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Jean-Nicolas Méaulle, fils d'un riche cultivateur, naquit à Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine) le 16 mars 1757.

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Il fit de bonnes études à Rennes, et comme beaucoup d'hommes de son temps, il se nourrit de la philosophie émancipatrice du XVIIIe siècle.

Il vint à Châteaubriant comme avocat vers 1783. Grâce à son talent, son affabilité, son activité, il se rendit populaire dans la région. Il exerça cette profession jusqu'à la révolution de 1789.

Il épousa, en 1787, Félicité Peuriot (1763 - 1842), fille d'un maître des Postes de Châteaubriant. Il demeura au château avec Jean-Baptiste Lefebvre, et Ernoult de la Chènelière ... tous fonctionnaires de la baronnie des Condés.

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Par son beau-père, Louis Peuriot, Méaulle eut vite des attaches profondes avec la région de Châteaubriant. Depuis un siècle, les Peuriot étaient barbiers de père en fils. On sait que les barbiers pratiquaient la saignée, et les titres les qualifiaient de "chirurgiens, nommés par le roi". Louis Peuriot, maître de Poste et chirurgien, était très populaire. Il sifflait et chantait à ravir. On le connaissait avantageusement, loin à la ronde. C'était un vrai Figaro local. Il avait épousé Marie Margat, parente du maire Louis Margat. Ces Peuriot étaient propriétaires en Saint-Vincent des Landes et très avantageusement connus.

Au début de la Révolution, Méaulle eut à lutter contre un autre avocat de talent : Guibourg René-Jean, qui se fit le champion des droites. Au conseil municipal, il y eut des joutes oratoires où Méaulle triompha.

Il fut successivement élu commandant de la garde nationale, juge, puis président du tribunal civil, puis enfin l'un des administrateurs du département de la Loire-Inférieure.

Méaulle fonda avec d'autres réformateurs qu'il animait de sa foi ardente, la "Société des Amis de la Révolution" qui devint la Société populaire et compta en moyenne 150 membres actifs. Par sa parole, plus tard par ses lettres, écrites de Paris, Méaulle communiqua son zèle à ce Comité qui fit de Châteaubriant une forteresse du parti républicain, capable de tenir tête à toutes les vagues d'assaut du parti royaliste de 1792 à 1800.

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C'est le 2 septembre 1792, lors de la tenue du collège électoral à Ancenis, que Méaulle fut élu député à la Convention. C'est lui qui obtint le plus de voix. On raconte qu'il dit à ce collège : "Votez pour le professeur Fouché, il est instruit, intelligent ; il fera un bon député à la Convention". Fouché fut élu grâce aux recommandations de Méaulle.

Mme Méaulle resta au château de Châteaubriant, avec ses enfants, jusqu'à la fin de 1793, puis demeura surtout à Paris. Elle était cependant à Châteaubriant en juillet 1797, car elle signe sur les registres d'état-civil, pour la naissance d'une nièce : Marie Peuriot. Le portrait de cette castelbriantaise existe à Châtillon-en-Vendelais (Ille-et-Vilaine), chez M. de Montluc, arrière petit-fils de J.-N. Méaulle.

Nommé d'abord député suppléant à l'Assemblée législative, où il ne siégea pas, il fut élu, le 1er septembre 1792, membre de la Convention nationale, par le département de la Loire-Inférieure. Son rôle, dans cette redoutable assemblée, s'il a été sans éclat, n'a pas été sans importance. Il s'associa, par son vote, aux mesures principales qui signalèrent et la chute de la monarchie et la répression de toutes les résistances que la Révolution rencontra sous ses pas. Il vota la mort de Louis XVI, sans sursis ni appel.

Il fut souvent envoyé en mission, d'abord dans les départements de l'Ouest et du Centre, puis dans le Rhône et dans l'Ain, enfin dans l'Ardèche et la Lozère.

Le 16 juin 1793, il fut élu membre du comité de sûreté générale. Mais, envoyé quelques jours après en mission, comme représentant du peuple, il prit à peine part aux séances du comité.

Méaulle avait été réélu par l'assemblée électorale de la Loire-Inférieure, le 22 vendémiaire an IV, avec Merlin de Thionville, Cambacérès, Villers, Merlin de Douai et Larévellière-Lépeaux. Il passa au Conseil des Cinq-Cents.

En l'an V (mai 1797), il sortit de la législature par la voie du sort. Le Directoire l'envoya dans le département de la Meuse avec le titre de Commissaire du Gouvernement. L'année suivante, le tour de ce département étant venu d'élire un juge au tribunal de cassation, Méaulle fut désigné à une grande majorité pour remplir ces importantes fonctions, qu'il conserva jusqu'à la Révolution du 18 brumaire, et plusieurs fois il fut choisi par ses collègues pour présider la chambre dont il faisait partie.

A la fin de l'an VIII (1800), il fut nommé commissaire du gouvernement près le tribunal criminel de l'Escaut.

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Chevalier de l'empire par lettres patentes du 20 août 1809, l'Empereur le continua dans les fonctions du ministère public sous les titres successifs de procureur impérial criminel à Gand et de substitut du procureur général à la Cour de Bruxelles. En 1813, il fut nommé procureur général près la haute Cour instituée dans le département des Bouches-de-l'Elbe, pour juger les auteurs des troubles et rébellions dont Hambourg avait été le théâtre.

Dans ces diverses situations, Méaulle porta souvent la parole, et il avouait que son talent n'avait acquis une véritable puissance que par la pratique des fonctions du ministère public. Son langage était simple et dépourvu de toute prétention, mais nerveux, précis et substantiel. Sa voix était admirable lorsqu'il parlait en public, et on l'a vu, soutenant une accusation capitale, entraîner toutes les sympathies de son auditoire. Sa haute taille, ses formes vigoureuses et bien dessinées, sa figure imposante et ses larges sourcils donnaient à l'ensemble de sa personne un caractère d'autorité remarquable. Le peuple de Gand l'appelait "l'homme noir", et il disait dans son langage flamand : "Quand l'homme noir a parlé, on est perdu." Son nom est resté dans le pays comme celui d'un magistrat impartial, énergique et plein de talent.

A la chute de l'Empire, en 1814, Méaulle quitta Hambourg avec le corps d'armée du prince d'Eckmuhl, et alla, déguisé en chef de bataillon, retrouver sa femme à Gand. Lors du retour de l'île d'Elbe, en 1815, il rentra en France, et à la seconde Restauration, il vint passer quelques jours à Rennes et de là se rendit à Saint-Aubin-du-Cormier, où il espérait finir ses jours au sein de sa famille. Mais la loi du 12 janvier 1816, si improprement appelée Loi d'amnistie, le força de quitter la France. Il se retira à Gand, où Mme Méaulle était demeurée, et il y est mort, le 17 octobre 1826, dans sa soixante-neuvième année.


Pour en savoir plus sur son fils, Hyacinthe-Charles Méaulle, voir ICI

La révolution au pays de Châteaubriant - Alfred Genoux

Député à la Convention nationale - du 5 septembre 1792 au 26 octobre 1795 ; Député au Conseil des Cinq-Cents - du 14 octobre 1795 au 26 décembre 1799.

Biographie bretonne - Volume 2 - Prosper-Jean Levot - 1852

Une cité dans l'histoire : Châteaubriant - Marcel Buffé - 1982 (+ portrait)

Armorial du Premier Empire - Vicomte A. Reverend / Comte E. Villeroy