Château_de_la_Garnache___[

La famille du Pas porte pour armes : D'azur à la fasce d'argent, au chef d'or chargé d'une hure de sanglier de sable.

Peu de temps avant la Révolution, le marquis de La Garnache était Claude-Joseph du Pas, dont le père, Claude du Pas, chevalier, seigneur de la Templerie et de la Bourdinière, avait acheté le marquisat le 15 janvier 1774, de Gabriel-Louis de Neufville de Villeroy.

Fils de Claude et d'Élisabeth de Valleton, Claude-Joseph du Pas est né à Nantes, paroisse Notre-Dame, le 12 mai 1767 et baptisé le lendemain.

Claude-Joseph Nantes Notre-Dame 1767 Z

En 1789, le marquis du Pas, qui n'avait que 22 ans, présentait aux membres de son ordre réunis à Poitiers, pour la convocation des États généraux, deux Mémoires dirigés à la fois contre les pouvoirs temporel et spirituel, qui ne répondaient pas précisément aux vrais besoins du temps ; mais qui sont un monument des sentiments et de la valeur morale de la noblesse à l'époque. A ce titre, nous les publions textuellement, sans autres changements que de simples modifications de style et surtout d'orthographe, qui étaient nécessaires :

Premier Mémoire

Le marquisat de La Garnache, en Bas-Poitou, est composé, entre autres paroisses, de celles de Saint-Jean et Notre-Dame de Mont, sur les bords de la mer océane.

La baronnie de Beauvoir, qui avoisine ces paroisses, y tient pareillement, à cause du fief de Malchaussée. De là elle a pris le nom de Beauvoir-sur-Mer.

Vis-à-vis la côte de Beauvoir sont les îles de Cronière, de Bouin et de Noirmoutier. La première touche à la terre de Beauvoir, à marée basse ; elle n'en est séparée, en pleine mer, que par un canal nommé l'étier de la Lasse, qui alors n'a pas plus de trois toises de largeur. L'île de Bouin n'est séparée de la terre de Beauvoir que par un canal creusé de mains d'hommes, qui, dans sa plus grande largeur, n'a pas actuellement plus de trente pieds. Noirmoutier est éloigné d'environ trois lieues de Beauvoir.

Plus loin, en avançant dans la mer, vis-à-vis la pointe occidentale de Notre-Dame-de-Mont, se trouve l'Île-Dieu, éloignée de ce dernier endroit d'environ quatre lieues.

Dans l'origine, ces îles de Bouin, Noirmoutier et Île-Dieu, étaient unies et incorporées à la terre de La Garnache et de Beauvoir. Ces deux terres, qui appartiennent à M. Du Pas, relèvent du duché de Thouars, qui les reporte au roi à cause de son comté de Poitou.

En usant du privilège qu'accorde la coutume de Poitou, les seigneurs de La Garnache se sont joués de leurs fiefs ; ils ont aliéné ces trois terres de Bouin, Noirmoutier et l'Île-Dieu, mais ils s'en sont conservé la mouvance. Elles relevaient prochement de La Garnache, lorsqu'elles ont été acquises par le roi. Ce point assuré par les "certes" [chartes] a été reconnu même par les actes d'aliénation.

Cette partie de côte du Poitou se divise en côte vaseuse et sablonneuse. La côte vaseuse se fait remarquer dans la face septentrionale et occidentale de la terre de Beauvoir jusqu'au hameau appelé la Barre-de-Mont ; là, commence la côte sablonneuse, qui continue les rivages des paroisses de Notre-Dame et Saint-Jean de Mont.

Sur cette côte sablonneuse on éprouve une perte fréquente des meilleurs terrains, par les sables que les vents portent au loin dans les terres ; par les irruptions de la mer, qui détruit souvent les chaussées et barrières qu'on lui oppose.

Sur la côte vaseuse, les flux et reflux forment chaque jour insensiblement des accroissements au domaine de Beauvoir, par les vases et limons repoussés à la côte. Ces envasements devenus fermes forment de nouvelles possessions : ainsi on a vu naître l'Île de la Cronière. Ainsi s'est élevé un espace de 5 à 600 arpents, renfermé entre les anciennes chaussées du domaine de la baronnie de Beauvoir et la mer.

En vain, les seigneurs de La Garnache ont concédé ces terrains à des particuliers, en vain ceux-ci les ont fait renclore à grands frais ; d'autres particuliers les ont assencés du roi et ont réussi, sous un ministère trop fiscal, à expulser les premiers, sous prétexte que ces terrains faisaient partie d'un fond jadis couvert par la mer, que de là il appartenait au roi comme un droit de sa souveraineté.

Ce système était étrange, il aurait pu s'opposer avec de fondement contre la totalité des paroisses de Beauvoir, Notre-Dame et Saint-Jean de Mont, Saint-Urbain, Sallertaine et autres de la terre de La Garnache. La majeure partie des terrains des premières paroisses n'a pas une existence beaucoup ancienne. La mer venait ci-devant jusqu'auprès de la ville de Beauvoir ; de là jusqu'où l'on voit aujourd'hui la mer reculée, tout le pays en était inondé. Sorti du sein des eaux, il pourrait donc subir le même sort : aucune loi du royaume n'autorise pareil système.

L'ordonnance de marine ne concerne que la police à observer sur les bords et rivages de la mer. L'édit bursal de 1710 ne fait point loi du royaume ; il n'est enregistré qu'en quelques parlements, ses dispositions n'ont jamais été suivies : témoin les droits dont jouissent journellement en Normandie les seigneurs voisins de la mer ; témoin l'arrêt rendu en 1769, au parlement de Paris, entre le marquis de Champagné et le chapitre de Luçon ; témoin surtout le retrait, accordé à S. M. aux voeux du parlement de Bordeaux, de l'arrêt du conseil porté sous le ministère de M. de Calonne, qui renouvelait les dispositions de l'édit de 1710.

Mais de ce qu'un terrain a été anciennement couvert des eaux de la mer, comment pourrait-il s'ensuivre qu'il fût devenu domanial, au préjudice du voisin propriétaire ou seigneur féodal ? N'est-ce pas, au contraire, une alluvion qu'aucun étranger ne peut réclamer ? L'alluvion se caractérise, en effet, un accroissement insensible et peu à peu sur les rivage de la mer, fleuves et rivières, par les terres que l'eau y porte. Or, en principe, les créments et atterrissements de la mer ou des fleuves, toute espèce d'alluvion aurait au profit du propriétaire et du seigneur féodal, tellement que celui dont l'héritage est diminué par cette voie, ne peut pas revendiquer ce qui s'en manque ; c'est le droit universel du royaume.

D'un autre côté, en principe des fiefs, le droit du seigneur de La Garnache sur les domaines de cette nature est incontestable. Ils sont situés dans la mouvance de sa terre et en font partie ; l'inspection des lieux le démontre. En face de ces terrains et à quatre lieues de là, est placée l'Île-Dieu ; à trois lieues est celle de Noirmoutier ; celle de Bouin n'en est séparée des mêmes terrains que par un canal aujourd'hui presque toujours à sec. Ces trois îles, avant leur acquisition au domaine du roi, relevaient de La Garnache, et faisaient partie de son domaine ancien. Le privilège de l'enclave s'opposait dont ici avec le plus grand avantage.

Le roi est le premier seigneur féodal de son royaume ; à cause de son comté de Poitou, il doit la garantie à M. le duc de Thouars de tout ce qui est porté dans ses aveux ; et M. le duc de Thouars la doit au seigneur de La Garnache de ce qui se trouve dans ceux qu'il lui rend. Or, les aveux de La Garnache comprenant, dans l'étendue de la terre, les domaines en question, S. M. elle-même en devrait donc la garantie au seigneur de La Garnache, déjà privé des droits de bris et naufrages, droits assurés par une longue possession, par l'expression formelle de ses aveux. Exposé à perdre à tout moment des parties de sa mouvance par les sables emportés par les vents, par les irruptions de la mer qui en couvre souvent de grands espaces ; l'accroissement que l'alluvion pourrait lui procurer, ne serait qu'un bien faible dédommagement de ces pertes.

L'on voit, par ce simple aperçu, que la question n'intéresse pas seulement le seigneur de La Garnache ; mais tous les seigneurs du royaume qui ont des terres et fiefs sur les bords et rivages de la mer, fleuves et rivières. Ce motif, l'importance de l'objet, engagent le seigneur de La Garnache à supplier Messieurs les députés aux États généraux de demander qu'il soit pris en considération.

DU PAS, marquis de La Garnache.

Deuxième Mémoire

Le marquisat de La Garnache et la baronnie de Beauvoir-sur-Mer, diocèse de Luçon en bas Poitou, deux terres qui appartiennent à M. Du Pas et relèvent du duché de Thouars, comprennent plusieurs paroisses qui renferment dans leur enceinte, outre les cures, plusieurs prieurés, abbayes et communautés, de la fondation des anciens seigneurs de La Garnache. La preuve en existe dans les titres mêmes de fondation, échappés à la nuit des temps, pour les abbayes de l'Île-Chauvet en Bois-de-Cené, d'Orouet à Saint-Jean-de-Mont, communauté des Dominicains de Beauvoir, prieurés de Saint-Thomas de La Garnache, de Saint-Blaise et autres, et, pour les cures et autres prieurés, abbayes et communautés, dans des aveux en bonne forme multipliés depuis près de cinq siècles. Tous ces titres prouvent que les seigneurs de La Garnache, en fondant ces bénéfices, s'en sont relevé le droit de patronage ; il est exprimé dans tous les aveux pour les bénéfices ci-dessus désignés, et pour les cures et prieurés de La Garnache, Sallertaine, Châteauneuf, Saint-Urbain, Saint-Jean-de-Mont, Notre-Dame-de-Mont, Bois-de-Cené, Paulx, prieuré de Saint- Gervais, Beauvoir, la Barre et autres bénéfices.

Avant l'établissement du calvinisme en France, les seigneurs de La Garnache jouissaient sans difficulté du droit de présentation ; mais, dès qu'ils eurent embrassé la religion protestante, ce droit reçut atteinte, soit qu'ils négligeassent de présenter, soit que les évêques refusassent ceux qui étaient nommés. Pendant les guerres de la Ligue, ce droit n'eut aucun exercice. Sous le cardinal de Richelieu, évêque de Luçon, les seigneurs de La Garnache entreprirent vainement de le faire revivre en présentant ; regardés alors comme des rebelles (MM. de Rohan et de Soubise faisaient la guerre pour le parti protestant), n'ayant aucun accès dans les tribunaux, comment leurs réclamations auraient-elles été écoutées ? Depuis cette époque, les évêques de Luçon se sont maintenus dans la possession de pourvoir à ces bénéfices, que le cardinal avait commencée.

Mais cette possession n'est qu'abusive ; née dans des temps de désordre et de trouble, elle ne doit pas l'emporter sur le droit bien établi du seigneur de La Garnache. Le patronage qu'il prétend est réel de sa nature ; attaché à la glèbe, il la suit partout ; il est imprescriptible.

Sans doute le seigneur de La Garnache n'est pas le seul dans les terres duquel les droits de cette nature se sont éclipsés. Partout le but des évêques a été d'étendre leur juridiction et prérogative ; ils ont pu commettre ailleurs les mêmes innovations, s'attribuer comme un droit la présentation des bénéfices, lorsqu'ils ne peuvent les conférer que sur la négligence des patrons laïques.

Puisque la prescription ne doit pas avoir lieu ici, il est juste que les choses rentrent dans leur état primitif. Le marquis de La Garnache supplie messieurs les députés de son ordre d'insérer dans leur cahier sa réclamation.

DU PAS, marquis de la Garnache. (Revue des provinces de l'Ouest (Bretagne et Poitou) - Deuxième année - 1ère livraison - septembre 1854)

LA GARNACHE Z

Dès les premiers troubles, en 1791, il paraît s'être fixé à Paris, puis à Bordeaux, d'où il s'embarqua le 22 janvier 1794, pour l'Amérique.

Dans une lettre écrite de La Garnache par un volontaire de Nantes, à sa femme, le 28 avril 1793, on lit ce qui suit : "Je te dirai que nous avons bien marché et vu du pays ; de Machecoul nous avons été à La Garnache, de là à Challans, à Sallertaine, puis à Châteauneuf, et nous sommes revenus à la Garnache. Je crois que nous amènerons la bonne femme nourrice de M. Du Pas. Son château est à nous ; nous sommes dedans, sans savoir quand nous retournerons. Signé MARCHAIS" (Collection révolutionnaire de MM. Dugast-Matifeux et Benjamin Fillon)

Revenu de Philadelphie vers l'an V et installé à Bordeaux, chez le citoyen Schéemaecker, maître de pension, cours de Tourny, n° 34, il mourut en ce lieu (section centre), le 19 vendémiaire an VI (10 octobre 1797), "sans ascendants ni descendants". (Charette, chevalier de légende par Julien Rousseau - 1963)

décès Claude-Joseph Bordeaux

 

Son grand-père, Haut et puissant seigneur, messire Claude du Pas était fils de Marin du Pas, chevalier seigneur de la Bourdinière et autres lieux et de Marie-Anne de Bonnemer de la paroisse de Château-Thébaud.

Il avait épousé à Thouaré (44), le 12 septembre 1730, Françoise Mosnier de la Valtière, fille de Joseph Mosnier, chevalier, seigneur de la Valtière et autres lieux, conseiller du roi, maître ordinaire en sa chambre des comptes de Bretagne et de Marie Langlois.

Françoise Mosnier de la Valtière est décédée à Nantes, paroisse Saint-Vincent, le 6 janvier 1789 et inhumée le 9 dans le caveau de sa famille en l'église des R.R. P.P. Cordeliers de Nantes. Elle était âgée d'environ 78 ans.

Claude du Pas est décédé à Château-Thébaud le 21 janvier 1766 à la Bourdinière et inhumé le 23 en sa chapelle sise dans l'église Saint-Martin de Château-Thébaud. Il était âgé de soixante-cinq ou six ans.

Claude décès 1766 Château-Thébaud

De ce mariage sont nés :

- Claude, né à Nantes, paroisse Notre-Dame, le 24 septembre 1731 ; décédé la même année ;

- Claude, né à Nantes, paroisse Notre-Dame, le 8 novembre 1734 ; marié à Nantes, paroisse Saint-Similien, dans la chapelle du Douet Garnier le 28 juillet 1766 avec Élisabeth de Valleton, fille de Jean-Baptiste, écuyer, seigneur du Douet Garnier, Conseiller du Roi, maître ordinaire en sa chambre des comptes de Bretagne et d'Élisabeth Le Boucher, née à Nantes, paroisse Saint-Similien, le 25 décembre 1743 ; dont Claude-Joseph

La mère de Claude-Joseph, Élisabeth de Valleton, est décédée à Nantes, paroisse Notre-Dame, le 22 février 1768, à l'âge de 24 ans et inhumée "dans l'église des Pères Cordeliers".

Le père du dernier marquis, Claude du Pas, chevalier, marquis de la Garnache, baron de Beauvoir, seigneur des marches communes préventionnelles de Poitou et de Bretagne, châtelain des isles de Saint-Jean et Notre-Dame-de-Mont, St-Urbain, Sallertaine, Châteauneuf, Lohingal, la forest, les Ridellières,  Rohan et autres lieux, capitaine de cavalerie chevau-légers de la garde ordinaire du Roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, est décédé à La Garnache, le 7 juin 1781, à l'âge d'environ 46 ans et inhumé dans l'église, en son caveau, le 17 juin suivant.

- Marie-Françoise, née à Vertou, le 11 mars 1737 ; mariée à Château-Thébaud, le 22 novembre 1756 avec Maurice-Joseph de l'Estourbillon (1725 - 1777), seigneur du Bois Joubert, chef de nom et d'armes, originaire de la paroisse de Donge et domicilié à celle de St-Clément de Nantes ; décédée à Nantes, 6 rue Haute du Château, 2ème canton, le 16 novembre 1814 ;

- Anne, baptisée à Nantes, paroisse Notre-Dame, le 23 avril 1748 ; décédée à Nantes, paroisse Notre-Dame, le 28 avril 1769, à l'âge de 21 ans.

 

Revue historique de l'Ouest - 1ère année - 1ère livraison - mai 1885

L'Île-d'Yeu d'autrefois et l'Île-d'Yeu d'aujourd'hui par O.-J. Richard - 1883

AD44 - Registres paroissiaux de Château-Thébaud

Archives Municipales de Nantes - Registres paroissiaux de Nantes

AD33 - Registres d'état-civil de Bordeaux