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Jacques Vauloup habitait au Bois-Joli, dans la paroisse de La Pellerine. Il y cachait des prêtres demeurés réfractaires et sans doute les menait-il officier dans la chapelle de l'étang de Vézins dont il avait la gérance.

Né au sein d'une famille chrétienne et vertueuse, Jacques Vauloup se montra constamment le digne dépositaire de ces nobles traditions. Lorsque la persécution obligea le clergé fidèle à se soustraire aux regards pour exercer son saint ministère, la paroisse de la Pellerine, obéissant fidèlement à la voix de son vertueux curé, Louis Leroy, doyen d'Ernée, repoussa presque à l'unanimité le schisme constitutionnel.

L'intrus, Péan, n'eut pas un seul habitant à son installation, et il ne vit jamais plus de deux ou trois personnes à ses offices.

Le pasteur légitime était resté à son poste ralliant à lui dans le secret toutes les âmes droites. Plusieurs autres prêtres cherchèrent un asile dans une paroisse qui se montrait si bien disposée pour l'orthodoxie. Sa position sur la limite extrême de la Mayenne et touchant au département d'Ille-et-Vilaine permettait aux prêtres fidèles d'éviter plus facilement les poursuites de leurs ennemis. Jacques Vauloup seconda de tout son pouvoir leur admirable zèle. Il en recueillit un grand nombre dans sa ferme du Bois-Joli.

Mais ses sentiments connus attirèrent sur lui les soupçons des révolutionnaires ; ils organisèrent autour de lui un espionnage actif. Des dénonciations eurent lieu, et une horde de brigands véritables envahit sa maison, où elle exerça les perquisitions les plus minutieuses. Avertis de l'approche du danger, les prêtres s'étaient sauvés ; mais on ne put enlever assez promptement les ornements sacrés et les vases du saint sacrifice. Les révolutionnaires s'en saisirent, et même d'un ciboire contenant les hosties consacrées. Elles furent profanées de la manière la plus indigne et jetées dans la grande route pour être foulées aux pieds des passants.

Après avoir assisté, la mort dans l'âme, à ces scènes désolantes, le maître du Bois-Joli fut garrotté et conduit en prison de Fougères, avec sa belle-soeur, Mlle Chardon [Renée-Julienne ou Jeanne, soeur d'Anne, épouse de Jacques Vauloup], qui avait été dénoncée comme ayant aussi caché des prêtres dans sa maison de la Pellerine.

Ils demeurèrent trois mois dans la geôle, et ayant été mis en liberté, ils repartirent aussitôt pour leur pays.

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La Providence voulut que Mlle Chardon s'arrêtât en passant à la Templerie, bourg distant de la Pellerine d'un quart de lieue seulement.

En arrivant à ce dernier endroit, Jacques Vauloup fut rencontré par une colonne mobile d'Ernée. Interrogé d'où il venait, il répondit sans aucun déguisement, et fit même connaître le motif de sa détention. Il n'en fallut pas davantage pour le faire arrêter de nouveau. Garrotté et conduit à Ernée, il fut jeté en prison en attendant la commission révolutionnaire, qui le condamna comme "atteint et convaincu par témoins dignes de foi, dit la sentence, d'avoir de tous temps, par un fanatisme outré, lutté contre la Révolution ; que sa maison a servi de refuge aux prêtres depuis leur déportation ; qu'il les a acceptés et vus avec satisfaction, à leur passage avec les brigands, et qu'il a été trouvé chez lui des ustensiles de fanatisme, et notamment des hosties". 

Il avait été dénoncé comme receleur de ci-devants curés par un certain Marat Quentin, ennemi juré de Jacques Vauloup. L'instruction du procès fut des plus expéditives. Quentin accabla le "scélérat, le fanatique" et lui cracha : "Je te condamne à mort !"

Le tribunal opta dans le même sens. Et le 11 mars 1794 (21 ventôse an II), Vauloup montait à la guillotine dressée sur la place d'Ernée.  Jacques Vauloup alla à l'échafaud en bénissant la volonté de Dieu.

Le président de la commission était dans un état d'ivresse complète, lorsqu'il prononça la sentence contre Jacques Vauloup ; et le bruit courut dans le pays qu'il avait été trouvé sans vie dans son lit le lendemain ; mais le registre du tribunal révolutionnaire prouve que cette mort ne fut pas aussi réelle et qu'elle avait été méritée.

En 1814, grâce à une paire de bas, les restes de la victime de sa foi purent être identifiés. Ils reposent derrière une plaque de marbre en la pittoresque église de La Pellerine.

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18 juin 1794 (30 prairial an II) - Marat Quentin fut dénoncé, à son tour, pour avoir déposé contre un vieillard qui par suite avait été condamné à mort par la Commission révolutionnaire.

 Dans sa défense, il racontait notamment ce qui suit :

"... Depuis longtemps la Garde nationale d'Ernée était instruite que la maison de Vauloup, de La Pellerine, fameux contrebandier, était le repaire des prêtres et surtout d'un nommé Leroy, curé de la paroisse, qui pour sa part, a fanatisé, seul, douze à quinze communes. Je pars un soir avec un détachement de douze vrais républicains. On arrive et l'on cerne la maison de Vauloup ; on frappe, on demande l'ouverture de la porte. Vauloup et pendant plus d'une heure il résiste. Il ouvre enfin. Nous jugeâmes par sa contenance que nos soupçons étaient justement fondés. Nous le sommons de nous conduire dans ses appartements. Cette proposition ne passe qu'après toutes les difficultés. Enfin nous arrivâmes dans une chambre. Le lièvre n'était plus au gîte ; il nous avait échappé. Nous trouvâmes le lit chaud, l'habit, la calotte, la montre et tous les vêtements sacerdotaux ; on ouvre une armoire en sa présence ; un corporal caché dans une boîte s'offre à nos yeux, renfermé dans un beau portefeuille noir doré. Là reposait le doux agneau sous les apparences de six hosties bien comptées. N'y touchez pas, dit Vauloup, elles sont consacrées. Jugez par cette indiscrétion si Vauloup n'avait pas de religion. On dut passer dans un autre appartement ; un jeune clerc tonsuré, enfoncé dans la ruelle d'un lit, à ses réponses se fit connaître ..."

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Fils de Jacques Vauloup, laboureur, et de Françoise Méchineau (ou Michineau), Jacques-François est né au Bourgneuf-la-Forêt, le 23 novembre 1737.

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Enfants de Jacques Vauloup et de Anne Chardon, mariés à La Pellerine, le 24 novembre 1763 :

- Jacquine-Thérèse, née le 9 janvier 1765, baptisée le même jour ;
- Anne-Jacquine-Françoise, née le 19 mai 1766, baptisée le lendemain.

 

Église de Notre-Dame de Mayenne, notes et documents - Tome 1 - par Albert Grosse-Duperon - 1911-1912

L'Ouest-Eclair - 21 avril 1937

AD53 - Registres paroissiaux de La Pellerine et du Bourgneuf-la-Forêt

L'église du Mans durant la Révolution : mémoires sur la persécution religieuse par le R.P. DOM PAUL PIOLIN - Tome 3 - 1869