FEMMES SOLDATS DANS LES ARMÉES DE LA RÉVOLUTION

 

femmes patriotes dans une église



On a signalé dans des armées de la Monarchie des femmes à la suite des corps. Elles étaient nombreuses, il est vrai ; mais ce sont précisément les sentiments de fraternité, de solidarité, vigoureusement et sincèrement sentis, qui en sont cause. Le régiment était une famille, et pour beaucoup la famille.
Aussi, la grande majorité de femmes qui, au début de la Révolution, accompagnaient les armées ne provient pas d'un exemple parti de haut et que les officiers subalternes suivirent. C'était une conséquence des moeurs de l'Ancien Régime.
Puis l'émotion patriotique de 1792 ne laissa pas les femmes indifférentes. La fièvre les gagna, et un mouvement féminin éclata, mouvement exagéré peut-être sous certains rapports, qui excita la verve du chansonnier, mais d'une réelle grandeur. Enfin l'Assemblée législative déclara le 31 juillet 1792 qu'aucune loi n'interdisait aux femmes de porter les armes.

Les femmes jouèrent un grand rôle dans la Révolution, et, dès le début, on en vit dans les rangs des combattants à la prise de la Bastille. Une d'elles, même, fut classée officiellement au nombre des "Vainqueurs".
La part des femmes fut considérable et principale dans les journées des 5 et 6 octobre 1789 : "Les hommes ont pris la Bastille et les femmes ont pris le roi", a dit Michelet.
Madeleine Chabry, dite Louison, Théroigne de Méricourt sont connues. D'autres encore se distinguèrent : les dames Laroche et Chéret, les veuves Raimond et Duclos, les citoyenne Petitpas, Dussain, Boulanger, Rolland, Minnet, Demazure, Dayen, la veuve Gaillard. Elles y méritèrent, sous la forme de décrets de la Convention, la reconnaissance nationale.
La gravure a consacré le premier rôle : Reine Audu. La municipalité de Paris honora ses services et reconnut son patriotisme par le don d'une épée au mois de mai 1792. Dans les mêmes journées d'octobre 1789, on vit Rose Lacombe, revêtue d'un costume d'homme, le sabre à la main.
Encore au 10 août, les femmes se montrèrent ardentes. Rose Lacombe marche, armée d'un fusil, et monta à l'assaut des Tuileries avec le bataillon de la Société des Fédérés des 83 départements, qui lui décernèrent une couronne civique, ainsi qu'à Théroigne de Méricourt et à Reine Audu, qui à nouveau s'étaient distinguées dans cette journée.
La dame Tramblay conquit un fusil ; les citoyennes Lavarenne et Tournée reçurent de la Commune de Paris des médailles, souvenir et récompense ; Catherine Pochetat, canonnière de la Section des Enfants rouges, "dirigea les canons qui ont foudroyé la tyrannie" ; Marie-Anne Henriette Bujot, en se portant au secours de son mari blessé, Mathurin Debenne, fut aussi frappée aux jambes ; c'est la femme Leroy qui ouvrit le vestibule pour permettre à la garde nationale de s'échapper du jardin, ne craignant pas d'essuyer un feu de mousqueterie assez vif : atteinte de trois balles aux bras, elle en demeura estropiée.

Les femmes servirent beaucoup dans la garde nationale. On en voit à Paris, dans les Vosges, à Vauvert du Gard, à Sainte-Enemie dans la Lozère, à Maubec. Lors d'alarmes dans l'arrondissement du Vigan, alarmes provenant de faux bruits, dans les troupes volontaires venant au secours figurait Marianne Cabanis, "belle héroïne" qui fut couronnée de lauriers. A Normand dans l'Eure, "Madame de Moulin, en l'absence du commandant, arbora la cocarde, ceignit le sabre et se mit à la tête des soldats autrefois ses vassaux ... auxquels elle donna une fête magnifique".
Les dames citoyennes de Vic en Bigorre avaient prêté le serment civique et s'étaient réunies en corps sous le titre de Légion des Amazones de Vic. La citoyenne Lécuyer était lieutenant de la compagnie des citoyennes Sans-Culottes, de Versailles ; d'autres femmes de la ville, armées de piques, étaient formées en compagnies. Il y eut encore les citoyennes volontaires de Belvès, le bataillon des Chemises rondes de Clermont-Ferrand, commandé par la citoyenne Montorcier ; la Société des Dames de la Constitution à Lille.
Ceci au fond n'était pas toujours sérieux ; mais en dehors de ces viragos, il se trouva des femmes ou jeunes filles qui marchèrent à l'ennemi et firent honorablement leur devoir.

 

FEMMES MARCHANT SUR VERSAILLES


Lors de la déclaration de la guerre, après le manifeste de Brunswick, de tous les côtés les dévouements surgissent. Non contentes de surexciter les nobles élans de la jeunesse, d'encourager la vertu de l'âge mûr et l'abnégation des vieillards, les femmes elles aussi veulent courir aux armes et prendre du service.
C'est la fameuse Rose Lacombe qui attacha le grelot. Elle vint offrir, le 25 juillet 1792, à l'Assemblée législative "son bras pour combattre les tyrans" ; la proposition souleva une douce gaîté, et le Président lui répondit galamment "qu'elle était plus faite pour adoucir les tyrans que pour les combattre".
Mais le 31 juillet 1792, une pétition signée de 78 femmes de la section de l'Hôtel de Ville était présentée. Elle demandait "d'armer les vraies citoyennes pour la défense de la capitale, à leurs dépens et ce dans tout l'intérieur du royaume. Vous ne pouvez mieux confier la défense de la patrie qu'à des mères, des épouses, des soeurs, qui brûlent du désir de seconder la valeur de ce qu'elles ont de plus cher". L'Assemblée législative passa à l'ordre du jour motivé sur ce qu'aucune loi n'interdisait aux femmes de porter les armes.

Au XVIIIe siècle on trouve quelques femmes enrôlées dans les régiments. Du reste à cette époque, la femme qui voulait servir n'avait pas le choix comme elles l'eurent au moment de la Révolution.
En 1704, Jeanne Bensac se distingue notamment au siège de Suse, comme soldat au régiment de Bourbon, sous le surnom de Jolicoeur.
En 1711, le régiment de dragons de Rannes compte, en la compagnie de Ginestoux, Geneviève Grondar, dite Saint-Louis.
En 1717, une femme est trouvée servir dans le régiment de Bourbon. Cette même année s'enrôle au régiment de Solre Augustin Leclercq ; l'année suivante, le soldat Leclercq est reconnu fille et s'appelait Mogené.
A nouveau une femme est découverte au régiment de Lorraine. On la marie à un soldat du régiment, et le capitaine donne leur congé au mari et à l'épouse.
Madeleine Kellerin s'enrôle au régiment d'Alsace ; à l'attaque des lignes de Wissembourg en 1745, elle est atteinte d'une blessure qui nécessite l'amputation du poignet.
A la même époque, le régiment de Normandie compte dans ses rangs Françoise Courvoisie, dite Sans-Soucy. Elle servit cinq ans, prit part aux sièges de Berg-op-Zoom et de Maëstricht, et s'y distingua.
Au commencement de la guerre de Sept ans, à l'armée d'Allemagne, on découvrit une jeune fille dans la compagnie de Grandvillard au régiment d'Enghien. C'était Marie Bertrand, qui avait pris le surnom de la Douceur.
En 1760, Marguerite Goubler s'enrôle sous le prénom de Jean au régiment de cavalerie de Lameth. Le jour du Mardi gras, le 2 février 1761, à Gememden, un bal avait été organisé. En dansant ses camarades lui découvrirent la gorge ; Marguerite dut alors avouer son sexe.
Au régiment de Champagne en 1769, Claude Grillot, dit Sans Regret, est reconnue pour Claudine, bien par sa faute. Elle n'avait pas su se garder. On la congédia et on la maria de suite au grenadier François Lanciaux.
En 1766, Angoulême eut le rare spectacle de Thomas Dolbet, invalide de la compagnie détachée de M. de Bourges, épousant son sergent Madeleine Dubuisson.
Enfin François Faulos s'était enrôlé le 22 août 1764 au régiment de cavalerie de la Reine. Dès le 28 octobre on congédiait François "s'étant trouvée fille" et n'étant autre que Jeanne-Françoise Folot de La Chapelle. Cet insuccès ne la découragea point. Le 11 janvier 1767, elle contractait un nouvel enrôlement, cette fois au régiment de dragons de Belsunce. Là elle put cacher son sexe plus de quatre ans : le dragon Jean-François Folot, dit Coeur de roi, fut "reconnu pour fille" seulement le 31 octobre 1771.

Par la réponse de l'Assemblée législative à la pétition qui lui avait été présentée le 31 juillet 1792,l'entrée de la carrière était ouverte. C'est ainsi que plusieurs femmes purent courir aux drapeaux sans avoir à cacher leur sexe, et que à quelques-unes des grades d'officier même furent conférés.
Certaines prirent du service dans les troupes réglées, mais s'engageant le plus souvent comme homme. Bientôt les femmes militaires, légitimes ou autres, encombrèrent les armées au point que les Représentants en mission durent signaler les désastres qui naîtraient de cet état de choses et demander des mesures d'urgence. Un décret du 30 avril 1793 expulsa toutes femmes qui ne seraient pas vivandières ou blanchisseuses. Malgré le décret, un certain nombre demeurèrent dans les rangs, congédiées au fur et à mesure de la reconnaissance du sexe, soit involontairement, soit par déclaration.


Le plus grand nombre partirent dans les bataillons de Volontaires nationaux. Quelques-unes furent conservées, malgré les décrets, en raison de leur conduite privée, de leur manière de servir et du courage qu'elles déployaient devant l'ennemi.
Enfin les services auxiliaires, comme les trains d'artillerie et des équipages, en comptèrent également.
Les secours aux blessés furent aussi l'objet des préoccupations féminines. Des femmes furent directrices d'hôpitaux ; c'étaient des salariées. En dehors d'elles s'en trouvèrent dont le sentiment ne se porta pas vers les ardeurs du combat, qui, au contraire, souffrirent devant le sang répandu et volontairement, bénévolement, se dévouèrent à soigner les blessés dans des conditions particulièrement charitables, avec un dévouement dont la simplicité seule égale la grandeur.
Il y eut dévouement en général : les citoyennes patriotes de Clamecy, les citoyennes de Chaumont et de la plupart des autres communes de ce district de la Haute-Marne, etc. ; des dévouements particuliers dont le nom des auteurs est demeuré parce que les actes ont mérité la reconnaissance nationale. La citoyenne Aladame se dévoua aux Marseillais blessés du 10 août ; Elisabeth Bourgé, qui rendit en Vendée des services signalés et honorés deux fois par la Convention ; la veuve Lahaie, de Vihiers (Maine-et-Loire), appelée par les chouans la "guérisseuse des bleus" ; Marie Saulnier, "fille républicaine et amie de l'humanité" dévouée aux militaires traités à Paris et qui demandait pour eux l'établissement de "maisons de bienfaisance" dans des maisons vastes, grandes et aérées, où il y a des jardins et de l'eau ; Mme Houzelle et sa fille qui, à Bruxelles, ne cessaient de donner des soins aux prisonniers français et favorisèrent l'évasion d'un certain nombre.

Lorsque la Convention décréta la levée des 300.000 hommes, la situation militaire de la République était précaire. Aussi, au mois de mars 1794, la fièvre patriotique fut chez les femmes plus violente, plus intense encore qu'en 1792. Elles viennent les premières au bureau d'enrôlement, donnent l'exemple à leurs concitoyens, leur font honte d'hésitation et les entraînent à s'enrôler. Mais les volontaires de la levée des 300.000 hommes sont dirigés sur telle ou telle armée selon le département de l'enrôlement ; il est, par suite, impossible de savoir, sauf pour certains cas particuliers, si l'engagement a été définitivement accepté, ainsi que le corps d'incorporation.
Telles Clémence Alibert, d'Heyrien (Isère), qui se présenta la première à l'enrôlement en uniforme ; Chamoton, épouse de Legelée, qui était sur les frontières, la femme Douillet, l'épouse du citoyen invalide Vert-Joli, de Dijon ; Reine Chatton enrôlée à Melleroy (Loiret) ; Françoise Drouet, femme Chevillon, Marie Hobbé et Marie Lair, à Montagne-sur-Huisne ; Marie-Cécile Fiteau, de Nevers ; Madeleine Manceau, Marie Trotté, à Saint-Calais ; Thérèse Touay, dit le Diable, à Vendôme (elle passe à Versailles le 21 mars 1793, rejoignant l'armée du Nord) ; la femme fournier, à Versailles ; Marie Maurel à Cuges.
Ces femmes se sont réellement engagées ; les procès-verbaux et d'autres pièces officielles en font foi. Il est bon de le préciser, car on se plaignit à Paris, que des femmes habillées en hommes venaient s'enrôler ; elles recevaient les cinquante sous alloués aux volontaires et reprenaient aussitôt les habits de leur sexe.

Les bataillons de première réquisition créés par la loi du 23 août 1793 eurent également dans leurs rangs quelques femmes ; quelques femmes seulement, et qui cachèrent leur sexe, à cause du décret du 30 avril, qui les excluait du service militaire.

Parmi les sièges, notamment à Angers, à Granville, à Landrecies, les femmes se distinguèrent de toutes façons : soins aux blessés sous le feu, ravitaillement en vivres des défenseurs, même combats contre les assaillants, quelques-unes furent tuées ; un certain nombre ont été atteintes par le feu de l'ennemi et blessées.

Les femmes coururent donc aux drapeaux dans les troupes réglées, dans les volontaires nationaux. Il y eut même une femme gendarme ; Marie Charpentier, épouse de Joseph Haucerne, puis de Jacques-François Fallet. C'était une "Vainqueur de la Bastille", qui s'était distinguée et avait été estropiée dans la journée du 14 juillet 1789. Lorsque l'on forma de ces "Vainqueurs" au mois d'août 1792, la 35e division de gendarmerie, Marie Charpentier s'y fit admettre, c'était de droit ; placée dans la compagnie du fameux Rossignol, elle prêta le serment de gendarme et fit son service à Paris jusqu'en 1796. Marie Charpentier, née à Paris en 1751, y mourut en 1833.
Victoire Buffry, de Baye (Marne), jeune fille de quatorze ans, passant par Péronne, rencontre un réquisitionnaire qui déplorait de quitter ses foyers. Elle lui achète avec un assignat de 50 livres, toute sa fortune, son habit et ses armes, se présente au 5e régiment d'infanterie et s'y fait incorporer : congédiée en mai 1794.

L'armée du Nord, où servit Victoire Buffry, comptait nombre de femmes dans ses rangs. Certaines y avaient joué un certain rôle.

 

DEMOISELLES DE FERNIG


Fernig (Marie-Félicité-Louise), née le 10 mai 1770, Mortagne (Nord) ;
- (Marie-Théophile-Françoise-Norbertine), née le 17 juillet 1775, audit Mortagne,
volontaires dans la garde nationale de Mortagne, mai 1792 ; se font remarquer en maintes circonstances au camp de Maulde ; adjointes aux adjudants généraux de l'armée de la Belgique, octobre 1792, se distinguent à Bossu. A Jemappes, Théophile combattit à la gauche aux côtés du général Ferrand ; avec quelques chasseurs à cheval elle se précipita sur un bataillon hongrois, abattit à coups de pistolet deux grenadiers, saisit le chef de bataillon, le désarma et le conduisit auprès du général français ; pendant ce temps Félicité, la bride aux dents, le pistolet au poing, combattait en avant auprès du duc de Chartres. A Neerwinden, toutes deux firent partie de la charge célèbre du 10e dragons contre la brigade autrichienne Hoditz ; l'une eut son cheval blessé, l'autre tua de sa main un cuirassier de Nassau. Retirées, 5 avril 1793, Félicité, mariée en 1798 à François-Joseph Hermann Vanderwallen, mourut à Bruxelles le 4 avril 1841 ; Théophile qui ne se maria pas, est décédée à Bruxelles le 2 août 1819.


Catherine Pochetat, ordinairement appelée à tort Pochelat, d'Epoisses (Côte-d'Or), née le 31 janvier 1770. Enrôlée dans les canonniers des Enfants-Rouges, 2 août 1792, combat aux Tuileries le 10 août ; passé&e avec sa compagnie au 1er bataillon de Saint-Denis, se fait remarquer à Jemappes où elle concourt activement à soutenir le régiment de Vivarais et à mettre en déroute les dragons de Cobourg, à Neerwinden, et est nommée par Dumouriez sous-lieutenant à la Légion des Ardennes, mars 1793. Retirée pour raisons de santé ; déclarée avoir bien mérité de la patrie et pensionnée, 26 juin 1793. Devenue Mme Claude Dumat, elle mourut à Belleville, le 4 janvier 1828.


Anne-Françoise-Pélagie Dulierre, née le 15 mars 1770, à Angers, canonnier à la légion du Nord, s'était distinguée à Jemappes et avait été blessée à Liège. Venue à Paris et adoptée par la section du Mail, le Conseil exécutif provisoire la nomma sous-lieutenant le 30 mars 1793 et l'attacha comme adjointe à l'état-major de l'armée du Nord. Lorsque ses ennemis commencèrent à traquer Custine, ils le dénoncèrent aux Jacobins comme entretenant des femmes dans son état-major. Custine répondit qu'il n'était pas "le chaste Joseph", mais que cette femme lui avait été envoyée par la Convention. L'accusation tomba, et l'ajointe continua son service jusqu'au mois de septembre 1793.
Si par celle-ci il faillit voir contre lui un chef d'accusation, Custine fit citer lors de son procès comme témoin à décharge, Sophie Julien, de Beauvais, 18 ans, qui avait servi au 2e bataillon du Pas-de-Calais, de février à mai 1793.


C'est encore à l'armée du Nord que l'on rencontre Marie-Louise-Félicité Duquet, dit Vadeboncoeur, fille du maître d'école de Villepreux (Seine-et-Oise), où elle avait vu le jour le 5 mai 1771, volontaire au 1er bataillon de Saint-Denis, puis au 1er de la Nièvre, blessée, congédiée en avril 1794 et pensionnée en 1800. Mariée à Joseph Pellat et décédée à Paris en 1819.


Marie-Magdeleine Savonneau, d'Ecorpain (Sarthe), née le 17 juin 1764, du 1er bataillon de la Meurthe, fut blessée le 29 septembre 1793, ne put servir que quinze jours ; son sexe de suite fut reconnu.


Françoise Rhonel, de Villersexel, 27 ans, s'était engagée au 2e bataillon du Haut-Rhin, sous le nom de François, en août 1792. Son allure excita la curiosité de ses camarades ; en vrais troupiers ils épièrent ses moindres pas et démarches, et le résultat fut que, reconnue, Françoise dut être menée chez le général et auprès des Représentants du Peuple. Là elle montra une décision et une ardeur patriotique telles qu'on la conserva à l'armée jusqu'en mars 1794.

Schellinck

 Marie-Jeanne Schellinck, née à Gand le 6 avril 1757, épouse de François Desaegher, entra au 2e bataillon belge le 6 avril 1792. Elle se distingua à Jemappes, y reçut une balle à la jambe gauche et fut hachée de douze coups de sabre. Nommée sous-lieutenant à la suite le 10 novembre 1792, passée au 4e bataillon de tirailleurs, elle se retira du service en octobre 1795, vivant avec un ami, le lieutenant Louis-Joseph Decarnin, qui passe pour son mari, le suivant aux armées dans ses garnisons et dans sa retraite. Pensionnée en 1807 ... Elle mourut à Menin le 31 août 1840.


Jeanne-Catherine Collignon, née à Longuyon le 21 avril 1761, mariée à Louis Partis, s'enrôla avec lui sous son nom de jeune fille le 10 novembre 1792 et fut conducteur dans les équipages militaires. Blessée d'un coup de pied de cheval, elle se retira en 1796 et fut pensionnée.


Toutes les armes comptèrent des femmes à l'armée du Nord : le 21e cavalerie eut Charlotte-Reine Chapuis, née à Versailles le 12 mai 1776, fille d'un ancien porteur à la Bouche du roi, enrôlée sous le prénom de François Chapuy reconnue femme après Wattignies et congédiée.


Marie-Louise Bérard de Paris, où elle naquit le 27 avril 1767, épouse de Rémi Chavance, fut canonnière au 7e bis bataillon de Paris ; faite prisonnière à Condé, elle resta trois ans dans les prisons de la Hongrie.
Marie Bérard avait pour capitaine en second Elisabeth-Françoise Dubois, femme du capitaine en Ier Favre. Elle avait rejoint son mari à Liège en février 1793 ; proclamée capitaine en second par les canonniers, elle en porta l'uniforme et fit le service. Enlevée par les Autrichiens le 1er mars 1793, Mme Favre assista au massacre des prisonniers dans les fossés d'Aix-la-Chapelle, les Autrichiens tuant à coups de sabre, dit-elle, pour économiser la poudre et les balles. Déshabillée, son tour arrivé, et alors reconnue femme, elle fut sauvée par ordre d'un officier et conduite à Clairfait qui la fit rendre aux postes français. Rentrée à Paris, Elisabeth Dubois raconta à la section du Contrat social les faits dont elle avait été témoin. Portée à la connaissance du Comité de Sûreté générale, cette déposition provoqua la mise en accusation du général Miranda. Elisabeth Dubois devint aide garde-magasin des Services administratifs de Meaux.


Goton Marchand de Tours, 18 ans, partit au 13e bataillon de réquisition de Paris, sous le prénom de Louis ; passée à la 36e demi-brigade de ligne, elle se distingua à Maestricht. Congédiée, décembre 1794.


La femme Fortier, née Minard, servit comme canonnière de 1792 à 1794 au 10e bataillon des Fédérés.


La veuve Gaudrel, de Mesle-sur-Sarthe, canonnière au 2e bataillon de l'Orne, se retira après la mort de son mari survenue à Landrecies, pendant le siège, le 28 avril 1794.


Geneviève Prothais, née le 23 juin 1764 à Mouy (Oise), enrôlée au 5e bataillon de l'Oise le 4 septembre 1792, se retira le 19 novembre lors du grand exode des volontaires ; décédée à Mouy vers 1845.


Marie-Françoise-Camille Baise, de Maubeuge, née le 16 août 1773, servit avec son père dans la compagnie de canonniers de la Garde nationale, prit part à la défense de la place pendant le second blocus de Maubeuge et se fit remarquer.


Catherine Perpete, grenadier dans la garde nationale de Givet, se distingua à la déroute de Philippeville le 16 octobre 1793.


L'armée de Moselle compta parmi ses femmes soldats une héroïne dont le souvenir est demeuré précieusement dans sa ville natale :

Marie-Barbe-Ignace-Joseph Parent, née à Valenciennes le 4 décembre 1772. Engagée en 1792 au 9e bataillon des Fédérés, elle fut réclamée par sa famille. L'année suivante elle se faisait incorporer au bataillon du Panthéon Français, 5e de réquisition de Paris, comme étant Joseph Parent. Elle remplaçait ainsi son frère, déjà engagé dans les ordres et qui mourut curé de Saméon. Marie-Barbe Parent passa ensuite au 75e régiment d'infanterie et à la 139e demi-brigade et fut congédiée en juillet 1795. Elle avait su cacher si bien son sexe pendant deux ans qu'elle ne fut reconnue femme que sur son aveu. Les contrôles déclarent : "S'est conduite pendant le cours de ses services avec autant de bravoure que de sagesse ; elle n'a cessé de donner les preuves de l'une et de l'autre de ces qualités dans les combats comme dans les camps". Mère du peintre Alexis-Théophile Héois, elle est décédée à Valenciennes en 1829. Le 22 juillet 1895, au cours des fêtes célébrées pour le centenaire de la loi ayant déclaré que Valenciennes avait bien mérité de la Patrie, trois plaques commémoratives furent apposées : sur la maison qu'habita le général Ferrand, celle où succomba le général Dampierre ; la dernière habitation de Marie-Barbe Parent.


Marie Terrasson, de Riez (Basses-Alpes), née le 14 mai 1777, grenadier, au bataillon des Fédérés des 83 départements, septembre 1792, y sert sous le prénom de Marius avec son père et quatre frères ; congédiée comme fille, mars 1794.


Antoinette Vitaux, née à Charolles (Saône-et-Loire), le 2 décembre 1773, volontaire au Ier bataillon de Saône-et-Loire du 28 septembre 1791, se retire seulement le 19 juin 1793.


Françoise, dite Jeanne Perrin, née le 28 octobre 1777 à Ecleux (Jura), volontaire de 1792 au 3e bataillon de la République, incorporée comme étant Claude Perrin, fut réformée à Thionville le 21 janvier 1794.


Le 5e bataillon de Seine-et-Marne, dit 5e de la République, comptait dans ses rangs en la compagnie de canonniers, au mois de décembre 1792, une femme enrôlée. Cette volontaire paraît être Marie-Mabgdeleine-Catherine Rodier, née à Fontainebleau le 18 août 1767.


Enfin pour terminer l'armée de la Moselle, il faut le signaler qu'au Ier bataillon de réquisition de la Loire-Inférieure, le 1er juillet 1794, une femme est reconnue déguisée en homme. Elle fut congédiée le 4, malheureusement le nom est resté en blanc dans la lettre qui prescrit le renvoi.

 

femme découverte


A l'armée du Rhin on rencontre :

Claude Rouget de Chalon-sur-Saône. Sa famille l'avait mariée contre son gré à un vieillard et, le jour même du mariage, elle s'était enfuie ; quelques jours après, elle s'enrôlait.


Marie-Rose Bouillon, de Pont-Levoy, née le 14 février 1764, volontaire au 6e bataillon de la Haute-Saône avec son mari, Jean-Baptiste-Julien Harry (et non Henri, comme l'ont écrit tous les biographes), se distingue le 13 août 1793 au combat où son mari perdit la vie, méritant d'être citée dans le rapport du général en chef, puis mentionnée au Recueil des actions héroïques et enfin pensionnée à titre de récompense nationale. Remariée en 1794 à Louis-César Lécheneau ; veuve en 1807, elle mourut le 16 février 1819.


Marie-Anne Bara, de Lyon, s'était engagée au 5e bis bataillon de Rhône-et-Loire. "Son organe clair et flexible, sa taille fine et élancée avaient déjà fait naître quelques soupçons", lorsqu'un accident à l'affaire de Tripstadt les confirma. Cet évènement et la conduite tenue jusqu'alors frappèrent d'admiration son sergent-major au point qu'il lui demanda sa main sur-le-champ. Les affaires allaient vite alors ; quatre jours après, le mariage était effectué. Le fait fut mis au théâtre. Desfontaines composa sous le titre de la Fille soldat, fait historique, un acte qui fut représenté pour la première fois le 13 décembre 1794 au théâtre du Vaudeville. Le sergent-major qui devint le mari de Marie-Anne Bara était Blanc (Jean-Philippe-Roche), inscrit sur les contrôles sous le nom de Rocheblanc. C'est un personnage curieux ; on le voit sans conteste servant dans les armées de la République sans interruption, blessé, réformé, placé dans les vétérans, admis aux Invalides et enfin retraité. A la Restauration, Blanc devient un émigré de mai 1792, cadet au régiment d'infanterie, puis dans les hussards de Rohan de 1792 à 1797 ; blessé, retiré seulement au licenciement de l'armée de Condé en 1801. Aussi sur la proposition de la Commission des Emigrés, un brevet de capitaine et la croix de Saint-Louis lui furent accordés ; mais pour toucher sa pension consulaire de 1801, il devait faire libeller son certificat de vie comme sous-officier, alors qu'il était capitaine et chevalier de Saint-Louis ; c'était chose bien embarrassante, avouait-il lui-même, en demandant naïvement que son titre de capitaine fût porté sur le brevet de pension de 1801.


Marie-Henriette Heinikein, connue sous le nom de Mme Xaintrailles, née à Berlin, adjointe à l'adjudant général Xaintrailles, puis aide de camp du général, 1792-1796 ; se distingue en plusieurs circonstances et donne les premiers secours aux blessés. Nommée chef d'escadron, aide de camp du général en chef Menou et chargée d'une mission secrète en Egypte, elle parut en uniforme à la parade du Premier Consul du 6 mars 1801 ; embarquée sur l'escadre Ganteaume, sur l'Indivisible, elle se trouva avec Jérôme Bonaparte, fut au combat contre le Swiftsure, rentra en France avec l'escadre et reçut sa part de prise. Pensionnée par l'Empereur. Vivait à Paris en 1818.


Rose-Félicité-Françoise d'Anselme, née le 19 novembre 1754, à Gargas en Vaucluse, la Fernig de l'armée des Alpes, commanda en 1792 un corps de 1.500 hommes à l'armée du Var, dont son frère était général en chef, corps à la tête duquel elle se distingua et entra à Nice : Craignez Anselme et Lazare - D'Anselme craignez la soeur ...

 

Marie-Angélique Duchemin veuve Brulon


Marie-Angélique-Joseph Duchemin, née le 20 janvier 1772 à La Croix-aux-Cordeliers (Côtes-du-Nord) ; mariée à André Brulon. Devenue veuve, se fait autoriser à servir au 42e régiment d'infanterie, 1792 ; se distingue et est blessée à la jambe au siège de Bastia ; fonctionnaire sergent-major ; retirée, août 1794, et employée au service de l'habillement à l'armée d'Italie pendant quinze mois ; admise aux Invalides, 1797 ; sous-lieutenant honoraire, 1822 ; chevalier de la Légion d'honneur, 15 août 1851 ; médaillée de Sainte-Hélène ; morte aux Invalides, 13 juillet 1859.
C'est la première femme décorée.


Le décret, établi primitivement au féminin, fut masculanisé lors de la signature du Prince-Président, inséré tel au Moniteur, qui, le 21 août, dans un article aux Faits divers révéla la personnalité réelle.


Marguerite Fourneron, femme Lerissel, du Chambon (Loire), remplaça son frère malade au bataillon levé pour le siège de Lyon. Toujours la première à travailler aux redoutes et à combattre, quoique blessée, elle entra dans Lyon le sabre d'une main et le pistolet de l'autre ; retirée peu après la prise de la ville.


Marie-Marguerite et non Marie-Adélaïde Bertin, femme de Claude-Antoine Pain, du Plessis-Grohan (Eure), née le 19 mars 1774, servit sous le prénom d'Adrien Bertin avec son mari, grenadier au 8e régiment d'infanterie ; blessée d'un coup de biscaïen au pied et d'un coup de feu à la main droite. Elle se retire à la mort de Pain tué en Vendée en 1794.


Elisabeth Bourgé, de Reims, volontaire au bataillon de la Réunion, sous le nom de Nicolas Bourget (dit Sans-Soucy), en décembre 1792 ; reconnue femme et congédiée, avril 1793. Revient en Vendée et panse les blessés sur le champ de bataille.


Catherine-Adélaïde Garnejoux, volontaire, sous le nom de Reprehé, au 12e bataillon de la République, mars 1793 ; a quitté en 1794.


Madeleine Petitjean, née à Metz, le 6 mai 1746, canonnier à la 4e compagnie de la Sorbonne, 1793 ; faite prisonnière elle s'évade et est incorporée au 4e bataillon de l'Hérault ; blessée d'un coup de pique à la cuisse droite et d'un coup de biscaïen au pied droit à Château-du-Loir, 9 septembre 1793, et congédiée ; pensionnée en 1795. Veuve en troisièmes noces de Pierre Aufrère, tué à la prise de la Bastille (les deux premiers maris morts au service de la Marine) et mère de dix-sept enfants, se remarie en 1793 au sapeur Reversy, de la 4e compagnie de la Sorbonne.


Deux femmes soldats à l'armée des Pyrénées orientales :


Une célèbre, Liberté Barreau ; l'autre qui mérite d'être particulièrement signalée : Jeanne-Marie Barrère.

 

BARRAU GRENADIER


Rose Barreau, dite Liberté, née à Semalens (Tarn) en mai 1773, mariée à François Layrac le 4 mars 1793, s'engage avec lui le lendemain au 2e bataillon du Tarn ; incorporée aux Grenadiers. Se distingue au combat de Biriatou 13 juillet 1793, sous la Tour d'Auvergne, qui demande pour elle une place d'officier. Retirée, septembre 1793, pensionnée, 1805 ; admise aux Invalides à Avignon, en 1832, elle y mourut, le 24 janvier 1842.


Jeanne-Marie Barrère avait 26 ans, étant née le 10 août 1766, à Cuzaguet (Hautes-Pyrénées), lorsqu'elle s'engagea le 4 octobre 1792, dans la 2e compagnie franche du Gers ; passée, avec la compagnie à la 5e demi-brigade légère, J.-M. Barrère prit part à tous les combats et pays de sa personne. Enveloppée, désarmée et faite prisonnière le 23 juillet 1793, emmenée par deux grenadiers espagnols, elle arrache le fusil de l'un, tue l'autre et met le premier en son pouvoir, et cela sous une grêle de balles. A la prise de Tolosa en 1794, surprise, alors qu'elle entrait des premiers dans la ville, Barrère est abattue d'un coup de sabre à l'épaule et foulée par le cheval du cavalier ; mais elle se relève et d'un coup de carabine abat son adversaire. L'année suivante, au combat de Biriatou, elle est frappée d'un coup de feu à la cuisse droite. Froidement, Jeanne-Marie arracha de sa plaie la balle, rechargea son fusil et retourna l'engin aux Espagnols. Retirée du service en 1796, avec certificats des plus élogieux. Ses blessures lui valurent quatre ans plus tard une pension dont elle jouissait à Montauban en 1817.

 

Mme Sans-Gêne - Marie-Thérèse FigueurMarie-Thérèse Figueur, dite Sans-Gêne, est la seule femme qui servit à l'armée des Pyrénées occidentales. Née le 16 janvier 1774, à Talmay (Côte-d'Or), elle entra dans les dragons allobroges (15e régiment) en 1793 ; elle se distingue à Saint-Laurent de la Mouga, fait des prisonniers à Baccara ; enfin, a deux chevaux tués sous elle ; retirée du service à la paix avec l'Espagne à la fin de 1795. Mariée à Dijon, le 28 juin 1796, à Henri Commarmot, hussard au 8e régiment, elle se fit incorporer le 21 décembre 1797, sous le nom patronymique de Sangène. Commarmot fut désigné en juin 1798 pour passer au Ier carabiniers, mais l'épouse ne se crut pas obligée de suivre le mari partout où il jugeait à propos de résider et elle demeura au 8e hussards jusqu'à la fin de novembre. Trois mois après, Thérèse Figueur rengage au 15e dragons ; elle passe au 9e, est faite prisonnière à Savigliano, après avoir eu un cheval tué sous elle, et rentre en janvier 1800 au 15e dragons, d'où elle est congédiée le 1er novembre suivant. Une pension à titre de récompense nationale lui avait été accordée le 5 septembre ; en 1804 Napoléon y ajoute une gratification de 24 francs par mois payée sur le chapitre des menus frais, Service des Cuisines, de la maison de l'Empereur.
Sans-Gêne est repartie comme dragon volontaire à la Grande Armée, mais ce fut fort tard et elle y demeura peu de temps ; elle était à Paris au 31 décembre 1805, et la feuille de route pour retour en France lui fut délivrée à Linz le 16 février 1806. A cette époque, Thérèse Figueur vivait, - et depuis plusieurs années, semble-t-il, - avec Charles Dovalle, ancien dragon au 9e régiment. Charles Dorvalle, remplaçant dans la garde nationale mobilisée de Seine-et-Oise en 1809, passa, après la campagne de Brabant, comme sergent de grenadiers au régiment des gardes nationales de la garde impériale et suivit le corps en Espagne (1810). La "femme Dovalle", ainsi que Thérèse se qualifiait elle-même, rejoignit son mari à Burgos en mars 1812 et fut vivandière au régiment.
Le 18 juillet 1812, Dovalle fut enlevé aux portes de Vitoria par une guérilla, au cours d'une promenade, et Thérèse voulut suivre son sort : ils demeurèrent en captivité jusqu'en 1814. Dovalle décédé ou quitté, Thérèse Figueur épousa le 2 juillet 1818, Clément-Joseph Melchior Suter, maréchal des logis à la gendarmerie des Chasses, devint veuve en 1829 et mourut à Issy le 4 janvier 1861.

 

THERESE FIGNEUR DITE SANS-GENE



La loi de l'an VII sur le recrutement, la loi Jourdan, empêchait la femme d'entrer dans les rangs. Cependant depuis cette loi on en trouve servant, dont deux parties pour un frère, se substituant à lui après le conseil de révision et lors de la mise en route. Parmi elles figure la célèbre Virginie Ghesquière, sur laquelle on a tant brodé et qui le méritait si peu, car sa carrière militaire est plutôt douteuse.


Marie Delfils, née Tondeur, du Lot, née vers 1773, soldat au 5e bataillon principal du train d'artillerie en même temps que son mari ; immatriculée "femme Delfis", 1798 ; réformée pour défaut de taille, 1802. Habitait Paris en 1843.


Olive Laurent, femme de Jean-Baptiste Jourdain, passée à Saint-Domingue avec son mari, canonnier au 8e d'artillerie, sert au régiment et est blessée en faisant le service en avril 1802 dans une affaire où Jourdain fut frappé à mort. Rentrée en France la même année.


Anne Périgaut, de Rennes, 18 ans, tambour à la 9e demi-brigade légère, admise par le corps, mai 1803, déclare son sexe quinze jours après et est congédiée.


Jeanne Coulomb, de Rouen, née en 1784, partie pour son frère et incorporée au 20e de ligne ; blessée le 29 octobre 1805 à Caldiero, d'un éclat de biscaïen à la tête ; renvoyée lorsqu'elle fut guérie et gratifiée par le maréchal Masséna de 2.000 francs pour sa dot.


Marguerite-Suzanne de Lord-Sarpy, née le 20 novembre 1788 à la Nouvelle-Orléans, épouse du colonel Burthe d'Annelet, du 4e hussards, rejoignit le régiment à Osnabrück en juillet 1805. Elle suivait à cheval, et les officiers par acclamation la nommèrent sous-lieutenant. On l'appelait M. d'Annelet. A Austerlitz, elle se distingua et, sur son invitation, elle accompagna l'Empereur dans sa visite au champ de bataille. Rentrée en France en janvier 1806, elle revint au 4e hussards au mois de septembre et y resta jusqu'au 30 décembre 1806. Elle réapparut en 1807 ; une feuille de route remise à Postdam le 6 juillet 1807, pour rejoindre à "M. d'Annelet, officier au 4e hussards". Mais la paix de Tilsitt survint, et Mme Burthe "rentra dans ses foyers", définitivement, en février 1808.


Une femme Légier se disait entrée en 1804 au 94e régiment d'infanterie, et passée ensuite au 27e léger, servant sous le nom d'Antoine Perrier. Serait-ce la même que Marguerite Perrié, native de Sedan, qui fut cuirassier au 3e régiment, blessée à Dresde et se trouvait à Paris en décembre 1813 ?


Virginie Ghesquière part pour son frère Jean-Baptiste, de Deulémont (Nord), conscrit de 1806, déserteur amnistié, et incorporé le 19 mai 1810 au 27e léger ; déserte, 11 juillet 1810 ; rentrée au corps, 26 novembre 1810 ; jugée et réadmise 2 mars 1811 ; déserte à nouveau 15 août 1811. Arrêtée à Poitiers et placée dans un convoi de réfractaires destiné au dépôt de Strasbourg, mis en route le 18 novembre ; entrée à l'hôpital de Bourges au passage du convoi, le 26 ; reconnue femme au mois de février 1812 et renvoyée.


Jeanne-Louise Antonini, née à Ajaccio en 1771, embarquée, en cachant son sexe, sur la Cornélie, blessée et faite prisonnière des Anglais, 1802 ; rentrée dix-huit mois après, s'engage au 70e de ligne, y devient caporal et sergent ; libérée à la suite d'une blessure reçu en Portugal. Morte à Nantes, le 26 juin 1861.
Louise Antonini avait servie dans la marine. Elle ne fut pas seule.


Au mois d'octobre 1793, parmi les prisonniers de guerre français détenus à Plymouth, "un jeune matelot est heureusement accouché d'un joli petit mousse".


Julienne David, née en 1776 à Saint-Mars-du-Désert dans la Mayenne, faite prisonnière en combattant dans l'Ouest pour la cause royale, déguisa son sexe et s'enrôla comme étant Jacques David en 1797 en qualité de novice sur le corsaire la Jeune Agathe ; passée sur la prise la Main de Dieu, elle débarqua de gré à gré en janvier 1798. Lors de la rupture du traité d'Amiens, elle reprit du service sur un corsaire et fut prise par les Anglais avec l'équipage. Après huit années de captivité, reconnue par hasard par un concitoyen de Saint-Mars du Désert qui révéla son sexe, Julienne David fut rendue à la liberté. Elle vint habiter Nantes, devint le "roulier Jacquot", portant toujours un costume masculin, et mourut en 1843.

En 1814, des femmes offrirent leurs services ; on ne les accepta point.

Pendant les Cent-Jours, dans tout l'Est, un mouvement patriotique enthousiaste s'éleva, dans les Vosges, en Lorraine, en Alsace, en Comté. "Dans les divers bataillons qui venaient des Vosges, nous vîmes 200 à 300 femmes habillées en hommes et faisant les fonctions de soldats, écrivait-on de Nancy au Moniteur le 12 mai 1815 ; une dame de notre connaissance était sergent-major."


C'était Mme Pellet, l'épouse de Jean-François Pellet, le Barde des Vosges, qui servit comme sergent-fourrier dans la compagnie de la garde nationale mobilisée dont son mari était capitaine.

Les femmes dont les notices précèdent ont été effectivement militaires. Leurs services sont constatés par pièces authentiques : inscription sur les contrôles, congés, certificats, secours et pensions obtenus. En dehors d'elles, on en trouve un grand nombre qui ont suivi leur époux à l'armée, ont fait le coup de feu et même ont été blessées. Mais la liste en serait trop longue.

Il en est de celles qui ont servi pour lesquelles le corps de troupe qui les compta dans ses rangs n'a pu être découvert.


Marie-Louise-Thérèse Boquet, de Paris, qui obtint le 18 janvier 1794 une gratification de 150 livres pour ses "services pendant le temps qu'elle a été dans les armées de la République".


Louise-Aimée Leblanc, femme Fauvelle, à qui un secours provisoire de 300 livres fut décrété le 13 mars 1794, pour avoir combattu sous les drapeaux de la République.


Marie Foulas (plutôt Soulas) et Jeanne-Claude Mayot, épouse de François Magnier, toutes deux de Paris, qui firent la campagne de 1792 et rentrèrent à Paris en janvier 1793.


Victoire Savit, veuve Long, de Toulouse, servit comme aide de camp, puis fut employée au Dépôt de la Guerre jusqu'en mai 1799.


Pour d'autres, le nom est introuvable ; telles la citoyenne qui se présente le 3 mars à la Société des Jacobins, venant de faire campagne et "brûlant de retourner au combat" ; celle, veuve d'un mari tué à l'ennemi et blessée elle-même, pour laquelle la Commune de Paris fait une collecte le 22 juin 1793 ; la dragonne blessée à Hochheim et soignée par Larrey ; la cavalière du 22e régiment signalée par le sergent Fricasse comme s'étant distinguée à la journée mémorable du 8 messidor, bataille de Fleurus.
Cela ne suffisait pas. On eut besoin d'inventer des femmes militaires et des héroïnes. Mme de Saulanne n'a jamais existé que dans l'imagination du général Thiébault. De même le roman d'Henriette de La Tour est une mystification de Moreau de Jonnès, qui n'a pas fait la campagne d'Irlande où les faits se seraient passés. Louise Bellet est due à la duchesse d'Abrantès. Enfin Mathurine, de Lauzach, qui part pour Mathurin en 1812, a été conçue par Pitre-Chevalier sans doute pour corser son Voyage en Bretagne.

Il est enfin, pour des femmes militaires, encore une catégorie, et la dernière : les comédiennes. Il fut de mode à la fin du Directoire et au commencement du Consulat pour les femmes de s'habiller en militaire et de se faire passer pour avoir servi.


C'est ainsi qu'en 1798, on arrête Victoire Buffry en uniforme de trompette-major du 7e hussards. Sophie Julien obtient des secours comme trompette d'artillerie. Sophie a pour acolyte dans cette affaire Marie Lefèvre. Marie Lefèvre se donne comme trompette au 2e régiment d'artillerie légère ; elle se fait accorder en cette qualité, ainsi que Sophie Julien, 150 francs du ministère de l'Intérieur ; en juillet 1798, 100 francs du ministère de la Guerre ; en janvier 1799, 100 autres francs, sur l'ordre de Scherer, qui avait reçu lui-même les pétitionnaires.
Ursule Habit, dite Lubin, veuve Imbert Bertrand, mérite une mention spéciale pour les secours qu'elle sut se faire octroyer. Elle se disait veuve du commandant du 3e bataillon de l'Aube, tué le 10 novembre 1792 à l'affaire de Francfort ; déclarait avoir servi dans ce bataillon, être passée ensuite au 7e hussards où elle prétendait avoir été promue officier, enfin, s'être retirée à cause d'une blessure grave. Bien qu'à l'époque, on déclarait les faits apocryphes, Ursule Habit se fit attribuer des secours en 1794 et 1795 par la Convention, en 1796 par le Directoire, en 1797 par le ministre de la Guerre à deux reprises. Renchérissant sur ses prétendus services militaires, en 1803, elle se disait âgée de 25 ans, mère de trois enfants mâles de la même couche et s'adressait à la charité publique par la voie de la Presse. Enfin, comme elle ne doutait de rien, elle sollicita la croix de la Légion d'honneur.
La veuve Fortemanne (Marianne Briguet) s'adressa, elle, au Premier Consul, se disant veuve d'un chasseur à cheval tué à Marengo et elle-même blessée dans cette bataille, Marengo, mot magique ; aussi Bonaparte demanda un rapport. Pour ce faire, il fallut des renseignements à fournir par la veuve Fortemanne. On s'adressa à elle : la lettre revint : "Inconnue".
Adélaïde Bassey, qui aurait servi dans les chasseurs, aurait fait prisonnier à Gênes un général autrichien et assista au Te Deum du 28 germinal an X, Adélaïde Bassey est du même genre.
Du même genre également Regula Engel, "Frau Oberst Regula Engel", qui publia des Mémoires plus que fantaisistes.
Du même genre, Catherine Claire, qui prétendait avoir été décorée sur le champ de bataille de Wagram où elle servait une pièce, se maria, la Légion d'honneur sur la poitrine et se fit à plusieurs reprises condamner pour port illégal de la décoration. Du même genre enfin Ducoud-Laborde, femme Poncet, dite Breton-Double, dont l'histoire n'a pu être conçue si contraire à la vérité que dans l'intention de faire croire à la réalité par les invraisemblances et les inexactitudes.
Enfin Marie-Victoire Gemilhée, qui aurait traversé le département de la Meuse en 1814, retour de Russie, en tambour des chasseurs à pied de la garde impériale, est du même genre aussi, à moins que le rédacteur du Journal des Débats en 1814 ne l'ait simplement inventée.

Léon Hennet
La Nouvelle Revue
41e année - 4e série
tome 40 - Mars-Avril 1919