MOEURS RÉPUBLICAINES


Le 14 juillet 1903, dans une résidence voisine de Brazzaville, plusieurs fonctionnaires républicains étaient réunis pour célébrer la Fête nationale.

Comme ce jour-là nous rappelle les assassinats commis lors de la prise de la Bastille, les bons républicains estimèrent que le meilleur moyen de fêter le 14 juillet était d'assassiner, comme les grands ancêtres de 89.

Après un bon repas, on s'empara d'un jeune nègre afin d'expérimenter sur lui l'effet de la dynamite. Le jeune homme fut emporté dans une cour intérieur et ficelé en un tour de main. On lui fixa "en guise de canule" une cartouche de dynamite et on alluma la mèche. Le nègre hurla. Une détonation retentit. Les débris sanglants du malheureux, ses membres, ses intestins furent projetés de tous côtés.

Il paraît que c'est ça la fraternité républicaine.

Le même jour, un nommé Gaud (surnommé Niama Gounda, bête féroce), administrateur colonial et excellent républicain, fait extraire de la prison et amené devant lui un malheureux nègre.

- Tu es libre, dit-il, échappe-toi.

Le nègre s'enfuyait immédiatement de toute la vitesse de ses jambes. Il n'avait pas fait vingt pas que, par un inconcevable raffinement de cruauté, Gaud l'abattait d'une balle, que saluaient les rires enthousiastes de ses amis : Toqué, Roche, etc.

Ce M. Gaud, s'amuse là-bas à faire bouillir des crânes humains, et son grand plaisir est de faire avaler ce bouillon par les amis et parents de celui dont le crâne est dans la marmite.

Un jour qu'il se livrait à la préparation de son pot-au-feu, il avisa un boy et lui offrit un bol de bouillon. Écoeuré, le petit nègre s'enfuyait à toutes jambes. Gaud le rattrapait et, après l'avoir terrassé, le maintenait les mains ligotées, en appuyant les deux genoux sur sa poitrine ; puis, à l'aide d'une cuillère, lui versait dans la bouche le breuvage nauséabond. Le boy fut à ce point impressionné qu'il en mourut quelques jours après.

Ce n'est pas tout :

Le sieur Toqué, voulant éprouver si une seule balle de son fusil perfectionné peut transpercer à la fois quatre poitrine, fait placer quatre nègres en file indienne, et tire. Les quatre malheureux tombent morts.

Une autre fois, il veut se rendre compte s'il sait convenablement manier le sabre. Il se fait amener des nègres et frappe, tranche des têtes jusqu'à ce que, de fatigue, son bras retombe.

Toqué, étant un jour d'humeur galante, sollicita les faveur de la femme d'un tirailleur sénégalais. Cette dernière, voulant rester fidèle à son tirailleur, repoussa la demande de Toqué. Pour la punir, l'administrateur républicain la fit cuire à petit feu dans un four.

Au reste, les fonctionnaires républicains qui opèrent dans nos colonies continuent les traditions du Régime.

AD85 - Journal La Vendée - Mercredi 8 mars 1905 - 4 Num 435/25 - 1905 : n° 1-151 + suppl. au n° 19, 111

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Toqué (originaire de Lorient) et Gaud furent condamnés, le 26 août 1905 à cinq ans de réclusion ; ce qui provoqua l'indignation des milieux européens du Congo. Mais la cour introduisit elle-même une demande de réduction de peine et les deux condamnés furent bientôt libérés.

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Après sa libération, Toqué publia un livre : Les massacres du Congo (1907), dans lequel il faisait le procès du système et mettait directement en cause l'administration. Un de ses supérieurs M. de Roll lui aurait dit : "Rappelez-vous ceci : qu'il n'est pas défendu de tuer des nègres, mais bien de le dire, d'être pris ou de laisser des traces : et qu'il vaut mieux tuer vingt nègres, que d'en égratigner un. Les morts ne parlent plus, tandis que l'homme égratigné deviendrait en France un martyr". Nous n'avons pu trouver ce livre dans aucune bibliothèque (quelques extraits figurent dans le n° spécial du Crapouillot en date de janvier 1936 : Expéditions coloniales. Leurs dessous, leurs atrocités". (Journal La Pensée - septembre 1960)

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TOQUÉ A RENNES

Toqué a passé sa jeunesse à Rennes où il fréquenta diverses écoles. Intelligent, il avait dès son adolescence de mauvais sentiments qui devaient lui valoir plus tard de fâcheux rapports avec la Justice.

Entré dans l'administration coloniale, il se plaisait à réduire au rang d'esclaves les nègres confiés à sa protection et c'est ainsi que le 14 juillet, il s'offrit la distraction de faire sauter à la dynamite un de ces malheureux. Traduit en 1904, devant la cour d'assises de Saint-Louis, il déclarait avec un cynisme révoltant que "c'était pour célébrer la fête nationale".

Toqué fut condamné et resta trois ans en prison.

Libéré en 1909, on ne le revit guère à Lorient où habitait alors sa famille et il exerça diverses professions qui le ramenaient normalement à l'exploitation d'affaires plus ou moins délictueuses

Les époux Toqué habitaient Laon avant la mobilisation ; ils y restent à l'arrivée des Allemands et, de suite, sympathisent avec l'envahisseur.

Il se promène en ville avec des officiers allemands, leur offre le thé, les admet dans son intimité.

Bientôt il est agréé comme interprète au quartier général de la 7e armée allemande.

Un jour, Toqué se brouille avec ses nouveaux amis et est expédié à Fourmies (Nord) où, grâce à quelques petits services, il ne tarde pas à entrer dans les bonnes grâces du chef de la "kommandantur" de cette ville.

En juillet 1916, il devient un des collaborateurs de la Gazette des Ardennes et s'associe à la campagne de démoralisation des populations envahies.

Alice Runtz, femme de Toqué (qu'il avait épousée en 1909), partagea la vie aventureuse de son mari et, par ses dénonciations, fit emprisonner plusieurs de ses compatriotes.

A l'instruction, Toqué a prétendu qu'il n'avait été le complice des Allemands que pour éviter à sa femme d'être internée en Allemagne. (L'Ouest-Éclair - 18 juin 1919)

Il fut condamné à mort par le 4e Conseil de guerre français, le 25 juillet 1919 et fusillé.

 

Photos : L'illustration - mars 1905