UN INCIDENT A PROPOS DE L'ARCEAU EN FACE DU MOULIN D'ÉTOURNEAU
SAINT-LAURENT-SUR-SÈVRE


Il s'agit en effet d'un "incident" bien significatif d'une époque, dont l'enjeu fut le gracieux arceau édifié en face du moulin par la famille de Sapinaud et qui avait été placé au bord du chemin pour signaler la présence d'un rocher surmonté d'une petite croix de pierre, dit "Rocher de la Religieuse", situé à mi-pente et caché durant la belle saison par l'abondante végétation. Une tradition difficilement vérifiable veut qu'une religieuse y aurait été précipitée par les Bleus sans doute le jour même du massacre perpétré non loin de là, à la "Porte des Martyrs" (31 janvier, 1er février 1794).

 

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Au début du siècle, cet arceau abritait une vierge au gracieux sourire, vénérée sous le vocable "N.-D. de l'Espérance". Or, depuis le départ du meunier, le village d'Étourneau était inhabité et l'accès en avait été supprimé par le nouveau propriétaire du Château de la Barbinière, le Général Comte de Piolant. Le second dimanche d'octobre 1906, le R.P. Rigaudeau, curé de la paroisse, avait manifesté en chaire le regret que ses Paroissiens n'aillent plus prier la Vierge de l'Espérance et formulé le souhait que l'arceau puisse être transporté en un autre lieu plus accessible. Maladresse de sa part ! Il n'avait pas averti préalablement le Général de Piolant de ses intentions. D'autres s'empressèrent de les lui communiquer ... ce qui provoqua son courroux. Il s'en suivit un échange épistolaire dont le ton initial est plutôt vif ... il est révélateur en tout cas des prérogatives de l'époque et surtout d'un certain climat où l'anticléricalisme officiel qui avait imposé la Séparation de l'Église et de l'État, l'exil des Congrégations enseignantes, les Inventaires des biens d'église, exacerbait les susceptibilités des défenseurs de l'Église ; il ne fallait pas que les "mauvais" puissent se réjouir du "manque d'entente entre la Cure et le Château".

Voici dans son intégralité la 1ère lettre :

Château de la Barbinière
15 octobre 1906

Mon cher Monsieur le Curé,

L'opinion publique s'est, paraît-il, vivement émue des paroles que vous avez prononcées Dimanche à propos de la petite chapelle du moulin d'Étourneau, puisque l'écho en est arrivé jusqu'à moi.

Les bons en ont été douloureusement surpris, les mauvais se réjouiront et se frottent les mains en concluant qu'il y a manque d'entente entre la Cure et le Château.

En brisant mon épée pour ne pas faire ce que ma conscience et mes opinions religieuses repoussaient, j'imagine avoir donné une preuve souveraine de mes convictions.

Il eût donc été préférable que vous ne disiez pas ce que vous avez dit.

J'ai par habitude absolue de ne jamais m'occuper des affaires des autres, je crois donc avoir le droit de demander la réciprocité.

J'ai le coeur trop haut, mon cher Monsieur le Curé, je suis trop chrétien, pour ne pas oublier, et vous prie en conséquence de vouloir agréer l'assurance de mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.

Gal Cte de Piolant.


En quelques jours le malentendu fut dissipé. D'ailleurs, le R.P. Rigaudeau (1) mourut peu après ... Et l'arceau est resté à sa place initiale.

(1) René-François Rigaudeau, fils de Marie-Pierre et de Marie-Jeanne Roy, né le 30 janvier 1831 aux Épesses ;  il est décédé le 22 août 1907, à l'âge de 76 ans.

Histoire de Saint-Laurent-sur-Sèvre - Bernard Raymond - Noël Roul - 1987

 

Fleur-De-Lis on Apple

 

LE ROCHER DE LA RELIGIEUSE

 

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