LA JUMELLIÈRE (49) SOUVENIRS DU MASSACRE
TRADITIONS ORALES

VENDEENNE

 

M. DAVID de La Jumellière
Vers 1850, M. David raconte la tradition suivante :
"La plus grande partie des hommes de La Jumellière combattaient dans la division du capitaine Cady de St-Laurent. Trois fois l'armée bleue passa par le bourg et y mit le feu. Les fermiers qui fuyaient son approche, après son passage, revenaient aussitôt éteindre l'incendie. Une quatrième fois une escouade arrivant à l'improviste surprit les femmes qui n'avaient pas eu le temps de s'enfuir et leur dit qu'elles n'avaient plus besoin de fuir, que même elles pourraient désormais aller en sûreté partout où elles voudraient moyennant un sauf conduit qu'on allait leur donner à chacune. Elles devaient aller le chercher à un bureau installé pendant deux heures à l'extrémité du bourg, dans le petit pré de Bellenoue. Quand elles furent arrivées au lieu indiqué, elles se trouvèrent emprisonnées par les bleus, qui les fusillèrent toutes. Une seule échappa au massacre, Mlle Brunet, mère de M. Marais de la Cigogne. Le capitaine Cady qui était non loin, fut aussitôt averti et poursuivit les assassins, les atteignit à Ste Foy, puis St Lambert et les écharpa jusqu'au dernier."

La Jumellière Belle Noue z

M. BLOUIN, prêtre
En 1854, l'abbé Blouin recueillit de vieux Vendéens le récit suivant :
"A La Jumellière, 43 personnes, vieillards, femmes et enfants furent égorgés dans un pré voisin du bourg, deux Vendéens qui vivent encore m'ont assuré qu'ils ont eux même compté les cadavres."

JEAN GRELLIER ET LA FEMME MERIT
En 1868, Jean Grellier, 88 ans, et la femme Mérit, 81 ans, ont fait la déclaration suivante :
"Suivant la tradition du pays, le maire et les membres de la municipalité auraient dénoncé à Grignon les brigands de la localité et n'auraient pas été compris du moins pour la plupart dans le massacre."

Témoignage, dans la Semaine Religieuse du 6 juin 1886, de J. MASSONNEAU, curé de Longué :
"Ma grand-mère, Anne Godineau, a été assassinée (le 11 pluviôse an II - 30 janvier 1794) certainement dans la prairie qui joignait la maison. J'ai entendu dire à mes tantes que, dans le moment, le bourg de La Jumellière était à feu. A ce spectacle qui ne les impressionnait guère, se joignaient les cris navrants des victimes qu'on entraînait à la baïonnette, à l'extrémité de la prairie.
Les assassins s'acharnèrent même contre son cadavre ; témoin son tablier qui portait la marque de cinquante-deux coups de baïonnettes. Pendant cette horrible boucherie, les enfants MASSONNEAU, confinés et gardés à vue dans les ruines de leur maison, entendaient les cris navrants de leur mère qui les appelait. Ils voulaient la rejoindre, mais les soldats impitoyables les repoussaient avec violence.
Mes tantes m'ont rappelé bien des fois qu'elles entendaient encore maintenant les paroles de leur mère appelant ses chers enfants."

Godineau Anne 11 pluviôse an II z

MME HODÉ, du bourg
Mme Hodé tient de M. Saliot, 80 ans, natif de St-Herblon, mais dont la mère était originaire de La Jumellière, l'histoire que voici :
"Ma mère me raconta qu'elle quitta La Jumellière dès l'âge de 16 ans et que son père fut recueilli à l'âge de 6 ou 7 ans, par une femme qui l'avait trouvé dans les ajoncs à la Révolution. Il était traumatisé et ne se souvenait plus de son nom : Mathurin Chauvat. Malgré de nombreuses recherches, cette femme ne retrouva aucun membre de la famille de ce petit Mathurin Chauvat."

La Paroisse de La Jumellière au XVIIIe siècle - Gilles Rousseau - 1997