LE MARILLAIS
LISTE DES VICTIMES DE LA RÉVOLUTION DE LA PAROISSE DU MARILLAIS

l'abbé Méfray

Cette liste a été établie suivant les notes manuscrites laissées par un recteur du Marillais à une date non précisée (il s'agit de M. le Curé Méfray, qui a recueilli des renseignements auprès des survivants de cette époque tragique, plus de cinquante ans après.

Ces notes font état de la démarche des paroisses voisines de Saint-Florent auprès de Bonchamps our se mettre à leur tête. Quatre jeunes gens furent députés par Le Marillais, ce furent : René Allard, François Redureau, Pierre Testard et René Vincent. Par la suite, cent trente cinq hommes suivirent Bonchamps, qui aimait à les appeler ses gars du Marillais. Ils étaient parmi les plus braves soldats de Bonchamps. Ils se sont surtout distingués à la prise de Thouars (5 mai 1793) ; ce sont eux qui, sur l'ordre de Bonchamps, ont escaladé les murs des jardins en saisissant les canons des fusils que les Républicains passaient par les petites meurtrières.

On dit d'ailleurs que, par la suite, "lorsque la Duchesse d'Angoulême est passée à Saint-Florent, les survivants du Marillais se présentèrent tous avec un plumet blanc à leur chapeau. En les voyant arriver, les chefs qui commandaient à Saint-Florent, disent : "Voilà les Braves du Marillais" et les font mettre à la place d'honneur".

Ces feuillets font surtout état du "nom de certaines familles qui ont fourni des hommes, et par village", précisant toutefois les noms de ceux qui tombèrent dans les combats contre les Républicains, ou massacrés par les Bleus :

 

CHOUAN FEMME ENFANT

 

Les notes suivantes indiquent les noms de victimes à ne pas confondre avec ceux cités simplement pour un incident ou un fait particulier.

- JULIEN BERTHELOT, du village de la Blardière, avait été nommé par les gars du Marillais - quelques jours après la prise de Saint-Florent, le mardi 12 mars 1793, par les paroisses voisines soulevées contre la conscription - membre d'une commission chargée d'administrer la commune du Marillais et composée de quatre membres : Julien Berthelot, de la Blardière ; Jean Couescault, de la Gourbillonnière ; Jean Allair, du même village ; et René Vincent, de la métairie de la Bâclaire.

Deux de ceux-ci : Julien Berthelot et Jean Allair, se rendirent à Saint-Florent pour demander au commandant républicain le maintien dans la paroisse du Marillais du curé Perrichon, non assermenté. "Nous avons, dit hardiment Berthelot, en présence de l'intrus de Saint-Florent, Vallée, nous avons un excellent curé en Mr Perrichon et nous n'en voulons point d'autre ; et jamais nous ne souffrirons d'intrus dans la paroisse." Et comme Vallée ne cessait de lui couper la parole, il lui dit : "Citoyen, laisse-moi dire au Commandant ce que je veux lui dire, tu parleras après".

Mais à quelques jours de là, quatorze soldats républicains à cheval arrivèrent à Saint-Florent au village de la Blardière, se saisirent de Julien Berthelot, le dépouillèrent de ses habits, ne lui laissant que sa culotte et sa chemise, et l'attachèrent à la queue d'un de leurs chevaux. Il fut ainsi emmené nu-tête et pieds nus pour être fusillé. Là, deux versions sont données : d'après l'une, il aurait été conduits à Angers et fusillé le lendemain sur le champ des Martyrs. Il y a certainement confusion avec Julien Berthelot fils, qui lui, fut conduit à Angers quelques jours plus tard pour être fusillé sur le champ des Martyrs d'Avrillé (qui à l'époque faisait partie d'Angers). D'après l'autre, il aurait été fusillé dans l'Ouche de Saint-Nicolas (l'actuel pré des Martyrs du Marillais).

Julien Berthelot avait été dénoncé le 8 avril 1793, par deux misérables d'une paroisse voisine. En fait, il cachait chez lui l'abbé Beurier qui devint curé de Notre-Dame de Cholet après la Guerre de Vendée ; il donnait également l'hospitalité à deux autres prêtres, à M. de Nozil et à deux autres nobles. Ils réussirent tous à s'échapper, tandis qu'on se saisissait de Berthelot.

Les quatorze soldats, partant de la Blardière, se rendirent au village de la Gourbillonnière pour se saisir de Jean Couescault. Mais celui-ci se trouvant dans son grenier les vit venir et, se laissant glisser par une croisée située sur l'arrière, gagna rapidement la campagne. Jean Allair, du même village, ayant été averti par ses deux enfants, se sauva à toutes jambes à travers champs. Mais malheureusement, René Vincent, de la Bâclaire, fut surpris par les soldats au moment où il sortait de chez lui, et fut emmené avec Julien Berthelot et fusillé comme lui. Il est donc la seconde victime.

- RENÉ VINCENT, du village de la Bâclaire, cité plus haut, fut fusillé à l'endroit dit "la fosse à gros-cul" (ou dans l'Ouche de Saint-Nicolas, porte aussi une note).

- PIERRE TUFFET, du village des Lugaudières, a été fusillé à Bouzillé à l'entrée du Bois Noir.

- JACQUES DUPONT, du même village, a été tué à Mortagne.

- A la Ferrouère, une fille, MARGOTTE COGNÉE, morte.

- Une fille ALLARD, des Lugaudières également, a été fusillée dans les environs.

- JULIEN TUFFET, du village de la Rue (Julien Tuffet fils) a été "dénoncé pour avoir donné asile à son oncle Terrien, chanoine de Saint-Pierre-Montlimart ; il fut fusillé à la "fosse à gros-cul".

- JEAN TOUBLANC, du village de la Géjuère, fut sabré chez lui le 14 mars 1794.

- FRANÇOIS VINCENT, dit "Le Large", du même village, était parti avec ses quatre fils, et firent tous la tournée de galerne. Mais si trois de ses fils en revinrent, lui y périt, de même que son fils ci-dessous.

- RENÉ VINCENT, fils du précédent, a péri en galerne.

- PIERRE ALLAIR, du même village de la Géjuère, fut fusillé chez lui le 14 mars 1794.

- FRANÇOIS DIET, du village de la Lande du Croulais.

- Un fils VINCENT, du village de la Lande du Croulais.

- Un BOUYER, du village de la Lande du Croulais.

- FRANÇOIS HUCHON, du village de la Lande du Croulais.

- Un GAZEAU, du village de La Lande du Croulais.

Ils ont, tous les six, péri dans la tournée de galerne. (Les frères Gazeau, de la Richardière, sont revenus de la tournée de galerne).

- JULIEN BERTHELOT, fils, du village de la Blardière, a été fusillé dix jours après son père (Julien Berthelot, que j'ai cité en premier), "à la fosse à gros-cul". (Il doit y avoir une erreur de lieux. Ce Julien Berthelot, fils, a été fusillé au champ des Martyrs d'Avrillé. Son nom figure dans la chapelle des Martyrs de cette ville).

- PIERRE TESTARD, "qui ne connaît que son chapelet et son fusil", a été tué à Laval. Il était aussi de la Blardière.

- JULIEN ALLAIR, du même village, fut sabré sur la place de la Gourbillonnière.

(François Diet, de ce village, était courrier et a sauvé la vie à Marie Vincent, devenue femme de Mathurin Bouyer, en la mettant en croupe).

- MICHEL BOUCHEREAU et LOUIS AUDUSSEAU, du village du Seil, ont été fusillés à Liré.

(Jacques Bourget, blessé le même jour qu'eux, mais on ne dit pas quel jour, a échappé).

- ÉTIENNE BLIN, du même village du Seil que les précédents, a été fusillé à la Boire-Giron.

Au village de la Gourbillonnière, on a vu précédemment comment Jean Couescault eut la chance de pouvoir échapper aux soldats républicains. Dans ce même village, un JEAN ALLAIR ou ALLAIRE fut commissaire aux vivres pour les Royalistes qui passaient de la galerne au Marillais. La Petite Coutière leur servait d'asile. La note dit que ses deux fils s'étaient réfugiés au Mans, et que c'est l'un d'eux, Pierre Allaire qui dicta ce qui est noté, au recteur du Marillais.

Dans ce même village de la Gourbillonnière, MATHURIN BOUYER remplaça comme commissaire Julien Berthelot quand celui-ci fut fusillé. C'est lui qui était chargé de désigner les hommes qui devaient monter la garde sur le rivage (de la Loire) ou rejoindre l'armée. Il faillit être brûlé vif dans une chambre de la Bay-Colin (Rue-Colin) avec d'autres Ils échappèrent en faisant un trou dans la muraille avec leurs couteaux. Il y avait là un Pierre Bouyer, dit "Sauteur" pour la façon dont il échappa un jour aux soldats républicains ... ; Jean Gingue, qui fut blessé d'une balle à l'épaule en sortant de la chambre embrasée ; René Gingue, son père ; Jeanne Bouyer et sa fille Marie, qui s'en tirèrent aussi.

A la Bay-Colin, les notes citent un Jacques Bouyer qui fut nommé capitaine aux Cent Jours ; et un Jean Vincent qui déserta les armées républicaines à Joigny, en Bourgogne, et pour rejoindre son pays traversa la Loire sur une claie garnie de joncs.

A la Bâclaire, il a été question précédemment de René Vincent, commissaire, qui fut fusillé. Les notes parlent d'un Michel Vincent qui devint 'capitaine d'une garde du rivage aux 100 jours" ; et de quatre frères Onillon : Louis "vigoureux soldat", François dit "La Chance", Pierre et René. Trois de ces frères avaient fait la tournée de galerne et rentrèrent chez eux.

A la Rougerie, LAZARE AVRILLAUD et son frère RENÉ firent aussi la tournée de galerne.

- BENOÎT CHAUVIN, de la Lande-Pivin, "s'est noyé à la tête de l'île Briand en allant en correspondance avec un nommé Hubert de Varades."

Un FRANÇOIS CHAUVIN, de ce même village, fut blessé à l'affaire de Saint-Florent. Il est dit (à moins que ce ne soit son fils du même prénom) "salpétrier". Il était connu sous ce nom là, parce qu'il faisait de la poudre pour les Vendéens.

- OUVRARD, fils, a fait la tournée de galerne et a été fusillé dans la pièce de la Rougerie, près de la Bâclaire. Il était du village de la Jouquelière.

- HONORÉ CHAUVIN, du village des Brosses, a fait la tournée de galerne et a été tué à Laval.

- RENÉ DALAINE, du même village, a été guillotiné à Angers.

Dans ce village des Brosses, les notes citent Pierre Ouvrard et ses quatre fils comme étant de "braves soldats".

A la Chenilière, FRANÇOIS ALLARD et son frère eurent la vie sauve, à leur retour de galerne, grâce à Testard qui fut convoqué par les républicains à la Chapelle-Saint-Florent qui lui dirent "Les Allard, de la Chenillère, sont de retour de la galerne, il faut les dénoncer et les faires prendre". Ainsi fut-il convenu. Mais Testard était un très honnête homme incapable de faire du mal, et en revenant de la Chapelle-Saint-Florent au village du Seil, où il devait habiter ou du moins habitait son gendre Pierre Blin, Testard fit prévenir les Allard qu'ils avaient été vus et qu'ils devaient se cacher. Ce qu'ils firent tout aussitôt. Ils furent sauvés d'une mort certaine.

- PIERRE DENIAU, du bourg du Marillais, a fait la tournée de galerne, mais qui est mort à Laval.

- MATHURIN BENOÎT, du bourg également, est "mort au service".

Un feuillet spécial des notes porte le titre de "Massacres", et donne quelques noms de victimes qu'il y a lieu de joindre à la présente liste. Ce sont :

- MARIE BABIN, du village des Lugaudières.

- RENÉE BOURGET, du même village (sans doute l'épouse ou la fille de François Bourget, dit "Bénaise").

- MICHELLE OUVRARD, du même village, femme de Pierre Tuffet fusillé à Bouzillé, à l'entrée du Bois Noir comme déjà indiqué.

- JULIENNE DUPONT, du même village des Lugaudières que les précitées, sans doute la femme ou la fille de Jacques Dupont, tué à Mortagne comme noté précédemment.

- La première femme de Pierre DANDÉ, de la Bolinière (une borderie où les quatre frères Dandé servirent sous Bonchamps).

Ces cinq femmes précitées furent emmenées à la Bourgonnière et fusillées dans la pièce dite de l'Allée.

- LOUISE BOURGET, femme Germond, de la Gourbillonnière, sans doute la femme de René Germond, cousin germain de M. Germont, curé de Saint-Herblon.

- MARIE GUÉRY, du village de Seil.

Ces deux femmes furent fusillées aux Lugaudières ; leurs corps y sont encore aujourd'hui, dit la note de la cure ; mais il n'y a pas de date ici non plus.

- JOSEPH BABIN (on ne dit pas où il habitait au Marillais), fusillé dans le pré de la Noue, au bas du chemin du village de la Rue.

- JEAN BABIN, fils du précédent, a été tué à Laval (son frère Mathurin y a été blessé d'une balle au pied).

J'interromps ici le récit des feuillets de la cure du Marillais pour dresser la liste d'autres victimes de la paroisse, relevées sur le registre de l'état civil de 1794. Il s'agit surtout de massacres d'habitants, le plus souvent dans leurs villages :

- Je dois noter d'abord, CHIRON, boulanger au bourg (Notre-Dame du Marillais), enfermé dans l'église de Saint-Florent et fusillé.

- RENÉ VINCENT, tué le 3 janvier 1794.

- JEAN DIET, massacré le 16 mars 1794.

- L'époux de Jeanne PINEAU, massacré le 16 mars 1794.

- JEAN OUVRARD, massacré le 16 mars 1794.

- JEANNE OUVRARD, massacrée le 16 mars 1794.

- MARIE OUVRARD, massacrée le 16 mars 1794.

- JEAN REDUREAU, massacré le 16 mars 1794.

- ÉTIENNE BLIN, massacré le 16 mars 1794.

- PIERRE ALLAIRE, massacré le 16 mars 1794.

- ANDRÉ ALLAIRE, massacré le 16 mars 1794.

- JULIEN ALLAIRE, massacré le 16 mars 1794.

- FRANÇOIS GAZEAU, massacré le 16 mars 1794.

- LOUISE BOURGET, massacrée le 16 mars 1794.

- PIERRE TUFFET, massacré le 16 mars 1794.

- PIERRE HUCHON, massacré le 16 mars 1794

- JEAN COGNÉ, massacré le 16 mars 1794.

- JEACQUINE COGNÉ (sa fille),  massacrée le 16 mars 1794.

- JOSEPH COGNÉ (son petit-fils), massacré le 16 mars 1794.

- MICHELLE OUVRAD (déjà nommée, épouse de Pierre Tuffet),  massacrée le 17 mars 1794

- JEANNE VINCENT, massacrée le 6 juin 1794

- LOUISE COICAUD, massacrée le 6 juin 1794.

- JEACQUINE LAMOUREUX, massacrée le 6 juin 1794.

- JEANNE HALBERT,  massacrée le 6 juin 1794.

- JACQUES CHIRON, clerc de notaire, fusillé au champ des Martyrs d'Avrillé.

- PIERRE AMILLON, mort à Angers le 22 janvier 1794

- RENÉ DIET, mort à Angers vers le 20 juin 1794

- RENÉ BOUYER, dit "La Tempête", tué à Blain le 22 décembre 1793

- FRANÇOIS LECLERC (23 ans) Nantes, 4 janvier 1794

- PIERRE MERCIER (43 ans), Nantes, 4 janvier 1794

- MATHURIN AUSSARD (28 ans), Nantes, 4 janvier 1794

- FRANÇOIS LE CLAIRE, Nantes, 15 nivôse an II.

- PIERRE MERCIER, Nantes, 15 nivôse an II

- MATHURIN PAULOND, Nantes, 15 nivôse an II

- MATHURIN GIRAUD (22 ans), Nantes, 15 nivôse an II

- JACQUES MACÉ (9 mois), fils de Jean Macé et de Renée Douézy, mort à Angers à l'Hospice des enfants de la Patrie.

- MARIE TÉTARD (7 ans et demi), fille de François Tétard, sabotier, et de Marie Ouvrard, morte au Bon-Pasteur à Angers, le 4 floréal an II.

PIERRE AMILLON et RENÉ DIET, sus-nommés, furent sans doute fusillés, guillotinés ou morts de misère dans les prisons surpeuplées et infectes d'Angers.

Une note des Feuillets de la Cure précise que le registre de 1794-1795 est signé de M. Plouzin, vicaire à Saint-Herblon, qui desservit quelque temps Bouzillé et le Marillais, mais qui dut s'en aller à la Chapelle de Montrelais et peu de temps après fut tué. M. le Curé de La Chapelle-Saint-Florent se chargea de la paroisse. C'est donc ses Registres qu'il faut consulter pour cette période.

Dès lors, M. Courgeon, curé de la Chapelle-Saint-Florent, desservit donc la paroisse du Marillais, mais aussi, en même temps, celles de Bouzillé, La Boissière et Liré, qui n'avaient pas de prêtre.

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On remarquera, au bas de cette première page du registre, l'annotation de M. l'abbé Courgeon, curé de La Chapelle, qui indique que ce registre, établi pour sa paroisse, contiendra également les actes de baptêmes, mariages, etc., des paroisses voisines qui n'ont pas de prêtre : La Boissière, Le Marillais, Bouzillé et Liré.


Le Marillais - Henri Boré - 1985