Belgique 1794 z

 

4e jour des sans culotides
27 septembre 1794

Guiton Morveau

J'annonce à la convention l'arrivée du premier envoi des superbes tableaux recueillis dans la Belgique ; ils ont été accompagnés par un lieutenant des hussards, membre d'une commission formée par les représentans du peuple pour les rassembler et les faire transporter à Paris ; car aujourd'hui les armées de la république offrent dans de braves guerriers des hommes instruits et distingués par leurs connoissances en tous genres. Je demande que cet officier soit admis à la barre pour faire hommage à la Convention de cette collection.

Luc Barbier, lieutenant au 5e régiment d'hussards représentant du peuple, les fruits du génie sont le patrimoine de la liberté et ce patrimoine sera toujours respecté par des armées de citoyens ; celle du nord a porté le fer et la flamme au milieu des tirans et de leurs satellites, mais elle a soigneusement conservé les nombreux chefs-d'oeuvres des arts, que dans leur fuite rapide les despotes coalisés nous ont abandonnés. Trop longtems ces chefs-d'oeuvres avaient été souillés par l'aspect de la servitude ; c'est au sein des peuples libres que doit rester la trace des hommes célèbres ; les pleurs de l'esclavage sont indignes de leur gloire et les hommes des roix troublent la paix de leur tombeau.

Les ouvrages immortels que nous ont laissé les pinceaux de Rugens, de Vendick et des autres fondateurs de l'école flamande, ne sont plus dans une terre étrangère, réunis avec soin par les ordres des représentans du peuple, ils sont aujourd'hui déposés dans la patrie des arts et du génie, dans la patrie de la liberté et de l'égalité sainte, dans la république française.

C'est là, c'est au muséum national que désormais l'étranger viendra s'instruire : l'homme sensible y pourra verser des larmes devant les productions des siècles passés et l'artiste dévoré du feu du génie y viendra puiser des modèles que son male pinceau, libre des chaînes du despotisme pourra peut-être surpasser.

C'est pour faire connaître à la république quels sont l'ordre et la discipline de ses armées ; c'est pour faire connaître à tous les peuples dépouilles la France s'est enrichie ; enfin c'est pour faire connaître à la convention nationale quel est le respect que l'armée du nord a gardé pour les productions des arts, que le représentant du peuple Richard m'a chargé de venir vous annoncer l'arrivée de ces nouvelles richesses.

J'ai recueilli et accompagné jusqu'ici les tableaux les plus précieux et d'autres arriveront successivement.

Je vous demande, citoyens représentans, d'ordonner que les mesures nécessaires soient prises pour les placer à fur et à mesure de leur arrivée, dans les dépôts qui leur seront destinés, afin que libre de ma mission, je puis de nouveau retourner combattes les despotes. Vive la république.

Vers à ce sujet.

Disciples et rivaux des peintres d'italie
Que la Seine applaudisse aux chefs-d'oeuvres des arts
dont la mense est enorgueillie.

 

Guyton de Morveau z

GUYTON DE MORVEAU Louis-Bernard, baron, fils de Maître Antoine Guyton et de dame Marguerite Desaulle, naquit à Dijon le vendredi 4 janvier 1737, et fut baptisé le lendemain en l'église Saint-Jean, sa paroisse. Il eut pour parrain Louis-Bernard Delacroix, procureur au grenier à sel de la ville et pour marraine Demoiselle Claudine Seguin, veuve de Maître Claude Desaulle, de son vivant, notaire royal.

Guyton de Morveau baptême z

La famille de Guyton était originaire des baillages de Beaune et d'Autun. En remontant à quatre ou cinq générations, on trouve une dizaine de médecins ou de chirurgiens portant ce nom et qui avaient exercé leur art avec honneur à Nuits, à Autun et dans les bourgs de la région. Trois autres membres de la famille étaient des officiers de robe, un notaire, un procureur et un maître des comptes. Un quatrième, appartenant à la branche aînée, avait acheté en 1717 une charge de secrétaire du roi près la chancellerie du Parlement de Besançon, ce qui, après vingt ans d'exercice lui conférait la noblesse héréditaire. On devenait noble à cette époque à peu de mérite, sinon à peu de frais. Une charge de cette sorte valait alors 120.000 livres. Antoine Guyton qui appartenait à la branche cadette n'était pas d'une aussi rare qualité puisque, simple avocat, fils d'un médecin et petit-fils d'un chirurgien, il ressortait à la plus authentique roture.

Louis-Bernard Guyton reçut de l'un des maîtres d'école dijonnais l'instruction religieuse et littéraire des enfants de son époque. Son père s'occupait beaucoup de lui, surveillait son travail et l'emmenait souvent avec les autres membres de sa famille dans le domaine de Morveau dont il était propriétaire ... Le domaine de Morveau se trouve au sud-est de Dijon, à la limite du territoire de cette ville, à gauche de la route de Paris à Genève ...

Morveau domaine Dijon z

Pendant ses fréquents séjours à Morveau, Louis-Bernard prit goût à la botanique et, nature ardente, cet enfant s'intéressait à tout, singulièrement aux appareils mécaniques qu'il maniait avec une extrême habileté. A sept ans, il eut entre les mains une vieille horloge disloquée, encrassée, tout à fait hors d'usage. Il en nettoya toutes les pièces, répara ou remplaça celles qui étaient inutilisables, et cinquante-cinq ans plus tard, lorsqu'il vendit Morveau, l'horloge marchait encore et de façon parfaite. A huit ans, il réparait la montre de sa mère ... Le collège Godran ou des Godrans fut dès l'origine confié à la Compagnie de Jésus ... et c'est là que de dix à seize ans, le jeune Louis-Bernard fit ses humanités.

En sortant du collège, Guyton prit sa première inscription à la faculté de Droit de Dijon, le 13 novembre 1753. En 1756, il fut admis au barreau ; Guyton exerça pendant six ans la profession d'avocat ; il eut du succès et plaida d'importantes affaires ...

Au XVIIIe siècle une transformation s'était produite dans l'esprit comme dans la composition du monde parlementaire. L'usage s'était établi d'exiger quatre degrés de noblesse paternelle pour les membres des Cours souveraines. Il y avait toutefois de nombreuses exceptions, à Dijon en particulier, témoin Guyton-Morveau qui n'était noble à aucun degré lorsqu'il fut nommé avocat général près le Parlement de cette ville ...

Le 8 janvier 1762, le Parlement de Bourgogne, toutes chambres réunies, après avoir interrogé Louis-Bernard Guyton sur la loi et les coutumes, l'admit à prêter serment. Le nouvel avocat général, né le 4 janvier 1737, avait donc exactement 25 ans et quatre jours, et non 18 ans comme on l'imprime à peu près partout. Ce n'était plus très facile à cette époque d'être admis au Parlement, le patriciat nanti ayant en fait rendu beaucoup d'offices héréditaires. Une circonstance particulière avait favorisé Guyton. Le titulaire d'une des deux charges d'avocat général, Nicolas Genreau, ayant fait des dettes, avait été contraint de laisser "mettre ses biens en direction". Il avait dû en particulier renoncer à son office au profit de ses créanciers. Cette charge que Genreau avait payée 50.000 livres en 1719, fut mise aux enchères, et Antoine Guyton, l'acheta 34.000 livres pour son fils Louis-Bernard ...

Guyton-Morveau fut pendant 21 ans avocat général et remplit avec distinction les obligations de sa charge.

Le 30 août 1782, il résignait entre les mains du roi "son office et état" au profit d'un jeune homme de 20 ans, Poissonnier, avec les "honneurs, pouvoirs, libertés, fonctions, autorités, privilèges, prééminence, rang, séance, gages, fruits, profits, revenus et émoluments au dit office appartenant".

Le 26 mars 1783, il était nommé avocat général honoraire.

Maître Antoine Guyton était mort le 26 janvier 1768, et le 15 août suivant son fils avait acheté une vaste maison, composée principalement d'un corps de logis ayant aspect sur la place et d'un autre cour et jardin. Le prix en était de 25.000 livres ... Guidé par des ouvrages et conseillé par leur auteur, Guyton installa un laboratoire chez lui et commença ses travaux ...

Il fonda à Dijon un cours public de chimie où il professa pendant treize ans.

Partisan ardent des grandes réformes que la Révolution de 1789 annonçait, Guyton de Morveau fut envoyé, en 1791, par la Côte-d'Or à l'Assemblée législative, puis en 1792 à la Convention. Il vota la mort du roi, sans appel ni sursis et entra au Comité de salut public où il rendit de réels services pour l'organisation des moyens de défense. Il s'occupa beaucoup de la question des aérostats et songea à les utiliser pour la guerre ; ce fut sur son rapport que le gouvernement créa à Meudon un corps d'aérostatiers militaire dont Coutelle fut le premier commandant.

Il entra à l'Institut lors de sa formation en 1796 et fut l'un des fondateurs de l'École polytechnique où il professa la chimie et dont il devint le directeur.

Nommé administrateur des monnaies en 1800, il contribua, en cette qualité, à l'établissement du nouveau système monétaire.

Guyton de Morveau mourut à Paris, le 2 janvier 1816.

Sous la première Restauration, une ordonnance en date du 13 décembre 1814, nommait "le citoyen Pampelonne" administrateur des Monnaies "en remplacement du baron Guyton de Morveau, admis à la retraite attendu son grand âge". Sa pension était fixée à 5.000 francs.

Au retour de l'Île d'Elbe, Napoléon réintégra les fonctionnaires retraités ou révoqués par Louis XVIII. En vertu du décret rendu le 30 mars 1815, enregistré aux Monnaies le 3 avril, "le sieur Guyton-Morveau" reprenait son poste d'administrateur. Il accepta et l'on retrouve sa signature sur les registres jusqu'au 1er juillet.

Après les Cent-Jours, une nouvelle ordonnance royale en date du 7 juillet 1815 prescrivait à tous les administrateurs, magistrats et employés qui avaient été déplacés depuis le 20 mars précédent de reprendre leurs fonctions. "M. de Pampelonne" revint aux Monnaies, et une ordonnance du 23 février 1816, supprima la pension de son prédécesseur.

Il était mort depuis quelques semaines, à l'âge de 79 ans moins deux jours. Le baron Guyton-Morveau, membre de l'Institut national, s'était éteint doucement en son domicile, 63 rue de Bourbon (ci-devant rue de Lille), le mercredi 2 janvier 1816, à neuf heures du matin.

Guyton de Morveau décès z

Tel fut Guyton-Morveau, savant et homme politique français. Chimiste par vocation, magistrat dans sa jeunesse, fonctionnaire sur son déclin, chargé souvent dans les Assemblées révolutionnaires de tâches sans relief, il mit un zèle égal à s'acquitter de tous les travaux que la chaîne des causes secondes amena devant lui, et ne pensa sans doute jamais que beaucoup d'entre eux s'accordaient mal à ses talents.

C'est comme chimiste que son nom a droit d'être suivi d'une longue mémoire, c'est à ce titre même que son rôle pendant la Révolution doit de s'être élevé au-dessus du commun. Guyton a découvert la désinfection par le chlore, les principes de l'analyse volumétrique, l'emploi du blanc de zind en peinture ; il a posé les bases de la nomenclature chimique. 'enseignement qu'il donna dans sa ville natale et développa dans des livres précieux, contribua grandement à promouvoir les arts. Il ne dédaigna point de veiller sur les premiers pas de maintes industries naissantes ; la sidérurgie, l'exploitation des mines, la fabrication de l'oxyde de zinc, du verre, du salpêtre, de la soude. Sous la Convention, il voua toutes ses forces à diriger l'essor des usines de guerre ; il perfectionna la fabrication des poudres, inventa les projectiles à bagues et créa l'aérostation militaire ...

 

LA FORTUNE DE GUYTON DE MORVEAU

"Déclaration de L.-B. Guyton, représentant du peuple, pour satisfaire au décret du 4 vendémiaire an 4 de la République :

Je possédois avant la Révolution :

1° Une maison à Dijon ;
2° Le domaine de Morveau ;
3° Une partie des terres et prés sur le territoire des communes de Longecourt et Polangey ;
4° Six trente cinquièmes dans les mines et minière de Berains-sur-Dehune (sic), district de Chalon-sur-Saône ;
5° Un actif en contrats montant à trente deux mille cinq cent soixante livres ;
Sur quoi je devois en contrats et billets rentuels la somme de vingt huit mille huit cent livres ;
6° Une pension de deux mille livres sur le Trésor public.
Tous ces objets ont été indiqués et détaillés dans la déclaration que j'ai fournie au district de Dijon, le 15 brumaire de l'an second, en exécution de la loi du 3 septembre 1793, concernant l'emprunt forcé.
Consistance actuelle de ma fortune :
J'ai les mêmes fonds et pas un pouce de terrain de plus.
Il m'a été fait des remboursemens pour vingt cinq mille sept cent quatre vingt livres."

 

- La fortune de Guyton du Morveau - Mathiez, A. - Annales Révolutionnaires ; Paris 12 (Jan. 1, 1920)
- Grands hommes et grands faits de l'Histoire de France, Révolution à 1804 - Paris, Ancienne librairie Furne - Combet & Cie, Éditeurs
- Guyton-Morveau, chimiste et Conventionnel (1737-1816) - Bouchard Georges - Paris - 1938
- AD21 - Registres paroissiaux de Dijon
- État-civil de Paris