LES PRINCIPAUX RÉVOLUTIONNAIRES DES PONTS-DE-CÉ


Les cahiers de Saint-Aubin contiennent les noms et les signatures de tous les notables qui ont joué quelque rôle pendant la Révolution.

Mais la suite de l'histoire démontre que si ces hommes s'accordaient sur un fonds commun de réclamations, ils n'avaient pas la même unanimité sur l'importance de toutes ces réformes ni sur la manière d'en poursuivre l'exécution. Les uns désapprouvèrent de bonne heure les excès politiques et religieux de la Révolution (Châtelais, Lemaëstre, Godard), d'autres, plus emportés d'abord par l'amour des idées nouvelles, refroidis ensuite par l'expérience, se retirèrent, après la Convention, de la gestion des affaires publiques, décidés à n'y plus reparaître ou s'ajournant à des temps meilleurs (Poitevin, Chesneau, Rontard) ; les ardents suivirent la Convention et le Directoire sans arrêt et sans retour dans les mesures les plus persécutrices et les plus sanguinaires.

Autour d'eux se groupa le contingent ordinaire des hommes de désordre, les ambitieux, les têtes brûlées, les êtres tarés.

Tous ensemble, les partisans des nouvelles idées n'atteignirent cependant, avec quelques femmes, que le tiers au plus de la population, et c'est dans cette minorité qui, au sein d'une masse plutôt froide et hostile, constitua tout l'élément révolutionnaire.

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Les premiers rôles y furent tenus, du commencement à la fin, par un tabellion et un tanneur et, depuis le Directoire, par deux prêtres jureurs et apostats.

Le tanneur s'appelait CLAUDE-JEAN HUMEAU ; le tabellion, FRANÇOIS FOUCHER, et les deux apostats COUDRET et MOULIN.


CLAUDE-JEAN HUMEAU

Claude-Jean Humeau, originaire d'Angers, devint marchand tanneur aux Ponts-de-Cé. Admis, dès 1787, par l'assemblée paroissiale, comme notable de la ville, il fut successivement nommé marguillier, greffier et, enfin, le 25 octobre 1789, électeur à l'assemblée départementale.

Ainsi lancé dans la politique, il devint, l'année suivante, le premier maire des Ponts-de-Cé, puis procureur de la commune, commissaire civil auprès des armées de l'Ouest, juge de paix, commissaire, enfin, du Directoire départemental au sein du Conseil cantonal des Ponts-Libres et, à travers cette carrière mouvementée, le constant persécuteur du clergé, des vrais fidèles et de tous ses concitoyens.

C'est devant ses menaces que M. Frontault et ses vicaires durent abandonner la paroisse ; ils concourut à dévaliser l'église, le 4 nivôse an IV (24 décembre 1796), et, de concert avec le commandant Ménard, il opéra chez les paroissiens les visites domiciliaires qui avaient pour but de leur enlever leurs objets de piété, qu'il livra au feu sur la place publique. "Coudret, qui le servait, le dépeignait cependant comme un scélérat et un monstre, tout dégouttant de sang humain qu'il avait fait verser sous le règne de la Terreur".

Plus tard, en qualité de commissaire, il demandait aux agents communaux de lui désigner les personnes et les maisons suspectes de leurs localités respectives.

Tant d'odieux exploits imprimèrent dans la population un tel souvenir d'horreur et d'exécration contre sa mémoire, que j'en ai encore entendu l'expression chez quelques vieillards qui en avaient été témoins, dans leur petite enfance, ou en avaient recueilli le récit des lèvres frémissantes de leurs parents.

Sa famille partageait à son égard les mêmes sentiments. "Sa femme eut la dureté de mourir sans lui faire aucun don, quoiqu'il fût sans autre ressource que sa place, et les héritiers se montraient durs et nullement disposés à le ménager".

Ce malfaiteur ne disparut de la vie publique qu'au 8 thermidor an VIII (27 juillet 1800), après avoir exercé pendant onze ans un règne de terreur.

Le type du jacobin exalté et féroce, c'est proprement Claude Humeau.

Fils de Claude Humeau et de Madeleine prévost, Claude-Jean Humeau est né à Angers, paroisse Saint-Maurice, le 18 octobre 1750 et est décédé aux Ponts-de-Cé, le 7 juin 1815, à l'âge de 64 ans. Il était l'époux d'Anne Gaudin. Son fils, Gabriel Humeau déclare le décès.

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FRANÇOIS FOUCHER


Foucher François, résidant à Saint-Aubin-des-Ponts-de-Cé, se marie le 5 mars 1762 avec Marie-Berthe Alaman ; il est âgé de 24 ans et est qualifié dans l'acte "notaire royal".

François Foucher, lui, dès 1762, à l'âge de 25 ans, était notaire royal, mais besogneux, et 25 ans plus tard, en 1787, si modeste encore était sa fortune, qu'il payait seulement 8 livres de taille, imposition trop faible pour l'élever au rang de marguillier et de notable du lieu.

Il embrassa avec ardeur le parti de la Révolution, et le premier porteur du bonnet phrygien aux Ponts-de-Cé, c'est lui.

Vendeur et acquéreur des biens nationaux, à ce métier, il se fit une fortune et avec elle parvint aux honneurs.

Il fut agent municipal, c'est-à-dire maire des Ponts-de-Cé, en 1795 (10 février - 22 pluviôse an IV), puis répartiteur des contributions et percepteur des deniers publics de huit communes.

Il se démet alors de cette dernière fonction en faveur de Jean Sassier (ou Sansier) son gendre et reçoit du Conseil cantonal des félicitations sur le désintéressement avec lequel il préfère la charge onéreuse d'agent municipal à celle plus lucrative de percepteur. Triomphe éphémère ! Aussitôt des doutes s'élèvent, la voix de son collègue Fruslon l'accuse de détournements, et enfin, le 21 fructidor an VII (7 septembre 1799), il se voit convaincu à Angers d'avoir falsifié les rôles et détourné 13.310 fr. des deniers publics, puis condamné comme concussionnaire à six ans de fers, six heures d'exposition publique, au remboursement des sommes illégalement perçues et aux frais de procès. Cette exposition eut lieu en effet le deuxième jour complémentaire de cette année (18 septembre), sur la place publique du Pilori et François Foucher mourut au bagne ; car sa femme se déclare veuve quatre ans après, le 30 brumaire, an XII (19 novembre 1803).

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Mais sa récente fortune était assez considérable pour que, après avoir rendu gorge, sa femme et ses enfants conservassent une situation aisée.

Foucher, c'est le type du petit bourgeois révolutionnaire courant à la curée.


RENÉ-JEAN COUDRET

Son complice René-Jean Coudret était un prêtre assermenté, apostat et marié.

Fils de Jean, cordonnier, et de Elisabeth Tessé, René-Jean est né, paroisse Saint-Thomas à la Flèche, le 24 avril 1762.

Son rôle aux Ponts-de-Cé ne commence qu'avec le Directoire.

Vicaire à Brain-sur-l'Authion, où il laissa de tristes souvenirs, il devint curé intrus de Mozé ; mais de son propre aveu, son insuccès y fut complet ; il n'y avait pas vingt personnes à ses offices et l'hostilité de ses paroissiens ne gardait aucun ménagement.

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Poursuivi par les Vendéens, auxquels il n'échappa qu'en se glissant, à l'entrée du cimetière, sous un ponceau bas et étroit, il quitta cette paroisse pour s'enrôler parmi les volontaires de la Sarthe, dont le 7e bataillon tenait garnison aux Ponts-de-Cé ; puis, las de la milice, il monta un petit commerce, se maria, le 21 ventôse an Ier (11 mars 1793) avec Renée-Perrine Richomme et en eut deux fils (et une fille, Pénélope, décédée le 15 messidor an V, à l'âge de 9 mois).

Ses idées extrêmes lui valurent la place de secrétaire du Conseil cantonal des Ponts-Libres, pendant les années où s'appliquaient les pires décrets de la Convention, 8 frimaire an IV (28 novembre 1795). "C'était, au dire de Belloeuvre, le plus fourbe des hommes".

Son zèle le fit orateur des décadis et fêtes républicaines. Il se vante d'avoir prêté le serment de haine à la royauté, non par crainte et avec remords comme d'autres prêtres jureurs, mais "plus encore de coeur que de bouche".

De la plume de ce prêtre déchu découlent à chaque instant les mots ravissants de "pudeur, de vertu, d'innocente gaieté". Il manquait pourtant de tenue et courait trop les auberges, d'où il encourut une révocation momentanée.

Au culte de la patrie, sa vertu civique savait unir celui de ses intérêts : dédaigneux des assignats républicains, il faisait voter que son traitement de 1.200 francs lui serait payé en numéraire et en blé. Le profit étant encore trop mince, il s'associa au citoyen Foucher pour arrondir ses émoluments aux dépens du public.

Arrêté le 8 thermidor an VII (26 juillet 1799), il fut condamné par le tribunal criminel de Maine-et-Loire pour concussion à deux ans de fers, au remboursement des frais du procès solidairement avec Foucher.

Ses nombreux créanciers, et le fisc avec eux, firent entendre d'inutiles réclamations ; ils trouvèrent un débiteur insolvable.

Jureur, apostat, impudique, voleur galérien, l'homme est répugnant. Optimi corruptio pessima.


LOUIS MOULIN

Un type semblable, ce fut Louis Moulin. Prêtre assermenté, vicaire épiscopal de l'évêque constitutionnel Hugues Pelletier, qui bénit ensuite son mariage sacrilège, il habitait à Angers, place Maurice, lorsqu'il acquit pour 5.500 fr. la cure Maurille des Ponts-de-Cé, le 9 prairial an IV (28 mai 1796).

Le 2 vendémiaire an VI (23 septembre 1797), il prête le serment de haine à la royauté, et le 10 frimaire suivant (30 novembre 1797), il est acclamé président du Conseil cantonal et cette acclamation est ratifiée sans retard par le Directoire exécutif d'Angers. Il le méritait bien, paraît-il.

Il en donna une preuve nouvelle, le 10 floréal (29 avril 1798), en la fête de l'Amour conjugal ; il y prononça au temple Aubin "un discours plein d'énergie, bien capable dit le vertueux Coudret, d'inspirer l'amour conjugal et l'horreur du célibat". Aussi la foule termina-t-elle la fête sur la place publique aux cris enthousiastes de : Vive l'amour conjugal ; Vive à jamais la République.

Moulin garda la présidence du Conseil jusqu'à la fin de ce régime, en 1800, et, comme après la disparition de Coudret, il y était le seul personnage capable, la charge de toutes les écritures retomba sur lui, l'écrasant d'un fardeau dont il se plaint et qu'en face de reproches, il invoque pour son excuse.

Jureur, apostat, marié, fier de sa déchéance, il est le digne émule du précédent. De lui, je ne sais rien de plus, et c'est assez.

Comme les bêtes malfaisantes à l'approche du jour, au retour de l'ordre, il sa cacha dans le silence et dans l'oubli.


Tels furent aux Ponts-de-Cé les porte-drapeau de la Révolution !

Extrait : Histoire des Ponts-de-Cé par l'Abbé A. Bretaudeau - 1904

AD49 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Angers 

AD72 - Registres paroissiaux de La Flèche