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Étourneau ... Pour en apprécier le charme discret, il faut y aller aux heures matutines lorsque les premiers rayons du soleil scintillent sur la rosée et s'infiltre dans l'épais feuillage.

Étourneau, c'est un étonnant surplomb rocheux où l'on a aménagé un étroit escalier qu'il faut savoir découvrir ; c'est l'élégant arceau dédié à la Vierge en face du pont de bois qui conduit au moulin ; ce sont deux fontaines aujourd'hui comblées de vase et enfouies sous les genêts et les ronces ; c'est aussi l'humble "maison des pêcheurs" qui porte, gravée dans la pierre, au-dessus d'une porte latérale, l'inscription évocatrice des proches tourmentes révolutionnaires : "1786" (ou 1785).

Pour évoquer ce passé, nous avons les récits hérités des traditions familiales et les documents d'archives. Et s'il y a des divergences, voire des contradictions, entre ces diverses sources, cela ne nous empêche pas d'imaginer ce que fut l'intense activité du lieu, rythmée par le grondement sourd des meules, le piétinement des sabots des mules sur les larges pierres disjointes et polies du chemin, les jurons des fermiers en déchargeant les lourds sacs de seigle ou de froment, les discussions à voix forte pour dominer les bruits du moulin, les rires d'enfants aussi.

 

QUAND LES MEULES TOURNAIENT A L'ÉTOURNEAU


Le Moulin :

Le premier acte faisant mention du site d'Étourneau date de 1394. C'est en effet à cette époque (XIe - XIIe siècle) que furent construits la plupart des moulins de la Sèvre. Ce fut sans doute le Seigneur du voisinage, celui de la Barbinière, qui le fit édifier ; mais à la différence de la plupart des autres moulins qui devinrent progressivement la propriété de ceux qui les exploitaient (souvent à plusieurs familles, collatérales ou non), le moulin d'Étourneau demeura la propriété des châtelains de la Barbinière. Déjà, en 1583, dans le premier aveu connu de la Baronnie de Mortagne, rendu au duché de Thouars, il est indiqué que le seigneur de la Barbinière, Bertrand Glahet, doit sur le moulin d'Étourneau à la Baronnie de Mortagne, duché de Thouars, la redevance suivante : A la my aoust deux septiers de seigle et deux gélines à Nouel". Aux aveu de 1690, 1702, 1751, 1785, mention est toujours faite du moulin d'Etourneau comme faisant partie de la maison noble de la Barbinière : mais en 1785, la redevance n'est plus que de "deux boisseaux 1/3 de blé seigle et deux poules gélines".

Après la Révolution, le moulin d'Étourneau figure toujours parmi les propriétés de la Barbinière. Le 11 fructidor an XII (1803), il est procédé au bail général des métairies affermées par adjudication au profit de la Barbinière à la requête de Maître François Guillaume Touzé-Bocage, homme de loi, demeurant à Angers "agissant comme tuteur onéraire de Charles-Félicité-Prosper Magdelon Du Vau de la Barbinière". En ce qui concerne le moulin d'Étourneau "Rivière de Chaussac" en offre 330 F. Puis Roze Léger, Modeste Léger et Pierre Léger, faisant aussi pour Louis, leur frère mineur, tous meuniers audit moulin, en offrent 350 F. et l'obtiennent" Le fermage n'augmentera guère puisqu'en 1858, il était de 400 F.

Le moulin d'Étourneau semble être depuis son origine un moulin à grain. Il n'apparaît pas, comme c'était souvent le cas pour les autres moulins des environs, que les foulonniers aient travaillé sur la même chaussée. D'ailleurs ce modeste édifice ne comportait qu'une seule entrée d'eau ou auvent ou sault. Le sault ou chute faisait tourner deux "moulins", l'un à seigle, l'autre à froment : chaque moulin comprenant une meule avec ses "tournants et virants", c'est-à-dire la grande roue à palettes, le rouet, l'atbre de transmission et les accessoires pour le bluttage. Il est bien entendu qu'à Etourneau les deux meules fonctionnaient sur le même arbre.

La propriété comprenait également quelques terres ou borderies pour l'alimentation des meuniers et celle de leurs bêtes de somme : chevaux et mulets.

Ajoutons enfin que la chaussée servait de voie de passage et que cela comportait quelque risque puisque le 23 janvier 1789 eut lieu la "sépulture de Perrine Devaud, 38 ans, noyée hier sur les 9 heures dans la rivière de Sayvre en passant la chaussée du moulin d'Étourneau. Inhumée au cimetière de cette paroisse avec la permission de M. de Boutillier de Saint-André, Sénéchal de Mortagne, par nous Michaud Doyen de Saint-Laurent. Témoin François Gaudin, époux de la défunte".


Les Meuniers :

Quant à savoir ce que furent les familles de meuniers qui se succédèrent à Étourneau on ne le peut vraiment que grâce aux registres paroissiaux de Saint-Laurent, conservés seulement à partir de 1737 aux archives du notariat de Saint-Laurent.

On peut ainsi nommer (en donnant les dates les plus probables) :

- Vers 1620 : Mathurin Seguin
- Vers 1680 : François Cousteau et Renée Blanchard, son épouse
- Vers 1720 jusqu'à 1749 : Léonard Moreau
- Vers 1749 à 1756 : Mathurin Chauveau et Renée Garneau son épouse qui partent ensuite pour Charbonneau
- De 1756 à 1775 : Jacques Brebion et Marie Chaillou son épouse qui partent ensuite à Buchet
- De 1756 à 1777 : Mathurin Chaillou et Jeanne Bureau son épouse qui partent ensuite à Milvin
- De 1777 à ... 1883 : quatre générations de la famille Léger exploitent le moulin ... mais ceci est une autre histoire.

 

Histoire de Saint-Laurent-sur-Sèvre - Bernard Raymond - Noël Roul - 1987