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Jean-Joseph de Gillibert de Merlhiac naquit à Brive (paroisse Saint-Martin), le 7 mars 1745, baptisé le 9 ; il était fils de Jean de Gillibert de Merlhiac, écuyer, chevalier de Saint-Louis, Grand-Prévôt général du Limousin et de l'Angoumois, et d'Ursule de Sahuguet d'Amarzit d'Espagnac.

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Voici ses états de services :

En 1755, à dix ans, cadet au régiment de Normandie-Infanterie, dans la compagnie dont son frère aîné était capitaine-propriétaire ;

- 1757, élève de l'École royale militaire, fondée pour les fils de gentilshommes officiers ;
- 1758, le 15 mai, enseigne ou sous-lieutenant, à treize ans !
- 1759, le 13 avril, lieutenant ;

- 1760, 1761, 1763, campagnes en Allemagne ; batailles de Corbach, Wesel, Clostercamp, Filinghausen ; blessure à Clostercamp, en défendant et en sauvant le drapeau de son régiment ; cité avec éloges par la Gazette de France ;

- 1770, 4 août, sous-aide-major ;

- 1773, 17 mars, capitaine-commandant ; il remplace alors son frère aîné, major de l'Hôtel des Invalides, dont son oncle, le baron d'Espagnac, était gouverneur ;

- 1779, 13 mai, lieutenant de Grande-Prévôté ;

- 1780, le 15 juin, chevalier de Saint-Louis, reçu par son père lui-même qui avait ce titre ;

- 1780, le 29 juillet, Grand-Prévôt général du Limousin et de l'Angoumois, et lieutenant dans les mêmes provinces de MM. les Maréchaux de France, en remplacement de son père, qui lui-même avait succédé à un membre de sa famille ;

- 1791, 18 mai, colonel de la 23e division de gendarmerie, à la suppression des Grands-Prévôts.

En 1789, il avait publié un Mémoire, qui fit sensation, sur la répression des troubles. Ce fut lui qui organisa la lutte contre l'anarchie, en Limousin et en Angoumois, avec des détachements des régiments de Royal-Navarre et de Royal-Lorraine. Ces actions de police militaire s'exercèrent dans les sanglantes affaires de Favars, d'Allassac, de Cornil, etc. Personnellement, à Limoges, il empêcha que la ville fût entièrement détruite par le terrible incendie de 1790 et saccagée par un horrible pillage qui avait commencé. Le roi, les princes de la famille royale, le Parlement de Bordeaux lui témoignèrent leur admiration pour le courage qu'il avait déployé, et, malgré les dénonciations, l'Assemblée nationale donna son approbation à sa conduite énergique.

Ajoutons que le séjour à Limoges, au point de vue politique, de Gillibert de Merlhiac eut des hauts et des bas. Prévôt de la Maréchaussée, le jour de la première fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, il ouvrit la cérémonie civique et militaire, - après la messe dite en plein air par le P. Cazes, dominicain, aumônier de la Garde nationale, - place Tourny. Il s'avança le premier devant l'autel, orné de drapeaux et de lambrequins, aux côtés duquel se tenaient la Municipalité et le Conseil général de la commune, et l'épée à la main, le bras levé, il prêta le serment constitutionnel ; puis, se tournant vers ses cavaliers, reçut leur serment. Royal-Navarre vint après, puis la Garde nationale. L'enthousiasme était général.

Devenu lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, il devait, deux ans plus tard, lors de l'invasion par la foule de la Salle des Séances du Département, se retirer avec sa troupe sous une grêle de pierres (27 février 1792). Les passions anarchiques prenaient le dessus.

1792, le 15 juillet, maréchal de camp, dans la dernière promotion émanant de l'autorité royale. Le Club des Jacobins accueillit cette nomination par des cris de protestation, en souvenir de la répression que M. de Merlhiac avait fait des désordres révolutionnaires.

Mis en vedette, il était maintes fois convoqué à Paris dans les conseils militaires chargés de tracer les opérations de guerre contre l'Autriche ; il entra avec MM. Malouet, du Bouchage, de Montmorin dans plusieurs combinaisons secrètes pour faciliter l'évasion du roi.

Le 10 août 1792, M. de Merlhiac parvint à s'introduire aux Tuileries, dans les rangs des Gardes nationales, section des Filles Saint-Thomas, dont la fidélité à la cause royale était très signalée. Avec ce bataillon il se disposait à la résistance contre les Marseillais, quand Louis XVI, à neuf heures du matin, alla se livrer, avec sa famille, à l'Assemblée nationale. M. de Merlhiac était du cortège qui accompagna le roi, au milieu des balles qu'on tirait de tous côtés.

Il se disposait ensuite à partir pour l'émigration quand un ordre des princes, transmis par son camarade et compatriote briviste, M. de Salès, lui enjoignit de rester en France pour attendre leurs instructions.

Le gouvernement ne l'en nomma pas moins, peu de temps après, en qualité de général, au commandement, très important alors, du Morbihan.

En novembre 1793, une lettre du Département de la Corrèze dénonçait au Ministre de la guerre le général de brigade Gillibert Merlhiac, en même temps que le général Sahuguet, pour "n'avoir pas une opinion favorable à la Révolution et au gouvernement républicain" ; les Clubs le dénonçaient également pour entretenir des relations et des correspondances avec les frères du roi ; il fut arrêté par les représentants du peuple à son quartier général d'Auray.

Séance du Comité de Salut public, du 26 frimaire an II (16 décembre 1793) :

"Le Comité de Salut public, informé que Gilibert-Merlhiac, général de brigade, destitué de ses fonctions par le Ministre de la Guerre, continue néanmoins de les exercer à l'armée des côtes de Brest, arrête que le Ministre de la Guerre prendra sur le champ des informations certaines sur la vérité de ce fait, et que, s'il se trouve constaté, il fera mettre à l'instant ledit Gilibert-Merlhiac en état d'arrestation.
CARNOT, BILLAUD-VARENNE, C.-A. PRIEUR".

Conduit et enfermé à la Tour de Vannes, il fut sauvé par le zèle et l'habileté du directeur de la prison, ancien sous-officier du régiment de Normandie, qui constata son évasion ; cette ruse, toujours bien conduite, eut un plein succès. M. de Merlhiac fut condamné à mort par contumace devant le Tribunal révolutionnaire de Lorient et inscrit sur la liste des émigrés. Il resta ainsi pendant treize mois, caché et inconnu dans sa prison, sous le nom et l'écrou d'un condamné à vingt ans de réclusion, mais décédé et inhumé secrètement.

Après le 9 thermidor, le général sortit de la Tour de Vannes et fut successivement nommé au commandement des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure, où il s'appliqua à la pacification et fixa l'attention du général Bonaparte.

Le Directoire ne l'en destitua pas moins, sur l'accusation d'entrevues avec les agents de Louis XVIII, en l'Île de Ré. Il s'en défendit et, de retour à Paris, il coopéra au coup d'État du 18 Brumaire qui renversa le gouvernement.

Le Premier Consul l'en récompensa en le faisant entrer, un des premiers, dans le corps des inspecteurs aux revues qu'il venait de créer. Ce service, à la fois administratif et militaire, contribua beaucoup à former les invincibles armées du premier Empire.

En l'an IX, sous-inspecteur et bientôt après inspecteur aux revues à Lille, pendant quatorze ans il fut chargé de la XVIe division militaire, qui comprenait les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Lys (Belgique).

En 1805, chevalier de la Légion d'honneur, il prit enfin sa retraite en 1815, après cinquante-huit ans de services effectifs et neuf campagnes. Il reçut la solde maximum d'ancien maréchal de camp et mourut le 3 juin 1819.

 

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Le Préfet de la Corrèze et le Général commandant le département avaient reçu avis que le Ministre de la Guerre allait incessamment soumettre, à la signature de Louis XVIII, une ordonnance royale, conférant à M. de Merlhiac les titres de baron et de commandeur de l'ordre de Saint-Louis. La mort ne lui permit pas de recevoir cet honorifique couronnement de sa carrière.

 

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Louis de Nussac - Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze - Tome vingt-cinquième - 1ère livraison - Janvier-Mars 1903.

 

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Ses armes se lisent ainsi : De gueules au chevron d'or, accompagné d'un chêne d'argent, sur une montagne d'or ; au chef d'azur, chargé d'un croissant d'argent, accompagné de deux étoiles de même.

Marié en 1783 avec Sophie-Marie-Geneviève Mirleau de Châtillon (1760-1805), fille reconnue de Godefroi-Charles-Henri de la Tour d'Auvergne, duc souverain de Bouillon, dont il eut :

Godefroy-Charles-Henri, né le 28 octobre 1784, à Brive, baptisé le 30 ; maire de Dampniat ; marié à Brive le 3 février 1813, avec Fanny-Antoinette-Gabrielle Le Clère ; décédé le 10 février 1861 à Coussac-Bonneval (87) ; 

Jacques-Léopold-Charles-Godefroy-Guillaume, né le 4 juin 1786, à Brive, baptisé le 5 ; capitaine au douzième régiment d'infanterie légère, chevalier de la Légion d'honneur ; 

Martin-Guillaume, né à Brive le 7 septembre 1789, officier de la Marine royale ; marié à Brive le 25 janvier 1819 avec Honorine de Grellet des Prades de Fleurelle ; mort en 1873 ;

Marie-Pauline, née à Brive, le 17 juillet 1791 ;

5° Sophie-Marguerite-Ursule, morte à six ans.

6° Caroline ; mariée avec Pierre-Prosper Guilhaumaud.

AD19 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Brive-la-Gaillarde.