La Mothe-Achard vue z

Fils de Michel Tampon (1728-1786), notaire royal, procureur fiscal, et de Marie-Catherine Dorléans (1736-1806), Prosper-Isidore est né à la Mothe-Achard, le 15 février 1777.

Issu d'une famille bourgeoise protestante, il travailla d'abord à Paris dans un ministère, et, après avoir occupé divers emplois dans les finances, il fut nommé percepteur à Nantes, place qu'il remplit pendant cinquante-deux ans. Il fut, en dernier lieu, receveur municipal de la même ville. Sa fortune était assez considérable.


Un honorable collectionneur :

"M. Lajarriette a commencé par collectionner des livres, dont il vendit une grande partie. Son catalogue prouve qu'il savait les choisir, sans toutefois se mettre beaucoup en peine de l'intérêt du sujet, pourvu que la rareté, la conservation et la reliure compensassent la qualité du texte. Il partageait en cela l'opinion de Charles Nodier et de ceux qui marchent sur les traces de ce grand brocanteur, patron de la librairie ancienne. - Vint ensuite le goût des gravures et des autographes, qui ne lui fit pas cependant oublier celui des imprimés. La ville de Nantes a acheté fort cher des héritiers ce que sa bibliothèque renfermait de plus important. Quant à ses autographes et à ses estampes, parmi les premiers, vendus aux enchères à Paris, en novembre 1860, il y avait beaucoup de choses rares, beaucoup de ces petites curiosités qui se vendent à des prix fous, mais, en réalité, bien peu de documents d'un intérêt véritable. Les arts et les artistes étaient presque oubliés ; les littérateurs y faisaient au contraire bonne figure ; les acteurs, les maîtresses de rois et de princes, les traîneurs de sabre, toutes les célébrités éphémères tenaient le haut bout. - L'ensemble présentait néanmoins matière à un bon volume de matériaux choisis, historiques et littéraires.

En résumé, M. Lajarriette était un collectionneur intelligent, mais non un amateur dans la vraie acception du mot. Il voyait en général les choses par le gros bout de la lunette ; il aimait le détail, le trait malin, l'anecdote, s'inquiétant rarement des questions capitales ; sceptique et railleur, il se préoccupait assez peu de la rue, ou il n'y voyait qu'un spectacle. - Qu'on lui apportât un document de premier ordre, si la dent d'un rat indiscret avait rongé le bas du feuillet, ce document n'entrait pas dans ses portefeuilles. Chacun de ses autographes était accompagné de notes de sa main, qui le peignent tout entier. Ce sont des verroteries taillées à facettes. Son esprit se laissait accrocher à de certaines broutilles. Il fut pris, par exemple, d'une joie d'enfant, un jour qu'un amateur vendéen bien connu, M. Benjamin Fillon, lui donna la signature de Henri de La Rochejaquelein, apposée au bas du passe-port d'un garde national pris à la déroute de Fontenay. Cette simple signature atteignit 400 francs à sa vente !

Grand, nerveux et maigre, M. Lajarriette avait la physionomie spirituelle. Un léger sourire, entaché d'ironie, passait souvent sur ses lèvres, et le seul oeil qu'il eût de bon s'illuminait d'un éclair de malice, lorsque la conversation prenait la tournure caustique qu'il se plaisait à lui donner. L'Espiègle de Rembrandt faisait ses délices. Fin conteur, il esquissait un profil comme un caricaturiste de profession.

Disons, à la louange du collectionneur nantais, qu'il accueillait avec beaucoup de bienveillance les travailleurs, ceux qui aimaient les arts et ne venaient pas chercher dans son cabinet la satisfaction d'une vaine curiosité. Mais c'était un vrai dogue pour les visiteurs importuns et les indiscrets. Les gens sérieux ont eu souvent recours à lui : toujours il a mis à leur disposition ce qu'il pensait devoir les intéresser ; il allait même volontiers au-devant des communications. Toujours, aussi, permission leur était donnée de prendre copie des documents inédits. Gravures, autographes, livres rares leur ont été maintes fois communiqués avec une grâce parfaite. M. Lajarriette ne demandait en échange qu'un soin vigilant des objets prêtés. Combien peu d'amateurs comprennent de cette façon la jouissance des richesses intellectuelles qu'ils se donnent la peine d'amasser !

Prosper-Isidore Tampon de Lajarriette est décédé à Nantes, le 17 novembre 1859, à l'âge de 82 ans.

 

décès z

 

- Marié le 31 mai 1802 à Chateaubriant avec Marie-Anne Bernard-Dutreil, fille de Nicolas-Charles Bernard-Dutreil, sous-préfet, et de Marie De Fermonnée le 10 décembre 1774 à Chateaubriant, décédée le 1er septembre 1807 à Nantes, à l'âge de 32 ans, dont : Honorine-Marie, 1803 ; Marie-Ernestine, 1805 ; Berthe-Marie-Françoise, 1807.

- Remarié le 12 août 1812 à Nantes, avec Cornélia-Catherine Van Styrum, fille de Jean Van Styrum, baron de l'Empire, grande croix de l'Ordre impérial de la Réunion, officier de la Légion d'honneur, grand dignitaire de l'ordre des Deux-Siciles, et préfet du département de la Loire-Inférieure, et de Jeanne-Anne Van Vollen Hoven, Cornélie-Catherine est née à Haarlem (Hollande) le 4 juillet 1790 - décédée à Nantes (5ème canton), le 2 juin 1879, à l'âge de 88 ans, dont : Jeanne-Marie-Cornélie, 1813 ; Henriette-Cornélie, 1817.


La Chronique des arts et de la curiosité - 29 décembre 1861

AD44 - Registres d'état-civil de Nantes