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Un des vitraux de l'église de La Meilleraie-Tillay rend hommage à un Zouave Pontifical, mort en 1870. De par sa naissance, ou de par sa mort, il n'y a rien qui le relie à cette paroisse, mais alors pourquoi ce vitrail en ce lieu ? ...

Avant de répondre à cette question, voyons tout d'abord qui était ce Volontaire de l'Ouest !

 

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JEAN XII DE FOURNIER, MARQUIS DE BELLEVUE ET DE BOISMARMIN, SERGENT AUX ZOUAVES PONTIFICAUX ET SERGENT-MAJOR AUX VOLONTAIRES DE L'OUEST.

Né au château de Marguerie, à Hermes (60), le 4 avril 1850, il fit son éducation chez les Pères Jésuites, au collège de Vaugirard, du 11 octobre 1864 au 20 décembre 1865, et à l'École Sainte-Geneviève, du 10 octobre 1866 au 8 juillet 1867.

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Alors la Moricière, répondant à la grande voix du Pape Pie IX, avait appelé à Rome les hommes de coeur et de foi pour défendre les droits de l'Église et l'indépendance du Saint-Siège, menacés par le gouvernement franc-maçon de Victor-Emmanuel. Nombreux furent les tenants de cette guerre sainte ; et cette nouvelle croisade des soldats de Dieu, dont la plupart étaient Français, fut une merveilleuse épopée digne des vieux âges.

Il s'agissait de se dévouer, de se sacrifier pour la plus noble des causes : Jean de Bellevue n'hésita pas. Malgré son jeune âge, dix-sept ans, il quitta sa mère, sa famille, ses amis, son pays, pour aller s'enrôler dans la légion des chevaliers catholiques qui faisaient à la Papauté un rempart de leurs poitrines.

Déjà les combats de Spolète, de Castelfidardo, d'Ancône, de Lorette, d'Anagni, de Nerola, de Monte-Rotonde, de Mentana, avaient proclamé l'héroïsme des soldats pontificaux, et porté à l'ordre du jour de la chrétienté les noms des Charette, Allet, d'Albiousse, Lambilly, Bec-de-Lièvre, Quélen, Pimodan, Moncuit, Troussures et de tant d'autres héros.

Jean de Bellevue arriva à Rome quelques jours après la victoire de Mentana, et il fut incorporé le 8 décembre 1867 dans le régiment des zouaves pontificaux, où il retrouva son cousin, Henry de Bellevue, arrivé au lendemain de la bataille de Castelfidardo, qui venait d'être nommé sous-lieutenant pour sa brillante conduite à Mentana, et qui devait périr glorieusement au combat du plateau d'Auvours, près du Mans, le 11 janvier 1871.

Peu après l'incorporation du jeune marquis de Bellevue, sa mère, qui n'avait que lui au monde, et qui ne pouvait vivre sans son fils, vint le rejoindre à Rome au mois de septembre 1868, et resta dans cette ville jusqu'à son occupation par les troupes de Victor-Emmanuel.

Ce prince, en effet, profitant de la guerre déclarée entre la France et la Prusse, qui avait nécessité dès les premiers jours du mois d'août 1870 le retrait des troupes françaises d'occupation, envahit les États Pontificaux et vint assiéger Rome le 11 septembre.

Les défenseurs du Saint-Siège n'étaient que onze mille contre soixante-dix mille : ne pouvant vaincre, ils succombèrent avec gloire. Après une résistance héroïque, écrasés sous le nombre, ils durent déposer les armes, le 20 septembre, et ils quittèrent le lendemain la Ville Éternelle, après avoir reçu une dernière bénédiction de Pie IX.

Jean de Bellevue avait pris comme caporal une part glorieuse à ce combat désespéré.

Le 25 septembre, il s'embarqua à Civita-Vecchia, avec six cents zouaves pontificaux français, et arriva à Toulon le surlendemain.

Alors la France, envahie, écrasée, râlait sous le talon prussien. Paris était investi, nos armées détruites ou prisonnières, et, seules, les provinces de l'Ouest opposaient encore une résistance désespérée.

- Les "zouaves pontificaux" s'étaient dévoués pour l'Église ; les "Volontaires de l'Ouest" allaient mourir pour la France.

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Ayant, après bien des hésitations du gouvernement dit de la défense nationale, obtenu l'autorisation de former un corps franc, Charette constitue un régiment, auquel il donne le nom de "Légion des volontaires de l'Ouest", car il était surtout composé de Bretons ; déploie la bannière blanche du Sacré-Coeur, et va rejoindre l'armée de la Loire, qui combattait du côté d'Orléans.

La bataille de Cercottes, livrée le 14 octobre près de cette ville, donne droit de cité en France au nouveau régiment.

Jean de Bellevue n'avait que vingt ans, il venait d'être nommé sergent au 1er bataillon, commandé par M. de Troussures. Au milieu des acclamations qui accueillirent "les Soldats du Pape" à leur retour de ce combat, l'attitude martiale et la figure enfantine de Jean attirèrent les regards de la foule, qui le saluait par les cris de "Vive le petit sergent".

De Cercottes, les zouaves gagnèrent le Mans, où Jean fut logé avec son bataillon dans le collège des Pères Jésuites.

Il en partit le 9 novembre, avec le double galon de sergent-major, pour se rendre à Châteaudun, puis au camp de Marboué, à une lieue de cette ville. C'est de là que, le 1er décembre, il alla pour prendre part à l'héroïque combat de Loigny, où il devait mourir pour la France et pour Dieu.

Jean communia le matin du vendredi 2 décembre ; et, à huit heures du matin, s'engageait le combat qui devait immortaliser le régiment des Volontaires de l'Ouest.

Le bourg de Loigny est situé à environ 30 kilomètres à l'est de la ville de Châteaudun et à 8 kilomètres au nord du bourg de Patay. Là, à quatre siècles et demi d'intervalle, furent déployées les blanches bannières de Jeanne d'Arc et des zouaves pontificaux.

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Louis-Gaston de Sonis (1825 - 1887)

 

Le régiment des Volontaires de l'Ouest attendait, l'arme au pied, en avant de Patay, le moment de prendre part au combat. Cette heure ne tarda pas à arriver ; et bientôt les zouaves, à la suite du général de Sonis et de leur colonel Charette, s'avancent sur Loigny. Arrivés à proximité du champ de bataille, ils durent faire halte sous les projectiles ennemis pour attendre de nouveaux ordres. Bientôt arrive un officier général, qui s'arrête devant le groupe des officiers des "Volontaires de l'Ouest", et se découvrant : "Messieurs, vous êtes les zouaves pontificaux ?" - "Oui, mon général, répond le capitaine le Gonidec de Traissant". - "Eh bien ! allez promptement occuper le village des Gommiers que vous voyez là ; c'est le point le plus menacé ; tenez-y jusqu'au dernier" ... Les zouaves partirent au pas de gymnastique et s'emparèrent rapidement du point indiqué.

Les Allemands occupaient encore le bourg de Loigny, protégé par un petit bois, et, en avant, la ferme de Villours, crénelée et défendue par trois compagnies allemandes, bientôt soutenues par quatre autres, accoururent de Loigny : le général de Sonis résolut de s'en emparer.

Le temps pressait, car la nuit était proche. Sonis n'avait sous la main qu'un régiment de marche qu'il chercha vainement à entraîner. Alors pensant que l'exemple de quelques braves pourrait décider ces malheureux soldats à le suivre, il accourut vers les zouaves pontificaux et leur dit avec feu : "Ces hommes refusent de marcher : venez, colonel : montrons-leur ce que peuvent des chrétiens et des hommes de coeur." Puis, se tournant vers les zouaves : "Vive la France ! Vive Pie IX ! En avant !" - Les zouaves s'élancent, enlèvent à la baïonnette la ferme des Villours ; et alors ils commencent, au pas, sans tirer un seul coup de fusil, cette charge mémorable de Loigny, où sur un espace de quinze cents mètres, alignés comme à la parade, calmes comme de vieux soldats, ils s'avancent sur Loigny ; et pas une tête ne se courba sous la mitraille qui fauchait dans les rangs les plus nobles victimes.

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Ils marchèrent longtemps ainsi, sous le feu de l'artillerie, lorsque à l'approche du petit bois d'acacias, situé à l'extrémité de la plaine, et appelé depuis "le bois des zouaves", une terrible fusillade les décima. Le lieutenant de Verthamon, qui portait l'étendard des zouaves, tomba blessé à mort, et le drapeau s'affaissa un instant ; mais il est aussitôt relevé par M. de Bouillé, père, qui ne tarde pas à succomber à son tour ; il tombe et tend en mourant le drapeau à son fils, qui, lui aussi, est frappé presque aussitôt ; MM. de Traversay et de Cazenove relevèrent successivement la blanche bannière ; mais ils sont blessés grièvement eux-mêmes, et le drapeau passe aux mains du sergent Parmentier, qui le garde jusqu'à la fin du combat. - La mort pleuvait de toutes parts, les zouaves avançaient toujours sans tirer un coup de fusil ; enfin, parvenus à la lisière du bois, ils ouvrent le feu, et s'élancent, baïonnette au canon, aux cris de "Vive la France !" ils bousculent et repoussent les Allemands, qui doivent leur abandonner le champ de bataille.

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Les "Volontaires de l'Ouest" étaient vainqueurs ; mais que de sang leur coûtait cette victoire ! Partis trois cents, ils revenaient quatre-vingt deux.

De Verthamon, les deux Bouillé, [Le Caron] de Troussures, du Bourg, de Ferron, de Villebois, de la Grange, de Vogüé, Saulnier, Lelièvre de la Touche, de Gastebois, de Barry, de la Brosse, de la Bégacière, de Mauduit du Plessis, de Bellevue, et cinquante autres avaient été frappés à mort ; de cette mort héroïque et chrétienne, qui donne au soldat la palme du martyre. Le général de Sonis, le colonel de Charette, le commandant de Monteuit, le capitaine de Ferron, le capitaine du Réau, MM. de Cazenove, de Traversay, et cent vingt-trois autres étaient grièvement blessés.

Le lieutenant Henry de Bellevue, cousin de Jean, avait fait dans ce combat des prodiges de valeur ; son uniforme fut criblé de six balles, une septième vint s'aplatir sur la poignée de son sabre ; et il mérita d'être porté à l'ordre du jour et promu au grade de capitaine.

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Jean de Bellevue avait été frappé un des premiers ; blessé grièvement, il avait pu se traîner jusqu'à la ferme de Villours ; il passa là sans secours la nuit glacée du 2 au 3 décembre et il expira le lendemain matin. Les Prussiens jetèrent son corps dans la fosse commune, avec ceux de MM. Fernand de Ferron, François Quérè, Joseph Serio, Henry Souffrant, et de vingt-neuf autres zouaves non reconnus.

Dans la plaine de Loigny, près du Bois des Zouaves, s'élève une croix de granit, dressée sur un socle à six faces, sur lesquelles on lit ces inscriptions :

Façade Sud-Est : "2 décembre 1870. - Hic ceciderunt et jacent. Pie Jesu, Domine, dona eis requiem. - Coeur de Jésus, sauvez la France !"

Façade nord : "Zouaves pontificaux : Fernand de Ferron, François Quéré, Jean de Bellevue, Joseph Serio, Henry Souffrant, et de 29 autres zouaves non reconnus."

Façade Sud-Ouest : "Mobiles des Côtes-du-Nord, Francs-tireurs de Tours et de Blidah, au nombre de 96".

Façade sud : "Celui-là fait une mort précieuse qui achète l'immortalité au prix de son sang. (St Cyprien)".

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La marquise de Bellevue acheta le Bois des Zouaves, et, malgré toutes les recherches auxquelles elle se livra, elle ne put jamais retrouver le cadavre de son fils.

Le nom de Jean de Bellevue est inscrit sur le "bouclier de Patay", et dans la chapelle du Sacré-Coeur de l'église de Loigny, consacrée le 21 septembre 1887 et élevée par les soins du général de Charette et des zouaves pontificaux à la mémoire des héros, qui, le 2 décembre 1870, donnèrent leur sang pour le salut de la patrie.

Les Révérends Pères Jésuites ont inséré dans leurs "Annales" une biographie de Jean de Bellevue.

Le marquis Jean de Bellevue était le dernier représentant de la branche aînée de la famille Fournier. Il était revenu mourir dans le Berry, berceau de sa maison, dont le premier membre connu, Hugues Fournier, avait paru comme chevalier en 1270. - 1270-1870 : deux dates glorieuses, qui, à six siècles de distance, disent éloquemment ce que furent les Fournier, et encadrent dignement l'histoire de leur race.

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Le 5 juin 1871, le maire, Théodore Gaitas dit Morin, transcrivit sur les registres d'état-civil d'Hermes, l'acte de décès de Jean-Pierre-René-Marie Fournier, marquis de Bellevue.

 

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De qui provenait donc cet hommage ?

Tout en haut de ce vitrail, apparaissent les armes de deux familles ; elles sont également visibles sur le mur extérieur de l'église. Ces écussons appartiennent aux familles Texier de Saint-Germain et Fournier de Bellevue.

 

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En effet, la famille Texier, après avoir eu le rare privilège de se perpétuer pendant plusieurs siècles dans son manoir de la Motte, qu'elle n'a point cessé d'habiter, a vu clore sa descendance masculine par la mort du comte  Louis-Charles Texier de Saint-Germain, arrivée en son château, le 15 novembre 1847 (3 ans avant la naissance de notre Volontaire de l'Ouest).

Il avait épousé, à Paramé (35), le 4 novembre 1833, Marie-Madeleine Fournier de Bellevue, fille de Jean-Pierre-René Fournier de Bellevue, chevalier de la légion d'honneur, marquis de Bellevue et de Boismarmin et de Madeleine Pierrès de la Vieuxville ; elle était née à Saint-Malo, le 1er décembre 1809. De son mariage avec Mlle de Bellevue il reste une fille unique, Berthe-Marie-Mélanie, née à La Meilleraie-Tillay, le 13 octobre 1834 ; mariée à La Meilleraie-Tillay, le 3 août 1857, avec Roger Roussel de Courcy, dont Marie-Alphonse-Rodriguez-Louis-Robert né le 4 octobre 1858 et Marie-Joseph-Alphonse-Gaston né le 5 octobre 1862 ; était présent à ce mariage M. Auguste du Vergier de La Rochejaquelein ; Berthe est décédée au même lieu le 20 avril 1909.

Marie-Madeleine Fournier de Bellevue est décédée à La Meilleraie-Tillay, le 25 mars 1884.

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Marie-Madeleine Fournier de Bellevue était la soeur de Jean XI Fournier de Bellevue, père de notre Volontaire de l'Ouest. On peut remarquer également que ce vitrail nous montre une représentation de Sainte Marie-Madeleine et de Saint Jean l'Évangéliste ; "Marie-Madeleine", prénom de la généreuse donatrice et "Jean" pour rendre hommage à son défunt neveu.

Les écrits de l'abbé J.-M. Dubin dans les bulletins de la paroisse de l'année 1952 viennent confirmer ce que j'avais imaginé ... :

"Ce sont les travaux exécutés sous MM. les curés Lucas, Piraud, Boutin et Bésot, de 1840 à 1880 - dans les dix dernières années surtout - qui ont donné à l'église de La Meilleraie son aspect actuel ... L'agrandissement qui s'imposait depuis la fusion des deux paroisses de la Meilleraie et de Tillay et qui sans inconvénient eut put être plus considérable fut obtenu en prolongeant la nef jusqu'au Prieuré et en rebâtissant complètement en plus vaste les deux chapelles de la Sainte Vierge et de Saint Mathurin ...

Et l'église fut mieux éclairée. On substitua, en effet, aux fenêtres romanes des ouvertures ogivales plus larges et plus basses ... Puis, dans les chapelles reconstruites, on plaça des vitraux plus importants encore. Ceux-ci, comme l'indiquent toujours les blasons qui les dominent, furent offerts par les Châtelaines de la Motte à l'époque : Mme de Courcy, née Berthe Texier de Saint-Germain, qui donna celui de l'Annonciation ... et Mme de Saint-Germain, sa mère, née Madeleine Fournier de Bellevue, qui paya celui de Sainte Madeleine et de Saint Jean ... voulant honorer, en même temps que sa Céleste Protectrice, la mémoire de son neveu : Jean de Bellevue, Zouave Pontifical, tombé à Palay, le 2 décembre 1870 ..." (Abbé J.-M. Dubin - AD85 - Bulletin paroissiaux de la Meilleraie-Tillay de janvier et février 1952)

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Généalogie de la maison Fournier, par Xavier de Bellevue, 1909

AD60 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Hermes