Benoît-Joseph Labre

Benoît-Joseph Labre est né en 1748 [le 26 mars] à Amettes. Aîné d’une famille de quinze enfants, son entourage, discernant chez lui une vocation sacerdotale, l’envoie à l’âge de 12 ans chez son oncle, curé d’Érin, pour parfaire son éducation religieuse et préparer l’entrée au séminaire. Ayant renoncé à la prêtrise, il est, dans un premier temps, refusé par le monastère cistercien de La Trappe et la chartreuse de Neuville-sous-Montreuil. Il prend finalement l’habit religieux en 1769 à l’abbaye de Sept-Fonds (Allier). Il la quitte quand il tombe malade. Commencent alors sept années d’errance. Benoît-Joseph choisit une vie de mendiant et de pèlerin allant de sanctuaire en sanctuaire. Il parcourt 30 000 km à pied en treize années et donne le produit de ses quêtes aux pauvres. Devenu membre du Tiers-Ordre franciscain, il fait vœu de ne pas se laver par mortification. Il meurt à Rome en 1783 (le 16 avril), à l’âge de 35 ans, au domicile du boucher Zaccarelli. La nouvelle de sa mort se répand aux cris "E morto il santo". Canonisé en 1881, ses reliques reposent principalement à Amettes, à Marçay (Vienne) et à Rome. (AD62)

Labre acte naissance

  


LA FAMILLE DE SAINT BENOÎT LABRE


En 1783, au jour de la mort du saint, le père et la mère du Bienheureux, qui continuaient la culte de leur mince patrimoine en y ajoutant un petit commerce de mercerie, et qui ne devaient mourir le premier qu'en 1791 et la seconde qu'en 1804, avaient encore neuf enfants, cinq fils et quatre filles.

Amettes maison Labre

Jacques-Joseph, était prêtre depuis 1775, mais une maladie nerveuse l'empêchait d'exercer le saint ministère, et il était à la charge de ses parents. Célestin, le cinquième, était aussi d'une faible santé, qui s'améliora plus tard. Le sixième, François-Joseph, devait mourir à vingt-deux ans, en 1785. Louis-Vincent, le septième, fut ordonné prêtre à Ypres, en 1791, et la renommée de son frère lui valut la faveur de l'illustre famille de Galitzin, qui le chargea de distribuer d'abondantes aumônes aux prêtres déportés. Il mourut à Saint-Pétersbourg, entouré d'une certaine considération. Le plus jeune enfin, Augustin, le filleul du Bienheureux, vécut jusqu'en 1855 à Valhuon.

Des quatre filles, Marie-Anne, Marie-Ursule, Élisabeth et Julie, une seule, Marie-Anne, se maria. Élisabeth accompagna ses frères en exil. Les autres ne quittèrent pas leurs parents.

La famille de notre Bienheureux est vraiment de celles dont parle saint Ambroise, "qui se transmettent comme par héritage l'ancienneté d'une vertu sans tache," et où les vocations sacerdotales fleurissent sur toutes les branches.

Outre ses deux frères, son grand-oncle, Jacques-Joseph Hazenbergue, curé de Saint-Nicolas, son oncle, M. Labre, qui mourut curé d'Erin, on comptait encore parmi les frères utérins de sa mère quatre prêtres du nom de Vincent. L'un qui fut carme sous le nom de P. Vincent de Saint-Antoine, un autre qui mourut curé d'Oeuf, un troisième qui mourut en exil, après avoir été desservant de Ferfay et doyen d'un chapitre du diocèse de Cambrai, un quatrième enfin, qui recueillit le Bienheureux dans son presbytère de Conteville après la mort du curé d'Erin, devint le saint curé de Lespesse et mourut à Middelbourg en 1794. Voilà, dans la plus proche parenté du Bienheureux, une couronne de huit prêtres tous fidèles aux plus mauvais jours de la Révolution, comme du reste tous les membres de sa famille sans une seule exception.

Jacques-Joseph n'avait point tardé, avons-nous dit, à être atteint d'une maladie nerveuse qui avait altéré sa santé et l'avait mis à la charge de ses parents. Ce pauvre malade était de plus tourmenté de scrupules incurables qui ne le rendaient pas seul malheureux. Cette situation s'améliora aussitôt après la mort du Bienheureux, et M. Vincent, curé d'Oeuf, son oncle, dans une lettre du 21 octobre 1783 à M. Marconi, n'hésitait pas à l'attribuer à ses prières. L'année suivante, le 27 mai, l'abbé Labre écrivait lui-même au même abbé Marconi pour se réjouir de sa guérison et former des voeux ardents pour qu'il lui fût promis un jour d'aller à Rome arroser de ses larmes le tombeau de son bien aimé frère.

Amettes

Ces voeux ne se réalisèrent point. Quelques années plus tard, l'abbé Labre dut quitter l'annexe de Ferfay, dont il était le desservant et rentrer de nouveau dans sa famille. Là, protégé en partie par l'esprit religieux du pays et par l'intérêt qu'inspirait son état maladif, il put prolonger son séjour jusque sous la Terreur, sans même quitter l'habit ecclésiastique, ce qui donna lieu au fait suivant :


L'Artois, en 1793, eut une sorte de résistance que l'on baptisa en la grossissant du nom de petite Vendée.

Or, le centre de ce mouvement, bien anodin d'ailleurs, était précisément dans les bois de Nédon et de Fiefs, aux environs d'Amettes.

Les autorités révolutionnaires, aussitôt informées, se donnèrent de grands airs de libérateurs et dirigèrent des hommes et du canon pour arrêter la contre-révolution. Or, les soldats de l'expédition, raconte le Père Desnoyers, devaient passer par Amettes, village très suspect aux républicains et très divertissant pour eux, comme patrie d'un saint pèlerin dont ils faisaient gorge chaude.

Leur projet était de dévaster et de piller l'église et la paroisse.

Arrivés le lundi de la dernière semaine d'août à une bifurcation de route où se trouvait un petit oratoire dédié à Marie par la famille Labre, ils rencontrent tout auprès Jacques-Joseph, qui se promenait paisiblement en soutane et récitait son bréviaire.

On peut se figurer quelle rage excita cette vue dans ces esprits farouches. Le commandant s'élance lui-même vers le pauvre prêtre et lui assène un violent coup de sabre sur la tête. La victime tombe et se blesse la figure contre un caillou ; mais, comme si le tranchant de l'arme eût été émoussé, il n'avait même pas entamé la peau. A l'instant, Jacques se relève, ramasse son bréviaire et s'incline pour saluer son bourreau, sans ressentir aucune douleur du coup meurtrier qu'il a reçu.

Le commandant, frappé de stupeur, avoue qu'il ne comprend rien à ce prodige, connaissant la force de son bras et la trempe de son arme, et ayant frappé, disait-il, de manière à fendre une tête de fer. On lui apprend alors que ce prêtre est le frère du pèlerin mort à Rome, qui était peu auparavant l'objet de leurs moqueries. "Je comprends tout maintenant, s'écria-t-il, et le doigt de Dieu est ici." Aussitôt il donne un sauf-conduit et une escorte à M. l'abbé et fait sur-le-champ proclamer un ordre du jour portant défense à tous ses soldats d'entrer dans l'église, et de nuire en rien aux personnes et aux choses dans toute l'étendue de la commune.

C'est ainsi que l'église fut providentiellement préservée de la profanation et la paroisse du pillage.

Non content de cela, le commandant, inquiet du résultat de ce qu'il nommait sa vivacité, vint plusieurs fois visiter Jacques, l'interrogeant sur ce qu'il avait éprouvé du terrible coup, et celui-ci répondait chaque fois qu'il n'avait ressenti aucune douleur. Aussi ce militaire, non moins attendri qu'étonné, allait partout répétant que le Tout-Puissant seul avait pu garantir cette tête de la vigueur de son bras.

(AD85 - Semaine Catholique du diocèse de Luçon - 1881 - n°23-52, n° 1-21 - 4 Num 115/6

Benoît-Joseph est décédé en 1783 ; or, on trouve dans les registres de Ferfay, en 1788 par exemple, la signature de Jacques-Joseph utilisant les initiales de son défunt frère :

Labre JJ signature

 


 

Amettes maison 3

 

Amettes baptistère

Amettes chambre

Amettes Labre BJ