LE VERRE DE SANG DE MAURILLE DE SOMBREUIL
Par Louis DE NUSSAC

 

Maurille de Sombreuil

 


Le Marquis de Sombreuil, maréchal de camp, gouverneur des Invalides, est arrêté le 10 août 1792 et enfermé, avec sa fille Maurille, à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, jadis attenante à l'église de ce nom et qui est à l'époque devenue une prison de détenus. Ces prisonniers sont entassés là en grand nombre ; la plupart vont périr dans les "massacres de septembre", ces sanglantes journées de la Révolution, prélude de la Terreur.


Dès la première heure de la tuerie, c'est-à-dire le dimanche 2 septembre, à 1 heure de l'après-midi, Maurille de Sombreuil se tient auprès de son père dans une chambre du premier étage, sous le coup d'une comparution imminente devant le Tribunal révolutionnaire qui s'est improvisé pour les exécutions.


Le lendemain, 3 septembre, vers 4 h 30 du matin, après avoir passé la nuit dans un bâtiment voisin où, pour les exciter, on leur avait servi du vin mêlé de poudre à fusil, bourreaux et juges reprennent le cours des opérations sommaires.

 

Marquis Virot de Sombreuil

 


"Charles Virot Sombreuil", appelle le concierge de l'Abbaye, servant d'huissier. Le détenu se lève pour comparaître devant les juges siégeant dans un guichet dont la porte extérieure donne sur la rue où se tiennent les égorgeurs, armés de sabres, de coutelas, de haches, de piques et de baïonnettes.

 

MAILLARD

Et sans quitter son père qui veut l'éloigner, Maurille l'accompagne ; elle pénètre même seule dans le guichet devant le président Maillard et ses assesseurs. Ils l'interrogent, et elle comprend qu'on la confond avec une dame de la Cour, car il s'agit du château des Tuileries et de la nuit du 10 août. Elle répond crânement : "Oui, j'ai passé la nuit au château", et ajoute que c'était pour elle une occasion rare de témoigner aux souverains la reconnaissance pour les bienfaits que sa famille en avait reçus. La fierté de cette vaillante réponse étonne les juges, l'un d'eux s'écria même : "S'ils étaient tous aussi braves, il n'y aurait pas tant de gens ici".


Et le Tribunal la renvoie libre.

 


La jeune fille rejoint aussitôt son père et reparaît à l'instant avec lui, quand son tour est venu de comparaître : elle est bien décidée à le défendre. Le vieillard est accusé en particulier d'avoir quitté son Hôtel des Invalides pour les Tuileries, le 10 août. Comme elle entend un juge prétendre que "tous les Invalides demandent la tête de leur gouverneur" : "C'est impossible, s'écrie-t-elle résolument, qu'on aille les consulter !" Sa proposition est vivement approuvée par un assesseur de Maillard, qu'une circonstance fortuite avait adjoint au Tribunal : c'est le nommé Grappin, garde national, qui, dans la discussion et par la suite, soutient jusqu'au bout son rôle de sauveur, avec un admirable dévouement.


Grappin fait envoyer un messager aux Invalides, pour faire attester par le major, M. de Gilibert, que le gouverneur n'a pas quitté l'Hôtel, le 10 août. Ce témoignage écrit ne suffit pas, et Grappin obtient encore, après avoir fait mettre l'accusé et sa fille chez le concierge, d'aller en personne recueillir l'avis des soldats mêmes. Maillard le fait accompagner par quatre hommes sûrs. M. de Gilibert fait battre la générale pour rassembler dans la cour de l'hôtel ses 800 pensionnaires, Grappin reçoit leurs dépositions, en grande majorité favorables au gouverneur. Et ce n'est que vers 11 heures qu'il peut rejoindre l'Abbaye.


Il n'était que temps ... Ivres de sang autant que de vin, les massacreurs voulaient encore des victimes. Ils avaient forcé les guichets et envahi la conciergerie.


Là, Maurille de Sombreuil enlace son père et s'écrie : "Vous ne l'aurez qu'après m'avoir tuée." Et l'horrible lutte dure près d'une heure. Les égorgeurs entraînent le vieillard dehors, mais sa ille le retient, se traînant sur ses genoux dans les escaliers, enroulant sa longue chevelure autour des bras du père pour ne pas se séparer de lui et risquant à chaque instant d'être scalpée. Elle reçoit plusieurs blessures ; un coup de pique à la poitrine lui laissera une cicatrice durable. Mais alors elle ne sent rien ...


"Farouchement, avec une énergie de lionne, elle étreint toujours le corps de son père. Trois fois il lui échappe, trois fois elle le reprend. Sa robe blanche est couverte de sang et de boue. Elle a les cheveux défaits, arrachés par poignées. Son visage meurtri est ruisselant de larmes. Et ses cris désespérés répondent aux vociférations des massacreurs.
A la fin, ceux-ci se lassent. Cette force inconnue, cette résistance inexplicable les laissent stupides. Ils ont un moment d'immobilité. Dans la foule passe une vague de piété. Des voix s'élèvent : "Grâce ! Grâce !"


C'est alors qu'un des bourreaux a une atroce inspiration. C'est un homme de vingt-huit ans, nommé Vollant, qui, quarante-deux ans plus tard, sur un lit de l'hôpital Beaujon, avouera son acte.

 

le verre de sang

 


Il vient, pour se donner du courage, de boire un de ces verres de vin mêlés de poudre qu'on distribuait aux massacreurs. Il tient encore à la main à demi rempli. D'un geste brusque, il le plonge dans le baquet où l'on vient de recueillir le sang sorti du tronc décapité du colonel de Saint-Mart.


Il le retire, rouge, fumant, débordant, l'élève en l'air comme pour un horrible toast, et s'écrie : "Eh bien ! citoyenne, bois ce verre de sang à la santé de la Nation, et nous sauverons ton père." Elle n'a pas un instant d'hésitation. Frémissante, elle le prend, crie : "Vive la Nation !" et l'avale d'un trait.


La foule hurle aussi : "Vive la Nation ! ; elle acclame la jeune fille ; on veut la porter en triomphe et elle est poussée avec son père jusqu'au tribunal où il s'agit d'enlever un acquittement en règle. C'est à ce moment-là que Grappin arrive avec ses quatre commissaires, et au favorable témoignage des Invalides s'est jointe l'attestation de la section du Gros-Caillou déclarant le civisme et l'humanité du citoyen Sombreuil. Grappin fait sa déposition et obtient la mise en liberté du vieux gouverneur. Mais il faut alors attendre une accalmie pour sortir de la prison où la foule veut encore porter en triomphe les héros du jour. Grappin conduit finalement le père et la fille chez un homme dévoué, un ancien valet de chambre, qui leur donne asile, près des Invalides.


Nous avons emprunté les détails de ces scènes d'horreur et d'héroïsme filial, avec les citations, au beau livre de P.-V. Duchemin, Mademoiselle de Sombreuil, l'héroïne au verre de sang, paru en 1925 ; l'historien s'appuie sur le récit même qu'elle en a fait elle-même ; le récit et la discussion des opinions émises sur la réalité des faits semblent avoir épuisé les polémiques qui durent depuis un siècle, alors que certains nient le verre de sang ou consentent à n'y voir au plus qu'un verre d'eau fraîche tendu par des mains ensanglantées.

Le récit raconté par M. Duchemin paraît définitif. Quoi qu'en dise dans ses intéressantes Légendes et curiosités de l'Histoire, le Dr Cabanès, qui critique les faits, ceux-ci étaient publiés peut-être avant que Legouvé les ait, en 1800, rapportés en chantant, dans un poème, un dévouement sublime qu'avaient déjà popularisé des couplets de romance.

La source où peut avoir puisé Legouvé, en dehors des souvenirs contemporains huit ans seulement auparavant, ne serait-elle pas le recueil d'Anecdotes des Femmes marquantes, paru en plusieurs volumes, et qui a fait le fond d'un recueil analogue publié à Londres en 1805 et 1806. D'après cet ouvrage, par exemple, ce n'est pas Vollant qui a eu l'atroce inspiration du verre de sang, mais bien celui qui fut plus tard le général Vandamme, ce général que Napoléon avait fait gouverneur de Lille en 1806 et grand officier de la Légion d'Honneur ...

- Bois un verre de sang, dit-il simplement, et sauve ton père.

Et le récit mentionne jusqu'à cinq blessures qu'aurait reçues la jeune fille, alors que Cabanès prétend qu'elles ne sont connues, au nombre de trois, que par le témoignage suspect de son fils, seulement publié en 1855, soixante-trois ans après.

Nous ne saurions négliger l'opinion de Victor Hugo si lyriquement exprimée dans son ode fameuse écrite en 1823, ni la foi qu'on m'a apportée au verre de sang les historiens, Lamartine, dans l'Histoire des Girondins ; Thiers et Michelet dans leurs Histoires de la Révolution ; Edgar Quinet, etc ..., qui joignent leurs suffrages à celui des poètes, comme échos de la postérité et de son admiration.

 

Après la terrible épreuve de son acte sublime, que devint Mademoiselle de Sombreuil ?


D'abord la malheureuse jeune fille fut prise de convulsions effrayantes, - cela se comprend - premiers symptômes des crises d'épilepsie qui l'affligèrent et qui furent médicalement constatées. Elle en guérit, mais sa nervosité persista. Sa santé fut irrémédiablement compromise. "Le souvenir du verre de sang ne la quittera plus, rapporte M. Duchemin. Jamais plus elle ne supportera qu'on serve sur la table du vin rouge. La répugnance lui fera repousser même des mets accommodés avec ce vin."


Maurille de Sombreuil connut encore d'autres angoisses qu'à l'Abbaye : pour elle, la prison encore, pour son père, l'arrestation, et, cette fois, la guillotine, avec un de ses fils, le 17 juin 1794. Un autre fils est fusillé à Quiberon. A ces deuils cruels, la maladie et le dénûment s'acharnent contre l'infortunée. Elle en est réduite à solliciter de la Convention son droit à la succession des victimes, père et frères. Et le Comité de Législation lui accorde enfin la levée du séquestre sur ses biens (26 thermidor an IV, 13 août 1796) :


"Considérant que les assertions d'une personne dont la piété filiale s'est signalée par un acte de courage et par des traits héroïques qui doivent passer à la postérité la plus reculée, sont du plus grand poids ;
Considérant que la République doit s'empresser de rendre justice à une telle héroïne dans la plus grande latitude ..."


Cet arrêté libératoire et justicier fut, dès sa réception, imprimé et affiché par le Directoire du District de Limoges ; il avait pour effet de rendre à Mademoiselle de Sombreuil sa terre et sa gentilhommière natales de Leychoisier (Haute-Vienne), provenant de sa mère.

 

 

Bonnac château de Leychoisier

 

C'est là, en effet, que Maurille était née, ayant été baptisée en l'église paroissiale de Bonnac, le 14 février 1768. Elle était la fille du marquis François-Charles Virot de Sombreuil, commandant à Limoges le régiment de hussards Bercheny et gouverneur de la ville, qui avait épousé Marie-Magdeleine des Flottes de Leychoisier, fille du seigneur de Leychoisier et de Bonnac. On avait ajouté à ses prénoms de baptême (Jeanne-Jacques-Marie-Françoise) celui si curieux de Maurille, porté par son parrain et qui partage sa célébrité. Élevée à l'abbaye N.-D. de la Règle, à Limoges, elle avait rejoint son père quand celui-ci fut nommé à Lille.

 

acte baptême Maurille Sombreuil


A Lille, un cousin du Limousin par les des Flottes de Leychoisier, un tout jeune officier, Charles de Villelume, l'avait remarquée et son souvenir ne s'effaça plus dans les sentiments du jeune homme. La retrouvant en 1797, celui-ci demanda sa main, alors qu'elle s'était rendue à Londres revoir des parents émigrés comme lui.

Maurille retourna en Limousin cette année-même, et elle fut accueillie dans la famille de Villelume, au château de Chamboret, proche de Leychoisier. Ce voyage avait pour objet la vente des terres échues en héritage, liquidation faite sous l'empire de la nécessité.


Ce furent ensuite de dures années passées à l'émigration. Le comte de Villelume servait dans l'armée de Condé. A Anspach, en Allemagne, la comtesse eut deux fils et elle tint à leur assurer la perpétuité du nom qu'elle illustrait. Par une lettre autographe, le futur roi Louis XVIII le leur accorde, en rappelant le fait mémorable.

 

[A Mittau, le 14 novembre 1800
Il est impossible, Madame, d'être plus touché que je ne l'ai été de votre lettre ; les sentiments qu'elle renferme sont bien dignes de celle dont le courage et la piété filiale arrachèrent, pour un temps malheureusement trop court, son respectable père à la rage de ses assassins. C'est avec un plaisir mêlé d'attendrissement que je permets à M. votre fils et à tous ses descendants de porter le nom de Sombreuil de Villelume ; puisse-t-il se montrer toujours digne de son aïeul, de son oncle, mort trop tôt pour la France, mais non pas pour la gloire de sa courageuse mère, de son père, enfin, dont l'union, à la demande que vous m'avez faite, forme l'éloge le plus complet. Dans des temps plus heureux, je m'empresserai de revêtir cette permission de toutes les formalités d'usage, mais pour le moment cette lettre sera une autorisation suffisante.
Je vous prie, Madame, d'être bien persuadée de tous les sentiments qui vous sont dus de ma part et que M. de Villelume mérite si bien de partager.
LOUIS
Cette lettre fut confirmée par une ordonnance royale du 15 novembre 1814. (Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin - Tome LXXV - première livraison - 1934)]

 


Lorsque Louis XVIII monta sur le trône, les émigrés rentrèrent, mais c'était encore la misère pour les Villelume ! Ils sollicitèrent la générosité royale qui accorda à leur chef le grade de colonel, et, le 21 mai 1821, les fonctions de commandant en chef de la succursale des Invalides d'Avignon.

 

Maurille de Sombreuil 4

 


En Avignon, par son dévouement prodigué aux pensionnaires de l'établissement, "la charité de Madame de Villelume fut peut-être, écrit Victor Hugo, aussi admirable que l'héroïsme de Mademoiselle de Sombreuil".


"On la verra partout, ajoute M. Duchemin, au quartier des "Moinelets" ou impotents. Leur décrépitude ne la rebute pas ; c'est chez eux, au contraire, qu'elle sera le plus souvent. On la voyait passer douce et silencieuse dans la paisible infirmerie, parmi les cornettes des bonnes soeurs, et se pencher sur les lits où tant de vieux braves achèvent de souffrir.
Enfin, elle s'intéressait beaucoup aux enfants des vétérans. Une école, des ateliers professionnels annexés à l'Hôtel avaient été fondés pour eux. Elle s'y rendait fréquemment pour juger de leurs progrès et distribuer des récompenses. Elle s'occupait aussi des filles des vieux soldats. La première année de son séjour, deux d'entre elles seront dotées et mariées par ses soins". - D'après le Marquis de Vissac, d'Avignon.


Ces bienfaits avaient d'autant plus de mérite qu'elle les prodiguait quand elle était affligée d'une santé toujours déplorable, conséquence de son martyre à l'Abbaye et de ses souffrances si prolongées ensuite. Lorsqu'on la sut irrémédiablement touchée par son mal mortel, plusieurs Invalides passaient des heures et des heures à la porte de leur bienfaitrice, y oubliant leurs infirmités pour y recueillir les moindres nouvelles d'une santé défaillante : elle expira enfin le 15 mai 1823.

 

acte décès Maurille de Sombreuil


Les sentiments des vieux grognards éclatèrent encore en manifestation touchante, quand ils obtinrent par leurs instances que son coeur, qui les avait tant aimés et secourus, fut, dans une urne funéraire, incrusté aux murs de leur chapelle avec cette inscription : "Sur la terre, elle fut notre mère, dans le ciel notre protectrice. - LES INVALIDES."


Alors que la tombe est encore pieusement entretenue par le culte de la population avignonnaise dans le cimetière de Saint-Vérant, le coeur a été, lors de la désaffectation en 1850 de la succursale d'Avignon, transféré, à la demande des pensionnaires survivants, en l'Église Saint-Louis des Invalides, à Paris.


Dans la Crypte des Gouverneurs, où sont alignés les noms illustres de Bessières, Jourdan, Moncey, Oudinot, etc., s'élève une mince colonnette portant l'urne en marbre sur laquelle sont inscrits ces simples mots qui ont une singulière éloquence en ce lieu auguste : "Coeur de Maurille de Sombreuil, comtesse de Villelume, 15 mai 1823." Un coeur de femme parmi les restes des grands maréchaux de France ! Peut-il y avoir plus saisissant hommage à l'héroïne de l'amour filial ?


Aussi, à son anniversaire, en mai 1825, sur l'initiative du Groupe d'Études limousines à Paris, et conduits par le Gouverneur actuel de l'Hôtel, un glorieux mutilé, le général Mariaux, parent d'ailleurs des Flottes de Leychoisier, les compatriotes de Maurille de Sombreuil ont porté une palme à son Coeur sublime, en attendant de commémorer, à Bonnac même, sa naissance.


La Vie Limousine - 2e année - n° 13 - 25 avril 1926

 

ARMOIRIES SOMBREUIL VILLELUME

 

Signature Maurille de Sombreuil

 

LETTRE ÉCRITE PAR LA CITOYENNE SOMBREUIL, A FOUQUIER, ACCUSATEUR PUBLIC.


CITOYEN,
Dans la feuille périodique qui parvient dans les maisons de suspicion, j'ai vu sur une longue liste de conspirateurs, François Sombreuil mon père, Stanislas Sombreuil mon frère, et amalgamés avec l'intrigant de Batz, et avec la messaline Sainte-Amarante.
Ce ne peut être que par erreur, que leurs noms se trouvent compris dans cette liste, ou bien la malveillance soutenue de quelques ennemis secrets, qui les y ont fait placer : je réponds sur ma tête de leur entière innocence ; jamais, non jamais, ils n'ont conspiré contre la république ; jamais ils n'ont connu ni vu les individus avec lesquels on les a associés.
Je me repose sur ta justice ; ton âme intègre et pure, ton zèle, ton dévouement pour la patrie, te feront un devoir d'examiner avec ta sévérité, mais aussi ta justice ordinaire, la conduite de deux individus, dont l'un, âgé de 75 ans, a été sauvé au 2 septembre 1792, d'après le jugement du peuple et la réclamation des Invalides ; il ne craint point qu'on examine sa conduite, même avant 1789 ; elle est, depuis et avant, et a toujours été celle d'un citoyen vertueux, aimant et chérissant sa patrie".
De la maison de suspicion de la rue de la Bourbe, ce 28 prairial, l'an 2 de la république française une et indivisible.
MAURILLE SOMBREUIL."

 

TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
Audience du 29 prairial, l'an 2 de la république, salle de la Liberté. (17 juin 1794)

Les prévenus, au nombre de cinquante-quatre, amenés à l'audience, sont interpellés de déclarer leurs noms, surnoms, âges, qualités, lieux de naissance et demeure.


Le premier déclare se nommer Henry Admiral, âgé de 50 ans, ex-garçon de bureau de la loterie royale, né à Auzolet, district d'Issoire, département du Puy-de-Dôme, demeurant à Paris, rue Favart.

- 2ème. François Cardinal, âgé de 40 ans, né à Bussière, département de la Haute-Marne instituteur, rue de Tracy, n° 27.

- 3. Pierre-Baltazar Roussel, âgé de 26 ans, né à Paris, y demeurant, rue Helvétius, n° 70, vivant de ses revenus.

- 4. Marie-Suzanne Chevalier, femme Lamartinière, âgée de 34 ans, née à Saint-Sauveur, près de Poitiers, département de la Vienne, demeurant à Paris, rue de Chabanois, n° 47, vivant séparée de son mari, depuis 3 ans.

- 5. Claude Pain-d'Avoine, âgé de 53 ans, né à l'Épine, district de Chalouze, département de la Marne, concierge de l'imprimerie des administrations nationales, rue neuve des Petits-Champs, n° 19, y demeurant.

- 6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, née à Paris, y demeurant chez son père.

- 7. Antoine Renault, âgé de 62 ans, né à Paris, marchand Papetier, rue de la Lanterne, section de la Cité.

- 8. Antoine-Jacques Renault, âgé de 31 ans, né à Paris, Papetier, demeurant chez son père, rue de la Lanterne.

- 9. Edme-Jeanne Renault, âgée de 60 ans, ex-religieuse, née à Paris, y demeurant, rue de Babylone, n° 198.

- 10. Jean-Baptiste Porte-Boeuf, âgé de 43 ans, né à Toiret, domestique chez le citoyen Lemoine-Crecy, rue Honoré, n° 510.

- 11. André Saintanax, âgé de 22 ans, né à Bordeaux, élève en chirurgie, employé à l'hôpital militaire de Choisy-sur-Seine, y demeurant.

- 12. Anne-Magdeleine-Lucile Parmentier, femme Lemoine-Crecy, âgée de 52 ans, née à Clermont, département de la Meuse, demeurant à Paris, rue Honoré, n° 510, maison du citoyen Mauroy.

- 13. François Lafosse, âgé de 44 ans, né à Versailles, chef de la surveillance de la police de Paris, y demeurant, faubourg du Temple.

- 14. Jean-Louis-Michel Devaux, âgé de 29 ans, né à Doulens, département de la Somme, commis à la trésorerie nationale, demeurant à Paris, rue Barbe, section de Bonne-Nouvelle.

- 15. Louis Potier de Lille, âgé de 44 ans, né à Lille, département du Nord, imprimeur à Paris, rue Favart.

- 16. François-Charles Virot-Sombreuil, âgé de 74 ans, né à Imsishem, département du Haut-Rhin, ex-gouverneur des Invalides, y demeurant.

- 17. Stanislas Virot-Sombreuil, âgé de 26 ans, né à Léchoisy, département de la Haute-Vienne, ex-capitaine de hussards, demeurant à Poissy.

- 18. Jean Guethenoc-Rohan-Rochefort, âgé de 24 ans, ex noble, né à Paris, domicilié à Rochefort.

- 19. Pierre Laval-Montmorenci, âgé de 25 ans, ex noble, né à Paris, y demeurant rue du Bacq.

- 20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, né à Versailles, directeur des transports militaires depuis la révolution, demeurant à Paris, rue Cadet.

- 21. Barthelemy Constant jeune, âgé de 42 ans, né à Grasse, département du Var, gendarme à cheval, demeurant à Paris, rue du faubourg Martin, n° 197.

- 22. Joseph-Henry Burlandeux, âgé de 39 ans, né à Sollier, département du Var, ex officier de paix, demeurant à Paris, rue Faubourg Martin, n° 64.

- 23. Louis-Marie-François Saint-Mauris, âgé de 38 ans, ancien militaire, né à Paris, y demeurant, rue du Faubourg Honoré, n° 49.

- 24. Joseph-Guillaume Lécuyer, âgé de 46 ans, musicien, né à Antibes, département du Var, demeurant à Paris, rue Poissonnière, n° 16.

- 25. Achille Viart, âgé de 51 ans, ci-devant militaire, né en Amérique, demeurant à Paris, rue des Vieux Augustins.

- 26. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, âgée de 27 ans, ex-actrice aux Italiens, née à Blois, demeurant à Paris, rue de Menars, n° 7.

- 27. Jean-Louis Biret-Tissot, âgé de 35 ans, domestique chez la citoyenne Grandmaison, né à Paris, y demeurant, rue de Menars.

- 28. Marie-Nicole Bouchard, domestique de la citoyenne Grandmaison, âgée de 18 ans, née à Paris, y demeurant, rue de Menars.

- 29. Catherine-Suzanne Griois, âgée de 45 ans, née à Paris, y demeurant, rue de Menars.

- 30. Françoise-Augustine Santuaré, femme Despresmenil, âgée de 40 ans, née à l'île de Bourbon en Afrique, demeurant à Marefosse, district de Montivilliers, département de la Seine Inférieure.

- 31. Jeanne-Françoise-Louise Demier-Sainte-Amaranthe, âgée de 42 ans, née à Saintes, département de la Charente, demeurant, lors de son arrestation, à Cercy, district de Corbeil, département de Seine et Oise.

- 32. Louis Sainte-Amaranthe, âgé de 17 ans, né à Paris, arrêté à Cercy.

- 33. Charles-Marie-Antoine Sartine, âgé de 34 ans, ex-maître des requêtes, né à Paris, y demeurant rue Vivienne.

- 34. Charlotte-Rose-Émilie Sainte-Amaranthe, femme Sartine, âgée de 19 ans, née à Paris, arrêtée à Cercy.

- 35. Théodore Jauge, âgé de 47 ans, banquier, né à Bordeaux, demeurant à Paris, rue du Mont-Blanc.

- 36. Augustin-François Ozanne, âgé de 40 ans, ci-devant officier de paix, né à Paris, y demeurant, rue de la Vieille Monnoie.

- 37. Charles-Armand-Auguste de Pons, âgé de 49 ans, ex noble, né à Paris, y demeurant, rue Notre-Dame-des-Champs

- 38. Joseph-Victor Cortey, âgé de 37 ans, Épicier, né à Saint-Symphorien, département de la Loire, demeurant à Paris, rue de la Loi, au coin de celle des filles St-Thomas.

- 39. François Paulmier, âgé de 36 ans, ci-devant marchand de Bois, né à Aunay, département de la Nièvre, demeurant à Paris, rue des Hommes Libres.

- 40. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, ancien militaire, né à Hermange, département de la Moselle, domicilié à Luçon, district de Fontenay-le-Peuple, département de la Vendée.

- 41. Charles-François-René Dechardes-d'Hauteville, âgé de 23 ans, ex noble, né au Mans, demeurant à Paris, rue Basse du Rempart.

- 42. Louis Comte, âgé de 41 ans, négociant, né à Varennes, district de Châlons, département de Saône et Loire, demeurant à Paris, rue Thomas du Louvre, grande maison de France.

- 43. Philippe-Charles-Élisée Baussancourt, âgé de 27 ans, ex sous-lieutenant des Carabiniers, né à Vitry-le-Français, demeurant lors de son arrestation à ... (Les officiers de paix qui l'avoient arrêté, firent passer en ce moment à Fouquier, un papier, sur lequel étoit écrit ce qui suit : "Baussancourt, présentement au tribunal, doit avoir à son bras un bracelet en or, renfermant des cheveux de la princesse Laubaumiska, qui a été condamnée à la peine de mort ; il a aussi une chaîne d'or qui suspend le portrait de la ci-dessus dénommée. Il étoit porteur du tout le jour que nous l'avons arrêté. SAPOUX, NIQUILLE, GAUTIER.)

- 44. Jean-Baptiste Michonis, Limonadier, ex administrateur de police, né à Paris, y demeurant, rue de la Grande-Friperie, à la Halle.

- 45. Louis Karadec, âgé de 45 ans, agent de change, né à Lisieux, département du Calvados, demeurant à Paris, rue du faubourg du Temple.

- 46. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, vivant de son bien, né à Toulouse, demeurant à Paris, rue de Cléry.

- 47. Nicolas-Joseph Egrée, âgé de 40 ans, Brasseur, né au Château-Cambrésis, département du Nord, demeurant à Surenne, département de Paris.

- 48. Henry Mesnil-Simon, âgé de 53 ans, ci-devant capitaine de cavalerie, né à Buley, département de la Nièvre, demeurant à Vigneux, département de Seine et Oise.

- 49. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, âgé de 56 ans, ex prêtre, né à Moutier-sur-Saulx, demeurant à Auteuil.

- 50. Jean-Baptiste Marinot, âgé de 37 ans, peintre en porcelaine, et administrateur de police, né à Sceaux, demeurant à Paris, rue Helvétius.

- 51. Nicolas-André-Marie Froidure, âgé de 29 ans, administrateur de police, né à Tours, demeurant à Paris, rue Honoré n° 91.

- 52. Antoine-Prosper Soulès, âgé de 31 ans, ex-administrateur de police et officier municipal, né à Vise, département de la Marne, demeurant à Paris, rue Taranne.

- 53. François Dangé, âgé de 47 ans, ex-administrateur de police, né à Chirey, département de Loir et Cher, demeurant à Paris, rue de la Roquette, n° 38.

- 54. Marie-Maximilien-Hercule Rossay, âgé de 23 ans, ex-noble, demeurant à Paris.

Le greffier donne l'acte d'accusation dont la teneur suit :

Antoine-Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, établi à Paris par la loi du 10 mars 1793 ;
Expose ...
sont convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple, en participant à la conjuration de l'étranger, et tentant, par l'assassinat, la famine, la fabrication et l'introduction des faux assignats et fausse monnoie, la dépréciation de la morale et de l'esprit public, le soulèvement des prisons de faire éclater la guerre civile, dissoudre la représentation nationale, rétablir la royauté ou toute autre domination tyrannique :

Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application de la loi, condamne les susnommés à la peine de mort, conformément aux articles V, VI, VII de la loi du 22 prairial, dont il a été fait lecture ...

Déclare les biens des condamnés à la peine de mort, acquis à la république ...

Fait et prononcé, le 29 prairial, l'an 2 de la république française, une et indivisible ...

Extrait : Les Chemises Rouges - Tome II - An II - par Antoine-Joseph-Théodore