MESSIEURS,

La commission que nous allons recevoir de faire prêter à Messieurs nos Curés le Serment de maintenir les Décrets relatifs à la Constitution du Clergé, doit naturellement faire naître en nous les réflexions suivantes :

N'y a-t-il pas de charge de conscience pour moi, d'exiger un Serment de cette espèce ?

Si mon Curé ne peut pas le faire sans blesser sa conscience, puis-je l'exiger de lui sans blesser la mienne ?

Je dois croire, comme on me l'a appris dès l'enfance, que lorsqu'il s'agit de la foi, je dois écouter mon Évêque, pourvu qu'il enseigne la même chose que le Pape & les autres Évêques.

Tous ceux-ci (excepté l'Évêque d'A.. (?) qui est si fort méprisé de son Diocèse) m'enseigne que la constitution du Clergé renferme des choses contraires à la foi Catholique.

Tous les meilleurs Curé de ma connoissance, disent la même chose, & les Évêques & Curés sont prêts à tout perdre plutôt que de se parjurer.

Alors, si notre Curé est assez foible pour commettre un si grand crime, j'en serai responsable en l'exigeant de lui.

Mais, quand bien même, est-ce que nous voudrions avoir pour Curé un homme si indigne de l'être, qui préfère son intérêt à sa conscience, qui se parjure en face de l'autel & de l'Eglise ... Quelle confiance mériteroit de notre part un Prêtre qui est infidèle à Dieu, à l'Église, qui vend son âme comme Judas pour de l'argent ?

Que quelques Bourgeoitins ne disent pas que nous l'avons bien prêté ce Serment ? Cela n'est pas vrai, ou bien on nous a trompé ; car ni vous, ni moi, n'avons jamais eu l'intention, en jurant, d'admettre rien de contraire à notre Religion.

Qu'ils ne nous disent pas que les Ecclésiastiques qui résistent, le font par intérêt ; nous voyons bien au contraire que c'est l'intérêt ou l'ambition qui fait jurer & damner les autres.

Qu'ils ne nous disent pas qu'ils savent les Décrets mieux que nous ? Cela pourroit être, mais nous pouvons leur répondre que nous savons notre catéchisme mieux qu'eux, & que nous avons retenu de nos Prédécesseurs, qu'il faut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.

Que le menteur, l'apostât, l'impie Duplain vante tant qu'il voudra ce qu'il appelle une foule d'Ecclésiastiques qui ont fait le Serment ; j'espère que sa foule ne sera pas si grande qu'il se l'imagine ; de tous ceux qu'il cite, je n'en connois pas un qui ait jamais mérité le nom de bon Prêtre, & l'eut-il mérité, il l'auroit perdu par sa trahison.

Adieu mes bons amis, notre foi est bonne, conservons la telle que nous l'avons reçue de nos anciens, & ne reconnoissons pour vrais Pasteurs que ceux qui sont prêts à perdre la vie plutôt que de nous laisser perdre la foi.

Fait par moi N. D. ancien Cultivateur.

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