MARIE-JEANNE RICHARD

RICHARD MARIE JEANNE Z


Marie-Jeanne Richard est née le 6 juin 1776, à Chiché, près de Bressuire, dans une famille plus qu'aisée "dont la culture de la terre et le commerce du bétail étaient la profession". Mais ce n'est pas une famille de petits cultivateurs. Son père était fermier général des ducs de Richelieu pour les terres et seigneurie de Glénay (Pont-Courlay) qu'il acquerra en 1789 - et au moins propriétaire de la châtellenie de Noirterre et du fief et seigneurie des Espoix (paroisse de Luzay), ainsi que des fiefs de Bonnevent et de Donneuil (paroisse de Saint-Varent). Vers 1788, il habitera le château de Glénay.

Glénay Château - Saint-Varent z

En 1793, ayant perdu ses parents, quelques années auparavant, "elle faisait valoir, par elle-même, son domaine de Glénay, sous la tutelle de l'un de ses oncles, demeurant à Noirlieu, un nommé Richardin, dit le Brigand et connu dans la région pour un scélérat et un vrai gibier de guillotine".

Ce Richardin "la pressoit souvent de venir chez lui, la menaçant que si elle n'y venoit pas, les patriotes brûleroient sa maison, et qu'il ne feroit pas ses affaires".

Marie-Jeanne résista assez longtemps, puis céda. Dans les débuts de juillet 1793, elle se retira chez lui, à Noirlieu. Une douzaine de Rebelles, à cheval, étaient venus la chercher et avaient emporté avec eux une charge de linge et d'effets. On la vit partir au milieu d'eux, à cheval elle aussi. [Selon une notice biographique, signée Furlaud en 1849, sur M. L. Texier-Olivier, Marie-Jeanne Richard avait, "à seize ans, commis le crime d'être traînée par une tante, épouse de son tuteur, l'un des chefs de l'insurrection, à la suite de l'armée vendéenne".]

 

A partir de ce moment, elle avait suivi les troupes de l'Armée Catholique et Royale dans toutes leurs marches jusqu'à la déroute du Mans où Richardin avait été tué, et elle-même faite prisonnière. Elle avait alors été transférée à Tours pour y être traduite devant la Commission Militaire.

Le procès dura quelque peu puisqu'il connut trois audiences - les 5, 15 et 16 mars - et que l'huissier de la Commission fut délégué à Glénay afin d'enquêter sur place. Marie-Jeanne, à laquelle on manifestait plus d'égards qu'il n'est coutume, avait toujours affirmé qu'elle avait été conduite chez Richardin malgré elle, et qu'elle l'avait suivi contre son gré. Le noeud du procès se situait là : y avait-il eu ou non contrainte ?

A Glénay, Herpin (Pierre-Louis) obtint de la Municipalité un certificat extrêmement favorable, sans qu'il y fût pourtant parlé de contrainte. Sur ce dernier point - Herpin avait peut-être travaillé en ce sens - tous les témoignages entendus par la Commission Militaire furent unanimes : l'inculpée, véritable patriote, avait eu la main forcée. Furent unanimes, sauf l'un d'eux, serviteur congédié, qui manifesta quelque réticence : "Lorsque les brigands se furent répandus dans tout le pays, son oncle vint souvent chez elle, lui fit sentir qu'il étoit maître actuellement, qu'il feroit ses affaires, l'engagea encore à venir chez lui, et qu'alors il lui parut que les principes de la fille Richard avoient changé, et que ce fut alors qu'elle s'en fut, ou fut emmenée chez son oncle par dix ou douze brigands ; qu'à l'époque où elle s'en fut, les municipaux de Glénay étoient en fuite ..."

Marie-Jeanne Richard est donc acquittée solennellement et aux acclamations d'un Peuple immense. Qui a écrit ces derniers mots ? Texier-Olivier en réponse aux accusations de Sénar : "Les Brigands de la Vendée en évidence. Ce fut lui qui épousa la fille Richard, sans dédaigner le soupçon de son crime" (révélations puisées dans les cartons des Comités de Salut Public et de Sûreté générale ou Mémoires inédits de Sénar, Pris, 1824). En effet Marie-Jeanne Richard deviendra Madame Louis Texier-Olivier.

Si l'on confronte certaines dates, l'on en déduit que les Texier-Olivier se sont peu connus avant le mariage, et dans quelles conditions ! Marie-Jeanne Richard arriva dans les geôles tourangelles à la mi-décembre et les quitta le 16 mars. Louis Texier-Olivier fut arrêté le 9 février (1794) et transféré aussitôt à Paris. Lavé des accusations qui avaient été portées contre lui, il reprenait ses fonctions d'administrateur du département le 4 juin. Le même jour, à six heures de l'après-midi, Brutus Bruère puîné l'unissait à Marie-Jeanne Richard, pour le meilleur et pour le pire, en présence des quatre témoins nécessaires dont Louis-François Devaulivert et Pierre-Louis Herpin ... ces deux noms associés à celui de l'époux expliquant peut-être la clémence de la Commission Militaire.

Si les fiançailles - à supposer qu'il y en ait eu - avaient été quelque peu dramatiques, la lune de miel ne le sera pas moins. Le 24 juin, Sénar faisait arrêter Madame Texier-Olivier qui était conduite à Paris pour y être traduite devant le Tribunal Révolutionnaire ... "Oui, Sénar, j'épousai celle que depuis, dans ta soif du sang humain, tu arrachas de mes bras pour la conduire à la tuerie du 22 prairial ; que tu tins vingt jours enfermée au secret, que tu exposas sur une charrette découverte pendant huit jours, à l'ardeur dévorante du soleil, que tu fis conduire de cachots en cachots jusqu'à Paris, que tu plongeas dans l'un des mille réservoirs des buveurs de sang à qui tu présentais la coupe, et que la Révolution du 9 Thermidor a rendu à mes embrassemens, et aux voeux de tous les amis de la justice. Présente à tous ceux que tu cherches à induire en erreur par tes calomnies, tes suppositions, le jugement du 26 ventôse qui acquitte mon épouse, l'arrêté motivé du Comité de Sûreté générale, du 16 Thermidor, ils la garantissent à jamais des nouvelles attaques de ton Cannibalisme, et ma tendresse saura la venger des injures dont tu cherches à l'accabler". (La Théorie des Conspirations mise à découvert, p. 48)

Mme Texier-Olivier recouvrait donc sa liberté le 3 août 1794.

Mort, Sénar devait l'injurier encore. Dans ses Mémoires parus en 1824, on y lit ceci : "C'était dans cette société - la Société populaire - qu'allait s'étaler la fameuse Richard, femme Texier, prostituée des rebelles, vendue à la seconde Commission Militaire qui savait si bien poursuivre les républicains, protéger les rebelles et leurs complices, et trahir ses devoirs".

Ajoutons pour terminer que le ménage fit son chemin ... il fut préfet ... elle fut baronne.


Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 1966 - T34

 

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MARIE-JEANNE RICHARD VEUVE TEXIER-OLIVIER est décédée à l'Hortolary, commune de Montgibaud (19), le 18 décembre 1863, à l'âge de 87 ans.

 

Richard Marie-Jeanne décès z

 

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Louis Texier-Olivier est né à Reignac, le 3 avril 1764, de Louis-François, "receveur au château de Reignac" et de Louise-Renée Hubert. Il fut tenu sur les fonts baptismaux par Me Pierre-Louis Hubert, conseiller du Roy, notaire à Tours, son oncle maternel, et par Françoise Poullet de Roches, veuve Marc Texier-Olivier, sa grand-mère paternelle.

Son père, Louis-François, était veuf en premières noces de Marguerite-Angélique Rossignol, fille de Me Pierre Rossignol, notaire royal à Reignac, et de Marguerite de Lhommaye.

Son grand-père, Marc, sieur des Roches, ancien lieutenant d'infanterie avait pris sa retraite dans la paroisse Saint-Jacques de Reims.

A la Révolution, Louis Texier-Olivier est clerc de procureur à Paris. Il revient en Touraine en septembre 1789, s'installe à Tours et devient "défenseur officieux".

C'est au sein de la Société des Amis de la Constitution que Louis Texier-Olivier fait ses premières armes. Il en est secrétaire. Le 14 mars 1791, il fait partie de la délégation de cette société, qui est chargée de se rendre à Écueillé afin d'apporter à l'abbé Suzor, qui vient d'être élu évêque du département, les félicitations de la société.

Mais c'est en 1792 seulement qu'il prend une part active à la vie publique. Le 5 juillet, il est nommé membre du Bureau de conciliation, et le 12 septembre, il est élu administrateur du département d'Indre-et-Loire.

A partir de cette date, son activité est double ; société populaire et administration du département se partagent ses talents.

Dès son ascension, il trouve Sénar sur son chemin. Les deux hommes se livrent un duel impitoyable. Sénar faiblit un moment mais remonte sur le pavois et son associé Mogue parvient à faire arrêter Texier-Olivier, qui est transféré à Paris.

Texier-Olivier reste quatre mois en détention, se justifie, rentra à Tour, et se marie dès son arrivée.

Ne pouvant espérer l'abattre, Sénar s'en prend alors à Marie-Jeanne Richard, sa jeune épouse, qui a été acquittée quelques mois auparavant par la Commission militaire. Il la fait arrêter moins de trois semaines après le mariage. Elle sera mise au secret, traînée à Paris, enchaînée dans un chariot découvert, souffrant du supplice de l'ardent soleil d'été et enfin jetée dans une geôle où elle n'évitera la guillotine que de justesse.

Après la chute de Robespierre, Texier-Olivier poursuit une carrière heureuse. Il reste administrateur du département jusqu'au jour (22 décembre 1795) où il devient Commissaire du Pouvoir Exécutif près de l'administration du département d'Indre-et-Loire.

Élu au Conseil des Cinq Cents, le 13 avril 1798, il est choisi comme secrétaire de cette assemblée.

Il associe ensuite sa fortune à celle de Bonaparte. Le 2 mars 1800, il est préfet des Basses-Alpes ; de 1802 à 1814, préfet de la Haute-Vienne. Baron d'Empire, il devient membre de la Légion d'honneur.

Révoqué à la Première Restauration, il joue un rôle de premier plan pendant les Cent Jours.

Disparaissant de la scène politique en 1815, il meurt à l'Hortolary (Corrèze), le 23 juillet 1849, dans sa quatre-vingt-sixième année. (Bulletin de la Société archéologique de Touraine - 1945)

 

 

TEXIER-OLIVIER naissance z

Texier-Olivier Louis décès z

 

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De leur mariage est née Louise-Virginie Texier-Olivier, née en 1795, mariée à Limoges, le 18 mars 1813, avec François-Magloire de Beaune.