Angles église

JEAN-FRANÇOIS DUGAST
Curé d'Angles, de Sainte-Cécile
(1755-1827)

MM. Dugast frères préférèrent l'exil à l'apostasie.

L'aîné, Major, comme on l'appelait dans le clergé de Luçon, Jean-François, né à Barbâtre le 9 mars 1755, était curé d'Angles à la Révolution. Il fut des premiers prêtres qui refusèrent le serment.

Dugast JF baptême

Quand les autorités du district des Sables, dans le but de faire exécuter les lois du 25 janvier et du 21 mai 1792 sur le recrutement militaire, se présentèrent dans cette commune, elles se heurtèrent à une hostilité complète de la part des jeunes gens. Le président Dardel fut insulté, le juge de paix fut frappé et sa maison pillée. L'émeute allait s'étendre lorsqu'arrivèrent les gardes nationaux de la Tranche prévenus à la hâte. Ils chargèrent à la baïonnette et rétablirent l'ordre.

M. Dugast fut accusé d'avoir suscité ce soulèvement, qui était le fait de quarante jeunes gens menacés d'être enrôlés et ne voulant pas partir. Le receveur du domaine se présenta devant le Directoire du district sablais pour soutenir cette accusation contre le curé d'Angles, comme principal auteur de la révolte.

Aux yeux des patriotes impies, les prêtres qui ne voulaient pas apostasier, étaient cause de tout le mal. Il fallait bien trouver un prétexte de les persécuter et bientôt de les chasser du territoire. Dans ce but, les mensonges et les calomnies ne faisaient pas défaut.

Ce prêtre, disait le receveur des domaines Fevré, se couvrant du voile de la religion catholique était perdu ; que les nouvelles lois l'anéantissaient totalement et que ceux qui les exécutaient étaient des rebelles à la foi. Dugast, abusant d'ailleurs de la sainteté du ministère de paix qui ne lui a été que trop longtemps confié, a tenté de corrompre le zèle et la bonne foi du comparant, en lui prêchant, au tribunal de la pénitence, les maximes les plus pernicieuses. Il lui a demandé des sommes pour payer le repaire de la Proutière heureusement détruit par les défenseurs de la liberté ; il lui a reproché d'avoir assisté à cette attaque et a voulu lui persuader qu'elle était contraire à la religion, ainsi que les lois nouvelles qui en sapaient jusqu'aux fondements.

Dans ce réquisitoire contre M. Dugast, le receveur des domaines, pour être agréable aux membres du district des Sables, mêle les calomnies avec la vérité, sachant bien quelles en seraient les suites. Elles ne tardèrent pas à paraître, et le district prit l'arrêté suivant :

"Toutes ces dénonciations prouvant que les prêtres réfractaires sont aussi ennemis de l'ordre et de la paix que d'une constitution bienfaisante qui leur ôte le privilège d'être impunément pervers.

Le Directoire du district arrête que le Directoire du département sera prié, vu les différentes dénonciations qui lui seront remises, d'étendre les dispositions de son arrêté du 7 mars aux prêtres factieux ci-devant désignés et à tous ceux qui pourraient être légitimement dénoncés dans l'étendue de ce district."

Menacé d'être déporté d'office, le curé d'Angles se décida à quitter le pays et à fuir en Angleterre, avec son jeune frère Jacques-Clément.

(Avant de quitter Angles, il dit à ses paroissiens : "Nous sommes mariés ensemble et personne ne nous démariera ; je reviendrai parmi vous." Il devait tenir parole.)

Il n'y avait pas seulement à éviter un danger certain, mais la nécessité les condamnait au départ, au départ ordonné par les "lois" sanctionnées par des règlements de police, soutenues par la force armée réquisitionnée pour cette lâche besogne, au départ précipité, sans ressources, et plus d'un prêtre dut s'enfuir "presque nu" comme le disait de lui-même un évêque, celui de Dijon, Mgr de Mérinville.

Déjà, beaucoup d'évêques et de prêtres les avaient devancés chez cette nation hospitalière. Des évêques avaient organisé des secours. Mgr de la Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, prit la direction du mouvement, quêtant, distribuant, assisté d'une femme dévouée, Mme Silburn, qui se ruina à cette charité. Ainsi nos prêtres eurent au moins le nécessaire.

MM. Dugast frères revinrent dans la Vendée en 1801 et abordèrent à Noirmoutier. Jean-François fut nommé à Sainte-Cécile, et, plus tard, à Angles, son ancienne paroisse, où sa présence était désirée. Enfin, usé par l'exil et le ministère, il se retira près de son frère à Saint-Cyr-en-Talmondais, où il mourut le mercredi 14 mars 1827, à l'âge de 72 ans, en sa maison dite Le Portail Rouge (ancien curé d'Angles et de la Jonchère).

Une note administrative de 1805 dit de lui : "Bon prêtre, attaché à ses devoirs et au gouvernement".


Saint-Cyr-en-Talmondais église


JACQUES-CLÉMENT DUGAST
Curé de Saint-Cyr-en-Talmondais
(1757-1825)

Comme son frère, Jacques-Clément Dugast, Minor, était né à Barbâtre, dans l'île de Noirmoutier, le 23 novembre 1757. Il fut vicaire de Saint-Cyr-en-Talmondais, et occupait ce poste comme curé lorsque la Révolution vint l'arracher au calme de la vie paroissiale. Il n'hésita point à imiter son aîné et à refuser le serment. Il le suivit en exil en Angleterre et s'attacha à lui pendant tout le temps de leur séjour en ce pays.

Dugast JC baptême

Revenu en 1801, il aborda à Noirmoutier et offrit ses services à M. l'abbé Paillou, vicaire général, qui lui confia son ancienne paroisse.

M. Dugast trouva beaucoup de ruines dans cette localité, ruines morales et ruines matérielles, accumulées par les idées et les guerres de la Révolution.

Nombreux y étaient encore les patriotes. Au lieu de participer à l'insurrection de la Vendée, en mars 1793, cette commune s'était mise en état de défense contre les Vendéens et avait obtenu une petite garnison pour assurer les communications entre les Sables et Luçon. Cette lutte contre les idées politiques et religieuses du reste de la Vendée avait laissé des traces profondes dans les esprits, et la pratique religieuse devait en souffrir. C'est ce qui affligea le pasteur dès son arrivée.

L'état de l'église n'était pas moins lamentable ; cet édifice portait les empreintes du combat qui avait eu lieu en 1795, le 25 septembre. Deux cents républicains s'y étaient retranchés et fortifiés pour soutenir l'assaut de Guérin, lieutenant de Charette. "La garnison, écrit un historien, s'était retranchée dans l'église et dans le clocher, d'où elle dirigeait une terrible fusillade sur les assaillants. Guérin a son chapeau percé d'une balle et deux chevaux tués sous lui. Il met alors pied à terre, ordonne à ses soldats de se couvrir la tête de bottes de foin et s'avance ainsi jusqu'au clocher pour monter à l'assaut." Plusieurs de ses officiers tombent morts à ses côtés, et lui-même, pendant qu'il essaie d'enfoncer la porte à coups de hache, est mortellement frappé de deux balles qui lui traversent la poitrine. Sa mort jette la consternation et le découragement parmi ses hommes, qui prennent la fuite. Ils pleuraient comme s'ils venaient de perdre un père. L'assaut avait duré sept heures et s'était renouvelé six fois."

Les assaillants avaient causé à l'église des dégâts que M. Dugast s'efforça de réparer. Mais il ne put faire que le strict nécessaire et dut se contenter de peu. Malgré tout, son zèle ne fit que s'enflammer davantage au milieu des difficultés qu'il rencontra.

Jacques-Clément Dugast est décédé en son presbytère, le 28 avril 1825, à l'âge de 67 ans.

Aussi, Mgr Soyer avait-il le pasteur de Saint-Cyr en grande estime, et quand M. Dugast vint à décéder après avoir passé encore vingt-quatre ans dans cette population, l'évêque de Luçon fit son éloge publié dans une Lettre pastorale sur les séminaires du 26 novembre 1825, en même temps que celui de deux autres prêtres éminents du diocèse :

"N'est-ce pas le moment, disait le prélat, de marquer notre reconnaissance à la mémoire de trois prêtres vertueux que le ciel a enviés à la terre, dans ces derniers jours : MM. Jean-Aimé Gandillon, Jacques-Sylvain Desplobein et Jacques-Clément Dugast, curé du Saint-Cyr. Après un long exil et de glorieuses souffrances pour la foi, ces hommes respectables ont terminé une vie édifiante, en laissant à ceux qui leur succèdent le précieux souvenir de leurs vertus et le touchant exemple de leur charité pour les jeunes élèves du sanctuaire" (Comme son frère le curé d'Angles, le curé de Saint-Cyr avait fondé dans cette paroisse un Bureau de bienfaisance).

Une note du gouvernement de Bonaparte concernant M. Dugast porte ces mots : "Vicaire dans le diocèse avant la déportation : bon prêtre, d'une bonne conduite, soumis au gouvernement".

AD85 - Bulletins paroissiaux de Noirmoutier-en-l'Île - 1909