AIZENAY - JEAN ARNAUD

combattant vendéen z


Parmi les principaux instigateurs de l'insurrection locale, les documents officiels de l'époque signalent François Arnaud, taillandier au bourg. Il était accompagné de son fils Jean, ouvrier taillandier comme lui.

JEAN ARNAUD n'avait que dix-huit ans, mais il était brave, entreprenant, dégourdi. Il fut tout de suite remarqué par Joly, sous les ordres duquel s'étaient rangés les insurgés d'Aizenay. Comme il savait monter à cheval, il fit naturellement partie du noyau de cavaliers qui servaient d'estafettes au général.

La tradition rapporte que les deux Arnaud, père et fils, faisaient également l'admiration de l'armée : l'un, par sa force musculaire ; l'autre, par son adresse et son agilité. C'est ainsi que dans la matinée du 24 mars, dimanche des Rameaux, alors que les bandes de Joly, concentrées à la Mothe-Achard, se disposaient à marcher contre la ville des Sables, l'ordre ayant été donné de charger du vin sur une charrette, Arnaud père fit le chargement à lui tout seul, en enlevant les barriques à bout de bras. Quant au fils, ce même jour, pour manifester sa joie à l'idée d'aller frotter les Patauds, il donna à l'état-major, réuni sur la place, une représentation d'exercices acrobatiques qui eurent le plus grand succès. Il commença par faire le "chêne fourchu" sur le dos de son cheval ; puis, sautant à terre et plaçant les deux mains sur la croupe, il s'élança d'un bond et, les jambes écartées par dessus l'animal sans même lui toucher les oreilles, alla pirouetter en avant juste aux pieds du général émerveillé ...

Ce devait être, hélas ! le dernier tour d'agilité du jeune volontaire ...

JOLY général z

Désigné par Joly pour aller porter une sommation aux autorités des Sables, Jean Arnaud, précédant l'armée en marche, arriva devant la ville sur les trois heures de l'après-midi. Il y trouva une partie de la garnison rangée en bataille, s'annonça comme parlementaire et fut conduit auprès du conventionnel Gaudin, auquel il remit la sommation dont il était porteur. Au mépris de tous les droits de la guerre, l'envoyé de Joly fut arrêté et traîné devant le conseil du district, qui, après avoir pris connaissance de la sommation et interrogé le jeune Vendéen, formula sa décision dans un procès-verbal dont voici un extrait :

"Le Conseil, après avoir pris lecture de cette pièce et avoir fait subir un interrogatoire sur cahier séparé audit parlementaire,
Les procureurs syndics entendus,
A arrêté et arrête que ledit parlementaire sera traduit à la maison de détention, avec les fers aux pieds, pour être livré aux mains de la justice ..."


Du fond de sa prison, l'infortuné jeune homme, si joyeux et si alerte quelques heures auparavant, put entendre, la rage dans le coeur, le bruit de la bataille qui s'engagea aussitôt et qui, grâce à l'artillerie des assiégés, se termina par la retraite des assiégeants.

Jean Arnaud, toujours "les fers aux pieds", dut attendre plusieurs jours avant d'être livré "aux mains de la justice". A cette époque, la barbarie républicaine n'était pas tout-à-fait déchaînée : ce n'est que plus tard qu'on devait avoir recours aux exécutions sommaires, bientôt suivies des fusillades et des noyades en masse. Pour le moment, on semblait encore tenir aux formes. Or, les formes exigeaient l'intervention d'une Commission militaire, qui ne put être constituée, aux Sables, qu'à la date du 1er avril.

D'un autre côté, les autorités sablaises avaient à coeur de dramatiser le plus possible les premières exécutions : une seule victime ne leur suffisait pas comme lever de rideau, et elles attendaient que leurs racoleurs eussent rabattu assez de gibier pour donner au public le spectacle d'un hallali corsé.

Instituée le 1er avril, la Commission militaire entra le jour même en fonction et sans discontinuer, du 1er au 5, il y eut une fournée quotidienne de victimes. JEAN ARNAUD fit partie de la fournée du 5, en compagnie de trois autres prisonniers : Louis Robin, 25 ans, tisserand, de Nieul-le-Dolent ; Jean Mollé, 27 ans, farinier, de Legé ; Jacques Chanson, 25 ans, tourneur, de la même paroisse.

Aux termes du décret du 19 mars, toute condamnation à mort, prononcée par une Commission militaire, devait être exécutée dans les vingt-quatre heures ; mais le même décret portait que la victime devait être livrée "à l'exécuteur des jugements criminels", c'est-à-dire guillotinée. Or, comme la ville des Sables, lorsque la Commission entra en fonction, n'avait point encore de guillotine, et que celle réquisitionnée à Fontenay arriva seulement le 4 avril, les premiers condamnés avaient eu quelque répit : de sorte que le 5, après la condamnation de Jean Arnaud et de ses trois compagnons, il y avait douze victimes qui attendaient le bon plaisir du bourreau, la machine n'ayant été montée que dans la soirée de ce même jour.

Désormais, les prescriptions de la loi pouvaient être observées sans délai : le lendemain, 6, les douze condamnés attachés deux à deux, furent traînés sur la dune et successivement guillotinés, face à la mer, après avoir été donnés en spectacle à la population.

Ainsi mourut, à dix-huit ans, le brave petit gâs d'Aizenay qui avait servi de courrier à Joly, et que ni son caractère de parlementaire, ni son jeune âge, n'avaient pu sauver des "mains de la justice" (?) républicaine ! ...


"Après l'exécution, pendant une heure, les cadavres sanglants gisaient exposés aux regards de la foule ..." (Docteur Petiteau - Chroniques sablaises)

La Vendée historique - janvier 1909 - n° 1 - Nouvelle série

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Fils de Louis (et non pas François) Arnaud, maréchal taillandier et de Françoise Rafin, Jean est né à Aizenay, le 4 novembre 1772.

Arnaud Jean 1792 z

En réalité, Jean Arnaud fut mis à mort le 6 avril 1793 et il n'avait pas seulement 3 compagnons d'infortune, mais 11 ! Il était âgé de 20 ans.

- René Favreau, sellier, 29 ans, natif de Fontenay demeurant à Talmont ;
- André Thomazeau, fermier, 31 ans, natif de Longeville et y demeurant ;
- Pierre Thozeau, 23 ans, laboureur, natif de la Génétouze et y demeurant ;
- François Quaireau, 44 ans, natif de St-Georges-de-Pointindoux ;
- André Chevrier dit Poiteauzeau, de St-Hilaire-de-Rié et y demeurant, marchand volailler ;
- Pierre Jeaunet, natif de Rié et y demeurant, 23 ans ;
- Pierre Daniel, natif de St-Jean-de-Monts et y demeurant, 23 ans ;
- Jean Tarreau, âgé de 28 ans, tisserand, demeurant à St-Jean-de-Monts.

 

arnaud et autres z

 

AD85 - Registres paroissiaux d'Aizenay - Registres d'état-civil des Sables-d'Olonne