Jean-René-Henri Chasteigner était fils de Jean-Henri Chasteigner, chevalier, seigneur de Rouvre, la Grollière, Touffou, la Meilleraye, St-Michel-le-Cloucq, etc., dit le marquis de Chasteigner qui fut capitaine d'une compagnie de chevau-légers de nouvelle levée en 1743, se trouva à la bataille d'Estingen, fait chevalier de Saint-Louis en 1746, et nommé commandant en chef de la noblesse du Poitou au ban de 1758. Il avait épousé, par contrat du 10 octobre 1741, Marie-Eléonore-Armande Chasteigner de Saint-Georges, dame de Touffou, etc., fille d'Eutrope-Alexis, marquis de St-Georges, et d'Eléonore de Mesgrigny.

Tandis que son père finissait paisiblement ses jours à Poitiers, le 27 avril 1793, laissant doucement passer les orages révolutionnaires, Jean-René-Henri, comte de Chasteigner, né vers 1746, prenait une part active à la contre-révolution. Il avait épousé, par contrat du 6 février 1774, Marie-Louise-Madeleine-Gabrielle Harville des Ursins, fille de Claude-Constant-Juvénal, marquis de Traisnel, et de feu Marie-Antoinette de Guyon-Matignon, marquise de Traisnel ; décédée à Saint-Michel-le-Cloucq, le 25 décembre 1793, à l'âge de 39 ans. dont il eut  : 

1° Juvénal-Armand, mort en bas-âge ;
2° N..., morte sans postérité ;
3° Alexandre-Armand ;

4° Jean-René-Sylvestre, dit le comte de Chasteigner, né le 1er septembre 1786, lieutenant-colonel du 2e régiment de grenadiers à cheval de la garde royale, colonel du 11e régiment de chasseurs à cheval, officier de la Légion d'honneur et chevalier de Saint-Louis, marié à Delphine Nepveu de Rouillon, mort le 3 novembre 1844 sans postérité ;

5° Henriette-Nicole-Antoinette, née le 15 septembre 1781, mariée le 7 mai 1803 à Louis-Joseph, comte du Hamel, préfet du département de la Vienne de 1816 à 1819. Mme du Hamel est morte le 15 juillet 1832.

6° Louise-Gabrielle, native de "Chaillau près Paris" ; se marie à l'âge de 17 ans, à Saint-Michel-le-Cloucq, le 25 thermidor an II, avec Noël Bouquelon, commandant temporaire de la place de Fontenay-le-Peuple, y demeurant, natif de Couche (?), district d'Évreux, département de l'Eure, âgé de 30 ans, fils de Noël Bouquelon, propriétaire, et Marie-Catherine Langlois.

Il avait hôtel à Paris, 226 rue du Petit-Vaugirard, où il habitait déjà avant son mariage. Il figure à son contrat de mariage comme sous-lieutenant des gendarmes d'Artois et mestre de camp de cavalerie. En 1787, il avait été nommé membre de l'Assemblée provinciale.

Bonnes église vue z

A Bonnes, comme la plupart des communes, les premières réformes apparurent sous l'aspect le plus pacifique. C'est le comte de Chasteigner qui, à la demande unanime, présida le 24 janvier 1790 l'Assemblée des habitants chargée d'élire un président et un secrétaire.

Mais, habitant aussi à Poitiers son hôtel de la rue Saint-Cybard, il était l'une des personnalités les plus marquantes de la ville, et le 11 avril 1790, à la fête du serment des gardes nationales, c'est lui qui prit le commandement de celle de Poitiers et la conduisit de la place Royale jusqu'au pré de Moulin-à-Parent ; là, il prononça, après Pierre-François Piorry, un discours de circonstance : le futur émigré et le futur régicide tinrent à peu près le même langage. Messe, bénédiction des drapeaux, fraternité générale.

Le 3 juin 1790, à la procession de la Fête-Dieu, premiers symptômes d'insubordination de la garde à son égard. Le comte tenta de reprendre l'autorité qu'il sentait lui échapper en invitant les officiers et dix hommes par compagnie à "déjeuner et à signer le verre en main le traité de paix" ; quelques compagnies refusèrent. N'étant plus l'homme de la situation, Chasteigner donna sa démission de la garde nationale, ainsi que tout l'état-major aristocrate, le 9 décembre 1790.

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A la fin de cette année, la noblesse organisa une sorte de coalition antijacobine. Le comte de Chasteigner et le marquis de Pérusse des Cars furent mis à la tête de cette organisation qui eut une existence bien éphémère, puisqu'elle disparut après cette fameuse réunion de juillet 1791 qui eut lieu au château du Fou, chez M. de la Roche-du-Maine et qui fut le signal du départ en émigration. Le comte de Chasteigner dut suivre ce mouvement : il était à Tournai et à Aix-la-Chapelle en septembre 1791, et dut être investi par les princes d'une activité contre-révolutionnaire, à laquelle nous le voyons se livrer au moins à partir du mois de février 1792, date à laquelle il semble définitivement de retour à Paris, en son hôtel de la rue du Petit-Vaugirard [n° 226, section du Bonnet Rouge], tandis que la comtesse, aveugle, reste en Vendée depuis environ 1788 avec les enfants.

Chasteigner prend figure de "patriote" dans la section de son domicile, celle de la Croix-Rouge, plus tard du Bonnet-Rouge, dont il soudoie le président, un nommé Thierry de Ville d'Avray, ancien valet de chambre du roi ; il dut l'aider de ses deniers et peut-être obtenir par lui de faux certificats de résidence. Il devint son bras droit au bureau de la confection des habits et équipements pour l'armée ; ensemble, ils se livraient au travail parfois pénible de la répartition de la tâche entre les femmes de la section ; il y passait toutes ses journées, quittait son hôtel de grand matin et n'y rentrait que sur les une heure et quelquefois deux heures de la nuit ou même pas du tout. Il avança de grosses sommes pour le paiement des salariées.

Il avait prêté le serment prescrit par la loi, possédait sa carte de citoyen et prenait régulièrement ses tours de garde de 24 heures aux postes de service.

Il se créa une popularité parmi les sans-culottes, entrant chez les cafetiers et marchands pour tutoyer et boire avec les premiers venus. Il déjeunait habituellement avec Thierry chez le beau-frère de celui-ci, nommé Cholet, marchand de vins rue de Sèvres, formant un trio parfaitement contre-révolutionnaire.

Il était en relations plus ou moins intimes avec d'autres membres du Comité civil de la section, leur avançait de l'argent et mangeait parfois avec eux. Les membres de ce Comité étaient faibles et influençables ; ils signèrent même une lettre de remerciements à l'égard de Chasteigner pour ses services. Celui-ci arriva finalement à entrer dans le bureau du Comité, où il siégeait auprès du président.

Il menait cependant son double jeu d'une façon extraordinairement risquée. Un "patriote" affirma l'avoir aperçu une ou deux fois aux Tuileries avant le 10 août 1792, et le matin de cette journée qui vit la chute de la royauté, Chasteigner ne partit pas avec la force armée de sa section quand elle se porta à l'assaut des Tuileries ; il se trouvait au palais à la tête d'une section des défenseurs de Louis XVI, cependant que le soir il se retrouvait au milieu des révolutionnaires en uniforme, armé d'une pique.

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Pendant ce temps, au château de Touffou, sa propriété, était laissé à la garde du régisseur Bréant, du concierge et de domestiques, au milieu d'une population hostile. Le 25 avril 1792, une bande d'habitants envahirent le château, tambours battant, armés de fusils, sabres, couteaux de chasse, leviers et bâtons et pillèrent le pain, le vin, la lingerie.

Un an plus tard, le 3 avril 1793, trois officiers municipaux de Bonnes, accompagnés d'une quinzaine de citoyens, firent au château une perquisition serrée pour découvrir des armes, mais sans grand succès.

C'est de l'entourage de Touffou que devait sortir le dénonciateur du comte. Jean-Charles Brissonnet descendait du notaire de la châtellenie qui avait présidé en 1604 au renouvellement des déclarations roturières. Les Brissonnet avaient depuis ce temps fourni à Touffou une lignée de régisseurs ou de notaires. Le père de Charles avait été régisseur du château à peu près de 1745 à 1785. Charles, né à Bonnes, s'était établi notaire et procureur à Chauvigny ; il avait 29 ans en 1793. C'est lui qui avait été l'instigateur de la perquisition du 3 avril. Dès le 25 novembre 1791, il s'était installé à Paris, résolu à perdre le comte de Chasteigner. Il élit domicile dans la même section que celui-ci, rue St-Romain. Nous le voyons secrétaire de la Société des Jacobins en décembre 1791, puis secrétaire des assemblées générales de la section du Bonnet Rouge. Il rencontra Chasteigner pour la première fois au coin de la rue de Sèvres et de la rue du Bac. Dès lors, il rôda autour du comte, épia à son hôtel particulier les moindres détails de sa vie. Finalement, au mois d'août 1793, il va le dénoncer à Piorry, représentant du peuple. Quelques jours après, le 30, le comte est incarcéré à la prison des Madelonnettes.

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Le même jour, les scellés sont apposés à Poitiers dans la maison où son père vient de mourir.

Cependant, le réseau d'intérêts et de sympathies que le comte avait tissé autour de sa personne se montrait encore solide. Et ce va être une sourde lutte à mort entre Thierry et Brissonnet. Le jour même de l'arrestation, le Comité civil de la Croix-Rouge intervient en faveur de Chasteigner. Le lendemain Thierry demande au Comité de Sûreté général de la Convention son élargissement. Quelques jours après, le Comité civil et le Comité révolutionnaire de la section font une démarche analogue. Thierry se rend lui-même chez Piorry et au Comité de Sûreté générale pour insister.

Mais d'autre part les délateurs, venant de partout, s'enhardissent contre le comte. A Touffou, c'est la débâcle du prestige des Chasteigner ; le 25 décembre 1793, Mme Chasteigner était morte en Vendée ; dans les premiers jours de mars 1794, le régisseur Bréant amène une charretée des archives seigneuriales à brûler au pied de l'arbre de la Liberté en présence des habitants de Bonnes.

Le 13 juin 1794, Chasteigner et Thierry comparaissent devant le Tribunal révolutionnaire. Sur le même banc, 18 autres accusés sont assis, dont le marquis de la Roche-du-Maine et d'autres suspects poitevins. Parmi les témoins, on voit Brissonnet.

L'accusateur public, Fouquier-Tinville, accuse Chasteigner d'avoir émigré comme ses deux frères, son oncle, son beau-frère et son neveu ; tout concourt à voir en lui un ennemi de la Révolution.

Les 20 accusés sont condamnés à mort et leurs biens confisqués. Le lendemain, 5 juillet 1794, ils sont guillotinés sur la place du Trône. "Ils occupent ce matin le fauteuil" note Piorry dans le bulletin de victoire qu'il envoie le jour même au Comité révolutionnaire de Châtellerault.

 

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Le jour même de l'exécution, les scellés furent apposés à Touffou ; le domaine néanmoins ne fut pas entièrement perdu pour les Chasteigner. En vertu des droits de reprise des enfants, comme représentant leur défunte mère, le château et ses dépendances immédiates furent remis au fils le 10 août 1803. Celui-ci, le marquis Alexandre-Armand Chasteigner, né le 27 décembre 1783, recevait une demeure délabrée par 10 ans de séquestre. Il devint officier de la Grande Armée, fit la campagne de Russie comme officier d'ordonnance de Napoléon et fut nommé en 1813 chef d'escadron.

Il épousa le 15 octobre 1815, Charlotte-Françoise-Émilie Le Roi-de-ville, dont il eut une fille, Émilie-Jeanne-René, née le 21 décembre 1818 et un fils, Thibault-Henri-Ferdinand-Roch, né le 1er octobre 1822. Devenu veuf, il épousa en secondes noces, le 15 juin 1843, Augustine-Éléonor de Vimeur de Rochambeau, veuve de Victor-Emmanuel de Mesle, marquis de la Gorce.

Mais l'alliance entre Touffou et les Chasteigner était ébranlée et le château fut vendu en 1821 au comte Alexandre-Prosper de Gréaulme, colonel d'infanterie.

Alexandre-Armand Chasteigner, "chevalier de la Légion d'honneur et de Saint-Louis" mourut le 3 novembre 1867, dans son château de St-Michel-le-Cloucq, en Vendée ; avec lui s'éteignit la branche des Chasteigner du Rouvre.

 

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Son fils, du premier lit, le comte Thibault de Chasteigner, ancien attaché à l'ambassade de France à Naples, ancien chef de cabinet du ministre de la marine, duc de Montebello, marié à Denyse de Godefroy de Ménilglaise, est décédé le 27 août 1865. (Mémoires de la Société archéologique de Touraine, Vol. 18, p. 248)

 

LE CHÂTEAU DE TOUFFOU

 

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Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest et des Musées de Poitiers - 2ème semestre de 1963 - Tome VII - 4ème série.

Dictionnaire historique et généalogique des familles de l'ancien Poitou par Henri Beauchet-Filleau - 1841

AD85 - Registres d'état-civil de Saint-Michel-le-Cloucq

État-civil de Paris