UN ACADÉMICIEN DANS LA DESCENDANCE D'UN NOTAIRE, ET SACRISTAIN MAÎTRE D'ÉCOLE


En mars 1884, l'historien et académicien, François-Alexis-Auguste Mignet, s'éteignait à Paris.

Au cours d'une existence longue de quatre-vingt-huit années, les honneurs ne lui avaient pas été ménagés. Condisciple et ami intime d'Adolphe Thiers, président de la République, protégé de Talleyrand, il avait été élu en 1836 à l'Académie Française à quarante ans, devant Victor-Hugo, candidat malheureux pour la deuxième fois.

Le plus connu de ses ouvrages, l'Histoire de la Révolution Française de 1789 à 1814, avait été traduite dans une douzaine de langues.

Quand, au soir de sa vie, François Mignet regardait en arrière sans doute se souvenait-il de son enfance dans un modeste milieu ouvrier où ne régnait pas l'opulence. Sans doute évoquait-il l'existence laborieuse de son père, ouvrier serrurier, contraint par la dureté des temps de quitter sa Gâtine natale et que le hasard des voyages avait, un beau jour, conduit sous le ciel ensoleillé de la Provence.

 

La Chapelle-Saint-Laurent z

 

Car les Mignet étaient originaires de La Chapelle-Saint-Laurent.

JEAN-CHARLES MIGNET, le grand-père du futur académicien y avait exercé les fonctions de notaire de la Châtellenie des Mottes-Coupoux. Il était également sacristain et pendant plusieurs années avait enseigné jusqu'à la Révolution, la lecture et l'écriture aux enfants de la paroisse, dans un modeste local proche de l'église et situé dans le cimetière. Il était l'époux de Marie Ferland.

Mignet Jean-Alexis baptême z

Le régent, avait élevé une famille d'au moins dix enfants. L'un d'eux, JEAN-ALEXIS, né le 27 juin 1752 à La Chapelle-Saint-Laurent, s'initia à la serrurerie, chez un artisan du bourg.

Sur les conseils de son père, et afin de se perfectionner dans l'exercice d'un métier exigeant plusieurs années d'apprentissage, il décida de voyager.

C'était alors la belle époque du compagnonnage, cette chevalerie errante de l'artisan, JEAN-ALEXIS auquel il ne déplaisait pas de voir du pays, et qui voyageait à pied, ne manqua point, en bon chrétien qu'il était, d'aller accomplir, à une cinquantaine de kilomètres de Marseille, à Saint-Maximin, son pélerinage à la grotte de la Sainte-Baume, halte obligatoire des compagnons du Tour de France.

 

Sainte-Baume grotte

 

S'étant fixé à Aix, JEAN-ALEXIS, à dix-neuf ans, avait épousé une demoiselle Boyer qui mourut peu de temps après. Il se remaria avec une demoiselle Marie-Catherine-Benoîte Nègre, le 6 pluviôse an II (25 janvier 1794). Elle lui donna trois filles et deux garçons. JEAN-ALEXIS entretint, avec les membres de sa famille, habitant les Deux-Sèvres, des relations épistolaires suivies, notamment avec sa soeur Jeanne, de Moncoutant, et avec son frère Pierre-François, lequel après avoir vécu à La Châtaigneraie, épousa une piémontaise, Mlle Caldelari, avant de s'installer à Fontenay-le-Comte où il dirigea une institution. On a retrouvé quelques-unes de ses lettres. Il s'y plaint des perturbations que les évènements révolutionnaires ont entraîné dans son entreprise de serrurerie. Il en est résulté des difficultés financières qui lui ont causé bien des soucis et son mauvais état de santé est venu aggraver une situation d'autant plus difficile qu'il a cinq enfants. Le plus jeune, ALEXIS-FRANÇOIS-AUGUSTE, né le 8 mai 1796 - 19 floréal an IV (à Aix-en-Provence), était élève du lycée ce qui lui coûtait fort cher.

JEAN-ALEXIS est décédé à Aix-en-Provence le 19 décembre 1821.

 

Mignet Alexis-François-Auguste naissance z

 

ALEXIS-FRANÇOIS-AUGUSTE MIGNET n'était autre que le futur historien auquel la municipalité d'Aix avait accordé une bourse qui lui permit de poursuivre ses études, d'abord dans sa ville natale, puis à Avignon. De retour à Aix, il y fit connaissance de Thiers à la Faculté de Droit. L'un et l'autre y exercèrent la profession d'avocat. Un an et demi plus tard, Mignet partit pour Paris.

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Rédacteur politique au Courrier Français, il y soutint contre la dynastie des Bourbons, une polémique qui lui conféra l'une des premières places dans le camp des libéraux.

La publication, en 1824, de son Histoire de la Révolution de 1789 à 1814, écrite dans un style simple et vigoureux eut un grand retentissement.

Il prit, avec Thiers et Armand Carrel, une part active à la fondation du journal Le National qui mena campagne contre le gouvernement de Charles X. Après la révolution de 1830, il refusa de faire partie du ministère. Il accepta seulement le titre de conseiller d'État et les fonctions de directeur des archives des affaires étrangères.

- Chevalier de la Légion d'honneur, le 1er mai 1831 - Officier, le 31 décembre 1835 - Commandeur, le 5 mai 1840 - Grand-Officier, le 29 juillet 1871.

Après 1851, il se consacra à ses études historiques et publia divers ouvrages dont une Histoire de la Réforme, un Charles-Quint, une Histoire de Marie Stuart.

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François Mignet, qui était resté célibataire, s'éteignit la même année que Thiers, son compagnon de toujours, à l'ombre duquel il avait élaboré ses nombreux travaux historiques. (24 mars 1884) - Ses obsèques ont eu lieu à Paris le 30 Mars 1884. Il sera inhumé à Aix au cimetière St Pierre le 3 Avril 1884.

 

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Mignet Henri z

Un autre Mignet, descendant du notaire et maître d'école chapelais et du serrurier d'Aix-en-Provence, le Charentais Henri Mignet acquit, dans les années trente, une célébrité internationale.

Ingénieur, radio-électricien, bricoleur génial aux multiples talents et passionné d'aéronautique, il dessina les plans d'un petit avion "le pou du ciel" construit à de nombreux exemplaires et qui révolutionna le monde de l'aviation légère.

Henri Mignet, après avoir sacrifié sa fortune à son invention, mourut pauvre, à 72 ans, le 31 août 1965, à Pessac (Gironde). Il repose près de Royan dans le petit cimetière de Saint-Romain-de-Benet.

 

 

Extrait : La Chapelle-Saint-Laurent - Maurice Poignat

Archives nationales - Base Léonore

AD79 - Registres paroissiaux de La Chapelle-Saint-Laurent

AD13 - Registres paroissiaux d'Aix-en-Provence.