LES AFFICHES DE POITOU
JEUDI 19 NOVEMBRE 1778

Extrait d'une lettre sur la population, adressée des environs de Bressuire, en Poitou, à M. Jouyneau-Desloges

... Je vais donner l'état des habitations de la paroisse de Boismé d'il y a 200 ans, comparé avec celui d'aujourd'hui. Si je ne puis marquer exactement la quotité des maisons de cette paroisse il y a deux siècles, je ferai du moins sentir qu'elle n'excédoit de beaucoup le nombre de celles que nous y connoissons à présent.

 

Boismé 3


Voici le détail :

Habitations de la paroisse de Boismé, qui subsistent encore :

Celles qui ne paroissent pas avoir changé depuis 200 ans, sont : la Grellerie, la Barbaire, le Bouchaut, la Métairie & le Moulin de la Guionnière, la Gueffrie, Logerie, la Joussandière, la Buchetière, la Faye-Garot, Laugrenière, le Temple, le Château & la métairie de la Guyraire, la Jaunelière, le Moulin Riboteau ou de la Guyraire, Rodart, Puychevrier, la Tounière, la Ferronière, la Vallée, la maison noble & la métairie du Poyron, le Moulin aux Grains, le Moulin Breton, celui des Guytairières, l'hôtel & la métairie du Gast, Villefranche, la Rouche, la Roche-au-Faix, le Chiron, la maison noble de Clisson, le Chataignier, la Rambaudière, la Bourelière, la Sepoye nouvelle, le Beugnon, les Barangeries, la Pinière, les Ageots, la Maurière & la Martelière. Au reste, je connois peu ces deux derniers villages ; mais je sais qu'ils étoient herbergés de toute antiquité. Dans le nombre ci-dessus, il y en a quelques-uns que je ne connois pas encore assez parfaitement pour assurer que depuis 200 ans il n'y a pas eu de changement pour le nombre des feux ; mais ce changement, s'il y en a eu, ne peut certainement être considérable, & il peut avoir opéré diminution aussi bien qu'augmentation.
Voici maintenant ceux qui depuis ladite époque ont souffert une diminution certaine.

Toutes les maisons du bourg de Boismé existoient il y a 200 ans ; on y a fait des augmentations, il est vrai, mais ce sont toujours les mêmes maisons ; il y en a de détruites depuis cette époque sur le chemin du bourg aux Touches.

Il y a eu diminution de feux aux hautes Touches, à Gouttevive, aux Bleures, à la Cherbonelière, aux Fréraudières, à la Menetelière, à l'Humeau, à la Bessière, à Puirajou, (ces six derniers villages avoisinent les brandes ou y sont situés) à la Menaudière, aux Trognonières, à Corbin, à la Tribouère, au Petit-Clisson, au Breuil, à la Celle, à Briallot, aux Bordes, & à la Bourse ou Brosse. En ne portant cette diminution qu'à deux feux par village, ce seroit trente-huit feux de moins. Je suis certain qu'il y a des villages où il y a diminution de cinq à six feux : mais il y en a aussi où il n'y en a qu'un de moins qu'autrefois.

Villages & Herbergement entièrement détruits.

Le Moulin-Neuf, la Bretonnière, tous deux très-peuplés, le Moulin-de-Chasserat, le village des Richardières, les Moulins de la Rennelière, le Moulin du Pont de Boismé, le Moulin des basses Touches, le village des Chouattières, la Vieille-Sepoye, & le Moulin de Saugrenière. En portant à seize feux seulement les villages ou herbergemens détruits, c'est mettre les choses au plus bas. Ces 16 feux détruits joints au 38 ci-dessus, font 54.

Feux nouveaux depuis 200 ans

La maison des Brandes, une maison à la Menaudière, la Quinodrie & la Gourgiraut, en tout quatre feux qui remplacent 4 des 54 détruits ; par conséquent diminution de cinquante feux, ou ce qui revient au même, de cinquante familles dans la paroisse de Boismé. Hé ! qui fait si mal-gré la multiciplicité des titres que j'ai consultés, il ne m'est pas encore échappé la connoissance de quelque village détruit. Parmi les 10 que j'ai marqués être dans ce cas, il y en a plusieurs dont on n'aperçoit pas même les ruines ; il y en a dont la place m'est totalement inconnue. Je n'ai découvert leur ancienne existence que dans les archives où j'ai eu accès.

Cinquante familles de moins donneroient, à cinq personnes par famille, deux cent cinquante habitans, qui sont à présent de moins dans la paroisse de Boismé, qu'il n'y en avoit il y a deux siècles : ce qui fait environ un sixième de diminution. Divers causes l'ont occasionnée. De grands propriétaires ont acheté successivement partie des villages pour en former des métairies. Il est arrivé par là que cinq à six feux ont été réduits à un. D'autres ont joint tout un village à un autre : delà la destruction du premier. La proximité des landes en a fait déserter d'autres, lorsque les frais de culture n'ont pas été suffisamment payés par les récoltes. Joignez-y les guerres, les émigrations forcées, & vous concevrez facilement ce qui a diminué la population.

Remarquez que dans le nombre des feux détruits il y a cinq moulins, dont trois à eau, deux desquels avoient aussi moulin à vent. Cette diminution de moulins sans qu'il s'en soit construit d'autres, démontre une diminution de consommation & par conséquent d'habitans. Autrefois il y avoit bien plus de familles nobles qu'à présent dans cette paroisse. Tout concourt à prouver la diminution de sa population. ...