L'ÎLE DE SABLE, OU ÎLE TROMELIN

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Cet écueil fut découvert en 1722 par le vaisseau la Diane, commandé par M. de la Feuillée. Elle est plate, et n'a pas plus de 600 toises de longueur sur 300 de largeur.

Tout commence le 17 novembre 1760 à Bayonne, lorsque l’Utile, un navire négrier de la Compagnie française des Indes orientales, appareille avec 142 hommes d’équipage à son bord. « Au hasard d’une mission à Madagascar, au lieu-dit Foulpoint, il a pris dans sa cargaison des vivres mais aussi, de manière tout à fait illicite, une cargaison d’esclaves pour les emmener discrètement vers les plantations des Mascareignes, l’archipel formé par la Réunion, l’île Maurice et Rodrigues », raconte Pierre Chotard chef de projet de l’exposition au musée d’histoire de Nantes.

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La flûte l'Utile, capitaine Jean de la Fargue, en se rendant de Madagascar fit naufrage sur l'île de Sable le 31 juillet 1761.

Un officier, 17 matelots et un noir se noyèrent, mais le reste de l'équipage se réfugia sur cette petite île.

Le premier soin de ces infortunés fut de sauver le plus de vivres possible, et de chercher de l'eau douce ; ils eurent le bonheur d'en trouver de passable, en creusant à 15 ou 16 pieds dans le sable. Cette découverte, sans laquelle ils étaient tous perdus, ranima un peu leur courage, et ils se mirent à construire, des débris du navire, un long bateau plat, sur lequel les blancs, au nombre de 122, s'embarquèrent seuls, promettant aux noirs qu'on les viendrait prendre, et leur laissant pour trois mois de vivres.

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Ils quittèrent l'île le 27 septembre, et, après une traversée de quatre jours, ils abordèrent à Madagascar, d'où ils rendirent compte de leur naufrage aux administrateurs de l'Île de France.

Les noirs restèrent sur l'île de Sable, en proie aux plus affreuses souffrances, et attendant toujours vainement les secours promis.

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Ce fut quinze ans après, le 29 novembre 1776 que la Dauphine, commandée par le chevalier de Tromelin [Jacques-Marie Boudin de Tromelin, chevalier de Lanuguy - 1751-1798], lieutenant des vaisseaux du roi, rencontra l'île de Sable. Il sut vaincre tous les obstacles qui défendent l'approche de ce dangereux écueil, et il eut le bonheur de ramener à l'Île de France les tristes restes des naufragés de l'Utile. Quatre-vingts noirs, hommes et femmes avaient péri, sept femmes avaient résisté aux plus cruelles misères qui se puissent imaginer.

 

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La partie la plus élevée de cet îlot, absolument stérile, est à quinze pieds au-dessus du niveau de la mer, et l'on n'y est pas à l'abri des lames durant les mauvais temps. Les noirs avaient construit, des débris du vaisseau, une hutte recouverte des écailles des tortues de mer. Ils vécurent de la chair des oiseaux de mer, et des tortues qui viennent déposer leurs oeufs sur la plage ; des plumes artistement tressées par les femmes leur servaient de vêtements. Une de ces femmes que Tromelin sauva d'une mort certaine, avait un petit enfant (de 8 mois) qui se ressentait de la faiblesse extrême de sa mère.

Ces femmes ont raconté qu'elles avaient vu cinq bâtiments, dont plusieurs avaient inutilement tenté d'aborder au lieu de leur captivité.

Un petit navire, la Sauterelle, est celui qui, pendant quelques instants, leur avait donné l'espérance d'être enfin délivrés ; car le canot de ce bâtiment, dans la crainte sans doute de faire naufrage sur l'îlot, où il avait déjà eu beaucoup de peine à aborder, s'en éloigna subitement, et avec tant de précipitation, qu'un des matelots qui le montait resta sur l'île ; cet homme, victime de son courage et de son humanité, se voyant abandonné de ses camarades, prit le parti désespéré de se rendre à Madagascar sur un radeau : il s'embarqua avec trois hommes et trois femmes, deux mois et demi avant l'arrivée de la corvette la Dauphine.

Ces pauvres femmes et l'enfant furent ramenées à l'Île de France (Île Maurice) par ce bâtiment.  

L'Univers : histoire et description de tous les peuples - Iles de l'Afrique - par M. d'Avezac - Volume 2 - partie 4 - page 81 - 1848


Le dénouement de l’histoire se joue à Maurice où les rescapés sont accueillis par l’Intendant de l'Île de France, Jacques Maillard du Mesle, en personne. qui les déclara libres (ayant été acquis illégalement, ils ne furent pas considérés comme esclaves et n’avaient donc pas à être affranchis) et leur proposa de les ramener à Madagascar, ce qu’ils refusèrent. Maillard décide de baptiser l’enfant Jacques Moyse (Moïse), le jour même de son arrivée à Port-Louis le 15 décembre 1776, de renommer d’office sa mère Ève (alors que son nom malgache était Semiavou qui se traduit par "celle qui n’est pas orgueilleuse") et de faire de même avec sa grand-mère qu’il nomme "Dauphine" d’après le nom de la corvette qui les a secourues. Le trio est accueilli dans la maison de l’intendant sur l’île de France. (Wikimonde)

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L'ancien ministre français des Outre-mer (2012-2014), Victorin Lurel, inaugure une plaque en mémoire des "esclaves oubliés" de l'île de Tromelin, le 16 avril 2013.

ICI l'histoire de Moïse sur le blog de Monique Mérabet

ICI la transcription de manuscrits du naufrage de l'Utile par Jean-Yves Le Lan