Mortagne-au-Perche z

 

Fils de Charles-Richard de Bonvoust, chevalier, seigneur du Plessis, et de Suzanne-Charlotte Clopastre de Bourgneuf, Charles est né et a été baptisé le 11 août 1737, à Mortagne-au-Perche, paroisse Notre-Dame.

 

baptême Z

 

Dans l'espoir d'être admis parmi les membres de la Légion d'honneur, Charles de Bonvoust expose lui-même ses mérites dans la lettre transcrite ci-dessous :

Charles, comte de Bonvoust

Paris le ... pluviôse de l'an 12
Général de brigade d'artillerie Bonvoust, législateur
au Citoyen Bonaparte, premier Consul de la république française et président de la Légion d'honneur,

Citoyen premier Consul et président,

CHARLES BONVOUST, né le onze aoust 1737, est entré au service de l'artillerie le 1er mai 1753 à l'École de Grenoble où il fut fait officier, le 1er janvier 1757, a fait une partie de la guerre de Sept ans en Allemagne où il s'est trouvé à un siège et cinq batailles ; rentré en France en 1763 avec le régiment, il a passé par tous les différents grades d'officier et de l'état-major, jusqu'au 1er juin 1785 et qu'il fut nommé major du régiment d'artillerie d'Auxonne en garnison à Metz.

Il resta dans cette garnison jusqu'au 1er janvier 1791 qu'il fut nommé chef de bataillon et envoyé à Nantes pour y diriger les travaux de l'arcenal de construction et y commander les batteries de côte de cette direction.

Le 8 mars 1793, il fut nommé chef de brigade commandant en chef l'artillerie de l'armée des côtes de l'Ouest et de Brest réunies.

Son ancienneté de service lui déférant aux termes de l'ordonnance le commandement de la place et château de Nantes, il ne négligea rien pour mettre cette place qui n'étoit que commerçante, en état de résister aux attaques des rebelles, ainsi que le justifie celle qu'elle éprouva le 29 juin 1793 de la part de l'armée de Charette.

Après cette attaque, le comité de Salut public n'ignorant pas de quelle importance étoit pour la république la conservation de cette place, ordonna de la mettre dans le meilleure état de déffense.

Au défaut d'ingénieurs militaires dont Nantes étoit absolument dépourvu, le général Bouvoust fut chargé de la fortifier, il y créa de plus différens établissements militaires dont cette place pouvoit être susceptible, et n'en fut pas moins chargé de la direction des travaux de l'arcenal et du commandement de l'artillerie de l'armée.

N'obtenant point ou très peu de secours du ministre de la guerre, il fut forcé d'établir au plus vite une fonderie de canon qui lui réussit parfaitement, arma la place, ainsi que les bataillons auxquels il procura des canons.

Il se trouva aussi dans la nécessité de réunir dans le même local le plus possible d'armuriers pour y mettre en état de bon service les fusils destinés à la traite des nègres, et qui se trouvoient encombrés depuis longtems dans des caisses chez les différents négociants, lesquelles armes à deffaut d'autres, le général Bonvoust crut devoir mettre en réquisition pour le service de l'armée et des places.

Ce travail qu'il surveilloit continuellement, et conduit par de bons chefs d'ateliers, le mit à même d'armer très promptement la plupart des bataillons de volontaires, dont partie arrivoit sans armes, et de faire face en même tems aux consommations journalières de l'armée.

Il fut fait général de brigade, le 26 nivôse de l'an 2 et l'année suivante, Nantes étant pour lors en bon état de défense, et approvisionné généralement de tout ce qui pouvoit interesser sa sûreté, et celle de ses côtes, le général Bonvoust fut envoyé à la Rochelle pour y surveiller plus particulièrement cette place, et en armer les côtes que l'Anglais paroissoit menacer.

L'activité et le zèle du général Bonvoust, dans le cours de cette guerre de la révolution, les abus dont il se déclara l'implacable ennemi dans toutes les parties de son commandement, lui firent des ennemis de tous ceux de la chose publiques.

A la Rochelle, au milieu de ses travaux, il reçut par les représentans du peuple en mission à l'armée, une ampliation du comité de Salut public qui le suspendoit de ses fonctions. Il eut au moins dans son malheur la satisfaction d'être témoin des regrets que manifestèrent les officiers généraux et particuliers de l'armée ainsi que la troupe. Les trois corps administratifs de la Rochelle lui en adressèrent par écrit les témoignages les plus sensibles et il a des uns et des autres les pièces originales.

Il se mit en devoir d'executer l'ordre qu'il venoit de recevoir, mais il s'en plaignit au ministre ; au directoire exécutif, et au comité de Salut public avec cette fermeté que caractérise l'innocence.

Il reçut six semaines après dans le département de l'Orne où il avoit annoncé son domicile la levée de sa suspension, mais sans réintégration à son employ. Voulant et devant obtenir justice entière, il sollicita vivement sa réintégration ; elle lui fut promise avec un traitement de trois mille livres, en attendant son remplacement.

Il eut à cette époque le malheur de perdre son fils aîné de 19 ans qu'il menoit avec lui depuis plusieurs années, pour lui apprendre de bonne heure et sous son exemple à servir son pays.

Cette perte suitte des fatigues de la guerre, dont le père fut longtems inconsolable prit beaucoup sur sa santé.

Si quelque chose contribua à adoucir sa sensibilité et à le distraire, ce fut la confiance dont l'entourèrent tous ses concitoyens à son retour de l'armée, ils le nommèrent agent de la commune, puis président de l'administration municipale de canton, et président de la commission administrative de bienfaisance dont il est encore en fonction.
L'an dernier, vous avez bien voulu, citoyen premier Consul, m'honorer de votre choix dans la présidence pour cinq ans du canton du Mêle-sur-Sarthe, département de l'Orne, et ensuite président du collège électoral du même département, où il a réuni la majorité des suffrages de la double candidature au Sénat et au corps législatif.

Ma reconnaissance sera sans bornes, citoyen premier Consul, si d'après cet exposé vous me jugez digne d'être admis dans la Légion d'honneur, mot qui a toujours été la base de ma conduitte civile et militaire pendant quarante cinq ans que j'ay servi le peuple français.

Lors de la rupture avec l'Angleterre, j'eus l'honneur de vous exprimer par la voye du consul Cambacérès le désir que j'avois de me rendre utile à mon pays, et particulièrement à votre personne en vous offrant mes services.

Salut et profond respect
L'ex général Bonvoust

signature z

 

- Le 12 nivôse an II, la "citoyenne Charles de Bonvoust" remet à la municipalité de St-Léger-sur-Sarthe, une croix dite de Saint-Louis, qu'elle a déclaré être celle de son mari.

- Commandeur de la Légion d'Honneur le 26 prairial an XII (15 juin 1804), membre du Corps législatif en l'an XIV.

 

armes 3 z

 

Le château de Bouveuches (St-Léger-sur-Sarthe) était une jolie maison sans grande ancienneté, mais flanquée de deux pavillons et entourée de fossés qui lui donnaient un air de seigneurie. Les jardins, dessinés dans le goût régulier d'autrefois, s'achevaient en terrasse du côté de la vallée, devant un panorama de verdure. Une petite chapelle était cachée dans un bosquet du château.

M. de Bonvoust, retiré de la lutte, vivait dans cet asile champêtre, avec sa femme, beaucoup moins âgée que lui, et ses deux jeunes filles. C'était un homme de soixante et quelques années, robuste, énergique, parlant d'autorité, mais serviable et bon envers les travailleurs ... Il n'eut pas le temps de suivre beaucoup ses enfants et de s'intéresser à leur sort, car il mourut en 1811. Le petites gens le regrettèrent. Quant aux nobles, ils ne lui pardonnaient pas d'avoir été général dans l'armée des Bleus ; et pourtant il avait protégé plus d'un aristocrate pendant ces temps difficiles, grâce à sa réputation de civisme qui lui donnait un certain crédit auprès des administrateurs et des représentants du département. Napoléon avait rendu justice à ses talents militaires en le nommant commandant de la Légion d'honneur.

Charles de Bonvoust est décédé à Paris, le 21 juin 1811.

 

Bonvoust décès z

 

Il avait épousé Marguerite-Françoise-Charlotte Le Frère du Chesnay, née en 1754. De leur mariage sont nés :

- Marie-Henriette-Augustine, née à St-Léger-sur-Sarthe, le 5 août 1786 ; mariée à St-Léger, le 13 janvier 1806, avec Louis-Stanislas-Xavier-Jean, marquis de Marescot, maire de Fontenay-sur-Orne ; décédée à St-Léger, le 22 novembre 1834 ;

- Marie-Charlotte-Adélaïde, née à St-Léger, le 6 septembre 1783 ; mariée le 6 messidor an XI (25 juin 1803), avec Jacques-Philippe-Étienne Guéau de Gravelles de Reverseaux ; décédée en 1842 ;

- Pierre-Claude, né à St-Léger, le 3 décembre 1778 ; inhumé le 8 novembre 1780 ;

- Charles-François, né à St-Léger, le 24 octobre 1777 ; "mort à l'âge de 19 ans" ;

- Marguerite-Charlotte ; mariée vers 1797, avec Charles-Victor Sarrau de de la Charpenterie. 

 

 

Archives Nationales - Base Leonore - LH/292/31

Bibliothèque universelle et Revue suisse - 1903 - pp. 97 - 97

AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Mortagne-au-Perche

http://www.stleger.info/les72StLeger/region2/61.cpa.htm