Oradour sur Glane vue ancienne église 3z


Le prieur-curé d'Oradour-sur-Glane, au moment où survint la tourmente révolutionnaire, était François Guilhaud Ducluzeau. Ce prêtre était fils de François Guilhaud, Seigneur Ducluzeau, avocat au Parlement et juge sénéchal de Saint-Laurent-de-Céris et de Françoise Mandon [de la Gasne], demeurant au château, François-Joseph est né et baptisé à Saint-Laurent-de-Céris, le 16 août 1762. 

 

Guilhaud Ducluzeau François-Joseph baptême z

Il avait remplacé à Oradour-sur-Glane, en 1782, Jean-Joseph Mandon-de-la-Gasne (prêtre originaire de la paroisse d'Oradour-sur-Vayres).

Guilhaud Ducluzeaux signature z

Parce qu'il avait refusé le serment schismatique, il fut expulsé de son presbytère en 1791. Il resta quelque temps encore dans sa paroisse, puis se retira dans sa famille ; mais, l'année suivante, il fut contraint de chercher un refuge en Espagne, où il demeura jusqu'en 1802. Mgr du Bourg lui rendit alors sa cure d'Oradour ; il la refusa pour des raisons de santé et de famille.

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Le 21 février 1791, les membres composant le District de Saint-Junien étaient réunis pour nommer des curés-jureurs à la place de ceux qui avaient refusé le serment. Un délégué de la Municipalité d'Oradour-sur-Glane se présenta et fut admis à la séance. Il remit au Président un procès-verbal signé par ses collègues, contenant une protestation contre toute nomination d'un curé-jureur, qui pouvait être faite par l'assemblée du District. La Municipalité d'Oradour déclarait que jamais la paroisse ne consentirait à reconnaître un tel curé.

Aussitôt, tous ces petits robins, avocats, chirurgiens, maîtres èz-arts, détenteurs, de par la loi nouvelle, de la feuille des bénéfices ecclésiastiques, furent pris d'une vertueuse indignation dont ils accablèrent ce malencontreux délégué d'une municipalité récalcitrante.

"Le Président de l'Assemblée fut chargé de dénoncer le fait au Procureur syndic du District, pour qu'il eut à aviser au moyen de faire respecter la loi dans cette Municipalité, et de faire punir les infracteurs.

L'Assemblée allait commencer ses sacrilèges nominations, lorsque "une députation des Amis de la Constitution" (Club des Jacobins) s'est présentée à la barre et a fait demander à l'assemblée si elle était en ce moment disposée à la recevoir. Cette députation a été admise au bruit des plus vives acclamations. M. l'abbé Lavergne a porté la parole, et dans un discours très bien fait, a démontré l'heureux accord de la nouvelle constitution du clergé avec la religion de nos pères. M. le Président a répondu avec beaucoup de noblesse et a accordé à MM. de la Société les honneurs de la séance.

On a ensuite commencé l'appel pour l'élection du curé d'Oradour-sur-Glane. Au premier tour, sur 37 suffrages, M. Lavergne (1), prêtre vicaire de la paroisse de Notre-Dame dans cette ville, en a obtenu 24, et comme ce nombre excédait la majorité désirée, le dit sieur Lavergne a été déclaré élu curé d'Oradour-sur-Glane."

Voici comment un prêtre intrigant devenait curé d'une paroisse, sous cette nouvelle constitution du clergé que le malheureux Lavergne trouvait en "si heureux accord avec la religion de nos pères". Quels ravages ces mauvais prêtres auraient fait dans nos paroisses chrétiennes, si le temps le leur avait permis. Mais la Première République abrégea ses jours par sa violence et sa précipitation. La Troisième République a trouvé un terrain mieux préparé par la longue vacance du gouvernement royal et chrétien, et, éclairée par l'expérience, a su longtemps cheminer avec assez de lenteur pour endormir les petits Français enlisés dans le libéralisme du ralliement.

Cependant, la Municipalité d'Oradour-sur-Glane, obéissant aux ordres du District, se présenta pour s'expliquer et justifier sa conduite. Jean Lavérine, maire ; Martial Dupuy et Léonard Lavérine, officiers municipaux, comparurent et firent assez piteusement le récit de cette journée du 21 février, et qui avait été témoins de la mauvaise humeur des braves gens de la paroisse.

"Le 21 du courant, dirent-ils, ils furent assaillis par les habitants de la paroisse qui manifestèrent par des murmures leur mécontentement sur le remplacement de leur pasteur, auquel il devait être procédé le même jour, et les contraignirent à prendre un arrêté par lequel il serait demandé à l'Assemblée électorale qu'elle eût à ne point pourvoir au remplacement, prétextant que dans le cas contraire, ils n'adopteront point le curé qui sera nommé à sa place.

Que se trouvant isolés, s'ils n'adhéraient pas à la demande des habitants, ils avaient cru ne pouvoir échapper au danger qui les menaçait qu'en prenant la délibération dénoncée au Directoire, laquelle délibération ils regardent et reconnaissent être inconstitutionnelle ; qu'ils s'en repentent et prient l'Administration de la regarder comme non avenue.

Interrogés s'ils n'avaient point découvert les auteur de cette insurrection coupable, ont répondu n'avoir pu les distinguer dans le tumulte qui régnait alors, et ont promis de les dénoncer, s'ils parvenaient à leur connaissance."

Il est juste de dire, à la louange de ces braves gens de la Municipalité, qu'ils ne furent pas méchants ; ils ne voulurent dénoncer personne, bien que très certainement ils connussent les meneurs de cette affaire. Peut-être aussi s'étaient-ils associés à cette protestation que, devant le District et sous l'influence de la peur, ils trouvaient "coupables" ; dans ce cas, ils étaient bien obligés de se taire. Mais il faut reconnaître que ce procès-verbal de la séance du District ne nous représente pas ces trois bourgeois comme des héros : ils avaient manifestement peur de la loi et de ses représentants ; aussi, font-ils humblement des excuses. Voici un sentiment un peu nouveau que la Révolution allait jeter dans les coeurs : la peur, le respect de la loi, même injuste ; le fétichisme de la loi et du fonctionnaire embusqué derrière elle.

L'abbé Guilhaud Ducluzeau fut expulsé de son presbytère pour faire place à l'intrus Lavergne ; il ne quitta pas immédiatement son poste pour cela ; ses paroissiens lui étaient très attachés, ils le lui avaient montré ; de son côté, son attachement pour eux avait grandi encore après le témoignage d'affection qu'ils lui avaient donné. Cependant, son séjour à Oradour ne put se prolonger bien longtemps. Pour fuir la persécution, il se retira d'abord dans sa famille, croyant s'y trouver plus en sûreté ; mais, bientôt, il dut dire adieu à sa famille, comme il avait dit adieu à sa chère paroisse, et il partit pour l'Espagne.

Nous avons dit plus haut qu'en 1802, Mgr du Bourg le nomma de nouveau à la cure d'Oradour-sur-Glane ; sa santé ne lui permit pas d'accepter. 

(1) On ne sera pas surpris d'apprendre que ce malheureux vicaire de Notre-Dame de Saint-Junien ne tarda pas à apostasier. Il quitta sa robe de prêtre pour endosser la carmagnole. Retiré dans un département voisin, il y fit une assez jolie fortune, je ne sais comment. Il appela auprès de lui un neveu pour prendre soin de sa vieillesse et recueillir sa succession. Il mourut riche sans avoir repris sa robe et vraisemblablement sans avoir pleuré son apostasie ... Il avait eu la pudeur de ne pas se marier.

Extrait : La Petite Vendée dans la Région de Rochechouart ... par E. Rayet - 1929

AD16 - Registres paroissiaux de Saint-Laurent-de-Céris

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Un frère : Gabriel Guilhaud de la Renaudie, prêtre, curé de Négret avant la Révolution - né au Grand-Madieu le 27 août 1756 (décédé à Montbron le 4 novembre 1839) - parti en janvier 1792 et considéré comme émigré. D'après les contrôles de l'armée de Condé, il est dit gradué en l'université de Poitiers en 1779, prêtre en 1781, aumônier d'une compagnie d'émigrés. Il fit sa déclaration devant le préfet de la Vienne, le 25 floréal en X, et fut amnistié le 17 brumaire an XI. Il fit de nouveau partie du clergé charentais après le Concordat et terminé sa carrière comme curé de Vitrac. (extrait : Les émigrés charentais 1791 - 1814 par l'abbé Pierre Bureau - 2003)

Guilhaud de la Renaudie décès z

 

AD16 - Registres d'état-civil de Montbron.

Pour en savoir plus sur la famille Guilhaud, voir ICI