A la Révolution, était recteur de Locmaria et aumônier des Dames Bénédictines, Laurent-Marie Lalau, qui gouvernait la paroisse depuis octobre 1771.

Il refusa, comme aussi son vicaire Le Gall, de prêter serment. Le 27 juin 1791, les auxiliaires d'Expilly, en son absence, prièrent MM. du Département de faire fermer l'église de Locmaria, où le recteur pourrait seulement célébrer une messe basse, portes closes, sans sonnerie de cloches, et confesser les personnes de la communauté.

Un an après, on faisait de nouveau défense à M. Lalau de recevoir dans son église la foule qui y venait de la ville et de la campagne, et pour empêcher cette affluence on y plaça des gardes. Puis la persécution s'accentuant, le recteur, menacé d'emprisonnement, réussit à passer en Espagne, où on le trouve à Bilbao.

Des notes de M. du Marchallac'h, datées de 1854, nous transmettent quelques détails sur la période révolutionnaire.

Le couvent devint un magasin de vivres. On dépava l'église pour y chercher du salpêtre. Des soldats essayèrent sans succès d'abattre la croix de granit du cimetière. Ils ne réussirent à jeter à bas qu'une statuette du Père Éternel, qui la surmontait. - Plus tard cette même croix, victime des "restaurateurs", fut portée au cimetière Saint-Louis.

La statue de Notre-Dame, oeuvre du XVe siècle, fut brisée par les profanateurs, en deux tronçons recueillis pieusement par Mme de la Hubaudière qui les conserva jusqu'à des temps meilleurs. C'est l'image de cette statue que Mgr Dubillard fit représenter dans son sceau épiscopal.

Une dame Olivier de Locmaria, recéla deux prêtres. L'un, dont le nom s'est perdu, se jeta dans une barque, presque mourant, pour fuir à l'étranger. L'autre était M. Le Breton, recteur de Guiscriff, envoyé à Mme Olivier par M. Moellien (?).

C'est dans le cimetière, malheureusement disparu de Locmaria que furent enterrés : Alain Nédelec, le chef des révoltés de Fouesnant ; les abbés Raguénez, de Crozon, et Riou de Lababan, guillotinés à Quimper, ainsi que la jeune fille de Plouénan, Anne Le Saint, religieuse, qui s'était livrée pour sa soeur mariée coupable d'avoir recélé des prêtres, et exécutée à Quimper, le 16 septembre 1794.

Le 28 février 1815, Mgr Dombidau de Crouseilhes réclama l'église pour la rendre au culte. "Les habitants, écrivait-il, distingués autrefois par leur attachement à la religion et leur moralité, ayant été privés d'instruction religieuse, sont aujourd'hui très corrompus. La Révolution les a entièrement démoralisés."

Un an après, le ministre secrétaire d'État de la marine, décidait la restitution au culte de l'antique sanctuaire, et en informait l'évêque, alors à Paris.

Ce fut à cette époque qu'on démolit entièrement la petite chapelle, déjà en ruines, de Sainte-Barbe.

M. Lalau étant mort vers 1810, la paroisse demeura de longues années sans pasteur. Une messe par mois était dite par un vicaire de Saint-Corentin, et des abbés du Séminaire venaient faire le catéchisme les jeudis et dimanches.

De tout temps, les habitants de Quimper avaient considéré Notre-Dame-de-Locmaria comme la Protectrice de la cité, et avaient recours à sa puissante intercession dans les calamités et dans certaines circonstances particulières : ainsi, les 4 septembre 1768, 8 juillet 1782, 6 mai 1785.

Ces traditions, chères aux Quimpérois, furent renouées vers 1830. On vit de nouveau la procession de la cathédrale se rendre chaque 15 août, à l'église de Locmaria, et prier Notre-Dame devant la vieille statue conservée par Mme de la Hubaudière.

Depuis 1892, sur l'initiative prise alors par M. de Penfentenyo, curé-archiprêtre de Saint-Corentin, les paroisses font à Locmaria la clôture solennelle du mois de Marie.

On y est venu implorer la céleste patronne dans les malheurs de la patrie. Le souvenir est encore gardé du grandiose pèlerinage du 31 août 1873. Mais surtout, qui ne se rappellera toutes les manifestations de foi et de prière qui, sous la conduite de Mgr Duparc, marquèrent à Locmaria, chaque Assomption, en la terrible période 1914-1918 ?

Locmaria fut érigée, en succursale, par décret de Napoléon III, du 25 avril 1857, et en paroisse, le 29 juin suivant, par acte canonique de Mgr Sergent.

Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie