D'UTRUY, ou DUTRUY
La famille Dutruy est originaire de Genève.

Jean-Louis Dutruy, émailleur à Genève, avait épousé Jeanne-Madeleine Maintz. Leur fils, JACQUES DUTRUY, né à Genève le 18 novembre 1762, entra dès 1778 au service de France comme soldat dans le régiment suisse de Sonnenberg, puis à celui du Vigier, 1782-1789. Alors sergent-major, il déserte du régiment de Vigier le 14 juillet 1789 et reprend du service en France en 1792 comme capitaine de compagnie de chasseurs nationaux.

Il fut promu le 13 juin 1793 au grade de général de brigade et envoyé aussitôt en Vendée, il remplaça Mieskowski à la tête de la division des Sables-d'Olonne et guerroya en Vendée jusqu'en mai 1794.

 

signature général z

 

"... Le général Turreau, l'inventeur des colonnes infernales, en avait destiné une au Marais ; il avait donné l'ordre de brûler ce pays, comme le reste de la Vendée, et l'avait fait cerner. Dès la fin du mois de mars 1794, le général Dutruy, chargé de l'exécution, fit préparer à Challans des fascines, des échelles, des planches, des madriers, enfin tout ce qui était nécessaire pour combler les fossés et franchir les canaux ; et, au jour de l'irruption, les lits et tous les meubles des maisons de la localité y furent ajoutés. Mais le moi d'avril tout entier se passa à enlever les avant-postes.

Le 4 mai, la petite armée de Dutruy, partagée en quatre colonnes, se dirigea sur le Perrier, qui était considéré comme le centre du pays à envahir. Les habitants défendirent courageusement leur sol, et le passage de chaque fossé fut ensanglanté ; cependant, le nombre et la discipline l'emportèrent. La colonne infernale, maîtresse du pays, y remplit sa triste mission. Toutes les fermes furent incendiées et leurs bosquets rasés ; le bétail fut pris ; les populations, poursuivies sur ce sol dénudé, cherchaient leur refuge au fond des fossés, où, le corps plongé dans l'eau et la tête seule hors du liquide, parmi les roseaux, elles attendaient en silence que la colonne dévastatrice fût passée. Les maisons du bourg ne furent pas incendiées en masse ; mais, comme elles étaient insuffisantes pour abriter la troupe contre des pluies incessantes, elles furent découvertes l'une après l'autre, pour alimenter les feux du bivouac ; la charpente de l'église eut le même sort ; la sacristie seule, qui contenait l'état-major, garda ses planches et ses ardoises. Les vieux titres originaux de la fabrique et les registres de l'état-civil furent la proie des flammes : mais le registre transcrit par l'expert Josse, fut préservé par les soins du procureur fiscal Naulleau, qui en avait avancé les frais, montant à 500 francs ; il l'a gardé jusqu'à sa mort, et légué à sa famille.

Une seconde invasion du Marais et du Perrier eut lieu le 14 juin de la même année ..."

Général de division à titre provisoire de l'armée des Pyrénées occidentales (juillet 1794), il est suspendu en août 1794 - Arrêté pour abus de fonction (1795) - Réformé en 1796 ; Dutruy reprend du service, cette même année, comme "officier général commandant la cinquième subdivision des côtes maritimes du sud de l'Armée de l'Océan" ; puis général de brigade aux armées d'Angleterre (1799) et de l'ouest en 1800, à Saint-Domingue en 1801, en Dalmatie en 1806, en Hollande en 1811 ; commandant dans les départements de Jemappes en 1813 et du Finistère en 1815 ; Retraité en 1816.

Créé commandeur de la Légion d'honneur le 5 prairial an XII (25 mai 1804),  il reçut le titre de baron de l'Empire par décret impérial du 15 août 1809, qui ne fut suivi ni de lettres patentes ni de règlement d'armoiries. 

 

signature Baron z

 

Vrai général sans-culotte, il montra cependant une modération relative dans l'application des mesures révolutionnaires aux populations vendéennes et cette conduite lui attira l'animadversion du général Turreau, aux instructions duquel il résista de tout son pouvoir.

On raconte, sans qu'on en trouve la preuve nulle part, que, pour mieux braver ses ennemis, il chargeait à cheval à la tête de ses troupes, ayant pour tout costume son chapeau, son ceinturon et ses bottes. Sous la Restauration et la Monarchie de juillet, il se laissait appeler baron d'Utruy.

Aubertin, dans ses mémoires donne quelques détails fort caractéristiques sur un général D*** que tout indique comme étant Dutruy. Ce général D***, personnage de moeurs abjectes, espèce de plaisant de bas étage, joueur d'une probité plus que suspecte, ayant pour aides-de-camp ou officiers d'ordonnance des misérables ramassés dans la boue de Paris, se proclamait lui-même un jacobin par excellence : "Voici de lui, ajoute Aubertin, un trait d'impudence et de jonglerie assez piquant. Un jour, en présence de l'auteur de ces Mémoires, il se fait apporter encre, plume et papier, pour ne pas perdre, disait-il, les idées qui lui venaient à l'instant. Il écrit, écrit, écrit, puis donne lecture de cette oeuvre d'inspiration. C'était le rapport emphatique d'un prétendu avantage remporté par lui sur une division vendéenne, à laquelle il aurait tué trois cents hommes. Chacun de se regarder et de sourire. Lui-même se met à rire aux éclats et ajoute : "Voilà, mes amis, comme il faut amuser (l'expression était plus énergique) ces b......-là !" Il parlait des conventionnels.

Jacques Dutruy était couvert de dettes. Son dossier de Légion d'honneur contient différentes lettres de ses créanciers, dont, entre autres, celle de Jean Tocchi, marchand joaillier et bijoutier, rue Cannebière à Marseille, réclamant une somme de 2.700 francs ; une autre émanant de M. Jean-André Espinasse, ancien marchand de chevaux, demeurant ordinairement à Chambly-sur-Oise et "actuellement 10, rue Thevenot à Paris", réclamant une somme de 5.030 francs dont une partie, 1.960 francs, avait été avancée par la Chancellerie de la Légion d'honneur, en attendant que Dutruy perçoive son traitement. Il devait également à l'administration la pension de ses deux filles, élèves de la maison de St-Denis, pour un montant de 2.528.32 F. Cette dernière somme fut prélevée sur son traitement de la Légion d'honneur, à savoir : 950 F sur son traitement de 1815 ; 598,32 F sur son celui de 1816 et 950 F sur celui de 1815 et 980 F sur celui de 1819.

Sa nièce, Caroline Grellet, née de Wammy, plaide sa cause à plusieurs reprises auprès du grand Chancelier ; une de ses lettres est fort intéressante car elle détaille la situation presque désespérée du général Dutruy :

"Monseigneur,

D'après ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je sens que je me suis peu étendue sur le sujet de la réponse de mon oncle et vous prie de n'en accuser que mon étourderie, et vais tâcher de vous tracer exactement sa réponse. - Il craignait que vous n'eussiez pas pris connaissance de tout ce qu'il y avait de pénible dans la situation d'un homme qui n'a aucun reproche à se faire envers le gouvernement, qui ayant servi 36 années avec loyauté, fut toujours soumis aux lois comme n'étant qu'auxiliaire et non juge de l'autorité constituée d'après les sistêmes qu'il plaisait à la France d'adopter, que si les évênements que nul à sa place ne pouvait prévoir, n'avaient pas détruit non seulement son patriotisme, mais sa santé et ses espérances et enfin le bien de ses enfants, il eut préférer payer M. Lespinasse à tout autre emploi d'un bénéfice aliénable ; mais il s'agit de donner du pain à sa famille, de pourvoir à ses premiers besoins avant toute obligation ; que lorsqu'il traita avec M. Lespinasse, il était persuadé de recevoir son payement intégral de Commandeur : il lui était promis un majorat de 6.000 francs, il entrait enfin dans un emploi qui lui était du par ses actions, telle fut la réponse que lui fit son Excellence le duc de Feltre en lui donnant les lettres de services : son Excellence ajouta même que c'était une retraite méritée qui vu les infirmités ne serait pas trop fatiguante pour lui. Vous savez Monseigneur quels en ont été les résultats pour lui : qu'il s'établit à Mons convenablement à son rang mais sans luxe ; l'invasion des Pays-Bas, la révolte qui eut lieu à Mons pendant qu'il était à Bruxelles, détruisirent tout ce qui existait dans son quartier général, et 9 chevaux furent enlevés ; ce ne fut même qu'à l'aide d'emprunts qu'il put se faire transporter à Tournai et à Douai d'où d'après le traité à Paris, il revint à Choisy.

Étant à peu près rétabli, il réclama l'indemnité de ses pertes, on la lui promit, lorsqu'un nouveau changement de ministre eut lieu, et peu de temps après la nouvelle invasion, son refus de signer l'acte additionnel, ayant même écrit contre, lui faisait l'espoir de rester à Paris pour régler ses affaires. Au lieu de cela il fut envoyé en Bretagne, où il garde le lit pendant six mois, le retour de Sa Majesté le mit à même de demander sa retraite ; à cette époque, il envoya un fondé de pouvoir aux Colonies [Martinique] pour recueillir les débris de la fortune de sa 1ère femme, et fit consentir son fils à libérer ses dêttes sacrées dans le cas où il rentrerait en jouissance de son avoir maternel ; mon oncle se rendit alors à Ferney où il attendit 17 mois l'expédition de son inscription de pension, il avait 3 enfants à sa charge, il vendit jusqu'à ses uniformes pour subvenir à leurs besoins ; il comptait sur 3 années et 6 mois d'arriéré à la légion ; d'après les ordonnances de Sa Majesté, il a retiré environ 400 francs de ces sommes sur lesquelles le receveur particulier lui avait fait des avances, passant 6 mois à l'année au lit pour la goutte incurable dont il est atteint, il prie votre Excellence de se faire une idée s'il lui est possible de soustraire la moindre partie de ses pensions, ayant 4 autres enfants encore et environ 3.000 francs à acquitter au receveur pour les avancer par lui faites sur des certificats de vie dont comme vous savez la moitié fut perdue pour lui, et cette moitié forme sa dette envers lui. Il comptait se libérer successivement , lorsque l'obstacle mis par erreur au payement de 1.818 est venu le replonger dans l'anxiété. Ce receveur voyant tout le monde payé excepté mon oncle et naturellement chargé de lui payer la pension militaire, a retenu son dernier trimestre et l'avait prévenu que jusqu'à sa liquidation (au moyen de la procuration motivée de mon oncle, dont lui est porteur) il recevrait jusqu'au juillet 1820 ce qui lui était du.

Quelques connaissances ont soutenu le général par de petites avances ; il attendait donc de votre bienveillante équité une décision favorable, lorsque la réponse de votre Excellence du 15, le plongeait dans un chagrin bien naturel, puisqu'elle lui annonçait que vous lui feriez en ... (illisible) remettre seulement une moitié et que vous disposiez de l'autre en faveur de M. Lespinasse. Mon oncle avait eu l'honneur de vous écrire que d'après des arrangements pris pour établir son fils aîné, il avait donné sa promesse qu'il payerait à terme M. Espinasse ; ces arrangements ne pourront avoir lieu que lorsque l'acte d'association de son fils avec la maison dans laquelle il est commis gratuit jusqu'au 1er septembre, sera signé. Mon oncle vous donne, Monseigneur, sa parole d'honneur que l'année 1820 ne s'écoulerait pas sans que M. Lespinasse reçoive une obligation du montant de sa créance signé par son fils et assurant le remboursement avec l'intérêt calculé selon les facultés que tout lui assure. Mon oncle vous suppliait en conséquence de vouloir bien le traiter avec indulgence en ordonnant sans retard, vu sa malheureuse position ; il est sûr que le receveur ne lui remettra sa pension que lorsqu'il verra les payements reprendre leurs cours. Il lui a remis son certificat de vie de son dernier trimestre, et il doit les lui donner à 800 fr tous les 3 mois, gardant le reste jusqu'à ce que mon oncle se soit acquitté envers lui. Il supplie votre Excellence d'accorder sa demande ; personne ne connaît sa véritable position, il respecte trop sa robe et la légion ; on ne voit dans ces retards que des formalités non remplies à régulariser ; à vous seul, Monseigneur, dont la discrétion lui est connue, il ose ouvrir son âme et dévoiler le tort d'un homme qui par ses sentiments pour vous mérite que vous daigniez vous intéresser à lui.

Voilà, Monseigneur, ce que j'ignorais qu'il était urgent de vous communiquer, je vous prie de me pardonner mon peu d'habitudes dans les affaires d'importance.
Je vous prie particulièrement, Monseigneur, de faire un rapport favorable en faveur de mon oncle, et de recevoir l'assurance de toute ma reconnaissance.
Agréez, Monseigneur, les sentiments dévoués de votre humble et obéissante servante.
Caroline Grellet
née de Wammy
Ce 18 janvier 1820."

Jacques Dutruy mourut à Choisy-le-Roi le 27 avril 1836.

 

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Il avait épousé, en premières noces, aux Sables-d'Olonne, le 13 prairial an II (1er juin 1794), Rose-Solitude Décormiers (ou des Cormiers). Elle était née à Saint-Pierre de la Martinique, du mariage de Jean-Baptiste Décormiers, négociant, et de Marie-Reine Tremblay et était âgée de 18 ans et lui, de 38.

De ce mariage sont nés :

- Émile-René, à Noirmoutier, le 7 vendémiaire an V (28 septembre 1796), décédé à Genève, le 19 mai 1858 ; - Emma ; - Adèle, à Nantes, le 14 brumaire an 8 (5 novembre 1799), décédée à Paris le 6 août 1851 ;

et Achille-Louis Dutruy ou d'Utruy, né au Mans le 3 messidor an IX - 22 juin 1801 (décédé le 16 octobre 1871), chef d'escadron de gendarmerie, officier de la Légion d'honneur, fut confirmé, par décret de Napoléon III du 4 avril 1863, dans la possession héréditaire du titre de baron conféré à son père en 1809. 

D'après le jugement paru dans la Gazette des Tribunaux du 28 avril 1851, ci-dessous, Achille-Louis d'Utruy "vivait  en concubinage" avec Jeanne-Pernette-Charlotte-Catherine Lantelme, épouse de M. de Bargeton-Verclause dont elle était séparée.

De cette relation, étaient nés : - Adèle-Charlotte, le 6 octobre 1827, décédée le 9 février 1836 ;

- Jean-Auguste, baron Dutruy, ou d'Utruy, né à Paris en 26 novembre 1830, décédé dans la même ville en 1901, qui épousa successivement Mlle de Brosse et Mme Tuvée Augustine-Marie, née Michniewitz (décédée à Paris en février 1905). Celui-ci a été père de Louis, baron Dutruy, ou d'Utruy, né en 1859, qui a épousé Mlle Tuvée, fille de sa belle-mère, et qui en eu plusieurs enfants.

Ces deux naissances furent déclarées par Achille-Louis et la mère fut citée sous un nom d'emprunt : Victoire Bertrand.

Le 1er juin 1837, un an après le décès de M. de Bargeton, sa veuve épousait Achille-Louis d'Utruy, qui de soldat était devenu négociant.

Achille-Louis est décédé le 16 octobre 1871 au 49 Grande Rue à Saint-Maurice (94).

Rose-Solitude Descormiers est décédée à Nantes, le 10 janvier 1803.

 

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Le jugement qui suit est très curieux car il semble que les époux d'Utruy aient tenté de faire passer leur fils, Jean-Auguste, pour le fils légitime de M. de Bargeton-Verclause, ceci pour une histoire d'héritage ...

COUR D'APPEL DE PARIS
Présidence de M. Aylies.
Audience du 28 avril 1851
RECHERCHE DE MATERNITÉ - ALDUTÉRINITÉ - COMMENCEMENT DE PREUVES PAR ÉCRIT.
La recherche de la maternité est interdite si l'enfant n'a pas la possession d'état d'enfant légitime, et si cette recherche tend à établir l'adultère de la mère.
Me Mathieu, avocat de MM. de Champlost et consorts, s'exprime ainsi :
"C'est un principe fort sage que celui qui autorise l'enfant naturel reconnu à constater la reconnaissance dont il a été l'objet. C'est aussi une disposition fort sage que celle qui autorise l'enfant à rechercher la maternité. Mais ces deux dispositions ont été la source fréquente de grands scandales, et le procès actuel en est une nouvelle preuve.

Le 3 février 1849, est décédée à Liège Pauline-Charlotte-Sophie de Bargeton-Verclause, veuve de M. Constant-Sigismond-Willem-Jacob-Van Nagel de Wisch. Elle était fille naturelle reconnue et légitimée par un mariage subséquent d'Alexandre-Marie-Louis-Charles de Bargeton et de Sophie-Albertine-Charlotte de Quadt de Gatrop. Ses père et mère étaient morts ; elle ne laissait aucun héritier direct, soit ascendant, soit descendant, et sa succession était dévolue à des collatéraux. Ces collatéraux étaient, dans la ligne paternelle, un nombre assez considérable de personnes habitant les Pays-Bas ou d'autres pays limitrophes. Ces héritiers s'étaient révélés, ils avaient appréhendé la succession, disposé de certaines valeurs héréditaires, et la vente des immeubles était annoncée, lorsque le 24 décembre 1849, un acte extrajudiciaire fut signifié au château de Wisch, résidence de la défunte, où ses héritiers avaient élu domicile.

Qu'était-ce que cet acte extra-judiciaire ? C'était une protestation contre la qualité d'héritiers de Mme Nagel de Wisch que s'attribuaient MM. de Champlost et consorts et contre tous les actes qui seraient faits par eux en cette qualité.

Cette protestation était faite à la requête de Mme JEANNE-PERNETTE-CHARLOTTE-CATHERINE LANTELME, ci-devant épouse, plus tard veuve de M. de Bargeton-Verclause, maintenant mariée avec M. ACHILLE-LOUIS D'UTRUY, lieutenant de gendarmerie au service de la République française. En quelle qualité agissaient M. et Mme d'Utruy ? M. d'Utruy autorisait sa femme ; quant à elle, elle agissait en qualité de mère et tutrice de son fils mineur, JEAN-AUGUSTE DE BARGETON-VERCLAUSE, et elle présentait cet enfant comme le frère consanguin et partant comme le seul et unique héritier de Mme de Nagel de Wisch.

Que voulait dire tout cela ? Il était vrai que M. de Bargeton avait épousé à Genève, en deuxièmes noces, Catherine Lantelme, le 28 juin 1822 ; mais de ce mariage un seul enfant était né, savoir, une fille inscrite sur les registres sous les prénoms de Louise-Sophie, et cette fille était décédée à Paris, le 16 novembre 1829. Vainement on fouillait tous les registres ; nulle part on ne voyait apparaître, à une époque quelconque, un second enfant né de ce mariage, et inscrit sous les prénoms de Jean-Auguste. Il y a mieux : M. de Bargeton était mort en 1836 à Chaillot, dans la maison de santé du docteur Pinel. Un inventaire avait été dressé à la requête d'un créancier en présence d'un notaire commis pour représenter les héritiers absents, et de l'intitulé de l'inventaire, il résulte que Mme Nagel avait été indiquée comme seule héritière de son père. Il était donc impossible de comprendre ce que signifiait cette apparition d'un enfant, d'un fils de M. de Bargeton, et de Catherine Lantelme, née en 1830. Cependant, à force de chercher, voici ce qui fut découvert :

Cet enfant ne s'appelait point de Bargeton, il s'appelait d'Utruy ; sa mère n'était pas Catherine Lantelme, c'était une autre femme. Voici, en effet, ce que révèlent les actes de l'état civil :

A la date du 26 novembre 1830, sur les registres du 1er arrondissement de Paris, était inscrite la naissance de Jean-Auguste, né allée des Veuves, Champs-Élysées, 35, fils d'Achille-Louis d'Utruy, officier, âgé de trente ans, et de demoiselle Victoire Bertrand, rentière, âgée de vingt-huit ans, native de Genève ; la déclaration de naissance est faite par le père qui l'a signée.

Quel rapport entre Victoire Bertrand, rentière, et Jeanne-Pernette-Charlotte-Catherine Lantelme, mariée en 1822 à M. de Bargeton ? Comment surtout de cet enfant naturel reconnu par d'Utruy, faire l'enfant légitime de M. de Bargeton ? Rien au monde de plus difficile.

Cependant, la protestation du 24 décembre 1849 indiquait le 26 novembre 1830 comme date de naissance de l'enfant ; et comme à cette date aucun enfant légitime n'était né à M. de Bargeton, il fallait bien en conclure que le frère prétendu, l'héritier unique, était Jean-Auguste, né de Victoire Bertrand et d'Achille d'Utruy. Bientôt d'ailleurs, tous les doutes furent dissipés. Voici, en effet, ce que sont venus soutenir les sieur et dame d'Utruy et le tuteur ad hoc : selon eux, Victoire Bertrand était un pseudonyme, la véritable mère était Catherine Lantelme. Aucune preuve de ce fait, aucun commencement de preuve n'étaient apportés ; on offrait à la vérité, la preuve postérieure de la maternité et de la possession d'état.

La Cour a déjà compris tout ce qu'avait de honteux en fait et d'impossible en droit une semblable prétention. Il ne suffisait pas, en effet, de dire : Victoire Bertrand, c'est Catherine Lantelme ; c'est Mme de Bargeton. Il ne suffisait pas même de justifier cela en fait pour être admis aux honneurs de la légitimité, il y avait un fait capital à savoir, la déclaration de naissance et la reconnaissance de paternité par Achille d'Utruy. Comment expliquer cela ? Comment le justifier ? C'est à peine si j'ose répéter devant la Cour les étranges explications que, devant les premiers juges, on a osé produire au nom de M. et de Mme d'Utruy.

M. de Bargeton, a-t-on dit, était un homme de sac et de corde ; les femmes étaient d'abord les instruments de ses plaisirs ; et puis elles devinrent pour lui des instruments de lucre : on pouvait craindre qu'il n'enlevât l'enfant à sa mère, si la déclaration avait été faite sous son nom véritable. Il est inutile de dire combien ce système parut invraisemblable et impuissant.

En effet, si la maternité était adultérine, la preuve n'en pouvait être autorisée. Sur cette adultérinité, au surplus, les preuves abondaient ; nous n'avions que l'embarras du choix. Les registres, consultés par nous, nous ont livré tous leurs secrets, et nous avons appris que la naissance du 26 novembre 1830 n'était pas la seule qui fût dans ces conditions. Ainsi, le 6 octobre 1827, trois ans auparavant, était née Adèle-Charlotte, fille de Victoire Bertrand, âgée de vingt-cinq ans, couturière, née à Paris, y demeurant, rue de Bondy, 16 ; le 31 janvier 1828, quelques mois après, Achille-Louis d'Utruy, âgé de vingt-six ans, garde-du-corps, demeurant rue de Bondy, 16, s'était présenté et s'était reconnu le père de cet enfant.

Le 16 novembre 1829, Louise-Sophie de Bargeton, le seul enfant légitime, née à Genève le 3 janvier 1825, était décédée ; la déclaration avait été faite par Achille-Louis d'Utruy, garde-du-corps, âgé de vingt-huit ans et demi ; à la suite était venue, le 26 novembre 1830, la naissance de Jean-Auguste, qu'Achille-Louis d'Utruy avait présenté comme son fils ; Victoire Bertrand, la prétendue mère, était désignée comme ayant le même domicile que lui, allée des Veuves. Le 9 février 1836, était morte Adèle-Charlotte, l'enfant naturel né le 6 octobre 1827, et la déclaration du décès avait été faite par Achille-Louis d'Utruy, son père. Enfin le 1er juin 1837, un an après le décès de M. de Bargeton, sa veuve épousait Achille-Louis d'Utruy, qui de soldat était devenu négociant.

En présence de ces découvertes, que fallait-il penser de l'acte extra-judiciaire du 24 décembre 1849 ?

Il n'y avait pas de milieu : ou c'était un audacieux mensonge à l'aide duquel on voulait substituer Catherine Lantelme à Victoire Bertrand, comme mère ; ou c'était un aveu cynique, effronté, honteux, c'est-à-dire que, dès 1826, Catherine Lantelme, séparée de fait de M. de Bargeton, vivait en concubinage avec le garde-du-corps d'Utruy, et que Jean-Auguste, comme Adèle-Charlotte, avaient été conçus et étaient nés au sein de l'adultère. M. de Bargeton avait vécu sans les connaître, sans savoir qu'ils existassent. Il était mort en 1846, sans qu'on songeât à rien réclamer depuis ; pourquoi ? c'est que sa succession était sans valeur. Puis, en 1849, l'opulente succession de Mme de Nagel avait excité la convoitise, étouffé les scrupules, et la réclamation s'était produite.

De ces deux hypothèses, quelle que fût la vraie, le droit des héritiers était à l'abri de toute atteinte. Ou c'était un mensonge, et l'acte de naissance devait être maintenu, Jean-Auguste était dès-lors enfant naturel ; ou c'était une vérité, et, dans ce cas, la maternité était adultérine et ne pouvait tomber en preuves aux termes de l'article 342 du Code civil. Cependant, en face de cette agression audacieuse, qu'y avait-il à faire ? Cette déclaration, après tout, était la révélation de l'existence d'un enfant né pendant le mariage ; or, le désaveu étant soumis à des délais rigoureux, nous avons pensé qu'il fallait prévenir les fins de non-recevoir.

Le 23 février 1850, M. de Champlost a fait, en tant que de besoin, et éventuellement, une déclaration de désaveu, à la suite de laquelle toutes les formalités préalables ont été remplies. Un tuteur ad hoc a été nommé, puis nous avons formé contre les sieur et dame d'Utruy, et Me Guyard, tuteur ad hoc, une demande en main-levée de l'opposition formée le 24 décembre 1849. La ligne maternelle est intervenue dans le débat, et nous nous sommes présentés devant les premiers juges. Là, notre tâche a été bien simple : nous avons raconté les faits, et, en droit, voici ce que nous avons soutenu :

Les sieur et dame d'Utruy prétendent que le mineur Jean-Auguste est frère consanguin de Mlle de Nagel ; qu'à ce titre, il est héritier unique ; c'est sur cette affirmation que repose l'opposition du 24 décembre 1849. Quel est le titre de cet enfant ? C'est l'acte de naissance du 26 novembre 1830. Que dit cet acte ? n'est-il pas régulier ? Sans doute, aux termes de l'art. 339 du Code civil, toute reconnaissance de la part du père et de la mère peut être contestée par tous ceux qui y ont intérêt et par l'enfant ; sans doute, aux termes de l'art. 341, la recherche de la maternité est admise, et de là on a tiré la conséquence que l'enfant avait toujours le droit, quelque fût son acte de naissance, quelle que fût même sa possession d'état, de réclamer une mère autre que celle que lui donnait son acte de naissance ; mais s'ensuit-il que la reconnaissance doit tomber par cela seul que l'enfant la contestera ? Le bon sens proteste contre cette interprétation. Il faudra qu'il combatte cette reconnaissance, qu'il en démontre la fausseté ; d'ailleurs, si la maternité peut être recherchée, c'est sous la condition imposée par l'article 341 de l'existence d'un commencement de preuves par écrit. Or, où se trouve ce commencement de preuves ? Dans la cause, il n'existe nulle part. Enfin, en supposant que la maternité pût être trouvée, l'article 342 s'opposerait encore à l'admission d'une telle preuve, dont le résultat serait d'établir l'adultère de la mère.

C'est en cet état qu'est intervenu, le 11 décembre 1850, le jugement suivant :

"Le Tribunal,
Attendu qu'en leur qualité d'héritiers représentant la ligne maternelle le baron de Quadt et consorts ont droit et intérêt à intervenir dans la contestation ;
Les reçoit intervenants ; statuant à l'égard de toutes les parties par un seul et même jugement ;
Attendu que les époux d'Utruy et Guyard ès-noms qu'ils procèdent, puisent leurs droits d'opposition à la liquidation et au partage de la succession de la feue dame de Nagel, dans la qualité attribuée au mineur Jean-Auguste, d'enfant légitime du feu sieur de Bargeton-Verclause, premier mari de la dame d'Utruy ;
Mais attendu que cette prétention est formellement repoussée par les énonciations de l'acte de naissance du mineur Jean-Auguste ;
Attendu qu'il n'existe aucun commencement de preuve par écrit ni aucun fait dès aujourd'hui constant d'où il puisse ressortir les circonstances graves, précises et concordantes, de nature à faire admettre la demande à fin d'enquête présentée par les parties de Me Glandaz ;
Attendu que le point de départ naturel de la possession d'état indiqué par l'article 381 est que le père ait reconnu et traité comme enfant légitime celui qui réclame cette qualité ; que, dans l'espèce, rien de semblable n'est établi ni même allégué ;
Attendu d'ailleurs que la recherche de la maternité dont il s'agit, fût-elle autorisée par le Tribunal, et la preuve que la prétendue Victoire Bertrand, indiquée dans l'acte de naissance du mineur Jean-Auguste comme étant sa mère, ne serait autre que la dame d'Utruy, alors épouse de Bargeton-Verclause, fût-elle faite, cette preuve n'arriverait qu'à la constation d'une maternité adultérine ;
Attendu que les articles 323 et 342 du Code civil élèvent d'une fin de non-recevoir contre les conclusions des parties de Glandaz ;
Attendu qu'en cet état l'opposition par elle formée, suivant exploit du 24 octobre 1849, au partage de la succession de la feue dame de Nagel, ne saurait être validée ni arrêter les opérations de ladite liquidation ;
Sans s'arrêter ni avoir égard aux conclusions de Me Glandaz, dans lesquelles elles sont déclarées non recevables ;
Fait main-levée pure et simple de l'opposition dont il s'agit ;
Déclare le présent jugement commun avec les intervenants et Guyard, etc."
Me Mathieu ajoute que M. et Mme d'Utruy, et Mme Guyard ont interjeté appel de ce jugement, dont il soutient les motifs et la dissolution au nom de MM. Champlost et consorts.
Aucun avocat ne se présentant pour les appelants, M. l'avocat-général Meynard de Franc est immédiatement entendu. Ce magistrat estime qu'il y a lieu de confirmer le jugement attaqué.
M. le président ayant recueilli les opinions à l'audience même, prononce un arrêt par lequel la Cour, adoptant les motifs des premiers juges, confirme leur décision.

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Jacques Dutruy se remarie en 1808 avec Louise-Désirée-Henriette Delisle, née à Nantes vers 1782 ;  elle serait décédée à Paris en 1826 (?); dont sont issues :

- Joséphine-Benoîte-Henriette, née à Milan, le 25 mars 1809, décédée à Châteauneuf (?), à l'âge d'environ 47 ans.

- Joséphine-Françoise- Zoé, née à Nice, le 9 septembre 1806 ; mariée au Petit-Quevilly, le 22 mai 1830 avec Claude-Michel-Joseph, marquis de Brosse ; décédée au Petit-Quevilly (76), le 21 janvier 1838.

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Les sables d'olonne z

Dans le dossier de Légion d'honneur de Jacques Dutruy, on trouve une série de lettres dont il est l'auteur et d'autres de l'adjudant-général Dufour, commandant de la place des Sables :

- Du 11 octobre 1793 - à l'adjudant-général Dufour.
D'après l'ordre du général en chef dont je vous envoye copie, je me suis rendu en cette ville où je devois trouver des trouppes susceptibles de la défendre ; j'ai été fort étonné de voir le contraire. Je vous invite à me faire passer sur le champ l'ordre qui contrarie celui dont je suis porteur afin que je puisse prendre des mesures convenables pour mettre à couvert ce point important. J'aurois été moi-même conférer avec vous si mes chevaux étoient ici, mais comme ils n'arriveront que dans deux jours, je me vois forcer à les attendre pour faire routte, je vous invite à me détailler la situation effective des troupes qui sont sous votre commandement pour que je puisse mender au général en chef à optempérer sur le partit que l'on doit prendre ; si vous avez des avis particuliers concernant le service, les mouvements de l'ennemi, les différents besoins où vous pourriez être, vous les joindrez pareillement.
Vous ne ferez aucuns mouvements jusqu'à nouvelle ordre.
Pour copie conforme à l'original.
Signé : Dutruy.

- Du 12 octobre 1793 - au général Beffroy où au commandement de la force armée à Luçon.
Dispositions relatives à un rassemblement de 10 mille insurgés.
Après avoir pris connoissance de différents ordres du général en chef, j'ai vu que son intention étoit de mettre à couvert, d'une manière sûre le poste des Sables, ce point important à tous égards se trouvoit malgré cela singulièrement exposé par la marche des trouppes qui se portoient sur St-Fulgent ; le service de la république exige et je l'exécute que je prenne des mesures pour prévenir contre un avis certain qui est arrivé qu'un rassemblement de dix mille hommes ennemis sous les ordres du Brigand Joly, vouloient se porter sur cette place ; le peu de trouppes disponnibles qui sont sous mon commandement a nécessité la disposition suivante, qui, en inquiettant l'ennemi me mettra malgré cela à même de garder cette place.
Je fais partir un Bataillon de la Marne, celui du Var et deux compagnies du pays, à la Roche-sur-Yon, c'est trouppes sont à peu près ce qu'il y a de mieux dans cette division. J'y joindrez quinze hommes de cavalerie pour les éclairer et correspondre avec vous, vu qu'il est instant que vous communiquez de manière à les soutenir ; je ferais pareillement partir à la Motte à Chard un détachement assez fort, le peu de trouppes qui restent seront employées à la sûreté et à la déffense de cette place. L'adjudant-général Charlery commandera cette avant-garde qui se trouvera à portée de se rendre à St-Fulgent. Dans l'espace d'un jour, je présume que votre accord pour le bien public vous engagera à coopérer avec ce peu de trouppes mais qui son bonnes.
Salut et fraternité, tout à la République et à mes devoirs.
Pour copie conforme à l'original.
Signé : Dutruy.

- Du 12 octobre 1793 - au général en chef de l'armée de l'ouest
D'après vos ordres, je suis arrivé hier soir en cette place, ayant pour accélérer mon arrivée pris des chevaux d'artillerie, vu qu'il n'y a pas de poste. J'ai trouvé cette ville dans une consternation inexprimable, le sujet ma paru très naturel, ce poste dont l'importance n'est pas douteuse, ne se trouvait nullement susceptible de résister aux incursions de l'ennemi qui paroissent très voisines d'après les renseignements que j'ai eu d'un rassemblement de près de 10.000 hommes sous les ordres du Brigand Joly ; cette place dans laquelle est une nombreuse artillerie et des magasins de tous genres appartenant à la république, est un port sur lequel ils fondent de grande espérance. D'après ces considérations, j'ai jugé que vous n'étiez pas instruit des forces réelles qui sont ici et des positions nécessaires à les déffendre, c'est pourquoi désirant servir utillement la république, j'ai pris et ordonné les dispositions dont je vous envoye l'extrait, vous verrez par ce moyen que sans trop m'éloigner de vos vues, je me mets à même de résister à l'ennemi, le total des trouppes disponible, vu l'immense quantité de malades, est réduit à deux mille neuf cents à trois mille hommes pour garder le port St-Giles où il faudroit douze cents hommes, vu l'importance du lieu, le pont de la chaise, Verreey, olonne, Baurgard, la motte a chard, la grassière, le fenetreau, pierre levée, et les deux parties des sables et la chaume. Rien n'est plus important que ces points là pour la communication et le soutien de cette place, je ne négligerais aucun moyen d'être de toute manière utile à la république, en suivant vos ordres.
P.S. : j'ai écrit au commandant la division de Luçon pour le prévenir de cette position afin qu'il communique de manière à suivre vos vues.
Tout aux loix
votre subordonné
Pour copie conforme à l'original
Signé : Dutruy.

- Du 12 octobre 1793 - Aux Représentants du peuple près l'armée de l'ouest
Situation des Sables-d'Olonne
Je suis arrivé hier douze du courant à 11 heures du soir pour prendre d'après l'ordre du général l'Echelle le commandement de cette division. Ma surprise fut extrême voyant le désordre qui régnoit ici, une partie ou plutôt toutes les trouppes étoient parties pour St-Fulgent, J'entrais dans la ville avec trente hommes sans être reconnu, les Bourgeois de cette ville étoient les seuls gardiens de ce poste, m'étant fait sur le champ rendre compte de la situation et des forces, aussi que des différents magasins, j'appris qu'une nombreuse artillerie, des munitions de guerre et des magasins de tout genre existoient, chaque employé me porta des plaintes sur les extrêmes entraves que le corps administratif mettoient aux opérations sur les subsistances au point que le pain manquoit et que l'on avoit été obligé de faire fournir du biscuit aux soldats, après avoir sondé l'esprit publique et m'être instruit des causes, j'ai vu avec douleur que cette ville, loin d'être révolutionnaire, étoit absolument gangrènée ; vous connaissez comme moi citoyen l'importance de cette place, le moyen le plus prompt d'arrêter les moyens secrets de nos ennemis communs est de faire passer de suitte un arrêté qui la déclare en état de siège et je réponds sur ma têtte que respectant la loi sous peu de jours, tout marchera en règle et que par ce moyen, la république recouvera des avantages en tous genres - d'ailleurs tout authorise cet arrêté et sans de grandes mesures (nos ennemis car les modérés le sont) prolongeront les maux que ces exécrables Brigands nous cause.
Guerre éternelle aux Brigands, aux Tyrans et aux Intriguands.
Votre concitoyen,
Signé : Dutruy

- Du 12 octobre 1793 - Ordre du 12 octobre, l'an 1er de la mort du tyran.
Le chef de brigade adjudant-général Charlery fera exécuter dans le jour les dispositions suivantes :
Il enverra le 4e bataillon de la Charente Inférieure reprendre ses postes à Verrey - le 24e de la Charente occupera le château au Fenétreau - le 25e de la Charente restera à la motte achard - les détachements des ... (illisible) et 110e rentreront aux Sables - le 5e Bataillon de la Marne, le Bataillon du Var, lees compagnies de la Roche et Chalans et quinze chasseurs à cheval iront prendre poste à la Roche sur Yon et seront établis militairement et commandé par l'adjudant-général Charlery.
Les dispositions sont annoncées au général commandant les forces à Luçon afin qu'il puisse correspondre avec vous.
Vous vous disposerez de manière à éviter toute surprise et je compte sur votre prudence.
La Marne conservera ses deux canons, et le bataillon du Var n'en conservera qu'un et les deux autres rentreront aux Sables.
Vous entretiendrez une correspondance suivie avec le commandant temporaire de la motte (Duclos), vous lui laisserez pour cela quinze chasseurs à cheval, et le surplus de ses chasseurs retourneront à Hollonne et le chef viendra me rendre compte de son arrivée.
Vous ferez rentrer les munitions, après avoir muni chaque soldat de 30 quartouches et 30 en réserves par hommes près à être distribués, les charettes qui ne seront pas reconnues d'une indispensable nécessité seront aussi renvoyée aux Sables ; une barique d'eau de vie suffira à la Roche, et une à la motte, le reste rentrera.
Signé : Dutruy, ou Dufour.

- Du 13 novembre 1793 - Aux administrateurs du département près l'armée de l'ouest - Division des Sables
J'aurois été satisfait citoyens s'il m'eut été possible d'arriver plus tôt et de correspondre verbalement avec vous tout ce qui peut accélérer la destruction totale des Brigands flatte mon amour de la patrie, soyez très persuadez que je ne négligerais aucuns moyens que vous jugerez convenable à cet égard, moins instruit que vous sur l'esprit et les localités de cette partie du territoire usurpé par l'ennemi, je remets à votre prudence et à votre esprit révolutionnaire les mesures que vous prendrés, vos arrêtés seront soutenus par la force armée que je dirige actuellement persuadé qu'ils tendront toujours à l'affermissement de notre constitution républiquaine.
Guerre éternelle aux tyrans, aux Brigands et aux intriguands, c'est la devise de notre égal en droit par lui, salut et fraternité.
Signé : Dutruy.

- Du 13 novembre 1793 - Aux officiers municipaux de la ville des Sables.
Ne pouvant logé mes chevaux dans la maison de la citoyenne Gallisson, je prie les officiers municipaux de me fournir une écurie qui est dans la maison du comité de subsistances.
J'observe qu'il y a dans cette écurie de la paille déjà achée et peu propre pour les soldats, je demande quelle me soit accordée pour litière à mes chevaux.
Salut et fraternité.
Signé : Dutruy.

- Du 14 novembre 1793 à 8 heures du soir - Ordre du 14 Novembre 1793.
Au 24e Bataillon de la Charente cantonné au fenètreau de se porter de suitte et sans aucun délai à la motte a chard aux ordres du commandant temporaire de cette place.
Signé : Dutruy.

Au 4e Bataillon de la Charente inférieure, de se porter à la Grassière pour y faire des patrouilles et protéger une retraite si toute fois elle avoit lieu. Le commandant de ce Bataillon a eu le même ordre pour laisser son artillerie avec un piquet de cent hommes à Verrey et d'emmener avec lui les chasseurs à cheval à l'exception de quatre restés à Verrey en observation.
Au commandant temporaire de la place de faire commander un piquet de cent hommes divisé en deux bivouacs, un de 50 hommes à Pierre Levée, l'autre a eu par de la porte de Nantes tous deux chargés de faire des patrouilles et d'empêcher les soldats de rentrer en ville.
Au commissaire des guerres de faire préparer douze cent ration de pain à pouvoir disposer d'ici à quatre heures du matin.
Envoyé un adjoint avec six gendarmes pour s'instruire des mouvements de l'armée et s'assurer de l'exécution de ces ordres donnés.
Invitation au district pour faire passer de suitte une barque à Noirmoutier pour s'instruire des mouvements de l'ennemi.
Prévenir au commissaire des guerres le départ du Bataillon du Var pour St-Gilles et le détachement du 5e Bataillon de la Charente présentement au fenètreau le remplacer à la motte a chard.
Signé : Dufour.

- Du 14 novembre 1793 - A l'adjudant général Charlery.
J'ai donné ordre hier soir à l'effet de faire passer des vivres sur le champ, quand à la cavalerie que vous me demandé, je ne puis vous en envoyé que sept, vû que le reste est employé ailleurs ; soyez toujours surveillant et mandé moi exactement ce qui se passe. Je suis avec fraternité votre concitoyen.
Dutruy, général de Division.

- Du 14 novembre 1793 - Réponse à l'arrêté des administrateurs du district.
Les vrais républiquains sont ceux qui n'ont pas besoin de réquisition pour prendre les armes, ils servent leur patrie où ils sont et par conséquent ne sont point sujet à la loi du 23 qui a été faite pour les modérés que la force seule arrache à la molesse où ils croupissent ; quant au prétexte qui sert de base à cette réquisition l'on ne point douter que tel vol de bon coeur au secours de la patrie la servira jusqu'à la mort. L'esprit fait mal la guerre, l'intrigue s'en sert pour tout détruire.
Salut et fraternité
Egalité sous la Loi.
Signé : Dutruy.

- Du 14 novembre 1793 - Aux administrateurs du district des Sables.
Le général observe aux administrateurs du district qui lui est du un logement pour lui et son état-major, en ayant un où il n'y a rien pour tout nécessaire et trouvant cette maison propre pour son quartier-général, en conséquence il requière les administrateurs lesdits administrateurs de lui fournir tout ce qui lui est nécessaire pour son logement, de même que pour son état-major où bien de le mettre dans un autre logement mais apporté du mien.
Salut et fraternité.
Signé : Dutruy.

- Du 15 novembre 1793 - Ordre du 15 novembre 1793
Il est ordonné au commandant du détachement du 5e Bataillon de la Charente Inférieure de partir avec sa trouppe du fenètreau demain 16 du courant et de se rendre à la motte a chard aux ordres du chef de brigade adjudant-général Charlery.
Signé : Dufour.

- Du 15 novembre 1793
Il est ordonné au Bataillon du Var de partir de la motte a chard demain 16 du courant à 5 heures du matin précis pour se rendre à St-Gilles avec armes et bagages et son canon.
Signé : Dufour.

- Du 15 novembre 1793 - Au citoyen Saulnier commandant à St-gilles
Après avoir étudié sur l'importance du poste confié à vos soins et me flattant que votre zèle et votre activité employeront tout moyen pour vous deffendre, repoussé les Brigands. Je viens de donner ordre que le Bataillon du Var parte demain à 5 heures du matin avec ses canons et ses caissons garnis au nombre de deux, chaque homme ayant soixante cartouches à tirer.
Fermeté courage, tout à la république,
votre confrère d'armes,
Signé : Dutruy.

- Du 15 novembre 1793 - A l'adjudant-général chef de Bataillon commandant l'avant-garde des Sables
Vous donnerez l'ordre ci-inclus mon cher camarade au Bataillon du Vard et vous le ferrez exécuter ; vous recevrez en remplacement environ 200 hommes du 5e Bataillon de la Charente Inférieure, des évènements impérieux ont nécessité ce changement.
Vous pourrez néanmoins faire un mouvement sur Beaulieu et partout où vous ne serez pas compromis, le général s'en rapporte et à vos connoissances militaires et à votre prudence.
Salut et fraternité.
Signé : Dufour.

- 16 novembre 1793 - Ordre du 16 novembre 1793.
Il est ordonné au commandant des compagnies de Barbezieux, en garnison aux Sables, d'en partir de suitte avec armes et bagages avec sa trouppe ; pour se rendre à la chaume où ils rentreront jusqu'à nouvel ordre.
Le commandant de la place,
Signé : Dufour.

- Du 16 novembre 1793 - Au commandant du 4e Bataillon de la Charente.
On vient citoyen de répandre une nouvelle fausse sans doutte, que le poste de Verrey se repliait, il faut que l'on sache qui a semé cette nouvelle, il faut que ceux ou celui qui en est l'auteur soit arrêté sur le champ et conduit aux Sables. J'ose croire que votre Bataillon a fait son devoir en restant ferme à son poste, dans le cas contraire, vous en rendrez compte de suitte. Si le poste de St-Gilles est attaqué, vous en aurez sans doute avis soit par des ordonnances, soit par le coup de canon que vous entendrez ; vous enverrez de suitte une ordonnance pour en informer le général, vous vous porterez avec votre trouppe en avant de Verrey et vous prendrez une bonne position, là vous attendrez de nouveaux ordres, soit de St-Gilles, soit des Sables, et dans tous les cas, vous vous conduirez en braves républiquains.
Signé : Dutruy.

- Du 16 novembre 1793 - Au commandant temporaire de St-Gilles
Nous avons appris mon cher camarade tous les moyens possible pour assurer le poste que vous commandé, je vous avoue que je suis faché que la crainte aye un peu exagéré les dangers, vous ettes un bon militaire, bien décidé à mourir pour deffendre la république et avec ses principes, on est assuré que la quantité d'ennemis n'est qu'un motif de plus pour assurer la défaite.
L'adjudant-général chef de brigade Charlery a ordre de se porter à St-Gilles, il fera de bonnes dispositions pour la défense de ce poste important, le pont de la chaise se trouve gardé par 200 hommes, d'après cela vous devez être rassuré et nous les batteront s'ils se présentent.
Salut et fraternité,
Signé : Dufour.

- Du 16 novembre 1793 - Au général en chef de l'armée de l'ouest
D'après la désagréable nouvelle de la prise de Noirmoutier, n'ayant reçu aucune réponse à une lettre du douze envoyé par un couriez extraordinaire. Je me trouve ici dans la situation la plus critique, le total effectif des forces disponibles vu l'innombrable quantité de malades ne se trouve être que de trois mille deux cents hommes. J'avois pour seconder vos mouvements sans perdre de vue la deffense de cette place établi une ligne de communication jusqu'à la Roche sur Yon qui se trouve à une journée de St-Fulgent. Je n'ai aucunement eu de nouvelle de la Division de Luçon avec laquelle je devois faire jonction quoi que j'eus prévenu que je me trouverois le 12 à la Roche, le 14 le convoi de pain fut attaqué par les Brigands près d'un pont qu'ils avoient commencer de couper. Il se disposait à venir attaquer par derrière pour couper toute espèce de retraite. Ils avoient déjà placé deux ou trois avant-poste mais heureusement que nous fumes averti et sur le champ, l'avant-garde se portant sur la motte repoussa les Brigands dont les dispositions n'atoient pas achevées. Je fis enlever tout le pain qu'ils nous avoient pris et qu'ils furent forcés d'abandonner, l'on ne put vu les bois où ils se sauvèrent attraper qu'un homme que l'on fusilla sur le champ, je gardois la porte de la motte et serois resté à ce poste lorsque la nouvelle de Noirmoutier me parvint, le port St-Gilles étant le plus susceptible d'être attaqué, je viens de le renforcer de manière à pouvoir se deffendre en y placent à peu près 1.500 hommes vu qu'il est fort étendu et mal fortifié quoique très interressant. J'ai pris toutes les mesure que mes connoissances et les divers renseignements que m'ont donné les gens de l'art pour me mettre à même de deffendre cette place d'après le décret du
Hor citoyen général comme il n'est pas douteux que Charrette et Joly ont l'intention de s'emparer de la côte depuis Nantes jusqu'à la Rochelle, d'après les instructions très sures que j'ai, je me trouve fort embarrassé pour conservé mes postes extérieurs qui alimentent la ville où nous sommes dans une pénurie indicible de tout, ayant été obligé de donner du biscuit aux soldats vu le manque de farine, quand au grain, j'en ai fait enlever trente charroits mais le manque de vent fait que les moulins ne vont pas, de manièyre que ne pouvant me porter en avant des forces car aux postes extérieurs qui s'étendent jusqu'à St-Gilles ne me laissent dans la ville qu'une garnison de 1.000 hommes ; j'ai une très grande quantité de lignes de feux vu que la place a un très grand front attaquable et ce n'est certainement qu'au juste de ce qu'il me faut si j'avois 100 hommes de cavallerie de plus que ce que j'ai qui n'est presque rien, je pourrais par des incursions hardies inquiéter l'ennemi et me substanter pour tout et même pour d'autre division. J'ai une bonne artillerie, des soldats assez courageux, mais la ville est gangrénée, l'on sème de toute part la crainte et la discorde. Je viens de faire à cet égard une proclamation dont je vous envoye copie, croyez q<ue quoi que ne jouissant pas de santé, je mourrai à la deffense de mon poste.
Salut et fraternité,
Guerre aux Brigands et aux tyrans ./.
Votre subordonné
Signé : Dutruy.

- Du 16 novembre 1793 - à l'adjudant-général chef de brigade Charlery.
La prise de Noirmoutier par les Brigands inquiète les habitants et commandant de St-Gilles une terreur toujours ridicule pour des républiquains s'est emparé et du commandement militaire et des officiers municipaux .. il faut donc quelqu'un pour réchauffer le courage abattu de ces hommes trop ingénieux à s'inquiéter, le général ne peut mieux confier cette deffense qu'à vous, il me charge de vous dire que vous ayez à vous transporter à Saint-Gilles. Vous y trouverez le Bataillon du Vard, qui doit être en route, vous placerez aussi le déttachement du 5e Bataillon de la Charente Inférieure au pont de la chaise, ce déttachement gardera le pont avec scrupule, on pourra même y mettre un canon que j'enverrez d'ici, vous emmenerez vingt chasseurs de la Vendée, le reste de la cavalerie se retirera à Olonne. Vous enverrez au général l'état exact des troupes que vous aurez sous votre commandement, pour cela vous passerez une revue et vous y ajouterez vos observations sur la déffence de ce poste important. Vous ferez aussi la demande des vivres qui vous seront nécessaires.
Le déttachement de la Charente Inférieure dont je vous ai parlé plus haut se rend dès ce moment à la chaise, vous enverrez les compagnies de la Roche et Chalans au Fenetreau.
Salut et fraternité.
Signé : Dufour.

P.S. Je pense que vous pouvez employé utilement le citoyen Duclos dans votre état-major, c'est un homme intelligent, vous ettes libre de l'emmener avec vous.
Signé : Dufour.

- Le 17 novembre 1793 - Au citoyen Dambois commandant à Talmont.
Demain citoyen vous recevrez l'officier qui doit vous remplacer dans vos fonctions de commandant à Talmont, vous le ferez reconnoître par la garnison et lui donnerez les renseignements dont il aura besoin pour la déffense de la place.
Salut et fraternité.
Signé : Dufour.

- Du 17 novembre 1793 - Réponse au citoyen Perceboix
Avois répondu au citoyen Perceboix que si le 2ème Bataillon de Paris n'a pas emmener ces deux canons, c'est faute de chevaux, la même pénurie existant, si le commandant Perceboix peut envoyé des chevaux ou enverra de suitte les deux pièces appartenant au Bataillon de Paris.
Salut et fraternité.
Signé : Dufour.

- Le 18 - la nomination du citoyen Duclos et son arrivée à son poste de Talmont pour remplir ses fonctions.

- Du 3e jour de la 1ère décade du 2e mois de l'an 2e de la République - Au conseil général de la commune

J'aurois répondu de suitte à vottre lettre si j'eus été chez moi à son arrivée. Je m'empresse de te faire réponse (?) je ne savois pas qu'il y eut un boulanger dans cette ville car jusqu'à ce jour, chez moi, l'on ne mange que du pain de munition, si l'abus dont vous vous plaignez existe, et que je crois d'après votre lettre, loin de me refuser à faire cesser un désordre semblable, je participerais volontiers à le réprimer, le pain du soldat est et doit être bon, s'il ne l'est pas, je dois y veiller ne souffrirais pas certainement qu'ils ayent un prétexte qui les autorisent à priver les habitans de leurs nécessaires, d'après cela, vous pouvez prendre toutes les mesures particulières à cet égard, puisque d'autre manière celle du soldat est assurée.
Salut et fraternité,
Signé : Dutruy.

- Le 6ème jour du second mois de l'an 2e de la République - A Gérard président du district.
J'ai fait enlevé dans une expédition militaire divers objets appartenant aux Brigands et ce sur le territoire où ils étoient et tenoient comité à Nesmy près la Roche, après avoir interrogé différends paysans pris dans un canton l'on ne peut former aucun doute qu'ils soient du nombre de nos ennemis ayant même fait le sercice avec eux ; ce qu'ils n'ont pas niés c'est pourquoi je les ai fait arrêté et conduire en cette ville ainsi que les différents effets leurs appartenant qui au terme de la loi doivent être portés sur les derrières de l'armée ; j'ai vu avec surprise que de votre authorité particulière et sans savoir les causes pour lesquels ils étaient ici, vous leurs ayez donnés des passeports. C'est ce qui s'appelle envoyé des espions à l'ennemi avec privilèges. Passez ces hommes au comité révolutionnaire et vous enverrez aujourd'hui le procès-verbal des différends objets qui ont été pris et qui doivent être destinés à la provisionnement de l'armée ; quand aux charettes, vu que l'on en a eu en réquisition permanente aux patriotes de ce pays, il me paroît bien plus convenable d'y faire servir aux dits Brigands, ce qui ménagera les fonds de la République et les intérêts des cultivateurs des environs.
Salut et fraternité,
Signé : Dutruy.

- Du 30 novembre 1793 - Au commandant de Verrey [Vairé]
De suitte l'adjudant-major de votre Bataillon se rendra à la chaise pour reprendre leurs positions, des républiquains se battent avant de quitter leurs postes - le procureur de la commune nommé Mairaud Sera arrêté de suitte, ce dont je vous charge pour s'instruire sur ces perfides renseignements. Il réside à l'andvielle - De même l'on arrêtera le maire de la Chapelle Hermier - Vive la République, poursuittes aux Intriguands et aux Brigands.
Signé : Dutruy.

- Du 30 novembre 1793 - Ordre du 30 novembre à 11 heures du soir.
Le 4e Bataillon de la Charente inférieure en cantonnement à Verrey se portera de suitte après cet ordre reçu, avec ses canons près de St-Gilles, il en sera averti l'adjudant-général qui y commande ; les trouppes qui sont à la chaise giraud préfèreront la retraite sur St-Gilles plutôt que sur les Sables, la trouppe à Ollonne bivouaquera jusqu'à nouvel ordre.
Le présent ordre sera donné à Frappier adjoint aux adjudants généraux qui le fera exécuté dans le plus bref délai, en se transportant lui-même sur les lieux indiqués.
Le commandant de la place donnera de suitte des ordres pour qu'il y ait des patrouilles cette nuit sur les routes de Nantes et de Luçon, toute la cavalerie sera prête à monter à cheval au 1er ordre.
Les trouppes en garnison aux Sables seront à leur postes de déffense demain matin à cinq heures précisément et y attendront des ordres. Le commandant de la place est chargé de l'exécution de cette article ; il en fera prévenir sur le champ les commandants des corps.
Signé : Dufour.

- Du 30 novembre 1793 à 5 heures du matin - Ordre à une patrouille à cheval de se porter jusqu'à moitié chemin de la motte à chard, pour éclairer la marche de l'ennemi.

Ordre au cantonnement de se mettre sous les armes et de faire des patrouilles multipliées pour le même objet.
Signé : Dufour.

- Du 31 novembre 1793 - Ordre du 31 novembre 1793
Il est ordonné au cantonnement du fenetreau de se mettre de suitte sous les armes et d'y rester jusqu'à nouvel ordre, de faire des patrouilles multipliées pour la garde et s'éclairer la marche de l'ennemi.
Signé : Dufour.

- Du 31 novembre 1793 - Envoyé des patrouilles à cheval jusqu'à Talmont et et de là jusqu'au pont de la claye.
à 7 heures du matin - fait porter à Ollonne le 24e Bataillon de la Charente et deux pièces d'artillerie du calibre de 4.
à 8 heures - Envoyé une patrouille à cheval jusqu'à St-Gilles, ou jusqu'à ce qu'on apprenne des détails de ce qui se passe par Frappier adjoint aux adjudants généraux.
Le commandant du cantonnement du Fenetreau continuera ses patrouilles et se gardera très scrupuleusement, et vu le mauvais temps il fera rentrer sa trouppe qui se tiendra toujours prête à reprendre les armes.
Signé : Dufour.

à 8 heures 1/2 - Fait doubler les postes aux Sables et rentrer la trouppe.

- Du 1er jour de la 2ème décade du 2ème mois de l'an 2ème de la république une et indivisible.
Il est ordonné au 24e Bataillon de la Charente de faire partir à deux heures précises aujourd'hui un détachement de cent hommes qui se rendra à Talmont où il recevra de nouveaux ordres. Il sera fourni à ce détachement pour deux jours de vivres non compris aujourd'hui.
Signé : Dufour.
Il est ordonné aux compagnies de la Roche et de Chalans de partir de leurs cantonnements ce jourd'hui à deux heures pour se rendre à Talmont où elles recevront de nouveaux ordres, il sera fourni à ces compagnies pour deux jours de vivres non compris aujourd'hui.
Signé : Dufour.
Il est ordonné au citoyen Frappier adjoint aux adjudants-généraux de se rendre à Talmont, à Vrillé [Avrillé] et partout où il jugera nécessaire pour le bien du service de prendre dans ces différents endroits, les trouppes disponibles, de les conduire partout où il y aura des fourages ou d'autres denrées - a servir pour l'approvisionnement de l'armée et enfin, connoissant son civisme et ses principes révolutionnaires, il est authorisé à faire tout ce que son amour pour le salut public lui suggerera, il est ordonné à tous les commandants de place et des corps à qui il s'adressera de suivre scrupuleusement les ordres que donnera le citoyen Frappier.
Signé : Dufour.

- Du 1er jour de la 2ème décade du second mois de l'an 2ème de la République une et indivisible.
Au citoyen Charbonnier, commissaire des guerres.
Je vous informe, citoyen, que le général fait partir aujourd'hui à deux heures les compagnies de la Roche et Chalans, actuellement en cantonnement au fenestreau et cent hommes du 24e Bataillon de la Charente, qui se rendront à Talmont et de là employés à des expéditions militaires. Il faut que cette trouppe ayent pour deux jours de vivres et je lui ait annoncer, je vous prie donc de lui faire distribuer à sa demande non compris les vivres d'aujourd'hui.
Signé : Dufour.
A 11 heures du soir : Ordre au 5e Bataillon de la Charente Inférieure de se porter à St-Gilles jusqu'à nouvelle ordre.
Signé : Dufour.
A 11 heures du soir : Ordre au 4e Bataillon de la Charente Inférieure de se porter à St-Gilles jusqu'à nouvelle ordre.
Ordre au 25e Bataillon de la Charente et la cavalerie des postes d'Olonne d'éclairer jusqu'à Verrey.
Ordre au commandant de la place des Sables d'éclairer la routte de la motte et de tenir la garnison en allerte.
Avis à l'adjudant général Charlery de l'envoy de 10.000 cartouches, de 2 tentes (?), d'un ... d'armes (illisible), d'un affût de 18.
Ordre de brûler le moulin Villeneuve et Villeneuve.

- Du 5ème jour de la 2ème décade du 2ème mois de l'an second de la république.
Ordre dont l'exécution sera faite dans deux jours.
Chaque bataillon fournira un état circonstancié de sa force effective, des malades ou absents, le grade, y sera désigné les noms des officiers et sous-officiers composant l'Etat-major seront la têtte de ces états, qui seront visé et certifié par le conseil d'administration ; il sera de même donné un atat des chevaux signalés en règle, est visé de même, dont l'on passera une revue pour n'être plus enfin exposés aux dilapidations.
Le commissaire des guerres fera expédier un double de ces revues au comité de subsistances, tout les chevaux qui n'y seront pas portés ne rendront plus de fourage et l'on statuera sur l'utilité de ceux qui le recevront.
Signé : Le général Dutruy.

- Du 6ème jour de la ...
Dutruy au général Bare
Je n'ai pas encore, mon cher camarade, pu vous donner jusqu'à présent des nouvelles ... de mes expéditions. Il y a 6 jours que j'étois encore aux prises avec ces scélérats au port de St-Giles où ils ont été mis en déroute ayant abandonné un charriot chargé de fusils que l'on a ramassé sur les routtes, ils ont reparuent le lendemain mais s'appercevant que je les fesoient tourner ils ont abandonnés totalement ce pays-là.
Environ douze cents hommes partiront demain matin pour attaquer Chalans et faire diversion à Charette, trois cent soixante hommes sont près la Roche sur Yon, ce qui soutiendra beaucoup vos postes des Quatre-Chemins. J'espère d'après ces précautions et la bravoure de nos braves frères d'armes que sous peu de jour nous seront bien avancés sur la destruction totale des Brigands. Mandé moi les suittes de vos blessures.
Salut et fraternité,
Signé : Dutruy.

- A l'adjudant général Charlery
Vous porterez citoyen camarade le peu de trouppes disponibles que vous aurez sur le point de Chalans, je vous préviens que la canonade que vous avez entendue me parroît être une attaque faite par le général Axot qui cherche Charette selon l'avis que je viens de recevoir, c'est pourquoi tandis que vous l'inquiéterez de votre côté, je vais faire diversion du côté de Luçon pour soutenir une autre colonne qui va cherchée Joly près St-Fulgent. J'aurais incessamment le plaisir de vous voir, vu que l'ingénieur aurat bientôt finit sa besogne. Vigilance et fermeté,
Votre camarade,
Signé : Dutruy.

- Du 7ème jour de la deuxième décade du 2ème mois de l'an second de la république.
Dufour à Charlery
D'après l'ordre que le général Dutruy vient de recevoir lui et moi nous partons de suitte pour Nantes, d'après cela, vous ne ferez aucun mouvement jusqu'à notre retour et si vous l'avez commenssé, cessez-le à l'instant.

- Circulaire du 22 nivôse, 2ème année de la république.
Il est urgent, mon cher camarade, que pour régler les dispositions du service et faire rentrer les différents détachements dans leurs corps respectifs, que tu me fasse passer de suitte un état exact des troupes qui sont sous ton commandement, tant d'infanterie qu'en cavalerie, artillerie et pionniers même qui doivent y être compris. C'est d'après la réception de tous ces états que je règlerai le cadre pour faire sortir du caho ou nécessairement se trouve une armée à la suitte de l'expédition du genre de celle qui nous a été confiée. C'est d'après celle que l'on pourra pourvoir aux besoins nécessaires de nos frères d'armes, tu expédiera ces états au quartier général des Sables.
Salut et fraternité,
Signé : Dutruy ...

- Du 23 nivôse - Ordre du 23 nivôse.
Il est ordonné au commandant de la force armée de St-Gilles de faire rentrer la pièce de canon et la faire placer à St-Gilles, à l'endroit où il croira convenable.
Ce détachement ne sera composé que de cinquante hommes.
Signé : le général Dutruy.

- Du 23 nivôse an 2e - Dutruy général de brigade, commandant la division des Sables, à Thureau, général en chef.
Je te fais passer mon cher général l'état des forces nécessaire pour finir l'extinction totale des brigands. J'ai joint pareillement le plan des postes avec lequel tu jugeras facilement de l'ordre des dispositions. J'attendrai celui que tu voudras me donner, et suis mon cher camarade ton frère d'arme subordonné,
Signé : le général Dutruy.

- Du 7 pluviôse an 2e - Dutruy général spécialement chargé de concert avec le général Haxo de la deffense des Côtes de l'Ouest depuis la Vilaine jusqu'au Sables inclus.
A Dufour commandant temporaire de la place des Sables.
Aujourd'hui, à 4 heures, citoyen, tu te tiendras prêt à monter à cheval pour visiter les fortifications de cette place et en établir le moyen de deffense sur ta responsabilité, en vertu d'un arrêté du Représentant du Peuple français dont je t'envoye copie. Tu me feras remettre sous trois jours l'état général de ce qu'il y a et de ce qu'il manque suivant l'ordonnance. Tu requerrera le corps administratif pour ce qu'il concerne. Tu m'établira un rapport de dispositions. Tu me faira de même la demande concernant les troupes qui te seront nécessaires et te faira rendre un état exact de tous les habitants et de ce qu'ils sont, pour que l'on puisse prévenir la trahison. Tu surveilleras à empêcher toute communication avec les étrangers, spécialement l'Angleterre et les émigrés de grenesey et jernesey. Je te fairoi passer les dispositions de l'extraordinaire et te fairois appuyer de toutes les forces qui sont à ma disposition.
Signé : le général Dutruy.

- Du 9 pluviôse an 2e - Le général Dutruy au général Haxo.
J'ai fort heureusement, mon cher camarade, décacheté trois lettres qui t'étaient adressées. J'ai vu par ce qu'elle contenoit que l'esprit de l'état-major de Luçon étoit toujours le même médisant et jaloux et qu'en cette conséquence, il cherchoit à nous entraver. Tu verras par leur lettre, que Creil n'étoit point occupé. J'ai fait partir de suitte un adjoint qui se rend à ce poste avec 600 hommes, nombre suffisant parce que je l'ai fait soutenir par le poste de Moutiers, à qui j'ordonne de se porter jusqu'à la chapelle, le poste d'Avrillé jusqu'à Nemy et celui de Talmont. Balaye les forêts en dehors de ces deux points, tu ne trouveras pas ce poste si ce n'est sur une carte de Cassiny, mais tu sais à mon égard, comme je sais au tien que ce que l'un et l'autre fait est toujours pour le mieux, sy Thurreau leur a mandé de se tenir, ce qu'il est instruit sûrement que ce n'est pas leur habitude ; je te fairois passer demain les états que j'ai promis à Aubertin. Tu voudras bien m'envoyer un double de ce que tu expédieras au ministre pour que je puisse un peu débrouiller la situation de nos troupes. J'attends avec impatience les nouvelles du grand mouvement, et ce que l'un en aura le faira passer à l'autre.
Je suis mon cher avec amitié ton camarade.
Signé : Dutruy.

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Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle - 1917 - Chaix d'Est-Ange.

Kléber en Vendée (1793-1794) - H. Baguenier-Desormeaux - 1907

AD85 - Registres d'état-civil des Sables-d'Olonne

AD72 - Registres d'état-civil du Mans

AD76 - Registres d'état-civil du Petit-Quevilly

Gazette des Tribunaux - 26e année - 29 avril 1851 - n° 7426

Les volontaires nationaux pendant la Révolution - Ch.-L. Chassin et L. Hennet - 1899-1906

Recueil des actes du Comité de salut public ... tome 12 - publié par F.-A. Aulard - 1889-1951

Histoire des guerres de l'ouest, Vendée, Chouannerie - 1792-1815 - par Théodore-César Muret

Revue des Provinces de l'Ouest - cinquième année - 5e livraison - janvier 1858

Dictionnaire historique de la Suisse

Société Genevoise de Généalogie