ABAFOUR MATHURIN

Jallais vue z


Fils de Mathurin, marchand, et de Françoise Horpin, Mathurin est né à Contigné (Maine-et-Loire), le 9 décembre 1756.

Abafour Mathurin baptême z

 

D'abord vicaire à Saint-Lambert-du-Lattay puis premier vicaire à Jallais, il fut réfractaire à la Constitution civile du Clergé.

Lorsqu'éclata la guerre en mars 1793, il se dévoua à ses paroissiens victimes des combats.

Bravant les républicains, il n'hésitait pas à transporter les corps sur son dos et à parcourir plusieurs kilomètres pour leur assurer une sépulture chrétienne.

Il avait constamment habité Jallais pendant la Révolution. 

Le 29 septembre 1798, il fit une sépulture. C'est le dimanche 30 septembre 1798 qu'eut lieu l'arrestation de M. l'abbé Mathurin Abafour, vicaire à Jallais.

 

Abafour signature

 

Voici les détails donnés par les Affiches d'Angers sur cet évènement, qui faillit amener une nouvelle insurrection de la Vendée :


"Le 9 vendémiaire an VII, quatre gendarmes de la brigade de Beaupréau arrêtèrent un prêtre réfractaire dans les environs, et un nommé Abafour, qui se dit son frère. Le maréchal des logis ayant aperçu des rassemblements qui se formaient, ordonna aux quatre gendarmes de les conduire à Angers. Les gendarmes étant arrivés à Chalonnes-sur-Loire et s'y croyant en sûreté, dînèrent à l'auberge et firent rafraîchir leurs chevaux. Mais comme ils étaient sur le point de partir, 80 paysans de Jallais et des environs entrèrent comme des furieux dans l'auberge et demandèrent à parler au prêtre, qui était vicaire de leur commune. Les gendarmes les sommèrent au nom de la loi de se retirer. Au lieu de le faire, tous crièrent qu'ils voulaient avoir leur prêtre, et déjà menaçaient d'employer la force pour l'arracher d'entre les mains des gendarmes. Un d'entre eux, Poitevin, reçut une pierre sur l'épaule. Alors les gendarmes se virent forcés de les dissiper à coups de sabre, et criant : Aux armes, braves citoyens de Chalonnes ! La générale a été battue de suite, et les citoyens de cette ville ont poursuivi ces paysans rebelles. Les gendarmes ont tranquillement continué leur route jusqu'à Angers, où ils ont amené le prêtre, qui a été conduit à la maison d'arrêt de la Rossignolerie. Le lendemain, un détachement de grenadiers est parti pour Chalonnes."

Des détails plus circonstanciés sont donnés dans deux lettres que le commissaire cantonal de Sainte-Christine envoyait, le 1er octobre, au commissaire central : "Hier, les gendarmes de Beaupréau, avec un détachement de militaires, sont parvenus à arrêter les Abafour, deux frères, dont l'un est prêtre réfractaire, qui est d'autant plus dangereux qu'il avait beaucoup d'influence à Jallais et dans les environs ; il a été arrêté à Jallais, à cinq heures du matin, accompagné de son frère, étant à cheval tous les deux, étant nantis de chasuble, de bondieux petits et grands, de calice, enfin de tous les ustensiles pour dire la messe ; il a déclaré qu'il allait célébrer la messe chez Esseul, fermier à la Grande Rivière, régisseur de tous les ci-devant nobles du pays. Abafour était monté sur le cheval d'Esseul. Vous allez être sollicité de la part des habitants de Jallais, même par Barré, commissaire du Directoire près ce canton, qui est venu me trouver, ainsi que les gendarmes, à la Poitevinière, qui m'a dit qu'il était grand dommage que ce prêtre fût pris et qu'il allait vous faire entrevoir les services qu'il rendait. C'est un bien qu'il soit ramassé. Il s'est rassemblé un certain nombre d'individus pour les arracher de la main des gendarmes, qui n'étaient que trois pour le conduire. Au sujet d'Abafour, gardez le plus grand silence à mon égard, sans quoi je serais assassiné.

- Hier, une femme d'Andrezé venant de Chalonnes et passant à la Poitevinière pour se rendre chez elle, fit rencontre des gendarmes de Beaupréau à trois quarts de lieue de la Poitevinière, qui conduisaient Abafour, prêtre réfractaire de Jallais, à sa destination. A un quart de lieue de distance, elle rencontra 70 individus partie à cheval et l'autre à pied, quelques-uns en chemises, les uns armés de bâtons et les autres de fusils, allant grand train après la gendarmerie. Indignée de la perte de son prêtre, la commune de Jallais avait formé un rassemblement pour se mettre à portée d'enlever Abafour des mains de la force armée, peut-être pour faire quelque chose de plus. Leur projet perfide est manqué. - Barré, commissaire de Jallais, et Brouard, président de l'administration cantonale, arrivèrent chez moi à sept heures du matin. Ils demandèrent à ma femme si le prêtre était parti, quelle route il avait prise et s'il y avait du temps. Ma femme répondit qu'il était à plus d'une lieue. A l'instant, Barré s'atourna vers l'auberge et dit qu'il était malheureux pour Jallais de perdre Abafour, que c'était lui qui mettait l'ordre dans cette commune. Quelques instants après, arrivèrent quelques garçons de Jallais : c'étaient des espions. Pendant tout ce temps, le rassemblement était à attendre à un demi-quart de lieue du bourg de la Poitevinière, et il ne s'est porté après la gendarmerie que lorsqu'ils ont été assurés sur la route prise par leur prêtre."


M. Abafour était sur la liste des 99 prêtres du département de Maine-et-Loire désignés pour la déportation, en vertu d'un arrêté du Directoire Exécutif pris le 4 février 1798. Interné à la maison d'arrêt de la Rossignolerie, à Angers, le 30 septembre 1798, il ne tarda pas à être dirigé sur l'île de Ré, où il arriva le 22 octobre. Il paraît qu'il réussit à s'évader au mois d'avril 1799, mais il ne tarda pas à être repris.

Dès le 4 mars 1800, les habitants de Jallais adressèrent à l'administration centrale de Maine-et-Loire la pétition que voici :

"Toujours pénétrés du plus vif désir de la paix, les citoyens de la commune de Jallais vous expriment leur voeu pour cet objet si précieux et vous exposent leurs heureuses dispositions à cet égard : ils ont tenu une conduite sans reproche, ont respecté leur parole et sont restés fidèles et soumis au Gouvernement. Ils en sentent comme vous toute l'importance. Leurs malheurs passés, qui leur ont appris combien sont grands les désastres que la guerre produit et combien profondes les plaies faites à la patrie par les discordes civiles, les engagent à se soumettre aux lois et à vous solliciter de vouloir bien répondre au certificat délivré par l'administration du canton de Jallais au citoyen Mathurin Abafour, prêtre, demeurant ci-devant à Jallais et actuellement déporté à l'île de Ré. Il s'est toujours conformé aux lois ; il a cessé toutes ses fonctions le 29 septembre 1795 ; il ne les a exercées qu'à l'époque du traité de pacification fait par le général Hoche pour les Vendéens, ce à quoi il était autorisé ; il a toujours tenu une conduite sans reproche ; il a toujours été pénétré également du plus vif désir de la paix par la concorde et l'union qu'il inspirait dans la commune de Jallais. De plus, nous ne pouvons vous laisser ignorer les traits d'humanité que le citoyen Abafour a exercés pendant la malheureuse guerre de la Vendée : quelque temps après les différents combats qui ont malheureusement été livrés à Jallais, il se portait pour soulager les pauvres malheureux qui pouvaient être blessés. Différentes fois, il a trouvé de braves citoyens républicains restés blessés sur le champ de bataille ; l'humanité le poussait de suite à les soulager ; il les portait lui-même sur son dos dans des endroits de sûreté, il leur donnait tous les secours nécessaires. De pareils traits nous engagent à vous supplier de vouloir bien vous réunir à nous pour le tirer d'esclavage et de captivité, d'autant que cette captivité influe beaucoup sur sa santé, étant attaqué d'infirmités par des douleurs auxquelles il est fort sujet. Ce faisant, vous lui ferez justice."


Quelque temps après M. Abafour était de retour à Jallais. Il n'y séjourna pas longtemps, parce que M. Meilloc, administrateur du diocèse d'Angers, le chargea de desservir la paroisse de Candé, où l'on voit sa signature sur le registre paroissial depuis le 3 juin 1800 jusqu'au 17 juillet 1802. Mgr Montault, le nomma alors curé de Mûrs.

M. Abafour mourut en fonctions le 12 décembre septembre1823, à l'âge de 66 ans et neuf mois.

Abafour Mathurin décès z

 

Vendéens et républicains dans la guerre de Vendée - Tome I - Frédéric Augris - 1993

L'Anjou Historique - septembre 1915.

AD49 - Registres paroissiaux de Contigné - Registres d'état-civil de Mûrs

 

L'homme qui fut arrêté avec M. Mathurin Abafour et qui se disait son frère, disait certainement la vérité ; il s'appelait Nicolas. Il était tisserand à Jallais. Il est décédé le 8 novembre 1818, à l'âge de 50 ans.

 

Abafour nicolas frère z