ROSE QUENION
FUSILLÉE AU CHAMP-DES-MARTYRS


Il s'agit d'une martyre de la chasteté .. Rose Quenion, âgée de 28 ans, née à Mozé et domestique à Denée, fut le 1er février 1794 fusillée au Champ-des-Martyrs pour avoir refusé les propositions déshonnêtes d'un membre de la Commission Militaire, le citoyen Vacheron.

Le vendredi 24 janvier 1794, Vacheron, de la Commission Militaire, assisté de Baudron, membre du Comité Révolutionnaire, se portait à la maison d'arrêt du Calvaire pour y interroger les détenues. Ce jour-là 58 comparurent devant le commissaire recenseur. Parmi elles se trouvait la jeune fille dont nous avons à nous occuper.

Voici son interrogatoire tel qu'il est consigné sur le registre de Vacheron, conservé à la Cour d'appel d'Angers :

Rose Quenion, âgée de 28 ans, née à Mozé, fille, domestique depuis dix ans chez Mlle Lasoulet à Denée, tenant pour son compte depuis un an.

Arrêtée chez elle par des citoyens il y a cinq mois. Ne sait pourquoi elle a été arrêtée. A dit cependant qu'elle croyait que c'était parce qu'elle n'allait pas aux offices des prêtres sermentés, et qu'elle était réclamée par sa commune et par ses frères.

En marge de l'interrogatoire, Vacheron inscrit la lettre F (à fusiller), puis se ravisant il biffe la terrible lettre et écrit "à examiner".

Le lundi 27 janvier, le commissaire met sur son registre la note suivante :

Le concierge me dit qu'on avait oublié d'interroger une détenue. Je l'ai fait venir de suite. Elle m'a dit s'appeler Rose Quenion. Je l'ai reconnue pour avoir été interrogée le 5 pluviôse (24 janvier). Le concierge m'a assuré et l'interrogée m'a avoué avoir essayé de fuir de ce lieu parce qu'elle était bien aise d'aller voir sa mère, restant au Bon-Pasteur (2). Elle s'était précipitée par sa fenêtre du troisième étage en bas et fut arrêtée dans le jardin par le concierge déclarant.

Cette fois-ci la lettre F fut définitivement inscrite à la marge, et cinq jours après elle était fusillée.

Les archives de la Commission Militaire ne nous révèlent aucun autre renseignement sur l'arrestation, la captivité (cinq mois), le procès et l'exécution de la jeune Rose.

Mais sous la réaction thermidorienne, les langues se délièrent. Le 3 novembre 1794, la veuve Esdin, l'une des administratrices de la prison du Calvaire, fit la déclaration suivante au second Comité révolutionnaire d'Angers :

La fille Quenion, âgée d'environ 26 ans, était détenue au Calvaire, et sa mère l'était au Bon-Pasteur. Le transport la prit : elle se jeta par la fenêtre, comptant que sa mère venait d'être du nombre des fusillées du Bon-Pasteur, et sauta d'environ quarante pieds de haut. Elle fut mise au cachot pendant environ quinze jours, par l'ordre de Vacheron, jusqu'au jour de la fusillade du 13 pluviôse (1er février 1794). Il dit que c'était pour avoir sauté par la fenêtre qu'il la faisait fusiller, mais ce n'était pas pour cela : Vacheron avait voulu jouir de cette fille et elle s'y refusa. Ce fut la seule raison qui la fit fusiller. (3)

Nous avons le témoignage d'une geôlière, voici celui des détenues.

Le 27 avril 1795, Mlles de Regnon, Eugénie, Hortense et Esther, qui avaient été mises en liberté le 12 février 1794, firent au juge de paix Myionnet les dépositions qui suivent. Eugénie parla la première :

J'ai entendu parler d'une nommée Rose, que Vacheron avait fait fusiller parce qu'elle avait résisté aux provocations déshonnêtes qu'il lui avait faites.

Sa soeur Hortense est plus explicite :
J'ai entendu dire que différentes fois la Commission Militaire ou le Comité Révolutionnaire faisaient mander la nuit des femmes, entres autres Vacheron. Même le bruit était grand qu'il n'avait fait fusiller Rose Quenion que parce qu'elle avait résisté à ses sollicitations. Cette fille était toujours dans un cachot avec la citoyenne Dailly ; on m'a même dit que cette dernière avait été envoyée chercher. - Au Calvaire il existait aussi une détenue nommée Dargent, qui dénonçait les personnes qui semblaient cacher sous de simples vêtements une condition plus riche et plus que ne l'annonçaient leurs habillements, entre autres la fille des Essards, qui s'était donnée sous le nom de Laplanche, et qui fut guillotinée (4).

Enfin Esther s'exprime de la sorte :
J'ai connaissance des menées de la nommée Dargent, qui faisait fréquemment des voyages au Comité et à la Commission. - La Commission Militaire et le Comité Révolutionnaire avaient la réputation de suivre des errements déshonnêtes envers les détenues.

Le 2 mai 1795, une ancienne détenue du Calvaire, Françoise-Cécile Delorme, femme Fourmond, de Rochefort-sur-Loire, dit au juge de paix Myionnet :

A la maison du Calvaire existait une fille nommée Dargent, qui m'a dit avoir couché et avoir passé deux jours au Comité Révolutionnaire lors de son arrivée. Cette fille a dénoncé, disait-on, la fille des Essards, et se sauva dans la nuit du jour où la des Essards fut fusillée.

Pour en finir avec ce triste sujet, nous lisons dans le mandat d'arrêt lancé par le juge de paix Myionnet, le 24 mai 1795, contre les membres du premier Comité révolutionnaire d'Angers et les membres de la Commission Militaire présidée par Félix :

La Commission Militaire ayant voulu usurper les droits de la surveillance des prisons, Morin et Vacheron s'y introduisirent nuitamment, sollicitèrent une nommée Rose Quenion de condescendre à leurs brutales passions ; son refus lui attira la mort. Déjà Mogue (commissaire national du Comité de salut public), qui avait été de passage en ce Comité Révolutionnaire, avait été livré et conduit d'Angers dans les prisons de Paris pour un fait semblable. D'autres femmes intrigantes leur accordaient leurs faveurs, et à ce moyen s'évadaient, n'étaient pas poursuivies, entre autres les femmes Dailly (5) et Dargent (6) et gagnaient ainsi adroitement leur liberté. Le Comité Révolutionnaire, instruit de ces faits, réclama contre ces monstrueux abus auprès de la Commission et auprès de Francastel. C'en fut assez, leur demande légitime cette fois leur valut leur destitution.

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Quenion Rose z

Fille de René Quenion, bécheur, et de Jacquine Fleuriot, Rose-Françoise Quenion était née le 20 janvier 1764 à Mozé-sur-Louet (49). 


Elle fut béatifiée, avec 98 de ses compagnons martyrs, par le Pape Jean-Paul II, le Dimanche 19 février 1984, à Rome.

 

Quenion Rose-Françoise z

 

(1) La séance dura de 10 heures du matin à 10 heures du soir, avec une heure de suspension seulement de 3 h. 1/2 à 4 h. 1/2.

(2) L'interrogatoire de sa mère eut lieu le 28 janvier par les soins du même Vacheron : "Jacquine Fleuriot, âgée de 61 ans, née à Mozé, veuve depuis un an de René Quenion, profession de bécheur, fileuse, domiciliée à Denée, où elle a été arrêtée par des citoyens depuis environ cinq mois. Ne sait pourquoi. A cependant dit que son mari avait été tué près la Cressonnière par des bleus ; et telles questions qu'on lui a faites, a toujours répondu qu'elle ne connaissait pas la cause de la mort de son mari. Elle allait à l'office du prêtre constitutionnel comme de l'insermenté. A la juger par ses réponses, elle est une fanatique". Marquée de la lettre F par le commissaire recenseur, elle fut, le 1er février, fusillée au Champ-des-Martyrs en même temps que sa fille.

(3) Le 15 juin 1795, Jean-Jacques Lepeudry, administrateur du district de Saint-Florent-le-Vieil, ancien membre du second comité révolutionnaire d'Angers, faisait au directeur du juré d'accusation, le citoyen Macé-Desbois, la déclaration suivante : "Il est prouvé que les membres du Comité envoyaient chercher dans les différentes maisons d'arrêt, et ce au commencement de la nuit, les jeunes filles qui pouvaient y être détenues. Alors ils se permettaient avec ces mêmes filles tous les actes de libertinage. Même une a été fusillée pour n'avoir pas voulu condescendre à la passion de ses différents membres. Ces orgies se prolongeaient pendant toute la nuit."

(4) Il s'agit sans doute d'Élisabeth-Agathe-Marie-Henriette Michel dite des Essards, ci-devant noble, née à Boismé, district de Bressuire, et guillotinée sur la place du Ralliement le 10 janvier 1794.

(5) Suzanne Dailly, âgée de 20 ans, subit plusieurs interrogatoires dans sa prison du Calvaire, la première fois par les soins de Vacheron :
24 janvier 1794 : "Née et domiciliée à Châtillon, vivant de son bien. Son père était chirurgien. A passé la Loire à Saint-Florent vers la Toussaint. Est allée à l'armée des rebelles pendant trois semaines. Arrêtée près de Candé par des gendarmes."
24 janvier, à 11 heures du soir, interrogée par Morin : "Elle a voulu se sauver des prisons du Calvaire ce soir. Elle a suivi les rebelles par les conseils d'un nommé Brunet, son cousin, et s'est trouvée à plusieurs affaires. Très malade."
4 février, interrogée par Roussel : "En prison depuis six semaines. Prise avec un gendarme. Elle a suivi l'armée des brigands, et ce gendarme l'en a retirée après qu'elle a eu passé la Loire. Elle a cherché à s'échapper deux fois."
2 avril, interrogée par Lepetit, Obrumier et Legendre : "Réclamée par la citoyenne Morand, directrice des Incurables, pour lui servir d'aide."
- Le 26 janvier 1794, Morin et Vacheron écrivaient, du Calvaire, à Félix : "Nous t'adressons l'extrait des trois interrogatoires des filles Dailly, Dargent et Bonneau (du 21 janvier), pour faciliter l'instruction du procès des chasseurs, qui avaient opéré l'évasion de deux de ces filles et qui ont manqué celle de la Dailly par qui la mèche fut éventée. Sans doute que la Commission va s'occupée sans relâche de juger les mâles et les femelles".

(6) Marie-Anne-Marguerite Dargent, née à Saint-Philbert-de-Grandlieu, fut arrêtée, au retour de la campagne d'Outre-Loire, par la municipalité de Belligné le 20 décembre 1793 ; elle était alors avec Thomas Dupré, ancien officier de la légion germanique, qui faisait partie de l'armée catholique et royale. Amenée au Calvaire, elle comparut le 7 janvier 1794 devant le Comité Révolutionnaire d'Angers. Le 23 du même mois, elle fut interrogé en séance publique par la Commission Militaire, qui la renvoya au Calvaire jusqu'à réclamation. Elle était âgée de 21 ans. Son père était médecin dans l'armée vendéenne. Dans ses interrogatoires, elle charge beaucoup Thomas Dupré, qui après l'avoir enlevée à ses parents, voulait perfidement l'emmener chez lui. Dupré fut guillotiné le 8 janvier 1794 (Archives de la Cour d'Appel).

P1420237 Zz


L'Anjou historique - janvier 1905

AD49 - Registres paroissiaux de Mozé-sur-Louet.