LA TESSOUALLE LE BOIS GIRARD

[Soeur Louise - JEANNE-LOUISE MAROT - est née à La Tessoualle, le 24 septembre 1766. Elle était fille de Augustin Marotz, métayer au Boisgirard et de Perrine Frouin - Membre du Couvent de Saint-Aubin-de-Baubigné (Deux-Sèvres), dites les Soeurs Bleues. Elle est décédée à Saint-Aubin-de-Baubigné le 17 octobre 1866, à l'âge de 100 ans.]

acte naissance Soeur Louise

 

SA LETTRE AU PAPE - 1854


Une des onzes Soeurs Bleues de Saint-Aubin qui avaient été exilées à Limoges, Soeur Louise, tomba malade en 1854, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. M. l'abbé Rousseau, curé de Saint-Aubin, fit son possible pour l'amener à rentrer dans l'Église. Il finit par obtenir qu'elle écrirait au Pape pour lui exposer les points qui, selon elle, l'éloignaient de l'Église, et solliciter sa réponse. (Pour plus de facilité, voyons la réponse sitôt qu'est posée la question) :

1° Le Souverain Pontife Pie VII, en réglant les affaires de l'Église de France, en particulier ce qui regarde la vente des biens d'Église, s'est-il trompé ou a-t-il été trompé ?

Réponse : non

2+ La suppression des fêtes et la translation au dimanche des fêtes de l'Épiphanie, de Saint-Pierre, et surtout de la Fête-Dieu ont-elles été faites librement par le Pape ?

Réponse : oui.

3° N'est-ce pas par une impiété que les mariages soient célébrés devant le maire avant d'être bénits par l'Église ?

Réponse : Dans la situation actuelle de la France, comme les curés ne peuvent, à cause de la loi civile, célébrer le mariage avant d'avoir la preuve que l'acte civil a été accompli, on tolère, sans l'approuver, que le mariage civil précède, mais on doit avertir les fidèles que le vrai mariage n'est contracté que lorsque l'homme et la femme échangent leur mutuel consentement devant le curé et les témoins, selon la forme instituée par le Concile de Trente.

4° Les prêtres dissidents ne communiquant pas avec leurs évêques ceux mêmes interdits par leurs évêques n'avaient-ils pas des pouvoirs et n'administraient-ils pas validement les sacrements ?

Réponse : non pour les sacrements qui exigent la juridiction.

5° Ne doit-on pas mettre sur la même ligne les articles organiques et le Concordat ?

Réponse : Les articles organiques ont été réprouvés par le Saint-Siège, mais non le Concordat.

6° Les évêques et autres prêtres concordatistes étaient-ils en communion avec le Saint-Père et les autres évêques du monde catholique ?

Réponse : oui.

7° Faut-il reconnaître comme légitime l'évêque actuel du diocèse de Poitiers et les prêtres nommés par lui ?
Réponse : oui.

La lettre était en latin, signée du cardinal Ferreti. Ne se fiant qu'à demi à la traduction faite par le curé, la Soeur demanda à Rome une traduction en français. Le texte lui fut renvoyé avec la traduction faite à Rome. Y était jointe une lettre de Pie IX dont voici quelques passages :

"Il est évident en effet que Notre prédécesseur Pie VII ... dans la convention de 1801 ... a employé un remède extraordinaire, afin de rétablir en France l'exercice public de la religion catholique. Celui qui, le 24 mai 1802, demanda publiquement que les articles organiques contraires à la loi divine et ecclésiastique, sanctionnés à son insu par le gouvernement français, fussent corrigés, n'approuva jamais les réclamations des évêques qui ne voulurent pas consentir à ces dispositions relatives aux églises de France. Le même Souverain Pontife a condamné ces réclamations par un décret de la Congrégation de l'Index ...
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 24 mars 1855.
De Notre Pontificat, l'an neuvième.
PIE IX, pape".


Cette lettre décida le "changement" de Soeur Louise. Elle vécut encore onze ans, s'employant de tout son pouvoir à ramener au sein de l'Église ses frères séparés qui ne cessèrent jamais de venir la visiter.

Elle fêta son centenaire en septembre 1866 et mourut vingt-trois jours après, le 17 octobre.

 

acte décès Soeur Louise


Une foule considérable assistait à son enterrement ainsi que les curés des Échaubrognes, de Nueil, Moulins, Le Puy-Saint-Bonnet, La Chapelle-Largeau. Ces deux derniers étaient frère de M. l'abbé Ménard, curé de Saint-Aubin.


Extrait : Les "gâs" du Bocage Vendéen - de 1760 à 1960 - par Augustin Hérault de l'Association des Écrivains Paysans - Deuxième édition - Gizay 86