prieuré 3 z


Le prieuré-cure de Saint-Pierre de Remeneuil dépendait de l'abbaye Saint-Hilaire-de-la-Celle de Poitiers. Usseau absorbe la commune de Remeneuil d'Usseau, par ordonnance du 18 novembre 1818.

Les registres paroissiaux de Remeneuil nous révèlent que dès le 13 décembre 1745, les actes sont signés "Champigny desservant de Remeneüil" et à partir du 4 mai 1746, "Champigny prieur curé de Remeneüil". Puis tout-à-coup, le 4 décembre 1786, l'écriture change, ainsi qu'on peut le voir sur l'image ci-dessous ; on constate qu'un autre "Champigny, prieur-curé De Remeneuil" a pris la relève ; la manière d'écrire "Remeneuil" est différente. Cela implique que deux abbés Champigny se sont succédés dans cette paroisse.

Champigny différence d'écriture z

 

En effet, JEAN CHAMPIGNY fut prieur-curé de Remeneuil de décembre 1745 à 1786 ; il est remplacé le 4 décembre 1786, par CHARLES CHAMPIGNY. L'acte ci-dessous, rappelant la bénédiction de la chapelle du château de Remeneuil, confirme ce fait :

"L'an mil sept cent quatre vingt sept, le vingt-sixième jour du mois de mars, fête remise de l'incarnation de notre Seigneur, Messire JEAN CHAMPIGNY, prêtre, ancien prieur-curé de cette paroisse, en vertu de la commission de Mgr Martial-Louis de Beaupoil de St-Aulaire, évêque de Poitiers, en datte du dix-neuf de février de cette année, signée Decressac vic. gnl et contre signée Pain, prêtre secrétaire, a fait la visite et la bénédiction de la chappelle domestique du château de Remeneuil, ainsi que des ornemens, linges et de toutes autres choses nécessaires à la dite chappelle, après quoi, il a célébré le St Sacrifice de la Messe, en présence de Messire Joseph-François Dumont-Aquet d'Ozé, Mestre de camp d'infanterie, Brigadier des armées du Roi, chevalier de l'ordre militaire de St-Louis, Lieutenant-colonel du Régiment de Brie, chevalier, seigneur de la paroisse de Remeneuil, de la Louétière, de Haulimont, &c., &c., et de dame Marie Bourguignon de la Mûre, épouse du Seigneur, qui ont réparé et décoré la dite chappelle et l'ont mise sous l'invocation de la Bienheureuse Vierge Marie, et ont signé avec moi.

Chevalier Dozé ; Bourguignon de la Mûre ; Champigny prieur-curé De Remeneuil."

Avant son arrivée à Remeneuil, l'abbé Charles Champigny avait été curé de Séligné (79) depuis août 1767. 

Peu d'années avant la révolution, il adressa au comte de Blossac, intendant du Poitou, de concert avec trois de ses collègues, un long mémoire pour informer l'Administration provinciale des abus résultant de l'accomplissement de la corvée.

Son peu de sympathie pour la noblesse éclate dans un différend qu'il eut en 1774 et 1775 avec M. de Brach, seigneur de Séligné, habitant Aiffres, à propos d'un champ sur lequel le seigneur prétendait posséder un droit de terrage au douzième des fruits. Dans une note écrite sur les registres paroissiaux, le curé soutient que ce droit avait été cédé par le seigneur en échange d'un autre champ faisant précédemment partie du domaine de la cure. Les curés de Séligné, suivant lui, auraient consenti à cet échange pour s'exonérer des droits dus au seigneur : "Les anciens seigneurs, écrit-il, étaient en usage de faire la petite guerre aux curés comme aux paroissiens." L'explication consacrée à ce différend est une sorte de plaidoyer où il fait valoir toutes les raisons qui militent en faveur de sa cause. "J'écris ceci, dit-il, de crainte que la mort me surprenne et afin que mes successeurs puissent se défendre". Il fut néanmoins obligé de s'incliner devant la décision d'un homme de loi, à l'arbitrage duquel l'affaire avait été soumise et qui le condamna à payer.

En 1784, il fit ouvrir les entrailles d'une femme enceinte qui venait de mourir, pour baptiser un foetus de trois mois. Ce fait nous paraissant assez intéressant, nous allons reproduire in-extenso les détails circonstanciés rapportés par le curé lui-même dans la note ajoutée à la suite du décès de la défunte, sous le titre :

"Observation importante :

Ayant été averti pour administrer la susdite defeuncte Marie Arnault (1), je priai Monsieur le Curé de Villefollet d'exercer à ma place ; il partit avec l'envoyé, trouva la maladee sans connaissance et lui donna l'extrême-onction. Sur le soir, mes embarras finis, j'y allai dans le dessein de la confesser et communier si elle était en état. Mon dit sieur curé, croyant que je ne fusse encore embarrassé, y arriva un instant après moi à la même fin. Nous apprîmes que la mort avait frappé son dernier coup peu avant notre arrivée. Alors il me dit que la défeuncte était enceinte d'environ trois mois. Aussitôt je priai M. Cirotteau, chirurgien, qui allait monter à cheval de rentrer et d'ouvrir la dite femme afin que je batisasse l'enfant s'il était vivant. Il se prêta à mes désirs ; il tira l'enfant et connut qu'il vivait en le touchant à la fontanelle, à la temporale et autres lieux. J'eus la satisfaction et la joie de le baptiser en présence de ces MM. et de plusieurs autres. Je laisse cet avis à mes successeurs afin qu'ils s'élèvent contre l'erreur où sont tant de personnes, que les enfants ne sont animés qu'à quatre mois et demi, comme si ce qui n'a pas vie pouvait croître, et qu'ils meurent en même temps que leurs mères, comme si des exemples sans nombre rapporté dans l'embryologie sacrée - on y cite des embryons ou enfants de tout âge trouvés vivants dans le sein maternel après la mort - ne prouvaient pas le contraire. Je désirerais qu'ils fussent connus de tout le monde pour empêcher la perte de tant d'enfants qu'on laisse étouffer dans le sein de leurs mères sans songer à leur procurer le batême et par ce moïen le salut éternel."

C'est en 1785 que le curé Charles Champigny fut nommé à Remeneuil, car les derniers actes de cette année et ceux de 1786 jusqu'en novembre sont signés : "Champigny, curé de Séligné, prieur de Remeneuil" ou "prieur-curé de Remeneuil". Le 28 novembre de cette même année, l'écriture change et il semble qu'un autre abbé du nom de Champigny le remplace à Séligné. Il pourrait s'agir de Sébastien Champigny qui signe les registres jusqu'à la mi-mars 1792 puis il disparaît de Séligné. On le retrouve, le 9 avril 1792, curé de Braye-sous-Faye (37), puis, il est nommé officier public "par délibération du 23 décembre 1792". A compter du 12 messidor an IV, il se dit adjoint et disparaît complètement des registres de Braye à partir du 24 messidor an VI (12 juillet 1798). Il semble qu'il ait ensuite abandonné la prêtrise et qu'il se soit marié.

champigny charles signature à Séligné 1786 z

1786 changement d'écriture Séligné z

Mais revenons à Remeneuil. 

Le dernier acte signé par Charles Champigny, est daté du 27 mars 1791  ; il refusa de prêter le serment et pour continuer de remplir son devoir pastoral à l'égard de ses paroissiens, il ne s'était point soumis à l'inique loi de la déportation.

En son absence, l'abbé Coutanceau, curé d'Usseau, tient les registres jusqu'au 26 juin 1791, date à laquelle l'abbé Chesneau, curé constitutionnel, s'installe à Remeneuil. Début 1793, il se dit "curé de Remeneuil et officier public" jusqu'au 27 décembre 1793. Les registres sont ensuite tenus par Pierre Paquier, officier public (23 nivôse 1794).

L'abbé Aimé Guillon dans son ouvrage "Les martyrs de la foi pendant la Révolution française", le dit emprisonné à Poitiers et condamné à mort (guillotiné) le 18 mars 1794. Peut-être a-t-il été emprisonné, mais il n'alla pas au supplice. Il est décédé à Poitiers, section de la Fraternité, le 13 brumaire an VIII (4 novembre 1799) ; l'acte est daté du 16 nivôse.

champigny charles décès 1800 z


Fils de Pierre et de Jeanne Biet, CHARLES CHAMPIGNY était né à Vendeuvre-du-Poitou, le 4 novembre 1730, baptisé le même jour.

CHARLES baptême - Vendeuvre-du-Poitou 1730 z

 


(1) Le décès de Marie Arnault, femme de Charles Bourget, fermier aux Boesses, est du 21 avril 1784. Elle était âgée de 31 ans. Cette femme était évidemment morte d'une maladie épidémique, puisque nous constatons dans l'intervalle de moins d'un mois et dans la même maison des Boesses six autres décès : son beau-frère, Pierre Bourguet, âgé de 28 ans (3 avril) ; sa belle-mère, Marie Serpault, âgée de 60 ans (25 avril) ; sa fille, Marie, âgée de 3 ans (25 avril) ; son mari, Charles Bourguet, âgé de 37 ans (29 avril) ; un autre beau-frère, René, âgé de 22 ans (mai) ; son beau-père, Jean Bourguet, âgé de 61 ans (10 mai).

 

Les martyrs de la foi pendant la Révolution française ... par l'abbé Aimé Guillon - second volume - 1821.

Société Historique et Scientifique des Deux-Sèvres - Mémoires - 12e année - 1916 - Niort - 1918.

AD86 - Registres paroissiaux de Vendeuvre-du-Poitou, de Remeneuil et Registres d'état-civil de Poitiers.

AD79 - Registres paroissiaux de Séligné .