LA FLÈCHE v z


La Révolution a laissé là de tragiques souvenirs. Le 30 novembre 1793, emmenée par Henri de La Rochejaquelein, l'Armée Catholique et Royale, venant de Granville où elle a subi une cruelle défaite, arrive à La Flèche déçue et démoralisée. Elle se dirige vers Angers pour tenter de rentrer en Vendée. "Au mirage de la mer en a succédé un autre, celui de la Loire, plus obsédant et plus tyrannique encore".

Réduite à dix ou douze mille combattants, mais traînant après elle plus de quinze mille vieillards, femmes et enfants exténués par les privations et le froid, cette vaillante cohue va se reposer à La Flèche le 1er décembre. Elle y entre sans coup férir, mais s'y livre hélas ! à de nombreux méfaits (elle incendie entre autres les registres de l'état-civil de Verron).

La "horde valeureuse" ne rencontra alors aucune résistance : la Garde nationale, qui avait pris part en mars aux opérations de Saint-Lambert, préféra éviter une vengeance possible en se dispersant dans les environs ; la municipalité trouva également prudent de gagner Thorée après avoir expédié à la Convention les "instruments du fanatisme" pillés dans les églises.

vendeen 1796 ZZ

A l'arrivée des Vendéens, les Fléchois abandonnés à eux-mêmes en furent quittes pour une compréhensible mais courte panique. Ils ne tardèrent pas à se rendre compte que les insurgés, dépeints comme des bandits sanguinaires, n'étaient plus que de malheureux paysans vaincus, faméliques, exténués par les fatigues et le froid, aux pieds "dévorés par les abcès", qui, malgré les objurgations de leurs chefs, ne demandaient qu'à rentrer chez eux passer l'hiver. Assurément ces affamés dévalisèrent boulangeries, boucheries et autres magasins de comestibles, se firent servir à table par les habitants et pillèrent les armoires et les celliers. A cela rien que d'assez naturel, sembla-t-il, du moment qu'ils n'exerçaient pas de violences sur les personnes ...

Le lendemain, quand les Vendéens, chargés de butin prirent à six heures du matin la direction d'Angers, plusieurs centaines d'éclopés et de malades durent être abandonnés. Alors eurent lieu d'horribles massacres, jusque dans l'église Saint-Thomas où quelques malheureux furent exterminés par les chasseurs mayençais à la grande joie des "patriotes". Les incursions des Vendéens et des Chouans dans le pays fléchois, tantôt héroïques, tantôt inconsidérées, toujours fratricides, eurent, il faut le reconnaître, le plus souvent pour résultat des larmes et des souffrances ...

En souvenir des deux passages des restes de la fière Armée Catholique et Royale fut réédifiée en 1967, au carrefour de l'avenue Rhin-et-Danube et de la route de Malabry, une croix de pierre de Rairie portant l'inscription "Croix des Vendéens - 1793" et un "coeur sanglant" en céramique exécuté par G. Pasquier.

VERRON CROIX DES VENDEENS z

Ce monument élevé vers 1820 était tombé en ruine. Le Comité du Souvenir Vendéen le restaura, acheta à E.D.F. les quelques mètres carrés de terrain qui l'entourent, puis scella sur son piédestal des plaques gravées "à la mémoire des Vendéens, environ 400 hommes, femmes, enfants, morts à La Flèche en décembre 1793", ainsi que des "prêtres baptisés à La Flèche, martyrs de la Révolution : MM. les Abbés J. de Langellerie, René et Jean Lego, P. de l'Angevinière, R. Darondeau, H. Hautreux, L. Marguerit, L. Mondot".

Le 22 février 1968 furent enterrés sans cérémonie au pied de la croix sept crânes ainsi que de nombreux ossements découverts par des terrassiers dans une tranchée ouverte le long du mur du cimetière, ce qui confirme le récit du chirurgien Boucher rapportant que 300 ou 400 Vendéens avaient été enfouis dans une fosse commune en cet endroit.

Extrait : La Flèche extra-muros - Pierre Schilte - 1981