COMBRAND
LOUIS GUÉNIVEAU

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Au mois de juillet 1821, M. de Bouillé nomma un jeune prêtre, l'abbé J. Vion, à Combrand. Ce fut aussitôt, dans cette paroisse aux trois-quarts dissidente, une levée de boucliers. Selon certains bruits, enregistrés avec soin par la préfecture, les habitants parlaient de "reprendre les armes", pour défendre M. Guéniveau.

M. de Poyféré ne pouvait pourtant reculer : la nomination de l'abbé Vion répondait, en principe, à ses voeux. Il ordonna au sous-préfet de Bressuire de se rendre à Combrand, et d'y agir avec fermeté. M. de Vallée arriva, le 19 juillet, dans la localité en émoi. Devant témoins, il commanda à Guéniveau de quitter l'église pour le samedi au plus tard, et de vider le presbytère sous huit jours.

Le samedi suivant, Guéniveau emporta au presbytère tout le mobilier culturel de l'église, tandis que ses paroissiens, très excités, transportaient leurs bancs et chaises hors de l'église. Le dimanche 22, l'église était vide. On attendit l'arrivée du nouveau desservant. Des propos menaçants volaient de bouche en bouche. L'abbé Vion, intimidé sans doute, n'osa pas se présenter. Guéniveau célébra sa messe en plein air, dans la cour de la cure. Il fit ses adieux à ses fidèles éplorés et leur donna ses derniers avis.

Le soir même, trois notables de Combrand, dont "un ancien chef vendéen", descendaient de cheval à la porte de la préfecture et demandaient audience à M. de Poyféré. Celui-ci étant absent, le conseiller Pastureau reçut la délégation. Les dissidents décrivirent, en termes fort sombres, la situation de leur paroisse. Le peuple se refusait, absolument, au départ de M. Guéniveau ; les esprits se montraient surexcités ; si l'évêché s'obstinait à placer un prêtre concordataire à Combrand, les pires malheurs étaient à craindre. A l'appui de leurs dires, les mandataires présentèrent une pétition, exigeant le maintien de Guéniveau parmi ses ouailles.

Cette pétition, affirmait, le 31 juillet, le conseiller de préfecture à l'évêque, "est signée de tous les habitants".

Le préfet, écrivant, le 4 août, au ministre, ramenait à 30 le nombre des signataires. M. de Poyféré omettait de préciser le sens de la réponse donnée par son remplaçant aux trois délégués. M. de Bouillé ignorait les termes employés par le conseiller de préfecture ; mais, dans une lettre au ministre, en date du 5 août, il constatait les faits.

Au retour des mandataires, combrand était passé de la consternation à l'allégresse. "Le lendemain lundi, déclarait l'évêque, les cloches ont sonné toute la matinée ; les dissidents des environs sont accourus en foule ; les bancs ont été reportés dans l'église, et le sieur Guéniveau en a repris possession".

Le conseiller de préfecture, interrogé par la suite, prétend n'avoir donné aux dissidents aucune parole rassurante. M. de Bouillé admet difficilement cette hypothèse. "Il serait désastreux, remarque le prélat, de reculer ; c'est alors que les insoumis pourraient dire qu'ils sont soutenus". Et l'évêque de prophétiser :

"On cherche, affirme-t-il, à persuader que ce schisme s'éteindra par lui-même, et on allègue l'âge avancé des prêtres qui l'entretiennent. On se trompe. Quand ces prêtres mourront, il s'en présentera d'autres, peut-être même des aventuriers qui se diront prêtres, ou de mauvais sujets chassés de leurs diocèses et ils seront sûrs d'être accueillis. Il existe déjà des preuves de ce que j'avance. Un prêtre dissident des environs de Poitiers ... a été s'établir à Bretignolles ... On me parle d'un autre venant de je ne sais où, qu'on dit s'être établi à Beaulieu à la place d'un qui est mort. Le bon accueil que ceux-là ont reçu et le silence du gouvernement ne peuvent qu'encourager les autres."

Le comte Siméon jugea, avec M. de Bouillé, qu'un acte d'autorité devenait nécessaire. Il fallait que l'abbé Vion prît possession de Combrand. Le samedi 29 septembre 1821, le jeune prêtre, accompagné de M. Hélie, curé de Bressuire, se présenta dans sa paroisse. Deux gendarmes, baïonnette au fusil, escortaient le nouveau pasteur. Les clés de l'église se trouvaient chez le maire dissident (M. Barbier). Cédant à la force, et de fort mauvais gré, le maire remit les clés. L'abbé Vion entra dans son église ; il examina la sacristie : les ornements, les vases sacrés, les pains d'autel, tout avait disparu. Les deux prêtres, toujours flanqués de leurs protecteurs en armes, se rendirent chez M. Guéniveau. Ils réclamèrent en vain les objets indispensables au culte : Guéniveau prétendit que ces objets lui appartenaient. Il fallut revenir à Bressuire chercher le nécessaire.

La première messe eut lieu, le lendemain, dans une église presque vide. M. Hélie laissa, le soir venu, le jeune desservant seul, parmi une population hostile. Quand, les jours suivants, l'abbé Vion s'aventura dans le bourg, il vit les portes se fermer, ostensiblement, sur son passage. Les enfants, dressés par leurs parents, lançaient après lui, le vieux cri de mépris qui, sous la Révolution, accueillait les intrus ou "truttions" : " Tru ! tru ! tru !" Le pauvre prêtre rentrait, chaque soir, dans son presbytère, le coeur navré, résolu pourtant à gagner, à force de patiente bonté, l'estime et la confiance de ses brebis récalcitrantes. Il finit par y parvenir.

 

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Pendant ce temps, M. Guéniveau s'était retiré, avec sa soeur, à la Galardière de Combrand. Son premier soin fut d'y bâtir une chapelle. Il se mit à l'oeuvre sans retard ; mais ouvrier peu habile, il oublia, un soir, d'étayer un chevron, qui, en tombant, le blessa grièvement à la tête. Quelques-uns voulurent voir, dans cet accident, un châtiment de Dieu. Le malheureux prêtre, sentant sa fin prochaine, eut peur. Il demanda avec instance qu'on allât chercher l'abbé Vion. Mais sa soeur, toujours aussi opiniâtre, lui refusa cette consolation.

M. Guéniveau mourut sans sacrements, à l'âge de 60 ans, le 19 novembre 1821.

On l'enterra dans le cimetière de Combrand. Un poète de ses amis fit graver sur la pierre tombale cette épitaphe :

"Ci-gît Louis Guéniveau, honorable curé,
Qui, soutenant sa foi, mourut persécuté.
Passant, à sa mémoire, accorde une prière.
Il fut des vrais chrétiens le pasteur et le père,
Agé de soixante ans, mort à la Galardière."

 

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Extrait : La petite église dans la Vendée et les Deux-Sèvres : 1800-1830 - Auguste Billaud.

AD79 - Registres d'état-civil de Combrand


 

Il fut vicaire de Brétignolles auprès de son curé, l'abbé Jacques Quillaud, (décédé le 23 mai 1800).
Le 6 juillet 1800, il arrive à Combrand.
Il aurait été condamné à la déportation le 5 janvier 1798 (16 nivôse an VI) - envoyé à Niort et incarcéré.