L'ABBÉ BARBEDETTE DIT "GRAND-BOT"

Les prêtres réfractaires vendéens qui, à l'époque de la Révolution, refusèrent de prêter serment à la Constitution civile du Clergé, doivent être classés en deux catégories bien distinctes, savoir : ceux qui, cédant à la force, obéirent à la loi de déportation et se décidèrent pour l'exil ; ceux qui prirent le parti de braver les persécuteurs en restant cachés dans le pays. Parmi ces derniers, si le plus grand n¤mbre s'en tinrent à la défensive tout en continuant, au mépris de la loi, à exercer en cachette leur ministère paroissial, il y en eut quelques-uns qui n'hésitèrent pas à prendre carrément l'offensive, prêchèrent hardiment la révolte contre la République et, à l'époque de l'insurrection générale dont ils avaient ainsi préparé les voies, s'embrigadèrent, au moins à titre d'aumôniers, dans les rangs des paysans insurgés.
De ces hardis entre les hardis, qui mirent plus ou moins la main à la pâte, la liste n'est pas très longue ; mais il en surgit pourtant çà et là un peu partout, aux quatre coins de la Vendée militaire. ... En voici un, le fameux abbé Barbedette, plus connu sous le nom de curé Grand-Bot et qui, dès le début des hostilités, nous apparaît prêchant la guerre sainte aux bandes du terrible Joly. ...

I

Capture plein écran 07052013 120010Avant la Révolution, l'importante commune aujourd'hui appelée les Lucs-sur-Boulogne était divisée en deux paroisses : Notre-Dame-du-Petit-Luc et Saint-Pierre-du-Luc ou du-Grand-Luc. On disait c¤uramment : le Petit-Luc et le Grand-Luc.
En 1789, le Grand-Luc avait comme curé, depuis deux ans, un prêtre encore jeune, l'abbé Vincent Barbedette, originaire de la Normandie qui, à cette époque, comptait plusieurs de ses enfants parmi les membres du clergé du diocèse de Luçon. D'après la tradition conservée par les anciens de la paroisse, ce Normand dépaysé mais tout à fait à l'aise dans son pays d'adoption était, au physique, un grand diable bien découplé, sec et nerveux, marcheur intrépide et adroit de ses mains, fort comme plusieurs Turcs et j¤uissant d'une santé de fer. Au moral : simple et tout rond, pas fier, bon enfant, non moins serviable que zélé dans son ministère, jovial, aimant à rire et à faire rire ses paroissiens, trinquant avec eux à l'occasion et, quoique ancien buveur de cidre, ne crachant point sur un verre de vin clairet. Avec cela, plus têtu qu'une mule et ne démordant jamais d'un projet arrêté.
Grand amateur de boules, fort et adroit comme il était, il faisait l'admiration de ses partenaires et de tous les spectateurs de ce jeu populaire par excellence, quand chaque dimanche, après vêpres, il s'en donnait à coeur joie devant la porte de l'église, soutane retroussée, ne manquant jamais un beau coup et, bien souvent, cassant maître ou boules à la force du poignet !
Ajoutons, pour compléter ce portrait, que l'abbé Barbedette, où qu'il allât et quelque temps qu'il fit, était toujours en sabots. A cela il n'y avait, d'ailleurs, rien d'étrange, car c'était une mode générale à cette époque ; mais, ce qui était particulier au bon curé, c'est que ses sabots, taillés, cela va sans dire, à la mesure de ses pieds, étaient tellement longs, et à proportion tellement gros, qu'ils avaient plutôt l'air de petites chaloupes et cela lui avait valu, soit de la part de ses ouailles, soit de la part de ses confrères voisins, le surnom de curé Grand-Bot.
Grâce à sa rondeur, à ses franches allures, à son zèle, et peut-être aussi à son physique d'hercule qui en imposait aux paysans naturellement admirateurs de la force, le curé Barbedette eut très vite pris une grande influence sur ses paroissiens. Il les menait au doigt et à l'oeil. On aimait, alors, les curés comme ça !
C'était d'ailleurs un pasteur modèle, sous tous les rapports. Doué d'une voix de stentor et d'une éloquence réelle quoique toute simple, il savait rendre intéressant l'enseignement de la chaire, attirant et gagnant ses auditeurs par l'habileté avec laquelle il entremêlait d'utiles conseils pour leurs affaires temporelles les leçons nécessaires à leur salut. Prêchant d'exemple, ce qui est la meilleure et même la seule façon de bien prêcher, il appliquait à la lettre les préceptes évangéliques, vivait pauvrement, ne portait jamais que des soutanes rapiécées, mais avait toujours la main ouverte pour distribuer aux malheureux les aumônes que ses privations continuelles le mettaient à même de faire.
De ses paroissiens, il n'était pas seulement le pasteur aimé, mais encore le juge de paix toujours écouté, toujours choisi par eux comme arbitre de leurs différends. Au besoin, il était le médecin de leurs corps tout autant que celui de leurs âmes. Avait-il autrefois étudié la médecine ? Je l'ignore. Ce qui est certain, c'est qu'il possédait des connaissances médicales assez étendues et que sa réputation, comme guérisseur, était extraordinaire : à tel point qu'il passait pour avoir un don et que, bien au delà des limites de sa paroisse, on le considérait comme une sorte de devin, - ce qui ajoutait beaucoup à son prestige et accrédita, nous le verrons plus tard, une foule d'aventures merveilleuses mises sur son compte par la croyance populaire, pendant les mauvais jours de la Terreur.
Lorsque fut proclamée, en 1791, la Constitution civile du Clergé, le curé du Grand-Luc refusa de prêter le serment, et quand, vers le milieu de l'année suivante, une loi condamna à la déportation en terre étrangère tous les prêtres non constitutionnels, il refusa d'obéir et résolut, réfractaire jusqu'au bout, de tout braver plutôt que d'abandonner ses chers paroissiens.
Il dut alors se cacher pour échapper aux poursuites des proscripteurs ; et sa popularité était si grande, qu'il n'y eut pas un village, pas une maison où il ne fût à même de choisir un asile, non seulement dans sa paroisse, mais encore dans toutes les paroisses voisines, entre lesquelles, à partir de ce moment, il partagea l'exercice illégal de son ministère.
Tout en se cachant de son mieux pour dépister les sbires lancés aux trousses des prêtres réfractaires, il ne perdait aucune occasion de prêcher la résistance aux fidèles catholiques de la région du Poiré : non pas la ridicule et stupide résistance légale aujourd'hui prônée, sous la troisième République, par les jobards - doublés de chapons - qui ont entrepris de nous livrer pieds et poings liés à la Gueuse en nous coiffant de la cocarde constitutionnelle, mais bien la résistance carrément illégale, la seule logique, la seule digne, la seule efficace de la part de persécutés soucieux de ne point capituler devant les persécuteurs.
Il poussa si bien à la roue qu'au mois de mars 1793, lorsque l'insurrection éclata, presque comme un coup de foudre, sur tous les points du département, les gâs des Lucs et de la région voisine furent des premiers à prendre les armes. Lui-même, d'ailleurs, côte à côte avec le brave Renaudin, choisi comme capitaine, n'hésita point à se mettre à leur tête, non sans doute pour faire le coup de feu, mais du moins pour encourager et exciter, tant par sa présence que par ses exhortations, une offensive qu'il avait, depuis si longtemps, appelée de tous ses voeux.

II

Le premier effort des insurgés de la région des Lucs se porta sur Palluau, de concert avec les bandes venues du côté de Saint-Etienne-du-Bois et commandées par les deux frères Louis et René Savin, futurs lieutenants de Charette. D'après une lettre du receveur local de la Régie, le citoyen Saurin, alors sur les lieux (lettre datée du 16 mars 1793 et dont l'original se trouve aux Archives historiques de la Guerre), ce fut le jeudi 14 mars que les insurgés s'emparèrent de Palluau. Or la tradition rapporte que, ce jour-là, l'abbé Barbedette était à la tête des vainqueurs, et même qu'il fut choisi comme président du Comité aussitôt installé par eux.
Ce n'est pas seulement la tradition orale qui témoigne de l'initiative ainsi prise par le curé Grand-Bot et de sa participation effective - et en quelque sorte prépondérante - aux premiers mouvements insurrectionnels dans la région : plusieurs documents contemporains, parfaitement authentiques, confirment, sur ce point, le témoignage traditionnel. C'est ainsi que le citoyen Julien Blanchard, armurier à Palluau, et dont la déposition devant le district des Sables d'Olonne fut recueillie toute chaude, le 25 mars, déclare que dans l'attroupement révolté qui s'est maintenu dans ce bourg (on disait alors la ville) jusqu'au 22, "il s'y est trouvé les prestres qui suivent, scavoir : Neau, prieur de Soulan, Barbedette, curé du Grand-Luc, et un autre prestre qui a été vicaire à Saint-Etienne-du-Bois, que ces trois prestres déguisés en paysans onts rebénis l'église de Paluau, qu'ils onts dit aux ameutés que les boulets et les balles ne les atteindraient pas."
Presque dès le lendemain de leur victoire, les vainqueurs de Palluau se mirent en relation avec le fameux Joly, qui, de son côté, avait levé l'étendard de la révolte aux environs de la Mothe-Achard. Ils se rangèrent sous ses ordres et bientôt, de concert avec lui, résolurent d'aller attaquer la ville des Sables-d'Olonne.
Ce fut le 22 mars, après avoir occupé Palluau pendant huit jours, que l'abbé Barbedette et ses compagnons rallièrent l'armée de Joly à la Mothe-Achard, où ils restèrent jusqu'au 24. Là encore, le témoin ci-dessus entendu nous montre le curé du Grand-Luc bien en évidence, célébrant la messe le dimanche 24, jour des Rameaux, et prêchant "les attroupés sous les halles". Là encore, le président du Comité de Palluau agit comme chef ; il se fait ouvrir les portes de la prison et y visite les républicains qui s'y trouvent détenus.
L'un de ces prisonniers, le citoyen Siméon-Joachim Augeard, maire de la commune de la Chapelle-Achard, remis en liberté le 29 et interrogé, le 30, par les membres du district des Sables d'Olonne, dépose, en effet, "que parmis les personnes qui ont été le voir en prison, il a reconnu Barbedette, ex-curé du Luc, et Chabot, ex-curé d'Aubigny, que Jeudy dernier Barbedette dit aux prisonniers que le peuple assemblé voulait soutenir sa religion, que l'Assemblée nationalle était un tas de gueux et de scélérats ainsy que les gardes nationalles et tous ceux qui représentaient les authorités constituées, mais que tous allaient estre renversés, que le soulèvement était général dans le royaume et que les émigrés allaient rentrer."
Après une première attaque manquée contre les Sables, le 24, l'abbé Barbedette revint à la Mothe-Achard où, le 28, jour du Jeudi-Saint, nous le retrouvons, d'après les Mémoires contemporains et inédits du sablais André Collinet, célébrant solennellement la messe et haranguant, dans un sermon "pathétique", les troupes de Joly de nouveau concentrées en vue de prendre leur revanche. Un second assaut fut donné le lendemain, Vendredi Saint, mais, grâce à l'artillerie républicaine, les assaillants furent encore repoussés, non sans voir laissé quelques-uns d'entre eux sur le terrain.
Malheureusement le curé Grand-Bot était au nombre de ceux-là. Durant toute l'action il s'était tenu debout au premier rang, exhortant les combattants et donnant l'absolution à ceux qui tombaient. Tout à coup on l'avait vu tomber lui-même, atteint d'une balle en pleine poitrine. Juste à ce moment les insurgés lâchaient pied : la débandade dégénéra vite en déroute ; ce fut un sauve-qui-peut général, et quand les gâs des Lucs se rallièrent enfin, au camp de la Mothe-Achard alors seulement ils s'aperçurent que leur pasteur manquait à l'appel. Ils s'en retournèrent chez eux la mort dans l'âme, persuadés que jamais plus ils ne reverraient leur cher curé Grand-Bot !

III

P1010859Trois semaines environ après l'attaque infructueuse des Sables, un soir entre dix et onze heures, le vieux Père La Riquette, qui cumulait triples fonctions de sacristain, fossoyeur et domestique attaché au presbytère, était tranquillement occupé à dire son chapelet au pied du lit conjugal d'où sa bonne femme, déjà à moitié endormie, ne répondait plus guère que par monosyllabes, entrecoupés de bâillements ...
Tout à coup, on frappe à la porte ...
Il pleuvait à torrents et le bonhomme, qui n'était point des plus braves, se demandait anxieusement qui pouvait bien se risquer ainsi à courir les rues à cette heure et par un temps pareil. Il hésitait à en croire ses oreilles losqu'un second coup, plus violent que le premier, fit sursauter la vieille dans son lit. Et aussitôt une voix bien connue se fit entendre :
- Ouvrez vite, Père La Riquette ! c'est moi !
- Bon Jésus ! s'écria la dormeuse tout à fait réveillée, c'est M'sieu l'Curé qui revient pour demander des prières !
Et tandis que la bonne femme se levait d'un bond et passait sa jupe tout en se signant, le Père La Riquette, tremblant des pieds à la tête, continuait à égréner son chapelet en invoquant les âmes du Purgatoire ... Lui aussi, en avait la conviction : c'était bien le cher défunt qui revenait ! ...
Mais le revenant s'impatientait : un troisième coup eut raison du loquet mal assuré, et le curé Grand'Bot (car c'était lui) entra en disant : "Eh bien ! oui c'est moi ... en chair et en os ! ... Et la preuve que je ne suis pas un revenant, c'est que j'ai grand faim et grand besoin d'une flambée pour me sécher !"
Un revenant qui demande à manger et à se chauffer ne revient sûrement pas du Purgatoire : aussi les deux vieux, tout de suite rassurés et pleurant de joie, s'empressent-ils autour de leur pasteur vénéré.
Pendant que le Père La Riquette enflamme une brassée de genêts dans le foyer, la bonne femme, qui a tant bien que mal passé sa jupe et ajusté sa coiffe, tire de son cabinet, une assiette, une serviette, un coin de beurre et un morceau de pain, place le tout sur la table où le revenant affamé n'en fait bientôt qu'une bouchée, tout en racontant comment, la poitrine traversée d'une balle et laissé pour mort sur le champ de bataille des Sables, il avait réussi à se traîner, à la faveur des ténèbres, vers un village voisin où de bonnes âmes l'avaient recueilli, caché et soigné avec dévouement jusqu'à ce qu'il fût guéri de sa blessure ; comment ensuite, lorsqu'il se sentit solide sur ses jambes, il s'était empressé de reprendre le chemin de sa chère paroisse, un peu clopin-clopan et en se faisant passer, sur la route, pour un pauvre mendiant relevant de maladie ...
On devine ce que fut la joie, le lendemain, dans toute la paroisse, et avec quels transports chacun fêta le retour du curé populaire qu'on avait cru mort et pour l'âme duquel on multipliait les prières !
Je dois à la vérité de dire qu'en général, tant aux Lucs que dans le voisinage, on ne voulut point admettre la version d'une guérison naturelle : on crut à un miracle, et, s'il faut s'en rapporter à une tradition conservée par les anciens, beaucoup, surtout parmi les femmes, demeurèrent persuadés que le curé Grand'Bot, en récompense de ses mérites, avait été l'objet d'une faveur divine extraordinaire et était bel et bien ressuscité. Son étrange réapparition ne fit, en tout cas, qu'accroître le prestige dont il jouissait auprès de ses paroissiens et dans les paroisses voisines : plus que jamais on le crut devin, et doué d'un pouvoir surnaturel qui, la preuve en était faite, le mettait à l'abri des balles des Bleus !

IV

A son retour aux Lucs, l'ex-président du Comité royaliste de Palluau trouva la face de l'insurrection quelque peu changée. Pendant les trois semaines qui s'étaient écoulées depuis le siège des Sables, les chefs laïques avaient pris de plus en plus le haut du pavé. Dans tout le pays situé entre le Poiré et la côte, le fameux Joly, qui allait bientôt être éclipsé par Charette, avait été reconnu ou s'était imposé comme commandant général, et les membres militants du clergé, jusque-là en vedette, était passés au second plan. Mais si le curé Grand'Bot, tout comme ses confrères, ne prit plus part, dès lors, à la direction effective de l'insurrection, il n'en conserva pas moins une grande influence tant sur la masse des insurgés que sur les chefs eux-mêmes, pour lesquels il ne cessa d'être un conseiller toujours écouté. A peine remis de sa blessure, l'entraîneur de la première prise d'armes recommença, sans négliger, l'exercice quotidien de son ministère paroissial, à prêcher la guerre sainte. Les jours de bataille, on le voyait marchant à l'avant-garde, un crucifix à la main, remplissant les fonctions d'aumônier, relevant les blessés et donnant l'absolution aux mourants, sans se soucier des balles qui sifflaient autour de lui. Il ranimait les courages après la défaite, poussant à la revanche et tenant toujours ses gâs en haleine, en leur faisant espérer la victoire finale et le prochain triomphe de la cause religieuse.
Sauf quelques rares déceptions suivies d'un découragement momentané, cela dura ainsi jusqu'à l'époque où les colonnes infernales, après l'écrasement de la Grande Armée, furent lancées à l'assaut de tout le territoire vendéen. Le Bas-Poitou, non encore entamé, devint alors, à son tour, le théâtre principal de la guerre ... et quelle guerre ! ... Maisons incendiées, vieillards massacrés, femmes violées, enfants embrochés au bout des baïonnettes : les bandits sous la conduite de Turreau avaient pris à la lettre l'ordre barbare qui leur avait été donné de détruire jusqu'au dernier rejeton des brigands de la Vendée !

P1010856Durant cette période de sauvages tueries, l'abbé Barbedette fut admirable de courage et de dévouement. Tous les hommes valides et la plupart des jeunes gens au-dessus de quinze ans se battant à l'armée de Charette, il ne restait plus dans les villages que quelques vieillards avec les femmes et les enfants : l'intrépide curé Grand'Bot se constitua  leur gardien vigilant. Aidé d'une troupe de jeunes gâs délurés, il avait organisé une surveillance qui s'étendait à deux ou trois lieues à la ronde ; lui-même se portait toujours en avant, dans la direction où les colonnes de massacreurs étaient signalées, et, à la moindre alerte, grâce à ses grandes jambes et à celles de ses jeunes lieutenants, grâce aussi à une habile combinaison de signaux, l'alarme était bientôt donnée dans le pays, et tout le monde courait se réfugier dans les bois ; lorsque les Bleus arrivaient, presque toujours guidés par des traîtres, ils trouvaient les villages évacués et devaient se contenter d'assouvir leur rage en livrant aux flammes les maisons vides.
La vigilance du pasteur sauva ainsi maintes fois le troupeau, mais elle ne réussit pourtant pas, hélas ! à le préserver tout entier de l'horrible tuerie du 28 février 1794 ! Ce jour-là, en effet, la colonne infernale commandée par le général Cordellier surprit et massacra sur le territoire du Petit-Luc 485 habitants, parmi lesquels 189 femmes et 126 enfants âgés de moins de dix ans ! L'abbé Barbedette, qui se trouvait alors en exploration du côté opposé à la marche des Bleus, eut la chance d'échapper au massacre, et c'est lui-même qui, un mois plus tard, le 30 mars, dressa minutieusement la liste des infortunées victimes, conservée aux archives paroissiales des Lucs.
C'est surtout à cette affreuse époque des colonnes infernales que s'affirma la réputation de devin et conjureur des Bleus, attribuée à l'abbé Barbedette par la tradition locale. Sur la chance vraiment extraordinaire qu'eut alors ce vaillant prêtre, toujours sain et sauf en dépit de son audacieuse intrépidité, l'imagination populaire a brodé une foule d'histoires qui firent, durant de longues années, les frais des veillées d'hiver au foyer des survivants de la tourmente. Tout le monde croyait, là-bas, - et nombre d'anciens croient encore aujourd'hui - à la triple vertu des bots, du bâton et du chapeau du curé Grand'Bot. Ses bots, disait-on, étaient enchantés et lui permettaient de toujours marcher sans bruit, même au pas de course et sur la terre gelée, sans éveiller l'attention des Bleus. Son bâton, fait en bois de mêlier (néflier), écartait les balles et pouvait, au besoin, conjurer toute une armée. Son chapeau aveuglait les yeux les plus perçants. Grâce au triple don possédé par ces trois objets magiques, le curé-conjureur devenait invisible à volonté, pouvait affronter impunément les coups de feu et, d'un geste, ensorceler les soldats républicains en les clouant sur place !
Parmi les nombreuses histoires brodées sur ce thème, en voici une qui donnera un spécimen de ce que pouvaient être les autres.
Un jour, à la suite d'une alerte, l'abbé Barbedette, accompagné de ses paroissiens, fuyait vers la forêt de Grand'Landes, refuge habituel en pareil cas. Au sortir d'un fourré, près des landes de la Loubisse, sur le territoire de Saint-Etienne-du-Bois, il se trouve tout à coup presque nez à nez avec un nombreux détachement républicain.
Tous les fuyards, effrayés, rebroussent aussitôt chemin en poussant de grands cris. Seul, le curé Grand'Bot s'arrête, plante son bâton de mêlier en terre, met son chapeau dessus et rappelle ses paroissiens qui, bien que timidement, se rallient peu à peu à sa voix.
Alors, affirme la tradition, il se passa une scène étrange. Arrivés près du bâton, les Bleus furent comme figés par la peur ; ils commencèrent par trembler de tous leurs membres, puis tout à coup, pris de frénésie, ils se mirent à danser une sarabande avec des hurlements épouvantables ! ... Le seul aspect du bâton et du chapeau les avait ensorcelés ! ...
La danse forcée dura au moins une bonne heure. A la fin, les danseurs, épuisés de fatigue, tombèrent les uns après les autres en rond autour du bâton merveilleux, et tout de suite on les entendit ronfler à poings fermés ...
Alors le curé Grand'Bot s'avança tranquillement, déplanta son bâton, se recoiffa de son chapeau, fit un signe sur les dormeurs et reprit le chemin de la forêt, à la tête de ses paroissiens émerveillés mais tout à fait rassurés.
Cette histoire avait encore cours, il n'y a pas bien longtemps, dans tout le pays autour des Lucs ; même aujourd'hui elle y trouverait plus d'un croyant, et c'est avec gravité qu'elle me fut contée naguère par un ancien de la paroisse de Saint-Étienne, lequel ajoutait, en guise de conclusion, que "sûr et certain", il ne me disait que "la vraie vérité" !

V

Grâce à une foule d'histoires de ce genre, qui s'amplifiaient à plaisir en passant d'un village à un autre, la popularité du curé Grand'Bot s'était vite étendue tout autour des Lucs et il avait acquis, vers la fin de la guerre, une influence régionale en quelque sorte prépondérante et qui grandit encore après la mort de Charette. J'en trouve la preuve dans un document officiel daté du mois d'octobre 1796 et recueilli par M. Bourloton dans son Clergé de la Vendée pendant la Révolution. C'est le rapport suivant, rédigé par la Commission du Directoire exécutif près le canton du Poiré : "Le curé du Luc, Barbedette, dont l'influence dans la contrée va toujours croissant, s'est plaint au général Travot de la conduite à son égard de l'administration municipale du Poiré. Elle a cru devoir faire enlever de son église, à force ouverte, tous les objets servant au culte. Le général Travot dénonce au général Grigny cet acte imprudent. Il est loin de vouloir témoigner aucune bienveillance au curé du Luc, homme dangereux et ancien partisan de Charette. Mais il faut veiller au maintien de la tranquillité du pays. Des paroisses voisines, manquant soit d'église, soit de curé, viennent à la messe au Luc. Comment cette masse d'hommes prendrait-elle les agissements de l'administration du Poiré ? Ne les regardera-t-elle point comme une atteinte portée au libre exercice de leur culte ?
Le général Grigny estime, comme Travot, que trop de raideur et de sévérité peut occasionner des troubles. Ne nous montrons pas, ajoute-t-il, plus inflexibles que le gouvernement.
Le curé Barbedette n'a aucun droit, il est vrai, à réclamer, par la raison qu'il n'a pas fait la déclaration à la loi du 7 vendémiaire ; mais il doit être ménagé, par d'autant plus de motifs qu'il est très influent et très dangereux. De quoi n'est pas capable ce curé que l'expulsion de sa cure a déjà rendu très mécontent ? La tranquillité de ce canton dépend essentiellement de la manière dont sera traité cet homme."
Un autre rapport, daté du 25 mars 1797, nous montre le curé Grand'Bot soumis aux lois, en apparence, mais agissant comme grand électeur du canton, et, à ce titre, de plus en plus dangereux pour les gens du Bloc de ce temps-là :
"Barbedette, prêtre, a couru les villages de la commune du Luc et de Boulogne, ainsi que deux ex-abbés, afin d'engager le peuple à nommer Mercier Giraudière, ex-président du Comité royaliste, pour juge de paix. Barbedette persuade au peuple qu'il fallait assister aux assemblées pour le soutien de la religion. La commune est tourmenté par cet individu qui, soit par menace ou confiance, la fait mouvoir ainsi que celle de Beaufou. Il serait bien intéressant que ce canton fût débarrassé de cet individu, sans quoi les patriotes ont tout à craindre d'un pareil homme."
Dès lors les dénonciations intéressées se multiplièrent contre ce gêneur qui avait l'audace d'engager le peuple à se servir du bulletin de vote pour s'emparer des pouvoirs locaux, et qui menaçait ainsi de déloger les patauds plus ou moins terroristes disposant de l'assiette au beurre ! Tant et si bien qu'un beau jour, à la date du 28 septembre 1797, l'Administration centrale du département, arguant de ce que l'abbé Barbedette, réfractaire à la loi de vendémiaire, tombait sous le coup de la déportation, rendit contre lui un arrêté ainsi conçu :
"L'Administration centrale, informée que Barbedette, prêtre réfractaire, sujet à la déportation, n'exerce au mépris des lois le ministère de son culte dans la commune du Luc qu'en contravention à la loi de vendémiaire an IV ...
Le Commissaire du Directoire exécutif entendu,
Arrête que le général Travot, commandant la force armée dans ce département, est requis de faire arrêter Barbedette, prêtre réfractaire et curé du Luc, et de le faire conduire par devant l'accusateur public près le tribunal criminel à Fontenay-le-Peuple, pour être contre lui procédé suivant les lois."
Bel et bien proscrit, cette fois, le curé Grand'Bot n'avait que le choix entre deux partis : se cacher de nouveau ou se soumettre. Sachant ce que lui réservait le second, il n'hésita point à donner la préférence au premier et à recommencer la vie errante qu'il avait déjà menée à deux reprises, d'abord au début de la persécution religieuse, puis à l'époque des colonnes infernales. Comme il trouva, d'ailleurs, tant chez ses paroissiens que dans les paroisses voisines, le même dévouement que par le passé, ce fut un jeu pour lui de dépister les sbires de la République, et le pauvre général Travot, harcelé chaque jour par les dénonciations, réquisitions, ordres et mandats d'amener qui pleuvaient à son quartier général, dut bientôt s'avouer qu'il aurait beaucoup plus de peine à s'emparer du terrible curé qu'il n'en avait eu jadis à prendre Charette.
Couchant tantôt dans un village, tantôt dans un autre, soit aux Lucs, soit à Beaufou, soit à Saint-Etienne-du-Bois ou ailleurs ; déguisé tantôt en valet de ferme, tantôt en mendiant, parfois en pataud portant crânement la cocarde, ou même en soldat équipé de pied en cap, le malin proscrit, qui avait pour se grimer un talent extraordinaire, glissait comme un fantôme entre les mains des Bleus et demeurait toujours insaisissable.
Tout en se cachant et en errant çà et là il continuait, d'ailleurs, à se tenir à la disposition de tous ceux qui pouvaient avoir besoin de son ministère : il baptisait, confessait, administrait, et, chaque jours, ou plutôt chaque nuit, prêchait et célébrait la messe en toute sécurité devant un certain nombre de fidèles, grâce au concours de courriers délurés qui portaient ses messages, convoquaient à ses réunions et, à tour de rôle, se relayaient pour veiller sur lui. A la moindre alerte, il filait d'une cache à une autre, se montrait, disparaissait, reparaissait presque instantanément au même endroit ; si bien que les bonnes gens du pays, qui, depuis longtemps déjà, le croyait un peu sorcier, avaient fini par se persuader qu'il avait le don de se trouver en plusieurs lieux à la fois.
Audacieux plus que jamais, et toujours confiant dans sa bonne étoile, il lui arriva maintes fois de braver le péril pour se payer la tête de ceux qui le traquaient, et il faudrait un roman historique en plusieurs volumes pour raconter tous les bons tours qu'il joua aux Bleus pendant plus de deux ans !

P1010852Un soir que, déguisé en mendiant, il rentrait à la ferme qui lui donnait alors asile et où, la nuit suivante, il devait célébrer la messe, il voit tout à coup venir en face de lui une patrouille. Sûr qu'on ne le reconnaîtra pas, il s'avance hardiment bien qu'il eût le temps de fuir, prend un air niais, souhaite "bien le bonjour" aux soldats et leur demande où ils vont à pareille heure.
- Au village de la Morelière (en Beaufou), répond le chef, et tu arrives juste pour nous tirer d'embarras ; car nous ne nous reconnaissons plus dans ce satané pays, et le diable m'emporte si je sais où je me trouve !
Très complaisamment, le faut mendiant accepte de servir de guide aux Bleus et les invite à le suivre. Chemin faisant, il leur demande ce qu'ils vont faire à la Morelière, et si ça ne serait pas, "des fois", pour pincer "tchielle enfant d'bougre" de curé Barbedette qui mettait "tot à l'envers" dans le pays ...
Persuadé qu'il a affaire à un fervent patriote, le commandant de l'escorte répond affirmativement et promet au pauvre diable une récompense s'il les conduit à la Morelière. Le guide jure qu'il ne demande pas mieux "bonnes gens !" Puis il se met à déblatérer contre "tchio diable de curé" et à défiler, sur ce thème, un tel chapelet d'imprécations que les Bleus, ravis, marchent à sa suite sans défiance, et même en se félicitant de la bonne fortune qui leur a fait rencontrer un si bon citoyen.
Au bout d'un quart d'heure, le "citoyen" s'arrête, met un doigt sur sa bouche pour recommander aux soldats le silence et leur montre la ferme éclairée par une faible lumière à peine visible à travers les taillis ; puis il souhaite bonne chance à la troupe, maudit encore une fois, mais tout bas, le "damné calotin", empoche, sans sourciller, la pièce de monnaie que lui tend le chef, et s'en retourne, tranquillement, vers une métairie voisine où il sait devoir être en sûreté ...

BARBEDETTEUne autre fois, la police ayant fait cerner, de nuit, une maison où on lui avait signalé (et le renseignement était exact) la présence de l'insaisissable curé, celui-ci, comme toujours, eut la chance de s'échapper à temps. Mais les Bleus pour ne pas rentrer bredouilles, arrêtent comme complice le propriétaire de la maison suspecte et l'emmenèrent à la prison du Poiré, en attendant qu'on lui fit son procès. C'était un nommé Ricouleau, ancien soldat de l'armée de Charette. On le trouva de bonne prise et, en vertu du proverbe qu'à défaut de grives on mange du merles, il fut décidé qu'on le garderai prisonnier jusqu'à l'arrestation de l'abbé Barbedette.
A quelques jours de là, sur les dix heures du soir, le commissaire cantonal du Poiré, qui était déjà couché et endormi, est subitement réveillé par un coup violent frappé à sa porte. Il ouvre et se trouve d'un magnifique hussard qui, du haut de son cheval, lui tend un pli cacheté. C'était un ordre du général Travot et réclamant le prisonnier pour le faire passer en conseil de guerre.
Travot exerçait alors une sorte de dictature : il n'y avait point à plaisanter avec lui ; aussi le commissaire, sans même prendre le temps de s'habiller complètement, s'empresse-t-il de se rendre à la prison, suivi du hussard, auquel il fait remettre Ricouleau. L'estafette signe un reçu, passe les menottes à son prisonnier, l'attache à la queue de son cheval et s'en va, non sans avoir accepté de se rafraîchir aux frais du commissaire, qui le charge de tous ses compliments pour le général.
Au bout d'une heure de marche, le hussard s'arrête au milieu d'un bois épais, descend de cheval, délie le prisonnier, lui enlève les menottes et se met à rire bruyamment. Puis il se décoiffe, arrache les énormes moustaches postiches qui le défigurent, se croise les bras et s'écrie : "Me reconnaîtras-tu enfin, mon brave Ricouleau ?"
Le prétendu messager de Travot, n'était autre que le curé Grand'Bot qui, après s'être procuré dans une métairie des Lucs l'uniforme d'un hussard tué et dépouillé pendant la guerre, avait imaginé ce bon tour, à ses risques et périls, en vue de délivrer un fidèle paroissien compromis pour sa cause.
Le lendemain matin, le commissaire du Poiré trouva sous sa porte un billet ainsi conçu : "Le prisonnier que tu as remis à une fausse estafette du général Travot est en liberté. Arrange-toi comme tu voudras pour qu'on le laisse tranquille. Sinon, gare à ta peau ! Le Vengeur."
Comme tous les policiers, celui du Poiré était lâche. Il s'empressa d'enterrer l'affaire en prétextant que l'arrestation avait eu lieu à la suite de faux renseignements, et Ricouleau ne fut jamais inquiété.
L'histoire ne tarda pas à être connue. On se la chuchota bien vite d'un bout à l'autre du canton, et, le dimanche suivant, dans les auberges du Poiré, les anciens gâs de Charette vidèrent plus d'une bouteille à la santé de l'estafette du général Travot !

VI

Jusqu'à la fin de la persécution, c'est-à-dire jusqu'au Consulat, le curé Grand'Bot fit ainsi la nique à la police républicaine lancée à ses trousses. Lors de la détente qui suivit immédiatement le coup d'Etat de Brumaire, il put enfin, renonçant à sa vie errante de proscrit, se livrer publiquement à l'exercice de son ministère, et ce fût pour lui et tous ses paroissiens un beau jour de fête que celui où, remis en possession de son église, il monta triomphalement à l'autel pour y célébrer la grand'messe après avoir entonné un Te Deum d'actions de grâces !
Il ne devait pourtant pas tarder à dire adieu à sa chère paroisse.
En dépit de la pacification générale et du Concordat, il était toujours demeuré quelque peu réfractaire et comptait parmi les rares membres intransigeants du clergé vendéen qui refusaient de se rallier à la République devenue tolérante. L'autorité diocésaine, qui s'était empressée de se soumettre au gouvernement réparateur du Premier Consul, avait eu beau insister : elle n'avait pu obtenir du bouillant curé des Lucs une adhésion formelle. A un certain moment, même, la rupture avec l'obstiné réfractaire parut inévitable, lorsqu'en vertu du Concordat le diocèse de Luçon fut supprimé pour être réuni à celui de la Rochelle. L'abbé Paillou, qui jusque-là avait gouverné le clergé vendéen au nom de son évêque émigré, et qui, sacré par Pie VII, venait d'être mis à la tête de la nouvelle circonscription épiscopale, usa vainement, pendant quelque temps, de tous les moyens de douceur pour amener à résipiscence le curé récalcitrant ; celui-ci ne voulait rien entendre et la situation de l'autorité tant religieuse que politique, vis-à-vis de lui, devenait de jour en jour plus difficile.
A la fin, cependant, comme il ne voulait ni céder ni faire de la peine au nouvel évêque, qui était la bonté même et qu'il aimait beaucoup, le curé Grand'Bot prit le parti de demander son exeat, dans l'intention de se retirer en Normandie, son pays natal. Sa requête fut aussitôt agréée et il quitta les Lucs, au commencement de l'année 1803. Mais il n'alla pas bien loin. En passant à Cholet, il fit la connaissance de deux ou trois prêtres, têtes chaudes comme lui, qui avaient, toujours comme lui, plus ou moins bataillé pendant la Grand'Guerre et qui l'engagèrent vivement à rester en Anjou. Le conseil lui sourit d'autant plus que cela lui permettait de ne pas s'éloigner de sa chère Vendée : il accepta et ses nouveaux amis lui ménagèrent, comme prêtre habitué, une agréable retraite à Roussay, petite paroisse du canton de Montfaucon.
Là, écrit l'historien (déjà cité) du Clergé de la Vendée pendant la Révolution, "le temps et les conseils, la satisfaction de voir la religion restaurée et honorée, calmèrent enfin l'ardent lutteur" et lui firent comprendre que désormais son opposition n'était plus justifiable, la Vendée elle-même s'étant inclinée en masse après avoir obtenu qu'on lui rendit le libre exercice de sa religion. L'ex-intransigeant curé Grand'Bot, rallié à son tour pour tout de bon, s'adressa alors, vers l'époque de la proclamation de l'Empire, à l'ex-curé intrus de Péault, Cavoleau, devenu Secrétaire-Général du département de la Vendée, et le pria de "faire soumettre à la légalisation du Préfet" un acte de notoriété délivré par le maire des Lucs, en vue d'obtenir une pension du gouvernement. Grâce à l'influence du Secrétaire-Général la pension fut accordée et l'heureux bénéficiaire, d'après un document recueilli par l'historien précité, écrivit à Cavoleau une lettre de remerciements dont la fin était ainsi libellée :
"Si, à mon tour, je pouvais trouver un moyen de vous obliger, comptez que j'agirais avec empressement et plaisir, quoique dénué de fortune, après trente-six ans de service public. Je ne calculerais pas ma dépense pour vous prouver ma reconnaissance.
Je vous salue cordialement et avec respect. Barbedette"

Qui eût pu soupçonner, seulement deux ans plus tôt, que la carrière si mouvementée du batailleur curé des Lucs dût se terminer par une si chaude embrassade entre l'un des prêtres les plus ardents de la Vendée militaire et un ex-intrus mué en fonctionnaire du gouvernement impérial ! Quelle preuve plus éclatante, je le demande, pour un historien impartial et aux écoutes, du bienfait de la réconciliation nationale miraculeusement accomplie sous l'impulsion du héros de Brumaire et du Concordat !

L'abbé Barbedette mourut pieusement à Roussay, toujours vendéen dans l'âme, mais sincèrement rallié à l'homme providentiel qui en restaurant la religion avait, du même coup, eu l'honneur de pacifier la glorieuse Vendée. (1)

La Vendée historique
et Traditionniste
1912

BARBEDETTE 9

 

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Charles Vincent BARBEDETTE est né à Saint-Brice-de-Landelles (50), au village de la Guillaumais, au Nord-Est du bourg, le 25 Septembre 1742.

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(1) Il mourut à l'Hospice Civil d'Ernée (53), le 30 Septembre 1813.

(Ordonné prêtre en 1767, l'abbé Barbedette fut vicaire à Saint-Jean-de-la-Haize avec notamment en charge la jolie chapelle du Châtelier qui voit encore passer, chaque année, des pèlerinages. Vicaire un moment à Sartilly, il dut s'expatrier dès 1787 en Vendée, pays qui manquait de prêtres et où il fut sans doute attiré par son frère cadet Pierre, curé de la petite paroisse de Château-Fromage)

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