisonniers de cet âge", cent cinquante-trois furent confiés aux soeurs de la Providence.

On fit aussi cesser le scandale de ces enfouissements qui révoltaient les Sans-Culottes eux-mêmes.

Avant la Révolution chaque église avait son cimetière particulier, qui déjà trop rempli à cette époque, fut en peu de temps tellement encombré de cadavres qu'il devint un foyer d'épidémie. La Société populaire adressa, à ce sujet, de vives représentations au Conseil de la commune. "Agissez vite et révolutionnairement, magistrats, lui disait-elle ; il s'agit de la conservation de l'espèce humaine et de l'existence de nos concitoyens". Elle demandait aussi, au nom de l'égalité que tous les morts eussent un cercueil.

L'agent national Mongazon, chargé de trouver un terrain convenable, proposa, pour "Champ du Repos", une pièce de terre située près de la Fuye. Mais, comme il aurait fallu détruire une partie de la redoute de Chaîntre, l'autorité militaire s'y opposa. Enfin une commission, composée du citoyen Cailleau et de deux autres membres, choisit un terrain situé à droite de la route de Doué. Ce terrain appartenait à Valois-Boisbérard. Comme il était émigré, la ville s'empara du champ sans autre formalité. On exigea aussi que le citoyen Thibaut, fossoyeur en chef, agit avec plus de décence. Il dut faire creuser à l'avance six fosses, d'au moins cinq pieds de profondeur et on lui défendit de dépouiller les cadavres de leur linceul et de les enterrer nus, selon son habitude. Enfin on lui enjoignit de se procurer une voiture couverte, peinte des trois couleurs, pour transporter les morts au "Champ du Repos".

La mort n'était pas l'unique moyen d'échapper à l'enfer des maisons d'arrêt ; quelques détenus parvenaient à s'échapper, dans ce cas les geôliers étaient incarcérés à leur place, la loi de brumaire les rendant responsables de leurs prisonniers. La veuve Bouchard, geôlière de la prison de la Tour, en sut quelque chose. A la suite d'une évasion, elle fut arrêtée avec ses trois aides Guitton, Grosbois et Coutard. Elle échappa à grand'peine à la mort, d'autant plus qu'on lui demandait compte de quarante détenus, inscrits sur son registre d'écrou, dont on ne put jamais connaître le sort.

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A la mort de Robespierre, il y eut dans la maison d'arrêt de Saumur, comme du reste dans toutes les prisons de France, une sorte de révolte. Les prisonniers demandaient à être jugés, menaçant de se procurer la liberté de vive force si on ne faisait pas droit à leur demande. Sur les instances de la municipalité, Mandard, officier de police de l'armée de l'Ouest, se transporta à Saumur, et après un interrogatoire sommaire, mit en liberté un grand nombre de détenus. Quelque temps après, la seconde Commission militaire siégea à Saumur, du 5 floréal an III (24 avril 1795) au 3 vendémiaire an IV (25 septembre 1795). Elle jugea 237 détenus. Il n'y eut pas une seule condamnation à mort.


(1) Bouchard mourut du typhus en janvier 1794. Sa femme lui succéda, avec Guitton, ancien huissier de Langeais, comme premier aide. Les concierges des maisons de Boisayrault et de Fay étaient les citoyens Charbonneau et Poitou. Bouchard avait un traitement fixe de 400 fr. par an. Il recevait en outre 2 fr. par jour.

Desmé de Chavigny - Revue Historique de l'Ouest - 1892 (A8)

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SAINT-AUBIN-DE-BAUBIGNÉ - RORTHAIS (79) - MORT DU CURÉ CONSTITUTIONNEL DE SAINT-AUBIN-DE-BAUBIGNÉ

SAINT-AUBIN-DE-BAUBIGNÉ (79)

Le Gué aux Canes 3 Z

Ancien religieux récollet d'un couvent de Parthenay, Delafargue vint s'installer à Saint-Aubin-de-Baubigné comme curé constitutionnel.

Il y fut mal accueilli et fut tué le 20 juillet 1793, sur la route de Châtillon, près du lieu-dit "Le Gué aux Canes".

On l'enterra sur place.

Extrait : Le Pays du Bocage - Maurice Poignat - 1984

♣♣♣


Quelques lignes de son journal :

"Les objets que je vais mettre le plus en ordre qu'il ne sera possible, ce qui ne sera pas très difficile étant le premier curé constitutionnel et ayant tout le monde contre moi, par l'éloignement que le sieur Rabin, mon prédécesseur, plus fanatique qu'éclairé, qui a tellement égaré ses ci-devant paroissiens, que mes successeurs ne pourront se faire la moindre idée de ce que j'ai eu à souffrir dans les premières années, pour la révolution qui s'est opéré en France, dont la génération suivante aura seule l'avantage. Je ne mais ces notes que pour n'être pas blamé de mes successeurs, qui pourraient taxer de négligence d'avoir laissé se perdre le peu que le curé pouvait conserver dans une aussi grande révolution ... J'ai conservé ce livre avec soin ne pouvant prévoir ce qui pourrait arriver dans un temps où on ne devait plus douter de rien, ny compter sur rien, pas même sur son existence, ayant toujours tout à craindre pour sa vie d'un moment à l'autre.
Ce 13 juin 1792, l'an quatrième de la liberté.
Delafargue P. curé constitutionnel de St-Aubin"

Le curé Delafargue sera assassiné le 20 juillet 1793 (il en avait eu le pressentiment). La seule oraison funèbre dont le gratifiera son prédécesseur, l'insermenté Rabin, consistera en ces mots : "Du moins, ce n'est pas un de mes paroissiens qui l'a tué".

(Michel Morineau - Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest - Au loin et en vue d'Étusson - 1985 - volume 92 - numéro 4.

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18 mai 2017

SAINT-LAMBERT-DU-LATTAY (49) - L'AUBERGE DE LA CROIX-BLANCHE

A SAINT-LAMBERT-DU-LATTAY
Charette, prisonnier, fit étape à l'auberge de la Croix-Blanche

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On sait qu'après l'écrasement de l'armée vendéenne à Savenay, l'avant-veille de Noël 1793, le gouvernement de la Convention expédia sur la Vendée les trop célèbres "Colonnes Infernales", chargées de faire de ce pays un "désert". Les ordres étaient simples : bourgs, châteaux, métairies doivent être incendiées ; tous ceux qui sont suspects d'avoir porté les armes ou soutenu l'insurrection, sans distinction de sexe ou d'âge, sont à passer par les armes ... Les chiffres sont éloquents : Saint-Lambert-du-Lattay comptait 1.300 habitants en 1790 ; il en reste 400, nous apprend Célestin Port, en 1794. En 1800, on dénombre 13 veufs pour 170 veuves, 130 garçons pour 224 filles.

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Le bourg de Saint-Lambert, les villages, le château des Petites-Tailles ont été incendiés le 23 janvier 1794 par la colonne du général Cordelier. Au bourg, deux ou trois maisons ont échappé au désastre ; parmi elles, l'auberge de la Croix-Blanche, tenue par la veuve Chapeau, dont pourtant le mari a été tué dans les rangs vendéens, mais qui sert d'étape aux troupes transitant par Saint-Lambert ; sans doute est-ce ce qui l'a sauvée.


C'était une de ces auberges de campagne où on logeait "à pied et à cheval", avec des écuries, une grande salle commune et quelques chambres pour les voyageurs. Une lucarne conserve encore la date 1722 et un Sacré-Coeur (mais probablement postérieur à la Révolution car on n'eût pas manqué de le marteler) surmonte une des portes. Rien n'attirerait l'attention si un petit fait, au bord de la grande histoire, ne venait, pour nous, remplir cette maison d'une présence ô combien évocatrice, celle du grand Charette, l'une des figures les plus glorieuses de la Vendée.

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Capturé par le général Travot le 23 mars 1796, près du château de la Chabotterie, à Saint-Sulpice-le-Verdon, il commence, ainsi que l'a si justement écrit le chanoine Tricoire, un véritable chemin de croix en ce dernier mercredi saint qu'il est en train de vivre : dès le lendemain, Travot reçoit l'ordre de l'acheminer sur Angers et Charette, quoique gravement blessé, devra faire tout le chemin à cheval, sous la conduite de son vainqueur, qui, remarquons-le cependant, se montrera pour lui parfaitement humain (il y a loin d'un Travot aux bouchers des colonnes infernales).

 

 

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Le petit groupe voyage toute la journée du 24. Le 25, dans la matinée, court arrêt à Chemillé. A midi, ils sont à Saint-Lambert ; le bourg est occupé par une garnison républicaine dont les officiers prennent pension à la Croix-Blanche : ils invitent Travot - et son illustre prisonnier - à s'asseoir avec eux à la table d'hôtes. "Le général vendéen, écrit l'abbé Conin qui relate le fait, accepta sans façon, mangea de bon appétit et entretint la conversation avec aisance. Après le repas, il demanda la permission de se retirer pour fumer un cigare ..." On reconnaît bien dans cette attitude "décontractée", dirions-nous en terme moderne, le chevalier de légende dissimulant son inquiétude sous une attitude désinvolte (avouez d'ailleurs qu'il y fallait du "coeur au ventre" !).

Mais bientôt il faut repartir pour Angers : là, d'abord un premier arrêt à l'hôtel Chemellier, près de la mairie, Lachèse, visitera ses blessures envenimées, puis, le surlendemain, dimanche de Pâques, on l'embarque sur une canonnière qui, par la Loire, va le conduire à Nantes. C'est le dernier voyage du "roi de la Vendée", qui a tellement conquis le coeur de son vainqueur que Travot, apprenant sa condamnation à mort, lancera aux juges : "Si j'avais su, je ne l'aurais pas livré !"

Le dimanche 20 septembre 1981, le Souvenir Vendéen, en collaboration avec les communes de Beaulieu et de Saint-Lambert, a inauguré un monument commémoratif au Pont-Barré, sur le Layon, et une plaque sur l'ancienne auberge, rue du Pont-Barré à Saint-Lambert. Ainsi ne mourront pas des souvenirs dont tous nous avons lieu d'être fiers.

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Extrait : Manoirs et Gentilshommes d'Anjou - André Sarazin - 1987

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VOUILLÉ (79) - 1905 - LE MAIRE, DÉMOLISSEUR DE CROIX

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Le dimanche 26 février (1905), au cours de la séance du Conseil municipal, le maire proposa à ses collègues la démolition d'une croix en pierre, existant depuis plus de cinquante ans et ne gênant personne, sauf les regards de quelques anticléricaux farouches. Douze conseillers, sur 16, s'empressèrent d'obtempérer au désir de leur chef et de voter la démolition.

Quatre conseillers, MM. François Gaudin, Elie Parsonneau, Jacques Plantivault et Henri Beray, protestèrent en vain contre cette sacrilège démolition, défendirent avec courage leurs convictions religieuses et celles de leurs concitoyens, et ne voulant pas que leurs noms fussent attachés à cette infamie, exigèrent que leur protestation fût mentionnée au procès-verbal.

Ajoutons que l'un des protestataires, M. Elie Parsonneau, appartient à la religion protestante, ce qui ne l'empêche pas d'estimer que les convictions religieuses de chacun doivent être respectées.

Absolument comme sous la Terreur, l'exécution a suivi de près la sentence. En effet, le 1er mars, à la nuit, profitant de ce qu'à la campagne, les chemins sont déserts, M. le maire de Vouillé (M. François Prévost), flanqué de ses séides, fit tomber la croix qui fut jetée dans un fossé de la propriété voisine ; puis M. le maire s'en alla se coucher ...

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La Semaine religieuse du diocèse de Poitiers - 1er janvier 1905

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SAURAIS (79) - JEAN-JACQUES MERCIER - LE RICHE MARIAGE DE L'EX-CONDAMNÉ A MORT - (1810 - 1872)

SAURAIS (79)

LE RICHE MARIAGE DE L'EX-CONDAMNÉ A MORT

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Fils de Marie Fillon et du marchand de bois, Jean Mercier, Jean-Jacques Mercier naquit le 5 avril 1810, au hameau de Malserpe.

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Légitimiste comme l'étaient ses parents, il adhéra, jeune encore, au mouvement de résistance qui suivit les journées de juillet 1830 et l'avènement de Louis-Philippe, fils de Philippe-Égalité, membre de la Convention, qui avait voté la mort de Louis XVI.

Une amende de 175 francs lui fut infligée le 19 mars 1832 pour un léger délit forestier par le tribunal correctionnel de Parthenay. Elle accrut encore son irritation contre le gouvernement.

Il s'était contenté jusque-là de distribuer des médailles à l'effigie du fils de la duchesse de Berry. Il en fit davantage. Le lendemain même de sa condamnation, dans un cabaret de la ville, il offrit de l'argent à des soldats du 64e de ligne et les incita à rejoindre les bandes d'insoumis et de déserteurs opérant en Gâtine.

Un mandat d'arrêt ayant été lancé contre lui, Mercier, qui avait déjà pris contact avec Robert le Chouan, d'Azay-sur-Thouet et le "général" Diot, de Boismé, décida de constituer sa propre compagnie de "soldats de Henri V".

Avec comme lieutenant, Jacques Bory, de la Peyratte, avec l'ex-garde forestier Grosset, de la Robelière, de Vautebis, Texier, charron à Saint-Aubin-le-Cloud, Clisson, un réfractaire, Gatard, le neveu de Diot et quelques autres, la bande opéra le plus souvent dans le sud de l'arrondissement de Parthenay et jusque dans la Vienne. Elle nargua longtemps les gendarmes et les hommes du lieutenant de Saint-Arnaud lancés à ses trousses.

Rançonnant les partisans de Louis-Philippe, qui souvent ne portaient pas plainte par crainte de représailles et volant la caisse des percepteurs, Mercier et ses hommes disposaient de caches sûres et bénéficiaient de nombreuses complicités.

Les soldats vinrent à plusieurs reprises interroger les parents de Mercier ainsi que ses petits frères et sa soeur, même lorsqu'ils eurent perdu leur père. Crétineau-Joly raconte qu'un jour, appuyant le canon d'un fusil sur la tempe d'un des jeunes enfants, ils s'écrièrent "dites-nous où est votre frère ou vous allez mourir !" mais les petits Mercier ne parlèrent pas.

Sans doute, d'ailleurs, n'avaient-ils rien à dire, Mercier n'étant venu qu'une seule fois à Malserpe afin de s'y recueillir au chevet de son père expirant.

Après de longs mois d'errance et de coups de main, Mercier, face à l'échec de la tentative d'insurrection royaliste estima inutile la poursuite de la lutte. Ayant partagé avec ses compagnons l'argent dont il disposait, il quitta la région.

Le 5 septembre 1835, la cour d'assises des Deux-Sèvres le condamna à mort par contumace et ses biens furent mis sous séquestre.

Après avoir vécu caché sous le nom de David Lacoste, Jean-Jacques Mercier, en 1839, se réfugia à Bruxelles. Ses qualités de travail et son sens des affaires lui permirent d'y édifier, en quelques années, une fortune le mettant à l'abri du besoin.

Il revint en France et retrouva, à Paris, le marquis de La Rochejaquelein qui le présentait en ces termes à son entourage : "mon ami Mercier ... condamné à mort !"

Ayant rencontré Élizabeth Trincaud de La Tour, il sollicita et obtint sa main. Il s'était, entre-temps, constitué prisonnier à Niort, en juin 1847, et avait été acquitté par la cour d'assises des Deux-Sèvres.

Son mariage fut célébré à Bordeaux, le 25 août 1847.

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A Bruges, en 1871, Jean-Jacques Mercier, alors père de cinq enfants, eut l'honneur d'être présenté - et ce fut la dernière grande joie d'une existence qui devait s'achever l'année suivante (1872) - au comte de Chambord, le Henri V de sa jeunesse aventureuse, pour lequel il s'était inutilement battu.

Extrait : Le Pays de Gâtine - Maurice Poignat - 1984

* Fille de Jérôme Trincaud  de La Tour et de Claire-Françoise de Cazenave de Mathecoulon, Élisabeth est née à Saint-Gaudens (31), le 29 mars 1827 et décédée à Saubion (40) le 20 décembre 1902. 

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14 mai 2017

COMBRAND (79) - 20 MAI 1902 - DÉCÈS DE L'ABBÉ JOSEPH ROY

M. L'ABBÉ JOSEPH ROY
CURÉ DE COMBRAND

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1902 - La paroisse de Combrand, au doyenné de Cerizay, vient de perdre le pasteur dévoué qui, pendant quarante ans, s'est dépensé à son service. De nombreux prêtres nous ont demandé de ne pas laisser disparaître cette figure d'un autre âge sans en fixer au moins les principaux traits. Nous consentons bien volontiers à satisfaire un désir aussi légitime.

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L'abbé Roy naquit en 1834, le 18 mai, dans la paroisse de Combrand, à la ferme de la Gorère, que ses ancêtres cultivaient de père en fils depuis plus de deux cents ans.

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Dès avant la Révolution, la famille Roy passait à juste titre pour l'une des plus chrétiennes du pays, ce qui lui valut l'insigne honneur de cacher le curé de Combrand pendant la persécution de 1793. Un épais buisson de houx recélait le proscrit pendant la journée, et, chaque nuit, le grand-père de celui qui va faire l'objet de cette courte notice accompagnait son pasteur de village en village, pour les diverses fonctions du saint ministère. D'autres enfants de la famille suivaient pendant ce temps les armées vendéennes. L'un d'eux fut tué, et un autre revint, la campagne finie, rapportant le bonnet phrygien d'un bleu tombé sous ses coups, trophée que, pendant longtemps, on le vit arborer fièrement chaque dimanche au sortir de la grand'messe.

Dieu récompensa cette fidélité en préservant du schisme dissident ces fidèles défenseurs de la religion, et en leur donnant celui qui, plus tard, devant tant travailler, comme curé, au maintien de la foi dans sa paroisse natale.

Quand M. Vion, premier curé catholique de Combrand, vint, en 1821, prendre possession de sa paroisse sous la protection des gendarmes, il ne trouva que quatre familles restées fidèles à l'Église romaine ; toutes les autres appartenaient à la dissidence.

Nous venons de faire remarquer que les fermiers de la Gorère étaient catholiques. C'est assez dire : on voit dès lors où l'abbé Roy puisa cette foi vive et ardente, cette piété éclairée, cette indomptable énergie qui furent les notes distinctives de son caractère. Augustin Roy, son père, et Louise Coutant, sa mère, dont on loue à Combrand la profonde piété, avaient su lui faire cette âme robuste et fortement trempée.

Dieu tira David "de la garde de ses brebis" ; il en fit autant pour le futur curé de Combrand. Envoyé d'abord à Châtillon-sur-Sèvre, chez le père Saulet qu'il appelait plaisamment son premier maître de pension, l'enfant suivit l'école des Frères. Le Cher Frère Déodat le citait plus tard, non sans fierté, comme un de ses meilleurs élèves. Au presbytère de la Petite-Boissière où il séjourna ensuite, l'abbé Roy fit, croyons-nous, plus d'espiègleries que de versions latines ; M. l'abbé Suire, curé de Bouillé-Saint-Paul, alors son condisciple et probablement son complice, - qu'il me pardonne ce jugement par trop téméraire, - pourrait seul nous dire combien l'entreprenant latiniste donna de fil à retordre au bon abbé Vendé ...


♣♣♣


M. l'abbé Vinoy, vicaire à Châtillon, enseignait dès lors, avant la fondation de l'École cléricale, les rudiments du latin à quelques jeunes gens. L'élève de M. Vendé s'y rendit et bientôt devint apte à rentrer au petit séminaire de Bressuire, d'où il passa à Montmorillon comme élève de seconde, à la fin de 1852. D'autres ont constaté comment "le jeune Joseph Roy se montra l'élève studieux, ne boudant jamais au travail non plus qu'au jeu et portant partout la vivacité de son intelligence, les saillies de son caractère primesautier, l'entrain de sa charmante humeur".

Son ancien professeur de philosophie, M. l'abbé Charbonneau, doyen de Bressuire, devenu depuis son ami toujours vénéré, faisait allusion au bon élève d'autrefois, dans une lettre reçue par le curé de Combrand quelques jours avant sa mort. Le pauvre malade fut sensible à ce suprême témoignage de sympathie : il tint à envoyer lui-même son remerciement ; le nom de l'ancien professeur et du vieil ami fut le dernier qu'écrivit sa main mourante.

Dans ce nouveau milieu du petit séminaire, sa piété déjà vive s'accrut encore, et il remplissait avec grande joie ses fonctions de sacristain qui le rapprochaient davantage de l'autel.

Tonsuré le 18 juin 1854, des mains de Mgr Pie, l'abbé Roy entrait au grand séminaire en 1855. Là, son zèle pour la gloire de Dieu rêva de vastes champs d'action. Il se voyait missionnaire à la suite du P. Chicard, du Chevalier-Apôtre qui, dans certaine circonstance, à Montmorillon, s'était fait son protecteur et l'avait déclaré "féal chevalier". "Moi aussi, écrivait-il en 1883 à un de ses neveux, moi aussi, j'ai rêvé à ton âge d'être missionnaire, et je te montrerais encore, au grand séminaire, la chambre du fond de laquelle j'ai, pendant de longs mois, franchi par la pensée les pics de l'Himalaya ; quand je regarde en arrière, je m'aperçois que j'ai à peine dépassé les sommets de Pigazard" (Puy Gazard, village de la paroisse de Combrand).

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Dieu en avait jugé autrement. Il se contenta de sa bonne volonté, et fit surgir des obstacles qui s'opposèrent à l'exécution de ces généreux desseins. L'abbé Roy fut ordonné sous-diacre le 6 juin 1857 et envoyé comme professeur au petit séminaire de Montmorillon.

C'est là qu'il se prépara à la prêtrise, à laquelle il fut appelé deux ans plus tard et qu'il eut le bonheur de recevoir à la cathédrale le 18 juin 1859.


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Roy Joseph curé de Combrand

De nombreuses années s'étaient écoulées depuis que les gendarmes avaient procédé à la mémorable installation de M. Vion comme curé de Combrand. Celui-ci sentait venir l'heure du repos que déjà, par avance, lui commandaient de douloureuses infirmités. Le bon vieillard, cherchant un bâton de vieillesse, jeta les yeux sur le fils qu'il avait vu grandir et dont il connaissait mieux que personne les éminentes qualités. Monseigneur Pie écouta la prière du vieux serviteur, et l'abbé Roy vint à Combrand avec le titre de vicaire, en réalité comme curé-coadjuteur, le 30 août 1862.

Le cas du jeune vicaire ou plutôt du jeune curé de Combrand a été souvent cité pour prouver que le proverbe : "Nul n'est prophète dans son pays", peut admettre des exceptions.

Bien qu'il fût au centre de sa famille, l'abbé Roy s'acquitta avec fruit de son ministère. Actif, zélé, entreprenant, d'une santé robuste, il suffisait à tout, il était partout où il y avait du bien à faire ; à peine s'apercevait-on de l'absence de M. Vion, toujours cloué sur son lit. Oh ! les belles chevauchées à travers les chemins creux de la paroisse ! On restait souvent embourbé, on faisait parfois de gracieux plongeons au milieu des mares ; mais on s'en tirait toujours. Aussi quand il fallut remiser définitivement la selle et les bottes à l'écuyère, l'abbé Roy s'y résigna, le dernier, et non sans leur donner un gros soupir de regret. Il en voulut un peu au vilain progrès qui, en allongeant de tous côtés ses belles routes, rendait inutiles les éperons tant aimés.

VION DECES

Ce ministère écrasant dura huit ans. En 1870 (le 29 mai), M. Jacques Vion alla recevoir au Ciel la récompense de son long et fructueux travail. Le 12 juin, M. Roy recevait de M. Samoyault, Vicaire général, la lettre suivante :

"Mon cher ami,
Vous savez que la règle du diocèse ne permet pas de donner à un vicaire la succession de son curé défunt. Monseigneur tient beaucoup à cette règle qui est extrêmement sage. Cependant, sur l'observation que nous lui avons faite qu'on vous avait nommé plutôt comme curé-administrateur que comme vicaire, Sa Grandeur ne s'oppose pas à ce que nous vous nommions curé. Je vous envoie donc vos pouvoirs.
Je suis bien affectueusement votre tout dévoué.
SAMOYAULT, Vicaire général."

Mgr Pie était alors au Concile du Vatican, où il faisait belle et noble besogne. Il n'eut pas à se repentir de cette nomination. Mais un jour que le curé de Combrand venait lui offrir ses hommages devant un nombreux clergé, Sa Grandeur ne résista pas à la tentation de le taquiner un peu, et lui dit d'un ton enjoué : "Ah ! voilà le curé de Combrand ! Messieurs, c'est là mon pêché". - L'abbé Roy avait la riposte prompte : "Felix culpa, Monseigneur", se contenta-t-il de répondre. Sa faute, si c'en était une, était en effet des plus heureuses.

Un simple mot nous dira mieux que tout le reste, l'estime de notre illustre cardinal pour le successeur de M. Vion. M. le Supérieur du petit Séminaire présentait en 1879 à Sa Grandeur les nouveaux tonsurés. Arrivant à l'un d'entre eux, il ajouta à son nom cette mention : "Neveu du curé de Combrand." Et Monseigneur Pie, appuyant paternellement la main sur la tête du jeune homme, dit avec une bienveillance marquée : "Ah ! neveu du curé de Combrand : bonne race, mon enfant, bonne race !"

D'autres que l'abbé Roy auraient pu répondre à Monseigneur Pie qu'il avait commis un heureux pêché. Les paroissiens de Combrand en effet ne tardèrent pas à s'en féliciter : leur nouveau curé, tout imbu de l'esprit surnaturel, offrait à tous le type accompli du pasteur modèle ; il était prêtre et rien que prêtre. Comme règle de sa vie il semblait avoir pris la devise écrite sur le rational des lévites de l'ancienne loi : "Doctrine et Vérité."

Mais le curé de Combrand prêchait surtout par ses exemples.

Ce n'était pas seulement le prêtre régulier, c'était l'homme du devoir, le saint prêtre. Strictement fidèle à tous les exercices de la piété sacerdotale, il s'était fait une règle invariable du lever matinal, de la méditation, de la lecture spirituelle, de la visite au Saint-Sacrement, de la lecture quotidienne de l'Écriture sainte à genoux et du coucher à heure fixe. Aux jeûnes nombreux que lui imposait son ministère il ajoutait celui de chaque vendredi. Beaucoup de ceux qui l'ont connu trouvaient sa piété austère, allant même jusqu'à une rigidité extrême.

Et lui se frappait la poitrine, ne voyait que ses légers manquements et s'accusait devant Dieu.

J'ai longtemps hésité à livrer au public une page qui trahit les angoisses de cette âme de prêtre. Le vénéré défunt me pardonnera, car je n'ai en vue que l'édification de mes frères dans le sacerdoce. Inutile d'ajouter que ces craintes viennent d'une conscience délicate et timorée, portée à exagérer ses torts.

Après chaque Retraite, le curé de Combrand écrivait devant Dieu ses impressions.

Voici celles qui suivirent la Retraite de 1881 :

"Mon Dieu, je ne sais pourquoi je mets en tremblant le pied sur le seuil de ma quarante-huitième année, ou plutôt ma conscience ne m'en avertit que trop. Après quarante-sept ans de vie, vingt-trois ans de prêtrise, je regarde derrière moi, et je vois du temps perdu, des heures mal employées, une vie inutile et sans aucun fruit pour le bien, alors que le bon Dieu m'a donné des grâces pour en tant produire. Depuis onze ans je suis curé, et, si j'examine le troupeau qui m'est confié, bien loin de le voir amélioré, je constate que l'esprit de foi n'est plus ce qu'il était quand j'ai été choisi pour le conduire. Je cherche à me rassurer en attribuant ce triste résultat aux mauvais jours que nous traversons ; mais puis-je me rendre le témoignage que j'ai fait tout ce que j'aurai dû faire pour arrêter les progrès du mal ? Quelle responsabilité au jugement de Dieu ! Je me suis fait prêtre pour sauver des âmes : je me rappelle encore une sainte émotion la droiture et la pureté de mes intentions aux jours de ma vie cléricale. Que de pieux projets pour la gloire de Dieu je formais alors ! Nous étions trois prêtres à mon ordination : deux sont morts ; nous étions six au collège de Châtillon ; sur trois qui sont arrivés au sacerdoce, deux sont morts. Le zèle pour la gloire de Dieu dans les missions étrangères et les congrégations a dévoré promptement ces existences qui lui étaient toutes consacrées. Je survis à tous ces deuils ; j'arrive lentement à la mort, et plus lentement encore à la vertu.

Mon Dieu, aidez-moi !

La mollesse de mon caractère, mon inclination à la paresse me sont surtout un obstacle au bien ; je constate chaque jour ce manque d'énergie à réagir contre moi-même, je forme des résolutions, et je n'aboutis à rien. Les sacrifices me coûtent de plus en plus. Absorbé par les préoccupations matérielles, c'est à peine si je pense à mon salut. Je traite beaucoup trop légèrement tout ce qui regarde les âmes ; je n'ai pas de la sainteté de mon ministère l'idée que j'en devrais toujours avoir. Je ne suis pas assez pénétré du sentiment de la présence de Dieu, ce qui fait que je suis toujours dissipé, que je ne rentre jamais en moi-même, remplissant machinalement les fonctions les plus saintes.

A genoux devant mon crucifix, sous les regards de Marie, ma bonne Mère, je prends aujourd'hui la résolution : 1° de faire avec plus de soin ma méditation chaque matin ; 2° de me tenir habituellement sous la présence de Dieu ; 3° d'employer uniquement ma matinée à l'étude ; 4° de jeûner et faire le Chemin de Croix tous les vendredis ; 5° de faire régulièrement ma Retraite du mois ; 6° de donner plus de soins à préparer mes instructions ; 7° d'offrir chaque jour au bon Dieu un acte de pur amour."

Les conséquences de ces prédications et de ces exemples furent un accroissement de ferveur dans la paroisse ; de nombreuses vocations religieuses et ecclésiastiques germèrent sur le sol de Combrand. L'esprit janséniste et gallican, qui jeta autrefois toute la population dans le schisme de la Petite Église, est aujourd'hui complètement mort, et, d'après les notes que nous a envoyées M. l'abbé Bondu, le dévoué vicaire de M. Roy, on a compté, pendant le dernier trimestre, plus de 3.100 communions dans cette modeste paroisse de 1.300 habitants. Les dissidents n'y sont plus qu'au nombre de quatre.

Austère et rude pour lui-même, l'abbé Roy était bon et accueillant pour les autres. Ainsi explique-t-on les sympathies nombreuses qu'il s'est acquises non seulement dans la paroisse, mais chez de nombreux confrères du diocèse et parmi les familles notables du pays, qui toutes aimaient à le recevoir. Lui-même recevait beaucoup : c'était le curé hospitalier par excellence.

Tout à tous, il retrouvait avec les jeunes la saine gaieté et le bel entrain de sa jeunesse. Les séminaristes se souviendront longtemps de l'accueil qu'ils recevaient au presbytère de Combrand où le bon curé aimait à les réunir, jouissant de leur franc rire et de leurs ébats, leur montrant à l'occasion comment un connaisseur s'y prend pour jouer à la boule avec adresse. Les élèves de l'École cléricale de Châtillon n'oublieront pas non plus les délicieuses journées passées dans cette cure, but assez fréquent de leurs "grandes promenades".

Que de conversation il égaya avec les réparties vives et malicieuses que lui fournissait abondamment son caractère prime-sautier ! Que de réunions de confrères il sut animer par ses chansons de circonstance, où le trait arrivait à point, tour à tour satirique ou spirituel, toujours plaisant et de bon aloi.

Et cependant les soucis ne manquaient pas au curé de Combrand : les notes envoyées par l'abbé Bondu prouvent que l'abbé Roy fut, toute sa vie, un curé bâtisseur. Ceux qui ont mis la main au mortier savent quels tracas en sont la conséquence. Je regrette de ne pouvoir reproduire ces notes en leur entier ; au point de vue local, elles sont d'un grand intérêt ; ici, elles seraient une surcharge.

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N'en disons qu'un mot : l'abbé Roy avait trouvé une église délabrée, un presbytère en ruines. Ayant d'abord bâti la sacristie pour se faire la main, le curé procéda à la reconstruction de l'église ; il réédifia ensuite le presbytère. Sur ces entrefaites l'école fut laïcisée ; une autre école s'éleva rapidement sous la direction de l'infatigable curé. Le clocher entrepris à son tour fut bien vite terminé pour recevoir les trois belles cloches neuves qui vinrent s'y loger un jour. Un juste tribut d'éloges est dû aux habitants de Combrand qui surent comprendre les entreprises de leur curé et opérèrent des merveilles de dévouement pour seconder son oeuvre.

L'abbé Roy en était là, et rêvait la construction du transept de son église, laissé en l'état premier, lorsque la maladie lui fit comprendre qu'il avait assez édifié sur cette terre pour mériter une place au ciel.

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En 1887, M. l'abbé Ménard, l'intime du curé de Combrand, avait offert à celui-ci un billet de pèlerin pour Jérusalem. Cette offre gracieuse satisfaisait trop la piété de l'abbé Roy pour être refusée. Le pèlerin partit. Une simple égratignure qu'il se fit à la jambe prit aussitôt, sous ce climat d'Asie, des proportions inquiétantes. Avec son énergie habituelle, le blessé voulut réagir et satisfaire malgré tout sa dévotion ; il traîna pendant quelques jours à travers les rues de Jérusalem une jambe démesurément enflée. On parla d'amputation. Toutefois une légère amélioration lui permit de revenir, mais si changé qu'on hésitait à le reconnaître.

Malgré sa vigueur peu commune, l'abbé Roy ne s'en remit jamais complètement. Une fièvre, bénigne d'abord, mais allant chaque jour depuis quatre ans jusqu'à 40°, s'empara de lui et dérouta tous les médecins. Seuls, son courage et sa grande force de caractère le soutenaient depuis lors.

Il remplissait cependant son ministère. Chaque matin, malgré cette atroce fièvre de la nuit, on le voyait à 6 heures à son confessionnal. Il prêcha, on peut le dire, jusqu'à la fin, et c'était pitié de le voir se traîner jusqu'à sa chaire où, les traits émaciés, le visage décoloré, n'ayant plus qu'un souffle de vie, il parlait d'abord d'une voix éteinte. Mais bientôt l'amour des âmes ranimait sa vigueur, et on recueillait avidement les derniers accents de cette parole encore enflammée, les suprêmes ardeurs de ce coeur d'apôtre qui avait conduit tant d'âmes à Dieu et qui allait bientôt cesser de battre.

Le jour de Noël 1901, une chute faite à l'autel le força à s'aliter. Il se releva encore le 8 janvier 1902 et revint à l'église. Cette messe qu'il faillit ne pas achever fut la dernière ; l'abbé Roy ne devait plus reparaître.

Alors commença cette longue agonie pendant laquelle Dieu purifia son serviteur par la souffrance. Sur le lit, où la volonté de son Maître adoré le retenait, la prière du pieux malade devint continuelle. Jusqu'au dernier moment, il fallut lui faire sa lecture spirituelle, et lui dire son sujet de méditation. Jamais un mot d'aigreur ne trahit son inaltérable patience, et Dieu sait pourtant ce que la seule inaction devait coûter au curé de Combrand !

Un ami vint le voir un jour et lui dit qu'il demanderait à Dieu d'adoucir ses douleurs. Quand il fut parti, le malade dit à ceux qui restaient : "Mais ce bon abbé ne connaît donc plus le prix de la souffrance ?" Souffrir, souffrir encore, et faire jusqu'au bout la volonté de Dieu, telle était son unique aspiration. Quelques instants avant sa mort, les neveux qui l'entouraient voulaient rafraîchir sa langue desséchée : "Non, mes enfants, laissez-moi souffrir : j'ai tant besoin de souffrir pour expier mes péchés !" Il ne voulut pas non plus qu'on mit à leur aise ses pieds endoloris qui le torturaient horriblement. Puis, après un dernier souvenir à ses neveux, à sa famille, à ses paroissiens qu'il bénit affectueusement, après un suprême baiser au Crucifix qu'il tenait entre ses mains, il mourut, le mardi 20 mai, à 68 ans, presque au jour anniversaire de sa naissance. Le matin même, il avait encore reçu le saint Viatique.

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Le curé de Combrand tenait à honneur de mourir pauvre ; il est mort pauvre ; les indigents de sa paroisse savent pourquoi. Les nombreux séminaristes qu'il a aidés le savent aussi.

Pourquoi parlerais-je du deuil public, qui accompagna ses funérailles ? On le devine aisément. Quarante prêtres conduisirent leur vénéré confrère à sa dernière demeure, et, au bord de la tombe, M. Henri de Beauregard, député et paroissien de l'abbé Roy qu'il aimait, laissa jaillir de son coeur avec ses sanglots ce suprême hommage que nul ne put écouter sans verser des larmes :

"Avant que se ferme cette tombe, laissez-moi saluer une dernière fois celui que nous pleurons, le Père bien-aimé de nos âmes, M. l'abbé Roy, curé de Combrand.

C'est à ses oeuvres que l'homme se fait connaître : notre église restaurée, agrandie, embellie, une tour monumentale élevée, des cloches dont vous entendiez tout à l'heure la voix émue lancer dans les airs leur dernier adieu, un presbytère rebâti, une école libre et chrétienne fondée, voilà les oeuvres extérieures de celui qui les a menées à bonne fin, qui pourra dire la beauté de cette âme sacerdotale ? Nous qui l'avons vu à l'oeuvre pendant quarante années de ministère à Combrand, nous savons la sainteté de sa vie, son zèle pour la perfection des âmes, son ardeur à promouvoir le bien, son inépuisable et toujours discrète charité, la sûreté de sa doctrine, l'énergie de sa direction. Nous savons la bonté, le dévouement de son coeur, avec quelle abnégation il se dépensait au service de tous, sans calculer jamais avec le devoir.

Oui, cher Monsieur le curé, nous suivrons vos enseignements ; et vos précieuses leçons ne seront pas perdues pour nous. Jamais nous n'oublierons la route du devoir que votre parole et vos exemples nous ont tracée. Pour vous témoigner notre reconnaissance, nous prierons pour vous. Mais, vous aussi, vous prierez pour nous ; auprès du bon Dieu, vous nous aiderez à devenir d'excellents chrétiens. Dans l'avenir, Combrand sera ce qu'il a été sous votre direction : une paroisse tout à fait chrétienne, afin que nous puissions nous retrouver près de vous dans le Ciel. Ce n'est pas un adieu que nous vous disons, mais au revoir, cher Monsieur le curé, au revoir auprès du bon Dieu."

De pareils sentiments suffisent à faire la louange de celui qui les exprime. On ne saurait d'ailleurs mieux dire en résumé ce que fut l'abbé Roy, curé de Combrand.

Transcrivons, en terminant, les lignes émues, inspirées ailleurs par le souvenir de l'éminent défunt. Elles viennent d'une âme bien généreuse aussi et d'un coeur bien dévoué :

"Pour vous, Monsieur le curé, vous vivrez avec Dieu puisque votre mort a été la mort des justes. Vous vivrez aussi dans le coeur de vos confrères, amis et paroissiens qui, ayant appris de vos leçons et de vos exemples l'art de bien vivre, retiendront la haute science que Dieu récompense éternellement : celle de savoir bien mourir."

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La Semaine religieuse du diocèse de Poitiers - 22 juin 1902 + 29 juin 1902

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13 mai 2017

THÉNEZAY (79) - 1822 - FRANÇOIS SÉNÉCHAULT, CONSPIRATEUR D'OPÉRETTE

THÉNEZAY
CONSPIRATEUR D'OPÉRETTE, SÉNÉCHAULT ÉCHAPPE DE PEU A LA GUILLOTINE

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Rayé des cadres de l'armée en raison de sa fidélité à l'empereur, l'ex-général Berton qui, à diverses reprises, et à Waterloo notamment, s'était distingué sur les champs de bataille, s'affilia à l'association secrète des "Chevaliers de la Liberté" afin de renverser Louis XVIII.

Se qualifiant de général en chef de l'armée de l'Ouest, il entraîna quelques dizaines de partisans dans un complot ayant pour premier objectif, le 24 février 1822, la prise de Saumur, extravagante équipée qui échoua lamentablement.

Quatre habitants de Thénezay firent partie de la conspiration : François Sénéchault, 44 ans, propriétaire, Robert-Augustin Lambert, 33 ans, ancien garde d'honneur également propriétaire, le bourrelier François Caillaud, 33 ans et l'épicier Urbain Sénéchault.

Arrêtés avec plus de cinquante affiliés, ils comparurent devant la cour d'appel de Poitiers (séance du 12 septembre 1822).

François Sénéchault, le plus compromis des Thénezéens, avait obtenu de Berton une note écrite le nommant juge de paix, fonction qu'il avait pendant des années vainement sollicitée. Se targuant de pouvoirs exceptionnels, flattant son orgueil de petit bourgeois naïf, il essaya de destituer le maire de Thénezay en nommant à sa place le notaire Paul Robin-Dubreuil qui refusa de se compromettre.

Il fit de même pour le chef de brigade de gendarmerie et pour quelques autres fonctionnaires que les agissements de leur compatriote, visiblement surexcité, laissèrent perplexes. Pour flatter la population, Sénéchault annonçait la suppression prochaine, par le gouvernement qui - disait-il allait prendre le pouvoir - de divers impôts et taxes et promettait de mettre en perce une barrique de vin sur la place du bourg.

Maître Boncenne, avocat à Poitiers, le défendit. Il mit l'accent sur les extravagances de son client : "Regarderez-vous comme un conspirateur décidé - déclara-t-il en concluant sa plaidoirie - le pauvre homme qui n'a été que le jouet de certains propos, la dupe de sa bonne foi et qui, pour se servir du mot propre, n'a été qu'un imbécile dans cette affaire !"

Imbécile ou non, Sénéchault n'en fut pas moins condamné à mort en même temps que Berton (guillotiné à Poitiers le 5 octobre 1822) et quatre autres partisans. Robert-Augustin Lambert s'en tira avec cinq ans de prison et 2.000 francs d'amende. François Caillaud et Urbain Sénéchault furent relaxés.

Mme Sénéchault, afin de solliciter la grâce de son mari, se rendit à Paris. Fraîchement accueillie par le ministre de la Justice, elle parvint à transmettre sa requête à la duchesse d'Angoulême et à la duchesse de Berry. Grâce à l'intervention des deux princesses, François Sénéchault vit sa peine commuée en vingt ans de prison. Il fut libéré en 1825 à l'occasion du sacre de Charles X, mais il n'oublia jamais, dit-on, les longs jours passés, dans l'attente de son exécution, au fond d'un cachot humide et froid, enchaîné à l'horrible et lourd carcan qui lui serrait le cou.

Extrait : Le Pays de Gâtine - Maurice Poignat - 1984

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