guillotine

Le 7 décembre 1793, avait été arrêté près de Savenay, Louis-Antoine Le Loup de la Biliais, âgé de 60 ans, avec sa femme et ses deux filles. Le lendemain, il était écroué à Nantes, à la prison de Sainte-Claire, séparé des trois femmes qui, dans le même temps, étaient à celle du Bon Pasteur.

Un soir de janvier 1794, le 15, (26 nivôse an II), Carrier soupe chez le geôlier de Sainte-Claire et consulte, sous ses yeux, le registre d'écrou. Il s'indigne que le citoyen Le Loup n'ait pas encore été jugé. Le lendemain, le prévenu comparaît devant le tribunal révolutionnaire. Il est accusé d'avoir donné asile à un prêtre insermenté, d'avoir ses trois fils émigrés ; on a trouvé enfin chez lui diverses pièces compromettantes, notamment "un petit portefeuille de velin, sur lequel sont deux coeurs tracés, chacun desquels est surmonté d'une croix et au-dessus sont écrits les mots Jésus-Marie". Louis-Antoine de la Biliais est condamné à mort et guillotiné le 28 nivôse (17 janvier 1794)

Sa femme, ses deux filles subiront le même sort, et le motif invoqué est plus grave encore : elles ont distribué "avec profusion, des images du Sacré Coeur de Jésus et autres signes contre-révolutionnaires". Elles avouent.

Le 6 mars 1794, 16 ventôse an II, sont donc condamnées à mort "Anne Cottineau, femme Le Loup, et ses demoiselles, Claire-Renée et Marie-Caroline". Elles furent exécutées le lendemain. Toutes trois montèrent à l'échafaud d'un pas ferme ; elles avaient relevé le voile qui leur couvrait la tête pour bien montrer leur joie de donner leur vie pour Jésus-Christ. Un officier républicain eut la pitié de s'approcher de la plus jeune des filles, lui promettant tout bas de la sauver si elle consentait à l'épouser. "J'aime mieux mourir", répondit-elle. Mme de la Biliais avait obtenu d'être exécutée la dernière.

 

Le 16 janvier, Louis-Antoine avait écrit cette touchante lettre à sa femme et ses deux filles :

"Je suis condamné, ma chère et tendre épouse, le portefeuille qu'on dit avoir trouvé dans ma chambre de la maison et appartenant à Camaret, est la cause de ma mort.

Je ne me serais jamais attendu à un pareil jugement, j'espère que celui de Dieu que je vais bientôt subir sera plus doux à mon égard. Je ne regrette que toi et mes chers enfants dans ce monde. Je ne sais quel sort t'attend, tout ce que je crains, c'est que ton jugement ne soit aussi rigoureux que le mien.

Me voilà bientôt quitte des misères de ce monde, puisse le Seigneur me faire la grâce d'une bonne mort !

Mais malheureusement je me trouve privé de tous les secours spirituels et abandonné à moi-même dans les derniers moments de ma vie. Quelle cruelle position que la mienne, mais elle est commune à celle de bien d'autres honnêtes gens qui ont souffert la mort sans l'avoir méritée.

Prie Dieu pour moi, ma tendre et chère épouse ! J'espère qu'un jour nous nous reverrons dans le ciel, c'est là ma seule et unique espérance. Je t'embrasse, ma chère femme, et mes chers enfants, pour la dernière fois ... Je désire qu'ils soient plus heureux que moi, mais j'aperçois pour eux un triste avenir !

Que la volonté de Dieu soit faite, je remets tout entre ses mains, adieu ma chère amie, adieu pour la dernière fois !"

 

Biliais vue château z

La famille LE LOUP ou LE LOU, originaire de la province de Bretagne, y est restée presque exclusivement attachée par ses alliances et y a possédé les seigneuries du Breil, de la Babinais, de la Biliais, de la Renaudière, de la Civelière, de la Roberdière, de la Série, de Boisbriant, de la Motte-Glain, de Boisbilly, de Beaulieu, de Chasseloir, de Boischallon, de la Mercredière, de la Haye-Mahéas, etc.

Les Le Loup remontent à Jehan Le Loup, chevalier, qui comparut, l'an 1167, dans une enquête faite par Jehan de Soligné.

Ils se sont toujours distingués au service du pays et particulièrement dans l'administration de la cité. 

Les LE LOUP portent pour armes : De gueules à deux fasces d'argent, chargées, la première de 3, la seconde de 2 étoiles de sable ; aliàs : D'argent à deux fasces de gueules, chargées, la première de 3, la seconde de 2 étoiles d'or (Guy Le Borgne) ; l'écu timbré d'une couronne de marquis ; supports : deux lions ; devise : A PATRE ET AVO.

 

LOUIS-ANTOINE, 1er du nom, LE LOUP DE LA BILIAIS, né le 18 décembre 1696, décédé le 31 octobre 1763, marié - en premières noces - à Anne Viau de la Civelière, dont : Louise-Anne, mariée à Joachim de Monti de la Giraudais, dont postérité ; - en secondes noces, à Marie, fille de Pierre Bertrand et de Marie Montées des Fontaines, d'une des plus anciennes familles d'Orléans, dont :

- Louis-Antoine, qui suit ;
- François-Nicolas, inhumé le 1er juin 1735, âgé de 6 semaines ;
- Marie-Françoise, née en 1740, inhumée le 13 mai 1748 ;
- Gabrielle-Louise, née en 1745, inhumée dans le cimetière de Saint-Donatien ;
- Marie-Élisabeth, inhumée dans le cimetière de Saint-Donatien. 

 

Cassemichère château z

LOUIS-ANTOINE, 2ème du nom, LE LOUP DE LA BILIAIS, né le 29 janvier 1733 en la paroisse Saint-Laurent de Nantes, conseiller au Parlement de Bretagne en 1758, GUILLOTINÉ LE 17 JANVIER 1794, marié, le 7 avril 1761, à Anne-Claire, née en la paroisse Sainte-Croix de Nantes, fille de François Cottineau de la Cassemichère, ancien consul et négociant à Nantes, et de dame Jeanne-Marie Le Cocq, GUILLOTINÉE LE 7 MARS 1794, dont neuf enfants :

- Louis-François-Sébastien, né en janvier 1763, lieutenant au régiment de Bresse-Infanterie en 1790, suivit l'armée des Princes en 1793, chevalier de Saint-Louis à la seconde Restauration, décédé, sans postérité, le 26 février 1822, au château de la Biliais et inhumé dans la chapelle ; marié, en 1803, à Renée-Jacqueline, seconde fille de M. Bernard de la Turmelière ;
- Renée-Claire-Louise, née le 3 mars 1770, GUILLOTINÉE LE 7 MARS 1794 ;
- Marie-Perrine, née le 10 juin 1771, GUILLOTINÉE LE 7 MARS 1794 ;
- Madeleine-Joséphine-Félicité, décédée à l'âge de 10 ans ;
- Victor-Louis, né le 9 août 1773, sous-lieutenant au régiment de Mirabeau-Infanterie, servit dans l'armée des Princes, de 1792 à 1799 ; à l'attaque de la redoute de Bergdat, où, sur 76 volontaires, 60 furent blessés, resta debout, ainsi que son frère Claude-Loup, et, avec lui, entra des premiers dans la redoute ; blessé grièvement d'une balle au passage des lignes de Wissembourg ; chevalier de Saint-Louis à la première Restauration ; décédé sans postérité, à Nantes, le 5 octobre 1830 ; marié en juin 1807, à Anne Libault de la Chevasnerie, décédée, à Chantenay-les-Nantes, en avril 1872, à l'âge de 84 ans ;
- Claude-Loup, né le 30 mars 1775, fit partie de l'armée de Condé dans le corps de Mirabeau, se fit remarquer par sa bravoure, décédé sur le Danube, à Straubing, en Souabe, en 1799 ;
- Joseph-François, qui suit ;
- Louis-Marie-Guillaume, décédé à 1 an ;
- Jean-Joachim, décédé à 1 an.

JOSEPH-FRANÇOIS LE LOUP DE LA BILIAIS, né le 29 juillet 1777, au château de la Biliais, marié le 17 avril 1799, à Marie-Jacqueline, fille aînée de M. Amable Bernard de la Turmelière, décédé à Nantes, le 25 septembre 1859, à l'âge de 82 ans, dont :

- Marie-Émilie, née le 16 février 1800, décédée vers 1852 ;
- Louis-Joseph, qui suit ;
- Victor-Marie, né le 21 novembre 1803, élève de l'École militaire, sous-lieutenant au 7e cuirassiers, en octobre 1824, démissionnaire à la Révolution de 1830, décédé, sans alliance, à Nantes, le 3 janvier 1877 ;
- Frédéric-Marie, né le 30 janvier 1805, élève de l'École militaire, sous-lieutenant au 6e dragons le 1er octobre 1826, démissionnaire à la Révolution de 1830, décédé à Nantes, le 20 décembre 1863, marié, le 22 avril 1833, à Thérèse-Joséphine, fille de Louis-Antoine Graslin et de feu Marie-Joséphine-Thérèse Le Valois de Séréac, dont : - Mathilde-Marie-Antoinette, mariée à Louis-Antoine-Marie Le Loup de la Biliais ; - Thérèse, mariée le 17 août 1858, à Charles de Vallois, dont : Roger - Maurice, de la Compagnie de Jésus, a célébré sa première messe à Jersey le 9 septembre 1893 - Jeanne, mariée le 27 septembre 1887, à Joseph Senot de la Lande, docteur en droit, maire de Thouaré, dont Marie-Yvonne-Marguerite - Georges - Frédéric-Marie, né le 1er novembre 1838, décédé, sans alliance, à Nantes, le 8 janvier 1891 ;
- Marie-Joséphine, née le 13 février 1808, décédée, sans alliance, à Nantes, le 21 avril 1884 ;
- Benjamin-Victor-Marie, né le 28 juillet 1813, décédé, sans alliance, à Nantes, le 1er décembre 1873.

LOUIS-JOSEPH LE LOUP DE LA BILIAIS, né le 29 septembre 1801, maire de Château-Thébaud en 1825, décédé à son château de la Biliais, le 26 mai 1881, et inhumé dans la chapelle, marié le 7 octobre 1829, à Marie-Aimée-Thomase-Etiennette, fille cadette du général marquis de la Boessière-Lennuic, député du Morbihan, décédée, à Nantes, le 14 janvier 1841, à l'âge de 30 ans, et inhumée dans la chapelle du château de la Biliais, dont ;

- Louis-Antoine-Marie, qui suit ;

- Marie-Henriette-Joséphine, mariée, le 27 juillet 1852, à Édouard-Jean-Baptiste Morisson de la Bassetière, député de la Vendée, décédée le 25 octobre 1885, dont : - Marie-Nathalie, Dame du Sacré-Coeur à Nantes ; Marthe-Marie, décédée à 4 ans ; Louis, docteur en droit, conseiller général, ancien député de la Vendée, marié, le 5 juillet 1881, à Geneviève de Beauregard, dont : Henri, Marie, Geneviève, Louise ; Jean, docteur en droit, conseiller d'arrondissement, marié le 7 août 1889, à Marie d'AViau de Ternay, dont : Aline, Édouard ;
- Henri-Victor-Marie, né le 26 mars 1836, chef de bataillon des gardes nationales mobiles en novembre 1870, maire et conseiller général de Machecoul, ancien député de la Loire-Inférieure, marié le 17 janvier 1860, à Valentine Descrots d'Estrée, dont : Isabelle, Dame du Sacré-Coeur, à Rennes ; Aimée, mariée le 6 novembre 1888 à Joseph Lamour de Caslou, dont : Marie, Marguerite, Joseph ; Henri-Victor-Marie, de la Compagnie de Jésus ; Léon.

LOUIS-ANTOINE-MARIE LE LOUP DE LA BILIAIS, né le 11 juillet 1831, marié, le 3 mai 1859, à Mathilde-Marie-Antoinette Le Loup de la Biliais, sa cousine-germaine, dont : Louise-Antoinette-Marie, Dame du Sacré-Coeur, à Sarragosse ; Yves-Antoine-Marie, qui suit ; Anne-Marie-Thérèse, mariée le 22 mai 1889, à Gaëtan de Blocquel de Croix, baron de Wismes, dont : Gaëtanne, Olivier, René.

YVES-ANTOINE-MARIE LE LOUP DE LA BILIAIS, né le 7 juin 1862, marié le 27 novembre 1889, à Blanche de Tardy de Rossy, dont : Yvonne.

 

Biliais château z

Les arrêts de condamnation de M. et de Mme de la Biliais déclaraient "leurs biens confisqués au profit de la République". Mais, ils ne passèrent point en d'autres mains par suite des heureuses circonstances suivantes :

Mlles Gabrielle-Françoise-Louise et Marie-Élisabeth, soeurs de Louis-Antoine de la Biliais, ancien conseiller au Parlement de Bretagne, avaient été emprisonnées au Bon-Pasteur, comme leur belle-soeur et leurs nièces. Après l'exécution de ces dernières, elles jugèrent sans doute que leur famille avait largement satisfait à la rage sanguinaire des tyrans républicains. Aussi, à la date du 21 germinal an II (10 avril 1794), se hasardent-elles à adresser une demande de mise en liberté où elles arguent de leur vie paisible, de leur âge, de leur mauvaise santé et de la situation plus que précaire de leur fortune. Mais, dès le lendemain, le comité révolutionnaire répond qu'elles "ont été arrêtées comme ci-devant nobles, ennemies de l'égalité, amies des bons prêtres, parentes d'émigrés. L'avis du Comité est qu'au terme de la loi elles doivent être retenues jusqu'à la paix comme suspectes".

Les prisonnières prennent patience, mais sans se décourager. A la date du 5 messidor an II (23 juin 1794), elles présentent une nouvelle demande de mise en liberté, disant qu'elles ont été enlevées de chez elles depuis près de huit mois, que le Comité Révolutionnaire les assura qu'elles étaient arrêtées uniquement par mesure de sûreté générale et qu'il n'y avait aucune dénonciation contre elles, qu'elles ont toujours vécu paisibles, qu'elles résident depuis plusieurs années à Nantes, que leur santé souffre gravement du régime cellulaire et qu'elles forment des voeux ardents pour le bonheur de leur patrie.

Cette seconde demande est mieux accueillie que la première et, peu de temps après, les pauvres filles, enfin sorties de prison, présentent une requête au Comité de surveillance de la commune de Nantes pour faire lever les scellés apposés sur leur appartement, rue Mablit (Saint-Vincent), n° 4.

Mesdemoiselles de la Biliais ne pensaient pas seulement à elles. A peine rendues à la liberté, elles emploient toute leur activité pour conserver à leurs neveux leurs biens patrimoniaux. A la date du 28 floréal an III (17 mai 1795), elles présentent à l'administration du district de Savenay, en leur nom propre et au nom de Joseph Le Loup, une pétition tendant : "1° à avoir séparément et concurremment avec ledit Joseph Le Loup, leur neveu, mainlevée du séquestre mis sur la terre de la Biliais et que la jouissance provisoire leur en soit accordée ... ; 2° qu'il leur soit délivré ... les deux tiers dans un tiers des revenus perçus jusqu'à ce jour provenant de ladite terre réputée presque entièrement noble ; 3° enfin qu'il sera sursis à l'adjudication des baux à ferme que le district de Savenay se proposait de faire incessamment." Ces trois demandes sont accordées par arrêt du 8 fructidor an III (25 août 1795).

Mais cela ne suffit pas au zèle de Mlles de la Biliais. Elles vont, de leurs deniers, assurer à leurs neveux la jouissance définitive du domaine des ancêtres. A la date du 12 thermidor an IV (30 juillet 1796), les administrateurs du département vendent aux citoyennes Marie-Élisabeth et Gabrielle-Louise Le Loup les trois quarts des domaines nationaux dont la désignation suit (maison de la Biliais et sa réserve, 9 métairies, 1 borderie et 2 moulins), lesdits biens dépendant de Louis-Sébastien, Louis-Victor et Loup Le Loup, portés sur les listes des émigrés, lesdits biens évalués, en revenu net, à la somme de 3.918 fr. 92 cent. et en capital, y compris tous les bois, à celle de 105.666 fr. 43 cent.

A la date du 6 Vendémiaire an V (27 septembre 1796, Joseph-François de la Biliais présente une pétition par laquelle il invite l'administration à nommer un expert qui, avec le sien, le citoyen Douillard, architecte, estimera les biens dépendant des successions de ses père et mère, pour être lesdits biens divisés en quatre lots égaux et tirés au sort, pour en appartenir trois à la République et un au pétitionnaire. Il présente à la date du 4 vendémiaire an VI (25 septembre 1797) une nouvelle pétition tendant aux mêmes fins. Enfin, à la date du 14 vendémiaire an VI (5 octobre 1797), l'administration centrale du Département, vu son arrêté du 8 fructidor an III, vu les deux pétitions ci-dessus, considérant que les biens dépendant des successions de Louis-Antoine Le Loup dit la Biliais et Anne Cottineau, sa femme, doivent être restitués à leurs enfants ; considérant que les droits du pétitionnaire ont été reconnus tant par l'arrêté du 8 fructidor an III et autres antérieurs que par la vente faite par l'administration aux citoyennes Le Loup ses tantes des trois quarts revenant à la République dans la terre de la Biliais, déclare que lesdites successions doivent être partagées également entre les enfants desdits feus Le Loup et femme, qu'ainsi la République, représentant trois d'entre eux émigrés, aura les trois quarts et le pétitionnaire l'autre quart.

Grâce à cette reconnaissance légale des droits héréditaires de Joseph-François pour un quart, et la généreuse acquisition des trois autres quarts par Mlles de la Biliais qui les conservèrent ainsi à leurs neveux émigrés, la famille Le Loup est restée en possession de son antique patrimoine ...

Biliais tableau z


"Cette mort a fourni à M. Debay, de Nantes, peintre distingué de l'Ecole française, le sujet d'un tableau effrayant de vérité." Ce tableau représente l'exécution de Mme et Mlles de la Biliais et non celle de Mlles de la Métayrie. Cette confusion si commune est loin d'ailleurs de surprendre eu égard à l'analogie de ces deux crimes politiques. (Gaëtan de Wismes)

 

La Visitation Sainte-Marie de Nantes 1630-1792 - Etienne Catta - 1954

Revue de Bretagne, de Vendée & d'Anjou - tome XI - 2ème livraison - février 1894

Répertoire général de bio-bibliographie bretonne - volume 10 - 1898