ANNALES VENDÉENNES
LA FERRIÈRE


Dans la session de juillet dernier (1893), plusieurs conseillers généraux ont émis le voeu que dans chaque département fut écrite l'histoire de chaque commune, ou tout au moins la relation des faits principaux qui s'y sont accomplis. Cette question a été agitée incidemment dans une des séances de notre conseil départemental de Vendée.

Ces sortes d'annales communales, si elles étaient rédigées avec véracité et impartialité, enregistreraient en Vendée surtout, bien des faits d'intolérance administrative. Dans combien de communes la bonne harmonie, l'union entre concitoyens vivant en paix n'ont-elles pas été troublées par l'esprit agressif, sectaire, despote des petites autorités locales.

La Ferrière vue z

C'est ainsi que nous lirions dans l'histoire de la commune de La Ferrière, une page bien regrettable et qui ne fait pas honneur à l'administration du maire, M. Regrenil, nous voulons parler de la suppression des processions sur les rues et places de la commune.

Voici les faits :

Chacun sait qu'il appartient au curé de la paroisse de régler l'ordre des offices, des cérémonies religieuses et des exercices du culte dans sa paroisse.

Usant "depuis fort longtemps" de ce droit qui d'ailleurs est conforme au simple bon sens, monsieur le Curé de la paroisse de la Ferrière, avait, comme cela se pratique d'ailleurs dans la plupart des communes, placé en tête des processions les filles de l'école libre, "Disposition conforme au simple bon sens" avons-nous dit, car il est tout naturel que ces enfants étant plus habituées aux chants de l'Église et à l'ordre des cérémonies sacrées que les enfants des écoles laïques, tiennent la tête du cortège afin que les enfants de l'école laïque n'aient qu'à les suivre. Encore une fois n'est-ce pas au Curé qu'il appartient de régler l'ordre des cérémonies ?

Tel n'a pas été l'avis de M. Regrenil, qui écrivit le 9 juin 1893 au digne Curé de la Ferrière la lettre suivante :

Mairie de la Ferrière.

La Ferrière, le 9 juin 1893.
Monsieur le Curé,
J'ai l'honneur de vous informer que j'ai reçu depuis quelques jours un grand nombre de plaintes contre la façon dont vous traitez les petites filles de l'école laïque lors des processions.
Je n'ai point à m'immiscer dans l'organisation de vos cérémonies religieuses ; cependant il est de mon devoir, de réclamer la justice et l'égalité pour ceux que vous semblez, on pourrait le croire, traiter avec un certain mépris.
Depuis fort longtemps, les enfants de l'école libre sont en tête des processions, ce qui a causé bien souvent des murmures ; pourquoi les enfants de l'institutrice n'occuperaient-elles pas cette place maintenant ? J'y tiens essentiellement, Monsieur le Curé, ou alors je me verrais, à mon grand regret, dans l'obligation de prendre une mesure qui ne vous ferait point plaisir : suspendre les processions.
Veuillez m'informer aussitôt de la décision que vous aurez prise, et agréer ... etc.
Signé, le Maire : REGRENIL."

Vous voyez le ridicule de ce Monsieur, qui non content de porter l'écharpe, voudrait encore revêtir la chape et diriger les processions. Au surplus, ce Regrenil comprend si bien le mal fondé, j'allais dire la sottise de son empiètement sur les fonctions et les droits du Curé, qu'il ne peut s'empêcher de lui écrire : "Je n'ai pas à m'immiscer dans l'organisation des cérémonies religieuses". Eh bien alors, puisqu'il se reconnaît incompétent de quoi se mèle-t-il ? Et quel ne serait pas l'ahurissement de ce pauvre Regrenil si M. le Curé lui avait écrit : "Vous voudrez bien placer vos conseillers municipaux dans tel ou tel ordre autour de la table du Conseil, de même que Regrenil lui a écrit : "Vous voudrez bien placer les enfants dans tel ou tel ordre, aux processions".

Voyez-vous encore l'arrogance de ce petit despote de village qui ose imposer sa volonté à son curé : "Je tiens essentiellement" écrit-il. Un peu plus ce Louis XIV rural ordonnerait au Curé de venir lui présenter l'eau bénite, l'encenser sous le portail de l'église, le conduire processionnellement sous le dais : "y tiens essentiellement", écrirait-il.

Voyez-vous surtout le cynisme de ce marchandage : "Si vous ne pliez pas devant mon despotisme, si vous ne fléchissez pas le genou devant mon caprice, je me vengerai "en prenant une mesure qui vous affligera, en suspendant les processions". Voilà cependant à quel honteux chantage, indigne d'un galant homme et à plus forte raison d'un magistrat, l'orgueil et l'esprit sectaire peuvent conduire un homme dont nous ne suspectons pas d'ailleurs l'honorabilité privée.

Aussi bien, le coup devait suivre de près la menace, et dès le 10 juin, Regrenil envoyait à Monsieur le Curé la copie de l'arrêté suivant :

DÉPARTEMENT DE LA VENDÉE
Commune de La Ferrière
Le maire de la commune de la Ferrière,
Vu la loi du 28 septembre ..., 6 octobre 1791 sur la police rurale,
Vu les art... 91, 95 et 97 du 5 avril 1884 sur l'Administration municipale,
Vu l'art. 1er du Concordat ;
Considérant que la police rurale est rangée par la loi au nombre des objets que le Maire doit réglementer dans ses arrêtés ;
Considérant que les nombreuses processions qui ont lieu sur la voie publique encombrent la circulation et peuvent causer des accidents de voiture ;
Considérant en outre qu'un grand nombre de réclamations nous parviennent chaque année relativement à la place occupée dans ces processions par les enfants de l'école laïque de filles, place donnée exprès pour narguer les parents et agir en faveur de l'école libre congréganiste ;
Arrête :
Art. 1er - Les processions religieuses sont interdites à partir de ce jour sur la voie publique, dans la commune de la Ferrière ;
Art. 2 - Les contraventions au présent arrêté, qui sera soumis à l'approbation de M. le Préfet, seront constatées par des procès-verbaux et poursuivies conformément aux lois.
Pour extrait conférine au registre des Arrêtés :
En Mairie à la Ferrière, le 10 juin 1893.
Vu pour exécution immédiate :
Le Maire : REGRENIL.
Pour le Préfet,
Le secrétaire général : LAPAINE."

Voilà donc l'oeuvre de vengeance accomplie.

Est-elle en effet basée sur un motif d'utilité publique, cette interdiction ? Non certes, car voyez ce que dit cet article 97 relatif à la police municipale, sur lequel le maire de la Ferrière a échafaudé son arrêté :

La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité publique. Elle comprend notamment :

1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, place et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices menaçant ruine ;
2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publiques, telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique.
3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics."
En quoi ces processions, qui, ... Regrenil l'a écrit lui-même au curé - se faisaient "depuis fort longtemps" sans occasionner aucun trouble, et au milieu d'une population qui y était habituée, tombaient-elles sous le coup de l'article 97 de la loi sur la police municipale ?
Et la meilleure preuve qu'elles ne causaient aucun accident que Regrenil ne les eût pas interdites, si M. le Curé avait consenti à se plier sous son despotisme !

N'avions-nous donc pas raison de dire que l'interdiction des processions à la Ferrière n'est que vengeance de l'administration municipale : les faits le démontrent de toute évidence.

Et ceci est tellement vrai, que M. le Curé de la Ferrière ayant pris au mot le malheureux maire, et s'étant conformé à son arrêté en déclarant que dans les enterrements la cérémonie religieuse sur la voie publique serait désormais supprimée. Regrenil aux abois lui adressa confidentiellement et sur papier libre la lettre suivante :

La Ferrière, le 26 juin 1893.
Monsieur le Curé.
Afin de ne pas vous laisser dans le doute pour la cérémonie extérieure des enterrements,
J'ai l'honneur de vous informer que l'arrêté du 10 juin courant, interdisant les processions, ne vise aucunement l'accompagnement des corps au cimetière par le clergé.
Il vous sera donc loisible d'agir comme d'habitude.
J'ai lieu de croire, M. le Curé, que vous donnerez satisfaction sous ce rapport aux habitants de la commune et que par vos sentiments tout PACIFIQUES, vous contribuerez à faire rapporter l'arrêté du 10 juin précité.
Veuillez agréer, M. le Curé ...
Signé : REGRENIL.

Que d'hypocrisie dans ce mot : "pacifique !" Qui donc a rompu la paix et voulu la guerre, sinon Regrenil avec son arrêté d'interdiction ?

Mais bientôt, voyant l'effet déplorable produit sur le public de la Ferrière par cette mesure qu'il avait provoquée, et l'impopularité qui en résulterait pour lui, Regrenil tenta de rejeter l'odieux de cette mesure sur Monsieur le Curé, et fit placarder dans la commune l'affiche suivante :

"RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,
Mairie de la Ferrière.
Le Maire de la Ferrière,
A l'honneur d'informer ses Administrés qu'il rejette entièrement sur l'autorité ecclésiastique la responsabilité de la Mesure, par laquelle M. le Curé a décidé de ne plus procéder aux enterrements comme par le passé.
Dans toutes les localités où les processions ont été interdites par suite de scandales, les enterrements ont continué à se faire comme précédemment.
Le Maire de la Ferrière n'a jamais apporté la moindre entrave à cet usage.
Il laisse M. le Curé entièrement responsable des vexations qu'il lui plaît d'infliger aux familles des défunts.
Fait à la Mairie de la Ferrière, le 13 août 1893.
Signé : REGRENIL."

Mais cette ruse ne trompe personne à la Ferrière, chacun sait que si Monsieur le Curé a pris la mesure relative aux funérailles, cette mesure est la conséquence logique et forcée de l'arrêté pris par Regrenil, interdisant les cérémonies religieuses sur la voie publique :

De quel droit en effet, le Maire choisirait-il selon son bon plaisir, parmi les cérémonies religieuses, interdisant celles qui lui déplaisent, autorisant celles qui lui conviennent ?

Cette affiche n'est donc qu'une pauvre reculade de Regrenil devant sa propre manoeuvre, parce qu'il voit le scandaleux effet qu'elle a produit sur la population honnête de sa commune.

Mais qu'il se tranquillise ce Maire ! les pauvres défunts ne pâtissent point de son arrêté. Depuis ce temps, les corps sont conduits en procession jusqu'à la grande porte de l'église. Le mort et le convoi vont ensuite au cimetière où arrive comme eux, le prêtre mais en soutane seulement. - Puis, entré au cimetière le célébrant reprend les ornements sacerdotaux et après avoir béni la tombe, prononce les dernières prières de l'Église.

Encore une fois, si nous avons relaté ces faits c'est parce qu'il convient de montrer à quelles hontes l'orgueil et l'emballement de haine antireligieuse peuvent pousser un homme, alors même que ses traditions de famille devraient lui commander tout au moins la modération ; car, si nos renseignements sont exacts, plusieurs des ascendants de Regrenil ont payé de leur vie, pendant la Révolution, leur foi chrétienne, et leur foi royaliste.

En résumé, il n'est pas un homme de coeur qui ne juge ainsi qu'il soit l'attitude prise dans cette affaire par chacun des deux hommes, le Prêtre et le Maire, qui y sont en présence : - Le Maire s'est abaissé en proposant au Prêtre ce marchandage : "Je tiens essentiellement à ce que vous placiez les filles de l'école laïque en tête des processions ; sinon je supprime ces processions." - Le Prêtre a donné au Maire une haute et fière leçon de dignité, en refusant de se courber sous ce chantage. - Et tout ce qu'il y a d'honnête dans la population de la Ferrière approuve ce verdict de l'opinion publique.


A.-D.
L'Étoile de la Vendée - AD85 - Dimanche 1er avril 1894

♣♣♣


... Ainsi pris dans ses propres filets, Regrenil, au lieu de reconnaître son erreur, s'est entêté dans son arrêté d'interdiction des processions religieuses, et il vient de s'infliger à lui-même l'humiliation que voici, et dont un de nos correspondants de la Ferrière nous envoie le récit :

Monsieur le Rédacteur,

Monsieur le maire de la Ferrière vient de perdre son père, mort des suites d'une longue maladie et sans aucun secours de la religion. Cependant l'autorité religieuse consultée à ce sujet, en considération d' l'honorabilité du plus grand nombre des membres de cette famille, a cru devoir lui accorder lees honneurs de la sépulture ecclésiastique.

Mais, comme de par la volonté de M. le Maire, les processions demeurant toujours interdites sur le territoire de la Ferrière, depuis l'arrêté du 10 juin 1893, nous n'allons point solennellement au cimetière avec la croix, qu'a fait ce bon fils, qui voulait avoir pour son père l'honneur qu'il refuse aux autres par son inqualifiable arrêté ?

N'osant s'adresser à Monsieur le Curé, et persuadé avec raison que sa demande serait accueillie par une fin de non recevoir, attendu que M. le Curé n'établit aucune distinction entre le riche et le pauvre, on a décidé, sans autre raison que celle-là, si ce n'est aussi la haine du Curé, que la sépulture se ferait à la Chaize-le-Vicomte.

A vous, M. le Rédacteur, d'apprécier comme vous le jugerez convenable, cette conduite d'un Maire qui, par son injuste arrêté interdisant les processions religieuses sur le territoire de sa commune, empêche le clergé d'accompagner solennellement le corps au cimetière avec la croix, et qui, pour donner cet honneur à son père, l'éloigne des cendres de ses ancêtres qui reposent dans le cimetière de la Ferrière, pour le transporter dans celui d'une commune voisine, où il lui faut acheter un terrain qui lui coûte 144 francs.

Autre particularité : Il est d'usage que les services et messe de huitaine soient annoncés à l'église, M. le Maire de la Ferrière a changé cet ordre de choses : c'est son garde-champêtre qui a été chargé de cette mission dimanche après la grand'messe sur la pierre où il donne habituellement les avis, et voici en quels termes :

Avis. - La famille Regrenil du bourg prévient le public que samedi prochain, il sera célébré deux messes dans l'église de la Chaize, pour l'âme du défunt, et à 11 heures, on se réunira à la maison mortuaire où il sera fait une distribution de pain.

Nos concitoyens de la Ferrière ont haussé les épaules devant cette pauvre manifestation.

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur ...

Notre correspondant ne nous dit pas si le garde-champêtre a revêtu un costume de bedeau pour faire cette annonce religieuse, où s'il a faite à son de caisse.

L'Étoile de la Vendée - AD85 - Dimanche 24 février 1895 - 4 Num 365/11

♣♣♣

1897
FERMETURE DE L'ÉCOLE LIBRE

La guerre déclarée à l'enseignement chrétien en Vendée redouble de violence ...

Ni les services rendus par nos douces et si populaires religieuses, ni le dévouement, et le désintéressement de nos Frères dont les écoles ne coûtent pas un sou aux communes, ni les sympathies que l'enseignement chrétien inspire aux familles et à tous les honnêtes gens, ne désarment les despotes de la libre pensée ni ne trouvent grâce devant le parti pris de tracasseries, de vexations, de chicanes hargneuse auxquelles se complaisent les maires sous-ordres de M. de Joly. L'affection si justifiée que nos populations témoignent pour leurs écoles libres est un cauchemar pour ces gens-là.

C'est ainsi que le maire de la Ferrière irrité de voir la généreuse et vaillante population de sa commune construire elle-même et par son travail personnel, une nouvelle école libre de filles pour remplacer, à la prochaine rentrée des classes en octobre, l'ancien local devenu insuffisant, vient d'ordonner la fermeture immédiate de ce local sans même attendre la fin des deux derniers mois de cette année scolaire.

Voici le texte de son arrêté :

Mairie de la Ferrière
Extrait du registre des arrêtés.
Fermeture de l'école libre des filles.
Le Maire de la commune de la Ferrière, canton des Essarts, département de la Vendée,
Vu l'article 97 de la loi du 5 avril 1884 ;
Vu le procès-verbal des délibérations du conseil d'hygiène du département en date du 13 mars 1897 ;
Vu la lettre de M. le Préfet en date du 12 mai 1897 ;
Arrête :
Art. 1er - L'école privée de filles tenue au chef-lieu de cette commune par les congréganistes sera fermée à partir du jour de la notification du présent arrêté.
Art. 2 - Notification sera faite à la directrice de l'école chargée d'en assurer l'exécution.
Pour copie conforme :
En mairie à la Ferrière, le 16 mai 1897.
Le Maire, signé : REGRENIL.

Regrenil François maire La Ferrière signature

Occupé depuis vingt-sept ans par l'école dirigée par les soeurs de Mormaison, l'immeuble était frappé de vétusté, son préau et ses cours étaient devenus insuffisants, ses murailles fatiguées par leurs longs services, demandaient leur retraite, mais pouvaient attendre encore assez longtemps. Aussi dès le mois d'octobre de l'année dernière, M. le Curé de la Ferrière, aussitôt prévenu par l'inspecteur primaire se mit à l'oeuvre, et, admirablement soutenu par le zèle et la générosité de tous les habitants, sans exception, de la paroisse, entreprit la construction d'une nouvelle école dont le plan et les travaux déjà exécutés font prévoir l'installation la plus convenable, et l'ouverture pour la prochaine rentrée d'octobre.

"Admirablement soutenu par le zèle et la générosité de tous les habitants", ai-je dit, je ne connais, en effet, rien de plus beau, de plus digne d'éloges, que le dévouement de tous ces cultivateurs donnant, sans compter, leur concours en travail ou en nature à l'oeuvre commune ; faisant gratuitement les charrois ; contribuant à la construction de cette école où bientôt leurs filles vont aller s'abriter, s'instruire, se former, sous l'oeil vigilant des bonnes soeurs à la pratique de ces belles vertus qui font de la femme chrétienne une épouse et une mère d'élite.

Rien ne décourage ces vaillants fermiers ; l'année ne leur est pas favorable, les temps ont été mauvais, les travaux des champs sont en retard, - "eh bien nous allongerons la journée, nous prêterons nos boeufs, nos charriots, et nous-mêmes, nous travaillerons à la chère école, chaque pierre de ses murailles sera un témoin éloquent de notre courage, et attestera à nos enfants notre dignité de chrétiens !" - tel est le langage que tient chacun des habitants de la Ferrière.

Ah ! certes voilà de vrais fils de la France, voilà de la belle et bonne démocratie, bien autrement patriotique, loyale et franche, que l'hypocrisie de ces faux démocrates qui ont sans cesse sur les lèvres les mots "liberté de conscience" et cherchent par tous les moyens possibles à opprimer la conscience chrétienne, comme certains propriétaires qui ont défendu à leurs fermiers d'atteler leurs boeufs pour le service de l'école, sous peine d'être mis à la porte au bout de leur bail.

Aussi bien, c'est en vain que le maire Regrenil espère en fermant l'école chrétienne, deux mois seulement avant les vacances, obliger les parents à envoyer leurs enfants à l'école communale ; cette manoeuvre ne lui réussira pas. Enfants et familles attachées aux dévouées religieuses qui, depuis vingt-sept ans ont prodigué leurs soins, leur vigilance et leur affection aux enfants de la Ferrière, leur resteront fidèles.

Ces familles savent d'ailleurs que les institutrices laïques n'ont ni qualité, ni compétence, ni instruction suffisante, pour donner aux enfants l'enseignement chrétien, et les préparer convenablement à leur première communion, puisque la neutralité est proclamée par la loi scolaire édictant l'instruction laïque, interdit à ces institutrices de donner aux enfants l'enseignement catholique.

Aussi, dès aujourd'hui, enfants et familles, méprisant fièrement les manoeuvres et les sollicitations des libres-penseurs, se donnent-elles rendez-vous à la rentrée des classes en octobre, dans la nouvelle école que leur prépare la vaillante population de la Ferrière.


Adrien-Dubé.
AD85 - L'Étoile de la Vendée - Dimanche 6 juin 1897 - 4 Num 365/13

♣♣♣

1901
On lit dans le Bleu de Vendée du 19 mai :

Charmante assemblée à la Ferrière, dimanche dernier. Une foule de promeneurs venus de tous les environs et notamment de la Roche par le tramway. Un rang bien fourni de baraques foraines couvre la place de l'église. Les cabarets sont remplis : la complicité d'un chaud soleil pousse à la consommation. Les danses s'organisent partout : le soir elles battront leur plein.

A noter deux petits faits également significatifs. M. Regrenil, le dévoué maire, est très entouré ; sa maison est l'auberge amie, généreusement hospitalière ; nous y prenons part à un délicieux goûter, d'où nous emportons le souvenir d'excellentes caillebottes et d'un petit vin qui se défend tout seul.

A noter aussi un fait regrettable. L'abbé Poupeau, curé du lieu, qui ne rate pas une occasion de mécontenter ses ouailles, a fait passer un enterrement au milieu de la fête, à 3 h. du soir, alors que la famille avait réclamé les funérailles pour le matin.

L'abbé Poupeau a horreur des manifestations laïques : il veut absolument y mêler la croix et la bannière. Il n'a pu les fourrer dans les urnes ; il a voulu qu'elles traversent la joie profane de l'Assemblée. - M. l'abbé Poupeau a la plaisanterie macabre. Il y a toujours beau temps que les Républicains de la Ferrière ne font plus attention à lui."

Si M. Ménagé avait été instruit à l'école laïque ou au lycée, on comprendrait qu'ignorant des choses de l'Église, il écrive que Monsieur le Curé de la Ferrière a "saisi une occasion de mécontenter ses paroissiens en faisant passer un enterrement le Dimanche à 3 h. du soir, au milieu des rues en fête".

Mais Ménagé est ancien séminariste ; il a mangé le pain que lui servait le Clergé, il doit donc connaître les conditions de la vie sacerdotale dans les communes rurales. Il a beau avoir défroqué, et haïr les Prêtres qui l'ont nourri et instruit, il est trop au courant des exigences du ministère paroissial, pour ignorer qu'un jour de fête de l'Ascension (et non pas du Dimanche comme il le dit mensongèrement), le Curé et le Vicaire de la Ferrière, paroisse de 2.400 âmes, sont dans la matinée, beaucoup trop débordés de travail, pour procéder aux funérailles d'un défunt.

Ménagé, ancien séminariste, n'ignore pas que le matin du jour de l'Ascension, fête solennelle, M. le curé et son vicaire sont tenus au confessionnal, avant la grand messe, par les gens de la campagne que les travaux des champs absorbent pendant la semaine.

Le clergé ne pouvant s'absenter de l'église le matin, ni changer l'heure de la grand messe, est donc obligé de reporter l'enterrement à l'après-midi ; et alors M. Ménagé prétend-il que la famille du défunt aurait du, avant d'en fixer l'heure, lui demander s'il irait boire du vin à 3 h., à l'auberge Regrenil, afin de choisir un autre moment où il ne serait pas gêné dans sa beuverie par le passage d'un convoi funèbre !

Non ! ce que Ménagé ne dit pas, c'est que le spectacle de cette honnête population de la Ferrière, de ces hommes de coeur se découvrant respectueusement devant le crucifix du cortège funèbre, et traçant sur leur poitrine le signe de la Croix, a soulevé dans son coeur de défroqué une poussée de haine ; l'ancien séminariste, se rappelant les jours où lui-même suivait la croix des processions, s'est trouvé rapetissé, misérable, devant cette manifestation de foi religieuse fièrement proclamée par la population de la Ferrière.

Et ne cherchez pas ailleurs que dans cette exaspération haineuse la raison des insolences qu'il adresse au vénéré curé de cette belle paroisse, M. l'abbé Poupeau.

Ah ! combien Ménagé ne doit-il pas se reconnaître inférieur, humilié devant ce prêtre dont le persévérant labeur est si fécond en bienfaits publics ; devant ce prêtre qui, en huit années de ministère, à la Ferrière, y a dépensé 80.000 francs pour la construction de l'église (tout est payé) ; 16.000 francs pour la construction d'une école de filles, (tout est payé) ; 4.000 francs pour ajouter à cette école, une classe enfantine, (tout est payé), déjà fréquentée, après quelques mois d'exercice, par cinquante élèves ... et encore, convient-il de dire que le vaillant prêtre doit lutter contre les amis du Bleu de Vendée, qui mènent contre ses belles oeuvres scolaires, une honteuse campagne de tracasseries sectaires, et de dénigrement.

Eh bien je demande à tous les hommes de coeur de juger entre ces deux personnalités, le prêtre qui remplit ainsi sa mission, et le raté de séminaire qui l'injurie. Je demande à tous les hommes de coeur de dire quel est le meilleur Français, ou le Curé qui dote sa commune de ces oeuvres scolaires, ou le défroqué qui appelle, dans son journal, les destrictions sociales, les haines et les violences révolutionnaires.


Adrien-Dubé
AD85 - L'Étoile de la Vendée - Dimanche 2 juin 1901 - 4 Num 365/17

♣♣♣

1902
La Ferrière

Le conseil municipal de la Ferrière a émis, par 9 voix contre 4, avis défavorable à la demande des Soeurs de Mormaison.
Mais, une pétition, demandant au contraire le maintien des religieuses à la tête de l'école qu'elles dirigent avec tant de zèle et de succès, a été soumise à la signature des électeurs. Or, à l'exception de dix de ceux-ci, tous les autres ont signé. Ceux qui ne savent pas signer ont donné leur adhésion en présence de deux témoins.

Les sectaires de la Ferrière, M. Regrenil, tout le premier, se trouvent ainsi désavoués par la presque unanimité de leurs citoyens. Ils semblent n'avoir qu'une seule chose à faire : démissionner. Nous n'attendons guère d'eux, néanmoins, pareille décision.


AD85 - L'Étoile de la Vendée - Dimanche 23 février 1902 - 4 Num 365/18

♣♣♣


1915
Mort du Maire

M. Regrenil, maire de la commune depuis 27 ans, est décédé samedi matin à l'âge de 58 ans.

 

Regrenil FH décès z

 François Regrenil fut inhumé à La Chaize-le-Vicomte :

Archives communales de La Chaize-le-Vicomte - E DEPOT 46 4 N 1 - Cimetière : adjudication du bail à ferme du pacage, an VI. –
Concession à perpétuité accordée à François Regrenil, Maire de La Ferrière, 1905 ; tarification, 1959. an VI-1959.


AD85 - L'Étoile de la Vendée - Dimanche 10 janvier 1915 - 4 Num 365/31

 


 

Fils de François et de Rose Vexiau, François-Henri Regrenil est né à La Ferrière le 12 août 1856. Il était l'époux de Joséphine-Henriette Sorin. Il fut adjoint au maire de La Ferrière (M. Brancard Jacques) de novembre 1891 jusqu'en mai 1892 puis maire jusqu'en octobre 1913.

Regrenil FH naissance z

(AD85 - Registres paroissiaux et d'état-civil de La Ferrière)

♣♣♣ 

L'abbé Jean Poupeau est né à Sérigné le 27 août 1841 ; il était fils de Pierre, agriculteur, et de Henriette Robin. Curé de l'Épine, il arriva à La Ferrière le 25 juin 1893. Il est décédé à Chantonnay, le 22 mars 1910. (AD85 - Dictionnaire des Vendéens)

♣♣♣

La Ferrière gens 3 z

J'ignore la date de cette carte postale, mais il pourrait être possible que M. le Maire et Monsieur l'abbé y soient représentés ...