A LA JUMELLIERE

 

"Le 18 juillet (1791), le Directoire départemental confiait à la garde nationale de Chalonnes, la mission d'aller à La Jumellière surprendre une douzaine de prêtres insermentés qui s'y étaient réfugiés, notamment quatre d'entre eux dénoncés comme plus turbulents que les autres : c'étaient M. Beurier, curé de Chanzeaux, les deux frères Charruau, curé et vicaire de la Jubaudière, et M. Davy, curé de Saint-Aubin-de-Luigné. Mais l'expédition ayant été retardée jusqu'au 30 juillet, les quatre incriminés eurent le temps de se mettre en sûreté. Les inquisiteurs revinrent pourtant triomphants ; car ils avaient capturé six réfractaires, qu'ils amenèrent à Angers. ...
La paroisse de la Jumellière était évidemment signalée comme un foyer contre-révolutionnaire que l'on pouvait traiter sans merci. Alors que la garde nationale de Chalonnes s'y distinguait par la capture que nous venons de rapporter, plusieurs gardes nationaux de Chaudron, non moins exaltés, ayant à leur tête le lieutenant Pelé et un nommé Balard ... s'avisèrent d'aller offrir leurs services au curé constitutionnel du dit bourg de la Jumellière. Or, en entrant dans le village, il leur prit fantaisie de chanter à tue-tête le Ca ira et autres chansons patriotiques de l'invention des Jacobins de Paris. Puis ils se mirent à crier : "A bas les aristocrates ! Les aristocrates à la lanterne !". C'en était trop. Les habitants exaspérés s'armèrent de pierres et se précipitèrent sur ces extravagants, qui échappèrent avec peine à leur fureur. Les provocateurs dénoncèrent cet acte de prétendue violence et le Département leur donna raison !" (Revue du monde catholique - 37e année - tome 136 - p. 214 - 1898)

 

 

LA JUMELLIERE CARTE POSTALE

 


En 1794, le 25 janvier, la colonne infernale de Cordellier fusilla huit membres de la municipalité, revêtus de leurs insignes, avec leur greffier, et un grand nombre d'habitants, à la ferme de la Belle-Noue.
La musique militaire jouait pendant le massacre. (Dictionnaire Historique de Maine-et-Loire AD49)

 

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UN HORRIBLE MASSACRE A LA JUMELLIERE (25 JANVIER 1794)

 

Parti de Brissac avec sa colonne le 21 janvier 1794, le général de division Cordellier avait ordre du citoyen Turreau, général en chef de l’Armée de l’Ouest, de tout incendier, à la Jumellière, à Neuvy-en-Mauges, à Jallais, etc.

Pour connaître les horreurs commises par le général Cordellier, il suffira de citer quelques extraits de sa correspondance avec Turreau.

Le 22 janvier 1794, il écrit, de Beaulieu : « Je m’arrangerai de manière à ne pas avoir froid avant de partir demain. J’ai sommé la municipalité de me déclarer qu’il n’existait que des femmes dont les maris s’étaient réunis aux brigands ; comme elles me paraissent suspectes, je leur ferai donner demain leur « déjeuner ». – Le 23 janvier, de la Jumellière : « Je me suis chauffé très amplement ce matin, avant de partir de Beaulieu, de même qu’en passant à Saint-Lambert. » - Le 24 janvier au matin, de La Jumellière : « Je viens de donner l’ordre à Flavigny d’aller incendier le village de Chanzeaux. J’ai reçu des nouvelles de Croizat, qui a brûlé dans sa journée cinq châteaux ». Dans la soirée du même jour : « Flavigny a encore fait passer au fil de la baïonnette trente personnes suspectes des deux sexes. » - De Neuvy, le 25 janvier : « Avant de partir ce matin de La Jumellière, j’ai fait passé au fil de la baïonnette environ vingt individus, tant hommes que femmes, convaincus d’avoir participé aux troubles qui ont eu lieu dans ce département. De tous ceux qui composaient la municipalité, le maire seul est conservé, ayant été reconnu citoyen. J’ai dirigé une colonne sur Saint-Lézin, à laquelle j’ai attaché Flavigny ; je lui avais donné l’ordre de le livrer aux flammes et de passer au fil de la baïonnette tous les habitants, ce qu’il m’a dit avoir ponctuellement exécuté. » - De Jallais, le 27 janvier : « J’avais ordonné de passer au fil de la baïonnette tous les scélérats qu’on aurait pu rencontrer, et de brûler les hameaux et métairies qui avoisinent Jallais : dans ce moment, quarante métairies éclairent la campagne ». – De Tiffauges, le 6 février : « J’ai purgé, par le fer et le feu, tous les endroits que j’ai rencontrés sur ma route (1) ; car indépendamment que tout brûle encore, j’ai fais passer derrière la haie six cents particuliers des deux sexes. » De nouveau, le 8 février : « J’ai envoyé un bataillon d’infanterie qui a incendié le bourg des Landes-Génusson et a fait fusillé tous les hommes, femmes et enfants qui y étaient restés. » - De Beaupréau, le 14 février : « J’ai fait incendier Chemillé en le quittant. » (Andegaviana, XVIIe série, 477 ; Anjou historique, XXXII, 103).

Dès le 9 février 1794, le citoyen Vial, ancien procureur général syndic du département de Maine-et-Loire, ancien membre du Comité révolutionnaire d’Angers, ancien maire de Chalonnes-sur-Loire, fait à la séance de la Société Populaire de l’Est (Angers) une très vive sortie relativement aux officiers municipaux de La Jumellière, fusillés par ordre de Cordellier le 25 janvier.

Suspendu le 13 mai 1794, le général Cordellier se retire chez son père, notaire à Faremoutiers (Seine-et-Marne).

Mais voilà que le 30 septembre 1794, Turreau, organisateur des colonnes infernales, est décrété d’accusation, en même temps que deux chefs des douze colonnes incendiaires, les généraux Huché et Grignon. Le tour de Cordellier ne va-t-il point venir ?

Dans son numéro du 23 octobre 1794, le Moniteur, rendant compte du procès de Vial devant le tribunal révolutionnaire de Paris, publie l’entrefilet suivant : « Le général Cordellier, d’après les débats, était présent lorsqu’on a fusillé huit officiers municipaux de La Jumellière, revêtus de leurs écharpes ; le secrétaire-greffier de cette commune  fut du nombre, et cette municipalité était regardée comme la plus patriote du canton. »

Le général Cordellier se croit perdu, et le 25 octobre, il envoie, de Faremoutiers, au Comité de Salut public la lettre inédite que nous allons reproduire :

 

Tandis que j’attends dans le silence la levée de ma suspension, le voile qui cachait les atrocités qui se sont commises dans la Vendée se déchire, et déjà plusieurs auteurs ou complices sont traduits au tribunal de la justice. (Les généraux Turreau, Huché et Grignon).

Je croirais être coupable à vos yeux si je ne redressais pas ce qu’ont avancé plusieurs journalistes, et particulièrement le rédacteur du Moniteur, dans son numéro 32, 2e colonne, où il est dit : « Le général Cordellier, d’après les débats, était présent lorsque l’on a fusillé huit officiers municipaux de La Jumellière, revêtus de leurs écharpes. Le secrétaire-greffier de cette commune fut du nombre, et cette municipalité était regardée comme la plus patriote du canton ».

Mon honneur et plus encore celui de mon pays m’impose le devoir sacré de dire ici la vérité tout entière, dussé-je être compromis, avouer ma culpabilité, mon crime. Avant de le faire, je me permettrai seulement de vous faire ma profession de foi.

Non, jamais ma bouche n’a prononcé ni ne prononcera sciemment l’arrêt de mort de l’innocence, jamais mon bras ne s’est appesanti ni ne s’appesantira sur d’autres que sur les ennemis de la patrie, jamais, non jamais mes yeux ne s’arrêteront sans émouvoir mon âme sur des victimes suppliciées. J’ai souvent gémi en entrant dans la Vendée sur le sort déplorable des habitants de ces malheureuses contrées ; et si par état je suis devenu l’instrument passif de quelques scélérats, c’est parce qu’ils n’étaient pas alors démasqués, et que la hiérarchie militaire plus encore que ma responsabilité m’imposait le devoir d’obéir à mes chefs.

En vertu des ordres du général en chef de l’armée, en date du 30 nivose dernier (19 janvier 1794), je suis parti de Brissac le 13 pluviose (22 janvier), et le lendemain je suis arrivé à La Jumellière.

Malgré mon ordre impératif ci-devant daté de purger par le fer et par le feu tout ce que je rencontrerais sur la route, je ne pus me résoudre à faire fusiller tout le monde indistinctement. La nature qui se fait toujours sentir quand on la veut contrarier, n’éprouva pas de difficultés chez moi ; elle me détermina à faire les plus scrupuleuses recherches pour distinguer  l’innocent d’avec le coupable, afin que tous trouvent en moi autant de sévérité que de justice.

Le dit jour 4 pluviose (23 janvier), je fis prévenir la municipalité de La Jumellière que j’avais une conférence à avoir avec elle pour l’intérêt de la République, et qu’à cet effet je désirais qu’elle vînt à mon logement, que j’avais établi chez la veuve Blanvilain, marchande mercière en cette commune.

La municipalité arrivée à mon quartier général, je la sommai au nom de la loi de me déclarer s’il n’existait pas dans son arrondissement des personnes suspectes qui eussent pris les armes contre la République et enfin des personnes ayant pris part directement ou indirectement aux troubles de la Vendée. Je lui déclarai en même temps que je la rendais responsable, sur la tête de chacun de ses membres, de la sincérité de sa déclaration.

Sur la réponse négative de la municipalité, je lui fis encore quelques questions, et sur ce que je lui faisais envisager le danger éminent dans lequel elle se plongeait si je parvenais à découvrir même des ménagements qu’une fausse philosophie lui aurait dictés, elle finit par me déclarer qu’il y avait encore dans sa commune plusieurs femmes dont les maris avaient été ou étaient encore avec les brigands. Sur ce, je la sommai de m’en donner la liste dans la journée.

Pendant que la municipalité de La Jumellière s’occupait de la liste que je lui avais demandée, les soldats de ma division logés chez le reste des habitants de cette commune faisaient des recherches pour découvrir les coupables ; et elles furent telles que plusieurs d’entre eux m’apportèrent des écrits servant à prouver la culpabilité non pas de la municipalité seule, mais encore de toute la commune, puisqu’ils étaient faits et signés au vœu de la paroisse (2).

Pour régler ma conduite, j’aurai pu me dispenser d’aller plus loin, puisque la loi veut que celui qui demandera un roi est par cela même hors de la loi, et permet de courir sus.

Et bien ! j’avais si peur de faire des victimes que, malgré que la commune avait promis par écrit d’exécuter les ordres qui lui seraient donnés par leurs chefs de l’armée catholique et royale et par Sa Majesté Louis XVII, je crus devoir encore prendre des renseignements.

Je fis alors monter dans ma chambre la veuve Blanvilain chez qui j’étais logé, afin de savoir ce qu’étaient particulièrement devenus les signataires des écrits contre-révolutionnaires que j’avais et que j’ai encore entre mes mains ; et il en est résulté que plusieurs d’entre eux étaient encore alors dans la municipalité. (Jacques Boumard, Thomas Juret et Jean Thomas).

Si ma surprise était grande en apprenant ce fait, elle devint extrême lorsque faisant revenir la municipalité dans mon logement et après lui avoir renouvelé mon interpellation du matin et les risques qu’elle encourait, elle eut assez de scélératesse pour nier de nouveau.

Elle ignorait alors qu’elle venait de se juger elle-même. Mais bientôt je l’en eus convaincue en lui montrant les pièces dont il s’agit et en faisant avouer aux signataires que c’était bien leurs signatures qui étaient apposées au bas.

La loi, mon devoir et les ordres de mes chefs ne me permirent pas de balancer sur le parti que j’avais à prendre, et sur-le-champ, je fis garder cette municipalité coupable par une compagnie de grenadiers, jusqu’à ce qu’elle reçût la peine due à son crime.

Pendant que je l’avertissais des dispositions de la loi à son égard, je crus remarquer autant de bonne foi dans la personne du maire de ce temps (Catroux) que de scélératesse et de crime dans celles des autres municipaux, et je ne tardai pas à m’en convaincre par les renseignements que je me suis procurés auprès de la veuve Blanvilain et d’une de ses nièces, qui s’accordèrent parfaitement avec mon opinion.

Je fis alors venir le maire, et après l’avoir rassuré sur son sort, je l’interpellai de me dire ce qu’il savait sur le compte de ses collègues. C’est alors que ce brave homme, dégagé de la présence de ceux avec qui il rougissait de s’être trouvé, m’avoua qu’il avait été sollicité par eux, mais que tous avaient pris les armes contre leur patrie et ne les avaient posées qu’à cause de l’hiver.

Telle est la vérité tout entière. Inutilement les feuilles périodiques me dénoncent-elles à l’opinion publique comme coupable des crimes commis pendant la guerre de la Vendée. Inutilement viennent-elles dire que j’étais présent lorsque la municipalité de La Jumellière a été fusillée revêtue de ses écharpes, car je puis prouver jusqu’à l’évidence la fausseté de ces allégations. Inutilement enfin avancent-elles que cette municipalité était regardée comme la plus patriote du canton, puisque j’ai entre mes mains des preuves écrites et matérielles de ses manœuvres contre-révolutionnaires.

Si après avoir fait mon devoir, après avoir exécuté les ordres de mes chefs, fait respecter et donner force à la loi, poursuivi les Brigands (Vendéens) sans relâche, remporté sur eux huit victoires plus éclatantes les unes que les autres soustrait à la mort plus de six cents individus des deux sexes et de tous âges en les protégeant jusqu’à leur arrivée sur les derrières de l’armée, après avoir entretenu à mes frais jusqu’à ce jour deux enfants de la Vendée, l’un âgé de dix à onze ans et l’autre de quinze, que des soldats allaient fusiller par ordre, après avoir emporté les regrets de ma division en la quittant, après avoir eu la confiance des représentants du peuple à l’armée, enfin après avoir essuyé deux maladies, suite inévitable des fatigues que j’ai eues dans la Vendée pendant les quatre mois d’hiver que j’y ai fait la guerre ; si après tout cela, dis-je, j’ai encore démérité de la patrie et qu’il faille que ma tête tombe sous le glaive de la loi, je suis prêt à la porter sur l’échafaud, mais en mourant j’aurai du moins la consolation de n’avoir jamais commis de crime avec intention et de me compter au nombre des victimes de la Révolution.

Pour prouver ce qui est contenu dans la présente, je cite les personnes dont les noms suivent : Crouzat, général de brigade à l’armée de l’Ouest, Flavigny, adjudant général, Deschamps et David, adjoints, Pasquier, adjoint, Crouard, adjoint de l’adjudant général Cordellier, Jerey, maréchal des logis au 6e de cavalerie, Beaulant, aide de camp et capitaine au 2e bataillon de Seine-et-Marne, Villeneuve, aide de camp de Crouzat, le chef du 78e régiment, le chef du 2e bataillon de la Marne, le chef du 74e régiment, le chef du 25e bataillon de réserve, le maire de La Jumellière et son fils, Moulins, officier d’un bataillon fait prisonnier à Condé et servant alors dans la Vendée, et généralement tous les individus qui composaient ma division, la veuve Blanvilain de La Jumellière et sa nièce.

Les citoyens Prieur de la Marne et Garrau peuvent encore attester que je n’ai jamais cessé de faire mon devoir. (Archives historiques du Ministère de la Guerre, Armée de l’Ouest, 25 octobre 1794).

 

Inutile de dire que la lettre du général Cordellier est un plaidoyer pro domo. Elle est bien différente de celles que, neuf mois plus tôt, il avait écrites à Turreau. Ce dernier avec Huché et Grignon sont maintenant « auteurs ou complices des atrocités commises dans la Vendée ». Mais lui, Cordellier, n’est-il pas aussi « complice » de ces atrocités ? Tous les Vendéens l’avaient placé, à côté et à la même hauteur que Grignon et Huché, dans la galerie des terroristes. Le 25 octobre 1794, il se vante d’avoir soustrait à la mort plus de six cents individus des deux sexes », alors que le 6 février précédent il écrivait triomphalement à Turreau : « J’ai fait passer derrière la haie six cents particuliers des deux sexes », etc. etc.

Dans une brochure publiée en janvier 1795, Vial revenait encore sur le massacre de La Jumellière, qui avait eu un si grand retentissement dans le pays : « Cordellier, à son passage à La Jumellière, fit fusiller la presque totalité de la municipalité, et ensuite le fils du citoyens Thubert, administrateur du département, parce que celui-ci fut avertir ce digne général de l’approche des rebelles ». (Discours prononcé à la Société Populaire d’Angers). – Le 22 juin 1795, Vial publiait une autre brochure intitulée Cause de la guerre de la Vendée, dans laquelle nous lisons ce qui suit : « Lorsque Baudin et Proust firent, dans la Société Populaire de l’Est, et en présence de Francastel, Hentz et Garrau, cette vigoureuse sortie contre le système de terreurs qui commençait à devenir insupportable, qui est-ce qui les soutint ? Ce furent Lecroix et moi ; ce fut moi surtout qui dénonçai l’assassinat commis sur la municipalité de La Jumellière en écharpes. »

Il y avait 14 mois que le général Cordellier était suspendu de ses fonctions, quand le 19 juillet 1795 la suspension fut levée mais sans réintégration.

Lorsqu’après le coup d’Etat du 18 fructidor la Terreur reprit sous le Directoire, le général Cordellier devint l’un des membres de l’administration centrale du département de Seine-et-Marne. Au cours de l’année 1798, une brochure anonyme parut contre lui. On lui reprochait d’avoir commis des actes arbitraires à l’Armée de l’Ouest et notamment d’avoir fait fusiller, en sa présence, la municipalité de La Jumellière revêtue d’écharpes tricolores. Cordellier, qui habitait alors Paris, rue de la Verrie, n° 101, fit imprimer une Réponse, qui a été reproduite par l’Anjou Historique (XXV, 92). Elle n’est pas plus convaincante que sa lettre au Comité de Salut Public du 25 octobre 1794.

Bonapartiste sous l’Empire, le général Cordellier demanda inutilement en 1822 la croix de Saint-Louis. Le 7 août 1830, il offrit ses services à Louis-Philippe, lieutenant-général du royaume ; sa pétition ne fut pas accueillie, en raison de notes sur son immoralité. Il mourut le 10 juillet 1845. Il était né à Faremoutiers (Seine-et-Marne) le 29 avril 1767 (d’après son dossier aux archives administratives du Ministre de la Guerre).

 

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Pour en revenir au massacre de La Jumellière, le comte de la Bouëre, qui vint coucher la nuit du 25 au 26 janvier 1794 au bourg de la commune, écrit dans ses Souvenirs : « Le bourg de La Jumellière était tout en feu , Cordellier, avant d’en partir, l’avait fait incendier et tuer les pauvres habitants, y compris les municipaux ainsi que le prêtre assermenté Thubert. » Ce récit est confirmé par les Mémoires de Renée Bordereau, publiés en 1814, et par les notes de Pauvert (*), de La Jubaudière, qui avec Renée Bordereau faisait partie de la petite armée du comte de La Bouëre. (Vendée Historique, année 1910).

 

F. UZUREAU

(Anjou Historique, t. 40, pp. 39 à 46)

 

NOTES

 

(1)   – A la date du 20 avril 1795, les administrateurs du district de Saint-Florent-le-Vieil mandaient à l’accusateur public près le tribunal criminel de Maine-et-Loire ; « Le général Cordellier fit couper par morceaux le matin de cette journée (1er février 1794), dix-sept femmes de Montrevault, comprimant la municipalité de Montrevault, et portant la terreur et l’épouvante à un point extrême dans cette commune très patriote. » (Anjou Historique, IX, 102).

(2)   DE PAR LE ROI – Par ordre des commandants de l’armée catholique et royale, nous ordonnons que le Conseil provisoire de La Jumellière soit autorisé. – A La Jumellière, le 15 juin 1793. – Cathelineau.

Lesquels membres du dit Conseil promettent tous ensemble d’agir en hommes de conscience, et feront leur possible pour qu’il ne se commette aucune injustice sous leurs yeux, veilleront enfin pour que tout soit selon les lois de la religion et les ordres prescrits par leurs supérieurs.

Fait à La Jumellière, au vœu de la paroisse, le 15 juin 1793, l’an premier du règne de Louis XVII. – Jean Godard, Jean Cesbron, B. Mussault, Jacques Binet, Jacques Boumard, Jacques Madelon, René Misset, Pierre Cherbonnier, Jacques Cherbonnier, Jean Thomas, René Blouin, Jean Marais. (Anjou Historique, XXV, 93)

 

(*) Les Souvenirs de René Pauvert de La Jubaudière ont été publié intégralement dans le cahier n° XIX de la série : « Paroisses et Soldats de l’Armée Vendéenne ».

 

 

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Cadre exposé en l'église de la Jumellière

A la mémoire des habitants de cette paroisse qui, de 1793 à 1800, sont tombés, pour la défense de la Religion, sur les champs de bataille de Vendée et d'Outre-Loire, et de ceux et celles qui, en haine du nom chrétien,ont été mis à mort soit dans les villes de la région, soit sur le territoire de la paroisse.
Les noms du plus grand nombre d'entre eux ne sont connus que de Dieu seul.
On a pu du moins relever ceux qui suivent :

Marie Chauvigné, femme de Jacques Porteau
Pierre Pasquet
Jacques Ossard
Mathurin Piffard (jugement du 23 nivôse - Angers*)
René Gaudin, 55 ans, cordonnier
Antoine Grellier, 19 ans, tisserand
Françoise Raimbault, 22 ans, couturière
Mathurine Mercier, 45 ans, femme de Charles Blouin (45 ans - jugement du 26 germinal an II - Angers*)

(*) Les Fusillades du Champ des Martyrs - Abbé Gruget - 1816.

 

"L'armée fut coucher à la Jumellière, où elle trouva, dans un petit pré, avant d'arriver, trente-sept femmes et enfants passés au fil de la baïonnette, ce qui irrita davantage les Brigands." (Extrait de : Henri de la Rochejaquelein et la Guerre de la Vendée - 1890 - [Souvenirs de René Pauvert de La Jubaudière])

 

 

Renée Bordereau

"Nous prîmes les deux hussards, mais l'intrus s'échappa et s'enfuit à la Jumellière, instruire les républicains. Ils vinrent pour nous trouver dans la forêt ; ne pouvant nous découvrir, ils crurent que c'était une fausse alerte que l'intrus avait donnée, et ils le tuèrent et le mêlèrent dans le massacre de vingt-cinq hommes et femmes qu'ils égorgèrent dans le bourg de la Jumellière. Dans ce moment nous marchions vers le moulin de Grouteau, où nous trouvâmes l'ennemi ; nous eûmes la victoire et détruisîmes quatre cents républicains. Le lendemain, repassant à la Jumellière, où nous ne trouvâmes rien pour vivre, nous vîmes partout le sang des malheureuses victimes." (Mémoires de Renée Bordereau, dite Langevin)

 

« A un quart de lieu de la Jumellière, j’aperçois, dans un coin de chemin, un monceau de victimes, amoncelées comme une corde de bois, entre un chêne et un grand piquet. Il y en avait à la hauteur d’un homme et plus de quinze de long, tête à pied. Ce spectacle m’effraya. Mais c’était comme rien. A cinquante pas plus loin, j’aperçois un homme, dans le coin d’un champ de genêts, qui baissait la tête et la relevait ; je crus que c’était l’ennemi qui était dans le champ de genêts. Je fais filer mes deux cavaliers derrière moi, au bout du champ, pour bien regarder s’ils ne voyaient rien. Ce malheureux m’aperçut et se sauva. Je lui criai : « Arrête ! ou tu es mort »  Il vint à moi ; je lui dit : « Que fais-tu-là ? » Il avait une pelle sur l’épaule ; il me dit : « Ah ! j’ai eu grand’peur. » Il se mit à pleurer. « Voyez, me dit-il, dans le milieu du chemin, ma femme égorgée, mes cinq enfants avec, et je suis à faire une fosse pour les mettre.»  Je fis dix pas : j’aperçus une femme étendue dans la boue, un enfant sur le bras gauche, un sur le bras droit, un autre sur la jambe gauche, un autre sur la droite, et le cinquième au sein de sa mère ; tous avaient la tête ouverte, le cerveau ôté et mis dans la poche du tablier de la mère. Jamais aucun homme ne pourra croire une barbarie pareille. » (Mémoires de Louis Monnier)

 

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Voir également : http://chemins-secrets.eklablog.com/les-colonnes-infernales-a3371722