TOURS
RENÉ FERRAND, 36 ans, né à Tours, département Indre-et-Loire, maître de bateaux, demeurant à Tours.

Procédure engagée contre René Ferrand, accusé d'avoir participé aux noyades de Nantes ; le prévenu conteste et affirme qu'il a été réquisitionné par un officier municipal des Ponts-de-Cé pour repousser dans la Loire les corps de condamnés qui avaient été fusillés près du fleuve ; il signale aussi qu'un chirurgien militaire a écorché des cadavres "en sa présence et pour en avoir la peau et la graisse".

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DÉNONCIATION CONTRE FERRANT, MARINIER

"Aujourd'hui neuf brumaire l'an trois de la République française, une et indivisible. (30 octobre 1794)
Sur l'invitation faitte au cyaprès nommé est comparu le citoyen FRANÇOIS CHEVALLIER, marchand cordier, demeurant à Orléans, rue de la tourneuve près le port, section de Brutus.
Lequel déclare avoir entendu dire au citoyen René Ferrant, qu'il avait été requis pour jetter à l'eau les citoyens qui avoient été fusillés au Pont de Cé sur Angers, et qu'il avoit été requis égallement pour repousser à l'eau les cadavres qui avoient été noyés dans ces deux endroits,
que de plus il avoit aussi dit qu'il avoit vu le chirurgien major écorcher de ces hommes pour en avoir la peau,
et est tout ce qu'il a dit scavoir, lecture à luy faitte a dit contenir vérité,
fait au comité révolutionnaire de surveillance du district à Orléans, les jour et an susdit.
F. Chevallier."

Chevallier signature z

LETTRE DE RENÉ FERRAND

"Orléans, le 9 brumaire l'an 3e de la République, une et indivisible. (30 octobre 1794)
Le Citoyen Ferrand,
au Citoyen Le Blois, accusateur public
Près le Tribunal Révolutionnaire à Paris.
Citoyen,
Je suis détenu depuis six jours dans la prison d'Hilaire d'Orléans sans en savoir le motif.
Cependant, on m'accuse d'avoir participé aux noyades qui ont eu lieu au Pont de Cée, je n'en connoît aucune, si non que j'y ai été requis l'année dernier par deux officiers municipaux et le commandant de la place, y étant avec mes batteaux venant d'Orléans, chargés pour Nantes, pour pousser hors bord les corps morts des malheureux que l'on fusillioit ; ce que j'ay été obligé de faire en étant requis par les authorités constituées, et au nom de la Loi.
De ces officiers, je ne connoît que le citoyen Gatine, pour son officier municipal, au pont de Cée près Angers.
On m'accuse de même d'avoir encore participé à celles qui ont eu lieu à Nantes, rien de si faut puisqu'il est vray quelle se faisoit dans le même tems que la fusillade du pont de cée où j'étois requis comme je vous le dit de l'autre part ; c'est pourquoi je vous déclare que je nay eu aucune connoissance de ce faite, et personne n'est dans le cas de m'accuser d'avoir fait autre chose que ce dont j'étois forcé de faire au pont de Cée, sans savoir si je faisoit bien ou mal, y étant comme je le répette forcé par la municipalité et le commandant.
Enfin cette réquisition fini, j'eut main levée pour conduire mes batteaux à Nantes, pour lesquels ils étoient destinés, et lorsque j'y fut arrivé les noyades et fusillades y avoit heureusement plus lieux ; voilà Citoyen tous les renseignements que j'ai à donner à cette affaire ; il est bien malheureux pour moi de me voir retenu sans en savoir la cause, en y me faisant un tort considérable, ayant entrepris à mon passage ces jours derniers à Amboize la conduite de huit cent pièces de vin destinées pour l'approvisionnement de Paris, pour lequel chargement j'ay déjà fait baisser trois de mes batteaux pour Amboize avec une permission du citoyen Dumier (?), Inspecteur de la Navigation de l'intérieur résidant à Orléans, j'en ay encore quatre autres dans ce port qui ne peuvent partir vue mon arrestation ; en conséquence, Citoyen, tu voudras bien prendre en considération l'exposé cy dessus n'étant rien que la vérité.
Salut & fraternité.
R.F."

René Ferrand, Marinier à Bellecoste, district de Tours, département de Indre et Loire.

Ferrand signature z

EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE & DE SURVEILLANCE DU DISTRICT D'ORLÉANS

"Séance du neuf brumaire l'an trois de la République une & indivisible, (30 octobre 1794)
Vu les copies des pièces dont les originaux ont été envoyés à l'accusateur public près le tribunal révolutionnaire à Paris, relativement aux dénonciations faittes contre le ... (?) René Ferrant, marinier, détenu en la maison d'arrêt d'Hillaire à Orléans, comme prévenu d'avoir participé aux noyades de citoyens à Augernet à Nantes,
Vu aussi la lettre du citoyen Le Blois accusateur public près le tribunal révolutionnaire en datte du 7 de ce mois par laquelle il invite le Comité à faire traduire à Paris dans les prisons dudit tribunal révolutionnaire led. Ferrant,
Le Comité en se conformant à la lettre précitée, arrête que le nommé ferrant sera extrait de la maison d'arrêt d'Hillaire pour être conduit à Paris dans les prisons du tribunal criminel révolutionnaire par la Gendarmerie nationale et sous sa responsabilité.
Invite et requiere au besoin le Commandant de la Gendarmerie nationale à la résidence d'Orlans de faire mettre le présent à exécution dans le plus bref délay.
Fait à Orléans en Comité, les jour et an susdit.

ferrand tribunal signatures z

Le 11 brumaire an 3 (1er novembre 1794), un courrier des membres du Comité révolutionnaire du District d'Orléans, adressé au "citoyen accusateur public près le tribunal révolutionnaire", annonce que ce même jour, au matin, René Ferrand est extrait de la maison d'arrêt d'Orléans pour être traduit de suite à Paris, dans les prisons du tribunal révolutionnaire.

Le 18 brumaire suivant (8 novembre 1794), René Ferrand est amené devant le juge, Pierre Forestier, du tribunal révolutionnaire de Paris, qui lui fait subir l'interrogatoire suivant :

D. ses noms, âge, profession, pays et demeure.
R. René Ferrand, âgé de 36 ans, né à Tours, département d'Indre-et-Loire, maître de bateaux, demeurant à Tours.
D. S'il n'a pas été requis pour conduire des détenus de Nantes à Angers sur la rivière de la Loire ?
R. Que non.
D. S'il n'a pas participé aux noyades qui ont été exercées au pont de Cé ?
R. Qu'il n'y a point eu de noyades au pont de Cée, que par conséquent il n'a pas pu y participer.
D. S'il n'a pas été requis pour mettre à l'eau les citoyens qui ont été fusillés à cet endroit ?
R. Qu'il n'a point été mis en réquisition pour cet effet mais qu'il a été commandé par un officier municipal qui est monté dans le bateau avec lui pour repousser les cadavres qui se trouvoient sur le rivage au milieu de la rivière.
D. Qu'il n'a pas de concert avec un chirurgien écorché de ces noyés pour en avoir la peau ?
R. Que non, qu'il est bien vraye qu'un chirurgien major dont il ignore le nom en a écorché en sa présence pour en avoir la peau et la graisse, mais qu'il ne lui a point aidé.
D. S'il n'a prêté aucun secours à ceux qui ont fait les noyades et les fusillades.
R. Que non.
D. S'il a un conseil ?
R. Non, lui avons nommé le citoyen Bouttroue.
Lecture faite, a persisté et dit ne savoir signer, en conséquence avons signé
Josse
Forestier.

Ferrand signatures de Josse et Forestier z

 

AD85 - Archives de la guerre de Vendée conservées aux Archives nationales - AN W 71-1.