LA MARQUISE DE JOUSSELIN (1780-1867)

St-Germain des Prés - château de la Touche zzz

Le 25 janvier 1780, naquit à Saint-Germain-des-Prés (49), Marie-Louise Hunault de la Chevalerie, fille de René-Gérard Hunault de la Chevalerie et de Marie-Geneviève-Jeanne Jouault. La famille demeurait au château de la Touche, où, au milieu de l'année 1791, elle donna asile à M. l'abbé Béguyer du Marais*, vicaire général d'Angers.

Hunault de la Chevalerie baptême zzz

M. Hunault de la Chevalerie ayant émigré avec son fils, la Touche ne fut plus habitée que par Mme de la Chevalerie et sa fille. Le 1er février 1792, elles allèrent demeurer à Angers ; elles y restèrent jusqu'au 24 juin 1793, époque où les Vendéens, maîtres de cette ville, la quittèrent afin d'aller attaquer Nantes. Pour mettre leur existence à l'abri, toutes deux se jetèrent alors dans la Vendée, abandonnant leurs propriétés.

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Dans ses Souvenirs, la comtesse de la Bouère (1770-1867) donne d'intéressants détails sur nos deux héroïnes :

"Mme de la Chevalerie se fixa à Beaupréau jusqu'à la bataille de Cholet (17 octobre 1793). L'armée vendéenne, comme poussée par un mauvais génie, s'accula de Beaupréau à Saint-Florent-le-Vieil et passa le fleuve (18 octobre). Mme de la Chevalerie la suivit, jusqu'à ce que sa fille étant attaquée de la petite vérole, elle fut obligée de s'arrêter dans une métairie de la paroisse de Saint-Germain. Un grenier devint leur asile dans la saison la plus froide ; mais les maux physiques s'effacent devant les frayeurs, et elles en éprouvèrent plus d'une fois de bien grandes quand les bleus venaient visiter cette métairie, jurant d'exterminer les brigands (Vendéens) et tout ce qui leur appartenait ! Grâce aux braves gens qui les cachaient, la mère et la fille échappèrent à leurs poursuites.

Dès que Mlle de la Chevalerie fut en état de s'éloigner, par prudence, elles changèrent de domicile ; mais, ayant été rencontrées par les bleus, elles furent menées dans la prison de Saint-Aubin, à Angers (22 novembre 1793). Au moment où cette ville était menacées d'être assiégée, Mme de la Chevalerie et sa fille, avec d'autres prisonniers, furent conduits aux Ponts-de-Cé (30 novembre). Là, beaucoup d'entre eux furent fusillés, d'autres sabrés et jetés dans la Loire, ce qui était facile, les prisonniers étant réunis en masse sur ces ponts. Chacune des victimes s'attendait à la mort, était résignée et faisait le sacrifice de sa vie, à laquelle il semblait qu'on ne tenait plus, surtout quand la barbarie des républicains les porta à séparer les enfants de leurs mères, spectacle qui fut si déchirant qu'il ne faut pas essayer de le peindre (1er décembre).

Mlle de la Chevalerie fut donc arrachée des bras de celle qui lui avait donné l'existence ; il en fut de même de Mlle de la Béraudière, etc. On délibéra sur ce qu'on ferait des prisonniers qui restaient. Il fut décidé qu'on remettrait leur exécution après le siège d'Angers (3 et 4 décembre), et qu'aucun ne serait épargné si les républicains n'étaient pas victorieux. Les jeunes personnes furent réunies à d'autres encore qui avaient été enlevées à leurs mères. Sans pitié pour leurs larmes et leurs cris de désespoir, elles furent entraînées en prison dans une église, à Doué-la-Fontaine. Le hasard fit, sans qu'on pût l'expliquer, que le jeune de Violaine (fils du propriétaire du château et de la terre de la Morozière, à Neuvy) fut emmené avec ces jeunes filles parmi lesquelles il s'était trouvé. Il partagea leur réclusion. Plus tard, ces enfants furent mis sous la sauvegarde de la loi, ce qui les sauva du cruel tribunal de sang.

Un jour que des officiers républicains pénétrèrent dans cette prison, l'un d'eux, aux regards farouches, trouvant Mlle de la Chevalerie à son gré (la petite vérole avait épargné ses traits, elle est devenu très belle femme), s'approche d'elle pour l'embrasser. La prisonnière ne cherche pas à dissimuler son horreur pour cet homme ; il menace de la tuer, si elle refuse de se laisser embrasser ; mais la jeune fille répond courageusement qu'elle ne craint pas la mort. Alors, ce furieux tire son sabre et s'avance vers sa victime pour exécuter sa menace, quand il en fut empêché par un de ses camarades, qui arrêta son bra et l'entraîna au dehors. La pauvre petite prisonnière se croyait délivrée ; mais bientôt on l'avertit que ce bandit revenait. Effrayée, elle se cacha bien vite sous la paille qui lui servait de couche. Cet homme féroce, désappointé de ne pas trouver celle qu'il cherchait parmi ses compagnes, se mit à jurer qu'il voulait la retrouver pour la punir de son audace. Le tapage qu'il faisait, fut entendu du dehors par des hommes plus qu'humains. Ils rappelèrent que ces infortunées étaient, par leur jeunesse, sous la sauvegarde de la loi. Ces paroles leur valurent des protecteurs, et on défendit à cet homme de franchir le seuil de la prison.

Si au travers des horreurs de ce temps il se trouve un être compatissant, le coeur se dilate et son nom ne doit pas tomber dans l'oubli. Je veux parler d'un peintre de Paris, nommé Lebel : par sa fermeté, il contribua à sauver ces jeunes filles de la brutalité d'un monstre. Il fallait plus que du courage, à cette époque, pour faire le bien. Cet homme estimable chercha à donner des soulagements aux pauvres recluses, et à la mère de celle qui lui devait la vie, en lui donnant des nouvelles de son enfant.

Par bonheur, Mme de la Chevalerie avait été envoyée à Chartres, où elle fut oubliée dans la prison. La mort de Robespierre vint à propos pour la sauver, ainsi que bien d'autres. Son mari et son fils avaient émigré. Mlle de la Chevalerie fut rendue à la liberté, ainsi que la plupart de ses compagnes ; elle épousa M. de Jousselin, brave Vendéen, qui avait combattu jusqu'à la bataille de Savenay. Là, réduit, pour éviter la mort, à entrer dans un corps républicain, il put s'y soustraire et rentrer dans la Vendée, où il servit jusqu'à la pacification."

C'est le 1er mars 1794 que Mme de la Chevalerie était arrivée à la prison de Chartres. Le 6 décembre suivant, un arrêté du Comité de Sûreté générale ordonna sa mise en liberté, et le 11 décembre, la municipalité de Chartres lui délivra un passe-port pour le département de Maine-et-Loire. Le 5 mai 1795, elle fit la déclaration suivante à Étienne-Michel Myionnet, juge de paix du 2e arrondissement d'Angers : "Quand nous fûmes transférées aux Ponts-de-Cé, on arracha les enfants d'entre les mains de leurs mères. Étant de ce nombre, j'eus beaucoup de peine à me séparer de ma fille. Je ne m'en séparai que dans l'espoir qu'elle serait mise en liberté et parce que je fus menacée d'être fusillée, ainsi que les autres mères. C'est Gouppil qui fit cette opération."

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C'est le lundi 28 décembre 1795 (7 nivôse an IV) qu'eut lieu, dans le salon du Lavoir, transformé en chapelle, le mariage de Louis-Charles-Emmanuel (Louis-Charles-Noël) marquis de Jousselin, né le 25 octobre 1774 25 décembre 1773, à la Gaucherie-aux-Dames (Montilliers), de Louis-René de Jousselin et de Louise-Mélanie de Laurens, avec Marie-Louise Hunault de la Chevalerie. Stofflet, qui demeurait à la Morozière, vint ce jour au Lavoir pour servir de père à la jeune et gracieuse fiancée, et la cérémonie fut faite par l'abbé Bernier, curé de Saint-Laud, commissaire civil auprès de l'armée catholique et royale. Des vers charmants, composés par un officier vendéen, furent chantés à ce mariage. Ils exprimaient d'admirables sentiments de loyauté et d'honneur. Mme de Cambourg (1763-1855) aimait à les redire jusqu'à la fin de sa vie.

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Le marquis de Jousselin reçut en 1815 le brevet de colonel d'infanterie, et mourut à Angers le 24 mai 1854 ; il était chevalier de saint Louis et de saint Ferdinand d'Espagne.

Quand à la marquise de Jousselin, sa veuve, elle décéda à Angers, boulevard du Château, le 24 octobre 1867, dans sa 88e année.

 

HUNAULT de la Chevalerie décès Angers 2ème arr zzz

M. et Mme de Jousselin avaient eu deux fils et deux filles. L'une d'elles, Mlle Marie-Élisabeth, née en 1799, épousa en 1820 M. Magdelon-Hyacinthe du Buat, et mourut en 1859.

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- Mme de la Rochejaquelein dit, à propos de la bataille de Dol, qui eut lieu les 21 et 22 novembre 1793 : "J'ai vu une femme de chambre de Mme de la Chevallerie, pleine d'ardeur, prendre au galop, un fusil à la main, le chemin de la ville, en criant : "En avant ; au feu les Poitevines !"

* François-Félix Béguyer du Marais, originaire du diocèse, reçu docteur en théologie le 7 août 1777, devint chanoine de la cathédrale le 3 juin 1780. Mgr de Lorry le nomma vicaire général en 1785 et à partir du 31 décembre 1857 il remplit les fonctions de pénitencier. Parti pour Paris en 1791, il mourut en cette ville le 15 mai 1792.

L'Anjou historique - avril 1923 - p. 77 à 80