CHAROLAIS Z

En dehors de quelques localités du Rhône et de la Saône-et-Loire comme Propières, Saint-Maurice-les-Chateauneuf et Saint-Martin-de-Lixy près de Charlieu où les dissidents sont appelés Bleus, les anticoncordataires en Charolais sont généralement dénommés Blancs.

Le blanc et le bleu, couleurs royales, ont vraisemblablement servi à caractériser la population anticoncordataire en raison de son attachement à l'Ancien Régime.

Les "Blancs" ou "Bleus" étaient 300 en 1975, soit environ 90 ménages.

Ils sont implantés dans le Charolais à l'intersection de trois départements : le Rhône, la Loire et la Saône-et-Loire. Cette région (l'ancien Brionnais), longtemps repliée sur elle-même, est toujours en dehors des grands axes de communication. Cela explique, en partie, le fait que ce groupe entretienne peu ou pas de relations avec les autres groupes dissidents et que sa découverte par l'Église romaine soit relativement récente (1959).

Historiquement, il faut signaler que dès la constitution du mouvement, des civils ont été à la tête de celui-ci.

L'ambivalence du discours catholique :

Nous allons tenter d'aborder ici les relations entre "Blancs" et catholiques à travers le discours des catholiques. Deux discours sont employés.

S'adressant à des personnes n'appartenant pas à la communauté villageoise, les propos tenus sont toujours élogieux. Les "Blancs" sont alors valorisés tant sur le plan religieux (constance de leur foi et maintien des traditions), social ("on peut compter sur eux" ; "ils sont toujours près à rendre service"), que moral ("ils sont honnêtes, sérieux"). Cette attitude ne va d'ailleurs pas sans gêner les "Blancs" : "nous sommes comme les autres ... nous ne sommes pas mieux".

En revanche, entre catholique d'un même village le discours change : les "Blancs" deviennent des gêneurs, des gens têtus persévérant en dépit de tout. Parallèlement à ce discours et l'appuyant, nous pouvons remarquer que l'intégration des "Blancs" dans les villages ne va pas sans problèmes. Exclus des réunions villageoises placées le plus souvent sous le signe des fêtes religieuses et des rites catholiques romains, ils sont éloignés de la vie sociale (associations, conseils municipaux) même si cela tend à se résorber avec un apaisement des tensions et surtout une plus grande tolérance de la part des prêtres.

Cette situation est d'autant plus difficile qu'ils sont en général fortement minoritaires : 4 % à 17 % de la population totale selon les villages. On peut donc dire que lorsque les catholiques s'adressent aux gens de l'extérieur, ils s'identifient en quelque sorte aux "Blancs". Mais lorsqu'ils sont entre eux, la tendance est à un rejet, perceptible d'ailleurs dans les difficultés d'intégration.

Une cohabitation nécessaire et respectée :

Dans cette région catholique fortement pratiquante, sans grands centres urbains, la population longtemps repliée sur elle-même est assez uniforme. Dans ce contexte on peut considérer que les "Blancs" présentent une "différence", c'est-à-dire des gens qui ne peuvent être totalement identifiés aux catholiques : on est "Blanc" ou "Catholique".

Les catholiques sont d'ailleurs tout à fait à même d'exprimer cette différence par des explications qui ont parfois des résonances de griefs.

Prenons deux exemples :

- Tout d'abord, groupe très solidaire, les familles "blanches" fréquentent un espace géographique plus vaste que celui des catholiques. D'une part parce que les lieux de pèlerinages sont dispersés sur trois départements. D'autre part parce qu'il existe des liens de parenté entre "Blancs" de villages ou de cantons différents. Parallèlement, les catholique ont tendance à se marier dans un périmètre plus étroit.

- De plus, les "Blancs" ont souvent en commun une bonne connaissance de l'histoire et des traditions régionales, bien sûr à travers l'histoire de leur propre mouvement et des lieux de pèlerinages, mais également par leur attachement aux rites catholiques de l'Ancien Régime.

Ces deux exemples exprimant quelques points de leur différence sont en fait, si l'on prend un point de vue plus général, peu perceptibles à quelqu'un de l'extérieur qui ne serait pas sensible à cette question. Bien entendu il serait possible d'énumérer d'autres différences mais en fait celles-ci suffisent à expliquer la contradiction apparente que l'on peut trouver dans le discours des catholiques. Si les "Blancs" sont mis de côté parce qu'ils fréquentent un espace géographique plus large que les catholiques, ils sont en même temps fortement intégrés à la population ; parce que cet espace reste dans la limite de quelques cantons dans le cas des mariages, et que ces familles installées depuis très longtemps dans la région sont bien connues. Et si les familles "blanches" sont rejetées par les catholiques à cause de leur attachement aux traditions catholiques de l'Ancien Régime et surtout à cause des contraintes que cela leur impose notamment dans la vie quotidienne (carême, jeûnes, absence aux cérémonies religieuses catholiques romaines), ces traditions sont en revanche valorisées par les catholiques quand il s'agit pour eux d'en parler à quelqu'un d'extérieur au village. Les "Blancs" représentent alors une mémoire pour la région, un élément stable et, en ce sens les catholiques ont besoin des "Blancs".

C'est pourquoi, il s'établit en quelque sorte un consensus. Les catholiques étant par ailleurs les premiers à pouvoir comprendre les "Blancs", ils les protègent de la curiosité des gens de l'extérieur en gardant le secret sur le "secret" des "Blancs".

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J.P. - La petite église - deux siècles de dissidence - 1991

 

LA PETITE BENOÎTE

Le schisme des Blancs s'est localisé en Saône-et-Loire surtout dans les cantons de Charolles, Chauffailles et La Clayette où la piété était vive et l'attachement très grand pour les prêtres réfractaires. C'est la fidélité envers eux qui y détermina le schisme. Cette fidélité fut animée par une jeune fille de Montmelard, près de Matour, qu'on appelait la Petite Benoîte. Ses parents, rusés et cupides, répandirent le bruit qu' "elle avait une connaissance miraculeuse de tout ce qui intéressait ceux qui l'approchaient". Elle avait en tout cas le don indéniable d'imposer ses idées.

Au début de la Révolution, elle avait inspiré dans ses alentours une aversion extrême pour le serment à la Constitution civile du Clergé. Elle soutint par la suite que les autres serments et la soumission au Concordat étaient encore plus mauvais que le premier serment. Elle présenta les prêtres concordataires comme "des êtres abominables, les évêques comme des intrus, le pape comme un apostat, l'empereur comme l'Antéchrist". Elle annonçait que la fin du monde était proche. En attendant, elle recevait le prix d'innombrables messes 'pour les bons prêtres", disait-elle, ainsi que des sommes considérables pour la délivrance des âmes du Purgatoire. Elle prétendait en délivrer 300.000 par jour. La crédulité atteint parfois un degré incroyable.

Tel fut le cas dans cette région où l'on disait "qu'elle avait plus de pouvoir que la Mère de Dieu". Elle mourut, et ses fervents la dire ressuscitée !

Annales de l'Académie de Mâcon - 1968 - p. 29